Bien le bonjour voyageur !

Répondons sans plus attendre, à mes lecteurs adorés :3

Zakky-chouuu : Ah que coucouuuu ! :D Oui MWAHAHAAH toi tu sais ! Edelgard a été couronnée du coup c'est bien d'elle dont parle le soldat et non de son père ;) On est d'accord, Metodey petite raclure xD Ouais, la tombe sacrée été le gros moment d'interrogation. Parce que dans le jeu y a qu'une seule des classes qui descend, et c'est celle qui accompagne Byleth. Du coup j'étais là "Ok mais je fais quoi de mes Aigles ?! xD" Du coup j'ai poussé à fond le côté explications d'El, et surtout les réactions des étudiants pour rendre ça plus réaliste que "Ok on te suit sur un coup de tête !" Héhé contente que tu apprécies le discours d'El, j'ai essayé de le soigner du mieux que j'ai pu :3 Han, pour moi les yeux d'Hubert son jaune :0 ! J'étais sûre que tu allais repérer Dorothea et son "Je suis Byleth (ici Manuela, Akkira et Petra) mais pas Edie", c'est tellement choquant quand elle dit ça dans le jeu xD Yeap le jeu d'échecs héhé ;) Merci pour ta reviiiieeew des familles !

Katt : Salut ! Merci pour tes compliments, j'essaie de soigner la narration et de coller aux événements du jeu :3 Comme tu l'as souligné, j'ai essayé de mettre en avant le point de vue des Aigles pour bien les démarquer. Merci pour ton retour :3

Mijocookie : Hello Mister Cookie, je t'avais déjà pas mal répondu concernant ta dernière review, du coup il ne me reste plus grand chose à dire xD Tu m'as fait trop rire avec "Tue-le Akkira", on dirait que tu envoies un Pokemon assassin xD Yeap la bataille s'est déroulée juste après le départ des Aigles, donc oui en pleine nuit :3 Moi non plus je ne veux pas qui se combattent :( Ça fait mal au coeur. Pour Petra, si elle s'en doute, je l'avais dit lors du tête-à-tête entre les deux cousines au début du chapitre "Conseiller" :3 Merci pour tes compliments concernant l'éloquence d'Edelgard ! C'est un passage fort, je voulais lui faire honneur. :3 A tout bientooot !

RAPPEL :

- Les dialogues rédigés en gras sont en brigilien.

- Les dialogues rédigés normalement sont en fódlien.

- Les mots que ne comprend pas Akkira sont rédigés comme ceci "? ? ?".

Bonne lecture ! On se retrouve à la fin pour le petit commentaire de l'auteure !


Chapitre vingt-sept

Désillusionner

Désillusionnée.

Je le suis totalement lorsque je retrouve les membres des Aigles de jais qui me sont les plus chers dans le bureau rudimentaire d'Edelgard. Leur présence dans cette pièce du camp provisoire ne peut signifier qu'une chose.

Ils se rallient à sa cause. Ils vont se battre pour défendre ses idéaux. Ils vont se liguer contre l'Église de Seiros, les chevaliers de l'Ordre et contre les natifs de Faerghus et de Leicester.

Ferdinand, Caspar, Linhardt, Dorothea, Bernadetta, Manuela et Constance.

Certes, certains étudiants de notre maison sont partis mais eux, ceux auxquels je tiens le plus, sont restés. Je peine à y croire, surtout pour les deux chanteuses. J'étais persuadée qu'elles resteraient en dehors de cette lutte acharnée qui va diviser Fódlan. Pareil pour Ferdinand et Bernadetta. Après la purge de la noblesse impériale qui a destitué leurs paternels, j'étais certaine qu'ils quitteraient l'Empire.

Mais non, ils sont bien là.

Je jette un coup d'œil horrifié à Petra. Et elle a saisi tout comme moi. Elle sait. Elle sait que nous ne pourrons jamais quitter l'Empire tant que nos chers Aigles se placent de ce côté de la balance. Plus que nos camarades des autres maisons, ce sont ceux de la nôtre que nous ne pourrons jamais affronter. Abandonner Dorothea ? Caspar ? Ferdinand ? Et ceux que j'ai mentionnés précédemment ?

Plutôt mourir.

Nous sommes enchaînées à leur destinée.

Mes dents claquent. Bon sang... J'aurais dû...

/

Ma plume tremble.

J'aurais tellement dû...

/

J'aurais dû tout leur révéler avant. Sur ma découverte, sur la dague d'Edelgard, sur l'Empereur des flammes. Leur en parler moi-même aurait retiré l'une des qualités prédominantes de l'Impératrice : l'honnêteté. Cette valeur dont elle fit preuve lors de sa déclaration a séduit mes amis. Cette valeur qui ne m'a pas incombé au moment clé. En sachant la vérité avant l'heure, il m'aurait peut-être prise pour une folle et une menteuse. Mais au moins, lors du discours de l'Impératrice, ils auraient sans doute eu l'impression qu'elle essayait de se justifier. Ses dires ne les auraient pas autant ébranlés. J'ai envie... j'ai envie de hurler...

- Bien. Je vois que votre décision est prise, dit Edelgard en nous souriant.

Elle se lève et nous fait face. Comme toujours avec elle, sa petite taille n'écorne en rien sa prestance... et son charme. Hubert a son œil rivé sur Ferdinand. Sûrement ne s'attendait-il pas à ce verdict de sa part. Moi non plus, de tous c'est le rouquin qui me surprend le plus. Le toutou maléfique bat sa paupière comme pour se désarrimer du fils Aegir et se concentre sur sa maîtresse qui reprend :

- Maintenant que c'est chose faite, laissez-moi vous éclairer un peu plus sur le futur qu'il nous faut dessiner pour Fódlan.

Elle croise les mains derrière son dos et poursuit :

- Les derniers événements ont rendu l'équilibre du continent précaire. Nous devons le rompre définitivement pour ouvrir les yeux de la population et pour faire évoluer cette dernière. Apprendre au peuple à penser par lui-même, à déceler le mal derrière une soi-disant bonté et, à l'inverse, à repérer des qualités dans les abominations érigées.

Je serre les poings. Elle a raison, c'est précisément ce que j'ai songé précédemment. Les gens sont nuancés. Elle tourne son visage vers le plafond, une mèche liliale vient dévaler son épaule et sa poitrine.

- Vous souvenez-vous de Miklan ?

J'arque un sourcil. Le frère aîné de Sylvain ? Que vient-il faire ici ? J'avise mes compagnons. Les mines durcies de Caspar et Linhardt attestent qu'ils s'en rappellent. Tout comme moi, ils ont assisté à la transformation en Bête Noire de cet homme. Edelgard enchaîne :

- Il a été rejeté par sa famille parce qu'il est né sans emblème, et dans ce cas-là il n'est qu'un exemple parmi tant d'autres. Miklan s'est hissé au sommet de son univers illégal, et malgré l'atrocité de ses actes, il faut lui reconnaître un talent de meneur d'hommes. Pourquoi a-t-il déchanté ? La réponse me perfore les yeux.

Elle revient vers nous et ses prunelles parme nous enflamment.

- A cause des emblèmes, déclare-t-elle froidement.

Elle commence à esquisser quelques pas tout en continuant son monologue :

- Les gens pensent que les emblèmes sont des manifestations de la déesse, une bénédiction qu'il faut nécessairement posséder pour s'élever socialement parlant en Fódlan. Mais justement, ce sont précisément les emblèmes qui sont à l'origine des injustices de ce monde. Leur puissance n'est octroyée qu'à une poignée de privilégiés et nous leur accordons le droit de nous gouverner. Pourtant ce monde regorge de sans-emblème pétris de talents, nous ne devons pas ignorer cette évidence. J'entends bâtir un monde où les plus compétents réussissent et se hissent au sommet, quelle que soit la lignée dont ils sont issus.

Elle s'arrête et s'attarde sur Caspar, sur Dorothea, sur Petra et sur moi. Les sans-emblème. Je perçois toute l'estime qu'elle nous porte. Ça me rappelle une discussion que j'ai eu avec elle lors d'une mission sur la voie Magdred.

« Vous travaillez dur Akkira, tout comme votre cousine. Les plus fainéants devraient prendre exemple sur vous. Au lieu de cela, ils profitent de leur statut de noble pour négliger leur entraînement. »

Sa haine de la noblesse ne date pas d'hier tout comme le respect qu'elle éprouve pour ceux qui se reposent sur leurs propres capacités pour s'améliorer. Ce sont des gens comme nous qui l'inspirent. Son attention dérive ensuite vers Ferdinand et Bernadetta.

- Vous n'êtes pas sans savoir ce qui est advenu à vos paternels suite aux ordres que j'ai délivrés. Êtes-vous bien certains de cette décision ?

- Ce... c'était une mauvaise idée de vous suivre ? piaille la petite archère. Je... je n'aurais pas dû ? Mais ma famille fait partie de l'Empire, qu'est-ce que j'aurais bien pu faire... ?

Bernadetta... Lui retirer ses accroches familiales revient à la pousser dans un précipice. Malgré la dureté de son père à son égard, la fille Varley s'est profondément enracinée à son passé. A ses yeux, l'inconnu est bien plus terrible qu'un quotidien placé sous le signe de la redondance et des restrictions. Ferdinand, quant à lui, semble toujours aussi taciturne. Cet homme des plus enthousiastes est en train de sombrer dans la perdition. Lui qui vantait les mérites de la famille Aegir, voilà que celle-ci se retrouve ruinée. Je ne peux qu'envisager la détresse qui doit être devenue sa nouvelle compagne. Il dit d'une voix plus faible qu'à l'accoutumée :

- J'aime à croire que je prends la bonne décision en me rangeant du côté d'Adrestia. Vous êtes l'Impératrice à présent... et je suis la seule personne en mesure de vous conseiller.

A ces mots, les yeux couleur rouille du rouquin bravent le statut d'Hubert et son rôle auprès de sa maîtresse. Le concerné ne se laisse pas démonter pour autant. Au contraire, on dirait presque que la réponse de Ferdinand le satisfait. Une alchimie des plus incongrues les lient l'un à l'autre. Je détaille un peu plus chaque personne présente dans cette pièce. En fait, ce n'est pas l'argument sur la religion qui a fait mouche dans la majorité des esprits, mais la promesse de vivre un jour libéré du joug des rangs sociaux.

Edelgard acquiesce et reprend son discours :

- Je comprends mieux vos motivations mais il me reste à mesurer votre détermination. Et cela concerne tous ceux qui souhaitent se battre à mes côtés. Dans dix jours, nous lancerons une offensive massive sur Garreg Mach.

Elle fait signe à Hubert qui se déplace vers le mur. Il tire des cordelettes qui libèrent quatre bannières. D'un côté celle de l'Empire d'Adrestia qui illustre un aigle à deux têtes, ces dernières étant enclavées par l'emblème de Seiros. Quelle ironie... De l'autre, nous retrouvons les trois bannières adverses. Celle de l'Église qui représente une sorte d'énorme vouivre platine qui veille sur un édifice comportant également l'emblème de Seiros. Un chevalier chevauchant un griffon et l'emblème de Blaiddyd figurent sur le fanion du Saint Royaume de Faerghus. Enfin la dernière qui est également la bannière la plus énigmatique, celle de l'Alliance de Leicester. J'avais questionné Claude à ce sujet un jour lors de nos séances pour m'apprendre le fódlien. Les blasons et illustrations reproduisent les Maisons Riegan, Goneril, Gloucester et Daphnel, ainsi que leurs emblèmes.

Le message est clair sur ce mur. L'Empire, seul face aux trois autres puissances. Edelgard explique :

- Actuellement, l'Église de Seiros bénéficie d'une influence et d'un pouvoir non négligeables. Elle contrôle les Seigneurs du Royaume et de l'Alliance. Le seul moyen de parvenir à un monde meilleur est de détruire ce système aristocratique érigé par le culte de la déesse. C'est à nous de vaincre cet ennemi redoutable qui ronge Fódlan depuis si longtemps.

L'Impératrice ouvre ses bras pour désigner tous ceux qui se tiennent face à elle.

- En l'honneur de notre temps passé à l'Académie, je propose que nous nous appelions l'Escadron des Aigles de jais.

Puis sa voix se fait plus retentissante encore, galvanisée qu'elle est par ses ambitions :

- Nous sommes le vrai visage de l'Empire, et nous triompherons ! Nous nous battons pour notre peuple ! Pour Fódlan !

J'ai les oreilles qui bourdonnent et les jambes qui flageolent à mesure que mes camarades quittent la séance. Je meurs d'envie de les retenir, de leur dire qu'ils ne doivent pas faire ce choix là, que c'est beaucoup trop périlleux pour eux. Je voudrais leur faire part de mes arguments mais les mots restent bloqués dans ma gorge. Mes pieds sont encastrés dans le sol. En revanche mes yeux, eux, sont bien vivants.

Ils s'arriment à ceux d'Edelgard. J'y lis bien des doutes à mon sujet, bien plus encore que lors de notre rencontre. Ça ne m'étonne pas. Elle doit se demander ce que je fichais devant sa porte en plein milieu de la nuit pendant le cycle lunaire précédent. M'est avis que, tout comme Hubert, elle ne croit pas au justificatif du gant. Je plisse le nez.

Et j'arrête de trembloter.

Très bien.

Ça suffit de jouer.

J'ai toujours su que mes talents d'actrice laissaient clairement à désirer.

Il est temps pour moi de faire preuve d'honnêteté avec vous, Edelgard, comme vous le faites avec nous. Enfin... en partie. Il y a une chose que vous vous êtes bien gardée d'évoquer.

- J'aimerais vous parler, je déclare.

Je lance à peine un coup d'œil à Hubert avant de préciser :

- En privé.

Ce qu'il n'approuve visiblement pas du tout. L'Impératrice semble peser le pour et le contre de cette entrevue en tête à tête puis finit par répondre avec aplomb :

- C'est d'accord.

- Dame Edelgard, si je peux me permettre...

- Laissez-nous Hubert, le rassure-t-elle d'un hochement du menton. Je vous ferai appeler pour obtenir un rapport de l'avancée de nos troupes.

Il patiente quelques secondes supplémentaires, le temps de m'examiner sous toutes les coutures. Enfin, il daigne suivre le chemin de mes coéquipiers et quitte la pièce. J'inspire calmement et avance de quelques pas pour me retrouver en face de ma déléguée. Non. Ce n'est plus une simple déléguée. C'est l'Impératrice de l'une des trois grandes nations de Fódlan. Jamais un titre n'aurait pu mieux convenir à son maintien fier que celui-ci. La main sur la hanche, ses prunelles rivées aux miennes, elle attend. Ça me désarçonne un peu de savoir que moi, Akkira McNairy, simple guerrière, requiert toute son attention en cet instant.

Et alors les lettres descellent ma bouche pour s'échapper :

- Je le savais avant votre discours. Pour vous et vos deux visages.

- Je m'en doutais, réplique-t-elle calmement. Je ne suis pas parvenue à envisager d'autres raisons de votre part qui vous auraient poussée à m'assassiner pendant mon sommeil.

Son assurance, son sang-froid... Solon, Monica, Jeritza, l'homme de la chapelle... Tous ces monstres. Son silence par rapport aux agissements de ses paires... Tout cela me met hors de moi.

- Pourquoi vous faites ça ? je bougonne.

- Quoi donc ?

- Vous vous associez avec ceux qui ont tué tant d'innocents ! Ils ont incendifié... incendié Remire, ont fait la transformation sur leurs habitants ainsi que sur des étudiants de l'Académie ! Par tous les esprits, ils ont tué Jeralt !

La fureur imprègne mes dernières syllabes. Mais rien ne semble déstabiliser l'Impératrice. Elle rétorque :

- Ces individus sont nos alliés d'aujourd'hui mais aussi nos ennemis de demain. Actuellement nous avançons dans la même direction puisque nous possédons le même objectif : faire chuter l'Église de Seiros de son piédestal. Toutefois, sachez que je ne cautionne pas leurs actions.

- Si ! je hurle en commençant à marcher autour d'elle. Si, vous le faites en vous battant à leur côté ! Vous ne pouvez pas nier votre part de responsabilité dans les événements atrocités... atroces que j'ai nommés ! Ce serait trop dans la facilité !

Mon propre mutisme, mes secrets à son sujet ont volé en éclats. Ils ont brisé l'image que je lui renvoyais jusqu'à présent. Là, dans cette pièce, à ce moment précis, je ne suis plus tout à fait un Aigle. Je suis un Faisan qui se prépare à la becqueter, un Lion qui lui tourne autour, un Cerf qui s'apprête à charger. Je suis un peu de tout. Akkira McNairy est un hybride constitué de ce qu'elle a récolté au cours de toutes ces années, et principalement au cours de celle qui vient de s'écouler.

Le champ de vision d'Edelgard ne me quitte pas un seul instant, pas même pour battre des cils. Elle reprend :

- Je n'ai pas d'autres choix que d'agir de cette façon.

Les paroles de ma cousine me reviennent en mémoire. Alors je les lui répète, en y ajoutant ma propre pierre à l'édifice :

- Nous avons toujours le choix entre gagner quelque chose ou le perdre. En vous associant à ces monstres, vous perdez votre humanité.

Cette fois un froncement de sourcil trahit son état d'esprit. Elle objecte :

- Et quand bien même, croyez-vous que savoir cela me fera flancher ? Croyez-vous que j'ai déclenché une guerre pour être acclamée en héroïne ?

Je m'arrête pour la regarder bien en face. Cette fois, je ne trouve rien à répondre à cela. L'Impératrice désigne une direction qui m'est inconnue.

- Une armée bien plus grande que celle qui a assailli la tombe sacrée se dirige à présent vers le champ de bataille. De nombreux généraux et soldats vont périr. Des victimes civiles seront aussi à déplorer, rien ni personne ne sera épargné. Les flammes de la guerre vont ravager le continent tout entier.

Elle reprend son souffle avant d'enchaîner :

- Et c'est moi qui suis à l'origine de tout ce chaos, des litres de sang dans lesquels nous allons bientôt patauger. Mais ces sacrifices seront nécessaires pour créer un monde dépourvu de l'emprise maléfique de l'Église de Seiros.

J'en oublie comment respirer. Elle en est consciente. Edelgard sait vers quoi nous nous dirigeons. Elle est lucide sur le massacre qui va forcément suivre son Grand manifeste de la veille. D'ailleurs, c'était plus qu'une proclamation.

C'était une déclaration de guerre.

Oui, elle est lucide, extrêmement lucide même. Et elle... Je secoue la tête, médusée par le timbre de sa voix. Edelgard... Vous vous contraignez à conserver une allure sculptée dans le marbre parce que tant de charges vous incombent. Vous êtes l'Impératrice, vous devez vous montrer inébranlable devant vos sujets. Un tyran, un despote, un monstre aurait énoncé cette tirade sur les futures victimes sans vaciller. Mais vous...

Votre voix, Edelgard, divulgue ce que votre physionomie tente de camoufler. De la culpabilité, votre tourment intérieur, le deuil de votre humanité. Mon cœur prend la relève de mon souffle rompu et vient battre jusque dans ma gorge. Je murmure difficilement :

- La guerre... J'en ai vécu une, autrefois. Le sang, la mort, l'horreur, la perte... C'est vers cela que vous vous apprêtez à tous nous emmener. Il y a forcément d'autres possibilités plus...

Que disait Claude lorsqu'il évoquait ses projets et qu'il qualifiait sa façon de faire ? Ah oui...

- … diplomates ? je termine.

Encore une fois, Edelgard m'expose son immuabilité en répondant aussitôt :

- J'ai soupesé toutes les options qui m'étaient proposées et j'ai choisi la voie la plus catégorique et rapide, certes, mais aussi celle qui fera le moins de pertes. Sachez que de guerres, il y en a toujours eu dans l'ombre. Des guerres silencieuses et internes qui feront toujours plus de victimes que celle que je viens de provoquer.

Je comprends qu'elle se réfère aux différents conflits survenus à cause du système actuel de castes. Tant de familles déchirées et meurtries par l'existence des inégalités déclenchées par la noblesse et par l'importance accordée aux emblèmes. Elle est prête à faire tant de sacrifices pour un avenir meilleur. Elle est même résolue à immoler sa conscience pour le futur de Fódlan. Ses projets, son ambition, tout paraît démesuré pour n'importe quel être humain. Et pourtant elle est là, campée sur ses jambes et sur ses positions. Mon attention dévale son corps pour observer cette posture aux allures inflexibles.

Ses mains. Elles tremblent.

Elles les cachent derrière son dos lorsqu'elle se rend compte que je fais une fixation dessus.

Désillusionnée.

Ça me renverse. Ça écrase toutes mes pensées néfastes envers elle. Tous mes préjugés que j'ai accumulés depuis que j'ai découvert qu'elle est l'Empereur des flammes. Edelgard n'est pas malveillante. Elle n'est pas inébranlable. Et avant d'être l'Impératrice d'Adrestia, Edelgard reste une jeune femme de dix-huit ans. Elle aussi possède son lot de doutes, de traumatismes et de craintes. Elle est plus sensible qu'elle ne pourra jamais se l'avouer.

Je détaille son visage comme je ne l'ai jamais fait. La blancheur de sa chevelure et la noirceur de son uniforme. De toutes les personnes que j'ai pu croisée jusqu'à maintenant, je dois avouer que c'est elle la plus nuancée. Ce corps menu et cet esprit perspicace exhibent deux teintes contraires qui se mélangent pour former ce qu'elle est.

Elle aussi me scrute. A travers ses billes parme, je devine les incertitudes à mon égard. A ses yeux, c'est comme si j'avais un pied en dehors de l'Empire, que nous étions déjà ennemies. Je barricade ma vision à l'aide de mes paupières pour me soustraire à cette femme, à ce qu'elle provoque chez moi.

Que dois-je faire ?

Je ne peux pas délaisser les Aigles, je me suis trop attachée à eux. Petra risque de suivre l'avis de Dorothea. A l'inverse, je ne pourrais jamais me liguer contre les autres maisons. Quand à Edelgard... Je déboutonne les deux premiers boutons de mon uniforme sous l'expression atterrée de la blandine.

- Que... que faites-vous ?!

J'aurais pu sourire si j'étais d'une humeur plus joviale. C'est bien la première fois que je discerne des rougeurs sur vos joues laiteuses, Edelgard. Elle se reprend bien vite mais c'est trop tard, je les ai vues. Je sors le gant blanc que j'avais placé entre mes deux seins. A défaut d'avoir des poches... Je m'avance vers elle et lui tends la main. Elle comprend le message. Enfin, seulement ce qu'il délivre en surface.

Je rejoins son camp. Cependant...

Elle sourit et joint sa main à la mienne, le gant niché entre nos paumes qui se sont emboîtées.

- Ça faisait longtemps qu'on ne m'avait pas tenu tête ainsi, fait-elle remarquer. J'aime votre franchise, j'espère pouvoir en bénéficier à l'avenir.

J'acquiesce. Je rejoins son camp. Cependant je ne perds pas de vue l'espoir. Celui de trouver une éventualité plus diplomatique que cette guerre où à la fin il n'en restera qu'un. Celui d'élargir l'esprit d'Edelgard en lui décrivant d'autres visions. La sienne paraît irrévocable. Mais je suis une brigilène et nous possédons notre lot de dictions. « Lorsque la raison invective « Abandonne », l'espoir chuchote « Essaie encore » ».

L'espoir.

/

Garreg Mach.

Le Monastère fut bâti au centre de Fódlan avant même que le Royaume et l'Alliance ne voient le jour. C'est un territoire neutre qui n'est gouverné par aucune des trois nations. Toutefois, dans une poignée de minutes, il va être le témoin d'un affrontement entre quatre puissances.

J'observe son architecture qui se rapproche à mesure que nous gravissons les montagnes d'Oghma. Deux semaines qui nous avons filé. Évidemment j'ai l'impression que c'était il y a bien plus longtemps que ça. Entre temps, j'ai gagné une année supplémentaire, néanmoins les anniversaires ne signifient pas grand chose dans toute cette agitation.

Derrière moi, un flot humain serpente à travers les collines, telle une armée de fourmis. Les solerets des soldats tintent contre leurs grèves et pendant un instant je me sens étourdie par ce bruit métallique. Plus qu'une brigade, plus qu'une division, c'est toute une armée impériale qui franchit les mètres qui nous séparent du Monastère. Parmi toutes ces hommes et ces femmes en armure, un régiment m'est totalement étranger. Il est conduit par le Chevalier Macabre, alias Jeritza. Nous ne l'avions pas revu depuis les événements de Remire. Lord Arundel, le père de Luna, est également présent, ainsi que d'autres Seigneurs de l'Empire, du Royaume et de l'Alliance. Le Grand manifeste a su convaincre ces suzerains qui se sont rangés du côté de l'Impératrice.

Avant de quitter la base provisoire, Edelgard nous a rappelé nos objectifs. Nous devons obtenir la capitulation de nos ennemis – bon sang ce mot... - pour envoyer un signal stratégique et symbolique très fort et ainsi prouver la puissance adrestienne. La blandine n'a aucune intention de céder face à nos anciens camarades, elle espère que les Aigles de jais sont prêts pour ce combat décisif.

Ensuite Hubert nous a exposé son plan. On en sait peu sur le site de Garreg Mach d'un point de vue militaire, d'ailleurs le terrain escarpé prouve qu'il n'a jamais servi de champ de bataille depuis sa construction. Il faudra donc tirer profit de toutes les forces dont nous disposons. Nous avons l'avantage en terme d'effectifs. L'armée principale procédera à une attaque éclair sur les deux bastions latéraux et annihilera toute résistance. Elle va faire office de leurre pour attirer les atouts principaux des guerriers adverses. Pendant ce temps, l'Escadron des Aigles de jais mènera l'assaut sur le quartier proche de l'entrée du Monastère. Selon Edelgard, nous allons probablement affronter Rhea sous sa forme d'Immaculée. Si elle se sent dominée, elle va forcément se transformer pour défendre Garreg Mach.

Mes pas me pèsent, tout comme mon palpitant qui s'est fait congeler par le froid. Je dois me battre pour l'Empire mais je refuse de croiser le fer avec les membres des autres maisons. Affronter Ashe ? Dedue ? Mercedes ? Totalement inconcevable. Batailler contre Leonie ? Ignatz ? Raphael ? Totalement invraisemblable. Même Luna... Alors que je rêvais auparavant de la traquer et de la chasser, à présent je n'ai qu'une envie : la laisser tranquille. Et surtout... M'opposer à Shamir ? Et à Claude ? Rien que leur faire face en tant « qu'ennemie » sera déjà une épreuve en soit.

Je chouine intérieurement. Je ne revendique pas la victoire de l'Empire, ni celle de l'Église et des autres nations. Je ne souhaite pas que mon camp et celui d'en face s'entretuent. Je ne veux perdre personne. J'ai envie que la paix descende des nuages pour nous englober tous. J'ai envie que les quatre puissances collaborent pour concevoir un avenir qui conviendra à tout le monde. J'ai envie que les gens se tendent la main et non qu'ils lèvent leurs armes pour se perforer les organes. Je... J'avale difficilement ma salive.

J'ai un mauvais pressentiment.

/

Désillusionnée, te dis-je.

Mes aspirations pour que les quatre puissances continentales trouvent un terrain d'entente furent lacérées et mises à mal par ce qu'on appelle aujourd'hui « La bataille de Garreg Mach ». Tu t'attends certainement à ce que je te décrive mon ressenti, les adversaires avec lesquels j'ai échangé quelques parades, que je te dépeigne la scène avec une clarté mirobolante.

Et bien détrompes-toi.

Je fus, comme qui dirait, dans un état second. Tellement accaparée par mon besoin de maintenir tout le monde en vie, focalisée sur mon épée qui ne me servait qu'à repousser les estocades de mon opposant. Qui est-ce que j'ai croisés ? Aucune idée. Pour cette occasion, quel piètre scribe je fais.

Ce que je vais te narrer, ce sont des éléments que mes camarades impériaux m'ont rapportés plus tard.

Si j'avais su conserver ma lucidité, j'aurais pu te parler de la répartition de l'armée principale. Le général Ladislava, Lord Arundel et leurs troupes se sont lancés à la conquête du bastion ouest et se sont confrontés aux Cerfs d'or. A l'opposé, le général Randolph, le Chevalier Macabre et leurs régiments se heurtèrent aux Lions de saphir pour s'emparer du bastion est.

J'aurais pu narrer les prouesses techniques de Byleth, la frénésie de Catherine et de sa Fulgurante, l'acuité de Shamir, la robustesse d'Alois, la ténacité de Gilbert, les exploits de Cyril et les manœuvres ingénieuses de Seteth.

J'aurais pu te dépeindre toutes les armes qui se brandirent, des heaumes et des barbutes qui chutèrent au sol au même rythme que les têtes qui y roulèrent, des bavières qui ne préservèrent pas la vie de leurs propriétaires face à l'habilité de certains archers. J'aurais pu également illustrer les cubitières et les genouillères qui grincèrent à cause de l'effort, l'odeur âcre de la sueur sous les plastrons et les goupillons qui fracassèrent les armures des soldats.

J'aurais pu relater la transformation de Rhea en Immaculée, son souffle furieux qui calcina une partie de l'armée impériale, l'apparition de Thales et des bêtes démoniaques et, à l'inverse, la disparition de Byleth.

J'aurais pu rapporter la contrariété des esprits de la Nature. La Terre saccagée par le sang, le Vent pollué par la transpiration et les cris, le Feu qui ne voulait pas causer autant de douleur, et l'Eau qui fut réquisitionnée par les yeux et les joues des guerriers pour les désaltérer. Ces outrages furent impardonnables, alors ils nous quittèrent.

J'aurais pu te conter la retraite des trois puissances adverses et de la première victoire d'Adrestia pour cette guerre. Mais à mes yeux, et c'est encore le cas aujourd'hui, la bataille de Garreg Mach n'est qu'un ramassis d'échecs.

De dépouilles, de pertes, de cadavres, de macchabées, de décès, de victimes bon sang !

J'aurais pu... par tous les esprits, que c'est dur...

J'aurais pu évoquer le trépas de Hanneman qui a dû te marquer plus que je ne l'ai imaginé à l'époque.

J'aurais pu t'exposer le passé de Ferdinand, le fait qu'il ait tenu pour la première fois une épée non pour s'entraîner mais pour imiter les pas de danse de celle qu'il admirait. J'aurais pu citer plus souvent la troupe d'opéra Mittelfrank et m'attarder sur le lien indéfectible qui unissait deux chanteuses. J'aurais pu te parler plus longuement de cette femme qui a brisé l'un de mes cadenas et qui a ouvert l'une des portes de mon passé. Celle de la musique.

Que c'est dur, que c'est dur...

J'aurais pu ...brosser le plus immonde des tableaux surchargé par toutes les nuances de rouge.

Celui du corps sans vie de Manuela.

/

Cette bataille m'a totalement désillusionnée.

Cette guerre s'annonçait bien plus meurtrière que je ne l'avais envisagé. En revanche, je n'avais pas perdu espoir. Je me suis agrippée à lui de toutes mes forces. A tel point qu'il a fusionné avec ma peau, avec mon corps, avec mon cœur. Tu te souviens ? Vert comme l'espoir, vert comme la frondaison de l'arbre et comme l'herbe fertile du champ aux abords du Monastère.

Les mois passés au Monastère... Tu te rappelles de ce que j'avais écrit au début de mon récit ? Je disais que je détestais la proximité avec autrui et les gens en général. Que mon intégration fut laborieuse tout comme l'apprentissage du fódlien. Que la bienveillance de Rhea me donnait la chair de poule et que j'avais envie de cogner Edelgard à chaque fois que je la voyais. Je disais également que je gardais un bon souvenir de cette période, et c'était la vérité. Pour tout un tas de choses comme tu as pu le constater.

Mais aussi parce que c'est là-bas que je t'ai rencontré, Khalid.


Le petit commentaire de l'auteure : Et voilà, ce chapitre signe la fin de la Première Partie ! 27 chapitres, oh la la xD J'ai quand même fumé, je ne pensais pas que ce serait aussi long mais mes mains et ma passion se sont emballées.

Ainsi donc Akkira suit la voie d'Edelgard même si, comme on peut le constater, elle émet certaines réserves sur les ambitions de cette dernière. J'adore faire interagir les deux femmes, ce sont deux caractères forts et j'aime réfléchir aux phrases qu'elles emploient l'une en face de l'autre.

La bataille de Garreg Mach aura causé pas mal de dommages, et des pertes notables sont à déplorer : celles de Hanneman et de Manuela. Les trois professeurs disparaissent, même si nous savons tous que l'absence de Byleth ne sera pas éternelle. En causant des pertes parmi les personnages de Three Houses, LCDAH et moi avons voulu mettre en exergue l'atrocité de la guerre mais aussi faire un clin d'oeil au mode "classique" du jeu.

Et enfin, Akkira du futur nous révèle le destinataire de son texte : Khalid ! *smile mystérieux*

Prochain chapitre : Grandir (partie 1/2)

Prenez soin de vous et à bientôt ! Ciaossuuuuuu !