Merci beaucoup pour toutes les reviews positives. J'ai pas mal bossé ce chapitre, j'espère qu'il plaira :)

Pas de panique, je bosse sur le prochain chapitre de la Non-vie de Corin Volturi, je n'ai absolument pas l'intention de l'abandonner.

Bonne lecture!

Eleazar marchait d'un pas lent, prenant le temps d'admirer une dernière fois le Palais-forteresse des Volturi. La cour intérieure qui était bordée d'une élégante loggia, avec, au-dessus de chaque arcade, l'écusson en terre cuite des Volturi. L'espagnol ne pouvait s'empêcher de contempler l'édifice dans lequel il avait vécu durant deux siècles comme si il le voyait pour la première fois. Le corps principal de la bâtisse était massif et surmonté d'une tour carrée qui dominait l'ensemble de la ville et ses alentours. Le travail rustique de la pierre lui conférait par ailleurs un aspect austère et puissant, à l'image des maîtres des lieux. C'est terminé. Pensa-t-il tout en poursuivant son chemin au bruit du froissement que faisait son long manteau noir à chaque fois que ce dernier effleurait les murs. Il avait eu l'accord d'Aro, il était enfin libre de quitter Volterra et de vivre son idylle avec Carmen sans craindre le mépris de ses paires ou les représailles de ses supérieurs. Il allait enfin pouvoir mettre un terme à cette vie faite de violence et de sang. Le massacre de la famille Bukater, serait, du moins il l'espérait, le dernier bain de sang auquel il participerait. Cela en valait la peine. Ne cessait-il de se répéter en repensant aux cris et aux pleurs.

En arrivant au pied de la tour pentagonale, l'espagnol fut salué par deux imposants membres de la garde, Isaac et Agnar. Les gardes reconnurent Eleazar et le saluèrent avec respect. Isaac, le plus jeune des deux, poussa la lourde porte à battants faite de bronze et sur laquelle la devise des Volturi était gravée, Nec Pluribus Impar, Supérieur à la Plupart. L'ancien membre de la garde le remercia d'un signe de la tête et pénétra enfin dans la cage dorée où vivaient Sulpicia et Athenodora, les épouses respectives d'Aro et de Caïus. L'espagnol avait souhaité faire ses adieux à Rose, comme si ces dernières 24h l'avaient lié à jamais à ce petit être fragile. Aro avait fait installer la petite fille dans une chambre au sommet de la tour, un étage au-dessus des appartements qu'il partageait avec Sulpicia. La curiosité de l'ibérique le poussait à se demander comment les Volturi allaient élever et surtout maintenir en vie un enfant mortel. Rose allait désormais être un agneau vivant au milieu des loups et qui n'aurait comme seule arme pour se défendre, l'espoir que fondait Aro en elle. Et si je m'étais trompée sur son pouvoir ? Eleazar tenta de chasser cette idée noire de son esprit tant elle était synonyme de malheurs aussi bien pour la petite Rose que pour lui-même. Il savait très bien qu'une fois changée en vampire, Rose ne s'avérait pas aussi puissante qu'elle ne le laissait présager enfant, Aro la tuerait puis il s'en prendrait à ce qu'il avait de plus cher, Carmen. Rose ne pouvait pas le décevoir, leurs vies en dépendaient. L'ancien garde ne pu s'empêcher de sourire en pensant à l'ironie de sa situation, sa vie et celle de Carmen étaient tributaires d'un être terriblement fragile en comparaison du prédateur redoutable qu'il était.

L'espagnol gravit les marches deux par deux, non pas car il était pressé de voir le poupon mais parce qu'il souhaitait retrouver Carmen au plus vite. Au deuxième étage se trouvaient plusieurs salons dans lesquels les épouses, ainsi que Corin, leur garde personnel, passaient leurs journées. Eleazar n'avait jamais eu l'occasion d'en voir l'intérieur mais il imaginait sans peine le luxe et l'abondance de richesses qui pouvaient se trouver dans ces pièces. Les portes de bois qui en marquaient l'entrée étaient richement peintes avec une dominante d'ocre et de doré. Il pouvait sentir la présence des trois femmes ainsi que de plusieurs membres de la garde. Après la mort tragique de l'épouse de Marcus, la sécurité autour des deux femmes s'était renforcée de manière drastique et les épouses royales étaient lourdement gardées. Alors qu'il prenait la direction du troisième étage où se trouvait les appartements privés de Sulpicia et au-dessus la chambre de Rose, Eleazar entendit la porte de bois grincer et il reconnut immédiatement l'odeur de Corin.

-Tu allais partir sans me dire adieu ? Demanda la jolie blonde d'une voix douce. Il fit demi-tour et lui sourit.

L'espagnol avait toujours eu de la sympathie pour Corin même si, en raison de son pouvoir, il l'évitait au maximum. Son pouvoir faisait d'elle un membre important, essentiel même, aux yeux d'Aro et il était intéressant de souligner que la plupart des autres membres de la garde ignoraient complètement de quoi il s'agissait exactement. Eleazar suspectait que les épouses elles-mêmes étaient gardées volontairement dans l'ignorance par Aro.

Corin était plutôt petite et menue, son visage rond était couronné d'une épaisse crinière dorée qu'elle avait pris l'habitude d'orner de broches et de pierreries en tout genre. Tout était petit chez Corin, son nez, sa bouche, ses yeux… Le tout formant un ensemble harmonieux et dont émanait une impression de fragilité qui semblait particulièrement attrayante pour bon nombre des membres de la garde.

-Alors je te dis adieu, répondit Eleazar sans cérémonie.

-En tout cas, tu pars en nous laissant un souvenir de toi, Corin fit un geste en direction des étages supérieurs.

-J'ai trouvé une remplaçante, l'espagnol était mal à l'aise, il n'aimait guère parler de l'instrumentalisation de Rose.

-Une remplaçante ? A en croire Aro, son pouvoir rend le tien parfaitement obsolète, en tout cas, Sulpicia est ravie d'avoir enfin une poupée de porcelaine à taille humaine. Le visage de Corin s'illumina d'un sourire moqueur en évoquant les excentricités de Sulpicia qui n'avaient rien à envier à celles de son mari.

Eleazar ne répondit rien et son visage de marbre ne laissait rien paraître des sentiments contradictoires qui le torturaient. Il inclina respectueusement la tête et Corin, visiblement satisfaite, lui adressa un sourire mutin avant de regagner les salons, ignorant sans doute à quel point ses révélations avaient agacées l'ancien membre des gardes. Les Volturi, contrairement à beaucoup d'autres clans, n'entretenaient pas de relations familiales entre eux et hormis quelques exceptions notables, peu de membres avaient de réels liens entre eux. Corin ne lui manquerait pas, pas plus que les autres membres des Volturi.

Le regard de l'espagnol resta un instant fixé à l'endroit où avait disparu Corin, il poussa un soupir et reprit son périple jusqu'à la chambre de Rose. L'étage dans lequel le bébé avait été installé avait servi d'observatoire pendant quelques temps avant d'être déserté. Les murs qui encadraient le palier étaient bien plus défraichis que les étages en-dessous. La peinture, auparavant blanche et richement peinte à la main, laissait aujourd'hui deviner le torchis marron et les poutres. Comme à chacun des étages se trouvant dans la tour, l'accès aux pièces était marqué par une lourde porte en bois de bois nue, plus petite et sûrement plus fragile que les autres. L'ancien garde pouvait sentir sans peine la présence de Rose et d'un autre humain. Bien qu'il estimait ne pas avoir besoin d'autorisation pour entrer, il prit cependant la peine de frapper. Il entendit très nettement les pas maladroits d'une femme et c'est sans grande surprise que le visage inquiet de la réceptionniste dont il ignorait toujours le prénom, apparu dans l'embrasure de la porte. Dans d'autres circonstances, il aurait sûrement trouvé amusant de la voir gesticuler son bras dans tous les sens pour lui indiquer qu'il pouvait rentrer.

La chambre de Rose était plaisante, il s'agissait d'une grande pièce, haute sous plafond et encadrée de quatre grandes fenêtres. Cette pièce était habituellement utilisée comme observatoire, il était logique que la vue y fût imprenable. La peinture bleue et les fresques qui l'avaient orné jadis se laissaient à peine deviner mais néanmoins, les couronnes de fleurs et les scènes de bal étaient encore visibles par endroit. Le long d'un mur trônait un berceau flambant neuf et une table à langer que la réceptionniste avait sûrement été acheter à la hâte.

Eleazar s'approcha lentement du berceau, la petite dormait profondément, ignorant totalement le monde autour d'elle. Corin a raison, on dirait une poupée. Comme pour se rassurer, la petite tenait fermement sa couverture entre ses doigts boudinés. Cette couverture était le seul lien qu'elle avait avec son ancienne vie et elle s'y raccrochait de toutes ses forces. L'espagnol hésita un long moment et il se décida à la prendre dans ses bras. Délicatement, il glissa une main sous la tête de Rose et l'autre sous son petit corps à la fois souple et chaud. La petite, alors qu'elle était sortie de son berceau, ne lâcha pas sa couverture.

-Quelle chance elle a, dit la réceptionniste qui observait la scène avec attention. Malgré son mépris pour cette insignifiante créature, il ne pouvait se résoudre à être brutal avec la seule personne qui était capable de prendre soin de la petite.

-Quel est votre nom ? Demanda Eleazar sans quitter le petit trésor des yeux, hypnotisé par les mouvements de son thorax qui montait et descendait furieusement au rythme de sa respiration. Qui sait ce qui hante tes rêves.

-Carlotta, la voix de la réceptionniste tremblait.

-Carlotta, pourquoi trouvez-vous qu'elle a de la chance ?

-Elle a été adoptée par Maître Aro, elle est sûre d'être changée. L'excitation et l'envie transpirait dans chacune de ses paroles. Pauvre folle. Pensa Eleazar qui se contenait pour ne pas se montrer désagréable, après tout, il ne fallait pas contrarier Aro, pas maintenant, il était trop près du but.

-Oui, elle a de la chance, répondit laconiquement l'espagnol.

Il observa attentivement le petit ange qu'il tenait dans ses bras en essayant de s'imaginer sa vie, vie à laquelle il ne participerait pas alors même qu'il en avait été un acteur décisif.

Selon les lois, elle serait changée à 18 ans. Comment seront ces 18 années ? Se rebellera-t-elle ? Sera-t-elle heureuse ? Eleazar poussa un grognement de frustration, il ne devait pas penser à tout cela, ce n'était plus de son ressort.

Il se pencha vers la petite fille et lui déposa un baiser sur le front. Rose remua, et poussa un petit cri, sans doute gênée par la froideur des lèvres d'Eleazar sur sa peau tiède.

-Bonne chance petit ange, nous nous reverrons, j'en suis sûre, murmura Eleaza en déposant le bébé dans son berceau. Rose ouvrit les yeux brièvement et l'espace d'un instant, il lui sembla qu'elle souriait.

L'espagnol ajusta son manteau et se tourna vers l'insignifiante Carlotta.

-Prenez grand soin d'elle, ce bébé est l'être le plus précieux de château, les yeux de l'humaine brillaient d'excitation à l'idée de se voir confier une telle mission. Ce qu'elle ignorait c'est que Rose, par sa seule présence, lui permettrait sûrement d'augmenter considérablement son espérance de vie.

-Je me suis occupée de tous mes frères et sœurs, j'ai l'habitude. Eleazar la regarda et acquiesça silencieusement. L'espagnol regarda par-dessus son épaule et la respiration régulière de Rose l'apaisa un peu même si il savait que la culpabilité qui semblait le hanter, ne le quitterait plus désormais. Rose et lui seraient lié, il lui était redevable, grâce à son sacrifice, il était désormais libre.