Une fois seuls, les deux vampires se firent face dans un silence de plomb.
« Il te la fallait aussi ? Demanda Alec avec une honnêteté déconcertante.
-Oui, répondit froidement le traqueur.
Alec ferma les yeux un long moment avant de reprendre, « je croyais que tu la haïssais ».
-Moi aussi, murmura Demetri d'une voix à peine audible.
Aujourd'hui, le redoutable traqueur avait pu entrevoir le potentiel de Rose. Non pas son pouvoir mais quelque chose d'autre, quelque chose qui allait au-delà d'une faculté particulière. La petite fille gâtée, fleur bleue et naïve qu'il abhorrait jadis était morte, laissant place à une jeune femme forte et passionnée.
Alec dévisagea son condisciple avec mépris, « et tu espères sincèrement qu'Aro te permettra d'approcher et de jouer avec Rose comme tu le fais avec Heidi ? », lâcha froidement le redoutable Volturi tout en étant parfaitement conscient que sa remarque était purement hypocrite étant donné qu'il avait reçu la mission de la séduire d'Aro en personne. Mais Demetri était différent, séducteur et conquérant dans l'âme, il était insoumis et résistait difficilement à ses pulsions contrairement à lui.
Le visage de Demetri se ferma, brutalement rappelé à la réalité par Alec.
Il s'était rendu ici à la recherche de Rose sous le coup d'une énième pulsion. Après la confrontation entre la jeune mortelle et le traitre, il avait ressenti le besoin impérieux de la voir. Pourquoi ? il était incapable de le dire.
Demetri se redressa et s'avança vers Alec. « Ne t'avise jamais plus de questionner mes actes, surtout en ce qui concerne mes choix en matière de femmes », glissa-t-il froidement à ce dernier une fois à sa hauteur.
Alec n'ajouta rien, il se contenta de regarder l'arrogant garde s'éloigner. Il s'avait que l'éternité était longue, surtout au sein des Volturi et tôt ou tard, il aurait l'occasion de se venger du traqueur et surtout de retrouver l'affection de Rose. Alec aimait à se dire que c'était à fierté mais au fond de lui, il savait qu'il se leurrait et que le fait d'avoir perdu la jeune femme l'affectait bien plus que cela n'aurait dû.
Je suis désolée mon enfant.
Les paroles de Sulpicia semblaient désuètes en comparaison de toute la haine et la colère que Rose ressentait. Tout le monde était coupable. Les uns pour leur lâcheté et les autres par intérêt. Pourtant, la plus coupable de tous, c'était elle et ce en raison de sa faiblesse et de sa naïveté mais les choses étaient différentes désormais.
Aujourd'hui, elle savait, elle connaissait l'importance du mensonge et de la manipulation au sein de cette société isolée et macabre dans laquelle elle vivait. Cependant, elle avait découvert aujourd'hui une émotion qui surpassait toutes les autres : le pouvoir. La faiblesse et la vulnérabilité qu'elle avait vu dans les yeux de l'ibérique, la soumission dont il avait fait preuve en implorant son pardon à genoux avaient provoqué chez elle une profonde exaltation. Oui, le pouvoir était grisant et il lui tardait d'en acquérir d'avantage pour se venger d'Eleazar et asseoir sa position au sein des Volturi. Elle ne serait plus jamais faible, plus jamais victime des manipulations d'autrui.
Une fois dans sa chambre, Rose détacha son chignon et laissa sa longue chevelure tomber lourdement sur ses épaules recouvrant ses bras à hauteur des coudes. D'un geste d'une immense lassitude, elle frotta son front humide du revers de sa main. Elle avait chaud, elle était épuisée et son corps tout entier semblait accuser le coup de ces derniers jours.
Rose se rendit dans sa salle de bain afin de se passer le visage à l'eau froide. Elle ferma les yeux et savoura la sensation de fraicheur salvatrice et éphémère.
La jeune fille prit une profonde inspiration avant de se confronter à son reflet dans le miroir.
Pour la première fois de sa vie, elle eut le sentiment que le ce reflet n'était pas le sien. Elle ne se reconnaissait plus dans ce visage angélique encadré par une longue chevelure digne d'un conte de Grimm.
Demetri avait raison, elle avait changé. Rose avait tué l'adolescente fragile et naïve pour laisser la place à une jeune femme plus forte et plus dure. Elle n'avait pas eu son mot à dire, elle n'avait pas eu le choix quant à son avenir mais si son destin était de devenir une Volturi, alors elle serait la meilleure de tous. Elle pourrait ainsi venger ses parents et prouver à son monde qu'ils n'étaient pas morts pour rien. Elle ne serait pas un échec.
La jeune femme saisit une paire de ciseau qui se trouvait dans le meuble adjacent au lavabo. De sa main libre, elle attrapa ses cheveux en une seule et épaisse mèche qu'elle coupa un peu au-dessus des épaules. Des centaines de fils d'or jonchèrent le sol de marbre de la salle de bain et un sourire satisfait vint embellir son visage. Elle avait amorcé son changement, elle devait tuer l'ancienne Rose au plus vite. La jeune femme regarda de nouveau son reflet et pondéra l'ensemble des possibilités qui s'offraient à elle car ce corps humain et fragile devenait opressant et n'était plus en adéquation avec ses desseins. Jamais auparavant elle n'avait ressenti le besoin iminent d'embrasser son imortalité.
La nuit allait bientôt tomber sur Volterra et les cris des victimes du festin avaient enfin cessé.
Rose ferma les yeux et hâta le pas, c'était son seul créneau, elle n'en aurait aucun autre, le Festin était le seul moment durant lequel elle pouvait bénéficier d'un peu de liberté.
La sculpturale blonde n'avait jamais été aussi sûre d'elle. Elle devait en avoir le cœur net, il était impératif qu'elle sache si Eleazar avait raison, si son « don » était aussi grand qu'il avait à lui seul justifié le massacre de toute sa famille au nom de la liberté du plus égoïste des immortels.
Rose entra dans l'une des antichambres qui se trouvaient à proximité de la Salle du Trône. Elle savait qu'elle n'avait que quelques minutes pour agir.
Au fond de la pièce, fièrement mise en valeur par plusieurs spots lumineux, une vitrine servait à exposer plusieurs poignards que Caïus avait acheté au quatre coins du monde.
Rose s'en approcha d'un pas décidé et saisit fermement le plus petit et plus tranchant d'entre eux. Il s'agissait d'un petit poignard dont le manche de nacre soigneusement orné de pierreries qui avait jadis appartenu à un prince Byzantin.
La main de la jeune femme était moite et tremblante malgré sa détermination. Il était trop tard pour faire demi-tour, trop tard pour redevenir l'ancienne Rose, la faible, l'humaine. Elle appuya la lame du poignard sur son poignet et la fit glisser d'un geste vif sur ce dernier, sabrant la peau fine et de délicate de la gracile mortelle.
Un liquide rouge et chaud s'écoula le long de son avant-bras. La douleur était brutale, saisissante et enivrante à la fois. Rose lâcha le poignard qui tomba au sol dans un bruit sourd.
La porte s'ouvrit laissant entrevoir la silhouette d'un vampire qu'elle connaissait bien, Demetri. Sa vision se troubla et Rose perdit l'équilibre, rattrapée in extremis par le garde qui hurla le nom de son souverain. Rose ferma les yeux et la dernière chose qu'elle vit fut le visage du traqueur.
Bonjours à tous, je tiens à m'excuser pour l'attente… Mais j'étais vraiment en manque d'inspiration. Ce chapitre particulièrement court me permet de prendre un virage nécessaire surtout vis-à-vis de Rose que je trouvais bien trop mièvre.
Je tiens vraiment à remercier toutes les personnes qui ont pris le temps de poster une review, en particulier MADmoiselle Acide qui m'a motivée pour continuer.
