Disclaimer : Rien ne m'appartient.


Chapitre 7 : Aberon, Vardens et herboriste

Eragon et Daellin mirent plusieurs jours pour traverser le Surda. Ils se trouvaient en ce moment entre Aberon et Lithgow. La chaleur dans ce pays était accablante, il faisait beaucoup plus chaud que dans l'empire en général, et le fait que l'été arrivait n'arrangeant pas les choses. Les deux dragonniers coururent sur la plus grande partie du trajet, dans les plaines arides dépourvues de toutes habitations à l'exception de quelques villages.

Comme durant le trajet jusqu'au Surda, ils dormirent à la belle étoile, ne prenant même plus la peine de dérouler leurs sac de couchage, se contentant de l'épaisseur de l'herbe. Eragon remarqua que le Surda, à la différence de l'empire, ne semblait pas avoir de problème de bandits sur ses terres. Peut-être que la qualité de la vie était suffisamment haute pour éviter ce genre d'activités ?

« Ou alors les surdans ont plus de morale que la plupart des gens de l'empire » avait répondu Daellin quand Eragon lui avait fait la remarque.

Ils durent s'arrêter à Lithgow, une ville surdane de taille moyenne, pour récupérer des chevaux et dormir. En effet, plus Aberon se rapprochait et plus le nombre d'habitation sur la route augmentait, ce qui rendait la possibilité de courir durant la journée difficile. Ils passèrent la nuit dans une auberge en ville, et Eragon demanda cette fois une chambre avec deux lits, se souvenant douloureusement de son réveil à Cithri.

Eragon sentit vaguement le poids à côté de lui se déplacer, mais préféra garder la tête dans l'oreiller. Laissant sa main s'aventurer un peu plus loin, il remarqua qu'il était désormais seul dans le lit. Souriant, il replongea dans un demi-sommeil.

« Eragon. » Une voie l'appela, l'empêchant de dormir correctement. « Debout, le jour se lève. »

Il grogna, dormir un peu plus lui paraissait être une meilleure idée. Il remonta donc la couverture par-dessus lui. Malheureusement, un coup dans les côtes le réveilla complètement. Il ouvra les yeux et eut juste le temps d'apercevoir Daellin en habit de voyage avant qu'elle ne lui jette ses vêtements à la figure.

« Même si j'apprécierais te voir un peu plus longtemps dans cette tenue, » Eragon remonta inconsciemment le drap, sous le regard de l'elfe, « Il faut vraiment qu'on parte. Alors ne te rendors pas. »

Elle tourna ensuite le dos pour ranger leurs affaires dans les sacs. Délaissant ses habits, le jeune homme tenta de se recoucher. Quelques secondes plus tard, il fut heurté en pleine tête par une sphère d'eau glacée.

Eragon fronça les sourcils en se souvenant du rhume qui l'avait accompagné les jours suivant le réveil forcé. Inutile de préciser que le voyage fut assez silencieux entre les deux dragonniers pendant quelques temps, malgré les quelques moqueries de Daellin.

Il jeta un regard à l'elfe, qui observait les autres voyageurs autour d'eux. La proximité d'Aberon rendait les principales routes très utilisées. Ils préférèrent tout de même se mêler à la foule, car c'était encore le meilleur moyen d'entrer dans la ville sans éveiller les soupçons. Voilà donc plusieurs heures qu'ils chevauchaient à faible allure, entourés de surdans de toutes origines.

Daellin ne semblant pas disposée à discuter, Eragon écouta les discussions de deux jeunes femmes devant lui pour essayer de glaner des informations.

« ...vraiment du monde sur la route aujourd'hui, c'est énervant. » s'exclama l'une d'elle en fronçant les sourcils, comme si elle était horripilée par la foule. Elle tentait d'attacher ses cheveux bruns en chignon pendant qu'elle marchait, visiblement sans succès.

« Oh arrête d'être de mauvaise humeur, les gens profitent du beau temps pour aller visiter leurs familles, c'est normal. » Répliqua la blonde à côté d'elle, un petit sourire amusé aux lèvres devant l'attitude de son amie.

« Ils sont pas obligés d'y aller le même jour que nous... » grogna la brune, sous les rires de la blonde.

Cette dernière lui mit un coup de coude.

« Mais réjouis-toi un peu, bon sang, on n'a pas toujours l'occasion d'aller à Aberon ! » dit-elle d'une voie enjouée, « Ca va nous changer un peu de Reavstone, je commençais à en avoir marre de l'air marin. Imagine un peu tout ce qu'on va pouvoir faire, » elle se mit à énumérer un comptant sur ses doigts, « aller voir les marchés, faire toutes les tavernes, visiter le château, rencontrer quelqu'un... »

« Oulah on se calme, on n'est pas venu pour ça je te signale, il faut d'abord qu'on trouve un travail et quelque part où dormir. » Elle regarda son amie, « Et puis tu sais, Alice, ce n'est pas parce que ta sœur vient de se marier que tu dois tout de suite faire pareil. »

« Qui a parlé de mariage ? Tout ce que je veux c'est profiter de l'endroit au maximum, Nell, et... » Ladite Alice réprimanda son amie Nell d'un ton qu'utiliserait une mère envers son enfant.

Roulant des yeux, Eragon se détacha un moment de la conversation, peu intéressante jusque-là. Il entendit cependant Alice dire quelque chose qui ramena son attention vers les jeunes femmes.

« As-tu des nouvelles de ton frère dans l'empire ? Ça fait un moment qu'il n'a pas envoyé une lettre. »

Nell secoua la tête, « Non, la dernière fois que j'ai reçu un message de sa part, c'était pour me dire qu'il partait de Teirm pour Belatona. Depuis, plus rien. »

« C'est sûr que ce n'est pas évident de faire passer des messages dans l'empire en ce moment. » Fit Alice la mine pensive, « Il parait que Galbatorix a renforcé la surveillance sur ses terres, difficile pour les surdans dans ces conditions. »

Nell se rapprocha d'elle et se mit à parler à voix plus basse, pour ne pas qu'on l'entende. Cependant elle ne pouvait pas savoir que l'ouïe d'Eragon était beaucoup plus développée que celle des humains normaux.

« J'ai entendu dire que les dragonniers du roi ont été aperçus près de la frontière, au nord de Cithrí. On dirait bien que Galbatorix prépare quelque chose. »

Alice écarquilla les yeux, et se mit à regarder les gens autour d'elle, « Les parjures ? Oh mon dieu, j'espère qu'ils vont nous laisser tranquille. Ils n'ont jamais attaqué le Surda depuis la sécession. »

« Oui, mais les Vardens n'ont jamais été aussi actifs que ces dernières années. » Annonça Nell, toujours sur le ton de la confidence.

Eragon tendit l'oreille. Il semblerait que les deux surdanes possédaient des informations sur les rebelles, peut-être pourraient-t-elles les guider Daellin et lui jusqu'à leur objectif.

« Tu penses qu'ils vont tenter quelque chose ? » La blonde eut une moue dubitative, « Je veux dire, avec tout le respect que j'ai pour les Vardens, ils ne font pas le poids face aux larbins du roi... »

Eragon grimaça à la l'appellation, mais fut intérieurement flatté d'inspirer la crainte parmi les surdans. Les dragonniers restaient les maitres de l'Alagaësia, quoiqu'on puisse dire. Du coin de l'œil Eragon aperçut Daellin tourner la tête vers les deux surdanes, apparemment intéressée elle aussi par la conversation.

« Ils ont réussi à leurs tenir tête depuis presque un siècle ! Et à l'époque, les parjures étaient treize. » Nell tourna un regard suspicieux vers le jeune homme, qui fit semblant de regarder ailleurs, « En plus, la rumeur parle d'un nouveau dragonnier parmi eux. »

La nouvelle fit presque tomber Eragon de son cheval. Un nouveau dragonnier ? Cela signifiait que le dernier œuf de dragon avait éclos pour quelqu'un parmi les rebelles. Daellin s'était rapprochée de lui et fronçait les sourcils, lui donnant un air peu avenant. L'apparition d'un autre dragonnier parmi les Vardens ne la réjouissait pas, visiblement.

« Ca ne change pas grand-chose au problème. Les parjures sont très entraînés et plus nombreux. Pour moi, le seul salut des Vardens repose chez les elfes, mais personne ne sait où ils se cachent. »

« Ces voleurs de nourrissons ? J'aimerais bien que quelqu'un me prouve qu'il y en encore, parce qu'à part les parjures, ils ont disparu de la circulation. Je compte plus sur les Vardens. »

Et avec raison, pensa Eragon, amusé. Les elfes ne sortiraient pas de leur forêt tant que la situation ne l'exigerait pas. Mais le dragonnier était sûr que la confrontation avec le beau peuple arriverait en temps voulu. Et quand guerre il y aura, ça ne sera pas joli à voir.

Les deux surdanes se remirent à parler de choses plus triviales, ce qui désintéressa les dragonniers. Finalement, ce voyage au Surda se montrait beaucoup plus intéressant que prévu.

-oo0oo-

Lors d'une des dernières soirées avant l'arrivée à Aberon, Daellin était d'humeur joueuse. Alors qu'il s'occupait à préparer un repas décent, Eragon reçut son épée sur la tête. Il fusilla l'elfe du regard, alors que celle-ci lui faisait signe de se lever, lame déjà en main. Eragon secoua la tête, puis retourna à sa préparation.

« Aller Eragon, il faut qu'on garde nos réflexe ! » Supplia l'elfe, sans se départir de son sourire

Eragon soupira, « On est des dragonnier. Même si on ne touchait pas d'épées pendant des années, on serait toujours affutés. »

« D'accord, disons que c'est pour le plaisir de te botter le derrière alors. » lança l'elfe, tentant de faire réagir le jeune homme.

Eragon avait beau savoir qu'il ne fallait jamais répondre à une pique lancée par Daellin, il ne put s'empêcher de répliquer. « Ha, laisse-moi rire, tu sais très bien que je suis presque imbattable épée en main. »

Daellin haussa un sourcil, « Ah oui ? Et sur quoi tu te base pour affirmer ça ? »

« Rappelle-toi la raclée que j'ai mis à Lauren la dernière fois qu'on a croisé le fer. »dit-il sur le ton de l'évidence.

Son amie se mit à rire, « Arrête, Lauren est loin d'être la meilleure épéiste du monde, et tu le sais très bien. Et c'est bien la seule fois où tu t'en es tiré aussi facilement. » Elle eut un temps de réflexion, puis elle ajouta, « Poule mouillé. Saphira doit avoir honte de toi. »

Ce fut ce qui motiva Eragon, car après tout il y avait un moment qu'il ne s'était pas véritablement exercé à l'escrime. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, il était debout devant Daellin, son épée en avant. L'elfe ne parut pas surprise, elle savait que parler de Saphira ferait réagir Eragon.

Elle prononça un sort de protection en ancien langage, pour que les épées ne puissent pas les blesser gravement. Ensuite elle fit son clin d'œil familier au jeune homme, et se lança à l'assaut.

Le vent siffla, et en un instant l'elfe fut sur lui. Les épées cognèrent, et Eragon fut surpris de la force qu'imprégnait Daellin dans ses coups. Elle avait envie d'un vrai duel, et Eragon s'apprêtai à lui donner.

Repoussant la lame de l'elfe, il contre-attaqua, lançant son épée vers l'épaule de son adversaire du soir. Il n'attendit même pas de se faire contrer pour faire un cercle complet avec sa lame, ayant pour objectif de frapper l'elfe au poignet et de la désarmer.

Malheureusement, c'était sans compter sur le fait que Daellin le connaissait sur le bout des doigts. Elle anticipait chacun de ses coups, ripostant dans le bon timing.

A un moment, elle parvint à l'aide d'une esquive, à frapper Eragon au bras gauche. Une trace de sang apparut sous la chemise du jeune homme, et celui grimaça, avant de reprendre plus férocement le combat.

Au final après presque une heure de lutte, Daellin lança une feinte de corps qui déséquilibra le dragonnier. Son pied d'appui glissa un peu, et c'est tout ce qu'il fallait à l'elfe pour le désarmer et lui mettre l'épée sous la gorge.

« Tu es mort. » Dit-elle doucement, sans malice dans la voie.

Plus vexé qu'il ne l'avouerait, Eragon écarta la lame d'un geste sec de la main, et s'apprêtait à aller récupérer sa propre quand Daellin l'arrêta en lui attrapant le bras.

« Attend. » Elle remonta la manche du jeune homme, et passa doigts fins sur la plaie qu'elle lui avait infligée au début du combat. « Waise heill. »

La peau se referma, et Eragon offrit un sourire de remerciement à son amie, qu'elle lui rendit volontiers.

« N'oublie pas ce que je t'ai appris toute ces années. » Elle refit la feinte de corps dans le vide. « Ne te bat pas uniquement avec ton épée, sert toi de ta tête, surprend ! »

Ils discutèrent tactique de combat jusqu'à tard dans la nuit, et Eragon en vint à se dire qu'il devrait s'entraîner plus souvent à l'épée avec son amie.

-oo0oo-

« Eh ! Vous là-bas ! »

Eragon se tendit, mais Daellin qui était à son côté lui intima de continuer à avancer. La foule se faisait dense devant les portes d'Aberon, ce qui avait pour conséquence de ralentir les dragonniers, surtout à cheval.

L'entrée de la capitale du Surda était constituée, comme la plupart des grandes villes, d'une grande porte ouverte la journée uniquement et constamment gardée par des soldats. La porte semblait à première vue comme le seul moyen d'entrer et de sortir de la cité, les grands murs de pierre blanche ne laissant apparaitre aucun autre passage.

Dans l'ensemble, Aberon était une ville de taille impressionnante si l'on prenait en plus en compte la large surface occupée par les faux-bourgs. Située sur un promontoire, on pouvait l'apercevoir de très loin, ce qui attirait forcément de nombreux voyageurs. Le château de Borromeo surplombait la ville de l'intérieur des murs. Gigantesque, ses trois murs concentriques incluaient de nombreuses tours de gardes constituées de lourdes balistes qu'Eragon jugeait capable de blesser plutôt sérieusement un dragon.

C'est avec cette pensée tête qu'Eragon avait suivi Daellin vers la cité. Du grabuge devant lui indiqua au jeune homme qu'il n'était pas la personne interpellée par le garde précédemment, et il s'autorisa un petit soupir de soulagement quand il passa sous l'imposante grille en fer.

« J'en connais un qui a eu peur... » Eragon entendit une voie qui se voulait innocente aux frontières de son esprit. Il abaissa un peu ses barrières et entendit la mélodie douce et envoutante de l'esprit de Daellin. L'esprit de l'elfe n'était en contact que depuis quelques secondes avec le sien, mais Eragon commençait déjà à être un peu enivré. Secouant la tête pour remettre ses pensées en place, Eragon répondit :

« Bon, qu'est-ce qu'on fait maintenant qu'on est rentré dans Aberon ? » Il ne prit pas la peine de nier qu'il avait eu un peu peur, l'elfe ne le croirait pas de toutes façons.

« Je ne sais pas, j'espérais que tu avais une idée. J'en ai marre de réfléchir pour deux... » Eragon roula des yeux, et eu une furieuse envie d'arracher l'éternel sourire goguenard du visage de Daellin.

« Il faut qu'on trouve quelqu'un qui puisse nous renseigner sur les Vardens, mais la ville est grande, ça nous prendrait des semaines pour parler à tout le monde. »

Daellin balaya l'idée de la main, comme si elle chassait une mouche, « Non, évidemment, mais en parlant aux bonnes personnes et aux bons endroits, on trouvera. » Elle leva la tête vers le ciel pour estimer l'heure, puis retourna au jeune homme, « On a encore du temps du temps avant la fin de la journée. Je te propose de nous séparer, on se retrouve dans la soirée pour rassembler les informations. »

Eragon acquiesça, « Ça me va, où est-ce qu'on se rejoint ? On n'a pas encore vraiment vu d'auberge. »

« Ce n'est pas vraiment un problème. Tu as un serment qui te lie à moi, tu me retrouveras au moment voulu, ne t'inquiète pas. » Daellin s'arrêta pour le regarder dans les yeux, sérieuse cette fois ci, « Ne fait pas de bêtise Eragon, on est chez l'ennemi, ça risquerait de ne pas pardonner. Ne te fait pas remarquer et pose les bonnes questions, mais ne fait confiance à personne. Si jamais il y a un problème, n'oublie pas qu'on est des dragonniers, et que personne n'est une menace pour nous. »

Le regard de l'elfe ne flancha pas, et Eragon compris que c'était sa façon à elle de lui dire qu'elle s'inquiétait. Il hocha la tête et fit se retourner son cheval, partant après un dernier coup d'œil vers son amie. Les choses sérieuses commençaient maintenant.

-oo0oo-

Les deux dragonniers s'étaient séparés depuis presque une heure maintenant, et Eragon continuait de déambuler dans les rues d'Aberon. Il avait vendu son cheval dans une écurie contre quelques couronnes, se disant qu'il n'en aurait plus besoin. En effet, se déplacer dans la ville était plus aisé à pied, et s'il devait fuir la cité en urgence, il pourrait toujours courir car cela n'aurait plus d'importance si on le voyait.

Il se trouvait actuellement dans un marché proche d'une des entrées du château. Les surdans allaient et venaient entre les différends vendeurs, regardant les marchandises et tentant de discuter les prix. Eragon se frayait un chemin dans la foule, jouant parfois un peu des coudes, mais faisant généralement profil bas car des gardes patrouillaient les rues à la recherche de fauteurs de troubles.

Eragon cherchait un endroit où il pourrait obtenir des renseignements sur les Vardens, et le marché ne semblait pas être cet endroit. A part quelques paysans crachant leur haine contre l'empire, rien n'était intéressant. Il traversa donc l'ensemble de la rue commerciale, et finit par déboucher dans ce qui semblait être un quartier d'habitation.

A la vue des grandes maisons, Eragon se dit qu'il devait se trouver dans la partie d'Aberon où habitaient les gens les plus aisés. Les rues étaient propres, et les surdans présents étaient habillés avec des vêtements de luxe. En les regardants s'adresser à leurs servant, Eragon se rappela avec sourire qu'il vivait une vie semblable à Uru'baen.

Eragon nota aussi la présence d'un plus grand nombre de soldats qui patrouillaient dans les rues, surement en raison de la proximité du château. Le jeune garçon baissa la tête en passant près d'un garde surdan qui semblait l'observer suspicieusement. Sentant que le regard de l'homme ne le lâchait pas, Eragon se décida à rentrer dans la première boutique qu'il croisa.

Il passa la porte et plusieurs choses le frappèrent. Déjà, il faisait très sombre. Il n'y avait ni bougies ni lanterne, et la seule fenêtre de la pièce d'entrée était obstruée par ce qui semblait être une plante grimpante. Ensuite la boutique était silencieuse et vide, du moins à première vue.

Ne sentant pas de raison de s'inquiéter, Eragon s'avança jusqu'au comptoir où se trouvait une petite cloche. Il s'apprêtait à la sonner quand une petite buche à côté attira son attention. Projetant son esprit vers l'objet, Eragon décela un sortilège de sécurité dessus. Cette boutique se révélait bien plus intéressante d'un seul coup.

« Je ne toucherais pas ça si j'étais toi... » Une voix se fit entendre dans la tête du dragonnier.

Eragon jeta un coup d'œil au chat roulé en boule dans le fond de la pièce. Il l'avait pensé endormi quand il avait passé la porte d'entrée. Faisant abstraction du fait que le chat puisse parler, Eragon répondit :

« Je ne sais pas, elle est intéressante je trouve. »

Le chat ne répondit pas mais Eragon sentait qu'il était observé. Concentra sa magie au niveau de sa main, il saisit la buche doucement. Le sort de défense s'activa et tenta de lui délivrer un choc, mais la magie du jeune homme officia comme protection et il ne ressentit rien. Il souleva la buche à hauteur des yeux et fit mine de l'examiner avant de la reposer.

« Mouai, je m'attendais à mieux en fait. »

Le chat se leva et sauta du meuble sur lequel il était perché, puis se mit à tourner autour d'Eragon en remuant la queue.

« Plutôt futé pour un humain. » dit-il simplement, « Les autres se prennent la décharge à chaque fois, c'est tellement plus drôle. »

Le chat était assez gros quand on le regardait de près, et un déclic se fit dans la tête du dragonnier. C'est un chat garou ! pensa-t-il victorieusement.

« J'imagine que ça doit l'être. » Eragon regarda tout autour de lui, « Sympa comme endroit, on ne s'attend pas vraiment à y trouver un chat-garou. »

Le chat se lécha une patte, tout en fixant Eragon de ses petits yeux.

« Disons simplement que la compagnie est plaisante... »

Quelle compagnie ? pensa le dragonnier.

Au moment où la question lui traversa l'esprit, la porte d'entrée s'ouvrit, faisant sursauter Eragon. Une petite femme aux épais cheveux bouclés entra dans la boutique en transportant tout un tas d'herbes et autres champignons. Elle s'arrêta en voyant le jeune homme, et Eragon se sentit mal à l'aise sous son regard.

« Tiens, un client, ça faisait longtemps. Bienvenue dans mon herboristerie, je suis Angela. » Dit-elle simplement avant d'aller déposer ce qu'elle portait sur le comptoir. Elle se mit à ranger sans tenir compte du garçon pendant un moment. Eragon remarqua que le chat garou était repartit se coucher à l'endroit où il dormait quand le dragonnier était arrivé.

« Evan. » répondit Eragon, ne voulant pas révéler son prénom peu commun.

« Menteur. » répondit la femme du tac au tac, apparemment peu troublée par cela. Eragon ne chercha même pas à démentir. Si elle pouvait deviner qu'il mentait à partir d'un seul mot, ça ne valait pas le coup de continuer.

«Solembum me dit que tu as ignoré son conseil. » Eragon leva un sourcil interrogatif à l'intention de la femme, ne comprenant pas de quoi de quoi elle parlait.

« La bûche, » continua-t-elle, « en général il vaut mieux éviter de la toucher, mais tu me semble en bon état. J'en déduis que j'ai affaire à un magicien. » Elle sembla l'examiner du regard, et Eragon compris que Solembum était le nom du chat-garou.

« Et est-ce que ça change quelque chose ? » Répondit-il, si elle savait qu'il était magicien, c'est qu'elle l'était surement elle-même.

La femme haussa les épaules, « A toi de me le dire. Es-tu un ennemi ? »

La tension diminua d'un seul coup et Eragon laissa échapper un petit rire en entendant la question.

« A priori non, mais qui sait ? » Il désigna le comptoir d'un geste de la main, « C'est une boutique de quoi ici, exactement ? »

« Je te l'ai déjà dit, une herboristerie. Mais en fait, ça dépend des clients, qu'est-ce que tu es venu chercher quand tu es entré ici ? » demanda-t-elle en prenant un couteau pour éplucher ce qui ressemblait vaguement à une pomme de terre.

« Un abri pour échapper à un garde insistant. » Eragon décida d'être honnête, car son interlocutrice semblait pour le moins vive d'esprit.

« C'est vrai qu'ils sont collants dans ce quartier. Les habitants leur graissent la patte pour être mieux protéger des voleurs, du coup les soldats sont suspicieux. Si tu cherchais à voler quelqu'un, je te conseil cet escroc de Fulbert, à deux rues d'ici, tu ne peux pas le rater. » dit-elle sur le ton de la conversation.

« J'y penserais à l'occasion.» Eragon regarda le chat-garou. Si un tel animal appréciait la femme aux cheveux bouclés, c'est qu'elle devait savoir un bon nombre de choses. Elle était peut-être au courant de ce qu'il se passait chez les Vardens ?

« Solembum t'aime bien, » il fut sorti de sa rêverie par la propriétaire de la boutique, « ce qui est rare je dois bien te l'avouer. En fait, tu n'es que la troisième personne à qui il adresse la parole. »

« Eh bien, j'en suis honoré. » Répondit Eragon, pas vraiment sûr de la bonne réponse. Le chat-garou remua la queue.

« Veux-tu que je te prédise ton avenir ? » demanda l'herboriste, le regardant dans les yeux, « Je le fait généralement au vieilles idiotes du quartier qui ont des couronnes à jeter. »

« J'ai bien peur que mon avenir soit illisible, et en plus je n'ai pas tant d'argent que ça. » Il ne croyait pas vraiment qu'elle puisse prédire son véritable avenir.

« En fait, » Elle désigna une boule de crystal au bout du comptoir, « c'est surtout pour le spectacle, ça ne fonctionne pas vraiment. Mais j'ai quelque chose... Attends un instant, je reviens. »

Angela entra hâtivement dans une pièce à l'arrière de la boutique, puis revint un peu essoufflée, portant un petit sac de cuir. Elle le vida sur le comptoir et Eragon découvrit une poignée de petit os, d'à peu près la taille d'un doigt. Plusieurs symboles et runes étaient gravés sur les côtés des os. Avec un choc, Eragon reconnu d'où ils venaient.

« Des os de dragon ? » Demanda-t-il, absolument incrédule, « Où vous les êtes-vous procuré? »

Angela fut surprise, elle aussi, que son client sache reconnaître de tels ossements.

« Décidément, tu n'es pas vraiment le surdan moyen. » Eragon se sentit un peu mal à l'aise sous son regard, mais tenta de ne pas paraître suspicieux. Angela haussa finalement les épaules « Pour répondre à ta question, oui ce sont des os de dragon, les phalanges d'un dragon pour être précis. Je les ai gagné à un jeu de runes, contre un pitoyable magicien qui ne reconnaissait pas leur vraie valeur. Depuis, je ne les ai sortis que deux fois, pour une jeune femme et un mendiant aveugle, les deux autres personnes auxquelles Solembum à adresser la parole. »

« Et qu'ont-ils révélés ? » Le dragonnier était curieux, après tout, les os contenaient la magie des dragons, leurs pouvoirs pouvaient donc être très puissant. Il se demanda ce que penserait Daellin si elle était là. L'elfe accorderait surement peu d'importance aux os, étant donné qu'elle ne se projetait que rarement dans le futur, vivant plus au jour le jour.

« L'avenir. » Répondit l'herboriste, « Je ne te donnerais pas de détails, ce ne sont pas tes affaires. Enfin, veux-tu que je lance les os pour toi ? »

Eragon réfléchit un moment. Dans l'éventualité que cette étrange herboriste soit effectivement capable de lever le voile sur son futur, voulait-il vraiment connaître son avenir ? Et si le destin lui réservait des mauvaises surprises ? Mais d'un autre côté, si ça lui permettait de gagner la confiance d'Angela, pourquoi pas ?

Soudainement plus confiant, il dit, « Lancez les os pour moi. »

Le visage d'Angela devint sérieux, elle ferma les yeux et ses lèvres bougèrent sans bruit. Elle parla ensuite d'une voix forte, « Manin ! Wyrda ! Hugin ! » puis jeta les os sur un tissu placé sur le comptoir. Ils tombèrent les uns sur les autres en brillant légèrement dans la faible luminosité ambiante.

Eragon reconnut la force des mots de l'ancien langage, et n'avait maintenant plus aucun doute sur la valeur des paroles de l'herboriste. Elle n'avait pas mentit, c'était une véritable prédiction.

Après de longues minutes de silence pendant lesquelles elle inspecta son œuvre, Angela se recula un peu et soupira.

« Ceci, » elle désigna les os, « est probablement la lecture la plus difficile que j'ai eu à faire jusqu'à maintenant. Tu avais raison, ton avenir est presque illisible. Jamais je n'avais vu de destin aussi trouble. Cependant, j'ai pu démêler quelques détails. »

Elle fouilla dans son comptoir un instant, et en ressorti une petite outre de vin. Eragon la regarda, un sourcil levé. L'herboriste lui proposa une gorgée, mais le jeune homme déclina, préférant garder l'esprit clair.

Après en avoir bu un peu, Angela désigna un des os, « Je vais commencer par celui-là, car c'est le plus facile à déchiffrer. »

L'os en question portait un symbole, une ligne horizontale avec un cercle reposant dessus. « L'éternité, où une longue vie. » dit Angela calmement. « C'est la première fois que cet os apparait pour l'avenir de quelqu'un. La plupart du temps, c'est l'orme, ou le peuplier, signifiant qu'une personne vivra une vie d'une durée normale. Est-ce que tu vivras très longtemps ou l'éternité ? Je ne sais pas, mais je ne peux pas dire que ça m'étonne. Tu n'es pas un jeune homme ordinaire. »

Pas de surprise ici, je suis dragonnier, pensa Eragon. Il ne dérangea pas Angela qui s'occupait dorénavant d'autres os.

« Maintenant, ça devient plus difficile à lire, car le reste est tombé dans une pile désordonnée. » Elle toucha un ensemble de trois os. « Ici, on a le sentier qui se sépare en deux chemin, l'éclair et la barque. Le sentier nous montre que tu auras des choix importants à faire dans le futur. Il n'y en aura pas beaucoup, mais tu devras choisir sagement. Je vois de grandes batailles se déchainer autour de toi, et tu prendras part à certaines d'entre elle. Je vois les grandes forces de cette terre se battre pour te contrôler, toi et ta destinée. Plusieurs futurs t'attendent, mais tu n'es pas seul à décider de ce qu'il va t'arriver. Fais attention avec qui tu t'associes, car ton destin en dépendra. »

Le visage semblait être devenu triste, comme si l'avenir du dragonnier lui inspirait la pitié. « Et là, il y a l'éclair, qui est un terrible présage. Un triste sort t'attend, que je ne saurais pas distinguer clairement. En tout cas, il est lié à la mort, une mort. Je n'en sais pas plus. Par contre, une grande aventure t'attend. Regarde cet os, tu peux voir qu'il repose sur la barque. C'est impossible de se méprendre là-dessus, ton destin t'amènera à quitter ce pays pour toujours. Je ne sais pas où tu iras, mais tu ne reviendras jamais en Alagaësia. C'est inéluctable. »

De nouveau, les mots ne surprirent pas vraiment le jeune homme, du moins pas les premiers. En tant que dragonnier, parjure qui plus est, il sera inévitablement amené à côtoyer la mort. De près comme de loin. A lui de l'éviter autant que possible.

Par contre, Il fut intrigué par la partie concernant l'Alagaesia. Il ne voyait pas pour quelle raison il devrait quitter sa terre natale. Mais étant donné qu'il vivrait potentiellement une éternité, cela n'arriverait peut-être pas avant mille ans. Eragon décida de ne pas s'en inquiéter tout de suite, mais le garda quand même dans un coin de sa tête.

Angela se frotta les tempes et inspira profondément. « L'os suivant est plus facile à interpréter, et bien plus plaisant. » L'os en question représentait une rose fleurissant dans le croissant d'une lune.

« Une histoire d'amour épique t'attend, extraordinaire, comme l'indique la lune, un symbole magique. Cet amour transcendera les empires, mais je ne peux pas te dire s'il connaitra un heureux dénouement. Par contre, ta bien aimée est de noble naissance. Elle est forte, sage, et plus belle qu'aucune autre. »

Qui aurait cru que de vieux os puissent faire de la poésie ? pensa Eragon, un peu sarcastique. Il ne connaissait à priori personne de noble naissance, si l'on ne comptait pas toute les filles des divers duc et contes vivant à Uru'baen.

Angela, ignorante du fil de pensée du dragonnier, continua sa lecture des os. « Voyons maintenant les deux derniers os, l'arbre et la racine d'aubépine, qui se croisent fortement. Je souhaiterais que ce ne soit pas le cas, car ça ne signifie que des problèmes. Tu seras trahit, par quelqu'un de proche, quelqu'un que tu pensais connaitre. »

Ce qui, encore une fois, n'est pas très précis. Eragon commençait à douter de l'utilité de la prédiction, que l'on pouvait interpréter de multiples façons. A priori, il ne prendrait conscience des faits qu'au moment où ceux-ci se produiront, et ce sans pouvoir en changer le cours.

Angela posa une main sur l'épaule du dragonnier, qui en fut surpris. « Je paierais cher pour savoir qui tu es vraiment, et qu'est-ce qu'il t'arrivera. » Elle désigna successivement du menton Solembum et les os de dragon. « Tu peux parler au chat garou, est très familier avec la magie, et ton avenir est plus qu'intéressant. De plus, peu de jeunes hommes peuvent espérer être aimés par une noble avec les poches vides et des habits comme les tiens. Qui est tu vraiment ? »

Eragon retint un sourire, il avait presque envie de lui répondre honnêtement et de dire son vrai nom à l'herboriste.

« Les noms ont de la valeur. » Finit-il par répondre, après un temps de réflexion.

« Tu connais le miens. » Angela haussa un sourcil, comme si elle le défiait de le contredire.

« Ha, mais je n'ai pas posé la question ! »

Contre toute attente, l'herboriste éclata de rire. Après quelques secondes plier en deux sur le comptoir, elle s'essuya les yeux et pris une nouvelle gorgée de vin. Elle semblait encore lutter intérieurement pour contrôler son fou rire.

« Et qui a dit que les jeunes d'aujourd'hui n'avaient pas d'esprit. Tu me plais bien, même si tu es un mystère. » Elle regarda une horloge dans le fond de la pièce. « Par Helzvog, il est tard. Je vais devoir fermer. »

Eragon approuva, « Pas de problèmes. Merci pour la prédiction. »

« J'espère te recroiser à l'occasion, tu es de plutôt bonne compagnie, ce qui est assez rare dans le coin. »

Après un dernier sourire, Eragon sortit de la boutique. Il fut surprit de voir que le jour se couchait, il avait vraiment passé un moment avec Angela. Vérifiant que des soldats ne l'attendaient pas, il rabattit sa capuche et s'enfonça à nouveau dans les rues d'Aberon.

-oo0oo-

L'heure de retrouver son amie dragonnière approchait, et Eragon se rendit compte qu'il n'était pas du tout renseigné sur l'activité des Vardens. S'il ne voulait pas baisser dans l'estime de Galbatorix, il ferait mieux de s'impliquer sérieusement dans sa mission. Il se décida donc à retourner dans les quartiers plus habités de la capitale du Surda.

Le jour était maintenant presque complètement couché, et les ruelles étaient sombres. Les habitants d'Aberon rentraient maintenant chez eux après avoir fermé leurs boutiques, et seules quelques tavernes étaient encore ouvertes. Ayant quitté les quartiers aisés de la ville, Eragon fut de nouveau plongé dans la populace la plus pauvre. Tantôt il croisait des mendiants quémandant quelques couronnes, tantôt des individus louches tapis dans l'ombre des porches. En d'autres termes, rien de bien reluisant. De plus, les soldats semblaient beaucoup moins nombreux dans ces environs, comme s'ils ne voulaient pas risquer leurs vies dans les bas quartiers.

Se concentrant, Eragon chercha dans son esprit le lien qui le liait à Daellin. A sa grande surprise, il découvrit un petit filament de magie duquel semblait émaner la familière musique de l'esprit de l'elfe. En s'y immergeant un peu, Eragon se sentait légèrement tiré dans une direction particulière.

Il suivit ce lien au fil des rues, bifurquant quand cela lui semblait nécessaire. A un moment, il fut contraint de s'arrêter quand il aperçut plusieurs soldats surdans visiblement saouls qui cherchaient des crosses à des gens dans la rue. Ne voulant pas se retrouver impliqué dans des querelles inutiles, Eragon tourna dans une petite allée sombre adjacente. Il comprit presque immédiatement son erreur quand, arrivé au milieu de la ruelle, un homme sortit d'une porte pour lui boucher le passage. Bien évidemment, Eragon entendit un bruit de porte similaire provenant de derrière lui.

Génial, comme si j'avais besoin de ça.

Il remarqua que l'homme avait une courte épée dans la main, apparemment prêt à s'en servir. Ni une ni deux, le dragonnier sortit lui aussi son épée. Dans l'ombre de la ruelle, on ne voyait pas qu'il s'agissait d'une lame de maître.

L'homme devant lui ricana sombrement.

« Range ça mon gars, si tu sais ce qui est bon pour toi, et puis vide tes poches. »

Eragon sentit la colère monter, mais fit de son mieux pour la contenir. Il était passé très près d'utiliser la magie pour faire disparaître le mécréant, et les mots qu'il avait sur la langue n'auraient pas laissé des traces très propres après lui.

Il jeta rapidement un coup d'œil derrière pour voir que le deuxième bandit ne s'était pas encore approché, avant de se tourner à nouveau vers celui qui avait parlé.

« Ecoute, je ne veux pas d'histoire, alors laisse-moi passer. »

« On s'est mal compris je crois. » L'homme leva son arme à hauteur de tête, « Si tu veux sortir d'ici en un seul morceau, tu fais ce que je te dis, sinon les corbeaux feront un festin de tes entrailles demain. »

Dans un dernier espoir d'éviter le combat, Eragon leva sa main gauche et prononça doucement, « Brisingr. »

Une petite flamme bleue apparut au-dessus de ses doigts, et son agresseur se stoppa dans son élan, surpris.

« Un magicien, hein ? Tu crois vraiment que ton petit tour de passe-passe va me faire peur ? Enfin, je t'aurais prévenu. »

Sur ces mots, il se jeta sur le dragonnier, qui ne recula pas en prenant une posture défensive.

Eragon leva son épée au moment où celle de son adversaire allait lui transpercer le torse. Les lames se rencontrèrent dans une pluie d'étincelle. D'un mouvement circulaire, il repoussa le bandit, puis contre attaqua immédiatement.

Eragon enchaîna plusieurs bottes rapidement, à une vitesse bien supérieur à celle d'un humain normal. A la décharge du voleur, il se défendait plutôt bien. Mais malheureusement pour lui, il fut rapidement débordé par les attaques du dragonnier et, sur une parade trop lente, lâcha son épée. Eragon fit un pas de côté et lui mit un coup à l'arrière de la jambe. Il tomba à genou devant le dragonnier, et leva ses mains comme pour se protéger d'une nouvelle attaque.

Avant qu'il n'ait pu avoir le temps de prononcer une parole, Eragon lui enfonça son épée dans la cage thoracique. L'homme tomba face contre terre, et le dragonnier essuya sa lame sur les vêtements du défunt.

« Je n'ai jamais eu de pitié pour les gens comme toi. » cracha-t-il avec dégoût.

Il fut quand même un peu surpris de sentir aussi indifférent face à la mort. Même s'il avait déjà tué auparavant, il était généralement un peu dérangé d'ôter la vie à un homme. C'était plutôt Saphira qui tuait de sang-froid, mais elle était un dragon, et c'était une seconde nature de son espèce.

En relevant la tête, Eragon aperçut une silhouette s'enfuir de l'autre côté de la ruelle. Il ne prit pas la peine de la poursuivre, même s'il allait probablement prévenir des gardes. Le dragonnier jeta un petit coup d'œil au cadavre baignant dorénavant dans une flaque de sang, et décida de ne pas le bouger, mieux valait gagner du temps. Eragon remit sa capuche sur sa tête et se remit en route. Il parcouru rapidement la ruelle et déboucha sur une rue plus grande.

Le dragonnier continua à déambuler dans Aberon, suivant la direction indiquée par son lien avec Daellin. Au bout d'un moment, il finit par s'arrêter devant une auberge, de laquelle on pouvait entendre des discussions ainsi que de la musique. Sa magie lui indiquait que son amie elfe était proche, il rentra donc dans l'établissement.

L'auberge était plutôt bien remplie. Des soldats discutaient bruyamment autour d'une chope de bière dans un coin de la pièce, pendant que des surdans de toutes sortes se racontaient leurs journées. Eragon fouilla l'ensemble du regard, mais n'aperçut pas Daellin. Il décida de s'installer tranquillement à une table vide en l'attendant.

Une serveuse vint lui demander s'il voulait boire quelque chose. Eragon commanda négligemment un verre de vin surdan, se disant que quitte à être au Surda, autant en profiter.

Il refit un peu sa journée mentalement, et sourit en repensant à sa rencontre quelque peu singulière avec Angela. Bien qu'il soit un peu déçu de n'avoir rien appris de concret, il connaissait la valeur d'une véritable prophétie. Il repassa tout ce que l'herboriste lui avait dit dans sa tête, réfléchissant à la signification de chacune des prédictions. Le dragonnier nota surtout que l'avenir lui réservait des batailles, mais ne s'inquiéta pas plus que ça. En fait, il espérait simplement rentrer le plus rapidement possible pour retrouver Saphira.

« Votre vin monsieur. »

Eragon marmonna vaguement quelque chose de remerciement, toujours dans ses pensées. Il tendit la main vers son verre quand il remarqua que, étrangement, il y en avait deux. Le dragonnier releva la tête et vit en face de lui un visage et des yeux bleus familiers.

Cependant, le sourire ne complétait pas l'ensemble habituel. Daellin le regardait avec un air mécontent, son regard s'attardant sur le bras d'Eragon.

« Que t'est-il arrivé ? Tu es blessé ? » Demanda-t-elle de but en blanc, se saisissant de son poignet.

Elle l'inspecta rapidement, et Eragon remarqua qu'il y avait en effet une tache de sang sur sa manche. Il retira son bras de l'emprise de l'elfe, puis le cacha sous la table.

« Ce n'est pas le mien. J'ai dû me battre contre un voleur pendant que je te cherchais. »

L'elfe haussa un sourcil, « Et tu l'as tué ? »

« Je ne l'ai pas laissé s'échapper, si c'est ce que tu demandes. » Eragon commençait à s'agacer un peu de ces questions. D'ailleurs, Daellin dut le comprendre car elle laissa tomber l'affaire, pour l'instant.

Elle reprit son humeur joyeuse habituelle, levant son verre pour siroter son vin.

« Revenons à nos mouton, as-tu appris quelque chose d'intéressant malgré le peu de temps qu'on avait ? »

Le dragonnier grimaça. « Pas vraiment, un garde me surveillait et j'ai dû me cacher chez une herboriste en attendant. »

« Une herboriste ? »

« Oui, d'ailleurs, elle ne voulait pas me vendre de décoction. » Eragon sourit en y repensant, « Mais par contre, elle m'a prédit mon avenir. »

« Une voyante donc, amusant. » Fit Daellin, pensive. « Il faudrait que j'aille la voir, un de ces quatre. »

Eragon balaya sa suggestion d'un geste de la main, « D'après elle, je vivrais très longtemps. Pas très utile, je pense que même Enduriel aurait pu me le dire. »

Cela eu le mérite de d'amuser l'elfe, beaucoup. Elle éclata de rire, relâchant un peu la tension qu'Eragon commençait à accumuler. D'une certaine manière, c'était comme si ils étaient revenu à Uru'baen, sans mission pesant sur leurs têtes. Daellin inspira un bon coup pour se calmer, puis reprit.

« Bon, ma journée n'a pas été bien plus fructueuse que la tienne. Mais j'aurais au moins appris quelque chose d'important. » Elle regarda un peu autour pour vérifier qu'ils n'étaient pas écoutés. « Je suis passé devant deux forgeron qui discutaient tout à l'heure. Ils étaient en train de parler de cargaisons d'armes qui ne seraient plus envoyés vers l'Est. »

Eragon hocha la tête. « J'imagine qu'elles étaient envoyées vers les Beors, pour les Vardens. Mais pour quelles raisons le Surda arrêterait-il de fournir les rebelles? »

« C'est là que je suis intervenue, j'ai fouillé rapidement l'esprit de l'homme, et j'y ai découvert que les Vardens ne resteront plus pour longtemps dans les montagnes. » Daellin se tut alors qu'une serveuse passait à proximité de leurs table, puis reprit, « Ils arrivent, en ce moment même, pour s'installer au Surda. »

La révélation de la dragonnière mit du temps rentrer dans la tête d'Eragon. Pour quelle raison les rebelles quitteraient leur abri dans les montagnes pour se risquer au Surda ? A moins que...

« Ils ne comptent quand même pas attaquer l'Empire ? » Demanda-t-il, incrédule.

L'idée seule des Vardens envahissant les terres de Galbatorix était ridicule, ils n'étaient pas assez fort, et de loin.

Daellin fronça les sourcils, « C'est ce que j'ai pensé, au départ. Mais peut-être qu'ils ne peuvent tout simplement plus rester dans les montagnes. Dans tous les cas, ça change nos plans. »

« Oui, on n'a plus besoin de s'infiltrer parmi eux, vu qu'ils viennent à nous. » Approuva Eragon. « Ils faudrait avertir Galbatorix. »

« Je me chargerai de prévenir Reynor, il y a un miroir dans la chambre que j'ai loué. » Elle désigna du pouce une porte derrière elle. « En attendant, qu'est-ce que tu dirais de manger quelque chose ? »

Eragon se rendit compte qu'il était affamé. Ils commandèrent donc à une serveuse, et se remirent à discuter.

La suite promet d'être intéressante, pensa distraitement Eragon. Si les Vardens voulaient accélérer les évènements, c'était à leurs risques et périls. Mais Eragon savait mieux que quiconque qu'il ne fallait pas les sous-estimer. L'image d'une elfe aux cheveux noirs et d'un dragon vert apparut dans son esprit, et il savait que ces deux-là ne lâcheraient pas avant d'en avoir fini avec Galbatorix et ses parjures.


*sifflote comme si de rien n'était*
Ah vous êtes encore là !
Comment ça je met trop de temps pour sortir un chapitre ? Je vois pas de quoi vous voulez parler... Ahem, bref.
Oui bon, d'accord j'avais un peu perdu la motivation d'écrire, mais me voilà ! Non ?
Nouveau chapitre, plus long celui là, j'espère qu'il vous plaira.
Je n'ai pas grand chose à dire, commentez le chapitre, fav' si vous aimez la fic, et voilà !
Bisous, et à la prochaine.
Alex