Disclaimer : Rien n'est à moi, sauf les OC
Chapitre 4 : Quelques jours à Uru'baen
Si Galbatorix régnait sur l'Alagaësia depuis si longtemps, c'est qu'il était bien sûr un être hors du commun. Mais bien que sa puissance magique soit gigantesque et son talent en duel inégalé, ce qui impressionne le plus chez lui est sa capacité à se faire obéir de toute créature vivante. Jamais son autorité n'a été remise en question durant les quelques centaines d'années de son règne, alors qu'il a vu défiler devant lui un bon nombre de personnes exceptionnelles. Même les treize parjures ont appris à ne pas contrarier le roi, s'ils voulaient garder un minimum de liberté. Le secret de cette obéissance est la faculté de Galbatorix à manipuler l'esprit d'autrui, à s'infiltrer dans les recoins les plus sombres de l'esprit de sa victime pour lui arracher des serments qu'elle ne pourra trahir. Accessoirement, s'il pouvait découvrir leurs vrais noms, il obtiendrait le contrôle total sur les agissements de ses fidèles...
Eragon venait de se faire rappeler de façon assez brutale qu'il ne fallait jamais désobéir au roi. Dès leur arrivée à Uru'baen, Saphira et lui s'étaient présentés devant le trône. Ils avaient bien tenté de cacher le fait qu'Eragon avait laissé son frère chez les Vardens, mais à un moment, rien ne pouvait échapper au roi. Sur une hésitation du jeune dragonnier, Galbatorix avait abattu leurs défenses mentales, et leur avait tiré la vérité de force. Il avait congédié Saphira juste après pour pouvoir passer un petit moment en tête à tête avec Eragon, allant même jusqu'à sortir la dragonne de force lorsque celle-ci se montra réticente à laisser son dragonnier. Inutile de dire que le reste de la soirée ne fut pas particulièrement agréable pour le jeune homme...
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Eragon se réveillât avec une migraine de cheval, et sans aucune idée de l'endroit dans lequel il s'était endormi la veille. En fait, il ne souvenait même pas s'être endormi du tout. Les souvenirs de son tête à tête avec Galbatorix remontèrent petit à petit, de la torture mentale à la sensation froide de la lame du roi.
Ouvrant les yeux, le jeune dragonnier découvrit un immense voile bleu au-dessus de sa tête. Il ne comprit pas tout de suite de quoi il s'agissait et commençait un peu à paniquer. Il agrippa le voile qui s'avérait constitué d'une texture rugueuse qui palpitait légèrement sous sa main. Ledit voile remua un peu au toucher, puis se releva en pliant souplement. La lumière du jour inonda alors Eragon et agressa ses yeux encore sensibles
Le jeune homme mit une main en visière, puis se redressa pour découvrir à quel endroit il avait dormi. Il constata qu'il se trouvait contre le flanc d'une immense créature qui s'avérait en fait être sa dragonne. Cette dernière le fixait de ses grands yeux bleus qui trahissaient un sentiment d'inquiétude.
« Eragon ! » s'exclama-t-elle, visiblement plus secouée qu'il ne l'était lui-même « Tu te sens bien ? Tu n'as pas mal quelque part ? Je pensais qu'on t'avait bien soigné, mais si jamais il y a encore un problème je peux... »
« Saphira, » coupa le jeune homme, dont la migraine s'amplifiait avec la tirade de la dragonne, « Je vais plutôt bien, à part un mal de tête à se taper le crâne contre un mur. Mais ça va passer, si tu veux tout savoir. » Ajouta-t-il rapidement en voyant l'air de Saphira.
La dragonne ne paraissait que moyennement convaincue, mais s'abstint de commentaire en attendant la suite.
Eragon enchaîna :
« J'aimerais bien que tu me dise ce qu'il s'est passé après que le roi m'ait... disons un peu bousculé. » Il frissonna au souvenir de sa rencontre avec Galbatorix. Murtagh lui en devait une belle, parce que plus jamais il ne subirait ce qu'il avait subi la veille.
Saphira grogna et de la fumée noire sortit de ses narines :
« Un peu bousculé ? Voilà ce qui restait de toi quand il t'a jeté en dehors de la salle du trône ! » Elle lui envoya une image mentale d'une masse sanglante gisant sur le sol en marbre, devant de grandes portes en fer. « Tu ne peux pas imaginer à quel point j'ai eu peur quand je ne sentais plus ton esprit. Je peux te dire que tu étais dans un état encore pire à l'intérieur qu'à l'extérieur ! » Elle pointa une griffe accusatrice sur son torse en disant cela.
« Ce qui est plutôt difficile à imaginer. » tenta le dragonnier d'un ton plus léger, mais le sourire qu'il afficha disparu instantanément en voyant sa dragonne se lever complètement avec un air meurtrier.
Elle le faucha avec sa queue et le bloqua ensuite sur le dos d'une seule patte, son museau juste au-dessus du visage d'Eragon. L'impact sur le sol fit monter les larmes aux yeux du jeune homme. Une dragonne enragée n'était pas un bon moyen pour soigner les maux de tête.
« Arrête ça ! J'ai bien cru que c'était la fin hier ! Si Daellin n'était pas arrivée à temps, tu aurais pu te vider de ton sang ! » Elle lui souffla de la fumée au visage. « Elle est bien gentille d'ailleurs, la Daellin, parce qu'on est arrivé tard hier ! »
Elle détourna la tête un moment, paraissant essayer de se calmer, mais sans grande réussite.
« Pour répondre à ta question, au moment où tu as été sorti de la salle du trône, j'ai tout de suite contacté l'elfe, parce que je savais que je ne pourrai pas soigner tes blessures extérieurs. En l'attendant, j'ai rassemblé ton esprit en pièce et l'ai aidé à se reformer. Daellin est ensuite arrivée, et je lui ai proposé de lui prêter ma force pour qu'elle puisse te soigner. Et tu sais quoi ? » Saphira se remit à le fixer dans les yeux, au point qu'Eragon commençait à se sentir affreusement coupable. « Elle n'a pas voulu. Elle a pris sur elle pour pouvoir te soigner ! Tu aurais dû la voir, l'état de fatigue dans lequel elle était quand elle a terminé, où même l'air sur son visage quand elle t'a aperçu sur le sol et en sang. Je te le dis, Eragon, t'as plutôt intérêt à être sympa avec elle maintenant, parce qu'elle le mérite, contrairement à toi. »
Eragon baissa les yeux, en se disant que si Saphira disait vrai, même si le contraire serait étonnant, il avait une bonne dette envers Daellin.
Saphira continua, ignorante de son fil de pensées :
« Une fois soigné, je t'ai emmené avec moi au repaire des dragons, vu que tu ne te réveillais toujours pas. Après, on a passé le reste de la nuit ici. »
Maintenant que Saphira le disait, Eragon reconnu bien le promontoire sur lequel sa dragonne avait l'habitude de dormir. Constitué d'un gazon assez épais et de plusieurs touffe d'herbe à feu, l'endroit dominait Uru'baen en hauteur et permettait d'admirer l'ensemble de la capitale sans difficultés. Sa position sur le surplomb rocheux permettait aux dragons de rentrer et sortir de l'endroit sans passer par l'intérieur de la ville, et donc de ne pas déranger les habitants.
Eragon reporta son attention sur Saphira, qui ne l'avait toujours pas lâché. Il tenta sans grande conviction de déplacer les serres de la dragonne mais, comme il s'y attendait, elles ne bougèrent pas d'un pouce. Soupirant, Eragon la regarda dans les yeux :
« Bon, qu'est-ce que tu veux ? Que je m'excuse ? Que je te dise que ce n'était pas si grave que ça ? Tu sais très bien que je connaissais les risques en laissant Murtagh là-bas, alors pas la peine de me faire croire que tu es choquée. » Conclut-il plus énervé qu'au début. « Et lâche moi ! »
Saphira renifla, mais ne le libéra pas.
« La prochaine fois qu'on part en mission, Eragon, je veux savoir à l'avance ce que tu comptes faire. » lui indiqua-t-elle, « On est ensemble que tu le veuilles ou non, alors je préfère être au courant si tu es sur le point de faire une bêtise. Je veux ta parole. »
Le dragonnier la regarda, incrédule. Elle n'avait pas confiance en lui ou quoi ? Mais elle ne demandait pas non plus un serment en ancien langage, donc bon...
Eragon se résigna donc à lui donner sa parole, surtout que les serres de la dragonne commençaient à lui faire mal.
« Très bien, la prochaine fois je te préviendrais. S'il y en a une, je ne pense pas que le roi me renvoie en mission aussi importante avant longtemps. »
Saphira desserra enfin son emprise, lui permettant de respirer plus librement. Il se rassit plus confortablement sur l'herbe, remuant ses épaules un peu engourdies. La dragonne reprit ensuite la parole, après s'être couchée à côté de lui.
« N'en soit pas si sûr, j'ai entendu dire par Daellin que Galbatorix commençait à en avoir plus que marre des surdans. Il compterait rassembler le conseil des dragonniers d'ici peu, pour décider des mesures à prendre. »
Cette nouvelle surprit un peu le jeune homme. Le roi se montrait plutôt tolérant avec le Surda depuis des années, ne les empêchant pas de vivre comme ils le voulaient. Qu'est-ce qui pouvait lui avoir fait changer d'avis ?
« Je n'en sait pas plus que toi, » continua Saphira, ayant suivi le fil de ses pensées, « mais on verra bien ce que le roi en dit. »
Ils restèrent ensuite un moment à discuter de choses et d'autres, ne voyant pas le temps passer en appréciant simplement la compagnie de l'autre. Ils parlèrent si longtemps que la fin de la journée arriva, et Eragon put savourer ce moment du jour. Depuis le château, le coucher du soleil paraissait quelconque. Mais depuis le repaire des dragons, l'astre illuminait la grande plaine de sa lumière orangée, lui donnant un aspect plus sauvage, vision que le jeune dragonnier aimait tout particulièrement. Tout paraissait si différent alors que c'était le même endroit qu'il côtoyait durant la journée.
Eragon resta encore un instant à regarder, gravant l'image dans son esprit, puis demanda à Saphira de le redescendre au palais. Cette dernière acquiesça et lui fit signe de monter sur son dos, ce que le dragonnier s'empressa de faire. La dragonne se jeta ensuite du promontoire, puis plana tranquillement dans l'air frais de la soirée. Eragon ferma les yeux et se laissa aller aux sensations que lui procurait uniquement un vol avec Saphira. Son esprit quitta peu à peu son corps pour rejoindre celui de la dragonne. Il vit alors la capitale de l'empire dans une multitude de déclinaisons de bleus. La dragonne semblait apprécier autant que lui leur proximité car elle prolongea le vol au maximum, faisant de grands détours pour gagner du temps.
Ils arrivèrent ensuite à l'aile du château dans laquelle se trouvait les appartements d'Eragon et Saphira déposa sur un balcon adjacent, avant de partir dans la foulée, lui rappelant au passage de remercier Daellin le lendemain.
Eragon la suivit un moment des yeux pendant qu'elle remontait vers la falaise, puis se détourna pour rentrer lui-même chez lui. Il traversa rapidement les couloirs qu'il connaissait par cœur pour les avoir exploré depuis qu'il était enfant. Il arriva ensuite devant la porte qu'il cherchait, et entra dans ses appartements. Sur la table de l'entrée se trouvait un repas, et Eragon se rendit compte qu'il était affamé. La nourriture était froide, mais faute d'autre chose, le jeune homme l'avala d'un coup. Il enleva ensuite sa cape et la laissa traîner sur un fauteuil dans le salon, puis alla directement à sa chambre pour se coucher, tout habillé.
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Eragon se réveillât le lendemain parfaitement reposé. Son mal de tête s'était évanouit et il se sentait capable de courir des lieues sans se fatiguer. Il repoussa la couverture de son torse et se redressa en s'étirant...
« C'est pas trop tôt ! Même mon dragon ne dort pas autant ! » Retentit une voix venant de la porte.
Le jeune homme faillit avoir une crise cardiaque et tomba de son lit sous la surprise. Il se releva prestement, gêné, et regarda son interlocuteur, ou plutôt interlocutrice. Devant lui, sur le seuil de la porte, se tenait une elfe pliée de rire. Ses cheveux châtains tombaient en cascade sur les côtés de sa tête pendant qu'elle se tenait le ventre, cherchant à reprendre son souffle, ce qui s'avérait difficile tant elle riait.
Eragon profita de l'hilarité de son invitée surprise pour se débarrasser des draps tombés avec lui dans la chute. Il s'approcha ensuite de l'elfe qui le regardait maintenant avec un sourire en coin, appuyée contre la porte et bras croisés au-dessus de la poitrine. Quand il fut devant elle, il fit un geste qui les surprit tous les deux, il la prit dans ses bras.
Les yeux de l'elfe s'agrandirent sous l'effet de la surprise, car Eragon n'était pas celui qui initiait les contacts physiques habituellement. Cependant, elle se ressaisit vite, et croisa à son tour ses bras dans le dos du jeune homme, avec un sourire beaucoup moins sarcastique.
« Eh bien, je devrais être plus souvent là quand tu te réveilles, pour avoir droit à un accueil comme ça... » Lui chuchota-t-elle à l'oreille, « A tout hasard, tu as besoin d'argent ? Ou c'est juste parce que je suis irrésistible ? »
Eragon se mit à sourire malgré lui, la bonne humeur de l'elfe était affreusement contagieuse. Il se dégagea doucement et la tint à bout de bras :
« Merci, Daellin. » lui dit-il simplement « Merci d'avoir été là quand j'en avais besoin, et d'avoir répondu à l'appel de Saphira. Merci. »
Daellin le regarda de ses yeux bleu profonds, dans lesquels dansaient une myriade d'émotion. Elle secoua la tête, puis dit avec amusement :
« Ose me dire que tu n'aurais agi pareil. Je ne pouvais pas te laisser te vider de ton sang devant la salle du trône, le marbre est horriblement difficile à nettoyer sans magie et les pauvres servantes en auraient eu pour un bout de temps ! »
Eragon soupira, elle ne pouvait pas être sérieuse un moment, mais ça faisait partie de sa personnalité. Il haussa les épaules :
« Si tu le dis. » Il fit mine de tester son bras, « En tout cas, tu as fait un super boulot. Je me suis vu dans l'œil de ma dragonne, et ce n'était pas vraiment beau à voir. D'ailleurs, tu aurais pu utiliser l'énergie de Saphira, elle t'en aurait prêté sans problèmes. »
Daellin paru redevenir sérieuse, ce qui était une vision assez comique en soit. Ses sourcils se froncèrent tellement qu'ils formaient dorénavant un V presque parfait et sa bouche s'étrécit en une fine ligne. Eragon se sentait coupable rien que de la voir comme ça.
« Je n'utiliserais jamais l'énergie de quelqu'un d'autre que moi ou mon dragon, je suis suffisamment puissante comme ça. » lui lança-t-elle.
Eragon roula des yeux, la fierté des elfes était quelque chose.
« Saphira m'a dit que tu étais presque épuisée après m'avoir soigné... »
Elle le regarda d'un air maintenant ennuyé :
« En même temps, si tu arrêtais de faire le débile, je n'aurais pas à me fatiguer pour toi. D'ailleurs, tu pourrais me dire pourquoi tu étais dans cet état-là hier, parce que j'imagine que tu n'es pas tombé dans les escaliers. Quoique, ça m'étonnerais même pas... »
Chassez le naturel, il revient au galop. Pensa Eragon.
Il se décida à tout lui raconter, de sa mission à son arrivée au château il y a deux jours. Pendant son récit, les deux dragonniers sortirent de la chambre d'Eragon pour aller s'installer à une table dans le salon de l'appartement. Eragon fit rapidement un peu de thé et quelques toasts et servit une tasse à Daellin, qui l'accepta volontiers. L'elfe sirota sa tasse tranquillement, écoutant avec attention le jeune homme, plaçant quelques commentaires ici et là.
Eragon passa rapidement sur sa fin de soirée avec Galbatorix, ne s'attardant pas sur les détails. Il frissonna en repensant à sa rencontre avec le roi, se jurant intérieurement de ne plus avoir à revivre un tel moment.
L'elfe en face de lui semblait avoir remarqué qu'il ne voulait pas approcher le sujet, et ne posa pas de question. Elle prit le temps de la réflexion une fois que le jeune eut terminé de parler, finissant sur comment Saphira l'avait trouvé dans le corridor.
Daellin eut ensuite en petit sourire, « C'est vrai que le roi ne t'avait pas raté, mais bon on est tous passé par là. On a subi sa colère de nombreuse fois depuis qu'on est avec lui, les autres et moi. » Elle mordit dans un toast. « Surtout moi d'ailleurs... »
Par les autres Eragon comprit bien sûr les autres dragonniers de Galbatorix.
Il fit mine de se frotter les bras, « Je pensais qu'il serait plus compréhensif que ça pour une première mission. »
L'elfe se mit à rire, « Crois-moi, il te laissera si tu obéis aux ordres, je parle par expérience. Alors rentre toi bien ça dans le crâne, je serais peut-être pas là la prochaine fois. »
« J'en doute, » fit Eragon, « tu ne m'as pas lâché d'une semelle depuis que Saphira a éclos pour moi. »
L'habituel sourire narquois monta aux lèvres de la dragonnière, « Comme quoi, tu as vraiment besoin de quelqu'un pour te surveiller. En plus... »
Elle fut interrompue par des coups frappés à la porte de l'appartement. Eragon se leva pour aller répondre, mais elle lui fit signe qu'elle s'en occupait et lui demanda de se cacher pour ne pas qu'on puisse le voir de la porte. Le jeune homme murmura un mot en ancien langage qui le fit devenir de la même couleur que le mur derrière lui, puis se plaça contre ledit mur.
Daellin se leva ensuite et se dirigea vers l'entrée, et Eragon se surpris à la regarder plus que nécessaire. Un peu gêné, il reporta son attention sur la porte que l'elfe venait d'ouvrir.
Une servante du château se tenait dans l'ouverture, un regard surpris levé vers Daellin. Eragon eut presque pitié de la jeune femme, sachant ce qui se préparait. L'elfe, qui dominait la servante en taille, demanda sèchement :
« C'est pourquoi ? J'avais pas demandé de femme de chambre, il me semble. »
La servante s'agita nerveusement, « Je...euh, l'appartement du dragonnier Eragon n'est pas ici ? »
« Si, c'est bien là. » Daellin sourit ensuite de toute ses dents, « Mais j'étais occupé avec lui à l'instant. Donc si tu veux bien me dire pourquoi tu es là, ça m'arrangerais, qu'on puisse finir ce qu'on faisait, Eragon et moi. »
Le dragonnier se mordit la langue pour ne pas éclater de rire en voyant la tête que tirait maintenant la servante. L'elfe avait vraiment un don pour mettre mal à l'aise n'importe qui.
Le fait qu'elle soit dragonnière n'arrangeait rien non plus.
La jeune femme en face d'elle prit une jolie teinte de rouge :
« Oh euh... je ne voulais pas interrompre quoi que ce soit mais... en fait, le roi m'envoie pour délivrer un message pour Era... je veux dire le dragonnier Eragon... »
Daellin arqua un sourcil, « Très bien, parle donc, je lui en ferais part...après, quand il sera en état de parler. »
« Le roi souhaiterait sa présence cet après-midi pour un conseil spécial, et j'imagine que vous serez conviée vous aussi, dame Daellin. » La servante s'inclina légèrement en parlant, le visage si chaud qu'on aurait pu y faire cuire un œuf.
L'elfe soupira, « C'est noté. Maintenant si tu veux bien me laisser, j'ai à faire. »
Sur ces paroles, elle referma la porte sans même attendre la réponse de la jeune femme.
Eragon annula le sort qui le maintenait invisible jusque-là, puis se dirigea vers la dragonnière en applaudissant. Cette dernière se retourna vers lui un petit sourire aux lèvres. Elle passa les bras autour du cou du jeune homme, en disant d'une voix qu'elle voulait sensuelle :
« Bon, on a quelque chose à finir je crois... »
Eragon rit en la repoussant gentiment, « Aller, il faut que je me lave si je veux être présentable pour tout à l'heure. »
L'elfe pris une voix innocente, « Je peux venir avec toi ? »
Eragon la ramena jusqu'à la porte, puis lui dit avec un clin d'œil, « Pas aujourd'hui. »
Daellin pris un air vexé, qu'Eragon savait faux, et partit en lui jetant un « Rustre ! » indigné.
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Le conseil des dragonniers était le nom qu'avait donné Galbatorix aux réunions pendant lesquelles l'ensemble des parjures se rassemblaient pour discuter de sujet plus ou moins importants, concernant généralement la sécurité de l'empire.
Ils se déroulaient dans une large pièce adjacente à la salle du trône. A l'intérieur de la pièce se trouvait une grande table de bois et suffisamment de sièges pour que l'ensemble des dragonniers puissent s'asseoir confortablement. Galbatorix présidait généralement en bout de table, tandis que les autres s'asseyaient de chaque côté.
Aujourd'hui n'était que le troisième conseil des dragonniers auquel Eragon assistait, n'ayant pas été considéré assez vieux avant. C'était l'occasion pour lui de revoir les autres dragonniers au service du roi, en dehors de Daellin, qui eux n'habitaient pas dans Uru'baen. Les deux premières fois avaient été plutôt ennuyantes du point de vue du jeune homme, qui n'avait rien à dire concernant l'empire, étant donné qu'il se concentrait principalement sur son entrainement de dragonnier à l'époque. Cependant, si Daellin disait vrai, le conseil d'aujourd'hui risquait de se révéler autrement plus intéressant, avec des décisions importantes à la clé.
Eragon arriva avec Daellin un peu en avance. Des domestiques s'affairaient pour mettre en état la pièce avant l'arrivée du roi, dépoussiérant les chaises et préparant toutes sortes de choses à boire et à manger. Comme les deux premières fois, Eragon suivit Daellin et s'installa près d'elle d'un côté de la table. Pendant que l'elfe s'amusait avec chaque domestique osant passer un peu trop près d'elle, Eragon était dans ses pensées avec Saphira. Il frétillait d'impatience à l'idée de pouvoir se rattraper aux yeux du roi pour son échec à la mission précédente, aussi intentionnel soit cet échec.
« De toute façon, Galbatorix te fera prêter serment pour ta prochaine tâche. N'espère même pas avoir la moindre once de liberté si tu repars en mission. » Intervint sa dragonne, pendant qu'Eragon se faisait toute sorte de films dans sa tête.
« Ne me pourris pas ma journée, s'il te plait Saphira, elle commençait bien jusque-là. » réprimanda Eragon.
Saphira gloussa. « Une matinée avec Daellin et te voilà tout sourire, qu'est-ce que je dois penser moi ? »
Eragon ne lui répondit pas, car il n'y avait rien à répondre. Il appréciait la compagnie de Daellin, c'était la seule véritable personne qu'il pouvait considérer comme une amie en dehors de Saphira, vu que lui et Murtagh n'avait jamais été proche. L'elfe arrivait toujours à le mettre de bonne humeur, alors pourquoi se priver de sa présence quand elle était dans le coin ? De plus, elle paraissait apprécier la compagnie du jeune homme au moins autant.
Il fut interrompu dans ses pensées quand il entendit des bruits de pas et des discussions venant du couloir. Il leva les yeux pour voir le roi entrer dans la pièce, suivi immédiatement de quatre figures caractéristiques, les parjures de Galbatorix. Le roi alla directement s'asseoir à sa place habituelle, en bout de table, pendant que les autres se répartissaient de part et d'autre. Galbatorix congédia les domestiques, puis croisa les doigts sur la table.
« Bien, mes chers amis, je déclare ouvert ce nouveau conseil des dragonniers. Nous avons beaucoup à discuter aujourd'hui. » Il laissait passer son regard sombre sur chacune des personnes présente, s'attardant un peu plus longtemps sur Eragon, qui baissa les yeux.
Comme à chaque début de conseil, chacun des dragonniers expliquait la situation de la partie de l'empire où il vivait, exposant les problèmes s'il y en avait. Ce moment du conseil ennuya vite Eragon, qui lui n'était en charge d'aucun territoire, et n'avait donc rien à dire. Il détailla alors rapidement chaque parjure, essayant de se rappeler s'ils avaient changé depuis la dernière fois qu'il les avait vus. Evidemment, étant donné que la pièce était remplie d'êtres immortels, il n'y avait pas de changement.
Eragon observa le dragonnier à la droite du roi, ayant la parole actuellement. Le jeune fronça les sourcils en l'écoutant. Il s'agissait d'un elfe prénommé Reynor, qui était le bras droit du roi depuis la mort de Morzan. Cheveux noirs assez longs et portant toujours les meilleurs vêtements quel que soit l'événement, il avait une posture presque royale aux yeux d'Eragon. D'ailleurs, maintenant qu'il y pensait, le jeune garçon se souvint que Daellin lui avait dit une fois que Reynor était le fils d'un quelconque noble de la société elfique. Eragon ne l'aimait pas, et l'autre lui rendait bien. Toujours à essayer de s'attirer les bonnes grâces du roi, et crachant sur le moindre humain de l'empire, il répugnait le jeune dragonnier.
Eragon passa ensuite à la dragonnière à la gauche du roi, Lauren. Il s'agissait de la seule humaine du groupe, en plus d'Eragon. Elle avait les cheveux blonds, attachés en un chignon aujourd'hui, et des yeux verts forêt. Les traits de son visages étaient très fin pour une humaine, de même que sa carrure. En fait, si ce n'est pour ses oreilles plus rondes que la moyenne elfique, elle pouvait presque passer pour un membre du beau peuple, et il était clair qu'elle n'était pas fermière avant d'entrer dans la caste. Pour Eragon, elle était dans la même catégorie que Reynor, insupportable. Même si elle était agréable à regarder, le jeune garçon ne supportait pas sa façon de prendre les gens de haut, dont lui et Daellin. Il eut un sourire en se souvenant de la fois où il l'avait défaite à l'épée, l'air meurtrier sur son visage avait été mémorable, et Daellin en avait même fait un fairth.
Le regard d'Eragon se focalisa ensuite sur le dragonnier en face de lui, qui se trouvait être Enduriel, un elfe aux courts cheveux noirs. S'il fallait un clown dans chaque troupe, alors ce rôle était pour Enduriel dans la confrérie des dragonniers. Il était très costaud, surtout pour un elfe, et pas très intelligent, Galbatorix avait même dit un jour que son dragon était plus intelligent que lui. Avec le bannissement des noms ayant ramené les dragons au rang d'animaux, ce n'était définitivement pas une comparaison très flatteuse. Il était un sujet de blague récurrent entre Eragon et Daellin, qui ne perdait jamais une occasion pour se moquer de lui. La moitié du temps, Enduriel ne comprenait pas quand il était sujet de rigolade, et Daellin avait dit une fois qu'il devait avoir du sang humain pour être aussi idiot. Ce qui, quand on connait l'opinion des elfes sur les humains, n'était pas anodin.
Enfin, un peu plus loin de l'autre côté de Daellin se cachait Dumëth. Lui aussi était un elfe, avec des cheveux châtains incroyablement clair, à tel point qu'Eragon avait l'impression qu'ils pouvaient partir en poussière à tout moment. Si Eragon n'appréciait pas les autres dragonniers en dehors de Daellin, il n'avait pas d'opinion sur Dumëth. D'un naturel discret, il semblait plus jeune que les autres parjures, sans compter Eragon. Il ne parlait pas plus que nécessaire aux conseils, et ne semblait pas idolâtrer Galbatorix, ce qui lui faisait gagner des points aux yeux d'Eragon.
Un coup de coude de la part de Daellin fit revenir Eragon au conseil en cours. Il jeta un regard noir à son amie en frottant un peu ses côtes douloureuses. Enduriel avait actuellement la parole, et déblatérait à propos de problèmes de ravitaillement du côté de Belatona, la ville la plus proche de son château personnel.
« ... dû faire ça tout seul, à croire que ces humains sont tous stupides. » acheva-t-il avec dégoût.
Le menton dans la main, Daellin lâcha d'une voix très sérieuse : « Ce qui, venant d'Enduriel, n'est pas peu dire. »
« Exactement, merci Daellin. » dit Enduriel, inconscient de l'ironie de la dragonnière.
Eragon ne tenta même pas de cacher son rire, de même que Reynor alors que Lauren se prenait le front entre les mains, secouant lentement la tête. Eragon crut même apercevoir un sourire sur le visage de Dumëth.
Le roi tapa ensuite dans ses mains, ramenant tout le monde à la réalité :
« Bien, je vois qu'il n'y a pas de problèmes devant être réglés dans l'immédiat, alors passons à ce pourquoi je vous ai convié au départ. » Il s'éclaircit la gorge, puis se pencha un peu par-dessus la table. « On va faire simple, j'en ai marre du Surda. Ou plutôt du fait qu'ils approvisionnent ses minables de Vardens, qui eux agissent directement contre l'empire. Sans l'appui du Surda, les Vardens ne sont rien, alors j'aimerais que l'on trouve un moyen de casser cette liaison. »
Il était de notoriété publique que le Surda, un petit pays au Sud de l'Alagaësia, aidait les Vardens dans leur lutte contre l'empire. Eragon n'y avait jamais été personnellement, et donc n'avait que très peu d'information sur ce royaume. Galbatorix avait jusque-là toléré son existence tant que le Surda ne faisait pas parler de lui, mais le roi pouvait très bien décider un jour d'écraser cette petite résistance. Idée qu'amena immédiatement Reynor, dans sa soif de pouvoir :
« Pourquoi ne pas aller les soumettre par la force ? » demanda-t-il très sérieusement, « Nous sommes largement plus fort qu'eux, mon roi, envoyez simplement deux ou trois d'entre nous et le Surda sera tombé dans la semaine. »
Bien évidemment, Enduriel approuva tout de suite la suggestion. Dès qu'il s'agissait de se battre, il était le premier debout. Eragon jeta un coup d'œil à Daellin, qui se mordait la lèvre pour ne pas rire.
Lauren cependant ne parut pas de cet avis. « On risquerait une guerre civile. Mine de rien, le Surda est assez pratique d'un point de vue commerce avec l'empire, et ce serait dommage de traiter avec des citoyens mécontents. »
Galbatorix semblait lui aussi penser la même chose, et balaya la proposition de Reynor d'un mouvement de la main.
« L'idéal serait de juste les dissuader d'envoyer quoique ce soit vers les Beors. » expliqua le roi, « Les jumeaux m'avaient déjà parlé de convois de ravitaillement traversant régulièrement la partie Est du Surda pour rejoindre les montagnes. »
Eragon fut surpris quand Dumëth pris la parole, ce qui était presque un événement en soi.
« On pourrait envoyer quelques-uns d'entre nous au Surda incognito. » Plusieurs sourcils se levèrent en entendant ça, « Je veux dire qu'on pourrait infiltrer le Surda et essayer de découvrir quels convois attaquer pour les dissuader de ravitailler les Vardens. »
Eragon trouvait l'idée plutôt bonne, mais quelques détails le dérangeaient.
« Et les dragons dans tout ça ? Eux sont relativement peu discrets. »
Dumëth roula des yeux, « Ils ne rentreront pas dans le Surda mais resteront à la frontière, ils trouveront bien de quoi s'occuper en attendant. Réfléchissez, trois d'entre nous rentrons au Surda en nous faisant passer pour des rescapé de l'empire. Ensuite on affirme vouloir rejoindre les Vardens pour lutter contre l'empire, et on se fait embarquer dans un des convois pour récupérer des informations. J'imagine bien qu'ils se méfieront au début, mais on est talentueux et on à la magie avec nous, ça ne devrait pas être impossible. »
L'ensemble de l'assemblé réfléchissait à la proposition, tandis qu'Eragon était quand à lui resté sur la partie concernant les dragons, qui signifiait devoir se séparer de Saphira si jamais il partait. Les autres parjures n'avaient pas la même relation avec leurs dragons que celle que le jeune homme avait avec la dragonne bleue. Se séparer de Saphira pendant ce qui s'annonçait être une longue période ne lui plaisait pas vraiment. D'ailleurs Saphira, qui suivait la conversation depuis l'esprit d'Eragon, ne semblait pas contente non plus.
Par contre Galbatorix semblait lui nettement plus intéressé par l'idée de Dumëth.
« Et qui enverrait tu au Surda parmi vous ? » demanda-t-il à l'elfe, les yeux brillants de curiosité pendant qu'il se grattait la barbe.
Le dragonnier presque blond répondit sur le ton de l'évidence.
« Déjà, je ne pense pas que Lauren et Reynor soit les mieux désignés pour une mission comme celle-là. » Les deux susnommés froncèrent les sourcils en s'apprêtant à répliquer, mais Daellin les coupa d'un geste de la main.
« Aller au Surda signifie se mélanger aux humains et dormir dans des auberges. » Rappela-t-elle en inspectant ses ongles, comme si la discussion ne l'intéressait pas plus que ça.
Son intervention eut l'effet escompté sur les deux autres, qui firent des grimaces de dégoût et approuvèrent. Dumëth repris ensuite :
« Enduriel non plus ne devrait pas partir, car...euh... » Il hésita un peu, « il serait meilleur pour attaquer les convois, plutôt que pour les infiltrer. »
La réponse sembla convenir à Enduriel qui hocha la tête.
Le roi acquiesça lui aussi. « Ce qui nous laisse Daellin, Eragon et toi donc. » Il semblait être parvenu à une conclusion intéressante car un sourire apparut sur son visage, « C'est un bon plan Dumëth, qui mérite d'être étudié. »
Le jeune elfe remercia le roi puis ne dit plus rien. Le reste du conseil passa ensuite à la préparation du voyage jusqu'au Surda et aux détails concernant les rôles de ceux qui devaient infiltrer les convois de surdans. Eragon n'intervint plus du conseil non plus, laissant les détails d'ordre technique aux autres.
-oo0oo-
« Eragon, Daellin, restez un peu. »
Le conseil venait d'être levé, et les dragonniers s'apprêtaient à partir. Le roi souhaitait cependant s'entretenir un peu plus longtemps avec les deux appelés.
Eragon jeta un coup d'œil à Daellin qui avait un air très sérieux, sans la moindre trace de malice. Les deux revinrent vers Galbatorix, encore assis à sa place en bout de table.
« Mon roi... ? » Fit Eragon.
Galbatorix le regarda dans les yeux, et Eragon eut besoin de toute sa volonté pour ne pas fléchir. Les yeux du roi étaient vraiment effrayants.
Il les regarda un moment, en silence, avant de reprendre la parole.
« Ne crois pas, Eragon, que ton précédent échec est oublié. » Le jeune homme frissonna au souvenir de la punition du roi. « Je ne souhaite pas que cela se reproduise, principalement pour toi. C'est pourquoi tu accompagneras Daellin, et sera à ses ordres, pendant que Dumëth partira de son côté. Tu devras lui obéir parfaitement durant cette mission, et je veux un serment. »
Eragon faillit soupirer de soulagement, si ce n'était que ça il pouvait bien accepter. Après tout il avait confiance en Daellin, et ce n'était que pour la durée de la mission. Le jeune plaça sa main au-dessus de sa poitrine et parla en ancien langage :
« Je suivrais les ordres de Daellin, Vel eïnradhin iet ai Shur'tugal. » (Sur ma parole de dragonnier)
Galbatorix parut suspicieux qu'Eragon accepte aussi vite, car il l'observa encore un moment, mais il dut bien admettre que l'ancien langage le forcerait à obéir et hocha la tête en signe de contentement. D'un geste du bras, il les congédia.
Une fois dans le couloir, Eragon souffla à sa camarade :
« Ouf, j'ai cru que ce serait pire. » Il soupira exagérément, ce qui fit rire Daellin, « Bon ce n'est pas tout ça, mais je dois aller voir Saphira, on se voit demain pour les préparatifs. »
Il commença à partir vers l'entrée du château, mais l'elfe lui attrapa le bras :
« Attends, être assis aussi longtemps m'a tendu, j'aurais bien besoin d'un petit massage... »
Eragon roula des yeux et se dégagea, « Dans tes rêves ! » lui lança-t-il par-dessus l'épaule.
« Je pourrais te l'ordonner, tu sais ? » Entendit-il au bout du couloir.
Il ne répondit pas, sachant qu'elle ne le ferait pas, et continua à marcher jusqu'à finalement sortir du palais. Une fois dehors, il inspira un grand coup et appela sa dragonne :
« Saphira ! Les affaires reprennent ! »
Ouf je réussis enfin à le sortir ce chapitre !
J'espère ne pas vous avoir perdu en route, alors continuez à m'envoyer des review pour me donner votre avis. Prenez le temps de commenter, c'est super important pour un auteur, ça nous évite de publier sans savoir si notre travail plait.
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Bisous, et à la prochaine !
Alex
