Bien le bonjour voyageur !

Et voici sans plus attendre la réponse aux lecteurs :

Mijojow le nanoblock trempé du magasin : Yooo ! Oui Onirun et Akkira se sont bien trouvés, sont tous les deux farouches x) Bien vu pour les soutiens, comme toujours ! Tout juste, Akkira n'aurait rien su de l'identité de l'EDF, elle n'aura pas trouvé ça bizarre ! Si, pour la café elles étaient dans sa chambre mais elles sont sorties, j'ai ellipsé la marche jusqu'à l'extérieur :3 T'as vu ? xD Ces nuages disent tout mais Akkira capte rien, comme d'hab ! Ouais grosse dalleuse Akkira :p' Ah merde c'est moi qui bave là... Pour tout le passage avec Claude, j'aime beaucoup ton point de vue et tes remarques sont pertinentes, je t'ai répondu tout à l'heure du coup :3 Tu m'as tuée avec "tout le boucan qu'ils font xD" Merci beaucoup pour ta review très complète :D

Anandaaaa : Du coup je regroupe deux réponses pour chacune de tes reviews :3 Voui, prends ton temps pour les chapitres, ça me fait tellement plaisir que tu commentes chaque chapitre :3 *émue* Ton analyse sur le relation Akkira/Fódlan sonne très juste, c'est exactement ce que je voulais retranscrire. Akkira ne fait pas l'effort de s'adapter à ce continent qu'elle découvre jour après jour, hormis pour chasser xD Et ce que tu dis sur les soldats tués par Akkira, et sur le chagrin que cela va occasionner chez leurs proches... Je ne peux en dire plus, si ce n'est que tu es clairvoyante ! / Oui les retrouvailles entre Petra et Akkira ! Et Shamir jamais très loin aha, ce n'est pas une sentimentale mais elle garde un oeil sur son élève comme tu l'écris ;) J'aime tout particulièrement ta remarque sur le fait qu'une femme s'adonne également au sexe. C'est précisément ce que je voulais dépeindre à travers le péché qu'est la luxure chez la brigilène. Merci beaucoup pour tes deux reviews et ton sens de l'observation que je dénote à chaque fois :3

katt : Salut ! Mouhahaha pour l'histoire des deux visages, ça n'a jamais été aussi vrai xD *n'en dis pas plus* Ta lecture du chapitre est très juste : Claude et Akkira sont guidés par le désir mais à la fin... hop, déclic ! Sauf que Akkira s'enfuit. Oh, tu as bien cerné Claude, chapeau bas ! Merci beaucoup pour tous tes retours et ta fidélité :3

Xela la guerrière : Monikrotte xD Ouais c'est la première fois effectivement ! La Akkira du future a un train d'avance sur la Akkira du présent ;) Yeap ! Purée oui fétus... xD *vomis avec toi* C'est vrai que Luna doit avoir un meilleur niveau que Constance en magie. Akkira est impressionnée par ceux et celles qui excellent dans le domaine car elle, elle est nulle à chier xD Yeap, c'est bien l'heure du couronnement, on ne te l'a fait pas ;) Héhéhé *salut les nuages qui en disent long* J'ai bavé sur mon clavier lorsque j'ai décrit Claude xD' Ah purée je bave encoooore *reprends son mouchoir qu'elle a déjà utilisé pour répondre à Mijo* Je suis vraiment contente que tu aies apprécié ce passage que j'ai mis des plombs à rédiger xD Pour Edelgard, c'est ce que je voulais montrer : du point de vue d'Akkira, Edelgard est malfaisante mais elle est toujours à l'écoute des autres. Claude, lui, affiche une sympathie feinte pour endormir de nombreux esprits. Akkira nuance de plus en plus les personnes qu'elle côtoie :3 Akkira sauvaaaaaaaaaage ! J'aime faire un OC de sa trempe, ça me change :3 Merci pour tous tes retours, ça me touche beaucoup :D

RAPPEL :

- Les dialogues rédigés en gras sont en brigilien.

- Les dialogues rédigés normalement sont en fódlien.

- Les mots que ne comprend pas Akkira sont rédigés comme ceci "? ? ?".

Bonne lecture ! On se retrouve à la fin pour le petit commentaire de l'auteure !


Chapitre vingt-six

Filer

Intégrer la Maison des Aigles de Jais vous a permis de recevoir un lot des plus précieux : une paire d'ailes. Tous les oiseaux trouvent refuge quand il pleut. L'aigle, lui, évite la pluie en volant au-dessus des nuages. Seulement, cette fois je vous enjoins de vous abriter. Un déluge mêlé d'orage risque de faire trembler ces murs, je vous demande alors expressément d'en gagner d'autres. Votre sécurité m'importe plus que vous ne pouvez l'envisager. Je perçois toutes vos interrogations depuis l'endroit où je me trouve. Les réponses viendront, plus tard, mais soyez certains qu'elles viendront à vous.

Edelgard von Hresvelg

Sept heures.

Cela fait sept heures que je lis et relis cette lettre ainsi que les indications qui lui succèdent. Je caresse le sceau de la famille Hresvelg, signe indubitable de l'identité de l'expéditrice. Et puis c'est bel et bien l'écriture élégante de ma déléguée. Il est inscrit sur le parchemin que tous les Aigles ont reçu la même missive à vingt heures par le biais de chouettes messagères. Le volatile m'a fait sursauter jusqu'au plafond, je ne m'attendais pas à recevoir cette correspondance. Edelgard nous somme de ne pas communiquer entre nous sous peine d'attirer l'attention des autres Maisons. Elle a également établi une liste d'effets et de biens à emporter. Elle a écrit « nous abriter », et « gagner d'autres murs ». On va donc partir de Garreg Mach. Cette nuit. A trois heures du matin, le 29 de la lune du Pégase. Elle a indiqué le lieu où nous devons nous rendre, ce n'est pas très loin d'ici. « Un déluge mêlé d'orage », même moi je suis capable de comprendre le sous-entendu.

« Des événements sans précédents » disait Claude.

Je crois que nous n'avons jamais été aussi proches de la vérité. Et cela a forcément un rapport avec la disparition d'Edelgard et de Hubert. Je m'attendais à ce que leurs acolytes de l'ombre et eux agissent de cette façon incessamment sous peu. Toutefois, je ne pensais pas qu'elle demanderait aux Aigles de partir pour se mettre à l'abri. La future impératrice a toujours fait preuve de magnanimité et de bienveillance envers nous. Cependant... serait-ce un traquenard de sa part ? Nous attirer ailleurs pour mieux nous piéger ? Je dois me préparer à toutes les éventualités.

Je me ronge le pouce en me convaincant que c'est le moment ou jamais de révéler la véritable identité d'Edelgard. L'absence de cette dernière n'est pas passée inaperçue au sein de la classe. Même si mes camarades sont encore loin de la véracité de cette histoire, les doutes ont commencé à germer dans leurs esprits. Allons-nous rejoindre le lieu où se terrent notre déléguée et son toutou maléfique ? Si c'est le cas, il ne me restera plus qu'à la filer, guetter un faux pas de sa part pour faire éclater la vérité à son sujet. Et puis... c'est étrange à dire mais ça me rassurerait de la savoir dans mon champ de vision. Car Edelgard n'est jamais aussi redoutable que lorsqu'elle agit à l'insu des autres.

J'aurais pu tenter de communiquer avec Petra avant l'heure du départ, mais comme souvent, vaut mieux être raisonnables. Les fódliens le revendiquent : « Prudence est mère du sûreté ». J'avise mon horloge murale. Deux heures du matin. Je me redresse et inventorie le contenu de mon sac une fois de plus. J'ai respecté scrupuleusement la liste établie, en ayant une pensée pour Dorothea qui va devoir abandonner la majorité de sa garde-robe. Abandonner ? Le mot me semble fort, nous finirons bien par revenir non ?

J'observe le gant d'Edelgard un instant avant de le ranger à sa place, dans ma besace. Je sors la plume de faisan, l'un des seuls bibelots que j'emporte et qui n'apparaît pas dans les recommandations d'Edelgard. C'est Jeritza qui l'avait retrouvée, Byleth qui me l'avait rapportée et Claude qui... Je contemple l'objet en le faisant tourner. Combien de personnes vais-je devoir écarter de mon chemin pour pouvoir suivre Edelgard et mener à bien la mission que Petra et moi nous nous sommes fixées ? Celle de garder un œil sur notre déléguée et de l'arrêter au moment opportun.

/

Le silence est toujours un message.

Ici, il colporte nos incertitudes et notre appréhension. Seuls le bruit de nos pas dans la neige et le battement des ailes de la Wyverne de Petra et des deux pégases – celui de Constance et le mien - brisent notre mutisme. Chaque mètre englouti est un mètre qui nous éloigne du Monastère. Nous avons quitté sans encombre l'enceinte rassurante de Garreg Mach. Les quelques gardes près de la herse ont étrangement disparus et aucune ronde n'est effectuée depuis plus d'une lune étant donné que la quasi-totalité des effectifs de l'Ordre de Seiros traque l'ennemi à l'extérieur. Tant de recherches infructueuses, et voilà qu'Edelgard nous livre la route la plus rapide pour rencontrer nos opposants. Enfin ça, ça reste mon interprétation. Et ça ne me rassure absolument pas d'y aller non-armée.

Même si nous ne parlons pas, je pense que nous sommes tous abasourdis par cette lettre. Je zieute du côté de Caspar et Linhardt qui restent très près l'un de l'autre, comme pour se rassurer. Ferdinand ouvre la marche suivi par la diva qu'il admire, notre professeur Manuela. Dorothea a posé sa main dans le dos de Bernadetta qui est secouée par de violents tremblements. Petra tente vainement de calmer nos partenaires ailés, terrifiés qu'ils sont. Constance est muette, ce qui dans son cas n'est pas bon signe. Je ne vois Yuri nulle part. D'ailleurs, certains étudiants de notre maison ne participent pas à cette étrange excursion, ils ont préféré rester sagement au Monastère. Sûrement se méfient-ils d'Edelgard, à juste titre.

A cette période de l'année, on dit qu'un froid mordant s'étend dans les terres au nord de Faerghus. Aujourd'hui, ces vents glaciaux soufflent jusqu'aux mers du sud d'Adrestia, comme pour nous chasser le plus loin possible. Onirun hennit bruyamment. Je relève la tête. Une pléthore d'hommes et de femmes en noir et rouge entachent la pureté neigeuse. Des soldats de l'Empire. Ils portent des bavières en fer, des camails pour les tenir éloigner du froid et des barbutes par dessus. Ferdinand ne se laisse pas intimidé par leur nombre et les rejoint d'un pas décidé. Sa voix tonne :

- Je suis Ferdinand von Aegir, vous n'êtes pas sans savoir ce que signifie la mention de mon illustre patronyme.

Les soldats échangent entre eux des regards dénués de toute moquerie. Puis ils toisent le rouquin comme si... comme si sa famille ne représentait rien pour eux. Ferdinand poursuit sur le même ton :

- J'exige des explications sur toute cette agitation ! Edelgard a dénommé cet endroit dans sa missive. Pourquoi inciter notre venue en ces lieux et surtout à cette heure nocturne ?

Les soldats lui expliquent qu'ils ne peuvent rien nous révéler pour le moment, que c'est à « Son Altesse impériale » de le faire. Attendez... quoi ?! Le père d'Edelgard veut s'entretenir avec nous ? La situation est de plus en plus confuse...

- Patronne !

Brevis, son habituelle capuche et ses prunelles acajou se détachent de la section pour venir à ma rencontre.

- Je suis rassuré que vous soyez venue.

- Pour aller où ? je m'enquiers suspicieuse.

Mon chef d'escouade m'explique qu'ils ont pour consigne de nous escorter jusqu'à un camp provisoire. Je dévisage le jeune homme qui paraît un peu mal à l'aise sous mon ostensible scrutation. En fait, sa présence me rassure un peu. Je craignais que nous ne soyons accueillis par les acolytes de l'homme de la chapelle alors que nous ne sommes pas armés. Seuls des membres de l'armée adrestienne sont présents. Manuela les harcèle de questions mais rien n'y fait, ils les éludent une à une en requérant notre patience. Au bout de quelques protestations, nous finissons par les suivre et par embarquer dans des carrioles.

Je jette un coup d'œil derrière moi. Garreg Mach a déjà disparu derrière les éminences vallonnées. Nous avons filé comme des voleurs. Je me demande... combien de temps serons-nous partis ?

/

Edelweiss.

J'aurais tellement voulu qu'elle...

/

Les heures ont tôt fait de s'écouler en années lorsqu'on est dans l'attente.

Brevis parlait de camp provisoire. Du coup, j'ai imaginé une clairière enneigée où furent précédemment érigées des guitounes, des tentes et des chapiteaux. Pas cette... base souterraine façonnée dans la roche. Étant donné qu'il n'y a aucun débouché sur l'extérieur, pas une seule lucarne ni aucune meurtrière, le sentiment d'oppression est vite devenu étouffant.

Nous autres Aigles avons déposé nos affaires dans un coin et ne nous sommes plus quittés. Brevis m'a signalé que les soldats adrestiens viendraient nous prévenir quand « Son Altesse impériale » serait là. Que peut bien nous vouloir l'Empereur Ionius IX ? Et – bon sang – où sont Edelgard et Hubert ?! Les Aigles se posent de plus en plus de questions. Celles qui reviennent le plus souvent sont « Que faisons-nous ici ? » et « Que se passe-t-il au Monastère ? Que signifie « un déluge mêlé d'orage » dans la lettre de la déléguée ? » Les minutes défilent et l'impatience grandissante me donne des envies d'aveux. Déballer tout ce que je sais sur Edelgard à mes compères m'a traversé l'esprit plus d'une fois. Heureusement, la présence de Petra agit comme un baume sur ma pétulance.

Enfin – ENFIN - un guerrier de l'Empire vient à nous :

- Sa Majesté va vous recevoir.

Son Altesse impériale, Sa Majesté, je ne vois aucune différence dans ces prédicats honorifiques. Caspar se lève d'un bon :

- C'est pas trop tôt ! Je ne vais pas pouvoir rester une seconde de plus à me tourner les pouces !

Nous suivons le messager jusqu'à une pièce nettement moins vaste mais toujours aussi austère. Le premier détail qui me saute aux yeux est une chevelure blanche.

Edelgard.

Edelgard est là. Elle converse avec Hubert et un autre homme qui exhibe quasiment la même tenue d'Assassin que moi en combat, à la différence que la sienne est rouge cramoisi. Le trio semble épuisé, leurs accoutrements entaillés et leurs peaux excoriées suggèrent qu'ils se sont battus récemment.

- Edelgard ! s'écrit le fils Bergliez.

Cette appellation fait tiquer le toutou maléfique qui le foudroie de son œil apparent. Notre déléguée prend le temps de conclure auprès de l'inconnu :

- Metodey, veuillez placer en lieu sûr les gemmes emblématiques.

- Vous pouvez compter sur moi, certifie l'homme Assassin en esquissant une révérence pompeuse.

Il s'éclipse, suivi de près par le regard insistant de la future impératrice. A priori ce n'est pas la confiance qui prime dans leur relation. Ferdinand s'avance et déclare :

- Edelgard, il me semble que nous exigeons tous des éclaircissements.

- « Sa Majesté », rétorque Hubert en croisant les bras.

- Comment ?!

- Vous avez toujours fait preuve de désinvolture lorsque vous dénommiez ma maîtresse. A présent je recommande une déférence supplémentaire lorsque vous vous adressiez à Sa Majesté Edelgard von Hresvelg, Impératrice de l'Empire d'Adrestia.

Cette déclaration nous laisse tous sans voix. Co... comment ?! Edelgard a été sacrée Impératrice ?! Quand ça ? Son absence durant quasiment tout ce cycle lunaire... L'événement aurait-il eu lieu pendant ce laps de temps ? Je jette un coup d'œil au fils Aegir dont le père, Premier Ministre et chancelier de l'Empire, a forcément été tenu au frais de ce sacrement. Mais de nous tous, c'est bien Ferdinand le plus éberlué. Visiblement, il n'était au courant de rien. Edelgard nous gratifie d'un sourire soulagé :

- Je suis rassurée qu'il ne vous soit rien arrivé pendant votre fuite.

- Une « fuite » ? reprend Dorothea. Tu veux dire... que nous ne regagnerons pas le Monastère ?

- Pas pour l'heure, j'en ai bien peur.

A côté de moi, je perçois les tremblements de Bernadetta qui redoublent en vigueur. Même ses dents se sont mises à s'entrechoquer. Linhardt, qui s'endort toujours à une vitesse hallucinante, est plus réveillé que jamais. Manuela s'éructe la voix avant de se manifester :

- Vos absences ne sont pas passées inaperçues durant ce cycle sélénite. Pouvons-nous savoir où étiez-vous enfouis tous les deux ?

- Bien entendu, répond Edelgard sans la moindre hésitation. A partir de maintenant je vais privilégier l'honnêteté avec vous et je m'excuse d'avance de vous avoir caché certaines informations. J'escompte une forme de compréhension de votre part à tous, sachez que je n'avais pas d'autres choix que d'agir à votre insu.

Elle marque un temps d'arrêt avant de poursuivre :

- Pour répondre à votre question, professeur Manuela, Hubert et moi avions de nombreuses affaires à régler à Enbarr. L'une d'entre elles, vous vous en doutiez, représente ma nomination en tant qu'Impératrice. D'un commun accord avec mon père, Ionius IX, j'ai pris sa succession sur le trône de l'Empire d'Adrestia. A peine le décret officiel fut-il établi que j'ai dépêché un escadron impérial avec moi pour interrompre un protocole des plus fallacieux. A savoir : la cérémonie de la tombe sacrée.

La maison des Aigles de jais ne comporte que peu de fervents dévots et pourtant... Cette déclaration, prônée avec un tel aplomb, nous laisse tous sous le choc. Je ne parviens pas à aligner deux pensées cohérentes. Ferdinand marmonne :

- « Fallacieux », dites-vous ?

- Et encore, ce qualificatif est presque un euphémisme, ajoute Hubert.

La blanche nous détaille tous un à un de son air le plus stoïque. Qu'attend-elle de nous au juste ? Mon cœur s'emballe lorsque ses prunelles parme se posent sur moi. C'est la première fois que j'affronte son regard depuis que je sais qui elle est. L'incarnation de la détermination brûle dans ses iris. Elle s'attarde sur ma personne avant de fermer ses paupières et de reprendre :

- Un jour, une personne m'a dépeint une idée parfaitement sensée. Le fait que la Nature possède deux visages, et que nous autres autres humains également. Celui que nous affichons en permanence et qui ne représente qu'une minuscule partie d'un tout. Et celui qui redoute la vérité, qui la fuit et qui file l'obscurité rassurante de nos secrets.

Les deux visages... J'avale difficilement ma salive. J'ignorais que notre discussion au bord de l'étang l'avait autant marquée. Elle enchaîne en rouvrant ses yeux :

- Je vous ai promis des réponses aux interrogations que je discerne sans peine dans vos postures. Il est temps pour moi de vous révéler ce qui se cache derrière mon masque. Et derrière celui de l'archevêque.

- Dame Rhea ?! s'enquiert une Manuela stupéfaite.

- Que pourrait bien dissimuler l'archevêque ? s'exclame une étudiante réticente à l'idée de blasphémer la chef suprême de l'Église de Seiros.

- Tant de cachotteries que la journée paraît bien trop courte pour toutes vous les divulguer, riposte Edelgard. Mais plus que ses dissimulations, c'est sa propagande que j'aimerais dénoncer en premier.

Ses mots sont savamment employés, on sent qu'elle guettait ce moment depuis longtemps. Je me focalise tellement sur son éloquence que je parviens à saisir le sens de toutes ses phrases. Elle reprend son souffle avant de continuer :

- L'archevêque nous fait croire depuis le début de nos études que l'ennemi est ailleurs, que la vision de l'Église est non seulement la plus légitime mais aussi celle qui prime sur les autres. Qu'advient-il de nos opinions personnelles lorsqu'on nous contraint à respecter les mêmes mœurs et les mêmes croyances ? On parle du culte de la déesse alors que personne ne connaît sa véritable représentation. Cela me dépasse. Comment pouvons-nous nous reposer sur une foi qui est basée sur une entité invisible ? Comment pouvons-nous à ce point mésestimer nos propres convictions et les taire pour des normes sociales ? Mais de normes, je n'en vois aucune. Je ne discerne que la tromperie et des inégalités indénombrables. Les fidèles de la déesse qui louent son régime aristocratique dissimulent la vérité et ancrent leurs mensonges dans l'esprit de la population. Ils anéantissent sans le moindre scrupule ceux qui s'opposent à eux, comme vous avez pu le constater lors de l'épisode du Mausolée sacré. Vous le savez, et...

Sa poigne se crispe contre son cœur, chiffonnant sa tenue.

- … et je le sais aussi, car j'en ai fait l'expérience personnellement.

Ses traits, à l'instar de sa main, se sont contractés dans une colère des plus réfrigérantes. Son discours... Je ne peux qu'approuver ses arguments, j'ai toujours perçu le culte de la déesse comme une nuisance pour autrui. Néanmoins, je ne pense pas être aussi catégorique qu'elle. Certains croyants sont moins endoctrinés que d'autres, nous ne pouvons pas tous les placés dans la même catégorie. Je pense forcément à Mercedes pour qui la déesse représente avant tout un soutien moral.

Personne n'ose s'opposer à un monologue aussi impactant. Personne, exceptée l'étudiante dévote :

- L'archevêque n'est pas une manipulatrice, réplique-t-elle d'une voix mal assurée.

- Et pourtant c'est une bête bien plus cruelle que vous ne l'imaginez.

- Une « bête » ?!

- Oui, le voilà son deuxième visage, celui qu'elle a bien failli exhiber à la tombe sacrée. Sa forme monstrueuse porte même une appellation : celle d'Immaculée.

Elle nous informe alors que l'Immaculée représente une race quasiment éteinte de nos jours. C'est un monstre qui dirige Fódlan depuis la nuit des temps en exploitant sa force pour créer des miracles afin de contrôler ceux qui croient aveuglément en la déesse. Rhea serait... Je l'ai toujours trouvée louche avec son regard déstabilisant qui connote bien trop d'expériences pour une seule existence. La radicalité des mesures prises lors du Mausolée sacré faisait froid dans le dos. Mais de là à la considérer comme un monstre... Je peine à dénicher l'authenticité dans ces révélations.

- L'archevêque serait... Wouho, c'est complètement dingue..., souffle Caspar en secouant la tête.

- Votre théorie est à la fois captivante et horrifiante, souligne Linhardt. Quelles preuves avez-vous pour attester vos propos ?

Cette fois c'est au toutou maléfique de répondre :

- Le départ du bibliothécaire signait l'abandon de ses ouvrages énigmatiques et prohibés. Certains d'entre eux n'ont laissé planer aucun doute sur l'identité de l'archevêque. Il existe même une illustration de cette bête dans l'un des ouvrages. Je pourrais vous partager mes découvertes, tout dépend de votre décision finale.

- Dé...décision finale ?! De quoi s'agit-il ? balbutie Bernadetta. HIIIIII je ne veux pas choisir !

- J'y viens justement, reprend Edelgard. Mais avant cela, j'aimerais témoigner ma sincérité envers vous en vous dévoilant un deuxième visage que j'ai évoqué précédemment. Le mien.

J'essaie de canaliser ma respiration pour ne pas haleter bruyamment. Non... Attendez... Va-t-elle vraiment...

- Je suis l'Empereur des flammes.

Oh... Par tous les esprits... Cette déclaration jette une tornade d'incompréhension, un abîme d'épouvante sur notre groupe. Quasiment tout le monde a reculé de quelques pas pour placer de la distance entre la déléguée et eux. En une poignée de mots, Edelgard a fait voler en éclats le plan que Petra et moi avions mis en place. Sa franchise nous désarme mentalement et nous déstabilise plus qu'un coup porté aux creux de nos genoux. Elle a devancé nos intentions, nous privant de nos cartes à jouer pour tenter de la faire chuter. Je m'étais préparée à toutes éventualités. Toutes.

Sans savoir que le terme « toutes » pouvait lui-même dissimuler des faces cachées, d'autres possibilités encore. Sans savoir que j'avais fait preuve de présomption en pensant battre Edelgard dans l'ombre.

Je jette un rapide coup d'œil à ma cousine. Elle paraît aussi perturbée que moi.

- L'Empereur... des flammes, articule durement Caspar.

- Edie... Non..., souffle Dorothea atterrée.

- Les justifications que je pourrais apporter à mes actes ne feront que vous désaxez, reprend Edelgard posément. Je ne cherche pas à corrompre ou à endormir votre réflexion comme le ferait l'archevêque avec des paroles réconfortantes. Je suis l'Empereur des flammes, mais je reste celle que je suis et que vous avez connue. Edelgard von Hresvelg.

Elle poursuit, d'un ton plus résolu encore :

- J'ai choisi d'accomplir ma destinée. J'ai tracé cette voie et je suis déterminée à la poursuivre jusqu'au bout. Emprunter mon chemin revient à brandir une arme contre l'archevêque et contre la déesse, et donc contre son système de castes qui a causé tant de souffrances. Certains d'entre vous en ont pâti jusqu'à aujourd'hui. Pour que nos enfants n'endurent pas les mêmes injustices, nous devons chambouler l'ordre actuel. Si vous souhaitez toujours me suivre, vous êtes les bienvenus. Plus qu'un millier de soldats, c'est votre présence et votre force que je requiers. Il me faut votre réponse promptement pour me prouver votre résolution. Je vous laisse trois jours pour réfléchir à ma proposition.

/

J'aurais tellement voulu... tellement, tellement voulu...

/

- C'est à n'y rien comprendre, soupire Linhardt.

Le tintement des armes que nous sommes en train de trier à trois le coupe un instant dans ses tergiversations concernant son père et celui de Caspar. Le Comte Hevring est le Ministre de l'Intérieur tandis que le Comte Bergliez est celui de la Guerre. Tous deux ont rejoint les rangs de l'Impératrice. De ce fait, pour honorer ses futurs projets, Edelgard a la mainmise sur les finances et l'armée de l'Empire. Ce sont des atouts considérables voire déterminants pour l'avenir. Cependant, un élément cloche dans cette alliance, et Linhardt le souligne devant son meilleur ami et moi-même :

- Nos parents sont incontestablement des nobles d'influence. Ils ont participé à ce qu'on appelle l'Insurrection des Sept en 1171 et sont donc connus pour avoir ravi le pouvoir au précédent Empereur, Ionius IX. Alors pourquoi prêter allégeance à sa fille ?

- Tu te poses toujours trop de questions, soupire Caspar en soupesant des gantelets pourvus de lames aux jointures.

- Et toi pas assez visiblement.

Je place un tomahawk dans le tas des armes de qualité et lance verbalement :

- Le choix de vos parents est une chose, mais vous que comptez-vous faire ?

Caspar se gratte l'arrière de la tête, l'air bien embêté. Il explique que s'il retourne au Monastère, et donc qu'il abandonne la cause d'Edelgard, il va devoir affronter son père à un moment donné. Ils ne sont pas proches mais se retrouver face à lui est bien le dernier de ses désirs. S'il faut faire un choix il le fera même si ce n'est pas de gaîté de cœur. En revanche, s'il faut se battre, il sera je cite « au taquet ». Il interrompt subitement ses propos. Je suis son regard et tombe sur Randolph von Bergliez, un Général de l'Empire. Il est arrivé la veille au soir, après les révélations d'Edelgard. De ce que j'ai compris, sa position est modeste au sein de sa famille. Tout comme Caspar, il cherche à prouver sa valeur en donnant le meilleur de lui-même. Par contre, je n'ai toujours pas compris leur lien de parenté. Va falloir que mon ami me réexplique.

Mes prunelles englobent l'endroit gigantesque. La pièce immense a été scindée en plusieurs espaces pour délimiter les quartiers. Certains sont dissimulés par des sortes de paravents en toile. C'est le cas des « bains » plus que sommaires et des couches. Une patrouille passe non loin de nous. Je reconnais Ladislava, la commandante en chef de la garde rapprochée d'Edelgard. Elle est arrivée en même temps que Randolph et que la petite sœur de ce dernier, Fleche. Ladislava impressionne par sa grande taille et par son armure imposante. De ce que j'ai compris, elle voue en l'Impératrice une loyauté sans borne.

Je lorgne sur le fils Hevring. Le cas Linhardt est bien différent de celui de Caspar. En effet, il n'éprouve que très peu d'empathie pour nos camarades restés au Monastère. Ce qui le répugne bien plus, c'est de devoir participer à des conflits qui s'annoncent à coup sûr dangereux et sanglants. Il se tient le menton et penche la tête. Évidemment de nous trois c'est lui qui trime le moins dans cette tâche qu'on nous a confiée. Caspar lui tapote la cuisse pour le faire réagir, ainsi il finit par dire :

- Si je suis Edelgard, ce serait uniquement parce que je sais qu'il serait difficile de s'opposer à elle. Elle est bien trop préparée.

Leurs hésitations ne me plaisent pas. En divulguant sa deuxième identité, j'étais persuadée qu'Edelgard se tirait une flèche dans le pied. Cependant, les mots qu'elle a employés ont été sélectionnés avec soin. Elle a toujours été une leader charismatique, et en devenant Impératrice le magnétisme qu'elle exerce sur les autres a décuplé. Moi-même je... je l'ai écoutée avec attention, et même si je ne partage pas les mêmes objectifs qu'elle, je dois reconnaître la justesse de certaines de ses paroles.

/

L'écuelle tombe par terre pour la troisième fois. Heureusement pour la maladresse de Constance, le récipient a été façonné dans du fer. Je le ramasse et le lui tends. J'avise ses mains pleines de savon, ce n'est pas très prudent. Je replace alors l'assiette dans la cuve remplie d'eau. La femme bicolore me remercie gauchement et poursuit le rinçage de la vaisselle sale. Tandis que j'astique un couteau à l'aide d'un torchon, je ne peux m'empêcher de lui jeter un regard à la dérobée. C'est rare de la surprendre dans un état aussi fébrile. Ce matin, je l'ai vue en train de discuter longuement avec la future Im... non, avec l'Impératrice. Ça m'intrigue. J'invoque toute ma nonchalance avant de demander :

- Vous avez l'air soucieux. Edelgard vous a sarm... sermonnée ?

- Non ! s'insurge-t-elle aussitôt. Sa Majesté n'a rien à se reprocher ! C'est moi qui...

Hm... C'est encore plus singulier de discerner un élan de faiblesse chez elle alors qu'elle n'est pas exposée à l'astre solaire. Elle marque une pause avant de reprendre d'une voix peinée :

- Jusqu'à maintenant j'ignorais tout du passé de Dame Edelgard et de ses véritables intentions. Mes lacunes furent comblées en contrepartie de lui avoir forcé la main.

- « Forcé la main » ? Je ne comprends pas l'expression.

- Je l'ai en quelque sorte contrainte à se livrer... Je crois que je regrette.

Le passé d'Edelgard... Ses cauchemars et la profondeur de son regard attestent qu'elle a connu l'enfer. Seulement, j'ignore tout de ce qu'elle a traversé. A-t-elle un vécu commun avec Dimitri ? Je n'ai pas oublié la discussion du prince avec Lord Arundel. Arundel...

Luna von Arundel.

Je me fige. J'étais tellement focalisée sur Edelgard et Hubert que j'ai omis une évidence. Luna est la cousine de l'Impératrice. Travaillent-elles ensemble ? Ont-elles les mêmes objectifs ? Inutile de parcourir l'immense pièce rocheuse des yeux, je sais que Luna ne se trouve pas ici. Je l'aurais sentie à la seconde où elle serait rentrée dans mon champ de vision. Hm... Ça ne me choquerait pas d'apprendre qu'elle est dans le même camp qu'Edelgard.

J'essuie le dernier couvert et le repose dans un panier. C'est étrange... J'ai l'impression qu'il y a autre chose qui se cache derrière l'air chagriné de Constance. Je crois savoir mais j'ignore comment lui poser décemment la question. Alors que je tente de déceler ma courtoisie inexistante, ma langue s'active d'elle-même :

- Où est Yuri ?

Ah... Je pense que j'ai visé juste. La tristesse qui étouffe son visage me donne des remords. J'aurais dû me taire. Au bout d'une poignée de secondes, elle finit par murmurer :

- Il n'est pas venu. Il est resté dans l'Abysse.

Oh, je vois... Ça non plus ça ne me surprend pas. Enfin si, un peu. Yuri doit être très attachée à ses gars, bien plus que je ne l'avais escompté. Je relève la tête vers un espace vide et essaie d'imaginer la présence du Loup à nos côtés. Mes sourcils s'arquent.

Je n'aurais jamais cru songer ça un jour, mais j'aurais bien aimé que Yuri soit là. Nul doute qu'il n'approuverait pas les ambitions d'Edelgard. Son soutien aurait été la bienvenue, ainsi que sa diatribe.

/

Je me fais violence pour me tenir droite et pour ne pas m'endormir. Quoique... La perspective de m'écrouler vers l'arrière et de laisser mon crâne rebondir contre les seins nus de Dorothea est des plus alléchantes. Son rire cristallin fait frémir mes oreilles :

- Vous vous souvenez ? Je vous avais comparée à un chat lors de la soirée de la Taverne. Je réitère mes propos, on dirait que vous ronronnez.

Il faut dire que sentir les doigts délicats de la brune dans ma chevelure me grise un peu. Ses phalanges prennent le temps de démêler chaque nœud avec douceur et dextérité. Un chat ? Je souris. Elle n'est pas la seule à songer cela. Ma joie s'estompe immédiatement lorsque je me rappelle que Claude n'est pas ici. Pour m'extraire de ma maussaderie, je polarise mes pensées vers Manuela et son baquet. Elle s'est un peu plainte en immergeant son corps dans l'eau froide. Je l'observe en train de se passer sur le thorax un savon constitué de graisse animale. Sa poitrine démesurée est imbibée de mousse. Elle est plus opulente que celle de Dorothea, mais moins attrayante à mon sens. Elle déclare :

- Je ne sais pas vous, mais moi j'ai encore du mal à réaliser ce qui se passe.

- Je ressens la même chose, répond Dorothea d'une petite voix.

- Et dire que nous n'étions qu'à quelques jours de la fin de l'année scolaire, se lamente le professeur. Le couronnement d'Edelgard s'est déroulé dans la précipitation. Je me demande qui va l'emporter, l'Empire ou l'Église de Seiros ? Le Royaume et l'Alliance risquent de se ranger du côté de Dame Rhea.

A l'entendre, on croirait qu'elle ne prendra pas part au futur conflit. La brune en tire la même conclusion car ses gestes ont ralenti. Elle n'a pas le temps de questionner sa mentor à ce propos puisque cette dernière lui demande :

- Et toi Dorothea, que comptes-tu faire ?

La chanteuse s'autorise un instant de silence pour dénicher une réponse à offrir à nos oreilles attentives. Elle place un morceau de savon au creux de sa main et commence à frotter mes longues mèches avec.

- Je n'aime pas l'avouer mais... je suis terrifiée, finit-elle par chuchoter.

- Il n'y aucun honte a ressentir la peur, je la rassure.

Elle émet un petit gloussement avant d'enchaîner d'une voix plus affirmée :

- Pour être honnête ce sont Petra et vous, Manuela, Akki, que j'ai envie de suivre, et non Edie. Et puis, je me dis que je ne possède pas de terre, et donc aucune influence. Hubert ne doit pas être ravie de ma présence ici.

J'expire longuement suite à cette déclaration, et mes épaules s'affaissent. Apprendre que les deux chanteuses sont réticentes à l'idée de rejoindre les rangs d'Edelgard me rassérène. Et manifestement elles ne sont pas les seules. D'autres étudiants des Aigles de jais fournissent des démonstrations de doute vis à vis des révélations de l'Impératrice qui datent d'il y a déjà deux jours. Certains n'accordent que peu de crédit à ses dires depuis qu'ils savent qu'elle est l'Empereur des flammes. D'autres, en revanche, et principalement les moins portés sur la dévotion religieuse propre au culte de la déesse, sont déjà prêts à lever les armes contre l'Église.

Quoi qu'il en soit, une chose est sûre : Edelgard n'obtiendra pas l'unanimité de nos choix.

/

J'essaie de me concentrer sur les mouvements réguliers de Bernadetta pour ignorer l'agitation grandissante alentour. Je me demande ce qui se trame. Brevis n'est nulle part en vue aujourd'hui, je dois reconnaître que sa conversation me manque un peu.

Bernadetta tremble comme une feuille depuis que nous séjournons ici, néanmoins lorsqu'elle tient une aiguille entre ses doigts, son ébranlement cesse. Ses talents de couturière étaient déjà reconnus pendant nos études même si sa modestie a toujours enrayé son don. Ses phalanges s'activent artistement pour rapiécer la tunique de combat de Ferdinand. Je n'avais pas encore eu le temps de jauger leurs positions par rapport aux projets d'Edelgard. Constatant qu'ils se tenaient tous les deux au même endroit, dans le quartier des dortoirs, je n'ai pas voulu louper l'occasion d'entendre leurs opinions. Pour m'introduire dans leur discussion, j'ai prétexté une envie soudaine d'apprendre la couture auprès de la petite archère.

Hm ? C'est la première fois que je la vois sourire depuis que nous avons investi ces lieux étouffants. Je croyais que le rouquin allait faire une remarque à ce sujet, mais il paraît bouffé par la morosité depuis que nous sommes arrivés au campement. Je prends la relève et dis :

- Votre joyo... joyeuseté m'intrigue Bernadetta.

- Quoi ?! Pardon Nadette voulait pas vous... vous importuner...

Évidemment elle répond à côté. J'interromps le faufilage pour poursuivre :

- Non, je ne suis pas en colère. Je me demandais juste pourquoi.

- Ah oui... eh bien comment dire ? En fait... quand j'ai su que je n'allais pas posséder ma pauvre chambre ici, ça m'a paniquée ! Oh la la j'avais envie de crier ! Et puis après quelques nuits passées tous ensemble, je me dis que... c'est plutôt agréable de dormir les uns contre les autres...

Elle baisse son menton après cet aveu. On dirait un petit animal, ça me donne envie de lui tapoter la tête. L'ambiance qui commençait à se réchauffer perd une dizaine de degrés lorsque la toile du paravent s'ouvre pour laisser entrer Hubert. C'est bien la première fois qu'il se présente à nous depuis le discours de sa maîtresse. Son œil jaune impérial se pose un instant sur Ferdinand qui murmure son prénom. Puis l'attention et les pas du toutou maléfique convergent vers moi. Mes poils se hérissent à son approche. L'âcreté de la salle se réverbère sur son sourire pour le geler dans le mépris. La haine qu'il éprouve à mon égard est en parfait synchronisme avec celle que je lui porte.

- Hiiii ! Je vous en prie, ne souriez pas comme ça ! s'écrit Bernadetta.

- Toutes mes excuses, vous effrayer ne faisait pas partie de mes intentions.

- Qu'est-ce que vous voulez ? je crache.

Je fais tourner l'aiguille sur mon index, parée à la lui planter dans la carotide. Malgré mon ton plus que menaçant, je ne discerne aucune crainte dans sa prunelle visible. Il répond de sa voix doucereuse :

- Rien, pour le moment. En revanche j'ai fait part à sa Majesté de notre petite entrevue nocturne durant le précédent cycle sélénite. Vous en souvenez-vous ?

Et comment que je m'en rappelle ! Voilà une façon bien décente de m'annoncer qu'il m'a balancé à Edelgard. Cela ne m'étonne pas de la part de cette fouine, cependant si l'Impératrice commence à se méfier de moi ça risque de compliquer la suite de mon plan. Saloperie d'Hubert, tu ne perds rien pour attendre... Comme je ne rétorque rien, il enchaîne :

- Sa Majesté aimerait promptement récupérer son gant.

- Et elle l'aura. Maintenant déguerpissez de ma vue.

Ferdinand nous coupe dans notre joute verbale :

- Attendez Hubert, avant de partir dites-moi si les dires d'Edelgard...

- De « Sa Majesté » Edelgard, combien de fois devrais-je vous reprendre ?

Agacé, le rouquin se met debout pour faire face au toutou maléfique. Cette initiative paraît un peu ridicule si on considère leur différence de taille. Dix bons centimètres les séparent. Le fils Aegir reprend vivement :

- Elle m'a rapporté que mon père a été démis de ses fonctions de chancelier et qu'il lui est à présent défendu de quitter sa demeure dans la capitale impériale. Après tout ce qu'il a fait pour l'Empire... Est-ce la vérité ?

- Le Duc Aegir a mérité son sort.

Cela coupe le souffle au rouquin qui recule d'un pas.

- Comment ?!

Hubert nous informe alors que l'armée principale adrestienne progresse comme prévu et se joindra aux effectifs déjà présents ici, au camp provisoire. Les préparatifs pour le Grand manifeste sont presque terminés. Ce soir, l'Impératrice va diffuser une proclamation aux Seigneurs de tous les territoires en Fódlan. Elle va exposer le côté obscur de l'Église de Seiros et les erreurs commises par la noblesse du Royaume et de l'Alliance. En procédant ainsi, je comprends qu'Edelgard cherche à forcer le peuple fódlien à ouvrir les yeux et à se ranger de son côté. Ainsi la population n'aura plus aucune raison de s'opposer à l'Empire.

- Certains Seigneurs nous ont déjà offert leur soutien, continue Hubert. En parallèle, nous avons purgé une partie de la noblesse impériale dont la moralité était corrompue. Nous condamnons ceux qui le méritent, comme mon propre père, le Duc Aegir mais aussi le Comte Varley.

- Mon... mon père ?! s'étonne Bernadetta.

- En effet. Il s'est opposé à sa Majesté, ainsi il a été dépouillé de son titre et il est désormais placé en résidence surveillée.

Je n'en reviens pas... Hubert annonce ces faits avec un tel sang-froid... Des faits qui concernent en plus son propre paternel ! C'est donc pour organiser tous ces préparatifs qu'il s'est absenté durant un cycle lunaire entier ? Si je devais représenter les agissements dans l'ombre de mon entourage, je verrais bien un jeu d'échecs. Edelgard en serait la Reine, et Hubert incontestablement le Fou qui se déplace sournoisement pour surprendre sa victime. Quel homme effrayant...

Quant à moi, pour l'heure, je ne suis qu'un misérable Pion.

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Il se fait tard, mais Petra et moi voulions nous isoler pour communiquer à l'abri des oreilles indiscrètes. Edelgard est en train de diffuser son Grand manifeste, l'immense salle est vide de tous soldats, ne restent plus que les Aigles. C'était l'occasion ou jamais. Nous avons rejoint le semblant d'enclos où sont logés les animaux ailés. Ils ont l'air penauds, attristés qu'ils sont de ne plus apercevoir la lumière du jour. Comme je les comprends, ça me pèse aussi... Le joli minois de ma cousine se penche lorsqu'elle caresse les naseaux de Bangga. Elle me dévoile ainsi son air préoccupé. Tandis que je fais semblant de compter les plumes d'Onirun, je lui demande :

- Tu te sens perdue, ça se voit sur ta figure.

Elle soupire.

- C'est vrai. J'aimerais que Brigid conserve de bonnes relations avec Adrestia, seulement l'avenir n'a jamais été aussi incertain. Et puis, je ne m'attendais pas à ce qu'Edelgard se montre aussi honnête avec nous, j'avais fini par mon convaincre qu'elle était malveillante. Désormais, j'ai le sentiment qu'elle est plus... nuancée.

J'acquiesce. Elle a raison, j'en suis venue à la même conclusion après ces trois jours de délibération interne. Personne n'est ni tout blanc, ni tout noir. Je jette un coup d'œil pour m'assurer que nous sommes bien seules avant de poursuivre :

- Sais-tu pourquoi la salle est en ce moment dépourvue de l'escadron impérial ?

- Non, mais mon instinct me souffle que toi tu es courant de quelque chose.

Une fois encore, j'approuve et lui relate l'épisode avec Hubert de cet après-midi. Je lui parle de la purge des nobles au sein de l'Empire, du Grand manifeste, mais aussi des forces adrestiennes qui vont se retourner contre l'Église de Seiros et donc par extension contre le Royaume et l'Alliance.

- L'Empire va devoir affronter le continent tout entier, et sois certaine que ça ne se fera pas de manière pacifique.

Petra se tourne vers moi et me dévisage, estomaquée.

- C'est horrible..., murmure-t-elle en passant sa main pleine de foin sur son front. Il y a forcément des solutions moins meurtrières que celle-ci.

Sa voix s'est faite encore plus chevrotante sur la fin et je sens que je suis moi-même en train de flancher. Ma lèvre tremblote lorsque je reprends :

- Durant toutes ces lunes passées au Monastère, nous avons tissé des liens puissants avec les Aigles, mais aussi avec les membres des autres Maisons. Au début, j'avais tellement peur d'eux car je savais qu'un jour ou l'autre je pouvais être amenée à les tuer. Mais maintenant, c'est tout l'inverse que je leur souhaite. Ces liens sont... Sont tellement importants... Ils m'ont...

Je hoquette avant de conclure :

- Ils m'ont sauvée des ténèbres...

Et nous avons filé, comme des malpropres, sans les prévenir. Petra me contemple et laisse les larmes abreuver ses joues. Un rire des plus tendres vient se mêler à son chagrin lorsqu'elle déclare :

- Le tournoi de pêche, la Taverne de l'Abysse, le banquet après la bataille de l'Aigle et du Lion, le bal... Les sourires n'ont cessé de bourgeonner durant tous ces événements. Nous étions...

De concert, nous tendons nos mains l'une vers l'autre. Elles s'entrelacent pour former une boule. Je complète dans une murmure attendri :

- ...comme ça.

Je considère nos deux paumes unifiées. Inévitablement cela me renvoie à une autre scène que j'ai vécue le mois dernier. Ma main dans celle de Claude pour former un tout. Si je me concentre très fort, je peux me rappeler de la légère rugosité de sa peau, de la teinte cuivrée de cette dernière. Je visualise son sourire, sa tête penchée et perchée sur mon épaule. Ses deux émeraudes qui n'en finissent pas de détailler ma figure. Et sa bouche qui me révèle ce qu'il aime chez moi.

Mes larmes investissent mes yeux et déferlent sur mes pommettes. Je ne parviens pas à endiguer ma peine.

- Oh, ma sœur..., chuchote Petra bouleversée.

Elle me prend dans ses bras et nous nous berçons mutuellement le temps de calmer notre affliction. Au bout d'un long moment, ma cousine vient murmurer à mon oreille :

- Nous ne pouvons pas rompre des liens aussi beaux. La confiance et l'amour seront brisés, et nous avec. A quoi ça rime de construire un monde sur un tas de ruines infertiles ?

Elle se dégage légèrement de moi pour que nous puissions unir nos prunelles.

- Que pouvons-nous faire ? s'enquiert-elle.

Les idées qui se sont assemblées durant ces derniers jours viennent éclairer mon esprit embrumé par mon amertume. Ce n'est pas le moment de pleurer Akkira, reprends-toi ! Je sèche mon tourment et celui de Petra d'un revers de la main. Mon plan résonne en moi comme un second cœur qui palpite. Je n'avais pas prévu que Hubert me balancerait à Edelgard, ni ce manifeste et demain matin nous devrons donner notre décision à l'Impératrice. Cependant, je nourris l'espoir qu'il n'est pas trop tard. Je déclare :

- Toi, il faut te concentrer sur Brigid. Reprendre contact avec notre peuple avant qu'Edelgard ne s'en charge.

Elle réfléchit un instant à ma proposition avant de hocher le menton.

- Très bien, tu peux compter sur moi. Et toi ?

- Je vais essayer de raisonner Edelgard.

/

J'aurais tellement voulu... tellement voulu... ne pas être aussi insignifiante devant Edelgard.

Devant Edelweiss.


Le petit commentaire de l'auteure : L'avez-vous remarqué ? Depuis le début de la fic, les personnes non croyantes disent "déesse" et les croyantes "Déesse", tout est dans la majuscule !

Ce chapitre est un véritable virage à 90 degrés, il dénote avec tous ceux passés au Monastère. Que vont répondre les Aigles vis-à-vis de la proposition d'Edelgard ? Pour le savoir il faudra découvrir la suite, qui signe la fin de la Première partie ! :3

Prochain chapitre : Désillusionner

Prenez soin de vous ! Ciaossuuuuu !