Chapitre 13 : La force d'un mot

Pour Eragon, voyager à dos de dragon qui n'était pas le sien était une expérience nouvelle. En effet, il avait plutôt l'habitude avec Saphira de discuter pendant les trajets, à parler de tout et de rien, à se raconter des énigmes ou autre. Le silence était rare avec sa compagne de vol.

En revanche, l'état d'esprit pendant le voyage avec Lauren et son dragon blanc était quant à lui diamétralement opposé. Eragon savait déjà que Lauren était loin d'être la personne la plus volubile d'Alagaësia, mais il se sentit tout de même un peu mal à l'aise assis derrière elle la bouche close.

Les plaines herbeuses de l'empire défilaient depuis maintenant plusieurs heures, depuis qu'Eragon et Lauren avait repris leur voyage à la suite d'une nuit de repos méritée aux yeux du jeune homme.

La spectaculaire déroute de l'armée de l'empire la veille et la mort d'Enduriel avait fait souffler comme un vent de mélancolie sur l'esprit d'Eragon. Les parjures, que le jeune homme avait toujours considéré comme immortels, lui paraissaient soudainement vulnérables, capables d'être tués par n'importe quelle lame un peu vive. La réalité de la situation s'empara d'Eragon.

Dorénavant, lui aussi pouvait mourir dans ce conflit.

« Eragon »

La voix de Lauren le sortit brutalement de sa torpeur. Secouant la tête, il s'aperçut que la dragonnière s'était retournée sur la selle. Elle avait les jambes croisées nonchalamment du côté droit du dragon, sans rien qui la retenait de tomber dans le vide. Eragon admira un instant son équilibre avant de penser qu'elle devait certainement utiliser de la magie sans même le remarquer.

« Y-a-t-il un problème, Lauren ? » Demanda-t-il en relevant ses yeux vers ceux de la parjure.

Celle-ci semblait l'évaluer d'un regard critique. Elle prit le temps de la réflexion avant de répondre.

« Ce serait plutôt à moi de te poser la question. Tu sembles… distrait, à défaut de pouvoir dire autre chose. »

Eragon haussa un sourcil à cela, « Quoi, tu es capable de lire dans les pensées maintenant ? »

« Les pensées, non. » Rétorqua Lauren, « Mais sentir l'agitation de ta magie n'est pas vraiment un exploit. »

Evidemment, pensa narquoisement Eragon.

Il n'eut pas le temps de répliquer que la dragonnière continua.

« Si c'est la mort d'Enduriel qui te secoue comme ça, ressaisis-toi, par pitié. Cet imbécile d'elfe ne mérite pas qu'on s'apitoie sur son sort. »

« Je réalise simplement que nous sommes tous susceptibles de perdre la vie. » Avoua Eragon, un peu gêné. « Je ne m'imaginais pas voir l'un d'entre nous mourir un jour, c'est tout. »

Lauren eut une moue dubitative à cela, comme si ce qu'Eragon disait n'avait aucun sens.

« Le monde n'est pas rose. Les forts triomphent des faibles, et ce depuis toujours. A toi de faire partie des forts. »

Eragon détourna le regard, vexé de la confiance de la dragonnière.

« N'as-tu donc pas peur de mourir ? » Demanda-t-il, « Depuis la chute de l'ordre, d'autres parjures sont morts, certains avant même que je naisse. Cela ne t'a jamais traversé l'esprit que tu pourrais être la prochaine ? »

Contre toute attente, sa tirade sembla amuser Lauren, qui camoufla un petit rire derrière sa main.

« Les êtres capables de m'atteindre dans ce monde doivent se compter sur les doigts d'une main. » Fit-elle en ayant l'air d'avoir vraiment fait le compte dans sa tête, « Si tu es sûr de ta force et que tu ne relâches jamais ton attention, alors tu ne mourras pas. Sois méfiant. La plupart des parjures étaient négligents et c'est ce qui les a conduits à leur perte. »

« Et ça ne t'affecte pas ? » Demanda le jeune homme, avant de préciser, « Que tes frères d'armes décèdent au fil du temps ? »

Maintenant qu'il y pensait, il avait rarement entendu Daellin mentionner les anciens parjures. Enfin, à l'exception d'une certaine Formora, qui avait été, semblait-il, une de ses proches amies.

Lauren fronça les sourcils, « Les parjures ne sont pas des 'frères d'armes', Eragon. Loin de là. Nous sommes tous juste alliés. »

Elle caressa distraitement le flanc de son dragon du bout des doigts, « Nous avions chacun une bonne raison de vouloir la mort de la confrérie, et c'est ce qui fit que nous combattîmes côte à côte à l'époque. Cependant, peu de parjures sont amis, nous nous tolérons simplement. »

Le jeune homme hocha la tête, pensif. Ce que venait de dire Lauren allait dans le même sens que ce qu'il avait observé depuis qu'il était devenu dragonnier. Chacun de son côté, sans se mêler des affaires des autres.

Regardant à nouveau Lauren, il demanda, « Et toi, quelle était ta raison pour te retourner contre l'ordre ? »

A l'exception des histoires que l'on entendait sur elle, Eragon savait finalement assez peu de choses sur Lauren. Ou sur les parjures en général. Il se rendit compte qu'il gagnerait peut-être à en savoir plus sur ses confrères, s'il pouvait les appeler ainsi. De plus, s'il ne pouvait pas dire que Lauren était son amie, sa relation avec elle s'était quand même largement réchauffée depuis qu'il était arrivé au camp de l'empire, dans les Plaines Brulantes.

La blonde replia une jambe contre son torse, appuyant son menton dessus.

« Ne t'a-t-on jamais dit que la curiosité tua le dragonneau ? » Demanda Lauren, un brin sarcastique. Puis, voyant qu'Eragon ne bronchait pas, elle continua, « Disons simplement que le conseil des anciens et moi-même n'étions pas sur la même longueur d'onde à propos de certains sujets sensibles. »

« Quels genres de sujets ? »

« Beaucoup. Mais principalement sur la sélection des dragonniers. »

La réponse était vague, mais Eragon ne posa pas plus de question. Après tout, cela ne le regardait pas. Il se demanda tout de même comment la sélection des dragonniers avait pu mener la redoutable femme devant lui à trahir les siens.

« En tout cas, » Fit-il après un moment, « Je suis content qu'on soit dans le même camp. Je n'aimerais pas avoir à t'affronter dans une bataille comme celle d'hier. »

« Garde tes compliments pour Daellin, elle au moins y est sensible. En plus, je suis trop vieille pour toi. »

La réplique laissa Eragon bouche bée.

« Attends, serait-ce une tentative d'humour, Lauren ? »

La parjure tourna le dos au jeune homme, remettant ses bottes dans les étriers.

« Tu te trompes, Eragon. »

« Si, si, je crois bien que c'en était une. » Continua le jeune homme, hilare, « Aurais-je réussi à dérider Lauren, la terrible magicienne ? »

« Je t'ai dit que non ! »

« Qui aurait cru qu'une si féroce parjure, si stoïque d'habitude, maitrisait aussi les plaisanteries ! » Fanfaronna-t-il, bien décidé à taquiner la blonde.

« Eragon… » Grogna Lauren de l'avant du dragon.

« Attends que je raconte ça à Daellin, elle en ser… »

D'un coup, plus aucun son ne sortit de la bouche du jeune homme. Il avait beau ouvrir la bouche, impossible de prononcer le moindre mot. Frustré, Eragon jeta un regard suspicieux en direction de Lauren, et vit qu'elle le regardait, un sourire satisfait flottant sur ses lèvres.

Maudite magicienne.

-oo0oo-

Le voyage de retour d'Eragon et Lauren touchait à sa fin. En effet, à l'horizon, on pouvait commencer à distinguer les gigantesques tours de la citadelle noire de Galbatorix, à Uru'baen. La vue, bien qu'austère, mit du baume au cœur d'Eragon, qui, après tant de temps passé loin de la capitale, était heureux d'être de retour chez lui.

La proximité de la ville entraina également une heureuse surprise pour le jeune homme, qui prit la forme d'une voix. Une voix qu'il avait presque oublié qu'il entendrait à nouveau un jour.

« Eragon ! »

Un immense sourire se fixa sur le visage du dragonnier tandis qu'une douce chaleur s'empara de lui au contact de cet esprit si familier. Des pensées étrangères, presque sauvages, se déversèrent dans sa tête et Eragon se laissa porter par ce maelstrom d'émotions.

Il se sentit tomber du dragon de Lauren, emporté par l'euphorie du moment. Cependant, cela ne l'inquiéta guère, car il savait qu'on serait à sa retombée.

« Saphira ! » Fit-il mentalement, riant toujours, « Que c'est bon d'être de retour ! »

Des griffes encerclèrent son torse, l'arrêtant effectivement en pleine chute libre. Levant les yeux, le jeune homme aperçut une mer d'écailles bleues. Saphira, car c'était bien elle, le jeta d'un coup de patte au-dessus d'elle et son dragonnier, avec ses années d'entrainement, atterrît souplement sur son dos.

Le jeune posa de suite son front contre le cou de la dragonne, lui communiquant sans mot à quel point elle lui avait manqué. Leurs esprits s'entremêlèrent, se mélangèrent, jusqu'à ne former presque qu'un. La vision d'Eragon se troubla, et bientôt, il vit à travers les yeux de la dragonne, s'émerveillant de toutes les nuances de bleu que constituait la vue de Saphira.

Ils volèrent un instant ainsi sous l'œil nullement attendri de Lauren, partageant ce qu'ils avaient manqué de la vie de l'autre durant ces longues semaines de séparation. Si Eragon apprit que Saphira s'était la plupart du temps royalement ennuyé en son absence, la dragonne fut mortifiée d'entendre que son dragonnier avait frôlé la catastrophe à de nombreuses reprises.

« C'est décidé, » Affirma-t-elle d'un ton qui ne laissa aucune place à la discussion, « Je vais t'attacher sur mon dos avec une corde, et plus jamais tu n'en descendras. »

Eragon rit avant de remarquer que Saphira n'était pas amusée. Pas du tout.

« Euh, tu n'es pas sérieuse quand même ? » Demanda le jeune, tout d'un coup moins jovial.

« Attends donc qu'on soit arrivé à Uru'baen. » Eut-il pour toute réponse.

Le voyage de retour continua donc, et Eragon se fit la promesse de ne plus quitter Saphira. Les moments qu'ils partageaient ensemble étaient trop précieux pour valoir une séparation. Avec elle, il se sentait complet. Sans doute était-ce dû au lien qui les unissaient, mais au-delà de ça, Eragon avait vraiment l'impression que sa relation avec Saphira était spéciale, même dans la caste des dragonniers.

En racontant à sa partenaire les évènements de la bataille des Plaines Brulantes, Eragon mentionna le vacillement de la magie qu'il avait ressenti lors de son opposition avec les magiciens elfes.

« Je ne comprends toujours pas ce qu'il s'est passé, » Admit-il, un peu gêné. « J'ai posé la question à Lauren, mais il semble qu'elle veuille se concerter avec les autres avant. »

« C'est vraiment très étrange, » Répondit sa dragonne, pensivement. « Personnellement, je n'ai rien sentit. Mais d'un autre côté, je me trouvais très loin de toi. »

Eragon hocha la tête, pas beaucoup plus avancé. Il tourna la tête vers Lauren et son dragon blanc, qui volaient sur sa gauche, au même niveau que Saphira et lui. La parjure avait le visage fermé, comme à son habitude. Le jeune homme fut à moitié tenté de rouvrir le débat avec elle pour obtenir plus de réponses, mais il se résigna. Cela pouvait attendre encore un peu. Mieux valait profiter de la présence de Saphira avant que les affaires reprennent.

-oo0oo-

Ils n'étaient plus qu'à une minute de vol de la capitale. Eragon se préparait déjà mentalement à affronter Galbatorix. Il y avait peu de chance que ce dernier soit satisfait de la défaite de son armée au Surda, de la mort d'Enduriel et de l'échec de l'assassinat d'Ajihad par la Main Noire.

Il déglutit difficilement. Cela faisait beaucoup de faux pas.

Sentant son appréhension, Saphira le réconforta. Il n'était pas le seul à avoir échoué, et il n'était pas le premier responsable non plus.

Malheureusement pour lui, il doutait que cela suffise pour le dédouaner aux yeux du roi.

A ses côtés, Eragon vit le dragon de Lauren stopper son vol, se maintenant simplement dans les airs grâce aux battements de ses puissantes ailes. Instinctivement, Saphira s'arrêta également, son museau tourné vers un point au-delà d'Uru'baen.

Eragon plissa les yeux, ne distinguant au départ rien de spécial, avant que son regard ne se fixe sur deux grandes silhouettes volant vers eux.

Le jeune homme retint sa respiration, le roi se serait-il décidé à sortir de son palais ? Et pour quelle raison viendrait-il les intercepter ?

Eragon, Lauren et leurs montures respectives patientèrent un moment, tendus comme la corde d'un arc. D'innombrables scénarios se succédèrent dans son esprit, et malheureusement pour Eragon, aucun ne finissait bien pour lui. Et les pires se concluaient même particulièrement mal.

D'un coup, la voix de Saphira retentit dans sa tête, faisant sursauter Eragon.

« Ce n'est pas Galbatorix là-bas. Les dragons ne sont pas de la couleur de Shruikan. »

« Tu es sûre ? » Demanda Eragon nerveusement, ne voulant pas crier victoire trop vite.

La dragonne ne répondit pas, mais le jeune homme pouvait dorénavant distinguer les teintes des dragons qui se rapprochaient. Et en effet, pas de monstre noir à l'horizon. A la place, Eragon vit un dragon pourpre, beaucoup plus imposant que ne l'était Saphira ou encore Firnen, le dragon d'Arya.

Reynor, pensa Eragon.

Mais c'est bien l'autre dragon qui attira son attention. Car ce dernier était brun, plutôt clair. Or, le seul dragon brun qu'il connaissait était celui de…

« Il était temps. J'ai presque cru que tu m'avais oubliée. »

…Daellin.

Eragon rit, évacuant toute la pression qu'il ne se souvenait pas d'avoir accumulé. C'était un rire franc, qui reflétait tout le bonheur qu'il ressentait à être de retour dans l'empire, après une trop longue période en territoire ennemi. Entendre la voix chantante de son amie elfe lui rappelait que, pour le moment au moins, les tracas allaient être mis de côté.

Saphira entama une descente, suivant Lauren et son dragon. Planant paresseusement, ils se posèrent sur la plaine d'herbes rases qui entourait les murs d'Uru'baen. Le dragon blanc étira ses ailes, sans doute engourdies après un vol aussi long. Sa dragonnière sauta de la selle, se réceptionnant souplement à l'aide de son bâton, Ilumëo. Eragon quant à lui, glissa le long du flanc de Saphira.

Daellin et Reynor arrivèrent peu après. Les écailles de leurs dragons scintillaient dans le ciel bleu de l'empire. Les deux majestueuses créatures piquèrent à leurs tours, se dirigeant vers leurs camarades.

Eragon apprécia une nouvelle fois la beauté des dragons, et regretta que ceux des parjures aient perdu leurs identités et leurs esprits suite au sort lancé lors de la Chute des dragonniers. C'était un sujet dont qu'il avait très peu abordé avec Daellin, mais il savait que l'elfe était très affectée par la condition de son dragon. Si elle avait su surmonter cette épreuve, d'ancien parjures en étaient complètement devenus fous, à tel point qu'un parjure humain du nom de Tullius avait fini par se suicider.

Le jeune homme regarda tendrement sa dragonne. Il ne laisserait personne lui faire du mal à ce point.

Une bourrasque balaya la prairie, signalant l'atterrissage de ses compères. Reynor était en armure de combat, dans un style noir qui n'était pas sans rappeler Galbatorix. Le seul élément de sa tenue qui apportait un peu de chaleur était son épée violette, attaché à sa hanche dans un fourreau de la même couleur. En descendant de sa monture, il fit le signe de politesse elfique de ses doigts :

« Atra esterní ono thelduin, Eragon, Lauren. »

Lauren hocha simplement la tête, n'imitant aucunement l'elfe. Maintenant qu'il y pensait, Eragon ne se souvenait pas l'avoir vue faire un salut elfique un jour. Haussant les épaules, il reporta son attention sur Reynor.

« Reynor, » Fit-il d'une voix sans émotion, « Tu es de retour de Gil'ead à ce que je vois. »

« Perspicace, comme toujours, Eragon. » Répondit l'elfe, un peu vexé du manque de manières de Lauren et d'Eragon.

Pas concerné, le jeune fixa plutôt son regard sur la personne qui venait sauter de sa monture. Toujours aussi belle et élégante, Daellin arborait son éternel sourire moqueur sur ses lèvres, ses yeux bleus brillants de malice.

Se mouvant avec grâce dans ses légers vêtements elfiques, elle s'approcha d'Eragon jusqu'à lui faire face complètement.

D'ordinaire à l'aise avec elle, le jeune homme se sentit d'un coup très nerveux. Tremblant légèrement, il commença à lever son index et son majeur en direction de sa bouche. Cependant, avant qu'il ne pût prononcer le moindre mot, Daellin écarta sa main en saisissant son poignet de la sienne. Elle tira ensuite le jeune homme vers elle dans une étreinte qui fit se relaxer Eragon.

Ce dernier passa également ses bras dans le dos fin de l'elfe, profitant de l'instant. Il sentit l'esprit de Daellin frôler le sien, sans doute inconsciemment comme elle avait l'habitude de le faire, et il s'efforça de ne pas se perdre dans la dangereuse mélodie qui en émanait.

« Alors, » entendit Eragon dans son oreille, « Heureux d'être de me revoir ? »

Il frissonna en sentant le souffle de l'elfe dans son cou. Dans un coin de son esprit, il sentit Saphira narquoise, mais n'y fit pas attention. Serrant l'elfe de plus belle, il répondit :

« Tu n'as pas idée… »

-oo0oo-

Eragon leva un œil vers le ciel, et s'aperçut que la luminosité commençait à décliner. La soirée avançait, et l'heure de faire son rapport au roi approchait également.

Après les retrouvailles avec Daellin, Reynor avait demandé, à la grande surprise d'Eragon, à ce qu'ils se concertent avant de retourner à la capitale.

Les quatre parjures s'étaient donc installés en cercle sur l'herbe rêche, leurs dragons respectifs allongés derrière eux.

Eragon fut le premier à conter son récit. Il rappela brièvement ce pourquoi il avait été envoyé au Surda avec Daellin, et comment l'arrivée des vardens dans le pays du sud avait changé les plans du roi au point qu'il se décide à envoyer une armée complète pour le renverser.

« Après que Daellin soit partie sur la demande de Galbatorix, » fit Eragon en jetant un œil interrogateur à son amie, qui lui figne de continuer, « je suis resté à Aberon pour aider Drail, de la Main Noire, à éliminer le chef des vardens, Ajihad. »

Reynor haussa un sourcil à cela, « Pourquoi tenter de planifier un assassinat ? N'aurait-il pas mieux valu attendre la bataille pour cela ? »

« En prévision de la bataille à venir, Galbatorix a pensé qu'avec un de leurs commandants en moins, les forces ennemies seraient désorganisées. » Dit Lauren d'un ton neutre. Assise en tailleur devant son dragon blanc, elle avait les yeux fermés et semblait concentrée. « Et comme Daellin et Eragon étaient à Aberon au même moment, c'était l'occasion idéale. »

Eragon hocha la tête, n'ayant pas pensé à cette possibilité à l'époque. Saphira grogna et laissa échapper une flammèche, mécontente. Malgré les regards tournés vers elle, la dragonne ne s'adressa qu'à Eragon.

« Et dire que ce plan aurait pu te couter la vie. »

« Oui, bon, je suis bien rentré. » Répliqua le jeune homme, mal à l'aise. « Au final, ça n'a pas eu d'importance. »

La dragonne grogna à nouveau, et Eragon sentit son épaule le lancer douloureusement. Tournant la tête, il vit que le tissu de sa chemise brulait, des flammes bleues se répandant sur sa surface. Au même instant, une boule d'eau glacée lui heurta le visage. Le souffle coupé, il entendit Daellin se moquer à côté de lui.

« Désolée Eragon, mais tu avais pris feu. »

Elle n'avait pas le moins du monde l'air désolée si l'on en croyait le rire qui secouait encore sa silhouette svelte.

Elle me le paiera, cette teigne, Pensa-t-il exaspéré.

« Tu disais, Eragon ? » Dit Reynor d'un air blasé, bien moins amusé que sa camarade parjure.

Le dragonnier secoua la tête pour faire tomber les gouttes d'eau qui perlaient sur son visage. Jetant un dernier regard noir à Daellin, il reprit.

« La mission ne s'est pas passé comme prévue. Drail s'est fait attraper, et il a dû communiquer ma position, car je me suis retrouvé avec la dragonnière elfe, Arya, sur le dos à notre point de rencontre. »

Eragon se demandait encore comment il s'en était sorti ce jour-là. C'était de loin la situation la plus compliquée qu'il avait eu à gérer dans sa vie. Et, même s'il s'était échappé avec brio, il fallait reconnaitre la part de chance qui avait joué son rôle.

« J'ai réussi à lui échapper, et j'ai couru depuis Aberon jusqu'aux Plaines Brulantes, quasiment sans m'arrêter. C'est là que j'ai retrouvé Lauren et Enduriel avant la bataille. »

Il laissait les deux autres le temps de digérer ses paroles. L'assistance fut silencieuse un moment, avant que Daellin ne formule tout haut ce que Reynor et elle pensaient tout bas.

« Et j'imagine que si Enduriel n'est pas avec vous, c'est qu'il est… »

« Mort. » Fit Lauren froidement. « Tué par cette Arya, surement à cause d'un excès de confiance. Les jours qui précédaient la bataille, il était devenu obsédé par la dragonnière. Je pense qu'il avait deviné quelque chose à son propos, mais il ne nous a rien dit. »

« Quel imbécile, il n'a eu que ce qu'il méritait de toutes façons. » Le venin dans la voix de Reynor surprit Eragon, mais il se rappela que les parjures ne s'appréciaient pas tous, et qu'Enduriel devait être l'un des moins aimé de la caste.

« Une défaite de son armée, et la mort d'un de ses dragonniers de votre côté donc. Que de bonnes nouvelles pour Galbatorix. » Chantonna sarcastiquement Daellin, bien que son humeur semblait plus dirigée envers Lauren « Surtout quand on sait ce qu'a vécu Reynor dans le nord du pays. »

Lauren et Eragon regardèrent l'elfe, se demandant comment il aurait pu faire pire qu'eux d'un point de vue bilan.

Le regard de Reynor s'assombrit.

« Le nord de l'empire est tombé aux mains des elfes. » Annonça-t-il de but en blanc, « Ils sont sortis de leur foret en nombre, et leur attaque sur Gil'ead m'a forcée à battre en retraite. »

Eragon faillit tomber à la renverse.

Les elfes ont déclaré la guerre à l'empire ?

Saphira était aussi surprise que lui, et son fil de pensées frénétique déborda dans son esprit. Les elfes, à la différence des surdans et des vardens, représentaient une force sur laquelle il fallait compter. Encore plus s'ils étaient tous impliqués dans la guerre.

Lauren eut une moue dubitative, « Et tu n'as pas été capable de les repousser à dos de dragon ? Aurais-je surestimé les capacités des dragonniers elfes ? »

La pique était violente, et un peu gratuite selon Eragon. Reynor jeta un regard noir à Lauren, et même Daellin s'était raidie en entendant cela.

« Surveille ton langage, Lauren, si tu sais ce qui est bon pour toi. » Grinça-t-il entre ses dents, essayant d'apparaitre le plus menaçant possible, « Pour ta gouverne, sache que j'ai dû affronter un dragonnier et un dragon également. Des membres du conseil des anciens. Leurs noms devraient te dire quelque chose d'ailleurs, il s'agissait d'Oromis et de Glaedr. »

« O… Oromis est vivant ? » S'exclama Lauren, incrédule, « Mais… Je croyais qu'il était mort dans la chute. Que Formora et Kialandí l'avaient tué. »

Eragon avait la distincte impression de manquer quelque chose d'important, ce qui arrivait souvent quand des dragonniers de plus de cent ans parlaient devant lui. Qui qu'il soit, cet Oromis semblait être quelqu'un aux yeux de Lauren. C'était d'ailleurs déroutant de la voir montrer une quelconque émotion pour une personne autre qu'elle-même.

« Il est bien vivant, en chair et en os. » Répondit Reynor, « Avec son aide, je n'ai pas pu gérer le combat avec les elfes comme je l'aurais voulu. Les magiciens humains de Gil'ead étaient beaucoup trop faibles. »

Il contempla l'horizon un moment, visiblement toujours contrarié de la tournure qu'avaient pris les évènements.

« De plus, j'ai appris que Ceunon était tombée aux mains des elfes également. Sans Dumëth pour protéger la ville, il n'y eut presque pas de résistance. »

« Dumëth n'était pas à Ceunon ? » Intervint Eragon, curieux de l'entendre. Il lui avait semblé que le parjure résidait pourtant dans la ville côtière du Nord.

Daellin secoua la tête, « Rappelle-toi, il était censé partir pour le Surda légèrement après nous. Mais depuis son départ, nous n'avons plus reçu un seul mot de lui, et son dragon semble avoir lui aussi disparu. »

« Et il serait donc toujours au Surda en ce moment ? Je ne sais pas vous, mais je trouve ça étrange. » Fit pensivement Eragon.

« Ça n'a pas vraiment d'importance. » Coupa Lauren, « Ce qui compte, c'est que nous sommes maintenant pris en étau entre deux forces qui sont, au nord comme au sud, capables de rivaliser contre l'un d'entre nous. »

« Et que proposes-tu alors, ô grande magicienne ? Pourrais-tu partager un peu de ta clairvoyance avec nous autres commun des immortels ? » Demanda Daellin les yeux écarquillés en fausse admiration, se moquant ouvertement de Lauren.

Eragon ricana à cela, les blagues de Daellin lui avaient vraiment manqué.

Lauren ne s'offusqua pas, ne faisant pas ce plaisir à l'autre parjure. Elle releva simplement le nez hautainement, avant de dire.

« C'est pourtant simple, même pour toi Daellin. Il va nous falloir rester groupés, pour ne pas risquer de se faire éliminer un par un. C'est ce que risque de nous demander Galbatorix, de toute façon. »

Eragon réfléchit à la question un instant. En effet, avec les elfes et cet Oromis au Nord, et Arya et Murtagh au sud, il ne fallait plus risquer de combat seul. Et entre les parjures et Galbatorix, il voyait mal les rebelles et les elfes triompher. Malgré cela, la situation ne plaisait pas du tout au jeune homme. Il y avait comme un air de finalité qui annonçait beaucoup trop de combats et de morts à son goût.

Il se refocalisa sur Lauren, qui avait repris la parole.

« Il y a tout de même une chose qui m'intrigue et dont je voudrais discuter. » Fit-elle en regardant successivement Daellin et Reynor, « Avez-vous ressenti un trouble dans la magie il y a de cela quelques jours ? Eragon et moi avons fait l'expérience, durant la bataille qui plus est, d'une disparition pure et simple de toute forme de magie, sortilège ou autre. Qu'en est-il de vous ? »

Voilà qui est plus intéressant, songea Eragon. Il allait peut-être en apprendre plus sur les idées que Lauren avait derrière la tête concernant ce qui s'était passé lors de la bataille des Plaines Brulantes. Il avait beau se creuser la cervelle, il ne voyait pas ce qui avait pu faire lâcher les magiciens elfes pendant leur attaque par l'esprit.

L'hilarité sur le visage de Daellin disparut tandis que Reynor apparaissait pensif. Ce fut ce dernier qui répondit d'abord.

« Maintenant que tu le dis, c'est vrai. Le jour précédant l'attaque des elfes, j'ai senti ma connexion avec mon dragon s'éteindre un moment, avant de revenir rapidement. Je n'y avais pas fait plus attention que cela, car ça m'avait semblé sans importance au moment où c'est arrivé. »

Saphira attira l'attention d'Eragon en entendant cela, « Drôle de coïncidence, tu ne trouves pas, petit homme ? »

« Es-tu sure de n'avoir rien senti de ton côté ? » S'enquerra à nouveau Eragon, alors que Saphira passait la tête par-dessus son épaule.

« Je crois, je ne saurais pas le dire avec certitude. J'utilise la magie moins fréquemment que vous autres, humains et elfes. Et le plus souvent, c'es la communication par esprit, mais comme tu étais encore au Surda, j'étais le plus souvent seule dans ma tête. »

Eragon acquiesça distraitement, se demandant qu'est-ce qui pourrait avoir secoué l'Alagaësia de la sorte.

« Attendez, êtes-vous en train de dire qu'aussi éloignés les uns des autres, vous avez été affectés de la même façon ? » Interrogea Daellin, qui paraissait maintenant agitée.

« Visiblement. Pourquoi ? Qu'y a-t-il Daellin ? » Demanda Eragon à son amie, qui rongeait l'un de ses ongles nerveusement, dans une gestuelle qui n'avait rien d'elfique, pour une fois.

Le regard de Daellin passa rapidement entre les parjures, sans qu'elle ne réponde pendant un moment. Finalement, après une grande inspiration pour se calmer, elle annonça :

« Je crois que Galbatorix l'a finalement trouvé. »

Eragon ne compris pas où elle voulait en venir.

Trouvé quoi ? Pensa-t-il.

Reynor était perdu également, si l'on en croyait le froncement de ses sourcils. Lauren, par contre, affichait un air différent, comme si elle avait deviné le sens caché des paroles de Daellin.

Ne voulant pas rester dans le noir plus longtemps, Eragon brisa le silence :

« Que veux-tu dire, Daellin ? »

L'elfe le regarda, les yeux ne laissant pas transparaitre leur gaieté habituelle.

« Le mot. » Dit-elle d'une voix blanche, « Galbatorix a trouvé le mot. »


Salut tous le monde,

Je vous remercie d'être là pour ce chapitre plus tardif que je ne l'aurais voulu ! ( je dis ça comme si c'était le seul retard depuis le début de l'histoire ^^)

En tout j'espère que vous aurez apprécié le retour de la seule, de l'unique, de votre perso préféré de la fic (enfin je crois), j'ai nommé Daellin ! Ca faisait un moment qu'on ne l'avait pas vue, mais je peux vous dire qu'on ne va quasiment plus la lâcher maintenant !

Concernant ce chapitre, il est un peu court, pour la simple et bonne raison que j'ai coupé une grosse partie qui sera en fait dans celui d'après. Ca veut dire que le chapitre 14 est déjà bien entamé !

N'hésitez pas à laisser une review, je réponds à tout le monde en MP, et en plus je ne mords pas !

Allez, bisous, et à la prochaine !

Alex