Petit chapitre « parenthèse ».

Je trouvais important de montrer l'impact de la mort sur Rose et la manière avec laquelle elle va y réagir.

Comme l'ensemble de ce que j'écris, je n'aime pas ce chapitre mais j'espère quand même qu'il plaira.

Je tiens à remercier chaque personne m'ayant laissé un commentaire. Cela est un tel encouragement !

Rose n'avait pas souhaité quitter sa chambre durant les deux jours qui avaient suivis son attaque. Mais contrairement à ce que pensait son clan, ce n'était pas les conséquences du traumatisme physique qu'elle avait enduré qui l'avait poussée à vivre recluse dans ses appartements mais plutôt les révélations faites par Alec concernant Carlotta. L'ancienne réceptionniste avait été tour à tour une sœur, une mère, une nourrice, une amie et une confidente et au fil des jours la colère qu'elle ressentait à l'égard d'Aro et de son homme de main, Demetri, n'avait fait que s'accroître lorsqu'elle pensait à tout ce qu'elle avait perdu. Elle connaissait la nature de sa famille d'adoption, elle était familière avec leur cruauté et leurs pulsions meurtrières qui étaient inhérentes à leur personne mais, si il y avait bien une chose qu'Aro valorisait par-dessus tout, c'était la cohésion familiale et Rose avait de la peine à comprendre pourquoi ce père qu'était le Maître des Volturi à ses yeux, lui avait ôté la seule part d'humanité de son quotidien.

Elle savait, depuis qu'elle était en âge de le comprendre, qu'elle serait changée à ses 18 ans, elle savait qu'elle ferait partie de la garde des Volturi, qu'elle en serait un membre prestigieux. En devenant un vampire, perdrait-elle toute son humanité ? Deviendrait-elle un monstre sanguinaire, sans self-control ? Elle avait elle-même failli périr des mains d'un vampire et elle n'osait imaginer la peur qu'avait dû ressentir Carlotta lorsqu'elle avait vu Demetri fondre sur elle et la vider de toute vie, goutte par goutte. Mais même en sachant cela, Rose avait toujours accepté sa destinée, elle était, la plupart du temps, impatiente d'être changée. C'était à ses yeux la seule étape manquante qui lui permettrait d'être complètement et définitivement acceptée par son clan, sa famille. Cependant, à force de ne côtoyer que des immortels, Rose n'avait jamais connu la perte d'un proche, elle n'avait jamais réalisé à quel point l'absence d'un être cher pouvait être violente. Carlotta ne viendrait plus lui brosser les cheveux, elle ne pourrait plus la rassurer la nuit, ou la conforter le jour, Carlotta n'était plus, Carlotta ne serait jamais plus. Rose devait l'accepter, c'était son devoir. Elle était la fille adoptive d'Aro Volturi, elle avait vécu grâce à lui, elle lui devait tout. Sa colère ne devait pas la détacher de son devoir. Sulpicia lui avait dit que la souffrance faisait partie de la vie simplement, Rose n'avait jamais souffert jusqu'à aujourd'hui.

Rose, qui avait repris son emplacement habituel dans l'embrasure de sa fenêtre à observer le monde depuis sa tour, se tourna vers Alec qui se tenait debout à quelques mètres d'elle. La jeune fille s'était habituée à la présence silencieuse du garde qui ne l'avait pas quitté depuis deux jours. Ils se parlaient très peu, la plupart du temps, Alec se contentait de l'observer dans son quotidien et elle, de l'ignorer. C'était une chose que Rose avait appris avec le temps, les vampires sont des êtres terriblement patients. Alors que les humains, les mortels, courent après chaque minute, les immortels, eux, n'ont pas la notion du temps perdu. Le temps n'est un luxe qu'à ceux qui en ont peu, ce n'était pas le cas d'Alec et de ses paires. Que ce soit un jour, un mois ou une année, le temps que le garde passait avec Rose dans ce huis-clos n'était pas vain et même s'il l'était, cela n'avait pas la moindre espèce d'importance.

La jolie blonde détailla le jeune homme avec insistance, elle avait appris à se détendre en sa présence, elle avait apprivoisé cette ombre qui se glissait dans sa chambre à n'importe qu'elle heure du jour ou de la nuit. Elle connaissait désormais son odeur, sobre, délicate et discrète. Elle savait détecter les rares émotions qui pouvaient traverser subitement le visage impassible du garde. Rose avait aussi appris à le surprendre par ses questions, elle avait rapidement compris que la grande faiblesse d'Alec résidait dans l'illusion qu'il avait de connaître les autres et lui-même.

Les yeux bleus de Rose rencontrèrent les iris pourpres d'Alec, le garde ne bougea pas, son visage demeurait froid, sans émotions, ses traits angéliques étaient figés dans le temps.

« Que faites-vous des corps ? », demanda Rose avec la plus grande candeur tout en savourant la surprise provoquée par sa question. L'espace d'un clignement de paupières, le visage d'Alec s'était vu troublé mais rapidement, le Volturi avait retrouvé toute sa composition. Un sourire de satisfaction se dessina sur les lèvres gracieuses de Rose. « Lorsque vous avez finis de manger, que faites-vous des corps ? »

« On les brûle, dans les souterrains, il y a un lieu pour cela », la réponse était comme lui, froide, ne trahissant aucune émotion. Rose fronça les sourcils, « Carlotta était croyante, c'est ironique n'est-ce pas lorsque l'on sait pour qui elle travaillait, elle n'aurait pas voulu être brûlée ». Alec pouvait détecter un semblant de tristesse dans la voix douce de Rose mais la jeune fille n'avait plus versé de larmes pour son ancienne gouvernante depuis qu'il lui avait appris sa mort.

« Je suis navrée », répondit Alec qui semblait désormais mal à l'aise. Rose se leva de son emplacement et marcha en direction du jeune homme qui ne la quittait plus des yeux.

« Tu mens », murmura-t-elle en levant les yeux vers lui. Alec pouvait sentir le souffle de la jeune femme qui se trouvait à quelques centimètres de lui, il ferma les yeux un instant et prit une profonde inspiration. Il aimait l'odeur sucrée de l'humaine, un mélange de différentes fleurs mais il détectait principalement de violette. Contrairement à beaucoup de ses semblables, elle ne portait pas de parfum et ce que le garde sentait, c'était l'odeur de son savon et de son sang. Chaque fois qu'il repensait à son sang, il pouvait sentir le venin coloniser sa bouche et son esprit. « Tu n'es pas navré, tu es peut-être embêté par ma question mais pas désolé pour Carlotta ».

« Est-ce que cela fait une différence ? », demanda Alec en ouvrant ses yeux et en reportant toute son attention sur le divin visage de l'adolescente devant lui. Bien sûre qu'il avait eu envie de l'embrasser un millier de fois depuis qu'il côtoyait Rose dans l'intimité mais il s'en était toujours empêché. Plus il apprenait à connaître la jeune fille, plus il se méfiait de ses réactions. Ce qui l'amusait un jour pouvait l'ennuyer le lendemain, sa curiosité était vive, autant que son esprit qu'elle avait le don de laisser un peu trop divaguer. Elle était imprévisible et malgré son immaturité et sa naïveté, son esprit était vif et piquant et ses question désarmantes hors, le guerrier qu'était Alec avait horreur de se retrouvé pris au dépourvu surtout pas par une humaine.

« Non », répondit-elle langoureusement tout en se rapprochant encore un peu plus du garde. « Embrasse-moi », dit-elle d'une voix presque' enfantine et capricieuse. Alec s demanda un instant si elle savait à quel point il en avait envie.

« Non », Alec resta de marbre même si il ne pouvait s'empêcher de laisser son regard se promener sur les lèvres pulpeuses de la jeune fille. Il avait beau se dire qu'elle était trop jeune et trop innocente pour comprendre l'effet qu'elle avait sur lui, le comportement de Rose semblait indiquer tout le contraire et cela le déstabilisait.

« Alors de quoi as-tu envie ? », demanda Rose dont l'intensité du regard aurait ravi n'importe quel homme, mortel ou immortel. Un rictus sadique se dessina sur le visage d'Alec, « de bien plus qu'un baiser », répondit-il. Les yeux de Rose se firent plus grands et il pouvait y lire toute la confusion.

« Tu n'as pas envie de m'embrasser mais tu veux plus », murmura-t-elle tout en reculant d'un pas à la grande satisfaction d'Alec. « Si je disais oui ? » dit-elle avec défiance. Le garde éclata de rire et répondit à la jeune fille qui commençait à se sentir profondément vexée par la réaction du garçon, « mais tu ne le feras pas par ailleurs, n'est pas ce que tu penses, je veux bien autre chose qu'une simple partie de jambes en l'air », Rose s'éloigna un peu plus d'Alec avant de se retrouver à quelques centimètres de son bureau et de s'asseoir sur une élégante chaise en bois ciselé.

« Dis-moi, de quoi as-tu envie ? » demanda-t-elle avec curiosité sans le lâcher du regard.

« Ton sang », en entendant les paroles prononcées par Alec, la peur s'empara de la jeune femme et le terrible garde pouvait entendre le cœur de l'adolescente s'emballer. « Tu veux me tuer ? » la voix de la jeune fille tremblait et elle avait perdu toute assurance.

Alec s'approcha d'elle et une fois à sa hauteur il laissa une de ses longues mains reposer sur le dossier de l'élégante chaise de bureau. « Non, juste quelques gouttes, comme une friandise », murmura-t-il à son oreille.

Rose leva les sourcils avec méfiance, « tu aurais assez de contrôle pour ne pas me tuer ? » demanda-t-elle tout se concentrant sur le bureau devant elle.

« Bien sûre, je suis Alec Volturi, pas un vulgaire nomade », répondit-il avec son arrogance usuelle avant de s'éloigner à nouveau en tournant le dos à la jeune fille. Le garde s'approcha de la fenêtre, posa ses deux mains sur la rambarde et regarda au loin. Il devait admettre que la vue depuis les appartements de Rose était à couper le souffle et la campagne Toscane qui se découpait devant lui semblait figée dans le temps. Tandis que l'esprit du redoutable garde se perdait dans des souvenirs lointains, quelque chose le rappela rapidement à la réalité.

Les yeux d'Alec devinrent aussi noirs qu'une nuit sans lune. Le jeune homme tourna la tête dans un geste brutal et observa Rose qui était toujours assise à son bureau, son avant-bras, sur lequel coulait un mince filet de sang, tendu vers lui comme une offrande. De son autre main, elle tenait un coupe-papier d'argent que lui avait offert Marcus. Alec laissa échapper un râle de frustration.

« Pour te remercier d'avoir été là », susurra-t-elle d'une voix qu'elle croyait sûrement teintée de sensualité mais qui transpirait la peur et l'incertitude.

Le regard d'Alec ne se détachait plus de l'avant-bras de la jeune-fille, « qu'as-tu fait », siffla-t-il avec colère.

«Je viens de te le dire, c'est un cadeau », répondit-elle tout en tentant de garder sa contenance.

Alec devait admettre qu'elle avait du courage ou que sa rencontre avec le nomade avait causé des dommages insoupçonnés. La tentation était grande mais si il perdait le contrôle, même une demi-seconde, sa vie serait terminée. La sienne et celle de Rose bien que ce dernier point lui importait peu.

Mais cette pensée, le Volturi qui était connu pour son arrogance et son excès de confiance en lui, la balaya d'un revers de la main. Il s'approcha de Rose qui se tenait droite, fière comme une adolescente de 15 ans qui pense avoir réussi sa première tentative de séduction, le bras tendu vers ce vampire qu'elle convoitait depuis longtemps. Alec ne l'avait jamais trouvé aussi pathétique et aussi sublime. C'était une étrange combinaison, mais Rose était comme cela, elle semblait naturellement accorder les opposés.

Alec s'agenouilla et saisit le bras de ses mains froides. Il pouvait sentir la vie couler dans ses veines au rythme de son pouls. Lentement, il lécha le sang qui dessinait un trait net sur sa peau chaude et pure. Puis, Alec s'attarda sur la coupure nette faite par la lame d'argent, il ferma les yeux et, comme si il l'embrassait, il aspira le sang lentement, sensuellement. Rose ferma les yeux au contact froid des lèvres d'Alec sur sa peau fine, incapable de comprendre ce qu'elle ressentait. Était-ce du désir, de la luxure, de la douleur ou de la peur ? Elle se laissa enivrer par cet instant, occultant la morbidité de la situation.

Lorsqu'Alec leva la tête, Rose ouvrit les yeux et les deux jeunes gens se fixèrent avec envie. Alec jeta un regard à la plaie.

« Tu devrais nettoyer ton bras », la voix du Volturi était plus grave que d'habitude, son visage aussi. Il luttait et menait une bataille intérieure pour ne pas vider entièrement la jeune fille de son précieux élixir de vie.

Rose acquiesça et se leva maladroitement, comme intoxiquée. Elle marcha vers la salle de bain avant de s'y enfermée.

Le cruel Alec Volturi l'observa attentivement pourtant son esprit était ailleurs, il repensait au cœur de Rose battant sous sa poitrine, envoyant le précieux liquide dans tout son être. Il était un vampire et son immortalité s'était scellée dans le sang, tout son être était lié au sang et sa relation avec Rose se ferait par le sang, il en était convaincu.

J'espère que ce chapitre ne vous semblera pas prématuré, peut-être l'est-il mais après tout, on ne parle pas ici de sentiment. Je suis navrée si l'aspect « sanguinaire » de ce chapitre choc mais c'est en repensant à la relation entre Bella et Edward que l'idée de ce chapitre m'est venue. C'est le sang de Bella qui a attiré Edward et je me suis dit que le sang était un lien primaire et indéfectible entre un humain et un vampire.