Chapitre 11 : Dans l'attente

De son promontoire rocheux, Eragon observait avec appréhension l'immense camp militaire se dressant de l'autre côté du Jiet. Les tentes semblaient s'étaler sur des dizaines de lieues à la ronde. Partout, on voyait flotter les étendards du Surda et des Vardens. Les soldats, malgré la journée déjà bien avancée et la chaleur étouffante du pays, s'afféraient de part et d'autre du camp, se préparant pour l'imminente bataille, qui marquerait de façon officielle le début de la guerre entre l'empire et les rebelles.

Relevant un peu la tête, le jeune dragonnier posa les yeux sur ceux qui semblaient destinés à le poursuivre où qu'il soit, où qu'il aille. Dressés côte à côte sur la colline qui surplombait le camp surdan, Arya et Firnen l'observaient en retour, sans aucun doute plongés dans une silencieuse discussion d'esprit à esprit. L'elfe avait la main posée sur le flan du dragon vert et ne détourna pas son regard de celui du jeune homme.

Une semaine s'était écoulée depuis qu'Eragon avait rejoint l'armée d'Enduriel et de Lauren. Quelques jours plus tard à peine, l'armée surdane accompagnée des vardens avait pointé le bout de son nez, apportant avec elle Arya et Firnen.

Un messager fut envoyé vers le campement de l'empire pour tenter de les dissuader de mener une guerre ouverte qui pourrait s'avérer destructrice pour les deux camps. Enduriel, étant le parjure en charge de l'armée, avait répondu d'une manière relativement simpliste.

Il avait renvoyé le messager d'où il venait.

En plusieurs fois.

Reniflant de dégoût envers son camarade, Eragon sursauta quelque peu en sentant une présence à ses côtés. Lauren, de sa façon si discrète de se déplacer, était-elle aussi venue observer l'ennemi. Aussi incroyable que cela puisse paraître, Eragon et la dragonnière avaient réussi à rester très courtois depuis l'arrivée du jeune homme. Était-ce parce que la seule présence d'Enduriel les exaspérait tous les deux ? Ou parce que Lauren ne supportait pas le commun des mortels et qu'elle n'avait personne à qui parler dans ce camp ? Ou était-ce simplement que leur relation avait finalement fini par se dérider ?

Eragon décida de ne pas passer plus de temps sur la question. Jetant un œil à sa comparse, il désigna ses pieds du menton, « Comment fais-tu pour être aussi silencieuse ? »

La jeune femme fut surprise par la question soudaine, mais leva la main en agitant son auriculaire, sur lequel était placé une magnifique bague, « Le saphir de la bague porte un sort qui allège tous mes mouvements. Ce sort est perpétuel, et tire sur mes réserves pour se maintenir. »

Elle le jaugea de son air hautain caractéristique, « L'entrainement à la magie renforce également l'endurance, tu devrais le savoir. »

Eragon, pas d'humeur à ce qu'on lui fasse la leçon, répliqua avec agacement, « Excuse-moi de ne pas avoir eu une formation de dragonnier comme la vôtre. Que m'a-t-il pris de naître un siècle trop tard ? »

« Ne t'inquiète pas, même à l'époque, d'autres étaient négligents avec leur formation. »

Le jeune homme haussa un sourcil à cela, « Ah oui ? Et qui donc ? Aurais-tu des noms, par hasard ? »

Lauren hocha la tête lentement, l'air blasé, « Oui, Daellin, par exemple, était particulièrement indisciplinée à l'académie. »

« Pourquoi ça ne m'étonne pas… » marmonna le jeune homme.

« Tu as dit quelque chose, Eragon ? »

« Non, non, rien. »

Ce fut au tour de Lauren d'avoir un sourire narquois, « On dirait bien que les mauvaises habitudes se transmettent… »

« Cela n'empêche pas Daellin de nous vaincre sans difficulté. » Il était vrai que Daellin était sans doute la meilleure d'entre eux, dans presque tous les domaines.

Lauren acquiesca, « Elle est naturellement très douée, je ne peux pas lui enlever ça. Mais cela n'empêche pas qu'elle gagnerait à être plus consciencieuse. »

« Je t'en prie, fais-lui part de tes considérations la prochaine fois que nous la verrons. Ce qui devrait être pour bientôt, je l'espère. » Fit Eragon, un brin mélancolique en pensant à son amie et à Saphira, qui l'attendaient toutes les deux à Uru'baen.

Il en avait vraiment plus qu'assez d'être au Surda. Sa mission s'éternisait, et il avait frôlé bien trop de fois la catastrophe à son goût depuis le début de celle-ci. Il priait sincèrement pour ne plus avoir à tirer son épée pendant au moins un siècle après ça.

Lauren reprit finalement la parole, « Voilà donc Arya et Firnen, nos ennemis du jour. » Elle ne semblait absolument pas intimidée par l'elfe et le dragon. Aux yeux d'Eragon, elle paraissait même plutôt confiante. Lauren, comme Reynor ou Enduriel, ne doutait jamais d'elle-même.

« Oh tu sais, pour moi c'est la routine de les affronter. » Même si la phrase était lancée d'un ton qui se voulait léger, Eragon maudissait intérieurement sa chance.

« C'est bien ce que j'ai cru comprendre. Mais ce sera la dernière fois aujourd'hui, crois-moi. »

« Ils sont doués, il faudra tout de même se méfier. De plus, la configuration en bataille à grande échelle rend les rapports de force fluctuants. » Il s'agissait d'une des nombreuses situations qu'il avait étudié au fil des années en compagnie de Daellin, de Galbatorix ou d'un des généraux du roi. Dans ce type de combat, on ne peut pas maîtriser tous les paramètres.

« Je ne vois pas pourquoi je me méfierais d'une elfe que tu as réussi à vaincre non pas une, mais deux fois. »

Eragon la regarda suspicieusement, « Je ne vois pas en quoi le fait que je sois capable de la vaincre serait un quelconque indicateur de sa force. »

La dragonnière le toisa de son habituel air supérieur, « Je pense qu'au contraire, tu le vois très bien. »

Sale peste.

« Ne restons pas là, » Fit -elle en tournant les talons, « Il y a des préparatifs à faire, et Enduriel a certainement besoin d'aide pour la mise en place de la stratégie. »

Eragon la suivit, non sans un dernier regard en direction des surdans. En posant une dernière fois les yeux sur Arya, il réalisa que sa tranquillité ne dépendait que d'une chose. La fin du conflit à venir.

Finissons en une bonne fois pour toute.

-oo0oo-

Avec son habituel cri guttural, Enduriel se jeta à l'assaut d'Eragon. Ce dernier, anticipant correctement le coup de son adversaire, para aisément avec son épée. N'abandonnant pas, Enduriel tenta de frapper le jeune homme à la hanche, en pressant sur la garde au maximum après avoir une nouvelle fois été paré.

Avec un petit sourire, Eragon se défit de la lame de l'Enduriel avec agilité, retournant la force de son partenaire d'entrainement contre lui. Tournant sur lui-même, il tenta de faucher les jambes de l'elfe d'un coup de pied, puis enchaina sans perdre de temps un coup d'estoc qui força Enduriel à sauter à bonne distance de lui.

Cela faisait déjà quelques temps qu'Eragon et Enduriel s'entrainaient ensemble à l'épée. Le duel avait été lancé à la demande d'Eragon, qui estimait avoir besoin de rester en jambes avant la bataille. Il avait donc demandé à Lauren et Enduriel de croiser le fer avec lui. Comme il pouvait s'y attendre, Lauren avait refusé, ne combattant presque jamais à l'épée. Enduriel quant à lui, ne perdait jamais une occasion d'essayer de prouver sa force. Malheureusement pour lui, il était clairement le moins doué des deux aujourd'hui.

Le combat était aussi l'occasion pour les soldats de l'empire d'admirer leurs commandants en action. C'était en effet un excellent moyen de renforcer la confiance et le moral des troupes, s'ils étaient convaincus que rien ni personne ne pouvait vaincre les parjures.

Une foule de guerrier s'était donc rassemblée pour voir qui d'Eragon ou d'Enduriel sortirait vainqueur de ce duel. On pouvait même voir, si on y prêtait suffisamment attention, des pièces passer de mains en mains.

Eragon accéléra le rythme, décidant qu'il allait décevoir ceux qui avaient parié sur Enduriel. Il se mit à enchainer les coups, variant habilement les zones visées et les angles d'attaque. Il se servit également le plus possible de ses jambes, qui étaient des armes très efficaces pour déstabiliser l'adversaire. Il avait remarqué que les parjures elfes n'utilisaient que rarement leurs corps pour se battre, étant très focalisés sur leur lame, et préférant dépendre de leur vitesse supérieure.

C'était décidément très typique du beau peuple, de rester noble dans toutes les situations, de ne pas s'abaisser aux vulgaires pugilats. Eragon, loin de ces considérations, n'avait aucun scrupule à user de tous les stratagèmes pour s'assurer la victoire. C'est d'ailleurs avec un coup d'épaule, envoyé après avoir paré une frappe de l'elfe, qu'il put faire tourner le duel en sa faveur.

Titubant en arrière sous la force du coup, Enduriel vit son épée s'envoler après qu'un revers de lame d'Eragon atteignit son poignet. Sans épée pour continuer le combat, il fut logiquement désigné perdant.

La foule acclama les combattants pour ce spectaculaire duel. Sous les applaudissements, Eragon ramassa l'épée d'Enduriel et la rendit, poignée en avant, à ce dernier. L'elfe, sans doute frustré d'avoir été vaincu devant un grand nombre de ses propres hommes, la récupéra brusquement sans adresser un regard au jeune homme. Il tourna ensuite les talons, prenant la direction de la tente de commandement.

En apercevant leur chef partir, les soldats se dispersèrent petit à petit, certains s'arrêtant pour féliciter Eragon et exprimer leur satisfaction d'avoir le jeune dragonnier dans leur camp.

Satisfait de lui, Eragon prit la direction de sa tente personnelle. Il espérait fortement qu'on lui avait laisser de quoi manger dedans, car un duel contre un de ses compagnons d'arme parjure était éreintant, même gagné.

Il déambula donc parmi les tentes, à la recherche de la sienne. Les soldats s'organisaient, aiguisant leurs épées, renforçant leurs armures ou recordant leurs arcs. Eragon s'arrêtait parfois pour leur donner des conseils, ayant une bonne expérience avec les épées communes, n'ayant pas eu la chance comme les autres dragonniers de s'en faire forger une en vif-argent.

Il eut un sourire à cette pensée, repensant à ce que Daellin lui avait dit une fois :

« Si tu veux une épée, tu n'as qu'à aller à Ellesméra. Une fois arrivé là-bas, demande Rhunön de ma part, normalement tu seras mal accueillit. » Avait-elle dit, son habituel rire cristallin accompagnant sa plaisanterie.

« Sire Eragon ! »

L'interpellation ramena Eragon à la réalité, qui tourna vivement la tête en direction d'un soldat qui se dirigeait vers lui d'un pas rapide.

L'homme était chauve, mais arborait une longue barbe qui descendait jusqu'à son torse. Il portait l'armure de cuir caractéristique de la division des magiciens de l'empire, mais ce qui sauta aux yeux d'Eragon, c'était les multiples taches de sang qui le couvraient.

« Magicien », Eragon inclina la tête en guise de salut, « que me vaut l'honneur de ta visite ? »

Il était vrai qu'on croisait assez rarement les jeteurs de sort dans le camp. Ils avaient en effet un quartier qui leur était strictement réservé, en partie du fait que les soldats ordinaires n'avaient qu'assez peu confiance en eux. Ils étaient placés, assez logiquement, sous le commandement direct de Lauren, et nombre d'entre eux venaient directement de Dras-Leona, ayant accompagnés la dragonnière jusqu'aux Plaines Brulantes.

Le magicien porta son poing à sa poitrine, signe distinct de respect de la hiérarchie dans l'empire.

« Mon nom est Wilfrid, Sire. Dame Lauren m'envoie vous chercher, votre présence est requise à l'hôpital de campagne. »

A l'hôpital ?

Eragon désigna le cuir du magicien, « Cette requête aurait-elle quelque chose à voir avec tout ce sang, Wilfrid ? »

L'homme carra la mâchoire, « Je vous invite à venir voir par vous-même, nous avons un gros problème, Messire. »

Eragon hocha la tête, puis lui emboita le pas, se demandant en quoi il pouvait être utile à Lauren dans un hôpital. Mais connaissant sa chance, cela n'augurait rien de bon.

-oo0oo-

« Par Helzvog, Angela, qu'as-tu encore fait ? »

Le ton employé par Orik soulignait parfaitement la pensée d'Arya en ce moment. Jamais elle ne comprendrait cette maudite sorcière.

Ladite Angela haussa un sourcil provocateur, « Je vous l'ai déjà dit, rien qu'un peu de poison et de plantes hallucinogènes. Pour… » Elle fit mine de réfléchir un moment, « nous simplifier le travail. »

La sorcière avait réussi, par on ne sait quel moyen, à s'infiltrer dans le camp de l'empire en pleine nuit, et à diluer dans leur provision d'eau et de nourriture une de ses fameuses concoctions.

« Et es-tu sure que cela sera efficace ? » Au contraire d'Orik et d'Arya, Ajihad avait l'air, lui, très intéressé.

« Oh que oui, » fit la sorcière, « A l'heure actuelle, ils doivent être en train de cracher du sang, si mes calculs sont corrects. Cela devrait en mettre un certain nombre hors d'état de nuire. Pour les autres, ils devraient se mettre à voir des fantômes dans la journée de demain. Du moins s'ils ont bien bu leur eau. »

Orrin approuva, « Avec la chaleur du Surda, il est peu probable qu'ils puissent se passer d'eau bien longtemps. »

Arya les regarda tour à tour, ne sachant pas quoi penser au final. Une chose était sure cependant, si ce que disait Angela était vrai, alors les soldats de l'empire seraient grandement affaiblis lors de la bataille.

Brom prit la parole, « Ne sous-estimons pas les parjures, ils sont bien capables de trouver une solution. Ou même de chercher à se venger. »

« Oui, je pense que la meilleure des choses à faire est de lancer l'attaque le plus tôt possible, » Lança Ajihad, « Nous les aurons par surprise, et nos forces sont bien supérieures aux leurs. Si nous gagnons cette bataille, ce sera peut-être le début d'un cycle vertueux pour les vardens et le Surda. »

Il était vrai qu'une déroute serait lourde de conséquences pour Galbatorix. En effet, la défaite laisserait le champ libre aux vardens et surdans pour progresser dans l'empire et prendre leurs villes. Malheureusement, un obstacle de taille se dressait toujours devant eux.

« Le plus gros problème reste les dragonniers. » Brom recapitula parfaitement la pensée de l'elfe.

Les parjures étaient, et resteraient, des adversaires redoutables. Sans même compter Galbatorix, il était peu probable que la résistance puisse tous les vaincre. Arya était la seule capable de les regarder dans les yeux étant donné que Murtagh n'était pas encore prêt. Malgré cela, elle n'avait pas réussi à vaincre Eragon, alors même qu'il était seul et elle avec Firnen. Si les autres parjures s'avéraient être aussi coriaces qu'Eragon, et il n'y avait pas de raison qu'ils ne le soient pas, alors la guerre semblait perdue d'avance.

« J'ai toute confiance en Arya et le Du Vrangr Gata pour cette bataille, » Le chef des vardens la regarda de ses yeux sombres, « Nous pouvons les vaincre. »

Et sur ses paroles fut levée la réunion. La tente de commandement se vida, et chacun retourna à ses quartiers.

Alors qu'elle s'apprêtait à rejoindre Firnen, Brom l'interpela :

« Brom, y a-t-il un problème ? » S'enquit Arya, n'ayant eu que peu d'interactions avec le vieil homme durant son temps chez les vardens.

Il avait l'air de ne pas trop savoir par où commencer, fuyant quelque peu le regard de l'elfe.

« En fait, je voulais te parler d'Eragon. » Finit-il par avouer.

Arya fronça les sourcils, ne comprenant pourquoi Brom de toutes les personnes voudrait parler d'Eragon avec elle.

« En quoi puis-je t'aider à son propos ? »

« Que sais-tu de lui, Arya ? » Demanda le vieil homme.

Arya fut un peu surprise par la question, mais pris tout de même le temps de la réflexion.

Eragon était toujours un sujet qui fâchait, en ce qui la concernait. Le jeune homme faisait naître des sentiments contradictoires chez l'elfe.

D'un côté il y avait le parjure, l'ennemi à abattre, un formidable adversaire qu'elle n'avait pas réussi à vaincre malgré deux tentatives. Il était l'un des obstacles à franchir pour libérer l'Alagaësia du joug de Galbatorix.

Mais d'un autre côté, il y avait un jeune homme qui semblait être enchainé à Galbatorix contre son gré, et qui subissait plus les évènements qu'il ne les provoquait. Par moment, il avait semblé à Arya presque prêt à tout quitter.

« Assez peu de choses, » Finit-elle par avouer, « Il est jeune, plutôt doué, et fais partie de la dernière vague de dragonniers, dont Murtagh et moi faisons partie également. Sa dragonne se nomme Saphira, et les deux semblent liés d'une façon ou d'une autre à Galbatorix. Par un serment, vraisemblablement. »

Brom acquiesça, « Et que sais-tu de sa famille ? »

Sa famille ? se demanda Arya. Ou voulait-il en venir ?

« Il est le frère de Murtagh, et sont tous deux fils de Morzan. Cependant je ne connais pas leur mère. »

Morzan avait été le plus fidèle parjure de Galbatorix. Un être aussi cruel que le roi, qui avait pris un malin plaisir à martyriser la population de l'empire durant sa vie. Quand on lui découvrit deux fils, il y a quelques années, la crainte qu'ils deviennent comme leur père avait fait passer un vent de panique chez les vardens et les elfes. Bien heureusement, Brom avait fini par le vaincre dans sa citadelle à Gil'ead, mettant fin à des années de tyrannie.

« C'est là que tu te trompes, Arya » Intervint-Brom, chuchotant tout d'un coup, « Eragon et Murtagh ne sont que demi-frères. Mais peu de gens le savent. »

« Demi-frères ? » Arya n'avait jamais entendu cela, pas même de la part de Murtagh, qu'elle pensait pourtant bien connaître. « Ils n'auraient donc pas la même mère ? »

Brom secoua la tête, « Non, ils ont bien la même mère, Selena, qui est décédée en donnant naissance à Eragon. »

Arya digéra les paroles de l'homme.

Cela signifie donc que…

« Murtagh est bien le fils de Morzan. Mais Eragon, » Dit-il, sa voix trahissant les doutes qui semblaient le ronger depuis le début de la conversation, « Eragon, lui, est mon fils. »

-oo0oo-

Le lendemain, Arya se trouva à nouveau au sommet du point culminant du camp militaire. Assise sur la colline d'où elle avait pu apercevoir Eragon et celle qui devait être Lauren, l'elfe profitait de ce qui était probablement la dernière journée de répit avant la guerre.

Distraitement, elle accompagnait de l'esprit Firnen, qui se trouvait être en pleine session de chasse. Le jeune dragon vert était frustré, mécontent du temps chaud et sec du Surda qui l'empêchait de trouver des proies de taille suffisante pour combler son insatiable appétit.

« Vivement que l'on soit de retour au Du Weldenvarden, » Grogna le dragon vert dans l'esprit de l'elfe « Cette chaleur rend mes écailles sèches et cassantes. »

Arya eut un sourire à cela, « Mon pauvre Firnen, à quel point peux-tu être malheureux. »

« Je devrais te mordre pour oser te moquer de moi, nous autres dragons aimons prendre soin de notre apparence. » Il venait d'attraper ce qui semblait être un lièvre, et s'apprêtait à n'en faire qu'une bouchée.

« Crois-le ou non, mas j'avais bel et bien remarqué, ô grand dragon. »

Taquiner Firnen était l'un de ses passe-temps préférés, le dragon vert étant particulièrement sensible sur certains sujets.

« Parfois, j'aimerais presque être aussi bête que les dragons parjures. Eux au moins, ne doivent pas se préoccuper de ce genre de détails. »

« Je ne suis pas certaine que cela en vaille la chandelle. » Admit cependant Arya, « Le libre arbitre est quelque chose d'inestimable. »

Firnen ne parut pas convaincu, « La vraie question est plutôt de savoir s'ils se rendent compte qu'ils ne sont plus que de vulgaires bêtes sauvages. Car s'ils ne le savent pas, ils n'en souffrent donc pas, et donc leur sort est-il nécessairement moins enviable ? »

Arya prit le temps de la réflexion, le point soulevé par Firnen étant effectivement digne de considération.

« C'est surement une question de point de vue. Effectivement, vus par nous, ils sont misérables, mais cela reste à voir pour eux. » Finit-elle par dire,« Cependant, une chose est sûre, leur sort à surement amené beaucoup de souffrances à leurs dragonniers. »

« Et c'est bien heureux, ils n'ont de toutes façons que ce qu'ils méritent. » Lâcha Firnen, visiblement en colère.

Arya comprenait la détresse de son dragon, réduit à être l'un des derniers de sa race à cause des actes des parjures. Firnen ne trouverait sans doute jamais de repos tant que les responsables de la situation des dragons n'auraient pas péri.

« Il faut que l'on récupère Eragon. » Continua-t-il, surprenant Arya.

« Excuse-moi ? »

La concession de Firnen était surprenante, lui qui était depuis toujours très virulent envers le jeune homme de l'empire.

« Nous ne pouvons pas nous permettre de les perdre, Saphira et lui. » Avoua-t-il, « Malgré tout ce que je pense de lui, il fait parti de la même génération de dragonnier que toi. Et Saphira est la seule dragonne encore en vie… »

Arya ne le contredit pas, ayant elle-même déjà eu cette réflexion maintes et maintes fois. Malgré cela, Eragon restait avant tout un parjure de Galbatorix, enchainé par des serments.

« C'est l'occasion rêvée, » Reprit Firnen, « En pleine bataille, sur un terrain aussi plat, il ne pourra pas nous échapper comme à Aberon. »

« Il faudra d'abord nous occuper de Lauren et d'Enduriel, mais si ces deux là sont hors d'état de nuire, j'essaierais de lui parler. Peut-être même de lui avouer que son père n'est pas Morzan, cela le fera peut-être hésiter… »

Firnen renifla, un brin sarcastique, « Non, un coup de griffe sur la tête fera l'affaire. Pas besoin de gaspiller sa salive, il ne nous rejoindra jamais de son plein gré. Ensuite, nous l'enfermons sur une île loin d'ici le temps que la guerre se termine. »

Arya rit de bon cœur à cela.

La simplicité des dragons me surprendra toujours.

Elle allait répondre à Firnen quand les trompes du camp se mirent à retentir. Se levant d'un coup, elle regarda en direction des tentes, attentive au moindre détail. De là où elle était, elle put entendre… la foule applaudir ?

Que peuvent-ils bien acclamer ? Se demanda-t-elle

Et soudain, elle vit ce qui avait enflammé le camp. Au Nord, niché dans le ciel, battant des ailes négligemment, un dragon se dirigeait vers eux. Un magnifique dragon rouge rubis.

Sourire aux lèvres, Arya entreprit de rejoindre le camp au plus vite.

« Firnen ! » Hurla-t-elle d'esprit à esprit, « Thorn et Murtagh sont de retour ! »

-oo0oo-

Firnen avait finit par rejoindre Arya en bas de la colline. Ensemble, ils s'étaient envolés à la lisière du camp, pour être les premiers à rencontrer Thorn et Murtagh.

Arya n'avait plus vu le couple depuis qu'elle avait quitté Ellesméra pour Aberon il y a des semaines de cela, les laissant poursuivre leur formation avec Oromis et Glaedr. Cependant, elle ne pensait pas qu'ils pourraient être déjà de retour.

Debout, aux côtés de Firnen, elle attendit patiemment que ses compagnons d'arme arrivent jusqu'à eux. Elle nota qu'ils semblaient ne pas aller aussi vite qu'ils le pourraient. Cependant, l'elfe ne tarda pas à en découvrir la raison. De ses yeux ébahis, elle aperçut, courant agilement en dessous de Thorn, au moins une dizaine de fines silhouettes.

« Mes yeux me trahissent-ils, Firnen ? » Demanda Arya, n'osant pas en croire ce spectacle.

Firnen eut un sourire, toutes dents dehors, « Je crois bien que non Arya. Il semblerait que les tiens soient enfin sortis de leur forêt. »

« Alors nous avons une chance. » Dit-elle à haute voix, souriant elle aussi.

L'idée que les elfes prennent enfin part au conflit réchauffa le cœur d'Arya, qui avait longtemps fustigé l'implication négligeable du beau peuple dans l'effort de guerre. Ayant été l'émissaire des elfes auprès des vardens et des nains pendant si longtemps, elle avait pu voir de ses propres yeux l'implication des deux peuples. A côté d'eux, les elfes avaient été particulièrement passifs, alors qu'ils étaient supposés être meilleurs guerriers.

Arya chassa ces pensées acides envers sa race quand, peu de temps après, Thorn atterrit devant elle.

Le dragon rouge avait encore grandi en l'espace de quelques semaines. Bientôt, il rattraperait Firnen, dont la croissance semblait moins rapide que son congénère.

« Arya, Firnen, c'est un grand plaisir de vous revoir. » La voix de Thorn retentit dans l'esprit des deux compagnons, puissante comme à son habitude.

Arya le salua en retour, elle aussi très heureuse de le revoir. Son regard se posa ensuite sur Murtagh, qui venait de descendre de la scelle. Le jeune homme n'avait, quant à lui, pas du tout changé. Il avait toujours les mêmes traits, rendus plus fins lors de la cérémonie de l'Agaeti Sanghren, qui le faisaient vraiment ressembler à Eragon dorénavant.

Apercevant Arya, il porta deux doigts à ses lèvres :

« Atra esterni ono thelduin, Arya Svit-kona. »

L'elfe fut surprise par le titre honorifique, mais ne laissa rien paraître. Elle amena également deux doigts à ses lèvres :

« Mor'ranr lífa unin hjarta onr, Murtagh finiarel. »

« Un du evarinya ono varda. » Compléta Murtagh, « Arya, j'espère que j'arrive à temps. »

Près d'eux, Thorn et Firnen semblaient plongés dans une conversation intense, de dragon à dragon. Arya sourit au jeune homme, « Non, tu sembles être arrivé au bon moment. »

« Parfait, et en plus j'ai amené des amis avec moi. » D'un geste de la tête, il désigna la troupe qui le suivait, et qui venait d'arriver à leur niveau. Il s'agissait, comme Arya et Firnen avaient deviné, d'elfes, au nombre de douze. Ils ne semblaient absolument pas fatigués par le long voyage qu'ils avaient fait depuis le Nord de l'Alagaësia.

L'un des elfes s'avança jusqu'à Arya et répéta, comme Murtagh l'avait fait auparavant, les formules de politesse en ancien langage.

« Arya-Dröttningu, mon nom est Lupusänghren, j'ai été envoyé ici, avec mes compagnons, pour protéger le dragonnier Murtagh-vodhr. » Annonça-t-il d'une voix chantante.

L'elfe avait une apparence très étrange. Une fine fourrure couvrait l'ensemble des parties de son corp qui étaient visibles. De plus, il dégageait une odeur particulière, presque enivrante.

Les autres elfes étaient beaucoup moins exotiques, et chacun se présenta de la même manière que Lupusänghren.

Leurs présence, couplée à l'arrivée de Murtagh, rééquilibrait sensiblement le rapport de force pour la bataille à venir. Il y avait dorénavant deux dragonniers d'un côté et trois parjures de l'autre. Mais si l'on considérait le fait qu'Eragon était sans Saphira et que douze guerriers elfes, ayant déjà combattus les parjures pour certains, les avaient rejoints, l'empire avait maintenant de quoi s'inquiéter.

Et en plus, nous aurons l'effet de surprise pour les magiciens elfes.

L'humeur d'Arya remonta en flèche. Tout ce dont elle avait parlé avec Firnen auparavant était désormais possible, voir même probable, et la guerre semblait plus que jamais à leur portée.

Des bruits de sabot interrompirent le fil de pensée d'Arya, qui se retourna pour voir que les chefs des différentes factions arrivaient, sans doute pour accueillir Murtagh et Thorn, ainsi que les elfes.

« Arya ? »

« Qu'y a-t-il Firnen ? »

« Nous ne sommes plus seuls, dans ce combat. »

Arya posa la main sur le flanc de son compagnon.

« Non, » Répondit l'elfe,« Nous n'avons même jamais été aussi forts. »


Hello tout le monde !
Voici un nouveau chapitre pour vous, ça faisait longtemps (encore...)
Celui-ci est un peu court, mais je ne voulais pas inclure dedans la bataille des plaines brûlantes, qui viendra au prochain chapitre.
On commence vraiment à arriver dans les choses sérieuses, et le prochain chapitre vous réserve une grosse surprise ! Je n'en dis pas plus, mais vous serez sans aucun doute surpris ;)
Merci à tous ceux qui suivent toujours cette fanfiction, sans qui j'aurais bien du mal à continuer (encore plus de mal qu'actuellement je veux dire lol). Laissez toujours des reviews, ça fait vraiment plaisir, et je me ferais un plaisir d'y répondre en MP !

Bisous à vous, et à la prochaine !

Alex