Mieux vaut tard que jamais !
Voici donc le chapitre 12 qui fut particulièrement difficile à écrire parce que reprendre une histoire après plusieurs semaines d'absence n'est pas un exercice aisé mais bon. Un grand grand merci à Hilda D. pour ses encouragements !
Bonne lecture à tous
« Je ne pourrais jamais l'aimer comme je t'aime toi », ces mots, lâchés presqu'à contrecœur à l'attention de cette moitié qui le dominait souvent, Alec ne cessait de se les répéter en boucle. Il aimait Jane, cela ne faisait aucun doute mais la manière dont il percevait Rose était bien différente. Jane avait toujours été là, elle était le lien silencieux et inflexible avec son passé et de fait avec qui il était. Ils s'étaient construits mutuellement, dessinant respectivement les contours des monstres qu'ils étaient peu à peu devenus. Sa transformation, sa renaissance, c'était au travers des yeux noirs de sa jumelle qu'elle s'était effectuée, c'était à ses côtés qu'il avait apprivoisé ce nouveau corps et façonné son esprit.
Rose. Que ressentait-il pour la mortelle ? De l'amour ? Cette simple pensée lui extorqua un sourire tant elle était ridicule. Oh, Alec était capable d'aimer mais l'objet de son affection n'était jamais dépourvu d'intérêt, il ne pouvait aimer que ce qui lui était utile, que ce qui le servait hors l'amour dans sa définition la plus pure, desservait. En quoi la jeune fille lui était-elle indispensable ? En rien. Pourtant, son esprit et son corps semblaient toujours revenir vers elle. L'impitoyable garde savait que les jeux de la séduction ne duraient qu'un temps, ils étaient comme le Carnaval de Venise, éphémères, et quand les masques tombaient, que les maîtres d'un soir redevenaient les serviteurs d'une vie, alors seulement pouvait commencer le véritable amour, celui qui nous expose et nous fragilise, nous rend invincible un jour et terriblement fébrile le lendemain.
Le regard d'Alec se perdit au loin, à l'endroit même où son alter ego avait disparu dans l'obscurité des couloirs du château. Jane avait raison, Rose était devenue sa faiblesse hors un soldat en guerre ne pouvait jamais tolérer la moindre vulnérabilité pourtant, il ne pouvait se résoudre à la laisser échapper. L'idée que son corps fin et fragile, sa peau chaude et douce puisse être possédés par un autre le rendait ivre de jalousie et de rage. Alec ferma les yeux et serra les poings. Des siècles d'une cruauté aveugle et d'une indifférence jouissive et méprisante à l'égard de toute vie et de toute mort et il en était désormais réduit à osciller entre son désir et son affection pour une mortelle et sa volonté de dominer et d'écraser. Rose était devenue sa faiblesse et son addiction et il semblait incapable de lutter malgré son envie de le faire. Dilemme.
Rose regardait la ville de Volterra s'agiter sous ses pieds, elle observait avec curiosité ses semblables vaquer à leurs occupations. Comme elle, ils étaient humains, mortels, ce qui impliquait que leur durée de vie était limitée et qu'il n'avait que quelques années pour vivre. Vivre, contrairement aux immortels, les humains vivaient, ils étaient parfois cruels, parfois trop sentimentaux, leurs émotions étaient trop vives, leur impatience trop grande mais ils savaient aimer et espérer. Les vampires en étaient-ils capables ?
La jeune fille savait qu'Alec venait d'entrer dans sa chambre, elle n'avait entendu aucun bruit mais au fil des mois, elle avait appris à sentir sa présence. Une main froide se posa au bas de son dos et elle sentit les lèvres glacées de son amant déposer un baiser délicat sur son épaule. Le contact froid des lèvres d'Alec fit frissonner Rose qui laissa un sourire se dessiner sur son visage
Alec suivit le regard de la jeune fille et il fronça les sourcils en découvrant l'objet de sa fascination.
« A quoi penses-tu ? », demanda-t-il doucement.
« Une fois changée, je vais être différente », ce n'était pas une question, simplement un état de fait mais le redoutable vampire pouvait percevoir une point de déception et de tristesse dans la voix de la mortelle.
« Pour le meilleur », murmura-t-il.
« Ou pour le pire », répondit-elle avant de poursuivre, « je vais perdre mon humanité ».
Le garde posa sa main sur la hanche de la jeune fille l'obligeant ainsi à pivoter sur elle-même afin de lui faire face.
« Pour le meilleur sans doute », la voix d'Alex semblait incapable de sortir la délicate fleur de ses pensées et le regard de Rose trahissait son inquiétude et son incertitude.
« Qu'est-ce que cela t'a apporté ? », Demanda Rose tout en plongeant son regard azuréen dans les yeux menaçants de son amant.
Le garde soupira d'agacement, « tu as envie de vieillir ? Tu as envie de te dire à chaque fois que tu fais le mauvais choix, que ce sera le dernier ? Les humains passent leur temps à courir, à angoisser et tous se réveillent en se disant qu'ils sont passés à côté de leur vie mais sans jamais être capable de définir ce qu'ils veulent », Rose se dégagea brusquement de l'emprise d'Alec tout en le dévisageant froidement.
« Ils ont le choix d'être heureux », lâcha-t-elle avec amertume.
« Le bonheur est une chimère, Rose, un concept créée par les mortels pour les obliger à garder espoir », la froideur d'Alec et son visage impassible contrastaient brutalement avec le tourbillon d'émotions qui semblaient obscurcir le regard habituellement si clair de Rose.
« L'espoir d'aimer et d'être aimé », murmura-t-elle d'une voix tremblante tout en réalisant que le garçon en face d'elle ne savait peut-être même pas de quoi elle parlait. Les larmes commençaient à emplir les yeux de Rose et avant de couleur le long de ses joues en y laissant un sillon humide.
« Que sais-tu de l'amour ? », Alec ne supportait pas de la voir ainsi, de la voir pleurer et de la voir douter mais ses propos fleurs bleues et terriblement naïfs le mettaient hors de lui.
La question du garde sembla dérouter Rose, après tout, que savait-elle de l'amour ? Elle qui avait grandis au beau milieu de vampires, elle qui doutait d'avoir un jour été réellement aimée. Elle avait lu l'amour, elle l'avait rêvé mais elle ne l'avait peut-être pas expérimenté. Aimait-elle réellement Alec ?
« Est-ce que tu m'aimes ? », le visage du garde se referma en entendant la question de Rose. Il aurait été facile de désamorcer le conflit et de lui mentir mais il ne pouvait se résoudre à cette option. Un silence vaut parfois mille mots et celui d'Alec était éloquent.
« Sors d'ici », siffla la jeune fille à voix basse.
Sans demander son reste, le garde se dirigea vers la porte mais s'arrêta une fois devant cette dernière. « Et toi, est-ce que tu m'aimes ? ».
« Je l'ai cru mais aujourd'hui je n'en suis plus certaine », l'honnêteté de Rose avait toujours été désarmante pour Alec, lui qui était coutumier des fourberies et des non-dits.
« Tu te berces dans tes illusions, Rose, tu te nourris de récits écris par des fous, la vie n'est pas un rêve, l'éternité nous prive de beaucoup de choses, y compris la souffrance, beaucoup des humains que tu observes tueraient pour cela, ils tueraient pour ne plus souffrir », Alec claqua la porte derrière lui, laissant Rose seule avec ses doutes.
Alec descendit rapidement les marches de l'escalier et une fois au pied de la tour pentagonale, il s'arrêta et leva les yeux en direction des appartements de Rose. Il se maudissait autant qu'il la maudissait sans compter qu'Eleazar serait bientôt à Volterra et qu'il était très loin d'avoir fait ce qu'Aro attendait de lui. Le garde poussa un grognement de frustration en ignorant parfaitement les regards surpris et mal à l'aise d'Isaac et Agnar qui craignaient particulièrement le haut-gradé. Alec s'engouffra dans la cour intérieure avant de pénétrer dans la partie principale de l'imposante bâtisse.
Le garde savait qu'il devait trouver rapidement un moyen de faire entendre raison à Rose mais il avait le sentiment que toute communication avec sa précieuse mortelle était vouée à se transformer en crise de larmes, du moins pour la belle.
Alec prit la direction de la salle des gardes, il fallait qu'il parle à Heidi au plus vite, en espérant que cette dernière n'était pas partie chasser. La salle qui avait été initialement conçue comme une armurerie se trouvait au rez-de-chaussée de la bâtisse. C'était une grande salle rectangulaire encadrée de hauts murs de pierres nues et uniquement éclairée à la lueur de fines fentes qui avaient été creusées à la construction du château.
La salle était vide à l'exception de Felix qui était assis sur une des chaises qui composaient le mobilier spartiate de la pièce.
L'imposant garde à la mine patibulaire leva les yeux vers celui qui osait ainsi troubler sa solitude.
« On peut savoir ce qui me vaut ta présence ? », demanda Felix sans cérémonie.
« Tu es seul ? », en entendant la réponse d'Alec, Felix leva un sourcil moqueur en désignant la salle de son index.
« Tu vois quelqu'un d'autre ? », questionna Felix.
Alec laissa échapper un grognement agacé, « je ne suis pas d'humeur, Felix, où est Heidi ? ».
Felix croisa les bras devant sa poitrine et ses lèvres se déformèrent en un rictus amusé, « y aurait-il de l'eau dans le gaz entre toi et la précieuse petite Rose ? ». Le mépris avec lequel l'imposant garde prononça le prénom de la fragile mortelle finit de convaincre Alec de la médiocrité de son interlocuteur.
Alec inclina légèrement la tête sur le côté, son visage était froid et impassible et c'était dans ces moments-là qu'il était le plus dangereux. L'air arrogant qu'avait Felix quelques instants auparavant se teinta d'inquiétude. Il savait, il connaissait suffisamment bien Alec pour savoir quand la limite avait été franchie et c'était visiblement le cas.
« Tu devrais trouver Heidi avec Demetri, je les ai vu partir dans sa chambre », le jumeau maléfique fixa encore un court instant son interlocuteur, savourant l'effet qu'il avait sur ce dernier avant de tourner les talons.
Alec détestait Demetri et il lui fallait d'excellentes raisons, la première étant de ne pas décevoir Aro, pour venir le déranger alors qu'il était avec sa maitresse. L'idée de voir le visage arrogant du traqueur suffisait à l'agacer et une fois devant la porte de son rival, Alec prit une profonde inspiration avant de frapper. Son odorat aiguisé suffisait à lui indiquer qu'Heidi se trouvait effectivement dans la chambre du traqueur et à ce moment précis il maudissait particulièrement Aro et ses stratagèmes parfois incongrus.
La porte s'ouvrit laissant apparaître Demetri dans toute sa splendeur, le visage d'Alec se crispa en voyant que le traqueur, torse-nu, semblait à la fois agacé et amusé de le voir.
« Alec, je suis occupé alors à moins que la moitié du clan Cullen ne soit devant les portes du palais, je te conseille de dégager », lâcha froidement Demetri.
Alec s'éclaircit la voix avant de parler, « puis-je m'entretenir avec Heidi ? », malgré la politesse apparente, l'envie de paralyser son interlocuteur était bien présente.
« J'espère que c'est une plaisanterie ? », il était évident que le traqueur savourait cet instant car il savait qu'Alec n'avait sûrement pas le choix que de se tenir devant lui et il imaginait à quel point ce devait être humiliant.
« Crois-moi, j'ai bien mieux à faire de mon temps libre et mon sens de l'humour est bien plus raffiné », lâcha froidement Alec tout en regardant par-dessus l'épaule de Demetri.
Féline, Heidi vint s'appuyer contre le dos de son amant tout en posant délicatement son menton sur l'épaule de Demetri. « Que puis-je faire pour toi, Alec ? », ronronna-t-elle.
Le fait qu'Heidi était pratiquement nue ne semblait aucunement affecter Alec en revanche, il était évident que les regards d'une insupportable arrogance que lui lançaient Demetri étaient à deux doigts de lui faire perdre toute patience.
« J'ai besoin que tu parles à Rose », en entendant le prénom de la jeune fille, le visage du traqueur se referma brutalement.
« Tu viens nous déranger pour qu'Heidi règle tes peines de cœur ?», siffla Demetri.
En observant la réaction de son rival, Alec ne put s'empêcher de froncer les sourcils. Quelque chose chez Rose avait le don d'irriter Demetri au plus haut point. Heidi posa une main délicate sur le bras de son traqueur afin d'apaiser les tensions.
« Et de quoi dois-je lui parler ? », la sculpturale immortelle parlait avec prudence, comme pour ménager les réactions de son amant.
« D'Eleazar, Aro veut être certain que lorsque Rose rencontrera l'espagnol, elle le haïra de tout son être », la réponse d'Alec sembla surprendre Heidi mais elle savait que si les ordres venaient d'Aro elle n'avait guère le choix.
« Et on peut savoir pourquoi tu ne le fais pas ? C'est toi qui passes beaucoup de temps avec elle à essayer en vain de lui faire écarter les cuisses », Alec ignora la remarque de Demetri, conscient qu'il n'avait pas le temps pour un combat de coq même si il se jurait de se venger du traqueur dès qu'il en aurait l'occasion, et ce moment finirait par arriver, c'était l'avantage d'être immortel.
« Le temps presse Heidi et j'ai peur qu'Aro soit à bout de patience », Heidi soupira et se redressa.
« Bien, je vais aller la trouver », la jeune femme déposa un baiser lascif sur l'épaule du traqueur avant de repartir dans la chambre laissant Alec et Demetri seuls.
Après quelques secondes, Demetri rompit enfin le silence, « pourquoi est-ce qu'Aro veut absolument que Rose rencontre ce traitre d'espagnol ? », demanda soudainement Demetri avec curiosité et un soupçon d'inquiétude, ce qui n'échappa guère à Alec.
« Tu devrais apprendre à ne pas questionner les demandes de notre Maître », lâcha froidement Alec en tournant les talons.
