Chapitre 10 : Les prémices de la guerre

« Brisingr ! »

Il y eut une détonation, puis un trait lumineux de couleur bleu vif traversa le ciel d'Aberon. Tous les soldats de la ville le regardèrent filer au-dessus d'eux, tandis que le dragon vert s'immobilisa dans son vol.

La flèche embrasée continua sa course jusqu'à s'écraser sur la grande porte de la capitale surdane. Il y eut comme un flash qui aveugla tous ceux qui regardaient dans cette direction, suivit d'une explosion tout bonnement monumentale. La panique s'empara de la garde, et les soldats se mirent à courir dans le désordre le plus total, ajoutant au chaos ambiant. La grande porte avait été fissurée en plusieurs morceaux qui se fracassèrent sur le sol au milieu de la route.

De là où il était, Eragon pouvait voir Arya jeter des sorts pour limiter les dégâts causés, et pour éviter que les surdans ne se blessent davantage. En effet, le sort d'Eragon avait pour vicieuse particularité de laisser derrière lui des flammes bleues durables sur le lieu de l'explosion, à la manière des flammes des dragons. C'était d'ailleurs Saphira elle-même qui l'avait aidé à mettre au point cette technique.

Le dragonnier ricana de plus belle en voyant ses flammes se propager sur toutes les surfaces adjacentes qui étaient un tant soit peu inflammable. La grande porte de la ville était à l'heure actuelle une magnifique arche de feu bleu, certes artistique mais mortelle. De l'explosion originelle s'échappait des langues de feu qui se propageait aux charpentes en bois et en pailles des maisons proches de la porte. Les rues s'emplirent de civils fuyant la fournaise, et avec eux les soldats furent ordonnés de rejoindre le centre de la ville.

Le moment était donc venu pour Eragon. Sa diversion ayant plus que bien marché, il décida de ne pas s'éterniser plus que ça au Surda. Le jeune homme jeta un rapide coup d'œil dans le ciel pour s'assurer qu'Arya et son dragon étaient occupés ailleurs, puis lança à haute voix :

« Rïsa ! » (« S'élever »)

Instantanément, Eragon décolla vers les cieux. Le dragonnier sentit le sort tirer fort dans ses réserves, mais savait que ça ne durerait pas très longtemps. La particularité de cette technique était que la magie n'était nécessaire que pour décoller, et non pour retomber.

Il se laissa monter encore pendant une minute complète, puis coupa brusquement le flot de magie, arrêtant effectivement son envolée. Il était si haut qu'il pouvait embrasser Aberon d'un seul regard, mais étonnamment, il pouvait encore distinguer ses flammes bleues ravager une partie de la ville. Visiblement, Arya et les surdans n'avaient pas encore trouvé la parade à son tour de passe-passe.

L'espace d'un instant, il eut presque un peu de remord d'avoir jeté son sort, mais il chassa cette pensée rapidement. Après tout, tout le monde essayait de l'éliminer dans ce pays.

Eragon utilisa l'ancien langage pour se diriger pendant sa chute. Il prit bien soin de se laisser planer au maximum pour atterrir le plus loin possible de la capitale surdane. L'air lui fouettant le visage mettait ses yeux au supplice, mais il s'efforçait de les garder ouvert. Sa longue envolée lui avait au moins permis d'entrevoir la route qu'il allait emprunter pour rejoindre Saphira et les forces de Galbatorix. Il savait qu'il devait se diriger vers l'Ouest pour rejoindre une zone géographique appelée les Plaines Brulantes, et qu'il y aurait du renfort là-bas. Eragon s'efforça tant bien que mal de se remémorer ce que lui avait dit Daellin.

-oo0oo-

Le jeune dragonnier était assis à une table dans le quartier général de la Main Noire, à Aberon. Il sirotait nonchalamment une tasse de café en observant les membres de la caste d'assassin effectuer leurs tâches quotidiennes. Lui pouvait se permettre de se relaxer un peu. Sachant qu'il serait sur le départ d'ici quelques jours, il tentait de prendre son mal en patience. Et quoi de mieux pour ça que de narguer les autres un café à la main.

Les membres de la Main Noire qui le surprenaient à épier lui lançaient tous un regard blasé. Ricanant doucement, Eragon jeta un œil à Daellin qui lisait un rapport envoyé par Galbatorix via la Main Noire.

Celle-ci leva les yeux brièvement vers lui, avant de se replonger dans sa lecture.

Eragon était toujours impressionné par le professionnalisme de l'elfe. Elle qui était toujours prompte à la moquerie était maintenant parfaitement stoïque, concentrée sur les tâches qui l'incombait. Il était vraiment difficile d'associer l'elfe joviale d'Uru'baen à la guerrière endurcie se trouvant à ses côtés.

Eragon se décida à engager la conversation, soucieux de savoir ce que Daellin semblait trouver plus intéressant que de se moquer de lui.

« Alors, Daellin, quelles nouvelles de l'Empire ? Aurait-t-on le droit à un retour anticipé ? » demanda Eragon avec, tout de même, un petit espoir.

Daellin eut un petit rire malicieux :

« Si seulement, » répondit-elle, « Mais malheureusement non, ou du moins pas encore. Mais c'est tout de même une nouvelle de grande importance. »

Eragon haussa les sourcils à cela. De grande importance ?

Sentant son incompréhension, l'elfe élabora sa réponse.

« Galbatorix passe à l'action. Enduriel va mener une troupe vers le Surda, à l'Ouest du pays. Ils se rassemblent actuellement du côté de Belatona, et vont marcher sur le Surda par la suite. On va enfin récupérer le contrôle de ses terres qui nous appartiennent. »

Daellin avait dit ça avec un sourire carnassier, comme si l'idée même de la guerre lui procurait une immense satisfaction.

Eragon, quant à lui, n'était pas plus emballé que cela. Tout ce qu'il voulait, c'était retrouver Saphira et vivre une vie tranquille. Mais en même temps, si cela signifiait écraser toutes formes de rébellion au Surda, il ferait le nécessaire.

« Sommes-nous tous les deux attendus au front après notre mission ? »

Daellin secoua la tête, « Non. On repart pour la capitale après notre mission si tout se passe bien, on ne rejoint l'armée aux Plaines Brulantes que s'il y a un accroc. »

Le jeune homme hocha la tête, satisfait de la réponse. Il n'y avait plus qu'à espérer que tout se déroule conformément au plan.

- oo0oo-

Eragon atterrit avec souplesse au milieu d'un petit bosquet, maudissant une nouvelle fois sa chance.

Pour un accroc, c'est un accroc, merci à toi Drail, pensa-t-il cyniquement.

Epoussetant ses vêtements rapidement, il se rendit à nouveau invisible et partit en courant vers l'Ouest, en direction des fameuses Plaines Brulantes. En sprint, il se déplaçait plus rapidement que n'importe quel cheval. S'il arrivait à rester suffisamment discret pour ne pas attirer l'attention, il avait de bonne chance d'arriver en un seul morceau.

Il ne craignait absolument personne dans ce pays, si ce n'était Arya et son dragon, Firnen se rappela-t-il. Mais si ces deux-là le repéraient, c'était fini pour lui. Il grimaça à cette pensée, mourir n'était pas quelque chose qu'il comptait faire dans un futur proche, il avait encore de belles années devant lui.

Vaguement, Eragon se demanda si Murtagh avait été accepté parmi les Vardens. Il avait fait de tels efforts pour arriver jusqu'à eux qu'il serait dommage pour lui de se faire enfermer sous prétexte qu'il était de l'Empire. Ou pire encore…

Eragon grimaça en pensant à ce que les rebelles seraient sans doute capables de faire s'ils apprenaient le lien de parenté entre son frère et Morzan, leur père. Peu de gens savaient que Morzan avait eu des fils, et il valait mieux que cela reste aux oublis. Morzan était un être qui avait été haï presque autant que Galbatorix, et sa mort avait été un soulagement pour les rebelles, mais aussi pour les nombreux citoyens de l'Empire qui subissaient sa folie quotidiennement.

Au final, il était presque heureux de faire partie des parjures qui devaient être les seuls à ne pas les juger, Murtagh et lui, pour les actes de Morzan. Eragon ricana, s'il avait pensé remercier cet imbécile d'Enduriel pour quelque chose un jour…

L'image de son compagnon d'arme elfe ramena Eragon à la réalité. Il devait s'empresser de rejoindre les Plaines Brulantes pour être en sécurité. Il ne savait pas s'il y retrouverait Saphira, mais au moins, les renforts seraient là. Il espérait qu'Enduriel ne serait pas seul pour la bataille qui allait certainement venir, et qu'au moins un des autres de la caste prêterait main forte aux troupes, car si Arya se montrait, un duel n'irait pas en faveur d'Enduriel.

Le rugueux elfe était certes impressionnant, mais contre une fine tacticienne comme Arya, il n'aurait pas l'avantage à l'épée. Et ce n'était sa maîtrise de la magie tout à fait moyenne qui le sauverait. Pour l'avoir déjà affrontée deux fois, il pouvait témoigner de la formidable habileté au combat de la dragonnière des Vardens. Daellin et lui étaient les seuls capables de l'affronter lame en main parmi les parjures, et si l'on rajoutait Firnen à l'équation, il ne restait plus qu'Eragon et Saphira…

Au loin Eragon aperçut un village, et décida qu'il allait y passer la nuit. Après tout, il commençait à être épuisé physiquement et la faim pointait doucement le bout de son nez. Autant repartir en forme le lendemain plutôt que de continuer et risquer de faire une erreur fatale à cause de la fatigue.

Rapidement, il modifia à nouveau les traits de son visage, puis se dirigea, toujours en courant, vers ce village.

-oo0oo-

Eragon finit par ralentir en arrivant près de l'entrée du village. Il décida de se mêler aux gens plutôt que de se faufiler entre les maisons, pour ne pas paraître suspicieux aux yeux des habitants de la bourgade.

Ne prenant pas la peine de mettre sa capuche, il observa attentivement l'endroit. Il s'agissait d'un village de taille moyenne, agencé de manière à ce que les maisons longent la grande route menant vers Aberon. Le flux de surdans devait commencer à se tarir au vu de l'heure avancée, et le jeune homme pu aisément repérer l'auberge du coin, qui était le seul bâtiment de plus d'un étage aux alentours.

Vérifiant machinalement qu'on ne le suivait pas, Eragon poussa la porte d'entrée. Une clochette retentit au moment de l'ouverture, et toutes les têtes se tournèrent vers lui.

Eragon balaya la pièce d'un regard, semblant défier quiconque de venir lui chercher querelle. Il se trouvait dans une salle à manger assez peu spacieuse, avec des tables éparpillées le long des murs à gauche de l'entrée. De l'autre côté se trouvait un comptoir derrière lequel un homme d'imposante stature attendait. Il semblait discuter avec l'un des clients de l'auberge avant l'arrivée du dragonnier.

Surement le gérant, pensa Eragon.

Le jeune homme s'autorisa à souffler un peu, l'adrénaline des évènements récents commençant à retomber doucement. Il se dirigea vers le comptoir d'une démarche un peu raide. Ce qui, au vu de la course qu'il venait de faire, était un moindre mal. Il avait en effet parcouru plusieurs lieues à une allure assez folle.

« Une minute Arold, je m'occupe du nouveau client. »

Le gérant du gite venait de s'adresser à Eragon, et le regardait à présent d'un air interrogateur. Eragon lui répondit avec un salut de la tête.

« Monsieur, j'aurais besoin d'une chambre pour la nuit. » Eragon esperait sincèrement que l'homme en face de lui ne poserait pas trop de question, et qu'il allait le laisser dormir en paix. Surprenamment, c'est exactement ce qu'il fit.

« Il m'en reste quelques-unes, oui » Fit le gérant en hochant la tête. Il sortit une grande chope et la remplit d'une bière brune mousseuse, « Tenez, installez-vous à une table le temps que j'aille préparer une chambre. »

Il laissa la chope sur le comptoir et partit avec un trousseau de clés dans le couloir derrière lui. Eragon le suivit des yeux un moment avant de prendre sa boisson et de s'asseoir à une petite table dans un coin.

De là où il était, il pouvait voir l'ensemble de la pièce sans avoir à tourner la tête. C'était une chose que lui avait appris Daellin, ne jamais tourner le dos à ses ennemis. Et étant donné qu'il n'avait, par définition, que des ennemis dans ce pays, il se devait d'être prudent.

Eragon se décida d'écouter les conversations aux alentours, pour passer le temps. Deux tables devant lui, deux femmes d'une vingtaine d'années discutaient autour d'un repas.

« … spère que tout ira bien, et que c'est une fausse alerte. » Dit la première, un air anxieux sur son visage. Elle avait de long cheveux blonds attachés en une queue de cheval négligée. Elle rognait actuellement ses ongles, un signe de nervosité évident.

La seconde, une brune avec un teint sombre typique des gens du Sud de l'Alagaësia, posa une main sur le bras de son amie. « Ne t'inquiète pas, il y a de bonnes chances que ce soit une fausse alerte. Jamais Galbatorix n'a dérangé le Surda, pourquoi cela changerait aujourd'hui ? »

A la mention du roi, Eragon tendit l'oreille, soudainement intéressé.

La blonde fit une grimace, « D'après les marchands du Sud, toute la garnison de Dauth est prête à se diriger vers les Plaines Brulantes. Ils ne seraient pas sur le qui-vive pour rien. Non, je pense que cette fois ci, c'est sérieux. »

« Alors peut-être que ces maudits vardens vont servir à quelque chose, pour une fois ? » grommela la brune, agacée, « après des années à se cacher, ils finissent enfin par sortir. Ce serait le comble qu'ils se fassent terrasser sans même avoir pu nous porter secours. »

« J'espère surtout que les rumeurs sont vraies, et qu'ils ont bien deux dragonniers dans leurs rangs » fit la blonde, songeuse.

Eragon n'eut pas le loisir de les écouter plus longtemps, car la porte d'entrée de l'auberge s'ouvrit brusquement, faisant sursauter l'intégralité des personnes présentes. Un soldat surdan entra, son épée tirée, et balaya la pièce du regard.

Instinctivement, Eragon renforça les barrières mentales autour de son esprit, ayant appris lors de sa mission à Aberon que les magiciens surdans avait la même apparence que les soldats ordinaires.

Le jeune homme était à peu près certain que ce soldat provenait d'Aberon, et fut quelque peu surpris par la rapidité de celui-ci. Arya avait du bien maitriser son feu magique, et le messager avait donc pu partir immédiatement. Il y avait fort à parier que toutes les autres bourgades aux alentours de la capitale allaient aussi recevoir un avertissement.

Au bout d'un long moment, le surdan finit par prendre la parole :

« Avis à tous, un couvre-feu est mis en place à partir de maintenant. Un parjure de l'empire a réussi à s'infiltrer dans la capitale et, avec des acolytes, a tenté d'assassiner notre roi Orin, ainsi qu'Ajihad, le chef des vardens. »

Ses paroles firent frémir toute la pièce, et les surdans se mirent à chuchoter entre eux, terrifiés à l'idée qu'un parjure ait réussit à pénétrer leur terre.

« Bien heureusement, la tentative de Galbatorix a échoué, et le roi est sain et sauf, » souffla le soldat, lui-même visiblement soulagé, « un magicien du roi a été tué sans avoir pu nous révéler quoi que ce soit si ce n'est un lieu de rendez-vous avec le parjure. Fort heureusement pour nous, Arya, dragonnière des elfes était arrivé peu avant. Elle a réussi à mettre le parjure en déroute, qui a dû utiliser un stratagème pour s'enfuir. Aux dernières nouvelles, il s'est enfui d'Aberon, mais il ne doit pas être bien loin. »

Un homme de grande taille se leva de sa chaise et fit un signe au soldat surdan :

« Et comment pouvons-nous être sûrs qu'il n'est pas parmi nous, en ce moment même. Nous ne connaissons pas son visage. »

Hommes et femmes se remirent à chuchoter de plus belle, et il semblait à Eragon que des regards étaient fixé sur lui. Les cheveux de sa nuque se hissèrent d'eux-mêmes, mais il se força à rester calme. Après tout, il avait fait attention à bien changer son visage.

Le soldat repris la parole :

« Le parjure est tout à fait capable de changer les traits de son visage afin de dissimuler son identité, c'est pourquoi je vous demande d'être très prudent. » Il rangea son épée et fouilla dans la sacoche accrochée à sa ceinture. Au grand dam d'Eragon, il en sortit un fairth à son effigie, « Voici à quoi ressemble le parjure en temps normal, c'est un jeune homme aux traits fins, cheveux et yeux marrons, et des oreilles pointues comme les elfes. Son nom est Eragon, il est le plus jeune des parjures, mais ne le sous-estimez surtout pas, il a prouvé à plusieurs reprises être très dangereux. »

Il mit bien en évidence le fairth pour que l'ensemble des personnes présentes puissent bien le voir. La précision du dessin fascina Eragon, qui avait vraiment l'impression de se regarder dans un miroir. Nul doute que l'auteur était Arya, car il était très difficile de retranscrire avec précision les détails dans un fairth.

Le soldat surdan rangea finalement l'ardoise dans sa sacoche puis, avec un dernier rappel du couvre-feu, quitta l'auberge.

Le tavernier, qui entre temps était revenu, remit la clé de sa chambre à Eragon, qui le remercia. Préférant ne pas s'attarder plus longtemps que nécessaire, le jeune dragonnier alla se coucher, tout en prévoyant une longue journée le lendemain.

-oo0oo-

« Je me contrefiche de savoir où est parti cet Eragon de malheur ! » Vociféra Ajihad, fou de rage, « Le fait est qu'une immense armée de l'empire s'apprête à entrer au Surda à l'ouest, et cette situation est quand même bien plus importante qu'un parjure seul, sans son dragon, qui de toute évidence va nous filer entre les doigts ! »

Orrin carra la mâchoire, lui aussi contrarié. « Un simple parjure qui a presque réduit en cendre une partie du mur le plus solide du Surda. En un seul sort. Alors je vous écoute, Ajihad, que comptez-vous faire ? »

« Envoyons nos troupes à l'ouest. » Le chef des rebelles pointa un endroit sur la carte du Surda posée sur la table autour de laquelle l'assemblée était réunie. « Entre les vardens, les forces surdanes, les nains et Arya et Firnen, nous avons largement de quoi triompher. »

Arya se pinça le bout du nez, exaspérée par les discussions auxquelles elle se devait de participer en tant que dragonnière et représentante des elfes. Dans le coin de son esprit, elle entendit Firnen ricaner.

« Je peux savoir ce qui t'amuse tant, Firnen ? » demanda l'elfe.

Le dragon, qui se prélassait dans la cour sous le soleil brulant du Surda, lui répondit de bonne humeur. « Simplement, petite elfe, que si des dragons avaient pris part à ces discussions, une solution aurait été trouvée en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. »

Arya vit à travers ses yeux un soldat surdan prendre peur quand une flamme verte sortit de la narine du dragon émeraude.

« Vous avez beau être petits, » reprit-il, « Vous, humains, nains et elfe, parlez beaucoup. Et souvent pour ne rien dire. »

Arya n'était pas certaine de comprendre le rapport entre la taille des humains ou des elfes, et le fait qu'ils parlent beaucoup. Mais l'esprit d'un dragon pouvait parfois être tordu, comme elle avait pu l'apprendre pendant toutes ces années auprès de Firnen.

« La situation n'est pas si simple Firnen, Galbatorix a manifestement décidé de passer à l'attaque. C'est une guerre à grande échelle qui se profile pour nous. » Arya était préoccupée par la situation car, aussi confiante soit-elle en ses propres capacités, les forces ennemies était puissantes.

« Nous sommes puissants aussi, Arya. » Fit Firnen, ayant visiblement suivi le fil de pensée de l'elfe, « Les vardens sont nombreux, et ton peuple lui-même se mobilise. Et tu sais bien que les elfes sont bien plus redoutables que les humains. »

« Ce n'est pas cela qui m'inquiète le plus, » avoua Arya, reconnaissant pour la première fois que quelque chose la tracassait, « Le plus effrayant est la présence des parjures et de leurs dragons. Il y a de bonnes chances que plusieurs d'entre eux soient présent au front. Et même si nous sommes forts, je ne vois pas comment on pourrait en combattre ne serait-ce que deux, alors plus… »

Firnen renifla avec dédain, « Certes, mais n'oublie pas que les dragons parjures ont subi le bannissement des noms, et je suis sûr que Thorn et moi sommes capables de nous en débarrasser sans soucis. »

« Nous ne savons pas si Thorn sera là, car si Murtagh et lui sont encore au Du Weldenvarden en ce moment, ils n'arriveront jamais à temps. » Retorqua Arya, « De plus, tu oublies Saphira. Pense tu pouvoir la vaincre elle aussi ? »

« Elle ne sera pas là, » affirma le dragon vert, confiant dans ces propos, « Eragon est encore sur le territoire du Surda, et elle n'a aucun moyen de le contacter pour connaître sa position. Je doute qu'elle puisse se lancer dans une bataille sans lui. Quant à Eragon, il est une cible facile sans sa partenaire, et il n'aura pas la couverture de la ville pour le sauver si on le retrouvait aux Plaines Brulantes. »

Arya pinça ses lèvres à la mention du jeune dragonnier. Il avait encore une fois réussi à la mettre en déroute, même s'il ne l'avait pas battue à proprement parler cette fois-ci. Était-elle vouée à ne jamais triompher contre lui ? Firnen sentit la contrariété de sa partenaire, et se hâta de la rassurer.

« Ne t'inquiète pas, il a beau être fort, il fera une erreur un jour. Et ce jour-là, nous serons là pour le croquer. » Arya put presque voir le sourire carnassier de son compagnon. « A moins que tu ne sois toujours décidée à l'emprisonner vivant ? »

La jeune elfe soupira. Elle avait beaucoup réfléchi à la question d'Eragon et Saphira ces derniers temps, sans jamais trouver de réponse satisfaisante. Le bon sens voudrait qu'elle élimine le dragonnier lié à Galbatorix, pour affaiblir les forces du roi tyran. Mais cela reviendrait à éliminer Saphira par extension, ce qui serait une grave perte pour la race des dragons tout entière. De plus, elle avait toujours ce sentiment que si on le mettait dans des circonstances favorables, Eragon pouvait abandonner le combat, à défaut de rejoindre les vardens. Il donnait vraiment l'impression à Arya de combattre sans conviction.

« Je ne sais plus, Firnen. » Finit-elle par répondre, « La guerre est maintenant bien trop proche pour prendre un risque inutile. Si Eragon veut quitter ce combat, il devra sans doute se défaire seul de ses chaînes. »

Alors que le dragon vert donnait son approbation, Arya revint à la conversation prenant part juste sous ses yeux. Brom venait de prendre la parole, et racontait ce qu'il avait appris au fil des années grâce à son réseau d'espion éparpillé dans toute l'Alagaësia.

« D'après les informations que nous avons pu glaner au fil des années, il semblerait que les parjures n'aient pas changé domicile depuis longtemps. » L'ancien dragonnier indiqua la ville de Belatona sur la carte, « Si ce que je sais est toujours d'actualité, alors il y a de fortes chances que l'armée se dirigeant vers nous soit conduite par Enduriel le parjure. C'est lui qui réside le plus proche du Surda, à Belatona. »

Enduriel, un nom maudit chez les elfes, pensa Arya. L'elfe n'avait jamais fait l'unanimité parmi le peuple de la forêt, et ce ne fut pas vraiment une surprise quand il se retourna contre ceux qui l'ont nourri.

L'histoire des parjures était connue de tous au Du Weldenvarden, la plupart des elfes ayant connu et côtoyé la plupart des dragonniers de leur race, et aperçu de temps ceux humains.

« Il est fort peu probable cependant qu'Enduriel se présente seul au Surda. » Reprit Brom, « Surtout si Galbatorix a eu vent de l'avènement de Murtagh en tant que dragonnier. Un peu plus aux Nord, à Dras-Leona, vit Lauren, la magicienne. Je pense que nous pouvons la compter présente également. »

Arya connaissait Lauren de nom, il s'agissait d'une humaine exceptionnellement douée pour la magie. La rumeur voulait qu'elle fût plus puissante et habile que n'importe quel elfe dans ce domaine, à tel point qu'elle aurait refusé de se faire forger une épée par Rhunön, la forgeronne elfique, estimant qu'elle n'en avait pas besoin pour combattre ses ennemis.

Ajihad demanda alors à Brom la situation des autres parjures.

« Les autres sont bien plus au Nord. D'après mes espions, Reynor règnerait sur Gil'ead et Dumëth sur Ceunon, et je doute que Galbatorix les fassent bouger au vu de la proximité du Du Weldenvarden. » Sentant le regard d'Arya sur lui, Brom ajouta, « Islanzadi est au courant de tout ce que je vous dis, je lui ai fait parvenir un message par le biais des nains. »

Il toussota un peu dans sa longue barbe grise, avant de pointer finalement Uru'Baen :

« Enfin, dans la capitale, en plus du roi, siègerait l'elfe Daellin. Cependant, il est compliqué d'obtenir des informations sur Uru'baen, car le roi possède une sorte de milice contrôlant régulièrement les esprits des habitants. Mais étant donné que Daellin n'est dans aucune autre ville de l'empire, on peut conclure qu'elle se trouve dans la capitale. »

Daellin, l'enfant prodige du peuple elfique. Une redoutable épéiste et magicienne hors pair, douée à tel point qu'on l'annonçait comme successeur de Vrael à la tête de la caste des dragonniers. Sa trahison fut particulièrement difficile à digérer pour les elfes, qui l'avaient admiré. Connue pour son fort tempérament, elle avait été une des premières à se joindre à Galbatorix.

Arya soupira, tant d'elfes qui avaient fini par trahir les leurs. Elle se demanda brièvement ce qui avait pu les pousser à en arriver là, car les rêves de tyrannie de Galbatorix n'avaient quand même pas pu séduire autant de dragonnier. Du moins, elle l'espérait…

« Concentrons-nous plutôt sur la situation à l'Ouest. » Reprit Arya, à l'intention des personnes présentes, « Si ce que tu dis s'avère vrai, Brom, alors je me dois d'accompagner l'armée que vous comptez envoyer. Personne ici à part moi n'est capable d'affronter Enduriel ou Lauren, ce serait un massacre d'envoyer les soldats là-bas sans un dragonnier avec eux. »

Ajihad haussa un sourcil, visiblement dubitatif, « Es-tu sur que cela ne dérangera pas ta reine Arya ? Je n'ai aucun pouvoir sur toi, et les rapports entre les elfes et les vardens ont toujours été quelque peu conflictuels… »

Arya secoua la tête, « Etant donné que votre dragonnier, Murtagh, est en ce moment même au Du Weldenvarden, je ne vois pas d'inconvénient à vous prêter main forte en attendant son retour. Je ne peux pas laisser Galbatorix et ses sbires marcher sur le Surda sans rien faire. »

Son discours lui valut des murmures approbatifs, les dirigeants surdans et vardens sachant reconnaitre un acte de bonne foi à sa juste valeur.

« Je vous laisse organiser la mobilisation des forces, prévenez-moi quand il faudra se mettre en route. » Sur ces mots, et avec un petit salut de la tête, Arya quitta la pièce avec l'intention d'aller voler avec Firnen.

Autant profiter des bons moments tant qu'il est encore temps, pensa l'elfe.

-oo0oo-

Au loin, Eragon pouvait apercevoir les multiples lueurs orangées caractéristiques d'un camp militaire, de l'autre côté de la rivière Jiet, qui marquait la frontière entre le Surda et l'Empire. Comme lui-même se trouvait en territoire surdan, il déduisit que c'était l'armée censé être menée par Enduriel, même s'il ne parvenait pas à distinguer les bannières d'aussi loin dans la nuit.

Le jeune homme commençait à être sérieusement fatigué après les longues journées de courses qu'il avait dû endurer. Seule la perspective de retrouver Saphira au plus vite lui avait donné de l'énergie.

Eragon regarda avec appréhension le Jiet. Le courant était très fort à cet endroit, et il était vraiment épuisé. Mais il n'avait pas le choix, il devait traverser. Il se demanda quel était pour lui le meilleur moyen d'économiser son énergie en traversant. Il allait quoiqu'il en soit devoir passer par la case magie, étant donné que traverser à la nage relevait du suicide.

En réfléchissant, Eragon se maudit de ne pas avoir le talent de Lauren, elle aurait sans aucun doute été capable de stopper le cours de l'eau puis de l'écarter le temps de son passage. Le jeune homme grimaça, il allait devoir être un peu moins grandiose.

Au final, il se contenta de geler une partie de la surface de l'eau. Il traversa rapidement en courant, avant que la force de la rivière ne brise son pont improvisé. Parcourant rapidement le peu de distance qui le séparait du camp, Eragon s'arrêta devant une des entrées de ce dernier. Il s'avança sous la lumière de la tour de garde, permettant au soldat posté en haut de l'apercevoir.

« Halte ! » hurla-t-il, « Qui va là ? »

Eragon pouvait maintenant voir le blason de l'empire un peu partout, que ce soit sur des bannières suspendues aux murs ou les armures des gardes.

« Un ami. » Répondit simplement Eragon, « Qui est votre chef ici ? »

Le garde fit un signe de la main en direction de derrière la porte, qui coulissa pour laisser passer quatre autres soldats. Ces derniers avaient tiré leurs lames, et encadrèrent Eragon. Le jeune homme haussa un sourcil à ça, mais ne fit rien pour les en empêcher.

S'ils savaient que je pouvais les balayer d'un revers de la main, ricana mentalement Eragon.

Il leva à nouveau la tête vers le garde :

« Est-ce comme ça que l'on accueille les amis ici ? J'avoue être un peu déçu. »

Le garde fit un signe de la tête à sa compagnie, qui fit avancer Eragon vers l'intérieur du camp, « Les seigneurs décideront quoi faire de toi, l'ami. » Il avait prononcé le dernier mot avec un sourire victorieux, apparemment vexé qu'Eragon se moque de lui.

Le dragonnier haussa les épaules, peu concerné par la menace. Il avait cependant noté que son vis-à-vis avait dit les seigneurs, et non pas le seigneur. Il se demanda ce que cela signifiait, Enduriel était censé être le seul chef de cette armée.

On le dirigea vers l'intérieur du camp, zigzaguant entre les tentes désordonnées en faisant bien attention à ne réveiller personne. Au bout de quelques minutes de marche, Eragon arriva devant une grande tente rouge bien plus imposante, de laquelle filtrait une lumière plutôt vive par rapport à l'obscurité ambiante.

Un des soldats alla frapper contre l'un des poteaux de bois marquant l'entrée de la tente. Une voix féminine lui demanda de rentrer. Elle n'avait pas parlé très fort, et Eragon aurait juré l'avoir déjà entendue. Il eut un sourire à cela. Se pourrait-il que Daellin soit ici finalement ?

Le soldat ressortit un moment après et lui fit signe d'entrer à son tour. Eragon baissa la tête pour passer l'entrée, et plissa les yeux, un peu ébloui par la lumière se dégageant des torches magiques flottant un peu partout. La pièce était standard, il s'agissait probablement d'une salle de réunion, avec en son centre une gigantesque carte du Surda étalée sur une grande table.

Sentant une force faire pression sur son esprit, Eragon mis rapidement en place ses défenses mentales et se tourna vers son agresseur. Assise derrière une petite table annexe se trouvait… Lauren, sa condisciple parjure.

« Lauren, » Eragon inclina sa tête en guise de salutation. Il fit de son mieux pour masquer sa déception de ne pas voir Daellin à la place, « Ça fait longtemps. Je ne pensais pas te trouver ici. »

L'unique autre parjure humaine haussa un sourcil au ton familier employé par le jeune homme. De lui-même, Eragon sentit ses traits redevenir naturels sous l'action de la magie de Lauren.

Les yeux verts de la dragonnière s'ouvrirent grands en voyant à qui elle avait affaire.

« Eragon ? » Elle se leva de sa chaise pour venir lui faire face, comme si elle avait du mal à y croire, « Mais oui, c'est bien toi. Que fais-tu ici ? Je te pensais à Aberon avec Daellin, votre mission serait-elle terminée ? »

Elle avait l'air presque contente de le voir, ce qui était un peu étrange étant donné qu'ils ne s'étaient jamais vraiment bien entendus. Le fait que la dragonnière ne résidait pas à Uru'Baen n'aidant pas vraiment, mais au-delà de ça, Eragon avait souvent bien du mal à supporter son attitude trop souvent hautaine et méprisante à son gout.

Gardant ses pensées pour lui, il s'attela à raconter comment il en était arrivé à se retrouver ici, en narrant l'intégralité de sa mission, et notamment comment la Main noire avait échoué dans sa tâche. Il raconta aussi son combat contre Arya et la fuite qui le mena ici, en attendant de pouvoir enfin rentrer à Uru'Baen.

Lauren l'avait écouté attentivement, une expression de dégout ayant traversé son visage à la mention de l'échec de Drail. Elle finit par soupirer en remettant derrière son oreille quelques mèches blondes tombées devant son visage, puis se rassit de nouveau à sa table. Elle l'invita à faire de même.

« J'imagine que tu es au courant de la situation ici. » Eragon hocha la tête, se souvenant de la missive de Galbatorix qu'avait reçu Daellin à Aberon, « Cette armée s'apprête à marcher jusqu'à la capitale surdane, pour en finir une bonne fois pour toute. C'est Enduriel qui est en charge ici, il est reparti ce matin à Belatona sans me dire pourquoi, mais il devrait être de retour demain. »

Eragon eut un sourire narquois, « Mais du coup, serais-tu sous les ordres d'Enduriel pour les prochaines batailles. »

Le jeune homme savait que malgré tous les différents qu'ils pouvaient avoir, Lauren et lui, leur compère dragonnier était au moins un point sur lequel ils seraient toujours d'accord. Il ne fut donc aucunement surpris quand Lauren renifla de dédain devant lui à sa suggestion.

« Le jour où cet imbécile me donnera des ordres n'est pas encore arrivé. Je ne suis là qu'au cas où la rumeur des deux dragonniers vardens s'avérait être vraie. »

« J'en ai entendu parler, moi aussi, aux alentours d'Aberon. » Acquiesça Eragon, « Mais il n'y a aucune preuve de l'existence d'un deuxième dragonnier en plus d'Arya pour l'instant. »

« Ça n'a aucune importance de toute façon, » Coupa Lauren, passablement agacée, « Il pourrait y en avoir des dizaines, je les réduirais en cendre. »

Eragon ricana, sous le regard courroucé de sa camarade parjure, « J'aimerais bien voir ça, tiens. »

« Je ne vois pas pourquoi tu ris, tu es sans doute le plus faible d'entre nous. »

Revoilà la Lauren méprisante et méprisable que je connais, sourit intérieurement Eragon, « Réglons donc ce différent à l'épée alors, chère Lauren. »

« Je n'ai aucunement besoin d'une épée pour t'écraser Eragon. » Lâcha-t-elle froidement.

Le jeune homme décida de ne pas la taquiner plus longtemps. Elle devait en avoir marre d'être aux côtés d'Enduriel tous les jours, pas la peine d'en rajouter quand il n'était pas là. Le fait qu'elle était sans aucun doute capable de l'écraser sans épée ne l'encouragea pas non plus à continuer.

« Bon, loin de moi l'idée que tu me dérange, Lauren, mais ça va faire plusieurs jours que je passe à courir, et je commence à être franchement épuisé. »

La dragonnière désigna la sortie de la tente, « Je comprends, tu n'as qu'à utiliser la tente d'Enduriel pour la nuit, je t'en ferais monter une demain. Il devrait y avoir de quoi manger et boire dans celle-ci, alors sers toi. »

Le cerveau d'Eragon choisit ce moment pour déclencher un long bâillement. Il fit un signe de tête à Lauren, qu'elle retourna, et quitta la tente de commandement, bien décider à profiter de sa première nuit de sommeil complète depuis qu'il avait quitter Aberon, la capital surdane.


Me revoici pour un nouveau chapitre, j'espère que vous êtes encore là ^^

J'ai eu nue soudaine envie d'écrire, et j'ai sorti ce chapitre en 4 jours, avec un peu de chance ça m'arrivera plus souvent !

N'oubliez pas de me laisser une review si vous avez aimé ( ou pas ), ça me fait toujours plaisir !

Bisous, et à la prochaine !

Alex