Disclaimer : L'univers d'Eragon appartient à CP, je ne détiens que les OCs
Chapitre 8 : La Main Noire
Comme Daellin l'avait prédit, de nombreux groupes d'hommes et de femmes arrivèrent à Aberon durant les semaines qui suivirent la découverte du plan des Vardens. Ces gens, à défaut de s'installer directement dans la capitale, prirent soin de dresser un campement en dehors de la ville. Aux entrées de ce campement se dressaient plusieurs étendards représentant chacun un dragon blanc portant une rose au-dessus d'une épée pointant vers le bas, l'écusson des rebelles.
Chaque jour, de nouvelles tentes s'ajoutaient à cette masse organisée pour pouvoir loger les nouveaux arrivants, qui se répartissaient entre combattants d'un côté et civils de l'autre. Assez étonnamment, aucune tente de commandement ne semblait se dégager de l'ensemble, mais les aller retours continus de cavaliers entre le château de Borromeo et le camp semblaient indiquer que les dirigeants Vardens logeaient dans l'enceinte d'Aberon, du moins c'est ce que supposait Eragon.
Le jeune homme se trouvait actuellement allongé sur une colline proposant une vue claire et dégagée du baraquement des rebelles. A ses côtés, accroupie, Daellin observait elle aussi les Vardens d'un œil attentif. La vue elfique des deux dragonniers leur permettait de continuer à voir malgré l'avancée du crépuscule, mais bientôt il ferait nuit noire...
Fatigué, Eragon roula sur le dos et passa ses mains derrière sa tête, admirant les étoiles qui apparaissaient progressivement dans le ciel. Pour passer le temps, il essaya tant bien que mal de se rappeler lesquelles correspondaient aux constellations qu'on lui avait enseignées dans jeunesse. Daellin lui jeta un regard en coin, amusée :
« J'en connais un qui s'ennuie. »
Dans un grand moment de maturité, Eragon lui tira la langue.
« Je ne le nie pas, ça va faire bientôt deux semaines qu'on fait ça. » Il étouffa un bâillement dans sa manche. « Et à part compter chaque Varden, on n'a pas appris beaucoup de choses. »
« Normalement, c'est ce soir qu'on est censé rencontrer les hommes de Galbatorix. » rappela l'elfe, « Ils prendront le relais ensuite, et on pourra arrêter l'observation. »
Eragon acquiesça distraitement, se rappelant des nouvelles apportées par Reynor lorsque Daellin lui eut expliqué la situation. Il semblerait que Galbatorix ait envoyé un groupe de magiciens expérimentés au Surda, dans le but d'agir clandestinement contre les Vardens. A l'heure actuelle, les deux compagnons n'en savaient qu'assez peu sur cette caste, si ce n'est qu'ils devaient les rencontrer sur cette même colline cette nuit.
Pendant qu'Eragon était dans ses pensées, Daellin vint s'allonger près de lui, admirant elle aussi le ciel étoilé. Elle leva un doigt vers les cieux, désignant un amas aux contours irréguliers.
« Du Feithrar Nagz... » Murmura-t-elle, sortant Eragon de sa torpeur. « C'est amusant, c'est de loin la constellation la plus visible au Surda. Le ciel est différent ici, ça nous change d'Uru'baen, tu ne trouves pas ? »
« Oui, » approuva le jeune homme, « pour tout te dire, je ne reconnais pas une seule étoile ici, c'est dépaysant. »
Daellin se tourna vers lui, un sourire en coin accroché aux lèvres. Eragon se prépara mentalement à ce qui allait sortir de la bouche de l'elfe.
« Si tu avais ouvert un livre sur l'astronomie un jour, tu en aurais surement reconnu une ou deux. »
« J'en ai déjà lu un, si tu veux tout savoir. » Fit Eragon, un peu vexé, « Le Manin abr Evarinya, dans la bibliothèque de Dras-Leona. »
Daellin rigola, « Ce torchon ? Laisse-moi rire, les hommes ne savent pas décrire le ciel. Tout ce que tu trouveras dans ce livre, si on peut encore appeler ça un livre, ce sont de vulgaires croquis en comparaison de ce qu'on trouve dans la bibliothèque d'Ellesméra. »
Ellesmera ? Cela attira la curiosité d'Eragon. « Tu es donc déjà allée au Du Weldenvarden? »
Daellin agita négligemment la main, comme si elle voulait chasser un mauvais souvenir, « Oui, évidemment, je suis une elfe après tout. Mais bon, j'ai toujours préféré Ilirea. »
« Ah oui ? Pourquoi, quel est le problème de la forêt ? »
Daellin roula sur le côté et mit sa tête dans sa main, « Le même problème que toutes les forêts, trop grande, trop verte, trop calme. A part pour quelques fêtes elfiques, on y perd vite la notion du temps à force de ne rien faire. »
Vu comme ça, pensa Eragon, tout peut avoir l'air négatif.
Il tourna de nouveau les yeux vers les étoiles. « J'aimerais bien visiter cette forêt quand même, voir un peu comment vivent les elfes. »
« Pourquoi faire ? » La voix de Daellin semblait sincèrement étonnée, « Tu me côtoies régulièrement, et je ne suis pas la seule elfe dans l'empire, il y a aussi Reynor, Dumëth... »
« C'est vrai, mais ça n'enlève rien au fait que le Du Weldenvarden m'intrigue. »
Le silence régna pendant quelques instants, aucun des deux n'exprimant le fond de sa pensée. Eragon se demanda soudainement si il vivrait assez longtemps pour connaitre la paix en Alagaesia, pour pouvoir aller où il voulait sans cette peur de se faire embusquer par un quelconque ennemi. Même si Saphira et lui ne craignait presque personne sur cette terre, un peu de calme ne serait pas de refus. Mais avec les elfes et les Vardens, ça n'arriverait pas de sitôt.
Il demanda à son amie dragonnière ce qu'elle en pensait. Daellin lui jeta un regard pensif, tout en se relevant :
« Je ne sais pas, les elfes pourraient attendre jusqu'à la fin des temps sans problèmes, la dessus il n'y a aucun doute, » Elle se mit à enrouler une mèche de cheveux châtain autour de son doigt, un signe distinctif de nervosité chez elle, en faisant les cent pas devant Eragon. « Par contre, les Vardens n'arrêterons pas leurs raids. Les hommes et les nains sont des races impulsives, ils seraient prêts à raser les villes de l'empire une par une pour atteindre leur but. Quand on y réfléchit bien, ça n'est pas pire que ce que Galbatorix a fait. »
Eragon ne répondit rien à cela, ne voulant pas se mettre l'elfe à dos en lui rappelant qu'avoir massacré un ordre entier n'était pas vraiment quelque chose d'anodin. Surtout qu'à priori, Daellin avait pris part à la chute des dragonniers, étant l'une des treize. La caste des dragonniers garantissait l'ordre dans le pays avant la chute, ce que les Vardens cherchaient à rétablir, même si leurs moyens n'étaient pas les bons.
Daellin le regardait les sourcils froncés, « Si tu as quelque chose à dire, alors dis-le ! »
Le ton agressif de sa voix surpris un peu le jeune homme. L'elfe était quand même plutôt difficile à énerver. Mais à ce moment-là, elle semblait vraiment sur les nerfs avec sa posture tendue et son visage impassible. D'ailleurs, elle ne lui laissa pas le temps de répliquer, et continua :
« Tu vas me dire qu'avoir tué les autres dragonniers aux côtés de Galbatorix n'était pas la solution, hein ? Que l'âge d'or ne méritait pas d'être troublé, que tout était parfait ! » Elle agita négativement la tête, « Mais non, quoique tu en penses, tout n'était pas parfait dans le meilleur des mondes, le système était pourri, corrompu jusqu'à la moelle. Les gens de l'empire ne vivaient pas tellement mieux qu'aujourd'hui, et les elfes discriminaient les autres races en toute impunité. Après, ne va pas croire que je me souciais du commun des mortels, loin de là, mais il ne faut pas idolâtrer l'ordre de l'époque, il ne le méritait pas ! »
Elle pointait dorénavant un index accusateur vers le jeune homme, et Eragon dû admettre qu'elle était plutôt impressionnante à ce moment. La Daellin souriante qu'il connaissait depuis toujours à Uru'baen n'était plus là, c'était Daellin la parjure qui avait pris sa place, la Daellin dont les gens avaient peur.
Encore un peu sous le choc de cet accès de fureur, Eragon se releva à son tour, « Daellin, ce n'est pas ce que... » Elle le coupa encore.
« Les gens voient les treize comme des monstres sans cœurs et sans lois, comme les responsables de tous leurs maux. Tu ferais bien de t'y faire Eragon, parce que tu fais aussi partie des parjure, et ils voudront ta peau, un jour ou l'autre. »
Elle laissa son bras retomber le long de son corps, et l'animosité la quitta peu à peu. Eragon jugea qu'il pouvait s'approcher sans trop de danger. Elle avait le regard vide désormais, semblant fixer un point au loin. Ainsi, elle parut surprise de sentir les mains du jeune homme sur ses épaules.
Eragon la regarda dans les yeux, sombres du faites de l'obscurité du soir surdan. Il parla en ancien langage, pour qu'elle ne puisse pas douter de ses propos :
« Tu n'es pas quelqu'un de mauvais Daellin, et je me fiche de ce que tu as pu faire dans la passé. Tu es une de mes seules amies, alors excuse-moi si je t'ai offensé, ce n'était pas mon intention. »
Il essaya de faire passer tout ce qu'il pensait d'elle dans ces paroles, de lui faire comprendre qu'il ne la jugeait pas. Daellin le regarda un instant sans rien dire, au point qu'Eragon redouta de l'avoir véritablement froissée, avant que son sourire familier éclaire son visage. Elle leva une de ses mains jusqu'au visage d'Eragon, et lui dit doucement :
« Excuses acceptées... »
Ils se regardèrent un long moment sans bouger, le silence de la nuit les entourant. Une légère brise fit son apparition et souffla une mèche de cheveux sur le front d'Eragon. Daellin la repoussa avec ses doigts fins et passa sa main dans la nuque du jeune homme. Les deux dragonniers étaient vraiment très proches, à tel point qu'Eragon pouvait sentir le souffle chaud de son amie dans son cou. Retenant un frisson, il remarqua que les yeux en amande de l'elfe semblaient plus sombres, presque noirs...Et cette fois ci, il était sûr que la nuit n'y était pour rien.
Des sentiments contradictoires bataillaient dans la tête du jeune homme, et il ne savait pas quoi faire. S'il agissait par instinct, leur relation ne serait plus jamais la même, et était-il prêt à risquer cela ? En toute honnêteté, Eragon mentirait s'il disait qu'il n'avait jamais vu Daellin comme plus qu'une amie. Elle était belle, drôle, de bonne compagnie, et semblait apprécier Eragon au moins autant qu'il l'appréciait, comme le faisait remarquer Saphira. Mais malgré cela, Eragon ne pouvait s'empêcher de douter.
Daellin prit une inspiration, puis, ne lui laissant pas le choix, approcha lentement son visage de celui du jeune homme. Rassemblant son courage, Eragon fit de même...
Leurs lèvres allaient se toucher quand un craquement de branche les fit revenir à la réalité, et Eragon se retourna vers la provenance du bruit. Un léger crissement l'avertit que Daellin avait sorti son épée de son fourreau, signe qu'il n'avait pas rêvé. L'elfe pointa sa lame dans la direction du bruit tout en jetant un regard en biais à Eragon, un regard qui disait qu'ils n'en avaient pas fini.
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Un groupe de quatre hommes se dirigea vers Eragon et Daellin, tous habillés en noir. Un foulard de la même couleur cachait une partie de leurs visages, les rendant assez intimidants, Eragon dut le reconnaître. Ils marchaient d'une démarche prudente, regardant souvent derrière eux comme des gens qui redoutaient d'être suivis. Ils s'arrêtèrent à bonne distance des deux dragonniers, hors de portée de la lame de Daellin.
L'un d'eux, nota Eragon, portait à la main un bâton de bois ornementé, typique des magiciens originaire de Kuasta, une lointaine cité côtière. C'est d'ailleurs ce dernier qui s'avança au-devant des autres, abaissant son foulard par la même occasion. Eragon tourna la paume de sa main droite vers le haut :
« Brisingr. » prononça-t-il, sous le regard des nouveaux arrivants. Une boule de lumière tirant sur le bleu s'éleva lentement devant le dragonnier, jusqu'à se stabiliser au-dessus de son épaule. La source de lumière permit d'éclairer un peu les alentours, sans pour autant les trahir aux des Vardens, proches dans leur campement.
Les magicien n'eurent pas de réaction particulière à la magie du jeune homme, et se contentèrent de rester en retrait tandis que celui qui s'était avancé posait deux doigts sur ses lèvres. Eragon reconnu la formule de politesse elfique, que Daellin lui avait enseigné quand il était plus jeune.
« Atra esterni ono thelduin, Shur'tugalar. » Il avait un visage que l'on pouvait qualifier de classique, d'ordinaire, avec des cheveux court grisonnant et une barbe de quelques jours. Habillé différemment, il pouvait passer pour n'importe qui, mais peut-être était-ce une de ses habilités ?
Daellin retourna la salutation, après avoir rengainé son épée, puis attendit ensuite que l'autre continue. L'homme parla en ancien langage :
« Salutations dragonniers, mon nom est Drail, fils d'Algar. Mes compagnons et moi-même avons été envoyés au Surda par sa majesté Galbatorix afin de vous rencontrer. »
Eragon hocha la tête. « Je suis Eragon et, bien que vous le sachiez déjà sans doute, voici Daellin. »
Le magicien, Drail, acquiesça. « Nous le savions en effet. » Ces paroles arrachèrent un sourire satisfait à l'elfe.
Dellin parla à son tour, « Et vous êtes ... ? », elle désigna les quatre hommes de la main.
« Dites-moi, dragonniers, avez-vous déjà entendu parler de la Main noire ? »
Eragon connaissait ce nom, il s'agissait d'une secte d'assassins crée par Morzan le dragonnier, père de Murtagh et d'Eragon. Ils furent connus pour avoir traqué et exécuté les opposants au règne de Galbatorix et des parjures, à l'époque où Morzan était encore vivant. Mais quand ce dernier fut assassiné il y a des années, plus personne n'entendit parler d'eux. Au grand désespoir d'Eragon, sa mère Selena fut l'un des premiers membres de la Main Noire.
« Des assassins, principalement des magiciens même si certain savent manier la lame. » Fit Daellin, « Je pensais qu'ils n'étaient plus actifs depuis le décès de Morzan. »
« Nous avons été reformés par Galbatorix il y a peu. » Un des autres magiciens prit la parole, « Et c'est la première fois que Galbatorix fait appel à nous. Nous avons été envoyés au Surda pour mener des agissements contre les rebelles Vardens, sous ordre du roi. »
« Très bien, et j'imagine que vous allez prendre le relais pour la surveillance du campement ? » demanda Eragon, en désignant du menton ledit campement au loin. L'intérieur de ce dernier avait baissé en luminosité et seules les tours de garde étaient parfaitement éclairées, laissant apparaître des sentinelles en arme patrouillant le long des palissades.
« Mes hommes feront leurs rapports sur le camp quotidiennement. » Cela soulagea Eragon et Daellin qui commençait à en avoir plus qu'assez. « Le roi a aussi un message à vous transmettre, il vous informe que vous êtes libre de rentrer dans l'empire quand bon vous semble. »
Un sourire se dessina sur le visage d'Eragon. La perspective de revoir Saphira après de longues semaines d'absence était une nouvelle bienvenue, car un dragonnier n'était pas fait pour vivre sans son dragon.
Il tourna sa tête vers Daellin qui, contre toute attente, paraissait pensive. Elle regardait toujours Drail d'un œil attentif. « Exprime le fond de ta pensée, magicien. Je sens que tu as une requête. »
Une requête ? pensa Eragon, qui se demandait si l'elfe lisait dans les pensées de l'homme.
Drail se gratta le menton, comme s'il se disait la même chose, « Dragonniers, nous souhaitons vous demander de rester encore un peu au Surda, car nous avons besoin de votre aide. »
Il regarda Eragon dans les yeux, « La Main Noire compte supprimer le chef des Varden, Ajihad. Et nous avons besoin de vous pour y arriver. »
Si Eragon fut surpris et très franchement pas très emballé, Daellin, elle, eut un sourire carnassier, « Mais avec plaisir, magicien ! Si tu veux bien nous expliquer ton plan. »
Pendant que Drail s'exécutait, Eragon se demanda pour quelle raison son amie paraissait si avide de donner son aide.
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Durant les jours qui suivirent la rencontre, Eragon passa son temps à étudier le trajet des gardes du château de Borromeo. Les magiciens et Daellin étaient parvenus à la conclusion que le chef, le fameux Ajihad, résidait dans la demeure royale du Surda. L'objectif était de faire entrer discrètement Drail dans le château pour que celui ci puisse agir. Mais bien évidemment, il était presque impossible de rentrer sans se faire repérer.
Outre le grand nombre de soldats surdan dans l'enceinte de la citadelle, des mages scrutaient en permanence les esprits des entrants. Et si par miracle on parvenait à passer ces protections, il fallait aussi prendre en compte l'immensité du château, dans lequel on pouvait se perdre facilement.
Tout cela n'eut pas l'air d'effrayer Drail, qui demanda uniquement qu'on l'aide à passer les gardes et les magiciens. Eragon se dévoua à la tâche car Daellin, bien qu'excellente dans la manipulation de l'esprit, restait une elfe, et serait facilement reconnue.
Il vaut mieux qu'elle couvre nos arrières, pensa Eragon, elle est plus digne de confiance que n'importe quel membre de la Main Noire.
Il observa une dernière relève de garde du coin de l'œil, avant de se lever pour rentrer au repaire dans lequel se rassemblait les membres de la Main Noir pour les rapports.
Les rues d'Aberon grouillaient encore d'activité en ce début d'après-midi, et Eragon se retrouva à déambuler sans but particulier dans les marchés, s'arrêtant de temps en temps pour regarder les articles qui attiraient son regard.
Il finit par déboucher sur la grande place de la ville, qui était un chef d'œuvre d'architecture dans son genre. Avec une immense fontaine en son centre et d'innombrables massifs de fleurs, on reconnaissait parfaitement le goût qu'avaient les humains pour la grandeur, à l'instar de ce que pouvait proposer les nains. D'ailleurs, étant donné la proximité des deux peuples, il n'était pas impossible que des nains aient participé à la construction de la ville.
De nombreux commerces fleurissaient à la périphérie de la place, ajoutant encore plus à sa fréquentation. L'intensité sonore était telle que le dragonnier dût se lancer un sort pour protéger ses oreilles sensibles.
Eragon s'arrêta devant un parterre de lys doré, une variété que l'on ne pouvait trouver qu'au Surda, et que les nobles de l'empire raffolaient. Il détacha doucement une fleur de son plan pour en respirer son arôme. La douceur de celui-ci lui rappela les jardins du Château d'Uru'baen, quand Saphira était encore très jeune, voir même avant qu'elle n'éclose pour lui. C'était l'époque à laquelle il n'avait pas de responsabilité, l'époque à laquelle il n'avait pas prêté serment à Galbatorix, l'époque à laquelle il ne connaissait pas Daellin...
Pendant un instant, Eragon se demanda ce qu'il se passerait si les Vardens finissaient par l'emporter sur l'empire. Les citoyens de l'Alagaësia serait-il vraiment plus heureux ? Il repensa à sa discussion quelque peu houleuse avec Daellin, et ne put s'empêcher de se demander si les rebelles étaient vraiment mieux que Galbatorix. A première vue, la vie du citoyen moyen ne changerait pas vraiment. En fait les seuls pour qui cela serait vraiment différents étaient les parjures, mais la pensée était absurde car si les Vardens gagnaient, cela passait par l'élimination des dragonniers de Galbatorix.
Eragon secoua la tête, frustré de ne pas pouvoir donner de réponse satisfaisante à sa question. Relevant les yeux vers la grande place, il vit qu'une foule de surdan s'était formée, et que la plupart d'entre eux semblaient désigner quelque chose. Il reposa le lys dans le parterre et se dirigea vers la source du bruit.
Arrivé à proximité des surdans, le dragonnier remarqua que l'attention de la foule était tournée vers un point dans le ciel. Les gens parlaient avec excitation, de larges sourires affichés sur leurs visages. En plissant les yeux, Eragon comprit la raison de l'émoi de la foule. Mais pour lui, ce n'était pas réjouissant, absolument pas.
Fendant les cieux de ses larges ailes, une majestueuse créature émeraude se dirigeait vers Aberon. Sur son dos se tenait une fière figure, Eragon pouvait le voir grâce à sa vue elfique. Et même s'il ne pouvait pas encore distinguer les traits de son visage, il ne connaissait que trop bien son identité.
Retenant un frisson, le jeune homme regarda, aux côté de la foule exaltée, le dragon passer au-dessus d'eux et aller se poser dans la cour intérieure du château. La foule de surdan applaudissait maintenant avec ferveur leur dragonnière, en répétant que l'empire n'avait aucune chance et en insultant les parjures de toutes sortes de nom d'oiseau.
Eragon ne se laissait pas distraire par ces commentaires et tourna les talons. Relevant sa capuche en sortant de la place, il jeta régulièrement des coups d'œil derrière lui pour vérifier qu'il n'était pas suivi. Il se dirigea dans les rues d'Aberon en suivant le lien créé par son serment envers Daellin. Chaque surdan qu'il croisa le long de son trajet arborait un air de satisfaction apparente, ce qui irrita le jeune garçon au possible.
Les gens de l'empire n'ont pas le même regard lorsqu'ils nous voient, pensa-t-il sombrement. La réputation des parjures était faite depuis longtemps, et rien ne pourrait la changer.
Il finit par arriver devant une porte en bois on ne peut plus ordinaire, du moins à première vue. Située à l'arrière d'une petite ruelle commerçante, c'était l'endroit parfait pour passer inaperçu, idéal pour une organisation comme la Main Noire. Il toqua quatre fois à la porte, car c'était le mot de passe pour pouvoir entrer. Eragon n'eut pas à attendre longtemps avant qu'elle ne s'ouvre, laissant apparaître un visage vaguement familier aux yeux du dragonnier, bien qu'il ne pût mettre un nom dessus. L'homme le laissa passer tout en regardant si la ruelle était vide, puis referma derrière lui.
L'intérieur du bâtiment était en fait un ancien commerce arrangé pour les besoins de l'organisation. Il y a avait une pièce principale dans laquelle plusieurs tables étaient installées pour toutes sortes de réunion ainsi que des salles adjacentes contenant des chambres et autres nécessités en cas de besoin. Des membres de la Main Noire entraient et sortaient régulièrement, le temps de prendre des ordres de Drail, voir de Daellin quand elle était là.
C'était justement l'elfe qu'Eragon cherchait. Il balaya la salle du regard et, par chance, ses yeux tombèrent sur son amie, assise à l'une des tables. Penchée au-dessus d'un parchemin, elle écrivait quelque chose, mordillant le bout de sa plume de temps en temps. Elle ne semblait pas faire attention aux aller et venue autour d'elle, et ne leva la tête qu'au moment où Eragon s'assit en face d'elle. Ses lèvres s'étirèrent en un sourire à la vue du jeune homme.
« Tiens, mais ne serait-ce pas mon dragonnier préféré ? » Elle reposa la plume dans l'encrier. « Alors Eragon, quoi de beau aujourd'hui ? »
Eragon sourit lui aussi, « Bonjour à toi aussi, Daellin. J'imagine que ma journée a été plus fructueuse que la tienne. », dit-il en regardant le parchemin.
L'elfe regarda elle aussi ce qu'elle écrivait avant qu'il n'arrive, « Surement, je n'ai jamais aimé écrire les rapports. »
La curiosité s'empara du jeune homme, « Un rapport sur quoi ? »
« L'armée des Vardens. » Répondit Daellin. En voyant l'air interloqué d'Eragon, elle élabora, « Principalement sur leur nombre, mais aussi sur leur quantité de magicien, sur la qualité de leur équipement, et beaucoup d'autres chose ennuyantes. Je t'épargne les détails, mais si tu veux mon avis, Galbatorix à un plan, sinon il ne m'aurait pas demandé ça. »
Une salle avec un miroir était installée à l'arrière du quartier général, permettant des communications entre Daellin, Eragon et Galbatorix, bien que ce soit Reynor qui transmettait pour le roi la plupart du temps.
« On a reçu de nouveaux ordres ? » demanda Eragon avidement. Il en avait plus qu'assez du Surda, et Daellin aussi.
« Oui, Je pars bientôt pour l'empire. Demain, pour être exacte, à la première heure. On a besoin de moi. » Avoua l'elfe, sous le regard ennuyé d'Eragon.
« Et j'imagine que je dois rester ? N'as-tu pas vu qui vient d'arriver à Aberon ? » grogna-t-il, « Ça va devenir dangereux pour moi, surtout si je n'ai pas Saphira pour fuir. »
Daellin le regarda les yeux froncés, « Ne t'inquiète pas, tu pourras partir dès que cet escroc de Drail aura fini son œuvre. Ça ne me plait pas spécialement non plus de te laisser là. Je suis vraiment désolée de devoir partir sans toi, Eragon. »
Eragon savait reconnaître de l'inquiétude quand il en voyait, et il fut touché par la sollicitude de l'elfe.
«Ce n'est pas grave, j'espère partir rapidement après toi, je ne voudrais pas te manquer. » Daellin roula les yeux mais ne nia pas.
« J'espère qu'il sera bientôt prêt, » reprit Eragon en parlant du magicien, « Je connais parfaitement l'ensemble des relèves des gardes, ça ne tient maintenant qu'à lui de se procurer un plan du château. »
« Je l'ai aperçu tout à l'heure, il devrait être de retour bientôt. Je crois que l'arrivée de la dragonnière a un peu perturbé ses plans. »
Eragon approuva, « Avec un nouvel ennemi de cette taille, il vaut mieux rester prudent. »
« Rappelle moi le nom de cette elfe veux-tu. » Demanda Daellin.
« C'est Arya. » Il avait parlé à Daellin et les autres parjures de sa rencontre avec la dragonnière elfe lorsqu'il était parti chercher son frère Murtagh en plein territoire Varden. Aucun n'avait semblé reconnaître le nom, même s'il avait semblé familier à quelques-uns, dont Daellin.
Cette dernière eut d'ailleurs la même réaction que la première fois, à savoir une expression pensive.
« La connais-tu ? » Eragon en doutait, mais cela ne coûtait rien de poser la question.
« Je ne pense pas. » Finit-elle par admettre après un temps de réflexion, « Elle est sans doute suffisamment jeune pour être née dans le Du Weldenvarden, car les dragons ne choisissent pas de dragonniers déjà âgés. Et je ne suis pas retournée dans la forêt depuis longtemps, très longtemps. » Elle eut un air un peu nostalgique pendant un moment, avant de continuer « De plus, Arya est un nom plutôt commun chez les elfes. »
La réponse avait du sens, Arya n'avait pas paru vieille aux yeux d'Eragon, mais les elfes portait rarement des traces de l'âge.
« Dans tous les cas, reste prudent. » Annonça Daellin avant de se replonger dans son écriture. Ils ne parlèrent pas beaucoup après ça, et dès que l'elfe eut fini son rapport, ils rentrèrent à l'auberge dans laquelle les deux logeaient.
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Le lendemain, quand Eragon se réveilla, Daellin était déjà partie. Il sentait le lien de son serment diminuer à mesure que l'elfe mettait de la distance entre eux. Un peu déçu qu'elle n'ait pas attendu qu'il se lève, Eragon se rendit au repaire de la Main Noire dans l'espoir de rencontrer Drail.
A son arrivée le magicien n'était pas là, et Eragon décida de prendre son mal en patience en s'asseyant à une table. Quelques membres de l'organisation étaient présents et le saluèrent, mais Eragon répondait distraitement à chaque fois, l'esprit ailleurs. Pour s'occuper il s'amusa à graver négligemment sur la table, avec un couteau, les patrouilles de garde autour du château.
« Dragonnier. » Une voix familière l'appela, venant de l'entrée. Eragon aperçut Drail sur le seuil de la porte, un sac de cuir accroché à l'épaule. Il avait la tête de quelqu'un qu'on venait de sortir du lit, ce qui amusa grandement Eragon.
Il s'approcha de la table puis posa son sac en jetant un œil aux gravures d'Eragon, comprenant ce qu'elles représentaient. Il porta ensuite deux doigts à ses lèvres, et prononça la formule de politesse elfique.
Eragon compléta la salutation, puis désigna la besace du menton. « Une carte du château ? »
Drail hocha la tête, « Entre autre, il y aussi de quoi effectuer un tir précis à distance. » Il regarda les autres tables autour de lui, « Je vois que la dragonnière Daellin est déjà partie. »
« Ne me le rappelle pas. » dit sombrement Eragon, « J'aurais aimé l'imiter, mais nous avons une affaire à régler. J'attends que tu sois prêt. »
« Je le suis, il faudrait simplement m'aider à passer les gardes et les magiciens. Une fois que je suis dedans, je me débrouillerais. »
« Je connais la relève des gardes par cœur, » Eragon montra ce qu'il avait gravé au couteau, « Te faire entrer ne sera pas un problème. Il faudrait juste que je puisse être sûr que tout s'est bien passé, alors je te propose de nous retrouver sur la grande place, près du parterre de lys doré, dès que tu as fini. Qu'en penses-tu ? »
« Ça me va. » Répondit Drail. « On se met en mouvement dans l'après-midi alors, Ajihad sera surement avec le roi Orrin à cette période. » Il tapota son sac pour montrer que la localisation du chef des Vardens ne serait pas un problème.
Le jeune dragonnier acquiesça, heureux de s'activer après de longues journées d'observation. Drail s'excusa ensuite, ayant encore quelques affaires à régler. Eragon le laissa partir, puis sortit à son tour, se dirigeant vers son auberge.
Quelle que soit l'issue, pensa-t-il, je serais parti dans la soirée.
Bien que devoir aider Drail ne l'amusait pas, l'idée de revoir Saphira bientôt lui redonna le sourire. Il se força cependant à rester concentré, car il allait y avoir de l'action, et ce n'était pas vraiment le moment de commettre une erreur.
Cependant, une chose était claire dans l'esprit d'Eragon. Les Vardens ne laisseraient surement pas l'acte impuni. Que Drail réussisse, ou non.
Voilà un nouveau chapitre, avec encore un temps d'attente effroyable. Croyez moi, j'en suis désolé, je n'ai pas d'excuse (ça compte la fainéantise ?).
Pour ce qui est de ce chapitre, ce sera le dernier chapitre de transition. Dans le prochain, il va y avoir de l'action ! J'hésite à changer de PoV pour passer à celui d'Arya du coup, car de toutes façons les deux peuvent être intéressants je pense. Dites moi ce que vous en pensez dans les reviews, après tout, c'est vous qui lisez. Je vais essayer de sortir le chapitre 9 plus tôt la prochaine fois, étant donné qu'il est déjà commencé. Enfin, je vous promet rien quand même.
Bref, merci à tous ceux qui suivent encore cette histoire !
Bisous, et à la prochaine.
Alex
