Disclaimer : Rien ne m'appartient


Chapitre 3 : Détention

« Il n'y plus qu'à attendre... »

L'elfe dragonnière avait amené Eragon dans une pièce sans fenêtre, avec pour seule indication qu'elle reviendrait bientôt. Le jeune homme fit rapidement le tour de son appartement provisoire, qui ne comptait qu'une couche sur le sol et un petit bureau. Sans grande conviction, il se dirigea vers la porte et essaya de l'ouvrir, sans succès. Résistant à l'envie furieuse de faire exploser l'endroit, Eragon s'assit dos au mur et mit sa tête dans ses mains.

La mission ne se passait pas vraiment comme prévu, il fallait qu'il trouve rapidement un moyen de sortir de cette montagne, tout en passant récupérer Murtagh. Mais avec tous les Vardens entre lui et son frère, ça n'allait pas être facile. Eragon soupira, il s'était vraiment fait attraper bêtement, mais le fait que l'elfe ne semblait pas encline à le tuer était un avantage pour Saphira et lui, car une dragonnière possédait forcément une certaine autorité. Penser à sa dragonne fit remarquer à Eragon qu'elle ne lui avait pas adressé la parole depuis qu'il était rentré dans la montagne. Il soupira : les états d'âmes de Saphira n'étaient pas une priorité pour l'instant, il fallait qu'il trouve comment s'enfuir de cet endroit.

« Saphira ? Est-ce que tu m'entends ? » Demanda-t-il par la pensées.

Elle ne répondit pas, mais Eragon eu le sentiment qu'elle l'entendait parfaitement.

« S'il te plait Saphira, il faut vraiment qu'on sorte d'ici. Qu'est-ce que tu veux ? Que je m'excuse ? Que je te dise que tu avais raison ? » Toujours pas de réponse, mais Eragon n'abandonna pas. « Très bien tu as gagné, je suis désolé. C'est toi qui avais raison, je n'aurais pas dû aller seul dans cette forêt, j'aurais dû t'écouter. Satisfaite ? »

Elle mit un moment à venir, mais au moment où Eragon se désespérait de l'entendre, la voix de Saphira se fit enfin entendre dans la tête du dragonnier :

« Il serait peut-être temps que tu te rende compte que j'ai toujours raison, humain stupide ! »

Eragon laissa échapper un soupir de soulagement, car si sa dragonne utilisait le sarcasme, il était déjà à moitié pardonné.

« Vois le bon côté des choses, au moins maintenant on va pouvoir trouver Murtagh. D'ailleurs, où est-ce que tu es ? » lui demanda-t-il.

Cette dernière lui envoya une image d'elle dans une grotte assez large.

« Je suis dans une sorte de caverne située au-dessus de la gigantesque pierre poli qu'on a vu en arrivant. » lui annonça-t-elle, puis elle eut un petit rire. « Le dragon vert est là lui aussi, comme s'il croyait pouvoir m'arrêter si je décidais de raser leur ville. »

Eragon rit aussi à l'idée, mais redevint vite sérieux. Il fallait qu'ils trouvent une porte de sortie.

« Saphira, est ce que tu as repéré un moyen de sortir du cratère sur ton chemin ? » Il ne pensait pas pouvoir repartir par là où ils étaient arrivés.

« Pas vraiment. La montagne est très isolée, et les nains n'ont surement pas pensé aux dragons au moment où ils ont creusé leurs tunnels. » expliqua Saphira. « Après, on pourrait toujours essayer de sortir directement par le cratère, mais c'est très haut et l'air pourrait rapidement manquer. A la limite, je pourrais passer mais toi, tu as besoin de respirer plus souvent. »

Eragon s'allongea sur sa couche, réfléchissant aux paroles de Saphira. Il avait un plan pour s'échapper, mais cela incluait que Murtagh se montre de lui-même. Décidant que se casser la tête plus longtemps ne servait à rien, il ferma les yeux.

-oo0oo-

Le bruit d'une porte qui claque réveilla en sursaut Eragon. L'esprit encore embrumé, il leva les yeux vers son visiteur. Sans surprise, la dragonnière des Vardens se tenait devant lui. Eragon se redressa et prit enfin le temps d'examiner l'elfe. Grande, les cheveux noirs, elle lui faisait beaucoup penser à Daellin, à quelques différences près. La plus visible étant la couleur des yeux, là où Daellin avait les yeux bleus, l'elfe en face de lui avait les yeux vert profond. « La couleur de son dragon. » pensa Eragon. Continuant la comparaison, il remarqua que la posture de sa geôlière paraissait plus altière, presque royale, par rapport à sa camarade d'Uru'baen. Mais au final, les deux étaient étrangement similaires.

« Bon, j'ai parlé de toi à Ajihad, on va pouvoir discuter maintenant. »

Ou presque, Daellin était plus souriante...

La dragonnière s'avançait vers lui, et Eragon nota qu'elle avait son épée à la main. Se relevant il allait bouger à son tour quand elle pointa l'arme vers lui.

« Pas la peine de bouger, on est bien là. » lui dit-elle d'une voix sans émotion. « Et avant que tu ne tentes d'utiliser la magie, sache que cette pièce est immunisée contre tout type de sort. Autrement dit même Galbatorix serait impuissant la dedans. »

Eragon fronça les sourcils et tenta de mobiliser sa magie, mais ne parvint pas à briser la familière barrière dans son esprit. L'elfe eu un sourire narquois en le voyant se concentrer, mais se reprit rapidement :

« Alors, pourquoi as-tu été envoyé ici ? Pour détruire les Vardens ? Ou les nains ? »

Se détachant de l'arme, Eragon la fixa dans les yeux, et elle soutint son regard sans ciller. Prenant la voix la plus froide qu'il put, il lui répondit :

« Je n'ai aucune raison de te répondre. Jusqu'à preuve du contraire, on est ennemi, alors qu'est-ce qui te fait croire que je vais parler ? »

L'elfe abaissa légèrement son arme pour s'approcher un peu plus du dragonnier. Elle l'évalua du regard un moment, avant de reprendre la parole.

« Je t'ai sauvé la vie, dehors, j'aurais très bien pu achever ta misérable existence de serviteur du roi, mais je ne l'ai pas fait. J'ai dû parlementer un long moment avec Ajihad et le conseil des anciens, pour vous garder en vie, ta dragonne et toi, alors ne joue pas à celui qui a les cartes en mains. Dans cette pièce, c'est moi qui tiens l'épée, et ta présence à Farthen Dur n'est due qu'à moi, encore une fois, donc si tu veux continuer à respirer, répond aux questions. » dit-elle en appuyant la pointe de son arme sur son torse.

Eragon eu un petit rire en la voyant perdre peu à peu le contrôle de ses nerfs. En jouant un peu le jeu, il devrait être capable de pouvoir lui tirer quelques informations.

« Pourquoi ne pas m'avoir tué si, comme tu dis, je suis la source de tant de problèmes ? » Il était presque sûr de la réponse qu'elle lui donnerait, mais il voulait l'entendre de vive voix.

Cette réplique eu un effet assez inattendu sur l'elfe. Toute son attitude menaçante disparut d'un coup, elle détourna les yeux et son épée retomba le long de son corps. Un silence s'installa entre les deux dragonniers, et Eragon n'osa pas le troubler en premier. Il se demanda un instant quel type d'adversaire elle ferait si elle se décidait à attaquer, mais étant une elfe elle devait être une excellente combattante. Encore dans ses pensées, Eragon faillit ne pas entendre l'unique mot prononcé par la dragonnière :

« Pourquoi ? »

Pourquoi ? La question que s'était posé Eragon un nombre incalculable de fois. Elle avait une infinité de significations, et la réponse n'était jamais toute trouvée. Le jeune homme allait lui répondre, mais elle parla de nouveau avant lui :

« Pourquoi m'as-tu laissé partir ce jour-là ? » La voix de l'elfe n'était plus qu'un murmure, à peine audible, mais le dragonnier n'eut aucun mal à savoir de quel jour elle parlait.

Eragon prit le temps de la réflexion, sentant que sa réponse aurait son importance. C'était en effet une bonne question. La première réponse qui lui vint fût qu'il avait reconnu le bruit de l'œuf sur le point d'éclore. C'est d'ailleurs ce qu'il répondit à l'elfe, ne voulant pas spécialement approfondir le sujet.

L'elfe leva un sourcil, paraissant relativement sceptique :

« Rien ne vous empêchait de m'emmener à Galbatorix, pour que je sois obligée de le servir. »fit-elle remarquer.

Eragon soupira, on touchait au fond du problème, mais il ne voulait pas vraiment étaler ses sentiments devant l'elfe.

« Je me suis dit qu'il valait mieux être libre que d'être au service de quiconque. » dit-il en la regardant dans les yeux. « Moi je n'ai pas vraiment eu le choix. Mais ça ne change rien au problème actuel, qu'allez-vous faire ne nous, Saphira et moi ? »

La dragonnière le fixa longuement, et lentement, un petit sourire -un vrai- vint éclairer son visage :

« Pour l'instant, rien n'est décidé. J'ai dit aux dirigeants des Vardens que tu étais le dragonnier qui m'avait laissé m'enfuir il y a quelques années, et ils se sont mis dans la tête que ton cas n'était pas perdu, et qu'il allait essayer de vous faire changer de camps, ou au moins de te tirer des informations sur l'empire. D'ailleurs, ils vont surement envoyer quelqu'un vous juger d'ici peu. » Elle hésita avant de continuer, « Mais je dois savoir, y a-t-il une chance que cela arrive ? Je veux dire, que tu ne sois plus au service de Galbatorix. »

Eragon décida d'éluder la question, car une réponse définitive pouvait le mettre en mauvaise posture, surtout qu'il semblait avoir mis l'elfe de son côté.

« Un serment n'est jamais éternel. » Ce qui était vrai, même si celui qui le liait à Galbatorix était actif depuis qu'il était devenu dragonnier.

Cette réponse sembla convenir à la dragonnière, car elle hocha la tête et se retourna pour partir. Arrivée au seuil de la porte, Eragon la rappela une dernière fois :

« Si je suis destiné à rester ici un moment, autant que je sache quel est ton nom tu ne crois pas ? » demanda-t-il innocemment.

De là où il était, Eragon aurait pu jurer qu'elle souriait, même si elle lui tournait le dos :

« Les noms ont une grande valeur, mais tu peux m'appeler Arya. »

Elle quitta la pièce sur ces mots.

-oo0oo-

Dire qu'Eragon s'ennuyait était un euphémisme. Il avait passé la dernière journée allongé sur sa couche, à ne rien faire d'autre que de converser avec Saphira ou à dormir. Aux heures de repas, un garde lui déposait une assiette de nourriture, mais c'était le seul moment où il se passait quelque chose.

Eragon en était arrivé au point où il songeait sérieusement à tenter de sortir au moment d'un des repas, en assommant un garde. Une fois à l'extérieur, il pourrait utiliser sa magie pour sortir de la montagne sans trop de difficultés. Cependant il espérait encore que Murtagh se montre pour le récupérer.

Il fut sorti de ses pensées par l'ouverture de la porte de sa prison, comme il s'était mis à appeler la pièce dans laquelle il se trouvait. Deux grands hommes chauves, identiques, entrèrent dans la pièce. Eragon les reconnut aussitôt pour les avoir vu à Uru'baen quelques années auparavant. Il avertit sa dragonne, « Saphira, les jumeaux viennent me rendre une petite visite ». Elle ne répondit pas, mais Eragon sentit qu'elle était attentive. L'un des jumeaux prit la parole :

« Tiens, Eragon, content de te revoir. Qu'est-ce que tu fais si loin du château ? » lui demanda-t-il d'une voix un peu sarcastique.

Les jumeaux étaient les principaux espions du roi parmi les Vardens, les plus hauts placés. Avec eux dans le camp des rebelles, Galbatorix était au courant de la plupart des actions des Vardens. De plus, étant à la tête d'un groupe de magicien, les jumeaux faisaient en sorte que les mages des rebelles soient peu efficaces.

Le dragonnier n'avait jamais aimé les jumeaux, mais pour l'instant, ils présentaient l'avantage d'être ses seuls alliés à des lieus à la ronde.

« J'étais en mission pour le roi, » dit-il, mais en les voyant ricaner, il ajouta, « d'ailleurs, je le suis toujours, j'attends juste le bon moment pour sortir d'ici. »

Les chauves le regardèrent comme si il était fou.

« Drôle de façon d'accomplir sa tâche, mais bon, on s'en fiche, ce n'est pas pour ça qu'on est venu te voir. En fait on est venu te prévenir. »

Eragon leva un sourcil. Le prévenir ?

Voyant son air interrogatif, l'autre jumeau continua.

« Galbatorix te l'a surement dit, mais il est en train de mobiliser les Urgals. Il a envoyé un bataillon complet de Kulls raser Tronjheim, la ville dans laquelle on se trouve. »

A la mention des Urgals, Eragon renifla, dégouté. Il était au courant de l'association de Galbatorix avec les béliers, grâce à son statut de dragonnier, mais il n'approuvait pas pour autant, cette race le répugnait. Si les Urgals attaquaient les Vardens, il ne se joindrait pas à eux.

Cette attaque imminente perturbait les plans d'Eragon, car il devrait sortir avant que les béliers ne rentrent dans la montagne.

« A quel moment les Urgals vont-ils arriver ici ? » demanda-t-il aux jumeaux.

« Un éclaireur nain les a repéré dans un des tunnel menant à Farthen Dur, il seront là demain en fin de journée. » affirma l'un des deux chauves, « Les Vardens sont déjà en train de préparer leurs lignes de défense, les bataillons sont en ordre devant la cité et ils ont même éboulé quelques tunnels pour forcer les bêtes à arriver là où ils veulent. Autrement dit l'entrée de la cascade ne sera pas beaucoup surveillée... » termina-t-il comme si de rien n'était.

Eragon roula des yeux à l'allusion :

« Très bien, merci pour l'information. » Puis il ajouta un peu narquoisement « Vous feriez mieux d'y aller, à force de parler avec un parjure, on pourrait vous prendre pour des traître... »

Les jumeaux se crispèrent visiblement, « Fais attention, dragonnier, notre clémence, et surtout celle du roi, à des limites. »

Pas le moins du monde impressionné, Eragon bailla ostensiblement, les congédiant. Il avait plus de valeur qu'eux aux yeux du roi. Les deux hommes s'en allèrent après un dernier regard meurtrier envers le jeune homme.

Eragon s'allongea sur sa couche, mains derrière la tête, et contacta Saphira pour lui exposer son plan.

-oo0oo-

Le moment tant attendu arrivait, et Eragon revoyait avec Saphira les derniers détails de leur évasion.

« ...et une fois que je suis dehors avec Murtagh, tu viens nous récupérer. » le jeune garçon répétait une énième fois les instructions à sa dragonne, qui commençait à en avoir plus que marre.

En réalité, le plan était très simple, mais il comportait une part de hasard, la position de son frère. Murtagh pouvait être n'importe où dans la ville, et comme Eragon ne la connaissait pas, la recherche pouvait devenir longue.

« C'est bon, j'ai compris ! Tu ferais mieux de te renseigner sur la position de Murtagh la prochaine fois qu'on viendra te voir. Je n'aime pas vraiment te savoir SEUL derrière les lignes ennemies. » lui lança-t-elle de mauvaise humeur, et elle se retira de l'esprit du dragonnier.

Eragon soupira, il venait de perdre son seul moyen de distraction. Il se rassit contre le mur et patienta, laissant ses pensées vagabonder.

Pendant un moment, il se mit à penser au dernier œuf de dragon. Etait-il ici, dans la cité ? Le dragonnier pensa un moment à aller le récupérer, mais ne sachant pas où il était entreposé, il se dit que le risque n'en valait pas la peine.

L'image d'une elfe aux yeux vert émeraude le menaçant avec son épée apparut un instant dans son esprit. Arya ne le laissera certainement pas partir sans rien faire, il valait mieux donc éviter de croiser sa route.

Il fut interrompu une nouvelle fois dans ses pensées par la porte qui s'ouvrit brutalement, il faudrait vraiment qu'il demande aux gens de frapper avant d'entrer... Désabusé, il leva les yeux vers son visiteur, ou plutôt ses visiteurs. Un soldat des Vardens tenait par le bras un jeune homme à peine plus âgé qu'Eragon. Le dragonnier faillit s'étouffer de surprise, devant lui se tenait son frère.

« Murtagh ? » demanda Eragon, dans un grand moment d'éloquence.

Le frère du dragonnier se détacha du garde, qui sorti immédiatement de la pièce, et fixa Eragon.

« Eragon. » salua-t-il froidement, « Comment se passe la détention ? »

Remis de sa surprise, Eragon se leva pour lui faire face.

« Murtagh ! » répéta-t-il, « Qu'est-ce que tu fais là ? »

Le dragonnier n'en revenait pas de sa chance, il devait s'échapper dans peu de temps et celui qu'il devait récupérer se trouvait devant lui.

Murtagh se détourna de son frère, et alla s'asseoir sur le bureau.

« Les Vardens se prépare à combattre, et ils ne me font pas assez confiance pour être à leurs côtés, pas encore. Du coup ils m'amènent ici en attendant. » annonça-t-il avant de pointer un doigt accusateur vers son frère, « Mais ça ne change rien entre nous, tu as choisi d'être un parjure, j'ai choisi d'être libre, alors on ne se parle pas, je n'ai rien à te dire de toute façon. »

Il alla déplier la couche qu'on lui avait donné dans le coin opposé à celle d'Eragon, puis se coucha dedans.

Eragon souriait, la chance ne pouvait pas mieux tourner. Peu désireux de se prendre la tête avec son frère, il fit part de sa présence à Saphira, qui en fut aussi satisfaite que lui, puis alla s'allonger lui aussi en attendant le signal de sa dragonne.

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« Eragon ! Fírnen vient de partir, c'est le moment d'y aller ! »

La voix de Saphira résonna dans la tête d'Eragon, qui était perdu dans ses pensées. Le dragonnier, qui attendait le signal depuis plusieurs heures déjà, se leva tranquillement et taquina Saphira pour la forme.

« Tiens, c'est Fírnen maintenant ? J'ai manqué quelque chose ? »

Sa dragonne roula des yeux intérieurement, elle avait réussi à soutirer des informations au dragon vert, qui semblait lui faire autant confiance qu'Arya à Eragon. Elle ne répondit pas, c'était devenu une sorte de jeu entre eux de plaisanter sur leurs vis-à-vis respectifs. Eragon n'avait plus eu une journée calme depuis que l'elfe était venu le voir le premier jour de sa détention et s'était montré plutôt sympathique. Saphira, elle aussi, semblait avoir réussi à suffisamment amadouer le dragon pour qu'il lui donne son nom.

« Eragon ! Il faut vraiment y aller, n'oublie pas que je suis censée partir après toi pour ne pas attirer l'attention. » La dragonne bleue était agacée des rêveries du jeune homme.

Eragon se reconcentra et se tourna vers Murtagh, qui dormait. Le dragonnier regarda son frère, l'unique membre de sa famille encore en vie. Mine de rien, les parole de Murtagh avaient résonné pendant longtemps dans la tête d'Eragon.

« ..., tu as choisi d'être un parjure, j'ai choisi d'être libre... »

On ne devrait pas avoir un destin prédéfini, pensa le dragonnier. Lui n'avait pas eu ce choix, mais au moins il avait Saphira. Son frère n'avait personne, il avait grandi seul dans le château d'Uru'baen, avec comme unique compagnie celle des servants du roi. Si Murtagh devait revenir à la capitale, la mort serait sans doute un sort enviable pour lui, par rapport à ce que lui réserverait le roi. L'idée de ne pas l'emmener effleura l'esprit d'Eragon.

Le jeune garçon se mordit la lèvre, tout d'un coup plein de doutes. Le roi n'accepterait pas facilement un échec de sa part. Ce que Saphira s'empressa de lui rappeler.

« ERAGON ! ALLER ! » lui cria-t-elle mentalement.

Cette réprimande décida le dragonnier. Il alla s'accroupir près de son frère et le secoua un peu pour qu'il se réveille. Ce dernier grommela dans son sommeil, mais fini par se redresser légèrement en ouvrant des yeux surpris vers son frère. La dernière chose qu'il vit fût le visage désolé d'Eragon, avant de retourner au pays des songes quand le dragonnier le frappa à la tempe.

Eragon ne voulait pas faire de mal à Murtagh à la base, mais il ne pouvait pas utiliser la magie dans cette pièce. Inspirant un bon coup, il se releva et s'arrêta devant la porte. Il tappa quel coups et dit d'une voix forte :

« A l'aide ! Le prisonnier s'est évanouit ! »

Il y eu du mouvement derrière la porte, et on lui demanda de s'éloigner de cette dernière. Au moment où il s'exécuta, deux garde rentrèrent dans la pièce et virent immédiatement Murtagh allongé au sol. L'un des deux fixa Eragon :

« Qu'est-ce que tu lui as fait ? » demanda-t-il d'un air soupçonneux.

Eragon feignit la surprise, « Moi ? Rien du tout, il s'est mis à gémir puis s'est effondré au sol. »

Le deuxième garde alla s'accroupir près de Murtagh, et Eragon vit à travers la porte ouverte que l'extérieur était vide, la ville entière devait combattre pour sa survie contre les Urgals.

Le dragonnier sut que le moment était arrivé. Avec une rapidité elfique, il lança son point de toutes ses forces vers le garde Varden le plus proche de lui. Il sentit les côtes craquer quand le coup atteignit la poitrine de son ennemi. Malheureusement, ses phalanges en prirent aussi pour leurs grades. Retenant un cri de douleurs à la vue de ses doigts cassés, il se dépêcha de ramasser de la main gauche l'épée du soldat tombé à terre pour mettre en joue le deuxième, qui s'était relevé. Ce dernier leva les mains en reddition, Eragon s'approcha alors de lui et lui cogna la tête avec le pommeau de son arme pour le mettre hors d'état de nuire.

Le dragonnier ramassa la ceinture d'un des gardes pour pouvoir ranger son épée à sa hanche, et se pencha pour soulever son frère. Il le chargea sur son épaule, et sortit de la prison.

« Pfiouh, je commençais à croire que je ne sortirais jamais d'ici. » puis il adressa à Saphira, « Je suis sorti, tu peux y aller aussi. »

« On se retrouve devant la cascade. » Eragon sentit qu'elle s'envolait par leur lien mental.

D'un coup, le dragonnier sentit que sa force magique lui revenait. Pour la tester, il murmura des paroles en ancien langages, et il vit que sa main cassée reprenait sa forme ordinaire. Avec un sourire, il s'élança dans les couloirs de la ville naine, Murtagh sur son épaule.

-oo0oo-

Le jeune garçon déambulait depuis un moment dans les couloirs, il avait du éviter un bon nombre de soldats qui faisaient des allers-retours entre la ville et l'extérieur, ce qui rendait sa progression assez lente car il ne voulait pas se faire repérer. De là où il se trouvait, il pouvait entendre les cris et les bruits de ferrailles caractéristiques de la bataille.

Le poids de Murtagh était handicapant, mais il put sans trop de problèmes retrouver la porte en pierre par laquelle il était arrivé. Saphira avait déjà réussi à sortir de la montagne et l'attendait dehors, il fallait juste qu'il retrouve le mécanisme d'ouverture pour pouvoir retourner à Uru'baen.

Assez étonnamment, aucun Varden, ou nain, n'était présent pour garder cette entrée. En alerte, le dragonnier s'avança dans la caverne. Il déposa Murtagh contre un mur et se mit à chercher un levier sur la paroi rocheuse. Il venait de découvrir quelque chose quand il entendit une voix qui le fit frissonner :

« On cherche déjà à nous fausser compagnie ? »

Il se retourna en tirant son épée, murmurant rapidement un sort de protection pour son arme, et fit face à l'origine de la voix. Devant lui se trouvait Arya, qui le fixait de ses yeux verts profonds. Cependant, au contraire de la dernière fois qu'il l'avait vu, elle n'avait pas la moindre émotion amicale dans son regard. Elle avait son épée verte sortie, teintée de sang encore frais, et elle semblait décidée à s'en servir.

« Je n'ai pas vraiment aimé la nourriture, et Saphira non plus. » tenta-t-il malgré la situation.

L'elfe ne bougea pas d'un poil, toujours dans sa posture menaçante.

« Tu lâche ton épée tout de suite et tu rentres gentiment dans ta cellule, si je ne t'ai pas tué la première fois, ce n'est pas pour en arriver là maintenant. » le menaça-t-elle.

Eragon leva un sourcil devant sa confiance, « Je ne crois pas, je n'étais pas vraiment venu vous voir en amis. D'ailleurs, vous n'avez pas une bataille à gagner, là dehors ? »

Elle eut un sourire narquois, « Oh, c'est déjà fait, tes petits amis à cornes se sont un peu désorganisés quand j'ai tué leur chef. »

« Leur chef ? Il n'y pas vraiment de quoi se vanter d'avoir tué un Urgal. » Eragon en avait déjà battu un à main nu.

« C'est sûr. Je pensais plutôt à un grand homme, cheveux rouge et pupille écarlate, il m'a dit qu'il s'appelait Durza. Tu le connais peut-être ? » termina-t-elle froidement.

Eragon écarquilla les yeux. Elle ne pouvait pas parler de Durza l'ombre au service de Galbatorix.

« Impossible... » murmura le dragonnier suffisamment fort pour être entendu.

L'elfe le défia du regard et répéta la même chose en ancien langage, ce qui effraya un peu Eragon. En effet, Durza, comme tous les ombres, était une créature doté de forces magique et physique immenses, bien au-delà de celles des hommes et rivalisant facilement avec celles des elfes. Les guerriers ayant survécu à un combat contre un ombre se comptait sur les doigts d'une main.

Arya s'avança d'un pas vers lui et leva son épée de sorte que la pointe soit à hauteur d'épaule, « Aller, un combat serait inutile, on peut trouver un moyen de te sortir de l'emprise du roi, il nous faut juste un peu de temps. »

Eragon soupira, et leva lui aussi son épée. De toute façon, il n'avait pas le choix

« Je n'ai jamais dit que je voulais être délié de mes serments. »

Puis il se lança de toutes ses forces contre l'elfe.

Celle-ci para le premier coup en reculant, ne s'attendant pas à être attaquée de la sorte, puis répliqua de suite en faisant danser son épée.

S'il y avait bien une chose dont Eragon était fier, c'était de son talent à l'épée. Galbatorix lui-même le complimentait à ce sujet quand il défaisait les autres parjures au château d'Uru'baen, ce qui avait le don de faire rager Daellin. Peu de gens l'égalait dans ce domaine, et il ne comptait pas perdre ce duel.

Esquivant un coup au niveau de la hanche, il tenta de déstabiliser l'elfe en lui fauchant les jambes. Peine perdue, elle était elle aussi très douée. Il fallait qu'il se sorte de là rapidement, avant que d'autres Vardens n'arrivent et que la situation se complique.

Les épées cognaient l'une contre l'autre depuis quelques minutes déjà, et le dragonnier sentait qu'il ne prendrait pas l'avantage en termes de technique pure. Il fallait qu'il feinte. Le principal point faible de son adversaire était qu'elle semblait vraiment confiante dans sa capacité à gagner le combat. Il devait lui donner l'impression qu'elle le dominait, qu'il était sur le point de faillir. Eragon se décida à reculer, se mettant sur la défensive, mais de façon à ce que l'elfe pense qu'elle avait vraiment l'avantage. Il ne contrattaquait plus, parant tous les coups qu'Arya lui envoyait à cœur joie. Puis, au moment où elle devenait confiante sur l'issue du combat, il passa à l'action. Parant un ultime coup visant sa tête, Eragon réduisit la distance entre eux au minimum, puis frappa l'épaule de l'elfe avec le pommeau de son épée. Arya ne put l'esquiver, et elle lâcha un cri de douleur en tenta de reculer, mais Eragon bloqua une de ses jambes et la fit tomber sur le dos.

D'un moulinet du poignet, il lui arracha son épée, puis la toisa d'un air supérieur. Il avait bien le droit de s'amuser un peu, non ?

« Eh bien, tu n'es pas trop mauvaise, mais il te manque un peu d'entraînement pour m'arriver à la cheville. » Dit-il d'une voix suffisante, « D'ailleurs, si tu es une Tueuse d'Ombre, je devrais pouvoir l'être moi aussi, non ? »

Arya bouillonnait de rage, elle ne devait pas être habituée à perdre. Il leva l'épée de l'elfe au niveau de ses yeux :

« Belle épée, » il pointa ensuite l'arme vers l'elfe « ce serait quand même le comble d'être tué par sa propre arme, qu'est-ce que tu en dis ? » demanda-t-il avec un sourire en coin.

Son adversaire ne répondit pas, toujours digne même dans sa situation.

Saphira commençait à s'impatienter au dehors, et le dragonnier décida de finir au plus vite. Il inspira fortement, leva l'épée verte au-dessus de l'elfe, et l'abaissa d'un coup. Arya ferma les yeux au moment de l'action, pour ensuite les rouvrir avec surprise en sentant la lame se planter juste à côté de sa tête.

« Cette fois on est quitte. A notre prochaine rencontre, il n'y aura pas de cadeau. »

Sur ces mots Eragon actionna le mécanisme d'ouverture, puis jeta un coup d'œil à Murtagh, se remémorant de nouveau les paroles de son frère.

Il n'hésita pas longtemps.

Le laissant avec l'elfe, il sortit par la cascade.


Hop, un nouveau chapitre, en espérant qu'il vous plaise.

J'attend vos retours, alors s'il vous plait, pensez à laisser une petite review à chaque chapitre, même si c'est juste pour dire que vous aimez la fic. En plus, ça m'aide à savoir ce qui vous plait ou non.

Bref, on se retrouve pour le prochain chapitre.

Bisous, et à la prochaine.

Alex