Bonjours à tous,

Voici donc un court, mais nécessaire chapitre avant l'arrivée de ce bon vieux Eleazar.

Je tiens à remercier tout particulièrement Hilda.D et Saya Sedai pour leur review.

Je vous souhaite une excellente lecture !

Demetri regarda Heidi se précipiter hors de sa chambre quelques minutes seulement après le départ Alec. Jusqu'ici, il avait principalement ressenti de l'agacement concernant la visite d'Eleazar mais plus l'arrivée de l'espagnol se faisait imminente plus il s'inquiétait du dénouement et des réelles motivations qui poussaient le traitre à venir fouler de nouveau les terres des Volturi.

Le garde s'allongea sur son lit, le regard perdu dans le vide, essayant au mieux de ne pas se laisser submerger par la frustration de voir ainsi s'envoler les promesses de délicieuses heures en compagnie de la plus belle des immortelles. Que craignait à ce point Aro ? Rose était-elle susceptible de suivre Eleazar ? Demetri en doutait fortement. Elle était trop faible, trop naïve, trop dépendante d'Alec et des pathétiques numéros de charme de ce dernier. En repensant à ce couple improbable, le traqueur poussa un grognement de frustration. Et plus la relation entre le vampire et la mortelle semblait progresser, plus cela l'affectait et plus cela l'affectait, plus il en venait à les détester.

Pendant ce temps, au sommet de la tour du château, Alec attendait patiemment l'arrivée d'Heidi, nonchalamment adossé au mur faisant face à la porte des appartements de la jeune Rose.

Lorsque la sculpturale jeune femme arriva enfin, Alec leva un sourcil tout en la fixant pour marquer son agacement.

« Trop longue, comme à ton habitude », lâcha-t-il froidement.

Heidi afficha un sourire arrogant avant de remettre Alec à sa place, « si tu avais été plus efficace, je n'aurais même pas besoin d'être là ». Le visage du garde sembla s'obscurcir un court instant avant de redevenir froid et impassible. Même si elle n'avait rien laissé paraître devant Demetri, Heidi avait trouvé particulièrement pénible de voir ses projets intimes ainsi contrariés en raison des maladresses d'un vampire pourtant plusieurs fois centenaires.

« Aro a été catégorique, il veut impérativement qu'elle haïsse Eleazar avant de le rencontrer », comme à son habitude le terrifiant garde parlait avec froideur et calme mais la chasseuse pouvait sentir l'urgence et l'incertitude transpirer des paroles pourtant banales du garçon. Elle ne demanda pas qu'elle était la crainte d'Aro, ce n'était pas sa place de juger ou d'interpréter les paroles de ses Maîtres.

« Elle ignore qu'il a massacré sa famille ? », la question d'Heidi était légitime pourtant elle trouvait étonnant qu'Alec n'ait rien révélé. Après tout cela aurait été simple, qui pourrait aimer celui qui avait assassiné ses parents par pur égoïsme ?

Le regard d'Alec se plongea dans celui d'Heidi et pour la première fois, elle y vit du désarroi, « je n'ai pas eu le courage », murmura-t-il simplement. La jeune femme acquiesça avant de frapper à la porte de Rose et d'attendre l'autorisation de cette dernière pour entrer.

« Entrez », la voix tremblante de Rose indiquait clairement que la jeune fille était en train de pleurer.

En entrant dans la pièce, Heidi trouve son élève adossée contre sa tête de lit, les genoux repliés contre sa poitrine, le visage gonflé et les yeux rougis. Pour la redoutable séductrice, cette vision n'avait rien d'attendrissant. Pleurer pour Alec était au mieux idiot, au pire complètement pathétique d'autant qu'elle avait d'autres sujets à discuter avec l'adolescente que les manquements évidents du garde en matière de diplomatie et de gentillesse, qu'elle soit feinte ou non.

« J'imagine qu'Alec a encore fait montre d'une totale indélicatesse ? », Rose essuya ses yeux d'un geste disgracieux tout en secouant vivement la tête.

« Rose, quelle est la première chose que je t'ai dite ? », soupira l'élégante jeune femme tout en s'asseyant gracieusement sur le rebord du lit avant de répondre à sa propre question, « l'amour est une guerre et nous devons apprendre à nous protéger des hommes que nous côtoyons ».

« Pourquoi ? Pourquoi ne peut-on jamais être soi-même ?», hoqueta la jeune fille tout en essayant en vain de cesse de pleurer.

« On peut être soi-même mais tu dois apprendre à te renforcer et à accepter que parfois nous n'aimons que l'image que nous nous faisons de l'autre. Il faut accepter de perdre et surtout il faut apprendre de ses revers, sortir grandit de chaque épreuve », Rose fronça le nez tout en écoutant les parole d'Heidi.

«Je pensais aimer Alec, j'ai même couché avec lui et aujourd'hui je réalise que ce n'est probablement pas réciproque », Heidi leva les sourcils et inclina la tête sur le côté en affichant une mine perplexe. « Tu as couché avec Alec ? », articula lentement la sculpturale rousse.

Rose acquiesça lentement, visiblement gênée par la question.

Heidi ne put s'empêcher de rire, « je comprends que ce soit important pour toi mais tu en es au début de ta vie et tu apprendras un jour que tout ça n'a rien de si sacré, tu es encore une enfant, ça viendra avec le temps ».

« Pour moi c'est important, je croyais que c'était le bon ! », s'exclama Rose à la manière d'une enfant.

« Le bon ? Mais le bon pour quoi exactement ? Alec a été un initiateur et ce n'est pas parce que vous êtes en désaccord aujourd'hui que votre histoire est terminée ! Tu es vouée à être immortelle, ce qui se passe aujourd'hui, demain ou dans un siècle n'a que peu d'importance et rien n'est irréversible, c'est le luxe de notre condition », les grands yeux bleus de Rose scrutèrent le visage parfait d'Heidi comme si elle le découvrait pour la première fois.

« On croirait entendre Alec », murmura-t-elle, « il m'a dit exactement la même chose, de cesser de me rattacher à ce que j'avais d'humain, à une condition qui n'était pas la mienne » reprit-elle d'une voix confuse.

« Que sais-tu de ta venue chez les Volturi hormis le fait que c'est un dénommé Eleazar qui t'a apporté chez nous ? », Heidi avait vu la parfaite fenêtre pour parler de l'espagnol et elle s'y était engouffrée.

« Rien, rien de plus », répondit la jeune fille qui trouvait pour le moins étrange le fait que tout le monde insistait lourdement sur cet Eleazar dont elle ignorait tout.

« Tu vas le rencontrer, Eleazar sera bientôt à Volterra et Aro te permettra de lui parler mais je crois qu'il est important que tu en saches un peu plus sur lui », le visage de la jolie Rose se referma brusquement et Heidi peinait à savoir quelles émotions la traversaient à ce moment précis.

« Eleazar était un garde, il n'est pas resté longtemps à notre service », reprit la magnifique immortelle sans lâcher Rose des yeux.

« Pourquoi ? » demanda l'adolescente qui semblait avoir mis ses peines de cœur de côté un court instant.

« Disons qu'il a vu ses intérêts ailleurs et c'est pour cela qu'il t'a amené auprès d'Aro », la voix d'Heidi était parfaitement neutre. Elle côtoyait suffisamment les humains pour savoir que les révélations qu'elle s'apprêtait à faire risquait de briser quelque chose chez Rose et ce, à jamais.

« Je ne comprends pas, pourquoi m'amener ici ? », la voix de la jolie blonde était nouée et ses yeux trahissaient un mélange de curiosité et d'inquiétude.

Heidi prit un moment avant de répondre mais s'il fallait qu'elle déteste Eleazar de tout son être, il était inutile de prendre des gants.

« Il t'a utilisée comme monnaie d'échange », le choc fut violent et parfaitement visible sur le visage de Rose, « le pouvoir d'Eleazar est justement de détecter les aptitudes particulières des vampires et des humains, il t'a échangé contre sa liberté, il savait que tu étais spéciale ».

Les yeux de Rose se remplirent de larmes, son visage était blême et Heidi pouvait aisément entendre le rythme de son cœur s'emballer et sa respiration se faire difficile. La jeune mortelle se leva, comme prise de panique, et se mit à faire les cent pas.

« Je-je ne comprends pas, pourquoi moi et, comment… », Rose ne finit pas sa phrase mais s'arrêta brusquement d'arpenter la pièce pour faire face à Heidi, l'air terrifiée, « comment m'a-t-il trouvé ? ».

La puissante immortelle se demanda un instant comment agir, devait-elle consoler la jeune fille? Devait-elle faire éclater la vérité de la manière la plus brutale qui soit ? Rose était déjà bouleversée et Heidi avait une mission, il fallait qu'elle maudisse l'espagnol, qu'elle le haïsse de tout son être.

« Il t'avait repéré, où, je ne le sais pas, ce que je sais en revanche, c'est qu'il a massacré ta famille », Heidi scrutait scrupuleusement les réactions de l'adolescente. Rose semblait interdite, elle ne bougeait plus, sa respiration était roque.

« Donc si mes parents sont morts, c'est à cause de moi ? », la réalisation était violente et cruelle pour Rose, mais nécessaire aux yeux d'Heidi.

« Non, c'est de la faute d'Eleazar et de son désir de liberté, il n'a eu aucun scrupule, Aro t'a recueilli comme sa fille et désormais tu es un membre de la famille », la tirade d'Heidi fut coupée nette par Rose, « mais j'avais déjà une famille ! J'en avais une et il les a massacré pour gagner sa liberté et Aro n'a rien dit ?! ».

Secrètement, Rose avait toujours espéré qu'elle était orpheline et qu'elle avait été adoptée charitablement par les Volturi. Elle se rendait compte aujourd'hui que rien ne pouvait être plus éloigné de la vérité.

« Tu aurais préféré qu'Aro te tue ? », demanda calmement Heidi.

L'adolescente fixa la chasseuse d'un regard empli de haine, « s'eut été préférable ».

« Je comprends ta colère mais elle est dirigée vers les mauvaises personnes, tu auras tout le loisir de t'exprimer quand Eleazar sera là, je te suggère d'y réfléchir, on ne change pas le passé, en revanche, tu peux choisir de quoi sera fait ton futur », lança Heidi à Rose tout en se levant et en se dirigeant vers la porte.

« Il semblerait que l'on décide de tout pour moi, y compris de mon avenir », siffla Rose.

Lorsqu'Heidi referma la porte derrière elle, elle poussa un soupir long et profond. Les sanglots et la détresse de la jeune fille étaient parfaitement audibles et elle ne pouvait s'empêcher de culpabiliser.

« C'est ce que tu voulais ? », demanda Heidi à l'attention d'Alec qui n'avait pas bougé.

« C'était nécessaire », fut la réponse froide et sans émotions du haut gradé.

Le garde ne jeta même pas un regard en direction de la jeune femme, il ajusta son manteau et dévala les marches.

Lentement, à vitesse humaine, Heidi s'engouffra dans les escaliers avant de trouver face à elle, un étage plus bas, une Sulpicia au regard triste et désemparé.

« Elle sait désormais ? », la voix habituellement mélodieuse de l'épouse d'Aro ressemblait à un murmure d'une infinie tristesse et Heidi comprit qu'elle avait devant elle une mère impuissante face à la détresse de son enfant.

« Oui, il lui faudra du temps », répondit Heidi tout un inclinant la tête respectueusement devant sa reine.

« J'ai redouté cet instant depuis qu'elle est arrivée mais elle devait savoir, n'est-ce pas ? », le regard laiteux de l'auguste vampire se tourna vers Heidi. Sulpicia n'attendait pas de réponse, elle savait qu'Heidi ne faisait qu'obéir aux ordres, comme chacun ici.

« C'est un choc pour elle mais elle en ressortira grandie », Heidi parlait sans grande conviction, elle savait que le chemin serait long avant que cette épreuve ne la fortifie et qu'il lui faudrait surmonter sa colère d'abord.

« Eleazar mourra, peut-être pas aujourd'hui ni demain mais il mourra », la chasseresse se tourna vers sa reine puis son regard se posa sur Corin qui se tenait derrière l'épouse d'Aro. Les deux gardes échangèrent un regard. Il était rare d'entendre Sulpicia exprimer autant de haine et les deux jeunes femmes savaient que même si elle devait le faire elle-même, leur reine arracherait la tête d'Eleazar et mettrait le feu au corps du traitre.

Aux portes de Volterra, un homme vêtu d'un long par-dessus beige se dirigeait vers l'imposant château qui trônait au centre de la ville. Il marchait lentement, le visage baissé, prenant garde de bien rester du côté ombragé des routes pavées qu'il remontait. Volterra, l'homme connaissait bien la cité médiévale, et pour cause, il avait jadis veillé sur elle et sur ses habitants.