Bien le bonjour voyageurs !
Oui oui c'est bien moi que voilà xD Voilà quelques temps que j'avais perdu le rythme de publication habituel, c'est-à-dire un chapitre par semaine. J'ai jugé que ledit rythme était trop intense par rapport à la taille des chapitres mais surtout par rapport aux activités que j'exerce en dehors de cette fic. Ainsi, à partir de maintenant je vais publier un chapitre toutes les deux ou trois semaines.
J'en profite pour remercier Zakuro Kagame, Mijoqui, katt et Lordess Ananda Teenorag pour leurs dernières reviews ! :) Et merci à Azulocian pour son follow/favori, bienvenu dans l'aventure !
Voici donc le début de l'Acte deux. Il s'agit de l'entre-ellipse, et ce qui s'y passe va se dérouler sur plusieurs chapitres. Bonne lecture à vous !
Chapitre vingt-huit
Grandir
(Partie 1/2)
Le temps.
Personne n'a d'emprise dessus. C'est à la fois risible et terrifiant de méditer sur ça. Le temps passe, et à chaque fois qu'il y a du temps qui passe il y a quelque chose qui s'efface. Inatteignable, inébranlable, faisant de lui notre adversaire le plus rigoureux. Nous pourrions l'accepter comme un allié, le tolérer comme un compagnon que nous traînions derrière nous, tel un aide de camp qui nous colle aux basques. Mais pour cela, il faudrait également se soumettre à notre condition de mortel. Accueillir le trépas les bras ouverts, qu'importe le passage de notre existence. Prétendre, comme le faisait le compagnon de Shamir, que « C'est la vie ».
Tu sais, j'ai toujours eu peur de mourir.
Nous avions tous pris une vie supplémentaire rien qu'en menant une seule bataille, celle de Garreg Mach. Même si nous avions suivi des études spécialisées dans l'art de la guerre, nous ne nous attendions pas à ça. Pas à cette fracture au sein de ce continent qui nous avait vu grandir. Nous pensions évoluer en suivant nos propres chemins séparemment, et non adopter la même voie dans l'inconfort.
Khalid, tu sais, j'ai toujours eu peur de mourir...
Excepté...
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1181 de l'année impériale, jour 13 de la lune de l'Arc
L'effervescence est ubiquiste ici.
Jour et nuit, qu'importe la saison ou le climat, Enbarr est identique à un véritable nid de fourmis. Chaque citoyen slalome bille en tête dans les avenues gigantesques de la capitale impériale. Du marchand mercantile qui s'efforce d'attirer les passants sur son étalage ambulant, à l'enfant qui marche d'un pas pressé pour rejoindre son logis. De la femme qui allaite son nourrisson à même le trottoir, au ménestrel qui alterne entre la psaltérion et le chalumeau pour varier ses mélodies. A croire que le terme « flâner » n'existe pas ici.
Dans un sens, toute cette turbulence est compréhensible. Il y a tant à faire depuis le Grand manifeste d'Edelgard qui date d'il y a plusieurs lunes. La population civile est indispensable à l'effort de guerre. Nous autres qui sommes envoyés au front en mesurons un peu plus l'importance chaque jour. Par exemple, les femmes délestent leurs foyers pour devenir ouvrières, agricultrices ou infirmières et ainsi servir le bien commun.
- Écartez-vous s'il vous plaît ! invective une bonne dame derrière moi.
Je me décale pour les laisser passer, son amphore rempli et son caractère de cochon. Rectification : les habitants d'Enbarr ne ressemblent pas à des fourmis. Les hyménoptères sont plus aimables qu'eux. Ne supportant plus toute cette pagaille ininterrompue, je bifurque, traverse le quartier des joailleries et me faufile dans une ruelle. Malheureusement, même les ruelles prennent des allures d'artères principales dans la plus grande ville de Fódlan. Je soupire en me disant qu'au moins cette route est un raccourci vers l'endroit où je réside, c'est-à-dire le palais impérial.
- Tu y es presque ! encourage un petit garçon.
- Courage papa ! ajoute une fillette encore plus jeune.
Les deux enfants tiennent un escabeau qui n'est pas très adapté à la situation si on considère la position inconfortable du père de famille. Il s'est dressé sur ses orteils et tend ses bras à s'en rompre les muscles dans l'unique but de retirer des banderoles qui portent l'emblème de Seiros. Six lunes après la déclaration de guerre d'Edelgard, les habitants sont de plus en plus nombreux à se défaire de leurs babioles qui sont liées de loin ou de près à l'ennemi principal d'Adrestia. Si le changement qui s'opère chez eux est lent et mesuré, ce n'est pas le cas de l'armée impériale. Suite à notre « victoire » lors de la bataille de Garreg Mach, les soldats adrestiens n'ont pas hésité à saccager le Monastère en démolissant tout ce qui pouvait se rapporter à la déesse et à son culte. Même si Garreg Mach est aujourd'hui abandonné de toutes formes de vie, il reste étroitement surveillé par quelques hommes armés à la solde de Hubert.
Tandis que je traverse la « ruelle », mes yeux se perdent sur l'architecture exclusive de la capitale. La construction d'Enbarr, ville séculaire, est antérieure à la fondation de l'Empire adrestien. Pendant le peu de temps libre qui m'est octroyé, je m'aventure parfois dans l'immense bibliothèque de la cité. J'y ai feuilleté quelques bouquins. La légende raconte que Sainte Seiros est apparue pour la première fois près d'ici. Elle a réalisé bon nombre de miracles, comme par exemple la création d'un canal qui traverse encore aujourd'hui la capitale et qui a permis le développement de cette dernière. De plus, lorsque Wilhelm Paul Hresvelg a fondé Adrestia, il a choisi Enbarr comme capitale de l'ancienne Fódlan unifiée en raison de la présence de Seiros ici. Et dire qu'à présent cette même ville est le noyau de l'insurrection contre l'Église de la Sainte, quelle ironie.
Je débouche dans une avenue également surpeuplée. Lassée par cette cacophonie, je décide de faire un détour par l'un des deux endroits les plus paisibles de la ville, j'ai nommé la bibliothèque. Le deuxième étant...
- Celui-ci je le récupère... ah ! Et celui-là aussi !
Sans surprise, j'aperçois Linhardt aux abords de son endroit favori de la cité. Des documentalistes sont également présents. J'arque un sourcil. Qu'est-ce que c'est que tous ces volumes empilés qu'ils sont en train de trier ? On pourrait en faire une barricade. Je m'approche de l'Aigle.
- Vous faites quoi ?
- Oh Akkira. Vous allez être déçue, les rayonnages sont en rénovation, nous ne pouvons pas entrer. Le personnel de la bibliothèque se débarrasse d'une partie de leurs ouvrages. Certains sont indispensables pour mes recherches, je ne peux pas laisser ces merveilles en proie aux intempéries !
J'avise les bouquins qui nous entourent et en soulèvent quelques uns pour en déchiffrer les intitulés. Hm, je vois... Ce sont tous des encyclopédies sur les emblèmes ou des opuscules qui font l'éloge de la déesse. La bibliothèque propose une pléthore de manuscrits antiques ainsi que des livres liturgiques. Si les premiers sont hautement estimés par la population, ce n'est pas toujours le cas des seconds comme nous pouvons le constater. Linhardt soupire et rejette la tête en arrière.
- Aaaah... Je meurs d'envie de faire une sieste !
- Vous allez savoir porter tout ça ? je m'enquiers en désignant les cartons où sont placés tous les manuels qu'il souhaite conserver.
- Il va bien falloir.
- Je vais vous aider, dis-je spontanément.
Je m'abaisse et soulève un carton jusqu'à ma poitrine. Il n'émet pas d'objection. Je discerne des équations au fond de ses iris bleuets. Sûrement est-il en train d'évaluer les précieuses minutes qu'il va gagner si je lui prête main-forte.
- Si nous nous organisons méthodiquement, je pourrais peut-être partagé un moment privilégié avec mon lit...
Je souris, ce qui ne m'arrive que trop rarement ces derniers temps selon Dorothea. Je le préviens :
- Nous allons devoir faire plusieurs allers-retours entre le palais et ici. Votre couche risque de quémander votre présence encore un peu.
- Aaaah, soupire-t-il.
Il se charge également, avertit les documentalistes que nous revenons incessamment sous peu et nous partons. Notre progression dans l'avenue se fait laborieuse. Une telle cohue... Et j'ai l'impression que la foule est un peu plus agitée chaque jour. Avoir l'Église pour antagoniste a semé une agitation considérable parmi les citoyens. Ils ont globalement assimilé que l'édifice prôné par Sainte Seiros n'est pas aussi unifié qu'on voudrait nous le faire croire. Il n'y a qu'à regarder l'Église occidentale qui n'a jamais accepté que Garreg Mach soit le chef-lieu du culte de la déesse. De même, le peuple comprend peu à peu que l'Église de Seiros n'admet aucune forme de contestation. Six lunes que le conflit dure et pas un chevalier à la solde de Rhea ne s'est rendu. Des rumeurs nous content que l'archevêque serait terrée dans les territoires de Faerghus. L'idée d'abandonner et de rendre les armes n'a même pas dû lui traverser l'esprit. Quiconque s'oppose au régime de l'Église s'attire les foudres de son jugement. Par conséquent, Fódlan est actuellement en proie à de grands troubles et est déchiré par des conflits sanglants. Si les quatre puissances en vigueur participent à ces derniers, il est clair que l'Empire et l'Église en sont les principaux belligérants.
Malgré la propagande envers la déesse fallacieuse, une partie des citoyens adrestiens croient toujours en son existence. Selon eux, il serait bien malheureux de n'avoir plus personne à qui adresser des prières. Par ailleurs, les plus croyants qui vivaient en Adrestia sont partis pour les territoires de l'Alliance, au sein de l'Église orientale. D'autres ont migré vers Fhirdiad.
- S'il vous plaît mademoiselle...
Des paumes ouvertes entrent dans mon champ de vision pour demander l'aumône. Mes sourcils dessinent mon désarroi sur mon front à la vue de cette famille à la rue. Je m'arrête le temps de les rassurer, de leur dire que je reviendrai leur donner une partie de mon repas de ce soir, et nous reprenons notre route. Grâce aux décrets instaurés par l'Impératrice, les nobles ont perdu leur statut, de ce fait les réglementations commerciales se sont assouplies. On pourrait croire que cela permettrait aux marchands de faire de meilleurs profits mais ce n'est pas aussi simple. Avec la guerre, les prix sont instables, ce qui n'apaise pas la souffrance des gens. Du coup la nourriture se fait plus rare. Ce sont les villageois qui en payent le prix pour laisser les soldats se nourrir correctement pour la guerre.
Linhardt baille bruyamment et me ramène à lui. Je lui fais par des pensées qui me traversent :
- Je me suis demandée toujours... Vous êtes si fatigué que vous le prétendez ?
- Pourquoi je mentirai ? Je manque tellement de sommeil qu'il m'arrive de confondre ma chambre avec celle de Caspar.
- Je peux éprouver la compréhension. Son ventre est un parfait oreiller.
- Je suis d'accord.
Je ne mentais pas lorsque j'ai évoqué les abdominaux moelleux de Caspar, seulement je ne les ai mentionnés que dans l'unique but de chambrer le fils Hevring. Sa sincérité m'étonnera toujours. J'allais surenchérir pour développer cette ambiance chaleureuse quand tout à coup nous passons devant l'opéra Mittelfrank. Le bâtiment nous renvoie automatiquement à feu Manuela, notre professeur. Mes pensées s'assombrissent.
Ses clins d'œil malicieux.
Ses petites dents qui apparaissaient lorsqu'elle souriait plus qu'à l'accoutumée.
L'odeur d'hydromel qui envahissait l'infirmerie.
Des réminiscences différentes surviennent à chaque fois que j'aperçois l'édifice qui a vu naître la diva qu'elle était. Machinalement, on s'attache à des détails qui nous crèvent le cœur lorsqu'ils disparaissent de notre existence. Linhardt pousse un nouveau soupir, plus navrant cette fois. Ça me surprend un peu venant de ce garçon qui éprouve si peu d'empathie pour ses paires. Il déblatère :
- Pourquoi les hommes s'entre-tuent-ils ? Faut-il y voir de l'honneur ? Ce serait tellement idiot... Alors meurent-ils pour la gloire ? Ce serait pire encore...
Linhardt se répugne à affronter nos anciens camarades, non par élan de bonté mais par dégoût du sang. De plus, il refuse d'éliminer qui que ce soit. Et il n'est pas le seul des Aigles à se tenir à l'écart des combats. Une brise automnale vient agiter ma natte dans mon dos. Je ferme un instant les yeux pour déceler l'esprit du Vent. J'aimerais lui demander s'il est parvenu à guider l'âme de Manuela vers la liberté la plus belle.
Seulement, l'esprit du Vent n'est nulle part.
1181 de l'année impériale, jour 23 de la lune du Loup Rouge
Crac. Crac. Crac
- Hiiiiii Nadette n'est pas discrète ! se lamente la petite archère en agitant ses pieds.
La semelle de ses bottes blâment les petites aiguilles de pin ce qui fait ricaner nos deux accompagnatrices. Je ne pense pas qu'elles se moquent de la fille Varley mais cette dernière le prend comme tel et vient se cacher derrière moi. Désabusée, je secoue la tête et fais signe à nos partenaires de chasse de poursuivre leur chemin. Cette forêt est balisée, elles ne risquent pas de nous semer. Une fois seules, je range mon arc et me tourne vers Bernadetta qui... Hm ? C'est moi ou elle a grandi en gagnant quelques centimètres encore ? Je m'apprête à lui faire part de cette constatation, mais elle me devance :
- Comme faites-vous pour... pour marcher sans bruit ? Même votre nouvel équipement est silencieux...
Oh, alors comme ça elle a remarqué que mon fourniment était de plus en plus élaboré ? Je crois que je vais bientôt troquer ma bonne vieille tenue de la classe d'Assassin pour un uniforme plus approprié à la guerre. Je lève le nez vers la frondaison des arbres. Ici non plus, dans les territoires de Boramas, l'esprit de la Forêt ne nous fait pas l'honneur de sa présence. Il est celui dont je me sens le plus proche, et ce depuis toute petite. De ce fait son absence creuse un diamètre plus large autour du trou qui perfore déjà ma poitrine. Je plisse le nez et me focalise sur l'enseignement de Shamir pour ne pas me laisser dévorer par l'amertume. Selon elle, pour marcher sans émettre le moindre son il faut...
- Connaître par cœur la pesantation... pesanteur de son équipement. Et surtout comprendre son environnement, la fragilité ou la dureté du sol qu'on traverse, le sens du vent et le nombre d'éléments que nous fustigeons en les écrasant.
Elle me dévisage longuement avant de sourire doucement. Je crois bien que c'est la première fois que je déclenche sa jovialité.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- Rien, rien. C'est juste que je me disais que plus je m'entretiens avec vous, moins vous ne m'effrayez. Ça vaut aussi pour les membres de l'Escadron. Vous m'avez tous... redonné goût à la vie. Mes amis sont devenus ma seconde maison. Je...
Elle tapote ses doigts avant de finir :
- Je crois que je ne panique plus autant qu'avant avec les inconnus, et ce grâce à vous tous.
C'est vrai. J'avais remarqué qu'elle bégayait moins souvent en notre présence. Je crois même que le malaise entre Ferdinand et elle peut être catalogué comme de l'histoire ancienne. Bernadetta... Elle est si attendrissante. Ne pouvant plus me retenir, j'allonge le bras et tapote le haut de son crâne. Ça fait longtemps que j'avais envie de faire ça. Elle bafouille, passablement gênée :
- Que... que faites-vous ?!
- Vous êtes forte.
A peine ai-je apposé un point à mon affirmation qu'elle se met à nier :
- Non c'est faux. Nadette est beaucoup moins douée, admirable et jolie que vous, que Petra et que Dame Edelgard !
Je hausse un sourcil. Je ne m'attendais pas à un tel éloge de ma propre personne, surtout en matière d'esthétique. Je ne prends pas la peine de la contredire, obnubilée par le dithyrambe qu'elle loue vis-à-vis de l'Impératrice. Edelgard, douée ? A n'en pas douter. Admirable ? Je dirai plutôt qu'elle m'impressionne par bien des aspects. Quant à sa beauté... J'avale difficilement ma salive.
Vivement qu'on déniche du gibier, j'ai une de ces faims.
Pour ignorer mon estomac vide, j'essaie de me focaliser sur la dernière personne qu'elle a mentionnée, à savoir Petra. Mon cœur se serre instinctivement. Cela fait si longtemps qu'on ne s'est pas vues... Est-elle toujours à Brigid en ce moment ? Bernadetta rentre tout juste d'une mission sur ma terre natale, elle l'a effectuée en compagnie de celle que j'aime plus que tout au monde. Des forces ecclésiastiques ont essayé de rentrer en contact avec mon peuple. J'aurais dû participer à cette quête, et j'aurais été plus que ravie de revoir enfin les miens. Cependant, j'étais moi-même en train d'effectuer une mission aux frontières de Faerghus, je fus mise au courant des nouvelles concernant Brigid seulement à mon retour. Du coup c'est Bernadetta et une patrouille impériale qui furent envoyées sur le terrain. La petite archère m'explique qu'ils ont réussi à dissuader les forces de l'Église et ces dernières ont battu en retraite. Je hoche machinalement la tête. Ça devait être une labeur des plus ardues pour Petra de repousser les troupes de Rhea sans déclencher ouvertement les hostilités.
Après tout, elle et moi fonctionnons pareil au sein de l'Empire...
La petite archère ajoute :
- Je crois que... que cette mission avec Petra m'a inspirée un rêve.
L'évocation de ce mot fait frémir mon épiderme. Bernadetta, alias la personne la plus recluse et la plus accaparée par son passé, se tourne vers l'avenir, et ce sous mes yeux. C'est comme si son évolution était tangible. Elle grandit aussi mentalement. Elle attend que je l'incite à poursuivre avant de s'y mettre :
- A Brigid, j'ai pu faire quelques esquisses de plantes sauvages. Je me suis alors rendue compte que j'aimerais aller admirer les forêts vierges des contrées étrangères. Je voudrais quitter Fódlan et voyager de l'autre côté de la mer, jusqu'en Dagda ou bien plus loin encore. Et surtout j'aimerais découvrir toutes les sortes de plante carnivore !
Elle s'emballe un peu et me fait un étalage de ce qu'elle connaît déjà dans son domaine de prédilection. Arum titan, rafflesia et bien d'autres encore. Certaines plantes forment une sorte d'auge où les insectes tombent dedans et ne peuvent plus remonter. D'autres les collent avec leurs tentacules ou se servent de leurs fleurs en forme de mâchoire qui se referment sur leurs proies dès qu'elles se posent dessus. Je souris tout le long de son monologue, oubliant presque la raison de notre venue dans ces bois. Puis, elle se rend compte que je l'écoute avec attention, du coup elle se rembrunit.
- Ce... c'est mon rêve. Je ne pense pas qu'il puisse se réaliser mais...
Je pose ma main sur son épaule et complète :
- L'espoir.
Elle me sourit, reconnaissante. Je lui propose de nous remettre en chasse. Si nous sommes venues aussi loin pour trouver du gibier, ce n'est pas pour rien. Nous devons trouver de quoi sustenter l'armée et le peuple pendant quelques temps. Plusieurs équipes sont sur le terrain. J'observe les alentours. J'aperçois nos coéquipières qui nous font de grands signes pour que nous nous hâtons de les rejoindre. Une fois que c'est chose faite, je peux constater qu'elles ont abattu un chevreuil. L'une des deux filles, une blonde, paraît particulièrement ravie.
- Qu'en pensez-vous Lieutenant McNairy ?
- J'en pense que vous pouvez m'appeler tout simplement par mon prénom.
Elle se renfrogne, dans l'incompréhension. Pour apaiser la tension qui s'est brutalement installée, je la félicite verbalement ce qui ravive son sourire. Ce dernier rehausse ses taches de son. Elle passe une mèche rebelle derrière son oreille et ce sans me quitter des yeux. Puis elle se penche pour retirer son javelot de la carcasse de l'animal et je note aussitôt que son plastron n'est pas assez serré. Ainsi elle m'offre une vue fabuleuse sur son décolleté. Deux monticules de graisses qui retournent mon sang et qui font grogner bruyamment mon estomac. Bon sang...
Le plus inquiétant dans cette concupiscence qui m'habite c'est qu'elle prend de plus en plus d'ampleur. Inconsciemment – ou bien consciemment - je me détourne des hommes. En fait, ce n'est pas bien compliqué car aucun soldat ou civil adrestiens ne m'attire. En revanche, en ce qui concerne les femmes... J'ai toujours trouvé alléchantes les poitrines opulentes comme celle de Dorothea. Ce que je pensais être de l'engouement prend de plus en plus les formes du désir. La blonde se redresse et m'adresse un sourire entendu. La tension revient à la charge, et le feu embrase mon bas-ventre. OK. Je vois. Elle s'est baissée intentionnellement. Je pense que je ne vais plus pouvoir me restreindre plus longtemps.
Déjà mes lèvres tremblent à l'idée de la goûter.
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1182 de l'année impériale, jour 16 de la lune de la Solitaire
Elle geint lorsque je la plaque contre la porte de ma chambre.
Elle geint encore quand mes dents voraces consument ses lèvres pleines.
Elle geint toujours lorsque je fais passer son surcot par dessus sa tête rousse.
Ses gémissement me font perdre un peu de ma concentration. D'accord, celle-ci risque de faire du bruit inutilement. Elle en fait trop et ça me calme un peu. Déjà je sens son bassin onduler contre le mien, quémandant ostensiblement un rapprochement entre nos deux sexes. Je bâillonne sa bouche pour cesser de l'entendre et me livre à un léchage précipité de son buste. Son surcot cachait ses formes et j'avoue être un peu déçue pour le manque de chair à ce niveau. Dommage...
Des phalanges bien trop curieuses s'aventurent sur mon col et tentent de le défaire. Je bloque son mouvement d'une main impérieuse.
- Non.
Personne ne me déshabille pour fauberger. Moi-même je ne retire que le bas au moment de l'acte. Dans la vie de tous les jours, je ne me retrouve jamais nue, à part pour me laver ou lorsque… Enfin bref. Plus les jours passent, plus je mets un point d'honneur à tenir ce principe. Je ne me l'explique pas. C'est comme si la vue de mon propre corps me révulsait, exactement comme lors de mon arrivée au Monastère. Ma bouche poursuit la conquête de son épiderme et je commence à délasser son corset. A nouveau, je sens une main venir s'infiltrer sous mon jaque en cuir épais. Je gronde de mécontentement et me redresse pour la fusiller des yeux.
- J'ai dit « Non ».
- Mais pourquoi ? déplore-t-elle.
Pour toute réponse je la retourne et aplatis mon buste contre son dos pour la coller au mur. Ma main conquérante dévale rapidement sur son embonpoint et se glisse dans ses dessous. Elle émet un hoquet de surprise, preuve évidente qu'elle ne s'attendait pas à ce que je me montre aussi brusque. Ses poils pubiens paraissent frisés au toucher et accrochent un peu mes ongles. Mon index et mon major se faufilent entre ses grandes lèvres et dénichent son clitoris. Elle gémit et se cambre, attisant le feu de ma luxure. Oh... Cette fois elle était plus spontanée, j'apprécie vraiment ça. Ses cheveux coupés très courts et son corset laissent apparaître ses épaules un peu rougie par le soleil. J'aperçois trois grains de beauté alignés. Je me penche et les englobe un à un avec ma bouche. J'allonge mon bras sans m'attarder sur son bourgeon et la pénètre avec deux doigts. Parfait, elle est déjà moite. Je me délecte de ces saveurs, celle de sa peau et de l'humidité autour de mes phalanges. Ma paume se plaque un peu plus contre son bouton de chair, accentuant les mouvements de va-et-vient. Sa voix se complet de mon attouchement, tout comme ses fesses rebondies qui se trémoussent contre mon bassin. Je souffle, tout contre son omoplate. Oui, comme ça...
Et puis elle murmure. Pas mon prénom, mais mon grade. Ça me refroidit encore plus que tous les bains glacés que nous sommes obligés de prendre en temps de guerre. Encore une... Encore une qui voit mon statut d'officier avec de déceler ma personne. Je suis déjà parvenue à refouler cet agacement qui me gagne lorsque ça arrive mais là non, c'est trop. Je n'ai même plus envie de la culbuter sur mon lit. Je me détache complètement d'elle et essuie mes doigts sur ma cuissarde. Elle se retourne, l'air interloqué :
- Quelque... quelque chose ne va pas ? s'enquiert-elle le souffle rompu.
Et voilà qu'il y a son aréole qui me nargue. L'un des mamelons est sorti de sa tanière et le téton pointe dans ma direction, telle une invitation. Comment voulez-vous que je congédie cette commise de cuisine qui n'arrêtait pas de me jeter des coups d'œil lubriques ? Malheureusement, je ne suis actuellement plus d'humeur. Je lève les yeux au plafond et déclare :
- J'ai des choses à faire, reviens ce soir après le soupé.
- Bien entendu, Commandante McNairy.
Je suis tentée de la retenir pour lui mordre encore plu sauvagement la bouche et l'empêcher de me ressortir cet attribut militaire. Au lieu de quoi je la laisse prendre congé. Je me pince l'arête du nez. Par tous les esprits... On dirait que ma réputation vénérienne a fait son bonhomme de chemin parmi les femmes. Qu'est-ce qu'elle recherche dans cette relation des plus éphémères ? Un peu de piquant ? C'est fort possible. Pouvoir m'exposer comme un trophée ? Ça l'est moins, les adrestiens sont pudiques avec leur sexualité. Le plus navrant c'est que si je n'étais pas gradée elle ne m'aurait jamais remarquée.
Mais ce n'est pas leur comportement qui m'intrigue le plus. Depuis quand j'ai pris goût à un tel niveau de libertinage ? Est-ce par simples pulsions sexuelles ? Ou est-ce plus profond que ça ? Est-ce parce que je cherche à contrôler quelque chose dans toute cette histoire ? Être la dominante dans cette débauche, ce qui me change de mon impression suffocante d'être perpétuellement dominée dans mon quotidien ? Lieutenant, Capitaine, et maintenant Commandante. Qu'importe les grades s'ils ne me permettent pas de m'imposer aux côtés d'Edelgard.
Une année est passée... Je me dirige nerveusement vers le miroir intégral. Une année est passée depuis la bataille de Garreg Mach et qu'ai-je fait jusqu'à présent ? Je grince des dents, je vois ma mâchoire se contracter dans mon reflet. J'ai piétiné sur place, voilà la vérité. Évidemment, mes trois alliés extérieurs m'aident en essayant de retarder ou déjouer le plus d'affrontements possibles. Pour se faire, nous avons mis en place toute une organisation. Mon rôle à moi est de clouer mes portes affectives envers les trois autres puissances pour me focaliser sur l'Empire. M'emprisonner mentalement avec Edelgard, mieux la comprendre pour pouvoir lui faire entrevoir des issues plus diplomatiques qui pourront également lui convenir. Petra agit de son côté, mais les deux autres alliés souhaiteraient que je me montre plus implacable avec l'Impératrice. Évidemment, son sort leur importe peu, ce qui est loin d'être mon cas. Je soupire. J'ai beau me dire qu'il faut du temps, j'ai beau me le convaincre à chacun de mes levers, la situation reste la même. Les jours gris défilent, tels des lagons desséchés.
De longues mèches se sont échappées de ma natte épaisse. Je défais cette dernière d'une main experte. Ma chevelure framboise s'évase autour de moi et m'arrive aux fesses. Elle est aussi longue que celle de ma mère... à l'époque. Seulement la tignasse de ma mère respirait la santé, les miens sont fourchus aux pointes. Je m'observe avec attention, et prise par le dégoût je me détourne de mon reflet. Mes yeux sont attirés par les rayons lumineux qui tentent de les fermer. Le soleil. Si haut. Mince ! Je ne pensais pas qu'il serait aussi tard !
Il est probablement en train de m'attendre. Encore une fois.
Je refais à la va-vite une natte des plus sommaires, sors de ma chambre et dévale tous les escaliers qui alimentent le palais. Je cavale dans les rues bondées, heureusement pour mon retard le terrain d'entraînement de officiers et sous-officiers n'est pas loin d'ici.
Lorsque j'arrive sur les lieux, je constate avec un mélange de soulagement et de honte qu'il est toujours là.
Ferdinand.
Les bras croisés et son pied qui tape le rythme de l'agacement sur le sol m'annoncent la couleur.
- Pardon, je suis...
- ...encore en retard, achève-t-il. Je vous l'ai déjà dit plus d'une fois : la discipline et la ponctualité forment la réussite.
- Je sais, désolée. Je ne voulais pas vous pousser dans la colère.
Il m'observe un instant puis passe sa main gantée sur son front.
- Je ne suis pas énervé contre vous. C'est juste que...
Ses prunelles couleur rouille s'attachent à deux silhouettes qui s'entraînent non loin de là. Un guerrier à la hache et une mage. Ils me semblent que ce sont tous les deux des sous-officiers, des sergents plus précisément. Ils devisent presque de façon inaudible. Qu'ont-ils pu dire pour animer l'irritation de Ferdinand ? Ne me dites pas qu'ils ont épilogué sur le cas « Hubert » et que le rouquin est encore intervenu ! L'autre fois, je fus estomaquée de découvrir le fils Aegir en train de prendre la défense du toutou maléfique lorsque des soldats le critiquaient. J'avoue que ce lien indéfinissable qui les relie me fait un peu peur... D'autres combattants s'entraînent tout autour et pendant un instant seul le bruit des armes qui s'entrechoquent retentissent à mes oreilles. Mes yeux, eux, restent arrimés à ces deux sous-officiers. Le premier porte une tunique outremer sous les spallières et le plastron. La seconde arbore une robe d'enchanteur jaune soufre.
Bleu et jaune.
Saphir et or.
Lions et Cerfs.
Le Royaume et l'Alliance.
Les clous de mes portes affectives sautent brutalement.
Le Saint Royaume de Faerghus.
Il bénéficie du soutien de l'Église de Seiros depuis le début de la guerre. Pour ce fait, il est devenu la cible principale de l'armée adrestienne. Actuellement, les conflits sont légions sur le front ouest. Jour après jour, l'influence de l'Empire grignote du terrain et Edelgard contrôle d'une main de fer les domaines conquis. A présent, elle vise la cité forteresse d'Arianrhod et Fhirdiad, la capitale royale. Cependant les régions du centre et de l'est opposent une résistance farouche. Tout comme les soldats ecclésiastiques, les chevaliers du Faerghus n'ont pas l'intention de se rendre. Ce sont ces affrontements là que je redoute principalement et qui font le plus de victimes.
On dit même... Ma vue se brouille. On dit même que Dimitri a assassiné le grand Duc Rufus, son oncle et ancien régent du Royaume. Le prince fut prisonnier pendant quelques temps puis fut...
exécuté.
Ma respiration se fait la malle. J'essaie de m'extraire de la vision qu'invoque ce guerrier sans s'en douter, mais c'est pour mieux être accaparée par la robe soufre de la mage.
L'Alliance de Leicester. D'après les rumeurs, le grand Duc Oswald est décédé peu après la bataille de Garreg Mach et a ainsi choisi Claude, son petit-fils, comme son successeur. Devenu duc souverain, l'ancien délégué des Cerfs doit faire face à de nombreuses agitations internes qui tourmentaient son pays. En effet, les Maisons Gloucester et Ordelia sont prédisposées à capituler en la faveur de l'Empire. On les appelle les pro-impérialistes ou sympathisants de l'Empire. Mais en raison d'interférences des territoires de Goneril et Edmund, Edelgard doit encore s'assurer de leur coopération. La Maison Edmund cherche à ce que la Maison Riegan lui soit redevable, du coup elle prend son parti. On sent que leur entente est des plus précaires. De son côté, Claude feint la neutralité et parvient ainsi à parer à toute intervention impériale en faisant durer les querelles intestines. Par ailleurs, il fait tout son possible pour éviter que la civilisation de Leicester soit en déliquescence. Il espère conserver l'unité de l'Alliance par voie diplomatique, il joue les médiateurs et contribue à pacifier l'Alliance.
La diplomatie. Ça te ressemble bien, Claude.
On pourrait croire que je sais tout cela à l'insu de l'Impératrice, mais il n'en est rien. Justement, c'est elle qui m'a dépeint la situation de l'est de Fódlan. J'ai également déjà surpris Hubert en train de rire machiavéliquement lorsque l'Escadron des Aigles de jais s'était réuni pour un conseil de guerre. Il a alors souligné son admiration envers le génie tactique du chef de l'Alliance, ainsi que ses froides manipulations. Sur ce point, et ça me troue la langue de l'avouer, je suis d'accord avec le toutou maléfique. N'empêche, je me demande comment Edelgard et lui furent mis au frais de la situation de Leicester ? Ça m'intrigue... Quoi qu'il en soit, à l'heure d'aujourd'hui, l'armée impériale a concentré ses efforts sur le conflit contre l'Église de Seiros, ainsi elle n'est pas encore entrée en contact avec les forces de l'Alliance.
Je papillonne des paupières et mes cils replacent les clous sur les portes. Je perçois de l'humidité dans mes globes oculaires. Comment ai-je pu m'égarer dans mes pensées de la sorte ? Je me tourne vers Ferdinand, m'attendant à ce que son impatience ait gravi un échelon. Cependant, ce dernier a l'attention rivée au sol. Ce n'est qu'une illusion, je vois bien que son attention est ailleurs.
- Ferdinand ?
Aucune réaction. Perplexe, je pars chercher les lances d'entraînement et lui en tends une, convaincue qu'un peu d'entraînement le requinquera. Mais la vue de cette arme ne fait qu'accentuer son air des plus maussades. Quelque chose cloche... Le rouquin a perdu son optimiste en même tant que le titre de noblesse de sa famille. Néanmoins, je crois qu'aujourd'hui il a atteint le fond. J'attrape son menton pour le relever vers moi et dis :
- Ferdinand, que vous arrive-t-il ?
Prenant conscience de mon expectative, il reprend contenance mais je vois bien que ce n'est que façade. J'ajoute :
- C'est Hubert, c'est ça ? Ou Edelgard ?
Je ne vois personne d'autres pour le mettre dans un tel état. Un voile sombre s'abat sur ses prunelles couleur rouille. L'infamie s'accapare chacun de ses jolis traits.
- Elle m'a battu...
- Quoi ?
- Je n'ai cessé de la provoquer en duel, et ce depuis notre entrée à Garreg Mach. Elle a fini par se conformer à ma requête et elle m'a... pulvérisé en une seule estocade. Je n'ai jamais su l'envisager, ni le reconnaître, mais cette joute des plus éphémères m'a fait côtoyer l'évidence : elle me surpasse en tout.
Il secoue son visage et se passe une main dans sa chevelure.
- Et dire que je me targuais de pouvoir assumer les fonctions d'un Empereur, poursuit-il déprimé. Mes ambitions sont une absurde supercherie, je suis tellement inutile et faible...
J'arque un sourcil. Faible, lui ? En vue de la classe que je souhaite obtenir, je m'entraîne à la lance avec le fils Aegir quasiment depuis les premières lunes de la guerre. Et depuis ce jour, je ne suis jamais parvenu...
- Vous êtes conscient d'affirmer cela à une personne qui n'est jamais parvenu à vous vaincre ? je gronde en le scrutant par en dessous.
Il se rend compte de sa maladresse et baragouine :
- Ah, non, je ne voulais pas vous dénigrer, je vous assu...
- Je suis Akkira McNairy ! je tonne.
Ma vocifération alerte les autres combattants qui s'interrompent pour nous observer. Je fais aller la lance dans mon dos, entre mes mains, et commence à tourner autour de Ferdinand qui paraît profondément embarrassé. Je reprends sur le même ton :
- Je suis brigilène. Je n'ai pas d'emblème, parle moins bien le fódlien que tous ceux qui sont présents ici. Je n'appartiens à aucune Maison de renom, ne suis promise à personne. J'ai forniqué avec vos amies, vos sœurs et vos femmes. Mon existence n'a aucun impact sur les politiques existantes. Je ressemble à une paria, à une vaurienne. Cependant, ici, au sein de l'armée impériale...
Je m'arrête et dirige la pointe de ma lance vers mon adversaire. Ferdinand.
- … je suis Commandante.
Et personne, hormis Edelgard, Hubert, Ladislava, Randolph et une petite poignée de généraux détiennent un grade supérieur au mien. A ce niveau, seul Caspar fait jeu égal avec moi. Et pourtant...
Ferdinand est bien plus fort que moi.
C'est juste qu'il a perdu tout son enthousiasme il y a de cela un an. Tiraillé entre sa mésestime de soi et sa relation tendue avec l'Impératrice. Je fronce un peu plus les sourcils. Il est temps de te réveiller Ferdinand, et de montrer à tous ces spectateurs quelle puissance t'habite. Je me mets alors en position. Celle-ci sort totalement des normes. Le manche à hauteur de mon visage, genoux pliés vers l'extérieur et sur la pointe des pieds. Prête à bondir. Et c'est ce que je fais. Je tourbillonne dans les airs avant d'atterrir et de chuter brusquement au sol. Ma lance vient pourfendre les jambes de mon adversaire. Bon nombre de guerriers seraient tombés après cet assaut rocambolesque.
Mais pas Ferdinand.
Il contre l'attaque et me repousse.
- Arrêtez ça ! m'intime-t-il désorienté.
Il ne semble pas encore prêt à se lâcher. Alors je virevolte encore. Seconde, troisième et quatrième offensives. Second, troisième et quatrième parades. Et enfin – enfin – son arme amorce une charge. Je me ploie en deux pour esquiver de justesse, reculant pour rééquilibrer ma garde. Il ne sourit pas, n'éprouve pas de frayeur, ne se plaint plus. Sa posture trahit son ancienne témérité. Je le détaille, le souffle coupé. Sa crinière rousse qui lui arrive aux omoplates, sa mâchoire tendue et son corps athlétique noblement vêtu. Actuellement, il se tient à la frontière de ses deux aspects.
La confiance et l'embarras.
La bravoure et le déclin.
Je souris, révélant toutes mes dents, soufflée par ces deux beautés qui apparaissent devant moi. Devant nous. Beauté visuelle et beauté de l'âme.
Et la mélodie des combats dorlote mes oreilles. Elle ne survient pas durant les conflits sanglants, seulement lorsque je prends un plaisir fou à affronter quelqu'un. Nous nous élançons l'un vers l'autre, impatients d'en découdre avec l'autre. Nos armes s'entrechoquent. Ferdinand n'excelle dans quasiment aucun domaine. Fort, rapide, agile. Aucun « très » ne vient sublimer ces compétences. Il détient une défense somme toute quelconque et encaisse plutôt bien les sorts. Sait-il que cette homogénéité qui apparaît comme un défaut de prime abord est en réalité sa plus grande qualité ?
Puisqu'il ne possède aucune faiblesse.
Je me donne à fond dans ce duel, je ne lui fais aucun cadeau. Nous suons et dansons de concert, nos armes gémissent de douleur sous l'ardeur des coups que nous nous portons. Il m'avoue que les techniques étrangères ne lui inspiraient que condescendance auparavant. Mais que le jeu de jambes brigilène et le transfert du poids sont absolument uniques. Et alors que je crois déceler une ouverture, mon arme vole derrière moi.
Perdue. J'ai encore perdu.
Habituellement, la défaite me fait horreur. En revanche, là, je n'en finis plus de sourire.
Ferdinand von Aegir. Certains ne voient en lui que son patronyme et le détestent. D'autres l'admirent pour son éloquence. Deux opinions diamétralement opposés.
Mais là, à cet instant précis, tous les spectateurs se mettent d'accord sur ce à quoi ils ont assisté.
Un homme qui s'est écroulé, qui a appris de son échec, qui a grandi, et qui s'est relevé.
Le petit commentaire de l'auteure : Ce chapitre était un véritable casse-tête. Il sert clairement d'exposition à ce deuxième Acte et il est truffé d'informations en tous genres. Et pourtant j'ai adoré l'écrire, notamment le passage Akkira/Ferdinand. J'aime tellement Ferdinand lorsqu'il apprend que sa famille est ruinée et que son père est privé de ses fonctions. Le rouquin devient plus sombre, plus pessimiste. J'aime son évolution et je voulais lui faire honneur. Akkira est témoin du début de sa renaissance, écrire ce passage m'a beaucoup émue. :')
Prochain chapitre : Grandir (2/2)
Portez-vous bien et à bientôt ! Ciaossuuuuu !
