« La mort n'est pas douloureuse, c'est la renaissance qui l'est ».

Rose se souvenait parfaitement de ces mots prononcé par Sulpicia lorsqu'elle était une enfant et qu'elle lui avait demandé ce que cela faisait de mourir. Elle n'avait pas bien compris à l'époque la signification de renaissance. Aujourd'hui, elle savait. Elle savait combien la douleur était vive, brûlante, combien son corps torturé l'avait laissé sans répits des jours durant. Et un beau jour, la douleur avait disparu,son enveloppe corporelle avait cessé de se consumer et Rose avait arrêté de pleurer, de crier et de supplier quiconque de l'achever et de mettre un terme à ses souffrances.

Lorsque la jeune femme avait enfin ouvert les yeux, elle s'était senti renaître. Sa chambre n'avait pas changé et pourtant elle lui semblait différente, les couleurs, les odeurs, tout prenait une autre dimension mais le plus incroyables, c'était le flux continue et intense d'informations que son cerveau ne parvenait pas encore à analyser. Elle pouvait entendre le brouhaha de la rue comme si elle s'y trouvait. Rose ferma yeux souhaitant comme pour éteindre ses sens dont les capacités s'étaient vues décuplées.

« Tu vas t'y faire », elle reconnu sans peine la voix de son père adoptif qui venait de passer la porte.

Rose ouvrit les yeux et se redressa afin de se mettre en position assise, le dos appuyé contre la tête de son lit.

« Je ne suis pas morte », murmura-t-elle en détaillant son poignet.

« Non, mais il s'en est fallu de peu, si Demetri ne t'avait pas trouvé... », Aro s'arrêta de parler, le regard dans le vide. Nul doute qu'il était en train de revivre la scène. Rose se souvenait parfaitement de l'expression sur le visage du traqueur lorsqu'il l'avait trouvé. Ce qui s'était passé ensuite, elle l'ignorait.

« C'est lui qui m'a changé ? », demanda candidement la jeune fille.

Aro observa le visage de sa fille et posa sa main sur sa joue, « je ne l'aurais pas permis ».

Cette réponse semblait une évidence dans la bouche d'Aro même si au fond d'elle, Rose avait espéré que ce soit le garde et non son père qui l'avait transformé.

Une douleur vive secoua la jeune fille et elle posa instinctivement sa main sur son ventre.

« Tu as faim ? » Demanda Aro un brin amusé.

Son estomac la brulait et son esprit semblait se brouiller. Tout son être réclamait de la nourriture, du sang. La perspective la dégoûtait autant qu'elle l'attirait. C'était une évidence, quelque chose de factuel pour elle. Les vampires se nourrissaient de sang. Elle savait qu'une fois transformée, le sang deviendrait sa source d'alimentation principale.

Aro inclina sa tête en direction de la porte et ses lèvres, dans un mouvement quasi-imperceptible prononcèrent le nom de Felix. Le garde à la stature imposante pénétra dans la pièce en poussant devant lui une femme d'une quarantaine d'année visiblement terrifiée. Prise d'une pulsion incontrôlable et sentant un instinct féroce et bestial s'emparer d'elle, Rose bondit de son lit et plaqua l'humaine au sol avant de s'attaquer à son cou et de boire son sang. Le liquide chaud et savoureux parvint à peine à calmer sa faim. Rose leva les yeux vers son père et elle pouvait voir la fierté et l'excitation d'un créateur contemplant sa création prendre vie. Ou mort.

Rose essuya sa bouche du revers de sa main droite. Son estomac la torturait et il lui semblait impossible de satisfaire sa soif. Elle se souvenait des récits qu'elle avait entendu au sujet des nouveau-nés et de la difficulté qu'ils avaient à se contrôler. Seulement, c'est une chose d'écouter les récits et cela en est une autre de le vivre. Rose avait le sentiment de n'être plus qu'un animal, une esclave au service de sa faim ou de sa soif.

« Je vais placer des gardes devant ta porte, je ne veux pas prendre le risque d'avoir un nouveau-né dans la nature », lâcha Aro en marchant lentement en direction de la porte.

Felix resta un instant à l'observer silencieusement. Il semblait que pour la première fois, le géant avait perdu sa langue.

« Et concernant mon pouvoir ? », Demanda Rose qui au milieu de tout cela se souvenait pourquoi elle était réellement là.

Aro posa sa main sur la poignée de la porte et, même dos à elle, elle pouvait clairement voir un sourire de satisfaction se dessiner sur son visage glacial.

« Il sera à la hauteur de nos espérances », Rose acquiesça, à moitié rassurée.

Felix suivit son Maître hors de la chambre de la jeune vampire et elle pu l'entendre clairement donner ses instructions à deux gardes devant sa porte.

Ce n'est que lorsqu'elle se retrouva seule que Rose remarqua que sa fenêtre avait été complètement fermée par d'énormes barreaux de fer. Ce n'était absolument pas suffisant pour la retenir si elle désirait sortir car elle savait, d'après ce qu'elle avait eu le loisir d'observer durant son enfance au sein des Volturi, que la force d'un nouveau-né était colossale mais cela suffirait sûrement à gagner du temps.

Rose laissa échapper un rire amer, elle était un animal en cage, un animal capable de tuer pour quelques gouttes de sang. En pensant au liquide grenat, la jeune captive se recroquevilla en boule sur son lit tout en sachant qu'elle ne trouverait jamais plus le sommeil.

Dans le bâtiment principal, Demetri faisait les cent pas dans la salle des gardes. Il voulait la voir, il voulait s'assurer qu'elle allait bien. Aro lui avait ordonné de rester loin d'elle jusqu'à nouvel ordre et cela le tuait. Il était furieux contre le Maître des Volturi qu'il tenait personnellement pour responsable de ce qui était arrivé. Il ne cessait de revivre la scène de son « suicide » et même s'il connaissait très bien la raison pour laquelle ils en étaient arrivé là, le traqueur ne comprenait pas comment Aro avait pu pousser Rose autant à bout sans se rendre compte que cela risquait de déraper. Beaucoup de gens ne survivent pas à la transformation et les premiers mois d'un nouveau-né sont éprouvants et difficiles.

La porte de la salle des gardes s'ouvrit sans délicatesse et Felix y entra d'un pas lourd, à l'image de son être.

« Je pense qu'elle risque d'éveiller bien des jalousies », lâcha le colosse en s'affalant sur une chaise.

Demetri le fixa en levant un sourcil interrogateur, « c'est-à-dire ? ».

« Je ne sais pas ce qu'il en est de ses pouvoirs mais en tout cas, si on a besoin d'un autre appât, elle fera parfaitement l'affaire ».

Le traqueur leva les yeux au ciel en entendant la remarque de son ami.

« Aro semble très satisfait du résultat en tout cas », Demetri serra le poing en entendant cette dernière remarque. Le résultat. C'était ce qu'elle était et avait toujours été un produit qu'il avait fallu protéger et choyer avant de la transformer et de l'utiliser.

« Comment peut-il être si sûre que les pouvoirs de Rose seront à la hauteur de ses attentes ? », s'enquit le garde d'un ton froid et méprisant.

« Aro sait des choses que nous, pauvres immortels, ignorons », lâcha Felix hilare.

Aussi agaçante que fusse la remarque de Felix, les siècles passés au sein des Volturi avaient prouvé maintes fois à Demetri que le Maître Fondateur du clan le plus puissant des immortels avait toujours une longueur d'avance sur ses rivales. Aro semblait doté d'une forme d'omniscience et il y'avait fort à parier qu'il savait exactement quelle pièce de l'échiquier allait jouer Rose.