Disclaimer : Rien ne m'appartient.


Chapitre 2 : La routine d'une porteuse

Quelques heures auparavant...

Arya était assise dos à un arbre, s'amusant à jeter des petits morceaux de viande à son nouveau compagnon. Celui-ci guettait le moment opportun pour sauter et attraper le précieux butin au vol. L'elfe riait en nourrissant le petit dragon, elle pourrait vite s'y habituer ! Quand il eut fini de manger, il s'approcha de la nouvelle dragonnière en ronronnant, puis grimpa de lui-même dans ses bras pour chercher un peu de réconfort. Arya sourit en le serrant fort contre elle, c'était le début d'une nouvelle vie pour elle.

La vision changea...

« Es-tu Jolmur ? » demanda une Arya passablement ennuyée. Cela faisait un bon moment qu'elle était assise avec son dragon, à lui proposer des noms qui pourrait lui convenir. Ce dernier secoua la tête à l'entente du nom, comme à tous les précédents. L'elfe grogna en le voyant se moquer ouvertement d'elle :

« Tu trouves ça drôle ? Si tu veux finir comme les dragons des parjures, c'est ton problème, mais rappelle-toi qu'ils ne sont pas plus intelligents que des moutons ! » La jeune elfe jeta un rapide coup d'œil à l'ouvrage sur les dragonniers qu'elle avait emprunté à la bibliothèque d'Ellesmera, et repéra un nouveau nom de dragon, « Je te préviens, c'est mon dernier essai de la journée. Es-tu Fírnen ? »

Au moment où le nom passa ses lèvres, Arya su qu'il était différent des autres suggérés auparavant. Son dragon dut le sentir lui aussi, car une voix grave se fit entendre dans la tête de l'elfe :

« Oui »

La vision changea de nouveau...

« ... et aujourd'hui, nous n'avons plus rien à vous apprendre. Aujourd'hui, Arya et Fírnen, vous devenez des membres à part entière de la confrérie des dragonniers. »

Arya eut du mal à se retenir de pleurer pendant que son dragon rugissait en envoyant des flammes émeraude dans les airs. Elle s'inclina profondément devant ses maîtres, et sauta sur le dos de Fírnen pour que dragon et dragonnière puisse laisser éclater leur joie dans le ciel...

-oo0oo-

« Arya ! » résonna fortement une voix dans sa tête.

La jeune elfe se réveilla doucement, des images des deux dernières années dansant encore devant ses yeux. Elle se redressa sur sa selle en battant des paupières, puis observa les alentours. La nuit était tombée sur l'Alagaësia, déformant le paysage. Pendant qu'elle s'étirait, la voix continua :

« Désolé de t'avoir sorti de tes rêves, mais on approche de Tarnag, et j'aimerais mieux que tu sois debout quand les nains se rendront compte qu'un dragon approche de leur cité. »

Maintenant complètement lucide, Arya comprit que c'était son dragon, Fírnen, qui lui parlait. Avec sa vision d'elfe, elle put en effet distinguer au loin l'éclat caractéristique des lanternes naines. La jeune femme passa machinalement sa main sur le sac en cuir accroché à la selle de son dragon, vérifiant que son contenu était toujours à sa place, puis répondit d'un air amusé : « Bonne idée, je ne pense pas qu'ils apprécieraient la même surprise que la dernière fois, surtout en pleine nuit ! »

Lors de leur premier passage à la cité, Fírnen avait en effet atterri au beau milieu de la place principale de Tarnag, effrayant bon nombre de nain qui, n'ayant pas vu de dragon depuis la chute, s'étaient tout de suite montrés hostiles. Il avait fallu toute la force de conviction d'Arya –et une bonne quantité de magie- pour éviter que Fírnen ne fasse un festin. Ledit dragon ricana à se souvenir, faisant tressauter Arya sur la selle.

Refermant les yeux, la dragonnière se concentra, puis projeta son esprit vers Tarnag. Rapidement, elle atteignit le grand portail de la ville. Se déplacer en tant qu'esprit ne procurait pas une grande précision dans les mouvements, mais Arya réussit quand même à atteindre sa cible, à savoir le temple nain Celbedeil. Les nains à l'intérieur du lieu sacré commencèrent à paniquer lorsqu'ils sentirent la présence de l'esprit de l'elfe. Pour couper court à toute tentative de contre-attaque mentale de leur part, Arya annonça en ancien langage :

« Eka ai fricai un Shur'tugal ! » (Je suis un dragonnier et un ami !)

Les nains se calmèrent mais n'abaissèrent pas leurs défenses tout de suite, les dragonniers n'inspirant jamais la confiance parmi cette race. Arya continua, toujours en ancien langage :

« Je suis Arya, porteuse de l'œuf et dragonnière de Fírnen. Mon dragon et moi approchons en ce moment même de Tarnag. Nous souhaiterions seulement nous arrêter prendre quelques vivres avant de repartir pour Farthen Dur. »

Enfin certain de ne pas être sous la menace d'une attaque, les nains laissèrent tomber leurs barrières. Un flot d'émotion inonda alors l'esprit d'Arya, de la curiosité au mépris, en passant par l'envie. Les nains du Durgrimst Quan s'interrogeaient sur la marche à suivre jusqu'à ce que Ganel, leurs Grimsborith, prenne la parole :

« Salutation Arya, fille d'Islanzadì. Sois la bienvenue à Tarnag, tu peux te poser dans la grande cour près du temple. »

Arya eut un sourire en coin quand Ganel omit intentionnellement de mentionner Fírnen, la rancœur entre nain et dragon était vraiment immortelle semblait-il. Evaluant la distance qu'il restait à parcourir, Arya répondit au prêtre : « Très bien, maître Ganel, nous arrivons sous peu. ». Elle rompit ensuite le contact et revint dans son corps. La ville naine approchait à vue d'œil, et Arya pouvait déjà distinguer l'agitation que leur arrivée à Fírnen et à elle était en train de provoquer. Les nains se regroupaient en petits groupes devant Celbedeil, certains enlevant les objets de valeurs de la cour pendant que d'autres préparaient ce qui semblait être de petit sac de provisions. Fírnen survola rapidement les enclos de Feldunost situés à l'extérieur de la cité, provoquant des bêlements outragés de la part des chèvres naines, puis passa au-dessus des murs protégeant la ville.

Arya admira l'architecture de la cité un instant et dut reconnaitre que les nains avaient un talent pour la construction, bien qu'elle ne l'avouerait jamais devant l'un d'eux. La structure de la ville était ingénieuse, en forme d'escalier débutant de chaque côté de la rivière autour de laquelle la cité fut construite, l'Az Ragni. Les terrasses les plus basses servaient la plupart du temps de plantations diverses directement irrigués par le cours d'eau, tandis que les habitations occupaient la partie supérieure de la ville. Le temple Celbedeil surplombait la ville en hauteur et était un véritable chef-d'œuvre architectural avec sa coupole or et blanche, pouvant rivaliser avec d'autres merveilles de l'Alagaësia. Fírnen contourna le dôme, puis se posa au milieu d'un attroupement de nains, qui frémirent sous le souffle de ses ailes.

Arya descendit souplement de son dragon et regarda la foule qui se pressait pour les voir, puis observa ce qu'on avait apporté à son égard. Devant elle se trouvait un paquetage, regroupant un mélange de nourriture, fruit et légume pour elle et viande pour Fírnen, ainsi qu'un stock de lanternes magiques destinées à éclairer le voyage jusqu'à Farthen Dur.

« Si tu souhaites te reposer avant de repartir, nous avons ici des appartements qui peuvent être préparés par Ûndin d'ici peu. Ce sera un honneur pour nous de t'avoir pour hôte. »

Relevant la tête, Arya vit que Ganel s'était avancé vers elle, habillé avec la toge caractéristique du clan des prêtres. La dragonnière se concerta un instant avec son dragon, mais ils ne souhaitaient pas s'attarder dans Tarnag plus longtemps que nécessaire, aussi répondit elle :

« Merci pour votre hospitalité, mais notre présence est requise à Tronjheim rapidement. Nous allons partir tout de suite, nous ne faisions halte que pour récupérer de quoi tenir jusqu'à Tronjheim. »

Arya n'en eut conscience que maintenant, mais l'ensemble des nains présent avaient dû retenir leurs souffles en entendant la proposition de Ganel. Cependant ils se relaxèrent visiblement à sa réponse, ce qui amusa grandement la jeune elfe et son dragon, qui comprirent que leur présence n'était pas exactement désirée. Fírnen ricana dans sa tête : « On aurait dû accepter rien que pour voir la tête que les autres nains auraient fait en me voyant le lendemain ». La réplique arracha un sourire à Arya, qu'elle cacha derrière un toussotement.

Ganel, ignorant de la conversation silencieuse de ses hôtes, désigna alors deux gardes qui escorteraient dragon et dragonnière jusqu'au tunnel menant à Farthen Dur. La foule commença à se disperser et le chef du Durgrimst Quan salua une dernière fois Arya avant de retourner vers Celbedeil.

Les deux gardes désignés pour les accompagner s'agitaient nerveusement en regardant Fírnen, chuchotant entre eux en langage nain. D'un mouvement de la main, Arya leur demanda de montrer la voie. Ils s'exécutèrent avec un hochement de tête, partant en direction de la grande rue de la ville, Arya sur leurs talons et Fírnen au-dessus d'eux. Le petit groupe traversa rapidement Tarnag pour arriver à l'arrière de la ville, devant l'entrée d'un grand tunnel. Les nains grommelèrent ce qui ressemblait vaguement à des salutations, puis retournèrent vers la ville.

Arya jeta un dernier coup d'œil à la ville naine avant de s'engouffrer avec son dragon dans la gueule sombre des Beors.

-oo0oo-

« Enfin ! » s'exclama Arya, à voix haute, en soupirant de soulagement, « On va enfin sortir de ce tunnel de malheur ! »

En effet, devant elle se dressait le grand portail de pierre menant à Tronjheim. Après de longues heures de marche dans l'obscurité, leur long voyage touchait à sa fin.

Après avoir quitté Tarnag, Arya et Fírnen marchèrent pendant des heures, avec pour seul éclairage quelques lanternes naines. A l'intérieur du tunnel, la notion du temps se perdait, et Arya devenait très vite irritable. Elle n'avait pas eu une vraie nuit de sommeil depuis qu'elle était partie d'Ellesmera des semaines plus tôt, et avait besoin de dormir convenablement. Fírnen avait bien essayé d'engager la conversation à plusieurs reprises, mais avait vite abandonné devant l'humeur de son elfe. Tous ce qui importait Arya à l'heure actuelle, c'était faire son rapport à Ajihad et récupérer ses appartements dans la ville-montagne.

Une fois devant la porte de pierre, Arya déclina de nouveau son identité comme elle l'avait fait à Tarnag et patienta, Firnen à ses côtés. De longues minutes passèrent pendant lesquelles rien ne bougea, mais au moment où Arya commençait à s'impatienter, les portes en pierre s'ouvrirent lentement. Les yeux sensibles de l'elfe mirent du temps à s'habituer à la luminosité qui pénétra dans le tunnel pendant l'ouverture, et elle mit sa main devant son visage pour s'en protéger légèrement. A l'intérieur de Farthen Dur se trouvait un petit comité qui venait vraisemblablement les accueillir.

Arya et Fírnen observèrent rapidement la foule. Au milieu se trouvait un homme se solide stature, à la peau noire, qui imposait le respect. L'elfe eu un sourire à la vue d'Ajihad, chef des Vardens, à côté duquel se trouvait une jeune femme lui ressemblant. « Nasuada, sa fille. » pensa Arya en la détaillant. Relevant la tête, elle identifia Jörmundur, le second d'Ajihad, qui l'observa d'un air suspicieux, ce qui fit rire son dragon. Le dernier membre du groupe surprit Arya, il s'agissait en effet d'une femme de petite taille, avec des cheveux bouclés. La dragonnière reconnu l'herboriste Angela, qui avait l'étrange tendance d'apparaître au moment où on l'attendait le moins. Arquant un sourcil à sa vue, Arya se tourna vers Ajihad, qui avait porté deux doigts à ses lèvres et les saluait à la manière elfique, Fírnen et elle. L'elfe lui répondit et il s'adressa ensuite à elle de manière moins formelle :

« Arya, Fírnen, c'est bon de vous revoir parmi les Vardens. » dit-il avec un sourire, « Avez-vous fait bon voyage ? »

« Disons que le voyage s'est passé sans incidents, » avoua l'elfe, puis elle ajouta d'un air malicieux « bien que la seule compagnie de Fírnen ne soit pas de tout repos. » Son dragon grogna d'un air indigné et lui mit un petit coup de langue à l'arrière de la tête. Arya sourit à son attitude puis continua pour Ajihad et les autres :

« A-t-on besoin de nous tout de suite ? Car il faudrait que je vide la selle de Fírnen et m'installe dans mes appartements. »

Le chef des Vardens jeta un coup d'œil à Jörmundur, puis secoua la tête, négativement : « Rien ne presse actuellement, vas t'installer et viens ensuite me voir dans mon bureau. J'aimerais savoir ce qu'il en est de la situation des elfes. »

Arya approuva puis, après avoir demandé si ses appartements était toujours les mêmes, prit congé du groupe de Vardens. Elle se dirigea vers la ville-montagne avec Fírnen et, après être montée sur ce dernier, les deux s'envolèrent vers la maison des dragons. Ils contournèrent Isidar Mithrim, l'étoile de Saphir, et atterrirent dans la cavité juste au-dessus.

Son dragon se réceptionna en douceur sur le sol en marbre, et Arya sauta de son dos pour lui enlever la selle. Défaisant les lanières en cuir, elle libéra Fírnen qui grogna de contentement en étirant ses ailes et ses pattes avant. « Ouf ! Je commençais à croire que je n'en sortirais jamais ! », il tourna un de ses grand yeux émeraude vers l'elfe à ses côtés « Je te redescend dans le hall ou tu prends les escaliers ? »

Arya lui tapota l'épaule gentiment, « Je peux descendre seule, repose toi pendant que je vais faire un rapport à Ajihad, tu n'as pas beaucoup dormi depuis qu'on a dépassé Hedarth. »

« Vrai. Je te vois plus tard dans la journée. » Fírnen bailla longuement puis se roula en boule, sa tête disparaissant sous ses ailes.

Arya sourit en le voyant et se dirigea la sortie. Elle mit du temps à se rappeler de l'endroit exact où se situaient ses appartements, et déambula longtemps dans les couloirs de la cité, saluant les Vardens qu'elle croisait.

La nouvelle de son retour ainsi que de celui de Fírnen s'était répandue rapidement parmi les rebelles, et Arya s'attendait à être submergé de demande en tous genres. C'était ce qu'elle détestait le plus chez les humains, leur tendance énervante à croire qu'elle pouvait régler tous leurs problèmes. « Cette race est faible » pensa-t-elle en approchant de sa chambre. Elle préférait de loin être parmi les elfes que parmi les mortels. Malheureusement, en tant que porteuse de l'œuf, elle se devait de voyager entre les deux peuples pour trouver le nouveau dragonnier qui les aiderait à combattre Galbatorix.

Après un énième détour dans un couloir, elle trouva la porte qu'elle cherchait. Arya entra dans ses appartements, et soupira de soulagement. Après des jours de voyages, ça faisait du bien de se sentir chez soi !

-oo0oo-

Un peu plus tard, elle se retrouvait dans le bureau d'Ajihad, en compagnie de Jörmundur. Le chef des Vardens prit la parole après l'échange de civilité :

« Bien, Arya, si tu es de retour si tôt parmi les Vardens, c'est que l'œuf n'a éclos pour aucun elfe dans le Du Weldenvarden. Il faudrait le représenter rapidement à la population et espérer qu'il trouve quelqu'un rapidement. Nos agents dans l'empire nous informent qu'il y aurait des mouvements d'Urgals dans le Nord, et je soupçonne Galbatorix de ne pas y être étranger. » Arya renifla à la mention des Urgals, dégoûtée. Ajihad ne s'interrompit pas : « Si l'empire se décidait à attaquer maintenant, un nouveau dragonnier risquerait de ne pas avoir le temps d'être formé. »

Arya hocha la tête : « Islanzadì espère nous revoir Fírnen et moi dans quelque mois, nous auront le temps d'organiser plusieurs présentations d'ici là. »

« Bien. » Approuva Ajihad, il regarda un moment son second puis reporta son attention sur la dragonnière, « Nous nous sommes concertés avec le conseil des anciens, et nous pensons qu'il est temps de prendre des mesures contre l'empire. »

A ces mots, Arya fronça les sourcils, il ne pensait tout de même pas lancer une attaque directe contre Galbatorix ? Elle lui fit part de sa réflexion, mais le chef des Vardens secoua la tête.

« On ne pourra pas attaquer tant qu'il y aura autant de parjures en vie. Vous pourrez surement, avec Fírnen, en éliminer un ou deux, mais ils seront trop au final. L'objectif est de les piéger pour nous en débarrasser, et je pense que nous allons recontacter Brom. »

Arya approuva, Brom était un ancien dragonnier et avait grandement contribué à la chute de beaucoup de parjures, notamment Morzan. « Il est à Carvahall actuellement, non ? »

« En effet, mais j'enverrai Jeod le chercher pour que les deux rentrent au Surda pour s'organiser. » répondit Ajihad, enroulant sa barbe autour de son doigt.

Ils discutèrent encore un moment de choses plus ou moins importantes en rapport avec les Vardens, les elfes ou le Surda. Au moment où Arya allait se retirer pour la journée, un garde ouvrit la porte du bureau et un nain entra, l'air assez paniqué. Le garde, un solide humain armée d'une lance, prit la parole :

« Désolé de vous déranger chef, mais les sentinelles de la vallée ont capturé un fugitif de l'empire qui jure être poursuivi par un parjure. »

Cela surprit l'ensemble des personnes présentes, qui se tournèrent tous vers le nain. Ce dernier était nerveux à cause de l'intensité des regards qu'il recevait.

« Parle Kerm, que ce passe-t-il ? » Demanda Jörmundur, invitant le nain à s'exprimer.

Ledit Kerm grommela quelque chose d'incompréhensible, et Arya redouta qu'il ne sache pas parler le langage humain. Cependant, elle comprit qu'il adressait une prière à leurs dieux, car il s'exprima parfaitement ensuite :

« Par Helzvog, Ajihad, on vient d'attraper un humain qui donnait le mot de passe devant les chutes d'eau. Il nous jure qu'il est poursuivi par un des chiens de Galbatorix, on a vérifié le ciel mais on a pas vu de dragon à l'horizon. L'humain nous a dit qu'ils l'attendaient à l'entrée de la vallée. »

Arya échangea un regard avec Ajihad, puis reporta son attention sur le nain :

« Cela a du sens, l'empire ne connait pas cette entrée de Farthen Dur, un parjure aurait pu penser que la vallée est un cul-de-sac. »

Le chef des Vardens acquiesça : « Tu pourrais aller jeter un coup d'œil avec Fírnen ? Je sais que tu n'as aucune raison de répondre à mes ordres, mais vous êtes les seuls à pouvoir combattre un parjure, si parjure il y a. »

Arya contempla l'idée quelques secondes, avant d'appeler son dragon : « Fírnen ! On a besoin de nous pour patrouiller devant les cascades ! ». Le dragon vert semblait endormi avant qu'elle ne le dérange, car il ne laissa échapper qu'un grondement ensommeillé.

« Je sortirai par le dôme de Farthen dur si tu as besoin d'aide. » répondit-il.

Arya le reporta à Ajihad, et sortit du bureau pour se rendre à l'entrée des chutes d'eau.

-oo0oo-

Le bruit de fracas que provoquait les chutes résonnait dans la caverne de Farthen Dur. Arya repéra deux hommes identiques qui semblaient en difficulté avec le nouveau venu. Elle parvint à entendre un bout de la conversation :

« ...un dragonnier ! Là, juste dehors ! » criait un jeune homme aux cheveux noir qui lui tombait sur les épaule. Il portait des vêtements de bonne facture, ce qui laissait penser qu'il venait d'une famille riche de l'empire. A sa posture, tendue, Arya pouvait dire qu'elle était en présence d'un bon épéiste.

Un garde le maintenait en place pendant qu'il hurlait contre les jumeaux. La dragonnière détestait les deux magiciens, ils étaient cruels avec tous les Vardens et abusaient de leurs position de chef du Du Vrangr Gata, le groupe de magicien des rebelles. Elle devrait parler d'eux à Ajihad, un jour.

Un des jumeaux pointa un doigt vers le jeune homme :

« Ta parole n'a aucune valeur tant que tu ne nous auras pas laissé examiner ton esprit, donc tais-toi et abaisse tes barrière ! » Il ferma les yeux pour se concentrer, et son visage devint rouge sous l'effort manifeste qu'il devait faire pour rentrer dans l'esprit de lu jeune homme.

Arya vit rouge à ce moment-là :

« Laissez-le ! » cria-t-elle, s'avançant vers les jumeaux qui parurent surpris de sa présence, « Personne n'a le droit de pénétrer dans l'esprit d'un autre sans son consentement ! »

La pression sur l'esprit du jeune homme sembla diminuer car il releva la tête vers l'elfe, un air reconnaissant sur le visage. Arya l'ignora et continua de défier les jumeaux du regard.

« Tu n'as aucune autorité sur nous, elfe, tu ne fais techniquement pas parti des Vardens. Tu n'es ici que grâce à la bonté d'Ajihad, alors n'abuse pas de notre patience. » lui cracha hargneusement l'un des deux chauves.

Arya commençait à perdre le contrôle de ses nerfs, elle s'occuperait de ses deux-là plus tard car pour l'instant, elle devait aller vérifier l'entrée derrière la cascade. Elle se tourna vers le nouvel arrivant :

« Que se passe-t-il ? Quelle est cette histoire de dragonnier qui nous attendrait dehors ? » lui demanda-t-elle.

L'inconnu leva les yeux au ciel, visiblement agacé.

« Je me tue depuis tout à l'heure à leur dire » il désigna les jumeaux du menton, « qu'il y a un dragonnier du roi qui m'a suivi dans ma fuite. Il ne doit pas connaitre cet endroit, sinon il serait déjà là, mais si vous lui laissez un peu de temps, il le trouvera. »

Arya considéra le jeune homme un moment. Il devait dire la vérité, car l'inverse ne lui apporterait rien.

« J'espère pour toi que tu ne me fais pas perdre mon temps. Quand je reviendrais, tu devras répondre à des questions. Et vous, » ajouta-t-elle à l'intention des jumeaux, « ne vous faites plus remarquer, sinon j'irais le reporter à Ajihad directement. »

Sur ces mots, elle se dirigea vers l'entrée de la cascade.

-oo0oo-

Quelques minutes plus tard, Arya sortit la tête du lac Kostha-merna. Elle s'approcha ensuite de la rive et se jeta un sort qui la rendit presque invisible, mais qui conservait l'ombre. Elle alla rapidement se cacher dans un arbre de la forêt à proximité. Elle observa les alentours, l'ensemble lui paraissait plutôt calme. Elle descendit de l'arbre pour aller explorer un peu la forêt, se réceptionnant souplement sur ses jambes.

Un bruit de brindille la fit se retourner en panique, et elle se retrouva nez à nez avec un énorme loup gris. Fírnen la contacta, visiblement en alerte.

« Arya ! Il s'est passé quelque chose ? Tu as besoin de moi ? » dit-il rapidement.

La dragonnière jeta un coup d'œil au loup, qui passa près d'elle sans la voir. Elle se rappela du sort qu'elle avait lancé il y a peu de temps. Un peu rassurée, elle tenta de calmer son dragon :

« Ca va Fírnen, il n'y a pas de danger » affirma-t-elle. Puis, sentant le scepticisme du dragon vert, elle ajouta sans modestie : « De toutes façon, il n'y a pas grand-chose qui peut m'effrayer en Alagaësia, je suis une dragonnière. »

Visiblement calmé, Fírnen ricana : « Evidemment, une grande guerrière telle que toi ne craint rien... »

Arya sourit, et leur joute verbale continua un moment pendant qu'elle parcourait la forêt à la recherche d'un ennemi potentiel. L'elfe se décida à retourner à Farthen Dur car le soleil commençait à décliner à l'horizon. Sur le chemin du retour, elle remarqua une clairière qu'elle n'avait pas aperçu à l'aller. S'avançant doucement, elle se figea quand elle vit une silhouette penchée sur les restes d'un feu de camp. Fírnen sentit son trouble, mais ne dit rien pour éviter de la déconcentrer. Arya s'approcha sans faire de bruit, l'individu lui tournant le dos. Il portait une armure aux armoiries de l'empire qui ne semblait pas le gêner dans ses mouvements, si elle jugeait bien à cette distance. Il ne portait cependant pas de casque et Arya pouvait distinguer des cheveux châtains qui recouvrait presque, et elle en fut ébahit, des oreilles pointues. Des oreilles typiquement elfiques.

« Ou presque, elle sont plus arrondis que les miennes »pensa la dragonnière.

Cela ne faisait plus aucun doute pour elle, l'individu devant elle était soit un elfe aux traits plus grossiers que la moyenne, soit un dragonnier humain. Dans les deux cas, le fait qu'il porte une armure de l'empire ne présageait rien de bon.

Arya se décida à agir pendant que son ennemi touchait les cendres du bout de ses doigts. Elle contourna l'arbre qui la cachait le plus silencieusement possible, et se rapprocha du centre de la clairière. En avançant, elle retira son épée de son fourreau sans faire de bruit et, quand elle fut arrivée juste derrière le serviteur de l'empire, lui appuya le tranchant contre la nuque. Celui-ci se tendit visiblement, et Arya lui parla de la voix la plus assurée possible :

« Ne bouge pas, si tu tiens à la vie. »

L'inconnu, qui s'était relevé, ne bougea pas d'un poil, pendant qu'Arya le contournait pour avoir une meilleure vue. Une fois face à lui, elle l'observa de haut en bas. Il faisait à peu près la même taille que l'elfe, à ceci près qu'il était plus large et plus costaud, sans paraître excessivement musclé. Arya regarda ensuite son visage. Il avait des yeux marrons clair, un nez fin et plus généralement des traits plus beaux que tous les humains qu'elle avait rencontré jusqu'à présent, mais ce n'était définitivement pas un elfe. Ayant fini son inspection, elle pointa son épée vers l'emblème de l'empire sur le devant de son armure :

« Qui es-tu ? Et que cherches-tu ? » lui demanda-t-elle, le fixant dans les yeux.

Quelque chose à propos de lui paraissait familier à la dragonnière, mais elle n'arrivait pas à le replacer.

Malgré sa position plus que précaire, l'inconnu ne semblait pas vraiment effrayé. C'était même plutôt le contraire.

« Et bien, une elfe en dehors de sa forêt. Qu'est ce qui s'est passé ? Tu t'es perdue ? » lui lança l'inconnu, l'ombre d'un sourire sur son visage.

Arya sentait déjà la colère monter en elle. Comment pouvait-il se moquer d'elle alors qu'il était sous la menace d'une épée. La situation était vraiment ridicule.

Respirant un bon coup, elle s'avança vers l'inconnu et passa la pointe de son arme sur sa joue, laissant une trainée sanglante sur son visage.

« C'est moi qui pose les questions ici, et tu ferais mieux d'y répondre car ma patience est limitée envers les sous-fifres de Galbatorix. » Arya essaya de rendre sa voix la plus glaciale possible, sans laisser transparaitre ses sentiments. On lui avait toujours reproché son mauvais caractère, mais elle ne devait pas perdre son sang-froid maintenant.

L'inconnu essuya le sang sur sa joue et murmura quelque chose en ancien langage. Instantanément, la coupure se referma. Arya n'en devint que plus suspicieuse, il était trop calme pour que cela soit normal. Elle eut d'un coup conscience que Fírnen était sorti de Farthen Dur et volait au-dessus d'elle, caché par les nuages. La dragonnière eut alors une idée.

« Fírnen, si tu pouvais atterrir à côté de moi, ce serait parfait. Je pense qu'il sera plus bavard avec un lézard géant pouvant le carboniser instantanément en face de lui. » pensa-t-elle à l'adresse du dragon vert.

Celui-ci sembla amusé par la façon dont elle l'avait appelé, mais consentit à descendre sous la couche nuageuse. Plongeant en piqué, il ne déploya ses ailes qu'à la dernière seconde, et se posa souplement aux cotés de sa compagne d'esprit, lâchant un petit jet de flamme pour la forme.

Arya eut un sourire en coin en regardant l'inconnu, il avait en effet l'air d'avoir peur maintenant, mais ne paraissait que peu surpris par l'apparition soudaine du dragon émeraude.

La dragonnière décida, après avoir pesé le pour et le contre, de l'emmener dans Tronjheim pour pouvoir l'interroger. De toute façon, il sera exécuté après que les Vardens lui auront soutiré des informations sur l'empire.

Arya fit signe à l'inconnu de se tourner, qui obéit tout de suite à la surprise de l'elfe. Elle lui attrapa le bras, et commença à l'entraîner vers les chutes d'eau du Kostha-Merna. Mais au moment où elle sortit de la clairière, une grande secousse la jeta à terre, et l'inconnu avec. Derrière eux Fírnen rugit et sembla se débattre furieusement, mais Arya reprit d'abord le contrôle de son épée et de l'inconnu avant de se retourner. Se relevant, elle lui cala l'épée dans le bas du dos, et entreprit de découvrir ce qui les avait renversé.

La vision lui fit se dresser les cheveux sur sa nuque.

Son dragon était maintenu au sol par une gigantesque créature bleue, sans possibilités de s'échapper. L'elfe avala difficilement sa salive, Fírnen était en danger de mort, et près à être tuer par quelqu'un de son espèce.

Arya se décida à réfléchir, et analysa la situation. Le grand dragon bleu avait bloqué les ailes de Fírnen au sol, et maintenait la nuque du dragon vert entre ses crocs. Autant dire qu'une pression de la part du monstre, et le dragon ne serait plus. Cependant, il ne semblait pas vouloir tuer Fírnen tout de suite, et Arya en compris la raison quand une voix claire retentit dans sa tête :

« Relâche mon dragonnier, elfe, et ton misérable compagnon survivra peut-être. »

Cette intervention surprit grandement Arya. La voix n'étant ni celle de Fírnen, ni celle de l'inconnu, son interlocuteur était forcément le dragon bleu, où plutôt la dragonne bleue, car la voix était définitivement celle d'une femelle. Arya avait souvent entendu dire qu'à cause du bannissement des noms, les dragons des parjures n'étaient pas plus intelligents que des bêtes, car incapable de se désigner. La faculté de la dragonne à parler était donc plus que troublante.

L'elfe se décida à agir, car elle était aussi en position de négocier :

« Si tu touches à une seule de ses écailles, dragonne, je transperce ton humain. » dit-elle avec toute la hargne qu'elle put rassembler. Pour accentuer ses dires, elle amena la lame de son épée au niveau du coup du dragonnier, car c'était bien un dragonnier, la preuve étant en train de dominer Fírnen.

La dragonne bleue lâcha un petit nuage de fumée par ses narines.

« Dans ce cas-là, on est dans une impasse, elfe, car je pourrais faire la même menace. » Sur ces mots, tous restèrent silencieux, sans bouger.

Arya réfléchissait rapidement, cherchant une échappatoire. Cependant, dans sa réflexion, elle ne pouvait s'empêcher de penser que le dragonnier et maintenant sa dragonne lui paraissaient étrangement familiers. Ce fut l'air énervant sur le visage de l'humain, comme si il était sûr qu'elle n'allait pas le tuer, qui fit remonter un souvenir lointain dans la mémoire d'Arya.

Un grand dragon bleu stoppa la course de son destrier, la forçant à sauter à terre. Agrippant le sac contenant les œufs volés, Arya regarda un dragonnier, qu'elle avait d'abord pris pour un elfe, descendre souplement de sa selle. Se plantant devant elle, il ne bougea pas avant un moment. Quelques minutes plus tard, l'elfe repartait sauve et avec les deux œufs de dragon avec elle.

La stupeur qui suivit la révélation faillit faire lâcher à Arya la prise sur son otage. Se ressaisissant, elle l'observa avec un regard nouveau, c'était pour ça qu'il semblait certain de s'en sortir vivant, elle avait une dette envers lui. Et en cela, il avait raison, cependant cette dette ne valait pas la vie de Fírnen.

« Tu ne sers pas volontairement le roi, n'est-ce pas ? » demanda-t-elle à son prisonnier.

Ce dernier répondit d'une voix triste, « Je vois que tu as enfin compris qui on est... ». Ce fut ce qui décida Arya à agir.

Plaçant sa main libre sur son cœur, paume vers l'extérieur, elle prononça en ancien langage :

« Si tu libère mon dragon, je ne tuerais pas ton dragonnier. » puis elle ajouta, « Vel eïnradhin iet ai Shur'tugal. » (Sur ma parole de dragonnier)

Arya ne pouvait pas mentir en disant cela, et la dragonne bleue le savait. Mais elle ne lâcha pas Fírnen pour autant

« Si ce n'est pas toi, quelqu'un d'autre le fera, et je ne peux pas laisser cela arriver. » dit-elle doucement, sans agressivité. Arya en eu presque pitié d'elle.

Se souvenant que Fírnen lui avait dit que le dernier œuf de dragon contenait un mâle, l'elfe eu soudainement conscience qu'elle était en présence de la dernière dragonne d'Alagaësia, ou du moins la seule douée d'une intelligence normale pour un dragon. Elle constituait donc une richesse inestimable car la race des dragons était en voie d'extinction. Arya se devait de la garder en vie, ce qui incluait de garder le dragonnier sauf, et surtout de ne pas la renvoyer à Galbatorix.

Cherchant désespérément une issue à la situation, Arya demanda au dragonnier :

« Etes-vous enchainés au roi par des serments, ta dragonne et toi ? Ne pouvez-vous pas en sortir ? » tenta Arya, se disant que leurs présences du côté des Vardens pouvait changer le cours de la guerre. Elle savait cependant que des serments trop puissants étaient insurmontables.

Le dragonnier tourna légèrement la tête vers elle, une lueur d'espoir semblant briller dans ses yeux, mais Arya n'en était pas sûre.

« J'ai juré fidélité au roi quand j'étais plus jeune, Saphira est libre quant à elle. » annonça-t-il en ancien langage, d'une voix sans émotions.

Arya se dit, après avoir pensé que Saphira était un beau nom, que la situation n'était peut-être pas perdue. Mais d'abord elle devait ramener le dragonnier à Farthen Dur pour pouvoir réfléchir. Elle devra surement l'enfermer pour qu'il ne se montre pas dangereux. Mais s'il n'était pas blessé, la dragonne avait de bonne chance de rester tranquille, n'étant pas fidèle à Galbatorix.

« Je veux t'emmener chez le Vardens, et je vous jure que personne n'aura d'autorité sur toi, à l'exception de moi. Si tu respectes ces conditions, tu resteras en vie, vous êtes trop précieux pour être exécuter. »

Le dragonnier et la dragonne bleue, Saphira, ne bougèrent plus pendant plusieurs minutes. Arya était tendue, car s'ils n'acceptaient pas, elle n'avait pas de plan de secours. Elle sortit cependant de ses réflexions quand il y eu du mouvement devant elle. Elle soupira de soulagement quand Fírnen sortit de sous la dragonne, secouant son cou sans doutes engourdi d'être resté longtemps dans la même position sans bouger. Arya jeta un coup d'œil à la dragonne, qui l'observait de ses immenses yeux bleues, et désigna de la tête les cascades. Faisant avancer le dragonnier avec la pointe de son épée, elle dirigea le petit groupe vers l'entrée de Farthen Dur. Avec amusement, elle pensa que personne ne s'attendait à la voir revenir avec un dragon et un dragonnier.


Me revoilà !

Tout d'abord je tiens à remercier Roussette ma première revieweuse, et pas la dernière j'espère (autrement dit envoyez moi des com' !)

Bref, comme vous l'avez vu, on passe dans la tête d'Arya, et ça m'a posé pas mal de problèmes. Je ne vais pas vous mentir, je n'aime pas trop ce chapitre, après c'est mon avis et j'espère que vous l'apprécierez plus que moi.

Comme d'habitude j'attends vos retours avec impatience, donc dites moi dans les com' (ou review) ce que vous pensez de ce chapitre où même de la fic en général. Oubliez pas que la fonction "message privé" existe, donc si vous avez des questions ou d'autres choses à me dire, envoyez un MP.

Pour l'info, je suis toujours en période d'examens, donc le prochain chapitre n'arrivera pas avant au moins 3 semaines je pense. Ça peut paraître long, mais je ne suis pas une machine et la fac passe avant.

Je pense avoir tout dis donc on va en rester là ! ( ah non attendez, Fav and Follow n'oubliez pas !)

Bisous, et à la prochaine.

Alex