Bonjour tout le monde !
Voici un petit hors-série, ça fait longtemps que je voulais écrire un peu sur l'histoire de mes parjures, alors voici un chapitre retraçant l'histoire de Lauren.
Hors-série 1 : Lauren
« Par tous les dieux, elle est prodigieuse … »
« Comment peut-elle être capable de tenir aussi longtemps sans s'épuiser ? »
« Mais… Elle a… Elle est encore toute jeune ? »
Un homme éclata de rire devant l'air stupéfait des magiciens à ses côtés. Devant eux, une petite fille blonde, qui paraissait frêle et sans défense, faisait léviter à plusieurs pieds de hauteur l'énorme tronc d'un arbre que le vent avait déraciné. Nonchalamment, la fillette leva la main, et envoya sa charge voler au loin.
L'homme, qui arborait une ressemblance frappante avec la jeune magicienne, se tourna vers le groupe de jeteur de sort qui l'accompagnait.
« Oui, la première fois que l'on aperçoit Lauren fait toujours cet effet. Et croyez-moi, elle n'a que sept ans, mais ses pouvoirs augmentent de jours en jours. »
L'un des magiciens, un chauve arborant une barbe touffue, s'empressa de dire : « Sir Harold, votre fille se doit d'être formée correctement, un talent comme le sien ne demande qu'à être maîtrisé. Nous autoriserez-vous, nous autres membres de la caste des magiciens de Dras-Leona, à la prendre sous notre aile. » Il regarda à nouveau la fille, ladite Lauren, « Elle accomplira de grande chose plus tard, si elle devient magicienne, c'en est certain… »
Harold, conte et gouverneur de Dras-Leona, se mit à rire de nouveau en secouant la tête.
« C'est bien pour cela que je vous ai convoqué, Trevor. Mais je doute que puissiez la détourner de son rêve de toujours. Elle n'arrête pas de nous le répéter depuis qu'elle sait parler. »
La magicien Trevor haussa un sourcil, « Et quel est ce rêve, Sir ? »
Harold regarda sa fille avec tendresse, la fierté s'emparant de lui à ce moment-là.
« Devenir dragonnière. »
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« Non Trevor, je te le répète, la simple prononciation du mot adurna devrait te permettre de maîtriser l'eau, si ton intention est la bonne. Des phrases plus longues ne te ferait que perdre du temps. »
Roulant des yeux comme si elle parlait à quelqu'un de limité, Lauren fixa la magnifique fontaine de marbre qui s'étalait devant elle.
« Adurna. » dit-elle, en accentuant bien chaque syllabe.
La surface de l'eau vibra un instant, avant que le liquide ne s'échappe lentement de la fontaine, formant de long filament translucide qui s'entremêlaient dans les airs.
Maintenant son pouvoir distraitement, elle regarda à nouveau celui qui fut son enseignant il y a quelques années.
Les yeux du chauve brillèrent d'une lueur étrange à la vue de cet accomplissement magique qui ferait rougir de jalousie n'importe quel maître magicien.
Trevor soupira, paraissant tous d'un coup bien plus vieux, « Le temps où je vous enseignais l'ancien langage est révolu depuis longtemps, Lauren. Vous n'avez que douze ans, et vous êtes déjà l'une des magiciennes les plus impressionnantes d'Alagaësia. »
Si la jeune fille apprécia le compliment, elle ne le montra pas. Au fil des années, Trevor avait compris que Lauren n'était pas une enfant très expressive.
« Je pense pouvoir convaincre votre père de vous obtenir une invitation pour la prochaine conférence de l'ordre de Vanyali, à Kuasta. Vu votre talent, vous n'aurez sans doute aucun mal à … »
« Non. » Coupa Lauren, les yeux plissés et l'air mécontent.
« Mais, Lauren, je… » Recommença Trevor, avant de se faire couper à nouveau.
« J'ai dit non, je ne rejoindrai pas ces magiciens de pacotille. Ils ne méritent pas ma présence parmi eux. »
Trevor se rebiffa quelque, « Ces magiciens de pacotille comme vous les appelez, sont les jeteurs de sort les plus respectés et écoutés de tout le pays. Vous seriez une nouvelle étoile au milieu d'une constellation d'esprits vifs et puissants. »
Lauren lui lança un regard méprisant, « Je n'ai pas besoin d'être parmi eux pour savoir que d'ici quelques années au plus, je serai déjà bien plus puissante qu'eux, si je ne le suis pas déjà maintenant. »
Elle détourna les yeux, regardant l'eau se propager au-dessus de leurs têtes. Mobilisant son pouvoir, elle retourna le liquide dans son réservoir initial, laissant la fontaine telle qu'elle était au départ.
« De toutes façons, » continua-t-elle, « Mon père et toi savez pertinemment ce que je désire le plus. »
Trevor eut un sourire à cela. Depuis qu'il la connaissait, elle n'avait jamais oublié son vieux rêve.
Le chauve mit une main sur l'épaule de la jeune fille, « Dans ce cas, le mois prochain, vous irez rencontrer les dragonniers à Ilirea, pour leur session de recrutement. Il paraitrait qu'ils cherchent de nouveaux talents à intégrer à leurs rangs. »
A l'entente du mot dragonnier, Lauren se retourna brusquement vers le magicien, l'espoir envahissant ses yeux verts.
D'une voix un peu timide, elle demanda, « C'est vrai ? Mais… je croyais qu'ils ne prenaient que des elfes ? »
Trevor se mit à rire, « Oh non, il y a bien des humains dragonniers, certes peu nombreux, mais bien présents. Cela signifie simplement qu'il vous faudra être meilleurs que les autres pour rentrer, elfes y compris. Vous en sentez-vous capable ? »
Le sourire de Lauren prit une forme effrayante, « Je pense que j'en suis plus que capable, Trevor. »
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Deux vieux elfes s'avancèrent sur l'estrade en bois, surplombant la foule d'elfes et d'humains qui attendaient leur arrivée avec impatience. L'un des deux, qui possédait une longue chevelure d'argent et une magnifique robe de cérémonie blanche, resta un peu en retrait. Si l'on en croyait ses yeux froncés et le pincement de ses lèvres, il paraissait agacé par l'annonce à venir.
L'autre, un elfe en armure de cuir et aux cheveux noirs et courts, prit la parole, une feuille de parchemin dans la main.
« Bonjour à tous, » Fit-il d'une voix calme, sereine, « et merci d'être venus aussi nombreux pour ce congrès. Mon nom est Merrin, je suis un dragonnier, mais avant cela, j'ai été, comme vous, jeune et plein d'espoir. »
Il désigna la foule de la main, « Vous avez tous subit, au cours de ces derniers jours, d'innombrables tests de force et d'habileté, d'intelligence et de sagesse, et vous avez tous brillamment réussi. Ainsi, je vous dis à tous, félicitation pour votre travail. »
La foule applaudit bruyamment, même si la plupart des personnes présentes n'étaient pas dupes. Lauren comprise.
Aux côtés de son père, la jeune fille attendit avec impatience que le dragonnier elfe annonce qui serait autorisé à rencontrer les œufs de dragon, et qui ne le serait pas. Car l'introduction du vieil homme n'était qu'une manière polie de ménager l'orgueil de ceux qui rentreraient chez eux.
L'acclamation passé, l'elfe reprit la parole, « Vous le savez tous, seuls quelques œufs de dragon sont confiés à la confrérie chaque année. De ce fait, nous ne pouvons nous permettre d'emmener trop de potentiels futurs dragonniers avec nous. Nous avons donc dû arrêter nos choix sur certains d'entre vous, ceux qui auront le mieux réussit les précédents tests et qui étaient les plus prometteurs. Pour les autres, vous serez bien évidemment autorisés à revenir l'an prochain, alors ne vous privez pas. »
Le cœur de Lauren se sera dans sa poitrine, elle n'était plus aussi confiante qu'elle l'avait été le mois précédent face à Trevor, dans le jardin du palais de Dras-Leona. Malgré son aisance à la magie, les tests physiques et le combat à l'épée avaient été difficiles pour une jeune fille de douze ans, humaine qui plus est. Malgré son désavantage face aux elfes, elle espérait avoir fait de son mieux.
« Leliön. » Annonça le dragonnier d'une voix forte.
Le silence s'abattit sur la foule, et un jeune elfe finit par s'extirper de celle-ci et grimpa sur l'estrade. Il paraissait intimidé d'être visible aux yeux de tous, mais garda sa posture droite, en attendant les instructions.
Le vieil elfe en armure lui sourit et lui demanda d'aller attendre à l'arrière avec son compagnon d'arme.
Lauren fut déçue de ne pas entendre son nom, mais garda espoir.
« Myrha. »
Lauren se tendit à l'entente du nouveau nom. Cela avait dû être perceptible car elle sentit la main rassurante de son père se poser sur son épaule. Pinçant les lèvres, elle regarda une nouvelle elfe monter aux côtés des dragonniers.
« Vëannía. »
Et une nouvelle elfe.
Les noms se suivirent pendant de longues minutes, et seuls des elfes étaient appelés par le dragonnier. Autour de Lauren, un murmure montait de la foule, la désapprobation des parents humains qui accompagnaient leurs enfants commençait à se faire entendre.
Lauren savait que les elfes avaient plus de chance d'être choisis, mais elle avait tout de même la sensation qu'elle avait surpassé bon nombre d'entre eux pendant les tests. Elle s'efforça à rester calme alors que le dragonnier annonçait le dernier nom.
« Et enfin, Kialandi. »
Un dernier elfe arborant une longue queue de cheval grimpa sur l'estrade, se rangeant parmi la vingtaine d'elfes appelés.
La vue de Lauren se troubla.
Pourquoi eux et pas moi ?
Le dragonnier rangea la liste qu'il tenait dans une des poches de son armure, et passa son regard sur la foule d'elfes et d'humains déçus.
La jeune fille sentit la magie l'envahir, prendre possession de son corps. Elle vit vaguement son père se retourner vers elle, le visage inquiet.
Qu'ont-ils de plus que je n'ai pas ?
La puissance qu'elle ressentait en ce moment l'enivrait. Elle qui était à son habitude toujours en contrôle, perdait la maîtrise de son pouvoir. Le sol trembla sous elle, et, si l'on en croyait le regard apeuré des personnes à proximité, ce n'était pas le fruit de son imagination.
Elle entendit vaguement son père l'appeler, mais sa voix semblait lointaine alors qu'il se trouvait accroupi devant elle, les mains sur ses épaules.
Un craquement se fit entendre, et une fissure apparut sur le sol en pierre de la salle du palais d'Ilirea. La fissure se propagea en direction de l'estrade qui la surplombait, s'élargissant à vue d'œil.
Soudainement, un esprit bienveillant entoura celui de Lauren. L'esprit était chaud, lumineux et une douce mélodie semblait s'en échapper. La tension accumulée par la petite fille se relâcha légèrement. Une voix grave résonna dans sa tête, affectueuse et apaisante.
« Contrôle ton pouvoir, jeune dame. »
Lauren cligna des yeux et regarda autour d'elle. Les gens, elfes comme humains, la regardaient pleins de peur. Elle se demanda une seconde pourquoi elle ne sentait plus le sol sous ses bottes, avant de remarquer qu'elle s'était élevée de plusieurs pieds, surplombant même les elfes dragonniers.
Tout d'un coup, la fillette de sentit très seule au milieu des regards suspicieux, dégoutés voire même haineux posés sur elle. Elle serra ses bras autour d'elle, tentant de trouver un peu de chaleur dans la pièce devenue froide et inhospitalière. La magie la quitta et, d'un coup, elle tomba vers le sol.
Son père hurla son nom, la détresse bien présente dans sa voix.
Lauren ne comprenait pas. Dans sa chute, une petite voix lui souffla des pensées sombres. Elle savait qu'elle était plus forte et plus douée que tous ces elfes. Alors pourquoi ne lui avait-on pas laissé la chance de s'exprimer ? Cette occasion, elle l'attendait depuis qu'elle avait vu un dragon le jour de ses quatre ans. Elle avait travaillé si dur pour cela…
Alors qu'elle allait s'écraser, une paire de bras l'attrapa en douceur. Elle ne sentit aucun choc, comme si elle avait atterri sur un sac de plume. Lauren leva la tête vers son sauveur, s'attendant à voir le visage de son père, Harold.
Au lieu de cela, son souffle se coupa quand elle plongea son regard vert dans celui gris d'un elfe. Il s'agissait du second dragonnier de la cérémonie, celui vêtu d'une longue robe blanche et qui était resté en retrait lors de la sélection.
« Lauren, est-ce bien ton nom ? » Demanda-t-il de la même voix qui avait résonné dans son esprit quelques instants auparavant.
La jeune fille hocha la tête timidement, mesmérisée par la sagesse qui semblait presque émaner de l'elfe.
« Et bien, Lauren, je dois dire que je suis impressionné. » Continua-t-il, « Que dirais-tu de nous accompagner, Merrin et moi, à Ellesmera ? Je suis sûr que nous saurons polir le joyau brut qui est en toi. »
Les yeux de Lauren s'emplirent de larmes, et elle enfouit son visage dans la robe du vieil elfe.
Celui-ci sourit, et releva le menton de la jeune fille.
« Allons, je crois que je dois quelques explications à ton père. »
Toujours aussi gentiment, il déposa Lauren sur le sol.
« Oh, j'ai failli oublier mes manières ! » Dit-il en riant, « Mon nom est Oromis. »
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« Allez, Lauren. Encore un petit effort. »
La jeune femme blonde se concentra de plus belle, mobilisa ce qui lui restait de magie.
« Thrysta Stenr ! » (« Comprime la pierre ! »)
Un dernier craquement, et Lauren put enfin admirer son travail. Pantelante et essoufflée, elle prit la mesure de la gigantesque statue de granit qui les surplombait, Oromis et elle.
Devant eux se dressait une scène grandiose. Deux silhouettes – un humain et un elfe – posaient en armures, les regards fiers et imposants. Au-dessus, un dragon semblait rugir, les ailes déployées et la gueule grande ouverte. L'ensemble, une magnifique sculpture taillée à même la roche, représentait le pacte formé entre les elfes et les dragons, qui fut plus tard étendu aux humains.
Lauren comptait présenter cette œuvre lors de l'Agaeti Sanghren, qui aurait lieu dans quelques jours. Elle avait pensé qu'il n'y avait pas de meilleure façon de célébrer le serment du sang que de rappeler que celui-ci avait permis de rapprocher trois races au sein d'une même confrérie.
Oromis se tint aux côtés de sa jeune apprentie. Comme il l'avait pressenti le jour où il avait rencontré Lauren, celle-ci avait bel et bien finit par devenir dragonnière.
Aujourd'hui, à seize ans révolus, elle était l'une des plus prometteuses de la caste.
Un sourire éclaira le visage du vieux sage, l'œuvre de Lauren était en effet magnifique.
« Je suis très fier de toi, Lauren. » Fit-il en posant une main sur l'épaule de la jeune femme. Celle-ci, le souffle toujours un peu court, tourna vers l'elfe des yeux pleins de gratitude.
Il désigna la sculpture de la main, « Ce sera un magnifique présent pour la cérémonie. Je suis vraiment impressionné par tout ce que tu as pu accomplir depuis que tu es devenu mon élève. »
La blonde inclina la tête, « Je vous remercie, Oromis-elda. Votre enseignement est la plus belle chose qui ait pu m'arriver. »
Ce fut au tour d'Oromis de s'incliner, « Je suis heureux que tu penses cela. Aujourd'hui je n'ai plus rien à t'apprendre, tu es une dragonnière à part entière. Tu es libre de partager ton pouvoir et ton savoir comme bon te semble. »
Il regarda la sculpture à nouveau, admirant le niveau de détail de celle-ci. L'elfe et l'humain se tenaient l'un à côté de l'autre, comme deux compagnons de toujours.
« N'oublie jamais qui tu es Lauren. » Il fixa la dragonnière dans les yeux, « Sois sûre de ta force, et ne laisse personne rabaisser tes capacités. Tu es la preuve vivante que l'on peut intégrer la confrérie en ayant des talents différents de la masse. Aujourd'hui, tu es déjà l'une des plus puissantes d'entre nous alors que tu n'es encore qu'une enfant. »
« Maître, je… »
Oromis rit à cela, « Je ne suis plus ton maître Lauren. Nous sommes égaux. Je pense même que tu pourrais m'en apprendre plus sur la magie que n'importe qui en Alagaësia. »
La dragonnière rougit, mais ne dit rien, émue par le compliment.
« T'ai-je dit que je prendrai bientôt deux nouveaux élèves ? »
« Non, je l'ignorais » Fit Lauren, « Les avez-vous déjà rencontrés ? »
Elle n'avait pas vu Oromis se rendre à Ilirea récemment. Il ne pouvait donc pas avoir participé aux dernières sessions de recrutement.
« Non, je sais simplement qu'ils sont tous deux humains, très talentueux, et à forts caractères. Je me demande bien pourquoi Vrael a pensé que j'étais le mieux placé pour les entrainer… » dit-il alors que Lauren éclatait de rire.
Il continua, « Je connais simplement leurs noms, Brom, et Morzan. »
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Dans un fracas de métal, Lauren regarda son épée tomber sur le sol en pierre de l'édifice d'entrainement de Doru Areaba. Régulièrement, elle venait s'entraîner à l'escrime contre différents adversaires pour améliorer sa vitesse lame à la main. Malheureusement, elle ne parvenait presque jamais à gagner un duel, surtout contre des elfes.
Elle avait toujours su que son talent résidait bien plus dans la magie que dans ses capacités physiques, mais c'était tout de même difficile d'accepter de perdre aussi régulièrement.
L'elfe en face d'elle, dont elle ne connaissait pas le nom, arborait un sourire plus que narquois.
« Je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi faible que toi fouler le sol de Doru Areaba. » Lâcha-t-il d'un air hautain, « Honnêtement, comment as-tu réussi à intégrer la caste ? »
Lauren ramassa son épée en acier, qu'elle avait récupéré à l'armurerie avant de se présenter à l'entrainement. Elle était l'une des seules, parmi les dragonniers, à ne pas s'être faite forger une lame en vif-argent.
Elle tenta de ne pas céder à la colère en se retournant vers l'elfe, « Peut-être ai-je des forces que tu ignores. Il ne vaut mieux pas sous-estimer ses adversaires, on risque parfois d'être surpris, et pas de la meilleure des manières. »
L'elfe roula des yeux, comme si ce qu'elle disait n'avait aucun sens.
« Je t'en prie, tu n'es pas la première que je défais. A vrai dire, c'est pareil pour tous les humains, vous êtes tous tellement inférieur aux elfes. C'est d'ailleurs un miracle que des dragons vous choisissent. »
« Fais attention à ce que tu dis… » Grinça Lauren, sentant sa magie s'agiter.
« Je ne comprends pas pourquoi vous êtes autorisés à intégrer la caste, vous êtes comme des parasites, à voler les places des elfes qui le méritent. Heureusement que vous êtes peu nombreux, sinon la caste perdrait de sa splend… »
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'il fut soulevé dans les airs par une force invisible. Regardant Lauren, il s'aperçut que les yeux verts de la jeune femme brulaient de rage.
L'elfe ouvrit la bouche, mais aucun son ne sorti, et il porta les mains à son cou, comme s'il était en train d'étouffer.
« Les parasites, ce sont les elfes comme toi. Si des humains rejoignent les dragonniers, c'est qu'ils l'ont mérité et que leur talent a été reconnu. » Lauren le fit un geste de la main, et il s'écrasa sur le dos, fissurant quelque peu le sol. « Mais dis-moi, quel est ton talent, au final ? Il n'y a pas besoin d'être un maître à l'épée pour me vaincre, et visiblement, tu n'es pas très doué à la magie. Alors, que fais-tu ici ? »
L'elfe la regarda, la peur évidente sur son visage. La dragonnière finit par relâcher sa magie, et quitta prestement l'endroit, les nerfs à vifs.
Ce n'était pas la première fois qu'un elfe la prenait de haut, et ce ne serait malheureusement pas la dernière.
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Au fil des années, le comportement des elfes ne changea pas, et il devint de plus en plus difficile pour les humains d'intégrer l'ordre des dragonniers. A vingt ans passés, la voix de Lauren avait maintenant un peu d'importance, et elle se décida à amener le problème devant le conseil des anciens.
Comme elle s'y attendait, le conseil avait minimisé l'importance de la situation en statuant que la caste et l'Alagaësia ne s'étaient jamais portés aussi bien, et que la sélection des elfes n'était que due aux compétences de ceux-ci. Furieuse, Lauren était repartie en claquant les gigantesques portes en métal de la salle, non sans échanger un dernier regard avec Oromis, qui paraissait aussi contrarié qu'elle.
Une rumeur passa parmi les dragonniers. On disait qu'il fallait éviter Lauren, qu'elle était prompte à la colère et déséquilibrée. Elle finit par quitter Doru Areaba sur le dos de son dragon, décidant que mettre de la distance entre elle et la caste serait pour le mieux. Elle retourna en Alagaësia, bien disposée à explorer le pays pendant qu'elle en avait l'occasion.
On entendit peu parler d'elle pendant quelques temps, et elle ne se montra parmi ses pairs que quand Oromis la demandait. Elle finit par se retrouver, un été, à Ilirea, et fut surprise d'arriver au beau milieu de la sélection des potentiels nouveaux dragonniers. Un brin nostalgique, elle regarda tous ces jeunes elfes et humains être soumis aux mêmes tests que ceux auxquels elle avait eu à faire de nombreuses années auparavant.
Curieuse, elle se décida à rester jusqu'à la fin de la sélection, pour confirmer ce à quoi elle assistait depuis des années.
Et immanquablement, elle observa toute une batterie d'elfes être choisis au détriment des humains, ces derniers se comptant sur les doigts d'une main à la fin.
En colère, elle quitta la ville sur le champ. Une nouvelle fois dégoutée par le beau peuple et la caste qu'elle avait tant voulu intégrer quand elle était jeune, elle choisit de retourner dans sa ville natale, Dras-Leona, pour se ressourcer.
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C'était peut-être quand on s'y attendait le moins qu'un drame avait le plus de chance d'arriver. Alors qu'elle avait décidé de s'installer définitivement à Dras-Leona depuis quelque temps, participant à l'essor économique de la ville, Lauren fut rappelée en urgence à Vroengard. Elle avait longtemps hésité à se montrer, mais avait finalement accepté de se déplacer au vu du caractère important de la missive.
A Doru Areaba, elle apprit qu'un dragonnier humain, du nom de Galbatorix, avait assassiné un des membres du conseil des anciens. Tous les dragonniers avaient reçu l'ordre de le capturer à vue, et de le ramener sur l'île pour qu'il soit jugé pour son crime.
Lauren, aigrie par des années de discrimination et par l'absence de considération du conseil, ne pleura pas la mort de l'ancien. Pire encore, elle commençait à penser qu'à force de rester oisif, le conseil avait eu ce qu'il méritait.
Le meurtre perpétré par Galbatorix eut pour effet malencontreux de renforcer la méfiance des elfes envers les humains. Les membres des deux races ne se fréquentaient plus et restaient dorénavant de leurs côtés.
C'est ainsi que Lauren fit la rencontre de Morzan, un dragonnier qu'elle savait avoir été élève d'Oromis, tout comme elle. Le jeune homme semblait avoir une vision du monde similaire à la sienne. Il promettait pouvoir l'introduire à quelqu'un qui avait les pouvoirs de réformer la confrérie en profondeur, et de remettre les humains sur le devant de la scène. Mais, malgré les questions de Lauren, Morzan refusait de donner le nom de ce mystérieux inconnu avant que la jeune femme ne le rencontre.
Il s'éclipsa en laissant une carte à Lauren, qui permettrait à la dragonnière de le retrouver si jamais elle se décidait à rencontrer l'homme.
Il y a quelques années, Lauren aurait sans doute dénoncé Morzan aux anciens pour sa tentative de trahison. Mais avec l'accumulation des expériences négatives au fil des années, Lauren était maintenant hésitante, tiraillée entre son amour d'une caste qu'elle avait toujours adulé et sa haine grandissante des elfes et de leur mépris des hommes.
Le point de non-retour fut atteint lorsque Lauren surpris une conversation entre deux dragonniers elfes lors d'une de ses promenades nocturnes dans Doru Areaba. Alors qu'elle rongeait son frein en attendant des ordres de Vrael, elle entendit une voix qui la ramena en enfance.
« …sera présenté au prochain séminaire, Ludan. Je pousserai pour que cela passe, j'ai toujours su que les humains n'étaient pas dignes de confiance. Galbatorix a été la confirmation dont j'avais besoin. »
Lauren, choquée, reconnut l'elfe sans problème.
Merrin… Pensa la jeune femme, sentant la rage s'emparer une nouvelle fois d'elle.
Elle se souvint de l'air contrarié que le vieil elfe avait eu quand Oromis avait décidé de la prendre sous son aile. Il n'avait jamais considéré Lauren comme digne de la confrérie, même lorsqu'un œuf avait éclos pour elle.
Lauren serra Ilumëo dans sa main, et la gemme à l'extrémité du bâton brilla de mille feux dans l'obscurité de la nuit. A cet instant, Lauren comprit qu'elle ne pourrait pas changer la nature profonde de l'ordre. Elle comprit qu'il fallait construire quelque chose de nouveau, repartir sur des bases plus saines.
Or, avant de construire, il fallait d'abord détruire.
La porte de la maison explosa dans une pluie d'éclats de pierre et Merrin et son compagnon, Ludan, se couvrirent la tête en dégainant leurs épées. Ils eurent à peine le temps de comprendre ce qui leur arrivait qu'ils furent soulevés et projetés contre le mur du fond de la pièce.
« Reisa sveirdar. » (« Soulève les épées. »)
Les lames lévitèrent au-dessus de leurs propriétaires, pointant leurs nuques. Merrin, qui avait redressé la tête, finit par reconnaitre celle qui les avaient assaillis.
« Lauren, » Fit-il, une note presque amusée dans sa voix, « J'aimerais prétendre être surpris par la situation, mais ce serait un mensonge. »
« C'est fini Merrin, la toute-puissance des elfes touche à sa fin. Je vais purger la caste de ses mauvaises herbes, et tu seras le premier sur la liste. » Fit Lauren, la voix dégoulinante d'une satisfaction perverse.
« Espèce de traître, » Cracha l'elfe, « on te traquera, et on t'abattra comme un animal. Penses-tu vraiment que Vrael te laissera vagabonder après cela ? Tu es bien naïve… »
« Alors je tuerai Vrael. Si sa mort est nécessaire à mon but ultime, alors je n'hésiterai pas. »
« Tu es folle à lier, misérable humaine. N'as-tu donc aucun respect pour la caste qui t'a tout apporté ? »
Lauren fronça les sourcils et leva son bâton vers lui, « Je ne suis qu'un produit de cette confrérie, Merrin. C'est vous m'avez créée, et c'est moi qui vous détruirai. »
Elle éclata d'un rire maniaque et, avant que Merrin eut le temps de riposter, fendit l'air avec Ilumëo. L'épée de Merrin s'abattit sur son propriétaire, et la tête de l'elfe roula par terre devant son compagnon Ludan, qui la regarda d'un air horrifié. Le corps de Merrin heurta le sol un instant après, et une flaque de sang se répandit sur les pavés de pierre.
Lauren pointa son bâton vers Ludan et le projeta à l'extérieur du bâtiment. Il roula par terre sur plusieurs pieds, avant de sentir une botte appuyer sur son torse. Au-dessus de lui, Lauren lui sourit.
« Je vais te laisser partir. » Annonça-t-elle d'une voix enjouée, « Va prévenir tes maîtres, va les mettre en garde. Lauren, la magicienne, viendra les chercher, et elle ne s'arrêtera pas avant de les voir bruler vivants. »
Elle leva sa jambe, et regarda l'elfe s'enfuir dans la pénombre, sans doute pour donner l'alerte qu'une humaine dérangée venait de trahir les dragonniers.
Lauren mit la main dans sa sacoche et sortit la carte que lui avait donné Morzan.
« J'espère que tu ne m'as pas menti, Morzan. » Murmura-t-elle, alors que les sirènes de la ville retentissaient déjà, « Sinon, tu seras le prochain à mourir. »
J'espère que ça vous aura plu !
J'ai toujours pensé que la vanité des elfes finirait par leur jouer des tours, et sur ce coup, il se sont faits une formidable adversaire en la personne de Lauren.
Dans le prochain chapitre, on reprendra le cours de l'histoire, mais je pense écrire un nouveau hors-série bientôt. N'hésitez pas à me dire en review quel parjure vous voulez voir la prochaine fois, même si je pense pouvoir le deviner ;)
Allez, bisous, et à la prochaine !
Alex
