« Demetri poussa un profond soupir en s'adossant contre le mur froid qui longeait l'antichambre de la salle du trône qu'il venait de quitter quelques minutes auparavant. Le traqueur appuya sa tête contre la pierre et ferma les yeux en repensant à la longue, très longue séance de remontrances que Santiago, Felix et lui-même venaient de vivre, le tout devant une Sulpicia absolument hystérique qui avait daigné descendre de sa tour dans le seul but de réclamer justice, vengeance, à l'encontre des fautifs qui selon elle, avaient faillis causer la perte de sa petite princesse. Demetri serra les poings de rage il était un membre éminent de la garde d'élite des Volturi, il était le meilleur traqueur du monde et il se retrouvait aujourd'hui en difficulté à cause d'une simple humaine, à cause d'elle. L'image du visage terrifié de Rose ne cessait de hanter son esprit et la tendresse ou la pitié qu'il avait momentanément ressentie pour elle lorsqu'elle s'était retrouvée au sol, terrassée par ce stupide nomade, laissaient désormais place à une profonde colère.

Durant des siècles, Demetri s'était montré aussi loyal envers ses Maîtres, qu'impitoyable envers ses ennemis et tout cela dans le seul et unique but de gravir un à un les échelons et tout cela pour se voir menacer, devant une bonne partie de la garde, par une Sulpicia au bord de la crise de nerfs. D'un geste d'une incroyable brutalité, le garde frappa le mur de ses deux poings, y laissant deux profondes entailles, marquant ainsi la pierre ancestrale comme si il s'agissait d'un vulgaire morceau de carton.

« Malgré les siècles, je vois que tu acceptes toujours aussi mal les critiques, ton égo te perdra Demetri », le traqueur ouvrit les yeux et regarda dans la direction d'où provenait la voix douce et mélodieuse qui osait le déranger et qui appartenait à une jeune femme qu'il connaissait bien.

« On peut savoir ce que tu veux ? » demanda Demetri en fusillant Corin du regard. La jolie blonde inclina légèrement la tête sur le côté, laissant ainsi ses grosses boucles dorées danser le long de son bras droit. La jeune femme adressa un sourire charmeur au Casanova du clan Volturi. Corin, mieux que quiconque, savait que le traqueur n'était jamais aussi beau que lorsqu'il était en colère, ce qui était une prouesse puisque le jeune homme jouissait déjà d'un physique d'une perfection rarement égalée.

Corin se rapprocha du garde de sa démarche féline avant de s'arrêter à quelques centimètres de lui, « simplement voir comment tu allais, cela faisait longtemps que je n'avais pas vu Sulpicia dans une telle colère » ronronna-t-elle à l'oreille de Demetri tout en laissant ses doigts frêle courir le long du col noir du manteau du traqueur qui demeurait pourtant parfaitement imperturbable.

« Je vais on ne peut bien », répondit Demetri froidement, son regard menaçant planté dans celui de Corin. Le traqueur et la jolie blonde avaient toujours été comme le feu et la glace, l'impassible traqueur et l'émotive gardienne des reines.

« Pas à moi Demetri, le toujours oh-si-maitre-de-lui, le grand traqueur en personne faisant une démonstration publique et indigne de sa personne de ses sentiments à quelques pas de la salle du trône et tout cela à cause d'une simple mortelle », Corin avait particulièrement mis l'accent sur les deux derniers mots comme pour souligner le ridicule de la situation. Demetri pouvait sentir les lèvres de Corin se promener dans son cou et d'un geste brutal, il la repoussa avant de réajuster sa veste.

Le visage de Corin se fit menaçant et elle laissa échapper un grognement, « il fut un temps où tu n'étais pas si enclin à me repousser », siffla-t-elle avec agressivité.

Demetri leva un sourcil aristocratique et un sourire arrogant se dessina sur son visage. Il connaissait Corin par cœur et surtout ses légendaires sautes d'humeur en particulier lorsque quelque chose ou quelqu'un lui résistait.

Le beau traqueur fondit sur la belle blonde et la plaqua le mur opposé tout en tenant fermement la frêle jeune femme par la gorge. « Il fut un temps, Corin, tu n'étais pas un reste délaissé par Alec », susurra Demetri à l'oreille de la jeune femme.

Le visage de Corin se défigura et un rictus moqueur et cruel se dessina sur ses lèvres fines, « ta jalousie vis-à-vis d'Alec est pathétique ».

Demetri resserra son étreinte autour de la gorge de Corin, « ce qui est pathétique, c'est qu'il t'a jeté hors de son lit au profit d'une simple mortelle », le traqueur reprit délibérément le qualificatif employé auparavant par la belle blonde. Les deux gardes su fusillèrent du regard silencieusement puis Demetri libéra Corin qui ne demanda pas son reste et disparut, sans doute pour aller pleur son cher Alec.

Corin avait été une distraction pour le traqueur, et avec elle, beaucoup d'autres. Demetri n'était guère attaché à elle et le passé de courtisane de la petite blonde la rendait particulièrement distrayante. Elle n'avait jamais éprouvé de sentiments à l'égard de Demetri et elle avait simplement pris ses distances lorsqu'Alec et Jane étaient arrivés. Nourrissant ainsi un peu plus la rivalité qui s'était rapidement instaurée entre Alec et Demetri. A l'époque, le traqueur avait trouvé cela insultant de se voir ainsi délaissé pour un adolescent.

Pendant ce temps, dans la chambre de Rose, Alec n'avait toujours pas quitté le chevet de la jeune fille. Il la fixait depuis plusieurs heures déjà, observant chacun de ses mouvements, écoutant chacun de ses battements de cœur, attentif au moindre détail qui pourrait lui faciliter la réussite de sa mission.

« Tu es encore là », ce n'était pas une question, Alec ne sembla nullement surpris, il avait senti la présence de Sulpicia depuis plusieurs minutes déjà. « Je savais que cela arriverait, une seule faille dans le dispositif d'Aro et Rose a bien failli perdre la vie ».

« Cela ne se reproduira plus, j'y veillerai personnellement », répondit Alec d'un ton neutre, sans même adresser un regard à sa reine.

Sulpicia marqua un long silence et seule la respiration de Rose venait troubler la quiétude de la nuit. L'épouse d'Aro fit quelques pas et s'arrêta à la hauteur du garde.

« N'est-ce pas ironique que la vie de l'être qui m'est le plus cher au monde soit entre les mains de l'ange de la mort en personne », en entendant les paroles de Sulpicia, Alec leva enfin les yeux vers l'altière jeune femme.

« C'est temporaire, bientôt elle n'aura plus besoin de protection », répondit Alec en observant attentivement l'auguste vampire.

Sulpicia prit une inutile et profonde respiration et ferma les yeux, « elle n'est pas prête, Rose n'a pas la maturité nécessaire pour être la guerrière dont rêve Aro », la jeune femme s'arrêta brusquement de parler en réalisant à qui elle était en train de se confier.

« C'est pour cela qu'Aro ma mandaté », répondit simplement le garde qui commençait à entrevoir tout le potentiel de cette mission.

« Oh Alec, tu sais peut-être comment mener une femme à ton lit ou même annihiler les sens de tes ennemis mais les profondeurs de l'esprit et du cœur d'une femme, d'une jeune fille dans ce cas précis, te sont inconnues », le mépris de Sulpicia ne semblait pourtant nullement déstabiliser le jeune homme.

« Nous verrons bien », répondit Alec avec confiance tout en reportant toute son attention sur Rose qui semblait être sur le point de se réveiller.

« Tu pourrais être surpris, Alec, elle est bien moins inoffensive et malléable qu'elle n'y parait », Sulpicia s'approcha du lit de Rose qui s'étirait dans son lit.

L'épouse royale s'assit avec grâce sur le bord du lit de l'adolescente, dégageant lentement le visage de Rose des couvertures.

« Tu as pu te reposer un peu », demanda Sulpicia d'une voix teintée d'inquiétude. De là où il se trouvait, Alec ne pouvait voir le visage de la jeune fille qui était caché par la silhouette longiligne de sa reine.

Rose se redressa péniblement, son corps avait subi un lourd traumatisme pour un humain et elle était couverte de bleus et de raideurs. Lorsqu'elle se retrouva confortablement adossée à une pile de coussins que Sulpicia était en train de disposer dans le dos de sa fille.

« Alec ! », s'exclama Rose lorsque ses yeux se posèrent sur le jeune homme qui se tenait désormais debout au milieu de la pièce. Alec adressa un sourire discret à la jeune mortelle qui se mit à rougir légèrement.

« Alec a assuré ta surveillance lorsque tu dormais mais je crois qu'il peut désormais te laisser un peu d'intimité », fit remarquer sèchement Sulpicia dont la présence du garde était visiblement source de nuisance.

« Seulement si Rose le désir », répondit Alec avec défiance sans détacher son regard de l'adolescente qui semblait de plus en plus mal à l'aise.

« Cela va de soi », le sourire de Sulpicia masquait difficilement son agacement.

« Il peut rester, de toutes façons, j'ai envie de prendre l'air », fit remarquer Rose tout en se levant.

Sulpicia jeta un regard noir en direction du jeune homme avant de déposer un tendre baiser sur le front de sa fille, « alors je te laisse entre ses mains, mais sois prudente, le danger ne vient pas toujours de l'extérieur ». Rose leva les yeux vers sa mère adoptive, visiblement confuse mais décida d'ignorer cet avertissement.

Une fois que Rose et Alec furent seuls, la jeune fille s'approcha timidement du garçon, « merci beaucoup de m'avoir ramené dans ma chambre ».

Alec acquiesça, « c'est grâce à Demetri, je lui suis incroyablement reconnaissant qu'il ne te soit rien arrivé ».

« C'est vrai, sans lui je serai sûrement morte », ajouta la belle blonde le regard au loin.

« Malgré ses accès de colère et de cruauté, Demetri peut parfois se montrer chevaleresque », Alec s'était un peu éloigné de Rose, comme pour pouvoir étudier au mieux ses réactions.

« N'est-ce pas la nature même d'un vampire que d'être cruel ? », Rose leva les sourcils, un air de défi sur le visage.

« Bien sûre, mais disons que de tous, Demetri peut parfois manquer cruellement d'empathie », Alec employait la même intonation que Rose.

« Oh, parce que toi, tu es un modèle de compassion ? » Demanda la jeune fille avec un grand sourire avant de prendre la direction de la salle de bain et de s'y enfermer.

« Sûrement pas, mais je ne prive pas les membres de mon clan de leurs proches ! » S'exclama Alec à travers la porte, « c'est tout de même ce que Demetri t'a fait avant de te sauver la vie ». Il s'écoula une bonne minute avant que Rose ne sorte en trombe.

« Que veux-tu dire ? » s'exclama Rose qui était soudainement très pâle. Alec était adossé contre le mur, le visage sombre et grave.

« J'en ai trop dit, Aro aura ma tête », murmura le garde. Rose s'approcha de lui, ses pieds nus glissant sur le sol froid et lisse.

« Il n'en saura rien, je t'en prie, que veux-tu dire ? », supplia la jeune fille visiblement à l'agonie. Alec plongea ses yeux dans les siens avant de saisir la main frêle et moite de l'adolescente dans la sienne.

« Je peux te faire confiance ? Ma vie en dépend », murmura Alec avant de dégager une mèche de cheveux du visage de Rose. « B-bien sûre », répondit à la jeune fille d'une voix tremblante.

« Crois-tu sincèrement qu'Aro a donné son congé à Carlotta ? », demanda Alec tout en maintenant la main de Rose fermement dans la sienne, « Demetri a eu le droit de disposer de la pauvre jeune femme et je peux t'assurer qu'il n'a pas éprouvé le moindre remord ». Devant l'horreur de cette révélation, les yeux de Rose se remplirent de larmes et ton corps tout entier se mit à trembler. Alec lâcha sa main et entoura le corps fragile de la jeune humaine de ses bras avant de la serrer contre son cœur immobile. La tête de rose vint se nicher dans le creux de l'épaule d'Alec et le jeune garde passa sa main dans la crinière soyeuse de l'adolescente toute en la laissant épancher sa tristesse contre lui.

« Je sais que c'est dur mais Carlotta connaissait son destin, tu connais la règle Rose, les humains ne doivent pas savoir », la jeune femme leva son visage triste vers le garde qui lui adressa un sourire emplit de compassion et de promesses.

« Je sais que c'est dur mais tu peux me faire confiance, je suis là désormais, tu n'es pas seule », Alec se baissa et déposa un baiser sur le front de Rose, le redoutable garde laissa son regard se promener sur le visage fin et angélique de la petite protégée d'Aro. Il caressa son visage de sa main froide, savourant l'effet qu'il avait sur la belle blonde et lentement, il posa ses lèvres sur celles de Rose qui ferma les yeux au contact à la fois glacial et chaud du garçon de ses rêves.

Je vous laisse seuls juges de ce chapitre en espérant qu'il vous plaira. J'ai choisis de me focaliser un peu sur Demetri car, lorsque je lis des histoires sur les Volturi, j'aime particulièrement m'attarder sur ces « images » détaillants les relations et les moments au sein de l'illustre clan. Mon histoire est centrée sur Rose mais cette dernière me sert aussi de prétexte pour parler des autres gardes J

Je vous souhaite une excellente lecture et je tiens tout particulièrement à remercier chaque personne laissant un commentaire