Coucou ! Et oui, on est de retour !
On sait bien que ça fait un moment qu'on a pas posté de nouveau chapitre, mais à notre décharge, nous avons eu beaucoup moins de temps libre que prévu, entre les petits soucis de santé, de papiers administratifs etc. Mais ne vous inquiétez pas, même si on mets plus de temps qu'auparavant à publier, nous n'abandonnons pas notre fiction ! On l'aime trop et on vous aime trop aussi !
Un gros merci en particulier à ceux qui nous ont partagé leurs avis sur le dernier chapitre : Lune patronus, Choubighetto, Juju, Titietrominet27, httpmoony, vastrid, Lizzia0901, Rosevalyne, Guest, Nuit Noire Reflet d'Argent et MillyBlueBird !
Pour les réponses aux reviews anonymes, c'est ici : (h)(tt)(p:)(/)(/)(cellesqui.)(forumactif).(org/t124-reponses-aux-reviews-anonymes-du-chapitre-41-celle-qui-rendait-james-jaloux#2290)
On vous souhaite une bonne lecture et une bonne rentrée à tous,
Mila&Rukie
CHAPITRE XXXXII :
Celle qui défiait le destin
Mai 1979
Morgane cligna des yeux, les paupières lourdes, en sentant quelque chose collé à sa joue. Elle releva la tête et eut la confirmation que oui, son parchemin était vraiment plaqué contre sa peau blanchâtre, sur laquelle devait à présent se trouver de l'encre noire.
- Et merde, soupira-t-elle en s'étirant.
Elle ne l'avait pas dit, mais mine de rien, ça l'inquiétait quand même un peu de savoir comment Gigi allait prendre les révélations qu'allait lui faire Kathleen. Alors en revenant de la soirée chez Sirius, elle s'était couchée sans réussir à trouver le sommeil, trop agitée et inquiète à cause la conversation qu'elle avait eu avec sa soeur quelques heures plus tôt. Et si elle, elle était dans cet état, elle n'imaginait même pas comment se sentait Kat ! Enfin bref, ne trouvant pas le sommeil et soucieuse de l'état de Remus, elle s'était replongée dans son dossier de fin d'étude et notamment sur sa thèse portant sur la lycanthropie, avant de s'endormir littéralement dessus, épuisée.
La jeune sorcière se leva et s'étira une nouvelle fois, sentant son corps protester contre le traitement qu'elle lui infligeait et se dirigea vers sa cuisine pour se préparer quelque chose de rapide à manger. Alors que son porridge chauffait, elle entendit des coups contre sa porte d'entrée.
- Y a personne, grogna-t-elle en terminant de servir à manger à Stitch qui se frottait à ses jambes tout en ronronnant à plein volume.
- C'est moi ! Fit une voix féminine de l'autre côté.
- Genre ça m'aide! Cria la blonde en riant ayant parfaitement reconnu en réalité la voix de son amie.
- Miriam!
Morgane retira sa casserole du feu et parti ouvrir à son amie, d'un pas traînant et encore endormi.
- Il est trop tôt!
- Il est onze heure, l'informa Miriam en arquant un sourcil lorsqu'elle remarqua son pyjama couvert de pingouins.
- Pas de commentaires sur ma tenue, tout le reste est au sale sinon crois-moi, j'aurais pas choisi ça! La prévint la blonde en lui faisant signe de la suivre dans son appartement. Tu veux un truc à boire? Thé? J'vais m'en faire un perso.
- C'est parfait, merci.
- Je suis contente de te voir, mais qu'est-ce que tu fais là ? Questionna Morgane en lui tendant une tasse, quelques minutes plus tard.
- J'ai croisé Ian, il s'inquiétait un peu pour toi, du coup, je suis montée à ton bureau et j'ai vu Joshua, dit-elle la mine crispée, qui m'a aussi dit que tu n'étais pas en grande forme ces derniers temps. J'imagine que ce qu'il s'est passé à Ste Mangouste en plus de tes problèmes avec Trouffion, je veux dire ... Black, enfin voilà, je suis venue voir comment tu allais ! Finit-elle de déballer avant de reprendre son souffle.
Morgane écarquilla les yeux, étonnée, avant de sourire.
- Je suis touchée, tu sais. D'abord Fergus, maintenant Josh' ... Je suis flattée que tu prennes sur toi pour moi, merci Mimi !
- Bah, c'est rien, sourit son amie en jouant avec ses boucles. Même si je suis soulagée, je dois dire, que l'autre abruti soit pas chez toi !
- Oh t'inquiète pas, il peut encore arriver, ricana Morgane avec un sourire moqueur.
- Il doit être trop occupé à se remettre de sa soirée d'hier, et il faut qu'il mette dehors les meufs avec qui il a passé la nuit! Rumina l'ancienne Poufsouffle d'un air mauvais.
- En parlant de lui, je-
- Tu voulais me dire que tu t'étais rendue compte qu'il ne portait pas un nom qui rime avec anus pour rien? la coupa son amie, les lèvres pincées en un rictus méprisant.
Morgane soupira. Faire changer les sentiments de Miriam pour son ami s'annonçait compliqué.
- C'est pas le seul dans ce cas, lui fit-elle remarquer, et non, rien à voir, surtout que tu te doutes bien que je m'en suis rendue compte dès qu'il m'a dit son prénom.
- Dans ce cas on a pas besoin de parler plus de lui? Tu sais très bien que je n'aime pas ne serais-ce que le mentionner! Moi tout ce que je voulais c'était vérifier comment tu allais, voir si tu avais besoin de parler, si tu voulais parler bien sûr, vu que tu ne m'as rien dit à part "c'est complètement définitivement la fin".
- J'ai besoin de parler... de Fergus, tenta Morgane, mais le visage de Miriam lui indiqua qu'elle n'était pas prête à céder juste comme ça. Bon écoute, je veux bien parler avec toi de Trouffion si on peut parler un peu de Fergus également. Ça me tient vraiment à cœur... et comme ça tu auras satisfait ton besoin de ragots.
- C'est pas un besoin de ragots Momo, soupira Miriam en la fixant sérieusement, c'est juste que... j'ai l'impression que tu gardes tout en boule à l'intérieur de toi et ça va finir par exploser. C'est pas bon tout ça.
Ne sachant pas quoi répondre à cette parole pleine de vérité, Morgane prit une grosse cuillère de son porridge et l'engouffra dans sa bouche avec une moue boudeuse.
- T'étouffer avec ta bouffe n'y changera rien, tu sais, fit remarquer Miriam avant de prendre une gorgée de thé. Allez, dis-moi, qu'est-ce-qu'il y a de "définitif" cette fois ? Parce que franchement, les ruptures et les disputes, c'est un peu votre marque de fabrique. Qu'est-ce qui te fait croire que vous n'allez pas une nouvelle fois vous réconcilier ? Qu'est-ce-qui rend cette dispute si différente des autres ?
Morgane soupira et ravala ses larmes en se souvenant de sa dernière discussion avec Regulus.
- Ce qui est différent, dit-elle après avoir finit sa bouchée de porridge, c'est que cette fois, il n'y a plus de non dit. Je lui ai dis que je l'aimais, Merlin, je sais même pas comment ça a pu sortir de ma bouche ! Se souvint-t-elle avec horreur et honte. Bref... on a enfin admis combien on tenait à l'autre et combien on avait vraiment essayé de faire en sorte que ça marche ... Mais surtout, on a admis que ça ne fonctionnerait jamais entre nous, pas à cause de nous, mais de tout le reste ... Tu comprends ? Questionna la petite blonde en levant un regard timide vers son amie.
Miriam l'observa en silence, le menton dans sa main, pensive, avant de soupirer:
- Tu te facilites pas la vie quand même, mais j'imagine que je comprends ce que tu veux dire... même si j'ai du mal à croire que vous réussissiez à résister à l'attraction que vous avez l'un pour l'autre, un de vous deux finira par rendre les armes, au figuré ou non.
Morgane avait bien compris le sous entendu de son amie et collègue, mais elle doutait sincèrement que Regulus abandonne un jour le camp de Voldemort pour elle. Il le ferait pour une autre raison en supposant qu'elle n'avait pas foutu le bordel dans le futur en fricotant avec lui, mais s'il n'avait pas déserté les rangs des mangemorts avant pour elle ou pour Kathleen, il ne le ferait pas plus tard. Le poids de sa famille restait tout de même plus important pour lui, pensa-t-elle amèrement.
- C'est dingue que vous ayez craqué l'un pour l'autre n'empêche, il y a pleins de gens qui veulent ce qu'ils peuvent pas avoir, mais vous deux, vous êtes pas le genre à rechercher ça... Enfin je le connais pas, mais il me donne pas cette impression, fit remarquer Miriam qui se lassait un peu du silence de la blonde en face d'elle.
- Il est con, répliqua-t-elle comme si c'était une réponse logique.
- C'est ton explication à tout, pas vrai ? S'amusa Miriam, avec un sourire dépité.
- Compte tenu du nombre de cons qui peuplent cette planète : yep ! Enfin, ta curiosité concernant Trouffion premier du nom a-t-elle été assouvie, très chère ? S'enquit Morgane, refusant d'admettre que ça lui avait fait du bien de pouvoir parler de Regulus à quelqu'un.
- J'imagine que si je dis oui, tu vas vouloir parler de l'autre abruti ? Soupira la douce médicomage.
- Je n'insiste pas pour t'ennuyer, Mimi, tu sais. C'est juste que j'ai appris certaines choses, dernièrement, et que j'aimerais t'en faire part ...
- Ah oui ? Répondit son amie avec un désintérêt total. Fergus a décidé de quitter le pays ? Il s'est fait enlever par un troupeau de centaures en rut ? Ils seront toujours moins en rut que lui cela dit...
- Tu dis ça, mais je suis certaine que c'est son idée d'une fête réussie... ou juste de bonnes vacances, rit Morgane avant de terminer son porridge, non ce que je voulais te dire c'est que j'ai entendu parler de ce qu'il s'est passé à Poudlard.
- Ah tu veux dire, quand il a fait en sorte que mon coeur soit brisé et que je sois tournée en ridicule? L'interrompit Miriam en devenant inhabituellement froide, ce qui déstabilisa la blonde.
- Sauf qu'il y a au moins deux côtés à chaque histoire, et son côté de l'histoire vaut la peine d'être entendu...
- ...Dans ce cas pourquoi il ne m'en a jamais parlé?
- Tu n'es pas franchement abordable quand il est dans les environs, et ce n'est pas un sujet dont il aime parler je dirais. Mais en tout cas, je te raconte cette histoire, après tu feras ce que tu voudras de ces informations. Je ne te le dis pas pour que tu deviennes sa meilleure amie, d'ailleurs, je me doute bien que ça n'arrivera pas, expliqua Morgane pendant que Miriam l'observait de ses yeux perçants.
- Bon et bien, balance, je suis curieuse de savoir quelles inepties il peut bien avoir plantés dans ta tête, soupira-t-elle.
Alors Morgane relata, durant plusieurs minutes, leur rencontre avec le frère aîné de leur "coup de cœur" commun, puis les révélations, la peine, la douleur qu'il y avait encore dans les yeux de Fergus. Intérieurement, elle remercia Miriam de ne pas l'avoir interrompu avec des remarques sarcastiques ou mauvaises, qui ne lui ressemblaient de toute façon pas. Son amie était quelqu'un de bien et de doux, et même si elle n'aimait pas Fergus, elle n'irait pas cracher sur quelqu'un qui souffrait.
- Voilà, conclut-elle. Fergus ne voulait pas t'en parler, parce qu'il estimait que ça ne changerait rien et que tu ne te sentirais pas mieux d'avoir été utilisée, si je puis dire, mais je trouve personnellement que c'était idiot de te laisser le détester pour quelque chose qu'il n'avait pas fait.
- Je vois, répondit simplement Miriam.
- Est-ce que ça va, Mimi ? S'enquit Morgane, alarmée par la mine neutre de son amie.
- Je sais pas... tu viens de ... comme qui dirait ... briser un sort... je n'imaginais pas que mon premier... crush on va dire, était aussi...enfin c'est un dur rappel à la réalité. Mais moins dur pour moi que pour Fergus, donc ça va, je me sens même un peu mal d'avoir été aussi sévère avec lui, soupira-t-elle en baissant les yeux, mais ce qui est fait est fait et le connaissant il n'acceptera pas d'excuses... de toute façon je n'ai pas vraiment envie de lui en présenter, il n'est pas très sympa avec moi non plus.
- Tu fais ce que tu veux Miriam, je voulais juste que tu saches, parfois la réalité est loin de ce que l'on s'imagine dans notre tête, sourit Morgane tristement, qui avait l'impression de le découvrir un peu plus chaque jour.
- Tu peux le dire! D'ailleurs, t'en es où avec tes recherches de ninja à l'hôpital? Tu as trouvé des informations avec ce que je t'ai fourni? Demanda son amie en changeant de sujet.
- Des infos oui, mais je n'ai pas de vraie piste, grogna la blonde en se laissant tomber en arrière, dépitée.
- Ça viendra, tenta de la rassurer Miriam avec une petite tape d'encouragement sur le genou. J'ouvre l'oeil aussi de mon côté, si ça peut te rassurer !
Morgane la regarda d'un air reconnaissant. Elle se rendait compte de la chance qu'elle avait d'avoir Miriam et Fergus à ses côtés. Bien sûr, elle avait Kathleen, mais ce n'était pas la même chose. Le mensonge était devenu réalité avec la fiancée de Gideon. Elles étaient véritablement devenues des sœurs, avec les bons et les mauvais côtés que cela impliquait. Elle était devenue tellement attachée à elle, Morgane était prête à tout faire pour la protéger, peut-être même trop faire. Kat était sa seule attache à son monde d'origine, elle était sa seule famille, même si elle n'était pas de son sang à proprement parler, c'était comme si. Alors elle ne pouvait juste pas lui révéler ses secrets, parce qu'elle avait peur de la décevoir et de lire dans son regard ce sentiment de trahison qu'elle avait déjà pu y lire. Parce qu'elle craignait aussi qu'elle se mette stupidement en danger en agissant sur un coup de tête...En fait, elle avait peur de la perdre tout simplement.
Évidemment elle avait également les maraudeurs, Lily, Frank et Alice, même Fabian et Benjy, mais elle était consciente d'être mise de côté depuis le nouvel an et "l'incident du patronus". Pas par eux, mais cela n'empêchait que le temps qu'ils passaient avec elle avait été fortement réduit. Curieusement, il n'y avait que Sirius qui tentait de maintenir un lien plus assidu avec Morgane. Mais la blonde craignait qu'il n'agisse parfois que par devoir, parce qu'il lui avait promis d'être toujours là pour elle et que les promesses étaient sacrées pour cet adorable crétin. Elle n'aurait jamais pensé, en revanche, tomber sur de si bons amis. Miriam s'était infiltrée, petit à petit dans son quotidien, avec ses commérages, sa gentillesse et sa douceur, quand à Fergus ... Fergus l'avait littéralement séduite. Il était en quelque sorte son alter ego.
Et tous deux étaient présents, à la soutenir, dans ses folies. Que ce soit dans son ex-relation, potentiellement dangereuse avec un mangemort, ou sa traque d'un assassin. Ils étaient là, à l'écouter, à respecter ses opinions sans jamais chercher à lui imposer quoique ce soit -ou presque-. Morgane sourit, tous les deux se ressemblaient plus qu'ils ne l'admettaient.
Kathleen poussa la porte de la chaumière aux Coquillages, un sourire crispé aux lèvres et l'estomac serré, alors que Gideon s'avançait joyeusement avec leurs valises dans le petit salon du cottage. Elle se sentait anxieuse depuis des jours, mais la discussion qu'elle avait eu avec Morgane le jour précédent et sa présence ici rendait les choses beaucoup trop concrètes. La vision nocturne avait mis à mal sa conviction d'annoncer l'entière vérité à son fiancé et il lui avait fallu user de la magie pour dissimuler son inquiétude, littéralement ancrée sur son visage, avant que son rouquin ne se réveille. Néanmoins, sa décision restait inchangée. C'était un choix difficile, pourtant. Le futur qu'elle avait entrevu la terrorisait, aussi bien pour elle que pour Morgane. Mais elle croyait en Gideon. Elle l'aimait tellement qu'elle ne pouvait qu'espérer sa compréhension.
- Je vais allumer un feu dans la cheminée, lui annonça-t-il tout en se dirigeant vers celle-ci sa baguette à la main, c'est qu'il fait frais pour un moi de mai! Quand je pense que petit, à cette heure-ci, j'aurais déjà couru dans l'eau avec Fabian et Molly!
Kathleen laissa échapper un rire amusée, consciente pourtant que Gideon semblait se faire un devoir de la dérider ces derniers jours. Sans doute avait-il senti que quelque chose préoccupait sa fiancée ...
- Il est encore tôt, le soleil va faire monter la température extérieure, le rassura Kathleen en tentant de cacher les trémolos qui perçaient dans sa voix, je vais aller nous faire du thé! Annonça-t-elle soudain, laissant son fiancé devant l'âtre.
Elle s'était rejoué le moment fatidique dans sa tête un bon millier de fois, sans trouver de bonne façon de l'annoncer, car elle le savait bien, il n'y en avait pas. Le plus difficile pour elle était d'ignorer comment Gideon allait réagir à ses aveux: allait-il comprendre entièrement et accepter qu'elle lui ai menti? Allait-il avoir besoin d'un moment pour y réfléchir? Allait-il la rejeter entièrement et lui ordonner de partir?
- Aie! Gronda-t-elle en ôtant sa main qu'elle avait malencontreusement posé sur la bouilloire lorsque cette pensée cauchemardesque lui avait traversé l'esprit.
Elle retira l'eau de la gazinière et passa sa brulure sous un filet d'eau glacé, laissant à nouveau son esprit vagabonder. Elle se devait de parler avec Gideon le plus rapidement possible, sinon elle risquait devenir folle. Son imagination ne faisait que de créer des scénarios en rapport avec ses origines, Gideon, son rêve, Morgane, les mangemorts et d'autres choses auxquelles elle n'avait pas nécessairement envie de penser, et c'était tout bonnement insupportable, sa tête commençait même a lui faire mal tellement elle réfléchissait. Au cours de ses entraînements, elle avait également remarqué que ses visions réagissaient à de fortes émotions. Il fallait donc à tout prix qu'elle se calme si elle ne voulait pas plonger dans une nouvelle transe.
La brunette finit par rejoindre son fiancé dans le salon quelques minutes plus tard avec du thé, au moment même où il descendait les escaliers:
- Ah, j'ai monté nos affaires, sourit-il en s'asseyant à côté d'elle, merci pour le thé.
- De rien.
- Et si on allait se changer les idées après cette tasse hum? Proposa le rouquin en la fixant gravement, son expression changeant soudainement, tu m'as l'air d'avoir grandement besoin de prendre l'air, je te trouve ailleurs depuis que l'on est parti ce matin... voir même depuis quelques temps... si je ne suis pas assez là Kathleen...
- Non, non, s'empressa-t-elle de l'interrompre alors que son cœur se serrait dans sa poitrine à l'entente de ses paroles pleines d'inquiétudes. Bonne idée, allons donc nous promener après notre thé, un peu d'air me fera du bien tu as raison.
Le temps que lui laissait cette fameuse tasse lui paraissait soudain à la fois interminable et trop court. Interminable, tant elle souhaitait que ce mauvais moment soit déjà fini, et trop court, tant elle peinait à organiser ses pensées.
Le vent frais qui fouetta son visage, lorsqu'ils sortirent et commencèrent à se promener sur la plage, les pieds dans l'eau, l'a sorti de sa torpeur et elle inspira pleinement, comme une noyée qui cherchait désespérément de l'air. Elle s'arrêta et lâcha la main de Gideon qui se tourna vers elle, cherchant probablement à savoir pourquoi sa fiancée s'était stoppée si soudainement. Elle l'observa, ses cheveux flamboyants volants comme des flammes autour de son visage parsemé de taches de rousseurs et légèrement abimé par ses missions, ses yeux bleus foncés lui rappelant la mer à la nuit tombée. Il la fixait également, les sourcils légèrement froncés, nullement dupe. Il voyait qu'il y avait un souci, il le savait, tout comme il voyait qu'elle se préparait à lui dire quelque chose. Enfin, elle sortit la phrase de non-retour :
- Il faut que je te parle, Gideon.
L'auror eut la confirmation de ce qu'il anticipait depuis des jours et toutes ses craintes envahirent soudain violemment son esprit. Rupture des fiançailles ? Rupture tout court ? Adultère ? Non, se dit-il en secouant intérieurement la tête. Kathleen pouvait le quitter, mais elle n'était pas le genre à aller voir ailleurs, se rassura-t-il. Il aurait pu espérer quelque chose de réjouissant, comme une grossesse, mais le ton de la voix de Kathleen lui annonçait déjà la couleur.
Il hocha simplement la tête, incapable de lui dire qu'il l'écoutait.
- J'ai besoin que tu m'écoutes, sans m'interrompre, annonça la jeune femme, une pointe suppliante dans la voix. Il faut que tu comprennes que notre couple ... notre relation ... va dépendre entièrement de ta réaction, d'accord ? Et d'avance, je te demande pardon de ne pas avoir eu le courage de te l'avouer avant ... Et par pitié, ne m'envoie pas à Ste Mangouste chez les fous !
Elle avait ajouté cette dernière phrase dans une tentative de faire de l'humour, avant de se rendre compte que pour une personne saine d'esprit qui entendait son histoire, c'était pourtant l'endroit tout désigné.
- Je viens d'un futur où le monde de la sorcellerie n'existe pas et n'a jamais existé autrement que dans des histoires pour enfants, lâcha-t-elle en retenant son souffle, se disant qu'il ne servait à rien de passer par quatre chemins.
Un silence s'installa, Gideon la fixant sans pour autant la voir, la mâchoire légèrement pendante. Il semblait réfléchir à cent à l'heure sans vraiment réussir à faire fonctionner son cerveau. Kathleen en profita pour continuer à parler:
- Je sais que ça ne veut strictement rien dire, que ça n'a aucun sens, mais c'est la vérité. Morgane et moi on... on a fait un truc bizarre, qui ne devait pas fonctionner, un espèce de rituel et...
- Mais non, l'interrompit Gideon qui avait subitement retrouvé l'usage de la parole, vous êtes orphelines et vous avez été élevé par votre Mamie Nova...
Son esprit terre à terre ne semblait pas pouvoir accepter ce que sa fiancée était en train de lui avouer. Kathleen ne pouvait pas lui en vouloir, personne de sain d'esprit, même pas quelqu'un qui pratiquait la magie et se déplaçait sur un balai volant, ne pouvait accepter l'idée qu'il puisse exister des mondes parallèles et que sa fiancée vienne de l'un d'eux juste comme elle savait aussi qu'inconsciemment, il se raccrochait aux mensonges qu'elle lui avait donné, pour se rassurer, et elle se maudit pour les avoir un jour prononcé, bien qu'elle n'ait pas eu le choix.
- Je comprends tout à fait que ça puisse paraitre improbable, crois-moi, quand on a débarqué ici, je pensais que je délirais, ou que j'étais morte même, et que j'allais finir par me réveiller à l'hôpital de Brest. Mais non, je suis toujours là, ça fait plusieurs années que je suis là, je sais pas vraiment pourquoi, je sais même pas pourquoi ça a fonctionné, mais il y a eu une espèce de brèche entre les mondes et Morgane et moi on s'est trouvées au bon endroit au bon moment j'imagine? En tout cas, à la base, je suis née en 1994, non pas en 1960... tenta-t-elle d'expliquer en s'y perdant un peu, tant cela sonnait stupide et tiré par les cheveux dit à haute voix.
- Je dois m'assoir, souffla son fiancé en s'appuyant contre un rocher, ça tourne, murmura-t-il.
- Je suis désolée de t'avoir caché tout ça, mais je ne pouvais pas continuer sans t'en parler, ça me bouffait d'avoir des secrets pour toi, s'excusa-t-elle, fébrile.
Elle l'observa, assit sur le sable, la tête entre les mains et s'accroupit en face de lui, patientant qu'il reprenne un peu ses esprit. Inquiète par la soudaine pâleur de son visage, elle tendit une main hésitante vers lui, mais il esquiva cette marque d'affection, redressant la tête pour plonger ses yeux dans ceux de celle qu'il pensait jusqu'à lors connaitre.
- Je ne suis qu'un personnage de livre pour gosses? Demanda-t-il un soupçon de tristesse dans la voix.
- Tu étais un personnage de livre, rectifia Kathleen avec un petit sourire nerveux.
- Et je suis fiancé avec quelqu'un qui n'est même pas encore née et qui ne juge pas ça bon de me le dire, fit l'auror en se redressant complètement, le visage dur.
La colère semblait lui redonner des forces, et il se mit à tourner en rond sur le sable. Kathleen tenta de s'expliquer, mais Gideon continuait de secouer la tête négativement, comme si cela pouvait arrêter les paroles de Kathleen. Mais maintenant qu'elle avait commencé, Merlin, elle devait continuer. C'était comme un dégueulis de mots. Un barrage qui cédait enfin après toutes ces années. Et ça sortait sans possible interruption.
- Je voulais tellement connaître la magie, Gideon. Mais quand je suis arrivée ici, tout ce que je pensais, ce que je croyais ... Tout a pris une autre dimension. Je ne contrôlais plus rien. Et après l'empoisonnement qui a eu lieu durant ma 7ème année, je ...
- L'empoisonnement ! S'exclama soudain le jeune Prewett en se tournant vers elle, s'arrêtant enfin de tourner. Bien sûr ! C'est le sortilège de Rosier qui te fait halluciner tout ça, ça t'embrouille l'esprit !
Kathleen eut l'impression de recevoir une violente claque en plein visage. Elle imaginait pourtant combien ça serait difficile à accepter pour lui. Elle savait qu'il risquait de la prendre pour une folle. C'était légitime. Normal. Et pourtant ... elle ne pouvait pas s'empêcher d'être blessée par cette réaction. Son expression, le ton de sa voix... C'était comme s'il venait de trouver la réponse à une question insoluble, mais que la réponse avait été évidente au final, et quel soulagement c'était de trouver cette réponse! Maintenant que l'on avait cette réponse, plus besoin de se poser de questions! Tout était évident et simple.
Kathleen serra les poings, sentant une pointe de colère monter en elle, mais surtout de la déception... elle croyait tellement en Gideon que de le voir réagir ainsi lui faisait un mal de chien. Elle aurait voulu lui exprimer cette douleur, cette peine qu'il lui causait, mais elle savait qu'elle n'en avait pas la légitimité. Elle n'avait même pas le droit, par Merlin, de s'énerver contre lui.
- Je vais très bien, Gideon, déclara-t-elle tout de même froidement. J'essaie de t'expliquer pourquoi ça a été aussi difficile pour moi d'accepter notre relation !
- Quoi ?
- J'ai toujours l'angoisse de me réveiller sans toi, dans mon monde, de t'abandonner malgré moi à ton sort ! Un sort que je m'évertue à changer ! Lui expliqua-t-elle, assise devant lui dans le sable, luttant à présent contre ses larmes.
Elle n'avait pas prévu de lui parler de sa mort, mais elle pouvait au moins la lui sous-entendre, de toute façon il était tellement buté et fermé comme une huitre qu'il n'allait probablement pas comprendre qu'elle puisse parler de quelque chose de ce genre. Mais y penser rendait la jeune femme nauséeuse.
- Quelle est encore cette folie ? Questionna-t-il durement, le visage plus fermé et troublé que jamais.
- Je viens d'un futur où cette histoire est écrite, rappela-t-elle. Et ... tu en es un des personnages. Ça veut dire que je connais théoriquement ton futur, Gideon ... Et ce, d'autant plus que depuis mon arrivée ici ... je ... je ...
Sa respiration se fit soudainement saccadée et ses mains devinrent encore plus moites si cela fut possible. Elle s'était démenée depuis son bref coma pour cacher cela à tout le monde et maintenant... Elle lutta pour que les mots, qu'elle avait tant de fois cherché à dire avant de se rétracter, à Gideon comme à Morgane, sortent enfin de sa bouche.
- Toutes mes absences, mes cauchemars ... Mes paniques et mes angoisses ... Par Merlin, je vois le futur, Gideon.
Gideon s'était à nouveau immobilisé, le regard rivé sur elle, et semblait débattre intérieurement si oui ou non elle était folle. Kat le regarda, inquiète. Il ne la croyait pas, ou ne voulait pas la croire sur ses origines, alors elle espérait qu'il allait la croire sur ça. Sinon... elle ne saurait plus trop quoi penser de lui. Elle n'avait pas pensé, en décidant de dire la vérité à Gideon, que l'estime qu'elle avait de lui pourrait en prendre un coup. D'une certaine façon, elle l'avait idéalisé. Et tout en sachant ses fautes, elle réalisa qu'elle ne méritait pas toute cette colère. Qu'aurait-il fait, lui, à sa place à elle ? Lui, si prudent, qui refusait de lui parler de ses missions ! C'était facile d'être en colère contre elle et elle le comprenait, mais lui, essayait-il seulement de se mettre dans sa position ?!
- Maintenant tu me dis que tu es une voyante? Résuma-t-il d'un ton posé, voir même un peu trop, ce qui fit tiquer sa fiancée.
- Euh... j'imagine que c'est le terme si il faut mettre un nom dessus. J'ai des visions en tout cas, c'est tout ce que je peux affirmer.
- Tu es sûre que, dans l'hypothèse où tu es réellement d'un autre monde et du futur, ça n'est pas juste ton cerveau qui fait un mélange de ce que tu sais et qui panique parce que tu n'es pas chez toi? Ou un truc comme ça? Proposa-t-il en haussant les sourcils.
Kathleen se releva, vacillant légèrement, et sentit la colère monter en elle. Elle n'aimait pas du tout ce que Gideon sous-entendait. Et si une chose lui faisait tout bonnement horreur, c'était bien d'être prise pour une conne !
- Pourquoi ne peux-tu pas simplement me croire? S'agaça-t-elle, sa patience commençant à être franchement mise à rude épreuve malgré toute sa bonne volonté. Mes vision n'ont strictement rien à voir avec les bouquins que j'ai lu dans mon monde étant donné que je suis dans ces visions! Elles me concernent presque toutes! Je les vis! Je suis forcée de voir des choses tout bonnement horribles ou perturbantes et...
- Je ne peux pas simplement te croire parce que ce n'est pas aussi simple Kathleen, répondit l'auror en l'imitant, lui coupant la parole par la même occasion, imagine que je débarque en t'avouant quelque chose d'énorme que je t'aurais caché durant toute notre relation, quelque chose qui défie entièrement ton imagination! Je n'arrive pas à imaginer que ce que tu me dis puisse exister tout simplement, ça me parait aberrant. Je sais que tu n'es pas folle, je le sais, mais ce que tu me dis, ça c'est fou!
- Si des moldus peuvent accepter l'existence de la magie par amour, pourquoi ne peux-tu pas accepter tout ce que je te raconte là par amour?! S'indigna la brune en croisant les bras, utilisant un exemple plus en phase avec leur réalité, en espérant pouvoir faire réfléchir son rouquin de fiancé.
- Parce que si c'est vrai, Kathleen, explosa-t-il en saisissant violemment ses épaules pour la secouer, si c'est vrai, ça veut dire que tu me mens depuis le début !
- C'est faux, souffla-t-elle, les larmes aux yeux.
Ils se déchiraient, impitoyablement. La discussion avait pris des allures de combat de fauves et aucun d'eux n'était prêt à céder, malgré leurs blessures. Jamais encore, les deux amoureux ne s'étaient fait autant de mal. C'était une danse, une lutte affreuse où chaque mot blessait davantage. Et ils s'en voulaient, terriblement. A l'autre, de ne pas comprendre. A eux-mêmes, pour refuser de baisser les bras. Kathleen, malgré sa culpabilité qui lui écrasait la poitrine et qui la brûlait à petit feu, ne pouvait pas accepter ce manque de foi. Tandis que Gideon se haïssait de voir la douleur et la peine dans les yeux humides de sa fiancée. Une douleur dont il était à l'origine. Mais il ne pouvait pas comprendre. C'était au-delà de ses forces. Tout ce qu'il voyait, c'était la trahison, les mensonges. Et lorsqu'il posait ses yeux sur elle, la colère et la rage reprenaient le dessus et il sentait le besoin de cracher son venin. Parce qu'elle avait brisé quelque chose de vital: la confiance qu'il avait en elle. En eux.
- Ah oui ? Dis-moi, où est la vérité dans tout ce que tu m'as dis ?! S'emporta-t-il à nouveau, ses yeux lançant des éclairs.
Kathleen et lui avaient déjà eu des disputes, mais jamais encore Gideon ne s'était mis dans un tel état face à elle. Elle le connaissait, elle savait qu'il était sanguin. Elle l'avait vu sur le terrain face à des mangemorts, elle n'ignorait pas combien il pouvait être terriblement effrayant. Et c'était le cas à présent. Gideon était terrifiant, cette lueur folle et mauvaise au fond des yeux. Il lui faisait presque peur tant il était en colère et frustré. Oh, elle n'avait pas peur qu'il lève la main sur elle, Gideon ne ferait jamais une telle chose, mais qu'il dise quelque chose qu'ils puissent tous les deux regretter amèrement pour toujours...
- J'étais sincère dans mes sentiments, lança-t-elle en se dégageant de la poigne de son fiancé. C'était la vérité, quand je disais t'aimer. Quand je te disais que j'avais peur, que j'avais besoin de toi ... Que je ne pouvais plus vivre sans toi. Quand j'ai accepté de t'épouser et de passer le restant de ma vie avec toi.
Il ferma brusquement les yeux et soupira comme pour évacuer la colère, se laissant de nouveau tomber dans le sable.
- Ça ne compte pas ? Demanda-t-elle d'une petite voix, troublée face à ce soudain changement d'attitude de la part du sorcier.
- Kathleen ...
- Au fond de toi, si tu m'aimes vraiment autant que tu le dis, tu dois pouvoir trouver la force de...
- Tais-toi, coupa brusquement Gideon en se levant. Rentres à la maison ou chez ta soeur, peu m'importe, mais laisses-moi seul.
Soudainement la vision de Kathleen devint trop réelle. Il allait la laisser, l'abandonner. Elle ne pouvait pas le laisser faire, le choix ne lui appartenait pas uniquement, pensa-t-elle avec horreur en le regardant planté là devant elle, les yeux rivés sur la mer agitée, à l'image de ses yeux, perdu dans ses pensées.
Elle voulut continuer la joute, le secouer, parce que Merlin savait que ce Gideon silencieux était plus inquiétant que le virulant. Mais elle n'y parvint pas. Elle était fatiguée, blessée ... Une part d'elle savait qu'au fond, même si son fiancé revenait auprès d'elle, leur relation ne serait plus comme avant. Un instant, elle envisagea de laisser les choses ainsi et de laisser le reste dans les mains du destin. Puis elle se souvint combien elle l'aimait malgré tout et combien elle était prête à mourir pour lui, s'il le fallait. Elle ne pouvait pas laisser leur histoire se terminer de cette façon. Pas après tout ce qu'ils avaient déjà traversé, les combats qu'ils avaient mené ensemble.
- Uniquement si tu me promets de revenir, s'exclama-t-elle alors en l'agrippant par son poignet. Si tu me promets de revenir vers moi et de me dire ce que tu penses de tout ça après y avoir vraiment réfléchis! Il est hors de question que j'attende en vain et que tu me laisses en plan, préférant la solution de facilité et me laissant sans explications! Si tu dois mettre un terme à ce qu'il y a entre nous, tu le feras en me regardant droit dans les yeux! Parce que je ne me suis pas fiancée à un lâche, Gideon Prewett, tu entends ?!
- Je le promets, répondit-il sans lui adresser un regard.
- Et ça va de soi, mais tout ce que je t'ai dit, ça doit rester entre nous, personne ne doit le savoir. Je te fais confiance Gideon, lança-t-elle avant de s'éloigner, le coeur lourd. Ne me le fais pas regretter ...
Après avoir fait quelques pas, dos à son fiancé, Kathleen laissa les larmes couler le long de ses joues, rougies par l'émotion et le vent qui lui fouettait sans relâche le visage. Elle avait envie de regretter de s'être ainsi confiée à lui, d'effacer la conversation, la mémoire de Gideon, mais dans le fond, elle savait que cela avait été la chose à faire et que plus tard aurait été trop tard. Elle n'en aurait pas été capable et n'aurait fait que repousser les aveux pour au final ne jamais rien dire et vivre dans le mensonge. Maintenant la vérité était sortie, pour le meilleur ou pour le pire.
Kathleen connaissait suffisamment Gideon pour savoir qu'il ne viendrait pas lui parler avant au moins le lendemain, alors quitte à déprimer, autant le faire chez Morgane, s'était-elle dit en récupérant ses affaires à la chaumière avant de transplaner dans la ruelle derrière l'immeuble de la blonde. Elle ignorait entièrement si cette dernière avait été de nuit -dans ce cas elle serait certainement en train de dormir-, ou non, ou si elle avait un rare jour de congé, dans tous les cas, elle avait un double des clefs de son appartement dans son sac à main. Heureusement pour elles, elle n'était jamais entré à un moment gênant, ce qui était assez étonnant d'ailleurs quand on y repensait.
Elle se dirigea vers l'appartement de sa soeur tel un zombie, elle avait l'impression d'être vide mais en même temps un tourbillon d'émotions faisait des ravages en elle. Elle déverrouilla la porte d'entrée de Morgane après avoir cherché la clef dans son sac à main pendant une bonne minute et entra avec sa valise et son bagage émotionnel.
La pièce de vie était vide et silencieuse, si Morgane était présente, elle se trouvait dans sa chambre, certainement en train de dormir comme un loir. Mais Kathleen n'eut pas le courage d'aller jusque là. A peine avait-elle fermé la porte, qu'elle glissa le long de celle-ci, ses jambes ne la tenant plus. Pourquoi fallait-il qu'elle gâche toujours tout ? Pour une fois, dans sa vie, elle avait trouvé quelqu'un qui l'aimait à sa juste valeur et il avait fallu qu'elle foute tout en l'air. Elle fixa sa bague de fiançailles, les larmes ruisselants sur ses joues. Allait-elle devoir lui rendre cette bague pour laquelle elle s'était si durement battue ? Au moins sa mère et sa tante allaient être contentes, pensa-t-elle amèrement. Et comment allait-elle faire pour sauver la vie de Gideon, si celui-ci décidait de couper tous liens avec elle ?
Elle entendit vaguement le son d'une porte s'ouvrir, ainsi que des miaulements plaintifs à ses jambes, avant de voir apparaître des pingouins et une boite de mouchoirs.
- Faut vraiment que tu jettes ce pyjama, Morgane, s'entendit-elle prononcer d'une voix sans sentiments en attrapant les mouchoirs d'un geste lent.
La dite Morgane, qui avait été attirée par le bruit d'un poids mort tombant sur le sol, leva un sourcil, perplexe. De toute évidence, vu les larmes et le visage vide de sa sœur, son escapade à but explicatif avec Gideon à la chaumière aux coquillages s'était mal passé. La petite blonde aurait aimé dire que cela l'étonnait, mais ça aurait été un mensonge. Gideon avait un caractère de feu, lorsqu'il s'énervait. C'était un auror, habitué à la violence et aux conflits. Par dessus tout, c'était quelqu'un de passionné. Il aimait comme un fou et était d'une loyauté sans faille. Le mensonge lui était insupportable. La dispute avait dû être terrible. Alors Morgane fit la seule chose qui restait encore à faire. Elle sortit une plaquette de chocolat et la glissa sous le nez de sa meilleure amie.
Kathleen la saisit en silence et regarda Morgane s'asseoir à ses côtés, à même le sol, dans son pyjama abominable.
- Catastrophiquement catastrophique? Lui demanda cette dernière alors que la brune croquait sans conviction dans un énorme morceau de chocolat de chez Honeydukes.
Kathleen grogna, la bouche pleine, et sa soeur soupira tournant son regard vers le plafond, laissant un silence confortable s'installer. Kat parlerait lorsqu'elle en aurait envie et lorsqu'elle aurait terminé de réduire en miette la plaquette de chocolat.
- Je lui ai tout dit, finit-t-elle par dire en lançant à Stitch le papier du chocolat qu'elle avait mis en boule.
Morgane tourna son visage vers elle, attentive.
- Il a pas voulu me croire, il a même essayé de me trouver des excuses, comme quoi mon coma en 7ème année et ma blessure à nouvel an m'auraient ramolli la cervelle...
- Sympathique, souffla sa soeur, agacée d'entendre de telles idioties.
- Comme tu dis, et après évidemment, il s'est mis à dire que j'aurais du être honnête dès le début, en supposant que ce que je disais était la vérité bien sûr. Maintenant il a besoin d'être seul et d'un peu de temps pour réfléchir à tout ça, termina la brune d'une voix chevrotante en sentant qu'elle allait bientôt pleurer à nouveau, malgré la plaquette de chocolat qu'elle s'était enfilée.
La blonde poussa un soupire à fendre l'âme.
- Les mecs... si jamais t'as besoin que je lui pète les rotules et que j'inverse ses yeux et ses boules, tu me dis, je le fais sans soucis.
- T'es dégueulasse putain! Mais merci, je suppose.
- Plus sérieusement, commença Morgane en se redressant un peu, faut pas que t'abandonnes, c'est naze que Gigi ait réagit comme ça, mais c'est son caractère qui veut ça, tu l'aimerais pas sinon! Mais si jamais il le faut, bats-toi pour lui! Vous êtes clairement fait pour être ensemble, alors le laisse pas décider!
Kathleen eut un rire sarcastique.
- Et si c'est couru d'avance ?
- Il y a jamais rien de couru d'avance si on se donne la peine d'essayer, contra vivement Morgane.
- Qui est l'abrutie qui a dit ça ? Demanda faiblement la brunette en reconnaissant vaguement ces paroles.
- Toi, répondit Morgane. Avant qu'on arrive ici !
- J'étais naïve.
- Non, tu avais du courage et de l'espoir. Je comprends pas où ils sont partis ces derniers temps, d'ailleurs. Tu sembles croire de plus en plus à la fatalité, déclara la petite blonde en tournant la tête vers sa soeur, fronçant les sourcils de contrariété.
Kathleen se mit de nouveau à rire, un rire triste et désabusé. Au point où elle en était, pourquoi pas être honnête jusqu'au bout ?
- Tu veux vraiment savoir pourquoi j'en ai marre de me battre contre le destin ? Parce qu'on perd tout le temps et qu'il s'amuse à me le montrer à l'avance !
- ... Quoi ?
Morgane la regarda, perdue. Kathleen était parfois difficile à suivre et la dispute avec Gideon l'avait incontestablement retournée. Mais pour le coup, là, elle ne comprenait vraiment pas ce qu'elle essayait de lui dire.
- Tu veux parler du fait qu'on sache à l'avance certaines choses ?
- Morgane, tu connais des évènements théoriques. Je les vis. Encore et encore.
Kathleen croisa les yeux bleus décontenancés de sa sœur et soupira.
- Je vois le futur, Mo'. Je sais pas pourquoi, mais je sais que je ne suis pas folle. Par Merlin, tu n'as pas le moindre idée de ce que j'ai pu voir et vivre ! C'était horrible, incompréhensible ... et j'ai beau m'entraîner à maîtriser mes visions, elles n'arrivent jamais au bon moment !
- Genre... des flashs du futur? Je... Mais... Whaou! Balbutia la blonde en enregistrant l'information.
- Whaou? Si seulement, grogna Kathleen maintenant allongée par terre.
- Kat, le cerveau est un muscle, c'est à force d'entrainement que tu maitriseras ce... don, supposa Morgane.
- T'as l'air de penser que c'est génial! S'agaça sa sœur, crois-moi c'est loin de l'être, voir tout ça... je m'en passerais bien!
- J'entends ce que tu dis Kat, t'en fais pas, et je peux tout à fait concevoir que c'est difficile. Si tu n'as pas de contrôle dessus et qu'en plus tu vois un futur où mettons... tu perds des êtres chers? Ça vend pas du rêve ouais, mais ça reste un don. Et c'est un don qui te servira à quelque chose, c'est sûr et certain!
- Sauf que le futur change en fonction de nos actions présentes, ma dernière vision... hésita-t-elle en tournant les yeux vers Morgane qui la fixait avec attention, je pense qu'elle est directement liée à ma décision de tout avouer à Gideon.
- Comment ça? S'enquit son interlocutrice.
Kat prit une grande inspiration avant de lui résumer sa vision.
- Tu venais prendre ton café du matin chez moi, avant de partir bosser, et j'étais... différente. Déjà j'étais plus âgée, peut-être dix ans de plus? Et ensuite j'étais joueuse de Quidditch pro, moi? Sportive de haut niveau, la blague.
- Je sais pas si le Quidditch c'est franchement du sport, plus une activité inventé par un mec qui avait trop bu, grommela Morgane en ricanant.
- Et je n'étais plus avec Gideon, non pas parce qu'il était mort, mais parce que nous avions rompu. Et d'après tes dires, on était en colère contre lui, en tout cas tu ne parlais pas très gentiment de lui, ni même de Fabian, alors que tu adores Fabian...
- Tu penses que ce sont tes aveux qui vous auraient fait rompre et auraient crée ce futur? Demanda Morgane, surprise.
- Je le crains, acquiesça sa soeur. Mais dans ma vision je m'étais apparemment remise de cette rupture vu que je flirtais avec je ne sais plus quel capitaine de quelle équipe, enfin j'étais dans les magazines people et tout.
- Houlala madame est dans Closer, se moqua gentiment Morgane.
- Te moque pas, toi t'étais devenue une obsédée du boulot, trop occupée pour avoir un mec et sans enfants. Tu portais un tailleur!
- Ah quand même... Enfin, en tout cas ! S'exclama Morgane en chassant les paroles de Kathleen d'un geste de main, je pense que tu peux changer ça en t'accrochant à Gideon, vu ce que tu me dis, et la rage qu'on avait contre lui et même son frère, c'est que quand tu lui as parlé la seconde fois, tu as du accepter sa décision, ou alors il a dit une merde et c'est parti en couille. Peut-être que là il va falloir faire en sorte que soit tu lui fasses comprendre que la décision n'est pas seulement la sienne, soit tu restes calme même s'il dit de la merde.
- Hum... Ça tient la route, plus ou moins, soupira Kathleen en s'asseyant. Mais tu sais bien que je suis ...
- Susceptible, ouais, je sais. Mais je t'en prie ... S'il te plait, je ne veux pas finir célibataire , sans enfants et surtout en tailleur! Lança sa soeur.
- Ouais j'imagine que tu préfère ton pyjama, avec ça tu vas en trouver un de mari! Se moqua la brune en tirant sur le tissu du pantalon de sa soeur qui lui tira la langue. Hum... dans ma vision c'était Fergus qui avait un gosse...
- Pauvre enfant! S'exclama Morgane, une expression horrifiée collée sur le visage.
- Et c'était le jour de la mort de Regulus je crois, ajouta-t-elle sans prévenir.
- Quoi ? S'exclama Morgane en perdant quelques couleurs.
Est-ce que sa version du futur avait avoué quelque chose à Kat ? Sans doute pas, sinon sa sœur aurait abordé la chose autrement. A moins qu'elle ne teste sa réaction exprès pour confirmer ses doutes ?
- Tu voulais m'accompagner sur sa tombe, expliqua Kathleen, trop épuisée par tout ça pour remarquer la réaction de sa meilleure amie. D'ailleurs tu étais contrariée quand je t'ai dis que ce n'était pas nécessaire, se souvint-elle vaguement. Franchement, faut jamais que ce futur arrive, on faisait peur, autant l'une que l'autre.
- Pourquoi, on avait déjà plus de dents ? Ricana Morgane, qui trouvait sympa de savoir à l'avance à quoi elle allait ressembler plus tard.
- Au contraire, la trentaine nous va bien, dans le genre femme fatale et glaciale ! J'ai vraiment du mal à comprendre comment on pourrait en arriver là ...
- Et moi donc ! Commença Morgane avant de sentir la porte dans son dos qui bougeait.
- Morgane ? T'es morte devant ta porte ou un meuble est tombé ? Meugla la voix de Fergus depuis le couloir de l'immeuble.
La petite blonde aida sa sœur à se relever et ouvrit la porte en s'exclamant :
- C'est la journée des visites, on dirait ! Qu'est-ce que tu fous là, Gugus ?
- Je venais boire l'apéro pour te parler de ma dernière conquête, dit-il en désignant les bouteilles de Whisky qu'il avait dans les mains, mais apparemment, je tombe pas au bon moment ... Ajouta-t-il en voyant les yeux bouffis de Kat.
- Au contraire, s'exclama celle-ci en lui prenant une bouteille des mains.
- L'apéro à une heure pareille? S'enquit Morgane dans un grognement en jetant un coup d'oeil vers l'horloge qui indiquait qu'il était plus l'heure du gouter.
- C'est l'heure de l'apéro quelque part! se justifia le jeune homme en sortant trois verres qu'il posa ensuite sur la table basse de son amie. Alors les Kerrien? Vous venez vous jeter un godet?
Kathleen haussa les épaules avant de s'installer dans le canapé avec un soupir satisfait, après avoir passer un long moment par terre ça faisait du bien de s'asseoir sur quelque chose de confortable, et Morgane la suivit, très curieuse.
- Qui est cette dernière conquête?! Demanda-t-elle après avoir vider son verre d'une traite.
Elle le cachait comme elle le pouvait, mais tout ce que Kat lui avait raconté l'avait un peu perturbé -voir même pas mal- et un peu d'alcool était le bien venu, même si se réfugier dans la boisson lorsque le prénom de Regulus était cité n'était pas une réaction bien intelligente de sa part. Surtout qu'il ne devait pas réagir ainsi de son côté... En même temps, elle voyait mal quelqu'un dans son entourage parler d'elle ! Fergus se lança donc dans un récit plus qu'imagé, qui permit à Kathleen de penser autre chose qu'à ses problèmes, et le reste de la journée passa dans un enchainement de blague et d'histoires, parfois sans aucuns sens.
Même avec son don elle n'était pas sûre de quoi le futur serait fait, mais elle savait que Morgane serait là pour elle, du moins elle l'espérait... Elle ouvrit la porte de chez elle, le lendemain, dans un soupir anxieux et s'avança dans le salon en jetant négligemment un sort avec sa baguette pour ouvrir les rideaux. La jeune sorcière sursauta légèrement en voyant que son fiancé l'avait précédé et qu'il attendait, le regard vide, son retour.
En voyant ses yeux sombres, Kathleen déglutit. Que le deuxième round commence ...
