Mabel se dépêchait de rejoindre le journal. Plus vite elle récupérait ce fichu bouquin, plus vite elle pourrait retourner finir sa pièce avant que qui que ce soit ne remarque que Dipper l'avait remplacé. Ou du moins une fois qu'elle aurait trouvé le moyen de lui faire regagner son corps.
Lorsqu'elle arriva sur place, elle fut soulagée de voir que le journal n'avait pas bougé du gâteau. Avec un peu de chance, Bill ne savait même pas qu'elle l'avait mit là. S'accrochant à la barrière, elle tendis le bras en avant, tentant d'attraper le livre.
"Aller, aller!"
À sa grande surprise, ce fut son autre main qui lâcha. Elle s'écroula dans le gâteau de bois. Sous le poids, la corde retenant le gâteau en l'air céda. Chutant, Mabel poussa un cri. Le gâteau fut rattrapé avant de percuter la scène, ou même d'être remarqué par le public. Elle entendait son frère continuer la pièce pour elle en bas.
Son sauveur - ou sa sauveuse - remontait maintenant le gâteau de bois, et Mabel avec. Elle poussa alors un soupir de soulagement, et s'empressa de feuilleter le journal. Elle remercierait cet ange gardien plus tard.
Ce livre devait bien avoir une solution à leur problème actuel.
- Aller, Il doit bien y avoir un moyen de récupérer le corps de Dipper!
- Oh-ho! Mais pourquoi voudrais tu faire ça? répondit une voix trop familière
Mabel leva les yeux et réalisa que son "ange gardien" n'était nul autre que Bill lui même.
- Bill-Dipper…. Bipper!
Ce nom venait juste de lui venir en tête. Il lui semblait approprié.
"Bipper" porta son doigt sur ses lèvres, lui faisant signe de se taire:
- Chhht! Tu ne voudrais pas ruiner ton spectacle, quand même... fit il, pointant Gabe, le garçon pour qui Mabel avait fait cet opéra en première place.
Elle ne voulait en effet pas perdre cette unique chance. Jusqu'à là il avait aimé la pièce. Elle n'aurait pas deux fois cette chance et-
- Oups!
L'espace de quelques secondes, Mabel avait manqué à nouveau de tomber, poussant un cri de surprise. Bill venait de lâcher la corde, vraisemblablement pour avoir son attention. Elle le fusilla du regard, tandis que lui, amusé, fit:
- La corde glisse! Et si tu me donnais ce livre?
- Pas question! C'est à Dipper, personne d'autre ne peut l'avoir! rétorqua la jeune fille, serrant le livre près d'elle.
- Hmm, pourtant tu n'as eu aucun remord à lui voler pour ton spectacle; répondit le possédé en la remontant à son niveau; où à lâcher ton frère qui avait besoin de toi. Alors ne joue pas les soeurs intentionnées: Donne moi ce livre ou ton spectacle est ruiné!
Mabel poussa un soupir, résignée. Il fallait se rendre à l'évidence, Bill avait l'avantage, et elle ne voyait pas d'autres moyens de sortir de cette situation. Elle détestait ça, mais elle n'avait pas d'autre choix. Elle tendit le livre en direction du corps possédé de son frère.
- Enfin, voilà qui est mieux… Franchement, qui sacrifierait un tel travail juste pour sauver un frère ou une sœur?
La question frappa Mabel. Parce qu'elle connaissait la réponse. Elle ne connaissait qu'une personne qui serait capable de tel sacrifice. Une personne qui avait abandonné beaucoup trop de chose déjà pour elle. Et elle réalisa qu'il était temps qu'elle lui rende la faveur. Prise d'une nouvelle détermination, elle releva la tête et répondit:
- Dipper le ferai.
- Hein?
Elle tira alors, tentant de faire basculer le corps possédé de son frère vers elle.
Seulement, Bill s'empressa de tirer de son côté:
- Hé! Donner c'est donné!
A la surprise de Mabel, il employa plus de force qu'elle, lâchant un peu prise sur la corde, la faisant baisser d'un seul coup. Sa poitrine buta contre la barrière de bois. Le choc et la surprise furent assez pour qu'elle lâche prise sur le livre.
- Pas de ça avec moi, Shooting Star! lui fit alors Bill, furieux.
Mabel essaya de se relever rapidement, prête à en découdre pour récupérer le bien de son frère. Seulement l'autre n'avait pas envie de jouer.
- Très bien, comme tu voudras. Ne dis pas que je ne t'avais pas mise en garde.
Avant que Mabel ait pu atteindre son jumeau possédé, il lâcha la corde.
Ce fut la chute. Mabel poussa un cri, sentant le sol se rapprocher dangereusement.
Puis vint l'impact, fracassant la scène, les marionnettes et la pièce.
La confusion générale du public fut interrompue par un hurlement de douleur venant de la jeune fille qui venait de choir. Une douleur lui paralysant le corps, déchirant son épaule tandis qu'elle agonisait au sol.
Le premier sur scène fut son grand oncle, Stan, qui s'était immédiatement levé de son siège lorsqu'il avait vu sa petite nièce en danger. Bientôt, ils furent rejoins par Soos, Wendy, et toute l'équipe ayant aidée pour le spectacle.
Ils lui posaient des questions, lui demandaient des explications, tentaient de comprendre ce qu'il venait de se passer. Mais elle n'entendait pas. Elle n'écoutait pas.
Il n'y avait que la douleur qui occupait son esprit à l'instant présent. Ils avaient tenté de la bouger, elle avait crié. Son corps était tout endolori, mais plus particulièrement le haut de son dos. Elle cru entendre par dessus ses gémissements Stan ordonner à Soos d'appeler une ambulance, puis Grenda, Candy, ses deux amies, venir auprès d'elle pour tenter de la distraire, de la rassurer. Même Gabe était venu pour s'assurer de son état.
Mais ça ne l'aidait pas. Il n'y avait que la douleur qui occupait son esprit.
Dipper avait observé la scène, impuissant, paniqué. Il ne savait pas quoi faire. Quand il avait vu l'ombre du gâteau, il était sortit juste à temps du corps des marionnettes, évitant de justesse de s'y faire écraser.
Il s'était précipité sur sa soeur. En la voyant crier de douleur, les larmes aux yeux, il avait paniqué. Il avait appelé Stan, oubliant momentanément que dans cette forme, il ne pouvait rien faire.
Il ne pouvait que voir Soos appeler une ambulance. Voir Wendy faire reculer la foule qui s'était rassemblée pour mieux voir. Voir Stan tenter de placer sa soeur dans une position plus confortable. Voir Mabel se tordre de douleur à chaque tentative de bouger.
Tout était de sa faute. Mabel souffrait, parce qu'il l'avait envoyé seule chercher son journal.
Comment avait-il pu l'oublier? Dipper chercha immédiatement le journal - et son corps - des yeux. Un cri poussé dans la foule qui l'aida à trouver ce qu'il cherchait.
En face de lui, un rideau venait de prendre feu. À sa base se tenait son corps possédé par le démon des rêves, un briquet - où avait il trouvé ça?- en main. De l'autre, il tenait le journal en train de brûler, sans se soucier du feu.
- Non! Le journal! Il avait crié, horrifié.
Le public paniquait par l'incendie qui se propageait rapidement.
Ceux qui étaient près de Mabel étaient remplis de confusion
- Dipper, à quoi tu joues, là!? avait crié Wendy
Pour toute réponse, ils n'eurent qu'un rire méconnaissable, suivi de ces mots:
- Bonne fin de spectacle !
Puis il jeta le journal enflammé sur les feux d'artifices, prévu d'origine pour la fin de la pièce, avant de s'enfuir par la porte en courant.
- ATTENTION !
- AAAAH!
- VITE, AUX ABRIS!
Ils explosèrent un à un, chaque personne présente se jetant à terre pour ne pas se prendre une fusée qui finissait par exploser contre un mur, sur des sièges ou en l'air. Cette fois, le public se précipita dehors, l'incendie commençait à ravager la pièce, et les explosions provoqués par les feux d'artifices n'avaient fait qu'empirer la situation.
Stan s'était empressé de sortir, Mabel dans ses bras, suivi de Soos, Wendy et tout ceux qui étaient restés sur scène.
Tous sauf Dipper. Il contemplait le chaos autour de lui. Ce chaos, il l'avait libéré. Par sa faute, la pièce que sa soeur avait passé tant de temps à réaliser était fichue. Il n'avait même pas pu empêcher la destruction du journal qui gisait, là, au milieu des flammes.
En une journée, tout ce sur quoi lui et sa sœur avaient travaillés venait d'être réduit en cendres. Il n'avait rien pu faire pour arrêter Bill.
Dipper serra les dents. Bill. Il s'était enfuit. Mais il ne pourrait pas s'en tirer comme ça. il n'avait peut être pas pu l'empêcher de détruire cette journée, mais il pourrait peut être l'empêcher de causer d'avantage d'ennuis. Après avoir regardé une dernière fois le journal, sans pouvoir rien faire pour l'empêcher de brûler, il partit, sans se retourner, à la poursuite du démon des rêves.
