Disclaimer : Rien ne m'appartient
Chapitre 9 : Un plan presque infaillible
Levant la tête pour estimer l'avancement du jour, Eragon estima qu'il était temps de se mettre en marche. Il se leva et quitta son abri, qui n'était que le palier d'une porte dans une rue proche de la place principale. Apercevant un groupe de surdans qui allait croiser son chemin, le jeune homme rabattit sa capuche sur sa tête.
Certainement futile mais bon, on ne sait jamais. Pensa Eragon.
Et en effet, les hommes le passèrent sans même le regarder, trop occupés à se raconter leurs exploits que ce soit auprès de la gente féminine ou contre un quelconque monstre. Leur démarche ostensiblement vacillante trahissait l'état d'ébriété dans lequel ils étaient. Il faut dire qu'après quelques quintes de bière, la plus banale des histoires se transformait en un récit héroïque.
Cette pensée arracha un sourire à Eragon, les gens ici ne semblaient se soucier de rien, comme s'il ne savait pas qu'ils étaient entourés d'un empire hostile et de dragonniers près à les réduire en poussière. Le constat pouvait être étendu à n'importe quel homme dans la rue, que ce soit le fleuriste ou le tavernier, en passant par les marchands ou les collecteurs d'impôts, tous souriaient quelque peu niaisement, savourant leurs vies comme si rien ne pouvait la troubler.
Ce qui n'était plus vrai pour longtemps.
Eragon arriva sur la grande place d'Aberon qui, comma à son habitude, grouillait de monde. Sans ouvrir la bouche, il lança le sort qui couvrait un peu le bruit ambiant. Le jeune remercia silencieusement Galbatorix pour lui avoir appris à utiliser la magie sans avoir recours à l'ancien langage, même s'il n'était pas capable, comme pouvait l'être Lauren, de lancer des sorts complexes de cette façon.
Esquivant les occasionnels vendeurs ambulant, Eragon se fraya un chemin jusqu'au lieu de rendez-vous avec le chef de la Main Noire. Le parterre de Lys dorés était toujours aussi beau, parfaitement entretenu par les jardinier royaux. Eragon se dit qu'il fallait vraiment qu'il en fasse planter à Uru'Baen
Patientant à côté les bras croisés se trouvait Drail. Le magicien s'était habillé de manière surdane pour l'occasion, pour pouvoir se fondre dans la foule facilement.
Ce qui n'est pas du luxe étant donné sa mission.
A force de le côtoyer régulièrement ces derniers jours, Eragon fut bien obligé d'admettre que Drail était un homme compétent, qui méritait sans doute la confiance que Galbatorix avait placé en lui. Il avait cette capacité à mettre au point des plans complets, qui prenaient en compte chaque possibilité, si infime soit-elle. De plus, si il était membre de la Main Noire, c'était qu'il devait connaître un tant soit peu l'art du combat, par la magie ou par l'épée.
Jetant un regard aux alentours pour vérifier qu'ils n'étaient pas observés, Eragon s'approcha de Drail, sans s'adresser à lui. Celui-ci regarda brièvement Eragon, mais ne parut pas le reconnaître. Etait-il trop bien déguisé ? Eragon n'eut pas le temps de s'interroger plus que ça, car le magicien tourna les talons et commença à se diriger vers le château. Eragon laissa le chef de la Main Noire s'éloigner de quelques pas avant de se mettre à le suivre.
Si tout se passait comme prévu, il risquait d'y avoir de l'agitation dans la capitale du Surda, et nul doute que tout espion de l'empire serait traqué. Mais ce n'était pas vraiment le problème d'Eragon, qui lui devait juste le faire entrer dans le château.
Le plan était relativement simple dans sa conception, c'était l'exécution qui était compliquée. La première partie consistait à faire passer Drail par la porte principale du château de Borromeo, où était postée une garnison de soldats surdans ainsi que plusieurs magiciens.
C'était d'assez loin la partie la plus difficile, notamment à cause des magiciens. Le rôle d'Eragon consistait à couvrir l'esprit de Drail pour qu'il ne paraisse pas suspicieux aux yeux des mages surdans, une tâche que seul un dragonnier ou un elfe pouvait réussir. Cela demandait qu'il entoure l'esprit de Drail du sien, un exploit de finesse en magie commune. Mais heureusement, Eragon était un magicien habile, et il ne doutait pas de ses capacités.
Une fois entré, la seconde partie du plan consistait à diriger Drail dans les jardins du château en prenant soin de ne pas le faire tomber nez à nez avec des gardes. La connaissance des tours de garde d'Eragon combinée à la faculté de dissimulation de Drail devrait faire l'affaire, et Eragon ne s'attendait pas à des difficultés particulières. En théorie, il n'était même pas obligé d'aider le magicien à ce point, mais autant faire le maximum.
Ensuite, c'était le noir absolu pour Eragon, qui n'aurait plus qu'à patienter jusqu'au retour de Drail. En attendant la bonne nouvelle.
Ou la mauvaise, ça dépend du point de vue.
Souriant dans l'ombre de sa capuche, Eragon continua à suivre Drail dans les rues. Il slaloma entre les passants avec une grâce que seul un dragonnier, ou un elfe, pouvait avoir. Durant un instant, il envisagea d'adopter une démarche moins agile, plus naturelle aux yeux des autres. Il balaya cependant l'idée en se disant qu'il ne pouvait pas se permettre de gaspiller sa concentration dans quelque chose d'aussi peu important. De toute façon, il aurait fallu un œil attentif pour l'identifier à sa façon de marcher.
Finalement, les deux compagnons atteignirent le poste de garde délimitant l'entrée du château de Borromeo. Eragon compta rapidement une vingtaine de garde, tous en armes et surveillant scrupuleusement chaque entrant. En revanche, il n'identifia pas les magiciens au premier coup d'œil.
Le dragonnier fronça les sourcils, ils ne pouvaient quand même pas être cachés ?
Eragon fit passer sa conscience prestement sur les soldats présents et se rendit compte que certains d'entre eux dressaient des murs autour de leurs esprits. Dans un éclair de lucidité, il comprit que les magiciens au Surda étaient aussi des soldats, et qu'ils n'étaient pas séparés des autres hommes comme pouvaient l'être ceux de l'empire.
L'idée était bonne, cela permettait de les dissimuler plus facilement, comme Eragon venait le constater.
Reste à savoir s'ils sont compétents.
Bifurquant furtivement dans une ruelle, Eragon attrapa Drail par l'épaule.
« Les magiciens sont parmi les soldats. » annonça-t-il brusquement, « Il faudra que tu sois prudent, je ne pourrai pas être à tes côtés. »
Drail opina, « Très bien, c'est donc ici qu'on se sépare, dragonnier. Retrouvons nous plus tard, près des lys. » Et sur ce, il partit en direction de l'entrée de Borromeo, laissant son compagnon dans la ruelle.
Tapis dans l'ombre, Eragon observa Drail se mêler à la foule amassée devant les grandes portes. Intérieurement, Eragon était soulagé de pouvoir rester à l'écart de tout ce monde. Le magicien était bien plus doué qu'Eragon pour ne pas paraître suspicieux. Aux yeux de n'importe qui, il passait pour n'importe quel homme cherchant à entrer au château pour une audience. De plus, la proximité des surdans ne semblait pas le gêner plus que ça.
Eragon s'adossa au mur derrière lui et ferma les yeux pour se concentrer. Il inspira profondément, et projeta sa conscience vers la foule en expirant, comme il avait l'habitude de le faire. Le dragonnier navigua tranquillement entre les esprits des surdans, lesquels étaient totalement ignorant de sa présence, jusqu'à atteindre celui de Drail, reconnaissable facilement quand on savait quoi chercher.
Eragon resta à proximité le temps pour le magicien de s'approcher des gardes. Peu de temps après, une voix parvint jusqu'à Eragon :
« Halte là ! » La voix était dure et rugueuse, comme celle de quelqu'un ayant déjà connu la guerre, ce qui était certainement le cas « Décline ton identité, vagabond. »
Drail s'arrêta à hauteur des gardes et regarda celui qui lui avait adressé la parole, « Mon nom est très long et peu pratique, soldat, mais je suppose que vous pouvez m'appeler Gerd. »
Le soldat eut une moue dubitative en entendant la réponse mais ne releva pas.
« Très bien, Gerd, et pour quelle raison veux-tu entrer dans Borromeo ? » Il désigna d'un geste de la main d'autre passants en train de se faire contrôler par des gardes, « Désolé de te demander ça, mais les temps qui courent n'incitent pas vraiment à la confiance. »
Apparemment, les surdans ne prenaient aucun risque avec l'arrivée des Vardens dans la capitale. La sécurité était impressionnante dans l'enceinte du château.
Drail hocha la tête à son interlocuteur, « Pas de problème, c'est compréhensible. » Il fouilla rapidement dans sa sacoche un instant sous le regard du garde, et en sortit un rouleau de parchemin agrémenté d'un sceau, « Je suis le représentant de la confrérie des marchands du Sud, installée à Reavstone. Nous souhaitons renégocier les termes de l'accord concernant les convois de marchandises reliant la capitale au Sud du pays, car l'arrivée des Vardens risque d'attirer de nombreux pilleurs. »
Un mensonge qui en vaut bien un autre, pensa Eragon. Au moins, le caractère technique de la demande la rendait crédible.
Le garde se gratta la barbe en lisant la missive, « La confrérie des marchands du Sud, hein ? Je croyais que leur représentant était Lars. » Il leva les yeux vers Drail, qui resta stoïque. « Il ne lui est rien arrivé j'espère ? »
« Absolument pas, il est monté dans la hiérarchie. Il siège en ce moment même au conseil à Reavstone. » Connaissant les méthodes de la Main Noire, Eragon n'eut aucun doute sur le fait que ce Lars était probablement mort et enterré. « J'ai été envoyé pour le remplacer. D'ailleurs, il faudrait saluer de sa part un certain Frederik. »
C'était un pari risqué de la part du magicien, car s'il se trompait sur le nom, la fin serait proche. Heureusement, le garde rit de bon cœur en rendant le parchemin à Drail.
« C'est noté, je lui dirais. »
Eragon se détacha soudainement de la conversation. Il venait de sentir une conscience autre que la sienne effleurer l'esprit de Drail. Comprenant que son compagnon était sur le point d'être sondé, le dragonnier se concentra. Lentement, il entoura l'esprit de Drail avec le sien et utilisa une manipulation bien connu des parjures. Il fit ressortir ses propres émotions et souvenirs à la surface de façon à confondre le magicien surdan. De cette façon, tout magicien tentant de sonder l'esprit du chef de la Main Noire tournerait en rond autour de l'esprit d'Eragon, sans jamais toucher au but. Bien évidemment, cela requérait une grande force magique, ainsi qu'une certaine habilité dans la manipulation des esprits. Sans être un prodige en la matière, Eragon était tout de même capable de désorienter un magicien humain.
La sensation dura quelques minutes durant lesquelles Eragon se concentra parfaitement, plongeant presque dans un état second. Si une personne venait à se trouver à ses côtés dans la ruelle, il n'en saurait absolument rien et serait à sa merci. Pensant n'avoir rien trouvé de suspect, le magicien surdan finit par se retirer, et Eragon put enfin respirer un bon coup : ils avaient passés l'entrée du château.
Eragon retourna dans son corps rapidement, n'aimant pas l'idée d'être sans défenses dans une ruelle sombre. Il ouvrit les yeux et grogna en sentant une douleur dans le bas de son dos. Evidemment, le mur sur lequel il reposait n'était pas droit et il avait une courbature.
Fichue ville, pensa-t-il sombrement. Eragon jeta un coup d'œil à l'entrée du château et tenta d'apercevoir Drail. Il vit l'homme marcher vers le château et soupira, il allait devoir y retourner bientôt, le temps que Drail le contacte cette fois.
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Après avoir un peu récupéré ses esprits, Eragon rabattit sa capuche et quitta la ruelle, il ne voulait pas paraître suspect aux yeux de quelqu'un si on le trouvait en train d'attendre dans l'ombre.
Pas la peine d'attirer l'attention, je n'en ai pas vraiment besoin, et Drail non plus.
Il longea les l'enceinte du château, cherchant un nouvel endroit où il pourrait quitter son corps sans trop de risques de se faire attraper. Mais bien évidemment, le grand mur était parfaitement lisse et de nombreux soldats patrouillant sur les remparts. Eragon dut relâcher sa démarche un peu trop car l'un des gardes semblait l'avoir aperçu et le regardait maintenant suspicieusement.
Eragon jura silencieusement, maudissant sa chance. Le jeune homme continua d'avancer, mais à ce rythme-là, il aurait bientôt fait le tour du château. Il réfléchissait encore à son problème, quand une voix qu'il ne s'attendait absolument pas à entendre l'interpella :
« Evan ! Tiens donc, ça faisait longtemps. »
Un air meurtrier dans les yeux, Eragon se retourna pour se trouver nez à nez avec une petite femme aux cheveux bouclés. Pour une raison absolument obscure à Eragon, elle avait un crapaud dans la main.
Le dragonnier faillit commettre un meurtre sur le champ, il était à présent certain que les dieux en avaient après lui. Inspirant un bon coup pour se calmer, il essaya de sourire à l'herboriste qu'il avait rencontré il y plusieurs semaines déjà, mais il était tellement tendu qu'il ne réussit qu'à lui offrir une grimace.
« Angela. Quelle coïncidence de nous rencontrer au beau milieu de la rue. » Il ne put empêcher le sarcasme de dégouliner de sa voix. Sérieusement, quelle était la probabilité qu'il rencontre l'unique personne dans toute la capitale qui était capable de le reconnaître même avec une capuche ?
Angela ne parut pas se rendre compte qu'il était agacé, ou bien elle était simplement passée outre son ton agressif. « Quelle chance, en effet. Figure toi que je me demandais pas plus tard qu'hier si j'allais te revoir un jour. Je dois dire que tu m'avais intrigué lors de ta dernière visite. » Elle prit un air pensif, « Et unique visite, d'ailleurs. »
Eragon commença à devenir nerveux, il ne pouvait pas se permettre de perdre du temps alors qu'il avait une tâche à accomplir.
« Ecoute Angela, ce n'est pas que je n'ai pas envie de te parler, mais je suis un peu occupé... »
« Balivernes, » le coupa l'herboriste, « On n'est jamais trop occupé pour saluer une vieille connaissance. Et je t'interdis de me traiter de vieille ! » Rajouta-t-elle prestement en se rendant compte de ce qu'elle venait de dire.
Pas le moins du monde amusé, le dragonnier observa la petite femme d'un œil ennuyé. « Il faut croire que si, on peut l'être. Ecoute, je passerais demain à l'herboristerie pour discuter, mais là ce n'est pas possible. »
Il sentait qu'Angela était sur le point de répliquer à nouveau. Il se décida donc à lui poser une question que Saphira elle-même n'aurait pas reniée.
« C'est un crapaud que tu as là, n'est-ce pas ? »
Elle le regarda d'un air soupçonneux, « Oui, et alors ? »
Souriant d'avance, Eragon répondit : « Et es-tu sûre que ce n'est pas une grenouille ? » Devant son incompréhension, il élabora, « Peux-tu me prouver que c'est effectivement un crapaud ? »
Angela ouvrit et refermât plusieurs fois sa bouche, prise de court par l'improbable demande. Eragon n'eut cependant pas le temps de savourer sa petite victoire. En effet il aperçut, en regardant par-dessus l'épaule de son interlocutrice, une patrouille de gardes surdans se diriger vers eux. Le jeune homme n'avait pas besoin de lire leurs esprits pour savoir que sa conversation quelque peu bruyante avec Angela les avait interpellés.
Tournant les talons, il jeta un petit : « A plus tard, Angela. » avant de s'engouffrer dans la première rue l'éloignant du château qu'il trouva.
Eragon se décida à jeter un œil derrière lui, et accéléra le pas quand il vit que les gardes continuaient à le suivre.
Il faut que je quitte les environs du château, je ne peux pas me permettre d'être repéré, pensa-t-il.
Cela l'embêtait vis-à-vis de la mission, car Drail devait déjà être en train de le chercher pour qu'il lui indique un chemin parmi les rondes. Et comme disait l'adage, « quand on parle du Shrrg, on en voit la queue », car au moment où il pensait à lui, Eragon sentit l'esprit du magicien effleurer le sien.
« Dragonnier ? » La voix grave familière du chef de la Main Noire se fit entendre dans l'esprit d'Eragon. La distance entre les deux hommes rendait la communication difficile, et Eragon sentait que Drail était au bout de ses capacités.
« Drail. Je suis désolé, mais il y a eu un petit contretemps et les gardes du château m'ont repéré. Il va falloir que tu débrouilles seul pour la suite. »
Une frustration légère émana de l'esprit du magicien, mais le calme habituel de Drail reprit rapidement le dessus.
« Très bien, je m'en sortirai. On se retrouve sur la grande place d'ici deux heures... »
L'esprit de Drail se retira, et Eragon se retrouva seul à nouveau.
« Eh vous, là-bas ! Arrêtez-vous ! »
Enfin, presque seul...
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Après avoir échappé aux surdans, Eragon était retourné au quartier général de la Main Noire pour pouvoir changer de vêtements. Après sa récente aventure, il ne pouvait pas se permettre de garder les anciens. Surtout s'il devait attendre dans un endroit aussi peuplé que la grande place d'Aberon.
C'était donc près des lys dorés qu'Eragon se trouvait actuellement. Il put encore apprécier la pureté de ces fleurs, tout en pensant intérieurement à ce que dirait Daellin si elle le voyait en train d'admirer des fleurs aussi souvent. Connaissant l'elfe, elle se moquerait certainement de lui.
Les deux heures que Drail avait demandé étaient bientôt écoulées, et Eragon espérait que le magicien reviendrait rapidement. En réalité, le jeune homme se contrefichait qu'Ajihad meure ou non, il était juste préférable de rendre compte à Galbatorix avec une bonne nouvelle. Donc, pour l'humeur du roi, il valait mieux que Drail revienne.
Malheureusement pour Eragon, le temps défila, les secondes se changèrent en minutes, qui se changèrent en heures. On approchait de la fin de la journée à présent, les premiers commerces commençaient à fermer et les gens quittaient la place, et pourtant Drail n'apparaissait pas.
Eragon était un peu mal à l'aise, il ne savait pas quoi faire. Il était censé quitter le Surda après avoir rencontré le magicien. Devait-il partir ? Ou rester jusqu'au lendemain ?
Il était tellement plongé dans ses pensées qu'il ne faisait même plus attention à ce qu'il se passait autour de lui. Il entendit tout juste une voix féminine à quelque pas de lui, qui lui demanda :
« On attend quelqu'un ? »
Si Eragon avait été attentif, il aurait remarqué que la voix était trop chantante pour être normale. Il aurait aussi remarqué qu'il avait déjà entendu cette voix. Mais surtout, il se serait rendu compte que la question était en ancien langage.
Malheureusement Eragon n'était pas attentif, et il répondit lui-même en ancien langage, n'ayant pas senti le piège :
« Oui, et il aurait dû être là il y a un moment. »
Il se rendit compte de son erreur trop tard cependant, et quand il releva la tête, ce fut pour voir une elfe juste devant lui. Une elfe en armure, avec une épée de dragonnier couleur émeraude. Et plus important, une elfe qu'il avait déjà vu, plusieurs fois.
Arya, pensa-t-il avec effroi.
Des milliers de scénarios se succédèrent en pagaille dans la tête d'Eragon, qui sentait la panique monter en lui. Il était dorénavant certain que Drail ne reviendrait pas, il devait être mort, car c'était le seul à connaître le point de rendez-vous. Le magicien avait dû échouer dans sa quête et se faire capturer, puis interroger. Dans tous les cas, Eragon avait maintenant des ennuis.
La dragonnière ne semblait pas encore avoir reconnu à qui elle avait à faire, car les traits d'Eragon étaient toujours dissimulés par le sort qui le faisait ressembler à un humain. Pour l'instant, il devait passer pour un sbire de Galbatorix de base, pas pour Eragon le dragonnier. Un bien maigre avantage, mais le jeune homme ferait avec.
Arya fit un pas vers lui, menaçante :
« Il ne viendra pas. » Dit-elle froidement, étant repassée en langue commune, « Il doit nourrir les corbeaux de la cour à l'heure qu'il est. »
Eragon déglutit visiblement en entendant ça, ce qui ne dut pas échapper aux yeux de l'elfe, qui continua :
« Je n'ai d'ailleurs pas pu en tirer toutes les informations dont j'avais besoin, mais heureusement, je t'ai sous la main. »
« Ça, c'est toi qui le dit, » Eragon tenta de se gagner un peu de temps, « Ça reste encore à voir. »
Arya eu un sourire sinistre, « Oh non, c'est déjà tout vu. »
Eragon se prépara en voyant l'elfe dégainer son épée verte, et ne fut donc pas surpris en sentant Arya se jeter à l'assaut de son esprit avec force.
L'un des avantages d'être devenu dragonnier sous Galbatorix était que le jeune homme possédait une défense mentale presque impénétrable pour quiconque autre que le roi. Les autres parjures pouvaient en dire autant, et à moins qu'ils ne soient pris par surprise, c'était incroyablement difficile de dominer Eragon ou bien Daellin dans ce domaine.
Il encaissa l'attaque brutalement, sans flancher, en se concentrant sur une image des écailles de Saphira. Celles-ci ne laissait quasiment aucune ouverture, et du coin de l'œil il put voir les yeux d'Arya s'écarquiller de surprise. Elle ne devait certainement pas s'attendre à une telle résistance, voir à une résistance tout court.
Elle relâcha la pression mentale et se jeta sur Eragon lame à la main, qui contra en sortant prestement sa lame. Cependant, ce n'était qu'une diversion, et Eragon s'en rendit compte à ses dépens.
Il la vit ouvrir la bouche, et sut instantanément quel sort elle allait lancer. Malheureusement, il était trop tard pour la stopper.
« Carca'er ! » (« Annulation ! »)
Contre son grès, Eragon sentit son visage reprendre sa forme naturelle, plus fine, plus élancée que n'importe quel humain. Il sentit aussi le vent surdan passer sur la pointe de ses oreilles redevenues longues. Grinçant des dents, il se concentra pour repousser l'elfe qui pressait contre sa garde.
Il parvint à pivoter rapidement sur lui-même pour passer sous l'épée de son adversaire, et s'éloigna d'Arya de quelque pas.
Le visage si passif de l'elfe, pour le peu qu'il l'avait vu jusqu'à maintenant, était à présent crispé par la rage.
Elle pointa son épée vers lui, et Eragon put voir que son bras tremblait quelque peu :
« Toi ! » Cracha-t-elle, « Quel culot tu as de venir au Surda planifier un assassinat. »
« Planifier est un bien grand mot. Moi je ne fais qu'appliquer les ordres. » Eragon observa les derniers surdans présents quitter la place et se barricader chez eux. Avec son ouïe fine, il put aussi entendre les armures des soldats cliqueter à mesure qu'ils descendaient du château pour rejoindre l'endroit où se trouvait Eragon.
Arya reprit la parole, « C'est vrai, tu n'es qu'un larbin de Galbatorix après tout. J'aurais dû me douter que tu n'étais pour rien dans cette organisation. Mais ce n'est pas grave, tu vas prendre pour les autres. »
Eragon fut un peu énervé d'être insulté de larbin, et il eut fortement envie de répondre qu'il n'avait pas vraiment eu le choix, mais il s'abstint de tout commentaire. L'elfe avait à peine fermé la bouche qu'un bruit d'aile se fit entendre, trahissant le vol d'une créature massive. A croire que tout le fichu pays était contre Eragon.
Ce qui est probablement le cas, pensa le dragonnier sombrement.
Peu de temps après, il vit le dragon vert d'Arya, dont il avait oublié le nom, atterrir près d'elle en prenant une posture agressive, montrant les crocs. Comme pour essayer d'impressionner Eragon, il souffla un petit jet de flammes vertes dans sa direction.
Eragon leva sa paume droite, et arrêta le feu à un mètre de lui environ. Son cerveau fonctionnait à toute vitesse, cherchant une issue qui ne comprenait ni capture ni mort douloureuse pour lui. Il fallait qu'il quitte Aberon, ça c'était évident. Une fois sorti de la capitale, il ne pourrait pas se faire rattraper par un quelconque cheval, et ses seuls adversaires seront le couple en face de lui actuellement.
Mais comment se débarrasser d'eux ?
Bien que ce soit ridicule étant donné sa situation, Eragon répugnait à blesser un dragon. Peut-être parce qu'il ne pouvait pas supporter de voir Saphira souffrir. Dans tous les cas, cela s'annonçait compliqué...
« Quels étaient tes mots à Farthen Dur, déjà ? » Arya le regardait froidement en parlant, toute trace du petit sourire qu'elle lui avait fait chez les nains ayant disparues, « Ah oui, 'A notre prochaine rencontre, il n'y aura pas de cadeaux', alors n'en attend aucun de ma part, Eragon. »
Un petit sourire monta aux lèvres du jeune homme, « Aucun problème, Arya. »
Le dragon rugit et prit une grande inspiration. Eragon anticipa le coup et se jeta sur le côté, roulant hors de portée de l'enfer de flammes qui étaient déversées sur lui. Il ne tenta pas de bloquer le feu cette fois ci, car s'il voulait s'en sortir, il allait avoir besoin de toute son énergie, et le meilleur moyen d'en économiser était d'esquiver. Il remercia silencieusement Daellin pour ce bon conseil.
Il jeta un regard vers le sol roussi et à moitié fondu et fit une grimace, ses deux opposants ne comptaient vraiment pas se retenir.
Eragon n'eut cependant pas le temps de s'attarder davantage, car un rayon de lumière envoyé par Arya lui rasa l'épaule juste après. Il dut se baisser pour échapper à un autre, puis, décidant qu'il n'allait pas passer la soirée à courir dans tous les sens, se jeta à l'assaut de la dragonnière.
Il était relativement confiant dans ses chances de battre l'elfe à l'épée, après tout il l'avait déjà fait. De plus le corps à corps devrait empêcher le dragon d'intervenir, de peur de blesser sa dragonnière.
Il frappa de son épée, alliant vitesse et précision dans ses coups, forçant Arya à parer tout aussi rapidement. Les lames s'entrechoquèrent dans une pluie étincelles, amenant les deux dragonniers à se regarder droit dans les yeux. Malgré lui, Eragon ne put s'empêcher de trouver Arya très attirante. Avec ses cheveux noirs de jais encadrant son visage fin très elfique et contrastant incroyablement avec ses yeux vert profond, elle dégageait une aura de froideur exotique, qu'Eragon ne retrouvait chez aucun elfe qu'il connaissait. La légère teinte de rose colorant ses joues dû à l'effort ne gâchait absolument rien non plus.
Arya ne devait surement pas avoir le même fil de pensée que le jeune garçon, car elle se dégagea d'Eragon et bondit de quelques pas en arrière avant d'hurler :
« Maintenant, Fírnen ! »
Eragon se maudit de s'être laissé égaré, et leva les yeux pour s'apercevoir que le dragon était à présent en train de voler juste au-dessus des deux épéistes. Si Eragon avait eu raison en pensant qu'il n'attaquerait pas pendant son combat avec Arya, la donne n'était plus la même maintenant que l'elfe s'était éloignée.
Une pluie de flammes s'abattit sur la grande place d'Aberon avec la claire intention de calciner Eragon. Ce dernier essaya d'échapper au déluge ardent, mais fini quand même par se faire brûler au bras gauche. Grognant de douleur, Eragon replia son membre touché sur sa poitrine. Le jeune homme fouilla l'endroit des yeux, à la recherche de solution. Il aperçut la fontaine qui fonctionnait toujours, ce qui lui donna une idée. Il lâcha ensuite son épée, et tendit sa paume droite en direction de ladite fontaine.
« Reisa du adurna ! » Cria-t-il, la vision un peu trouble dû à la douleur. Contre toute attente, la structure en pierre explosa, et une quantité impressionnante d'eau sortie de sous les pavés. L'eau forma une couche quelques mètres au-dessus du sol, bloquant efficacement le feu émeraude.
Le sort tira sur l'énergie d'Eragon, qui sut instinctivement qu'il ne tiendrait pas très longtemps à découvert. Il ramassa rapidement son épée et tourna les talons vers l'autre côté de la place, en prenant bien soin de ne pas relâcher la magie. Le contact entre le feu et l'eau avait produit un épais brouillard que même une vision elfique avait du mal à percer, ce qui lui permit de prendre une rue sans qu'Arya ou Fírnen ne sachent où il était parti.
Eragon entendit les trompes de la ville sonner, et s'étonna qu'elles n'aient pas été déclenchées avant. Les surdans ne voulaient sans doute pas faire peur à la population, qui connaissait une paix relative depuis des années, mais la présence d'un parjure dans la cité avait dû les faire changer d'avis.
Courant dans la rue, Eragon entendit la voix d'Arya hurler des ordres aux soldats surdans arrivés en retard sur la place. Il ne comprit pas tout, mais l'essentiel était clair, ils devaient le trouver et l'éliminer.
L'adrénaline de la confrontation diminuait progressivement, et Eragon ressentait donc de plus en plus la douleur à son bras gauche. Il leva son membre pour l'observer, et déglutit en voyant la chair à vif. Il allait devoir soigner ça avant de continuer.
Le jeune homme s'arrêta pour jeter un coup d'œil à un coin de rue, mais ne vit pas encore de soldats à sa recherche. Il profita de son répit de courte durée et enfonça la porte de ce qui devait être une boulangerie, si l'on en croyait son comptoir présentant encore des traces de farine.
Eragon ne perdit pas de temps. Il referma la porte et s'accroupit pour examiner sa blessure plus attentivement. En théorie, les brulures étaient parmi les blessures les plus simples à traiter, mais le fait que celle-ci ait été infligée par le feu d'un dragon rendait la tache un peu plus complexe.
Il fit passer doucement sa paume droite, qui luisait d'un éclat bleuté, au-dessus de son bras. Pouce par pouce, il répara la chair noircie par les flammes, grimaçant lorsqu'il devait s'attarder à des endroits particulièrement touchés. Il ne pouvait laisser son bras dans cet état s'il voulait être capable de se battre au meilleur de ses capacités. Même s'il était droitier, il appréciait pouvoir lancer des sorts de son autre main, ou encore prendre son épée à deux mains pour asséner des coups plus puissants.
Après quelques minutes d'effort, qui le laissèrent un peu essoufflé, Eragon admira son travail. Son bras ne présentait plus aucune trace de brulure, et la peau était comme neuve. Il testa rapidement son bras, qui était un peu engourdi par la magie et ramassa son épée. Il puisa dans les réserves d'énergie accumulées dans le joyau incrusté dans la garde, ce qui le revigora.
Satisfait, Eragon entreprit de quitter sa cache éphémère. Il entrouvrit la porte, et découvrit que des soldats patrouillaient dorénavant les rues, fouillant les maisons dans lesquels le dragonnier pouvait avoir trouvé refuge.
Eragon se jeta un sort de dissimulation, ne se souciant que son ombre pouvait encore être visible étant donné que les rues étaient plutôt sombres à cette heure avancée. Il ne faisait pas encore nuit, mais les édifices projetaient leurs ombres à terre, permettant de cacher l'unique défaillance du sort d'Eragon.
Le dragonnier sortit discrètement et, se faufilant parmi les soldats, pris la direction de la porte Est d'Aberon.
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Le voyage fut surprenamment tranquille pour Eragon, qui ne fit pas grand-chose à part éviter des gardes tout le long. Aberon était toujours plongé dans un couvre-feu suite à son combat contre Arya, et aucun habitant ne pouvait être aperçut dans les rues.
Les trompes de la ville avaient cessé de retentir dorénavant, et Arya et Fírnen survolait la ville à la recherche d'Eragon, ce qui forçait le jeune homme à rester attentif à chaque fois qu'il entendait un bruit d'aile.
Il arriva au bout d'un moment à la grande porte pour découvrir sans surprise qu'elle fermée et sans doute verrouillée. Il monta rapidement sur le toit d'un petit commerce pour pouvoir observer l'endroit avec une plus grande précision.
Le dragonnier analysa la situation. Le mécanisme d'ouverture de la porte devait se trouver dans le poste de garde adjacent à la porte, mais il lui serait impossible de l'atteindre sans se faire repérer, même avec l'invisibilité partielle, à cause du grand nombre de soldats dépêchés près de la porte. La seule autre solution consistait à forcer l'esprit d'un garde pour le pousser à ouvrir l'entrée, mais des magiciens étaient probablement postés parmi les soldats, sans compter Arya qui pouvait aussi le repérer par l'esprit.
Eragon était donc dans une impasse. Il pouvait retourner sur ses pas et aller demander de l'aide aux membres restants de la Main Noire, mais il ne voulait pas non plus risquer de compromettre ceux qui étaient encore à Aberon, la plupart des magiciens ayant quitté la ville à l'annonce de la mise en action d'Eragon et de Drail.
Je suis vraiment seul dans l'antre des Beors, pensa Eragon, qui maudissait Drail de s'être fait prendre. Il n'avait aucune affinité pour le magicien, et n'était donc absolument pas affecté par sa mort, mais la situation dans laquelle il se trouvait l'ennuyait au plus haut point.
C'était dans sa situation qu'Eragon comprenait à quel point Saphira et lui étaient complémentaires, car avec la dragonne il serait sorti en un rien de temps. Il espérait de tout cœur ne plus jamais avoir à la quitter pendant aussi longtemps.
Penser à sa dragonne donna une idée à Eragon, qui regarda à nouveau les gardes devant la grande porte.
La plupart des soldats surdans devaient être concentrés à proximité des principales entrées d'Aberon, et il y avait fort à parier que d'autres pouvaient rappliquer en cas d'incident. Ses yeux passèrent à présent sur un plan de la muraille entourant la ville, qui était très haut si on le regardait à son pied, mais d'un toit adjacent...
Ça peut marcher.
Un plan commençait à prendre forme dans l'esprit d'Eragon. S'il pouvait distraire suffisamment de soldats, et leur faire croire qu'il cherchait à passer par une porte, il aurait ensuite de la marge de manœuvre pour tenter de sauter à l'aide de magie au-dessus du mur. S'il prenait son élan d'un toit, le saut ne serait pas tellement haut étant donné la taille de certaines maisons de la ville. Ça ne devait pas être bien différent d'un vol avec Saphira, non ?
De toute façon, c'était sa meilleure option, et il fallait donc juste qu'il trouve le meilleur moyen de faire diversion. Encore une fois, c'est en pensant à ce que Saphira ferait à sa place que la réponse lui vint.
Du feu, beaucoup de feu.
Un sourire un peu sadique monta aux lèvres d'Eragon. Il allait finalement rendre à Arya et son maudit dragon la monnaie de leur pièce.
Oh la la, que de retard, jetez moi des tomates !
Bref, pour ceux qui suivent encore, voici le chapitre 9, j'espère qu'il vous a plu. En terme d'événements, on va arriver à la fin de l'Ainé dans le prochain chapitre si tous se passe bien.
Laissez une review si vous avez le temps !
Bisous, et à la prochaine
Alex
