Bonjour à tous,

Nous espérons que vous allez bien, que vous avez survécu à tout ce qui nous est tombé dessus ces derniers mois.

Comme toujours nous remercions nos fidèles revieweurs, que nous aimons profondément.

Je vous invite par ailleurs à lire le message en fin de chapitre, particulièrement important pour la suite.

Sur ce, nous vous souhaitons une bonne lecture,

Mila & Rukie


Chapitre XXXXX

Celle qui discutait avec Voltaire

Juillet 1979

Le silence de plomb qui régnait dans l'appartement semblait peser une tonne. Gideon avait le regard braqué vers le canapé, dans lequel se tenait un jeune mangemort repenti aussi figé que si sa route avait croisé celle d'un basilic. Morgane quant à elle alternait son observation du rouquin à sa soeur, l'air de vouloir lui dire "Mais qu'est-ce qu'il fout là ?!". Cette dernière lui répondit d'un haussement d'épaules impuissant.

L'instant, qui n'avait duré en réalité que quelques interminables secondes, fut brisé par un Stitch ravi de revoir la soeur de son humaine de compagnie. Il s'élança donc à sa rencontre et miaula à ses pieds pour attirer son attention.

— Hey ?! On peut savoir pourquoi tu accueilles tout le monde mieux que moi ? S'outra Morgane.

— Sans doute parce que tu as toujours eu des manières déplorables, répondit Gideon à la place du chat.

— HE ! Déjà, je voulais dire pourquoi il ne m'accueille pas mieux, moi ! Et ensuite si tu n'es pas content, t'as qu'à aller te plaindre à la tombe de notre pauvre Mamie Nova !

Un silence accueillit ses paroles. Morgane fut surprise d'entendre un soupir blasé venant de derrière elle, autant dire que Regulus était grillé, tandis que Gideon levait un sourcil septique. Kathleen quant-à elle secouait la tête en caressant son chat.

— Ah ouais, merde ! Réalisa Morgane. Kat ! Je vais plus pouvoir leur faire le coup de Mamie Nova. Ils sont au courant, p'tain. J'ai perdu l'une de mes plus grosses distractions.

— J'ai le droit de dire que si c'est ça, l'une de tes plus grosses distractions, tu as une vie vraiment pourrie ? Marmonna le jeune Black.

— Tu tiens vraiment à ce qu'on fasse un concours ? Pas sûre que je gagne, lui rappela la blonde alors qu'il s'enfonçait dans le canapé en grognant.

Un silence malaisant retomba alors dans l'appartement. Morgane ne sachant quoi faire de son corps retourna s'asseoir sur le canapé, près de Regulus, invitant Kat et Gideon à s'installer de l'autre côté de la table basse sur un fauteuil qu'ils agrandirent d'un coup de baguette.

— Désolée pour le retard, se sentit obligée de dire Kathleen. Ça m'a pris un peu plus de temps que prévu pour tout expliquer à Gideon … et pour qu'on se décide sur ce qu'on voulait faire.

Morgane fronça les sourcils en entendant la fin de sa phrase. Comment ça "ce qu'ils voulaient faire" ? N'étaient-ils pas là pour les aider avec la grotte ? Qu'est-ce qu'ils voulaient faire d'autres ? Leur mettre des bâtons dans les roues ?

— Que veux-tu dire par là ? Osa finalement dire Regulus en levant les yeux qu'il avait résolument baissés jusque-là.

Les ondes mauvaises pour ne pas dire meurtrières qu'envoyait le rouquin, il pouvait les accepter et les gérer, mais le regard de Kathleen ? Il avait préféré l'éviter, parce qu'il craignait trop ce qu'il risquait d'y lire.

— On doit arrêter cette guerre. Le plus vite possible, trancha l'héritier Prewett avec sérieux.

— Euh … Je suis pas sûre de te suivre, Gigi-chou … Hésita la blonde en lançant un regard surpris à Kathleen. C'est quoi ton plan ?

Sa soeur avait si longtemps prôné l'inaction qu'une telle affirmation la choquait. Si elle comprenait ce que sous-entendait l'auror, ça voulait littéralement dire que leur petit groupe de résistants allait dire un gros "fuck" au canon d'Harry Potter.

— Le plan, c'est de trouver les horcruxes, annonça Kathleen en plantant son regard dans celui de sa soeur. De les détruire. De tuer Voldy puis d'aller boire un thé chez Florian Fortarôme. Peut-être même un whisky.

Le jeune Black ne put empêcher son rictus amusé en entendant les propos de la jeune femme.

— À la mémoire des personnes ici présentes qui n'auront pas survécues ? Ironisa Morgane. Il est passé où ton discours de "tu ne mettras pas un pied dans cette grotte" ?! Bon sang, Gigi, tu l'as mise sous Imperium ou quoi ?!

— Faudrait savoir ce que tu veux, Morgane. Tu voulais détruire cet horcruxe non ? S'agaça la jeune styliste en coupant son mari qui venait d'ouvrir la bouche pour répondre.

— Je comptais sur Gideon pour t'en dissuader ! Il a peur que tu te coupes avec une feuille de papier ! Comment, par Merlin, est-ce qu'il peut envisager tout à coup de t'envoyer dans ce que tu as toi-même appelé "des missions suicides" ?!

Regulus entendit l'autre homme de la pièce marmonner un "faut pas exagérer non plus" boudeur. Pour sa part, il regardait éberlué le début d'une dispute typiquement Kerrien dont il n'était pas certain de la personne sur qui parier. Il sentit, d'instinct, qu'il était préférable pour lui de se faire oublier. En croisant les yeux bleus de l'auror, il sut que ce dernier en était venu à la même conclusion. Curieusement, leur animosité semblait soudain s'être apaisée tandis que gonflaient les reproches que se faisaient les deux jeunes femmes.

— Alors tu ne m'as avoué la vérité que pour ça ?! S'outrait Kathleen, blessée une nouvelle fois par le manque de confiance de sa soeur. Tu n'as jamais eu l'intention de me laisser t'aider !?

— Oh je t'en prie, tu crois que je ne t'ai pas vu venir ? Jusqu'à ce soir, tu ne voulais nous rejoindre que pour mieux nous dissuader ! Je te connais par coeur, n'essaie même pas de dire le contraire !

— C'était peut-être le cas jusqu'ici, admit la jeune femme. Mais ma discussion avec Gideon m'a fait réfléchir et j'ai changé d' devrais peut-être essayer ! Lâcha-t-elle sous le coup de l'énervement.

En entendant ces mots Morgane siffla tel un chat en colère avant de finalement exploser:

— Ne me prends pas pour une conne ! Malgré ce que tu peux penser, je ne suis pas stupide et ma décision est finale et réfléchie !

— Réfléchie ? Répéta Kathleen en haussant les sourcils. Sérieusement ? Tu es amoureuse de lui, ça n'a rien de réfléchi de vouloir sauver quelqu'un qu'on aime ! Et puisqu'on en parle, est-ce que c'est vraiment réciproque d'ailleurs ?

— Peu importe ! Répliqua Morgane, les poings serrés à s'en faire mal. Quelle importance ? Je ne vais pas l'empêcher de mourir pour être aimée en retour ! Je le fais parce que c'est ce que je souhaite faire ! Arrête d'être aussi dédaigneuse !

Regulus remarqua le sursaut douloureux de Kathleen en entendant cette critique. La jeune sorcière n'était pas tendre et sans doute avait-elle encore beaucoup de ressentiment en elle vis-à-vis de tout ce que la blonde lui avait caché, mais elle n'avait sans doute jamais cherché à montrer du dédain envers eux. Le jeune Black le savait car la styliste avait de très nombreuses fois pris la défense de Morgane lorsque certaines personnes - y compris lui-même- mettaient en doute l'intelligence de l'ancienne Gryffondor. D'ailleurs, il trouvait son ancienne amante étonnamment virulente alors que le couple en face d'eux venait avec des intentions plutôt pacifistes à leur égard. Il se demanda un instant si elle ne cherchait pas volontairement à les faire fuir pour les protéger.

— En plus, continuait la petite blonde, tu m'as toujours dit qu'on ne devait pas intervenir, qu'on devait se faire discrètes et là d'un coup t'es en mode "on va sauver tout le monde et buter Voldy!"?

— Déjà ce n'est pas ce que j'ai dit, siffla sa sœur alors que son langage corporel se faisait de plus en plus défensif. J'ai parfaitement conscience qu'on n'arrivera pas à sauver tout le monde. Mais comme je te l'ai dit, j'ai changé d'avis, répéta sa sœur d'un ton ferme. On se doit au moins d'essayer.

— Ouais, mon cul, murmura Morgane en jetant un regard venimeux vers Gideon.

La température de la pièce sembla chuter dans les extrêmes. L'attaque de Morgane avait été perçue par tous. Regulus secoua la tête. Si Kathleen pouvait encaisser la plupart des critiques et des coups, elle n'accepterait jamais que quiconque s'en prenne à son mari. D'ailleurs, c'était vraiment étrange que la blonde s'attaque au conjoint de sa sœur.

— Ça veut dire quoi ça ? Releva Katheen en se levant brusquement pour faire un pas vers sa soeur.

— Que je pense que tu n'as pas entièrement réfléchi par toi-même, répondit la blonde avec honnêteté en se levant à son tour. Je respecte le fait que tu veuilles tout lui dire, après tout il a bien failli partir en vrilles quand tu lui as dit d'où on venait, rappela-t-elle avec une certaine animosité. Mais j'apprécie moyennement qu'il veuille s'incruster pour nous utiliser comme pions…

Morgane fixait à présent Gideon, les yeux plissés et celui-ci sentit qu'il était temps pour lui d'intervenir avant que Kathleen ne saute littéralement à la gorge de sa sœur.

— Un pion ? Répéta-t-il, choqué. Contrairement à ce que tu penses, et d'ailleurs je ne sais pas ce qui a pu te faire croire à une chose pareille, je ne compte pas et je n'ai jamais voulu t'utiliser comme pion, clarifia-t-il.

La blonde eut un rire sans joie.

— Tu mens mal, Gideon.

Le roux fût surpris par le ton que venait d'employer sa belle-sœur. Il ne l'avait jamais entendu parler de la sorte, sa voix était descendue d'une octave et son regard semblait devenir de plus en plus sombre alors que son visage se durcissait. C'était d'autant plus déstabilisant que la jeune femme était d'ordinaire enjouée et souriante… Et cette étrange aura menaçante qui émanait soudainement d'elle n'avait rien de naturel. A croire qu'elle était prête à leur sauter au cou pour les égorger, comme si elle était face à des ennemis mortels…

— Morgane !

Kathleen qui commençait à vraiment en avoir plein le dos des agressions de sa sœur avait eu l'intention de lui dire ce qu'elle pensait de son attitude et de lui dire que si c'était ce qu'elle ressentait, alors Gideon et elle s'en occuperaient seuls, mais fût coupée par Regulus qui s'était levé lorsque la blonde avait répondu à Gideon.

— Morgane, respire, souffla-t-il en attrapant son poignet dans le but de la faire desserrer les poings, tu te poses trop de questions.

— Et toi tu ne t'en poses pas assez, répondit-elle en se tournant vers le jeune Black.

Regulus sentit son souffle se coincer dans sa gorge. Il avait bien eu l'impression que quelque chose clochait et ses inquiétudes se confirmèrent lorsqu'il put voir les yeux de la jeune femme. Elle était en train de basculer comme elle l'avait fait face à Philander Collins lorsqu'elle avait découvert sa véritable identité. Le sorcier ignorait ce qui avait pu la faire sombrer ainsi et ce qu'il fallait faire pour la calmer. Il se sentait désemparé, ignorant comment taire cette partie malveillante et sombre que la petite blonde ne parvenait pas à contrôler.

— Ce que je vois, tenta-t-il de lui expliquer, c'est que plus nous sommes, plus nous avons de chances de détruire le Seigneur des Ténèbres. Et je n'aurais jamais cru dire cela un jour, mais je suis de l'avis de Prewett. La question qu'il faut maintenant se poser c'est comment peut-on le faire disparaître ? Et que peut-on faire à notre niveau pour arrêter cette guerre ? Tenta de la raisonner le jeune homme tout en l'observant de près. Je comprends que tu te poses des questions et que tu aies peur de la suite, de la mort et de tout ce qu'on risque de traverser … mais on est là, ensemble, pour ça. Tu n'auras pas à le faire seule et certainement pas contre ton gré.

Regulus retint un soupir de soulagement lorsque le regard de Morgane s'adoucit au fur et à mesure de ses paroles. Elle sembla perdue un instant, comme si elle reprenait soudain pied avec la réalité, puis se tourna lentement vers Gideon et Kathleen, tendue. Ces derniers n'avaient pas manqué de remarquer son comportement étrange et la panique qui avait pris Regulus.

— Okay, souffla la petite blonde, asseyez-vous. Si on doit faire ça ensemble, autant jouer cartes sur table et partager toutes les infos que l'on a.

Kathleen et Gideon se regardèrent, surpris et méfiants du changement brusque d'attitude de la jeune femme puis reprirent place en face des deux amants, qui s'étaient réinstallés sur le canapé.

— Dans ce cas, j'ai une question, commença Gideon.

— Si tu veux du thé, tu peux t'en faire, j'ai la flemme, coupa Morgane qui se sentait à présent drainée de son énergie.

— Tu peux utiliser la magie, tu sais, lança Kat en levant les yeux au ciel.

— Rien à voir avec le thé, continua Gideon, même si ça aurait été sympa de nous offrir un truc à boire. Non, je voulais savoir, pourquoi ne pas intégrer Black à l'Ordre? Il a en sa possession des informations qui pourraient sauver de nombreuses vies et avoir un agent double dans nos rangs serait l'idéal.

Kathleen soupira en écoutant la proposition de son époux. En soi, il avait raison, la présence de Regulus dans les rangs de l'Ordre pourrait tout changer, mais elle n'était pas dupe : il n'y avait pas sa place. Et l'intégrer serait trop risqué pour sa propre sécurité, même si elle ne l'admettrait pas à voix haute.

— Quelle excellente idée, répondit Regulus avec sarcasme, je suis certain que je serais accueilli à bras ouverts. Sans parler du fait que je ne fais pas confiance à votre Ordre, qui dit que vous n'en avez pas déjà un, d'agent double ? Souleva le jeune homme, comme en réponse aux inquiétudes de l'ancienne serpentarde.

Morgane fixait avec intensité le profil du jeune homme. L'idée était bonne, mais elle non plus ne faisait pas confiance à l'Ordre. Elle ne savait pas si Peter était la taupe et préférait se dire qu'il ne l'était pas, mais dans tous les cas, il était trop facile de basculer et il était clair que Regulus ne souhaitait pas mettre sa mère en danger en intégrant une telle organisation en tant qu'agent double. Sans parler du fait qu'il y avait déjà Sirius et même s'il serait ravi d'apprendre que son petit frère avait changé de camp, il n'allait jamais lui faire entièrement confiance. Le Gryffondor portait en lui bien trop de rancoeur envers sa famille pour accepter entièrement la présence de son frère… En plus la relation qu'elle avait entretenue et entretenait à nouveau avec le Serpentard finirait par être de notoriété publique au sein de son groupe d'amis et ça, elle préférait l'éviter…

— Tu sais quelque chose ? Tiqua Gideon. Parce que je suis prêt à mettre ma baguette au feu que nous n'avons aucun traître.

Kathleen jeta un regard en biais à son époux. Elle ne savait pas si Morgane avait dit à Regulus que Peter serait présumablement tout son opposé, mais pour sa part elle en avait fait part à Gideon, le coeur très lourd de devoir douter de son ami et ancien partenaire. De plus, l'identité du traître pouvait très bien avoir changé avec les bouleversements causés par les deux jeunes femmes. Toujours est-il que Gideon semblait partir du principe que le jeune Black n'en savait rien. À moins qu'il ne cherche à le tester ou à lui soutirer des informations ?

— Ta confiance en tes camarades est admirable, ironisa le jeune mangemort. Mais le Seigneur des Ténèbres offre des choses que vous ne possédez pas et en des temps aussi rudes, certains esprits cèdent. Certains feraient n'importe quoi pour assurer la sécurité de leur famille. Personne n'est à cent pour cent digne de confiance.

Un lourd silence s'installa dans le petit salon. Kathleen croisa le regard de Morgane. Les deux jeunes femmes semblaient penser clairement à la même chose. Que faire de Peter ? Devaient-elles le confronter ? Ou simplement continuer à faire en sorte qu'il soit le plus intégré possible pour qu'il ne soit pas attiré par les idioties que Voldemort pouvait lui proposer ? Il était peut-être temps de mettre ce sujet sur le tapis, pensa Kathleen. Mais cela pouvait aussi attendre un peu. Juste le temps de tout mettre à plat, de voir où Regulus et Morgane se plaçaient par rapport à leur implication dans tout ça…

Étrangement leur présence semblait plus déranger sa sœur que l'ex-Mangemort et Kathleen s'en sentit blessée. Paradoxalement, la discussion avec Regulus, malgré les tensions et les non-dits, était plutôt fluide et semblait reprendre le ton qui leur était habituel. Qu'est-ce qui s'était brisé à ce point entre elles pour qu'il soit plus facile de communiquer avec quelqu'un qui avait un rôle dans l'attaque de son mari ?

— Ouais, mais Voldemort il a pas mon p'tit cul pour rallier des troupes, blagua Morgane en utilisant un ton bien beauf pour apaiser l'atmosphère.

Gideon, Regulus et Kathleen poussèrent tous les trois un soupir las.

— Z'êtes pas drôles !


Après cette discussion, les jours semblèrent filer à toute vitesse. C'est avec le cœur plus léger que Morgane avait repris sa relation avec Regulus. Ou plutôt devrait-elle dire avait commencé sa relation, puisque cette fois, elle pouvait vraiment se considérer comme en couple avec le mangemort repenti. Malheureusement pour ce dernier, il était de plus en plus difficile de s'absenter pour rendre visite à la jeune femme. Le Seigneur des Ténèbres était déterminé à porter un grand coup, pour rattraper la débâcle de Pré-au-lard. Par ailleurs, Walburga semblait de plus en plus suspicieuse concernant l'humeur à la fois sombre et enjouée de son cadet.

Aussi la jeune médicomage profita d'un jour de congé pour s'aventurer sur le Chemin de Traverse. En marchant de façon aléatoire dans la rue, elle se rappela avec émotion l'effervescence qu'il y avait dans la rue lors de son arrivée dans ce monde. Elle se souvenait encore d'avoir perdu Kathleen dans une ruelle, presque à cette période exacte de l'année. En regardant autour d'elle, elle fut catastrophée du peu de personnes qui l'entouraient. Les quelques sorciers qui osaient sortir dans les rues semblaient méfiants, sur le qui-vive. Certaines boutiques, voire des morceaux entiers de la rue, avaient fermé suite à la disparition -volontaire ou non- de leurs propriétaires. Même si en apparence, le monde sorcier prétendait que tout allait bien, en continuant les fêtes, les galas et tous les événements coutumiers, l'évidence se faisait chaque jour sentir un peu plus. C'était la guerre. En voulant réduire à l'esclavage les moldus et combattre ceux qui manifestaient de la magie, c'était la société magique entière du Royaume-Uni que Voldemort allait détruire.

Dépitée, ses pas menèrent la jeune sorcière sans qu'elle n'en ait véritablement conscience à la boutique de Kathleen, qui semblait prospérer et rayonner parmi les autres enseignes mornes et sans vie du Chemin de Traverse, comme le ferait dans le futur la boutique des jumeaux Weasley. À quelques pas de la porte, Morgane hésita.

Au cours des deux dernières semaines, les deux couples avaient eu l'occasion de se retrouver à plusieurs reprises. Certaines rencontres avaient bien failli déraper. Elle-même avait tenté de se contenir, quelque peu mal à l'aise par rapport à leur première réunion. Elle ignorait encore ce qui s'était passé. Mais l'idée de s'associer à Kathleen, d'être presque sous ses ordres, sur le coup l'avait mise hors d'elle. C'était grotesque. Jamais auparavant cela ne l'avait dérangé alors pourquoi à cet instant ? Elle en avait discuté avec Regulus, après leur départ, et même lui ne comprenait pas sa virulence. Par la suite, les échanges étaient restés tendus. Son comportement avait suscité une méfiance sourde dans les yeux de Kathleen, qui préférait désormais communiquer directement avec Regulus. Morgane s'en serait réjouie si ça ne l'avait pas rendue si triste. Heureusement, Gideon n'était pas un mauvais bougre et semblait avoir oublié les accusations violentes qu'elle lui avait faites. Lorsqu'ils rentraient chez eux, le rouquin posait toujours sur son épaule une main qui se voulait réconfortante.

À travers la vitrine, la jeune sorcière vit Georgina rire avec sa patronne. Morgane fronça les sourcils. Kathleen avait mauvaise mine. Elle se rappela soudain que le couple Prewett devait manger chez les parents de Gideon la veille. Ces derniers, enfin, surtout la mère du rouquin, avaient encore au travers de la gorge le mariage des deux jeunes gens, auquel ils n'avaient pas été conviés. La petite blonde supposa au visage blafard de la styliste que la soirée n'avait pas été de tout repos. Cette dernière dut sentir le regard appuyé de sa sœur, car elle tourna la tête vers l'entrée. Son rire sembla s'éteindre un instant, avant d'être remplacé par un sourire triste. Elle s'avança pour ouvrir la porte de la boutique alors que Morgane se balançait d'un pied à l'autre, gênée d'avoir été surprise ainsi.

— Tu ne devrais pas rester en plein soleil, tu vas finir par ressembler à une écrevisse, lui lança la jeune femme.

— À Londres ? Faut pas rêver, répondit machinalement Morgane. Et de toute façon j'ai mis de la crème, ajouta-t-elle en suivant sa sœur à l'intérieur, un sentiment de mal être la prenant soudainement à l'estomac.

Elle était dans la boutique de Kathleen, où elle était déjà venue un bon nombre de fois, alors pourquoi se sentait-elle aussi mal ? Aussi… pas à sa place ?

— Je veux pas te vexer ou quoi que ce soit, mais t'as une sale tronche, ta belle-mère a fourré ton assiette avec de l'arsenic hier ou quoi ? Blagua la blonde avant de perdre son sourire lorsqu'elle vit le regard que sa sœur lui lança. C'est juste une blague… Murmura-t-elle en s'asseyant.

— Sauf que j'ai bien peur que ce ne soit la vérité, soupira Kathleen en posant une main sur son estomac, encore douloureux. J'ai été malade dans la demi-heure qui a suivi le repas et toute la matinée. Je te laisse imaginer les remarques que je me suis prise de la part de ce qui me sert de belle-mère.

— C'te connasse ! S'énerva Morgane en faisant apparaître un verre d'eau pour la brune. Tu veux que je t'ausculte ? Si elle a essayé de t'empoisonner il pourrait en rester un petit peu dans ton organisme à l'heure qu'il est. Les chances sont faibles, mais c'est pas impossible en fonction du poison.

Kathleen hésita. Si elle avait la preuve que Mrs Prewett avait tenté de se débarrasser d'elle, elle pourrait enfin avoir la paix… ou détruire la famille de Gideon. La jeune styliste soupira en attrapant le verre que lui tendait sa sœur :

— C'est gentil, mais ce n'est pas nécessaire. Elle ne m'aime pas et rêve probablement que je disparaisse, mais elle n'irait sans doute pas jusqu'à m'empoisonner…

— C'est pas ce que disent les séries TV… répliqua la blonde en arquant un sourcil.

— Évidemment, sourit Kathleen, mais ça doit être un aliment qui est mal passé, les brocolis avaient un sale goût… se rassura-t-elle avant que la cloche de la porte d'entrée ne sonne pour laisser apparaître de nouveaux clients.

— Je m'en occupe, sourit son employée en se dirigeant vers les sorciers.

— Merci 'Gina, sourit Kathleen avant de faire signe à Morgane de la suivre dans l'arrière-boutique.

La petite blonde la suivit sans dire un mot et regarda Kathleen trifouiller dans son sac à main extensible pour en sortir des ouvrages anciens et visiblement peu recommandables. Elle leva un sourcil étonné.

Je les ai trouvé hier dans l'Allée des Embrumes, il y a un peu de tout. Celui-ci parle des créatures ténébreuses et comme les "discipliner", j'y ai vu un passage sur les inferi, celui-là vient de la collection de Gideon. Je m'en suis beaucoup servi pour m'améliorer en défense et en attaque, je me suis dit que ça pourrait t'être utile.

Oh, répondit Morgane, touchée par l'attention. Merci. Et ça, c'est quoi ? Historia Magia Britanniae ? Demanda-t-elle en voyant sur le bureau de la jeune femme un livre qui ne pouvait être arrivé jusqu'ici que grâce à sortilège de conservation.

Hum ? Ah, c'est pour ma culture personnelle. C'est la version magique de l'Historia regum Britanniae, tu sais, le premier ouvrage à parler de Merlin et des rois de Bretagne ? L'auteur était de sang-mêlé et il a transformé un peu l'Histoire pour les moldus. Je n'ai pas encore eu le temps de le lire mais il a intérêt à être intéressant, il m'a coûté une petite fortune.

Morgane ne put s'empêcher de sourire. Cela faisait longtemps que Kathleen ne lui avait pas parlé de sa passion pour l'Histoire. Elle était tellement préoccupée par tout le reste que la médicomage craignait parfois qu'elle n'en oublie ce qu'elle aimait auparavant.

Kat… Je crois qu'il faut qu'on parle, toutes les deux

C'est déjà ce qu'on fait, plaisanta la jeune styliste avant de soupirer. Je t'écoute, tu me caches un autre amant ? Un enfant ? Ironisa-t-elle.

Pitié, j'ai déjà bien assez à faire avec Regulus, pas besoin d'un de plus, blagua Morgane sans réussir pour autant à sourire.

Tu parles de l'amant ou de l'enfant?

À toi de juger, répondit Morgane en caressant du bout des doigts la couverture du livre d'Histoire qu'elle avait devant elle, non je voulais te parler de… comment qualifier ça ? On va dire mon dérapage de l'autre jour.

Kathleen pencha la tête sur le côté, surprise que Morgane aborde un tel sujet avec elle. Non pas que sa sœur ne soit pas du genre à rentrer dans le tas, mais plutôt parce que depuis que le quatuor s'était retrouvé chez la blonde la semaine passée, Kathleen avait clairement montré son malaise vis-à-vis de celle-ci, qui outre quelques sourires gênés par-ci par-là, n'avait pas présenté d'excuses ou d'explications quant à son attitude pour le moins… virulente. Gideon ne lui en avait pas tenu rigueur, mais la brune ne pouvait s'empêcher de lui en vouloir et de se sentir mal à l'aise. Il ne s'agissait pas là d'une réaction normale de la part de sa meilleure amie, même dans une situation aussi anormale ! La styliste savait qu'elle ne connaissait pas Morgane par cœur, mais quelque chose clochait.

Hum, acquiesça finalement Kathleen en continuant de la fixer avec curiosité, je t'écoute.

Je ne peux pas trop te donner d'explication quant à pourquoi je me suis énervée, ni pourquoi j'ai été aussi violente dans mes propos et dans mon attitude, parce que je ne sais pas, mais je suis désolée, tenta d'expliquer la petite blonde qui essayait de se calmer en même temps qu'elle parlait.

Kathleen avait une attitude ouverte, elle pouvait entendre ce qu'elle allait lui raconter, elle n'allait pas mal le prendre ou la rejeter. Regulus l'avait bien pris, non pas qu'il ait vraiment eu le choix, elle lui avait sauvé la vie… Peut-être avait-il peur d'elle ? Non, bien sûr que non, c'était absurde, pourquoi est-ce que Regulus aurait peur d'elle ? Même dans un état de colère incontrôlable, elle ne faisait pas le poids face à lui. Morgane baissa les yeux vers ses mains, elle avait serré les poings sans s'en rendre compte.

Il n'y a pas de mal… souffla la grande brune en fronçant les sourcils, remarquant le changement dans la posture de sa soeur. Morgane ? Tu te sens mal ? Tu trembles.

Je… continua Morgane, la mâchoire serrée et la voix tremblante, j'ai l'impression que… je sais pas… c'est comme si, comme si c'était pas moi ? murmura la médicomage en baissant le regard, honteuse.

Pas toi ? Répéta Kathleen, seulement à moitié étonnée.

Venant de quelqu'un d'autre, ce genre d'excuse l'aurait mise hors d'elle. C'était comme les phrases de ruptures grotesques du genre "ça vient pas de toi, c'est moi". C'était trop facile, trop lâche. Morgane pouvait être terriblement obtuse, voire aveugle pour certaines choses, mais elle n'était pas du genre à se dérober ainsi. Par ailleurs, la styliste revoyait encore le regard que Morgane lui avait lancé lorsqu'elle avait pris la défense de Gideon. Il y avait de la haine dans ce regard assombri. Pas une simple colère nourrie par les querelles et les trahisons entre sœurs, comme celle qui devait parfois habiter son propre regard. Non. C'était une haine comme on en avait seulement pour son pire ennemi. Jamais Kathleen n'aurait pu imaginer que quelqu'un la regarderait de cette façon. Et elle n'aurait jamais cru que la personne qui le ferait puisse être Morgane.

Je sais que ça a l'air d'être une excuse pitoyable mais, reprit Morgane piteusement.

Je te crois, coupa Kathleen alors que Morgane relevait un regard surpris vers elle. Je ne sais pas ce que c'était, ni pourquoi … pourquoi c'était si mauvais envers nous… Mais je te crois.

Morgane avisa le canapé et se laissa tomber dessus, sous l'émotion. Sa sœur s'approcha, inquiète des tremblements nerveux des mains de la jeune sorcière.

Ce… Ce n'est pas la première fois, tu sais. Je… Je me suis sentie comme ça, aussi… durant … la bataille de Pré-au-Lard, lâcha-t-elle dans souffle. Lorsque j'ai

Elle ferma les yeux, comme pour effacer de sa mémoire le souvenir trop vif de la lame plantée violemment dans le corps de Philander Collins. Une poigne douce se referma sur ses mains tremblantes. Elle ouvrit les yeux pour rencontrer le regard inquiet de Kathleen.

Écoute, je sais que je t'en ai voulu pour m'avoir caché des choses, mais si c'est trop dur… tu n'es pas obligée de me le dire, tenta de la rassurer la brune impuissante face à la souffrance psychologique que semblait ressentir sa sœur.

La jeune médicomage hocha la tête et prit une grande inspiration tout en essayant de remettre un peu d'ordre dans ses idées. Elle ressentait beaucoup trop de choses en même temps et avait l'impression que son corps ne pouvait plus le supporter. Il y avait en elle tellement de honte, de peine, de douleur, de dégoût et de colère. Encore et toujours de la colère. Elle ne se souvenait pas avoir ressenti auparavant une telle rage envers le monde… Envers Kat.

Elle avait pourtant déjà été très en colère, elle se souvenait particulièrement d'un incident durant sa cinquième quand un des garçons de sa classe la harcelait quotidiennement à cause de son physique et de son nom de famille, lui donnant des surnoms à tire-larigot. Elle était jeune et encore plus impulsive et avait fini par craquer, se mettant dans un tel état de colère qu'elle avait simplement attrapé le crétin par la manche et le col et l'avait envoyé voler par-dessus son épaule, choquant tout le monde et elle la première… Avait-elle ressenti la même chose ? Avait-elle perdu le contrôle ? A douze ans la seule explication logique était une pré-ado en colère. Point. Mais avec le recul… D'autres exemples lui revenaient en mémoire, mais rien de vraiment violent, rien de vraiment méchant, jamais n'avait-elle eu envie de faire volontairement du mal et surtout jamais n'y avait-elle pris du plaisir. L'idée même lui arracha un haut-le-cœur, forçant Kathleen a lui lâcher les mains de peur qu'elle ne lui vomisse dessus.

Cette dernière avait maintenant dépassé le stade de l'inquiétude et paniquait presque tant l'état dans lequel sa soeur était en train de se mettre faisait mal au cœur.

Je viens de te dire que tu n'avais pas besoin d'en parler si tu ne voulais pas, mais… hésita doucement la brune en posant une main réconfortante sur l'épaule de Morgane qui lui jeta un regard hagard, peut-être que tu te sentiras mieux après ?

Je …

La styliste soupira face aux tremblements qui ne s'arrêtaient toujours pas.

Il y a quelque chose qui te ronge de l'intérieur, Morgane. Je le vois. Je le sens, insista Kathleen. Je… sais ce que c'est d'être hanté… je ne le sais que trop, soupira-t-elle en pensant au nombre de nuits où elle s'était réveillée en hurlant de terreur, soit à cause de ses visions, soit en raison des morts qu'elle avait sur la conscience. Ne garde pas ça en toi, jusqu'à ce que ça te bouffe complètement… Si ma présence te rend malade, que l'idée de le partager avec moi est insupportable … alors d'accord. Mais dis ce que tu as sur le cœur à quelqu'un, même si ça doit être Regulus.

Morgane eut les larmes aux yeux en comprenant que sa soeur prenait sa réaction comme un rejet de sa présence. Ce n'était pas ce qu'elle voulait. Bon sang, elle avait confiance en Kathleen, même si les derniers évènements tendaient à prouver le contraire. Kathleen ne la jugerait pas pour avoir blessé mortellement un homme, ayant elle-même du sang sur les mains. Pourtant quelque chose résistait à l'intérieur d'elle, l'empêchait de se livrer à sa sœur à propos de cette aura malsaine.

Regulus… murmura Morgane d'une voix tremblante en se forçant à lever les yeux vers sa soeur. Regulus est au courant. Je n'ai pas pu lui cacher, il était là quand… Sache que ça n'a rien à voir avec toi, clarifia la blonde en attrapant la main de Kathleen, décidée à ne pas la laisser penser une telle chose, je ne sais juste pas ce qui m'arrive.

Ce n'est pourtant pas l'impression que j'ai eu lorsque tu t'es énervée l'autre jour, soupira la styliste avec peine.

Je le sais bien, mais… ce n'était pas personnel. Évidemment j'étais énervée contre toi, mais je ne ressens aucune rancœur envers toi qui pourrait m'empêcher de me confier à toi. Je n'essaie pas de te punir ou quoi que ce soit...

Ses tremblements s'étaient apaisés à mesure qu'elle tentait de lui expliquer que non, ce n'était pas sa présence même qu'il la rendait malade. Mais elle ne tenta pas pour autant de lui avouer son crime. Parce qu'il y avait finalement une différence, entre leurs mains couvertes de sang, même si elle cherchait à le nier. Une différence que seul Regulus pouvait si ce n'est comprendre, au moins envisager. Gideon et Kathleen se battaient pour protéger. Regulus, pendant un temps, s'était battu pour un idéal. Mais elle… C'était la vengeance qu'il l'avait fait sombrer.

Depuis ce jour, il y avait quelque chose de très sombre tapi en elle. Cette idée la crispa. Et si malgré elle, elle devenait dangereuse pour sa sœur ? Que ferait-elle, sans Regulus pour l'apaiser ?

Au fait, tenta-t-elle de changer de sujet quand elle se sentit capable de parler sans que sa voix ne soit prise de trémolos. C'est ton anniversaire dans quelques jours

Hum, soupira Kathleen.

Allez, tu sais bien que tu n'as pas toujours la poisse pour ton anniversaire, bon, je t'accorde que ça n'a pas toujours été la joie mais

Ce n'est pas ça, sourit la styliste. Enfin, si, un peu. Mais Gideon s'est mis en tête de m'offrir des vacances pour l'occasion.

Et tu tires la gueule parce que ? Tu reviens de Grèce meuf, tu as une idée depuis quand je n'ai pas vu le soleil ?! Je ne sais même plus à quoi il ressemble ! Dramatisa la petite blonde pour alléger l'ambiance.

Je ne sais pas, ce n'est pas vraiment le moment idéal pour ça… On est en pleine préparation du plan Nique-Voldy, d'ailleurs faudrait peut-être songer à un meilleur nom de code ?

Un meilleur nom de code? Fit mine de s'indigner Morgane en arquant les sourcils. Ce nom est parfait, faut bien que quelqu'un nique ce frustré de la-

Je sous-entendais juste qu'au-delà du fait qu'il est un peu… de mauvais goût, la coupa sa sœur, le nom laisse carrément entendre qu'on en a après lui.

On pourrait en avoir après son boule…

Tout le monde n'est pas Bellatrix Lestrange, rappela Kathleen avec une grimace de dégoût, imitée par la blonde qui fit mine de vomir.

La jeune styliste jeta un coup d'œil discret vers Morgane qui semblait à présent avoir repris son calme… En ce moment elle avait plus de sautes d'humeur qu'une femme enceinte, mais ça Kathleen se garda bien de le lui faire remarquer. Elle ne préférait pas avoir à subir une autre crise de panique ou de colère de la part de sa sœur par rapport à un sujet pareil.


Kathleen jeta un coup d'œil à l'horloge accrochée au mur de sa cuisine pour s'assurer qu'il lui restait encore du temps avant de devoir se rendre à son point de rendez-vous : la bibliothèque de la loge des francs-maçons. Elle devait y rencontrer Regulu tapantes pour une session de recherches sur les inferis et les horcruxes. Elle se souvenait avoir visité ce bâtiment avec Morgane lors d'un voyage à Londres avant leur arrivée dans ce monde et n'avait été qu'à moitié étonnée lorsque Gideon lui avait appris que cette bibliothèque était en vérité enchantée. Les moldus avaient accès à la partie moldue et les sorciers à une autre partie beaucoup plus… magique.

La brune termina sa tartine et se leva au moment où son mari fit son entrée dans la pièce.

— Laisse, je vais ranger, sourit-il.

Kathleen souffla, un sourire aux lèvres, comme s'il y avait beaucoup à ranger ! Un coup de baguette et tout disparaissait. Son sourire disparut aussi vite qu'il était apparu lorsqu'une terrible odeur lui arracha un haut-le-cœur.

— Bon sang, qu'est-ce qui sent le troll comme ça ? On a sorti les poubelles hier soir, non ? Demanda-t-elle, une main sur la bouche en fixant son époux, effarée.

— … Je ne sens rien… répondit Gideon surpris.

— Oulala ! S'exclama Kathleen en s'éventant avec le torchon. J'y vais parce que ça sent vraiment comme quand Morgane jetait des sorts sur Mary à Poudlard, continua-t-elle en s'approchant de l'auror pour lui dire au revoir, passe une bonne journée et fais attention à toi ! Je ne-

Kathleen s'immobilisa à quelques centimètres de Gideon, les yeux exorbités. Celui-ci continua de la fixer, perdu.

— Tu vas me dire que c'est moi qui pue, c'est ça …? Demanda-t-il, vexé, connaissant déjà la réponse.

— Ton parfum… Il est périmé ? Demanda-t-elle après avoir déposé un très rapide baiser sur ses lèvres.

— Je n'ai pas vérifié… fit-il en sentant le col de sa chemise pendant que sa femme quittait la pièce au pas de course.

— À ce soir ! Je t'aime ! Cria-t-elle au loin.

— Moi aussi, grommela-t-il, maintenant persuadé de sentir le troll.


La jeune sorcière leva le nez vers la façade du Freemasons' Hall, situé à l'angle de la Great Queen Street. Elle se sentait un peu nostalgique. Il y a quelques années seulement, elle avait franchi ces portes avec Morgane, en petites touristes françaises, moldues de surcroît. Aujourd'hui, c'était une autre facette qu'elle allait découvrir.

Elle pénétra à l'intérieur du bâtiment, passant les contrôles de sécurité moldus. Les agents ignoraient tout de la guerre qui faisait rage dans le monde sorcier (ce qui n'était pas le cas de certains de leurs dirigeants), mais prenaient toutefois un grand soin à s'assurer qu'aucune menace ne pénétrait le bâtiment. La baguette de Kathleen plantée négligemment dans son chignon ne les interpella pas outre mesure et ils laissèrent la jeune femme monter les superbes escaliers de marbre.

En passant dans les couloirs, Kathleen croisa quelques hommes vêtus de costumes de haute couture à l'air important, qui lui lancèrent des regards curieux. Bien que la loge soit en partie accessible aux touristes, ils étaient rares. Surtout ceux de son âge. On les avait également dévisagées à l'époque, se souvint la jolie brune avec un sourire en prenant le chemin de la bibliothèque.

D'ordinaire, les rares sorciers qui voulaient et pouvaient accéder à la bibliothèque secrète de la loge le faisaient depuis le monde sorcier. Ce privilège était la chasse gardée des Vingt-huit sacrés, les familles fondatrices du monde sorcier britannique, considérées comme sang-pur. En effet, c'était leur fond secret qui était conservé dans cette bibliothèque. Un patrimoine sur lequel le ministère n'avait aucun accès, et ce malgré de nombreuses protestations. Kathleen, de par son union avec Gideon, était considérée comme nouveau membre et, selon le rituel, devait franchir le passage entre les mondes.

Elle porta une main distraite au médaillon emblématique autour de son cou, qu'elle portait pour l'occasion. La jeune femme n'aurait jamais cru qu'elle serait un jour considérée comme un membre de la franc-maçonnerie, même si cela n'était qu'une couverture.

Elle se dirigea vers la bibliothèque et fronça les sourcils en arrivant devant le buste en pierre qui servait de passage entre le monde moldu et le monde sorcier. Elle se souvenait d'avoir eu un fou rire ici même avec Morgane lors de leur visite. En effet, un homme un peu plus âgé qu'elles les avaient arrêtées pour simplement leur demander si "ça fait sens ?" comme si leur visite allait déclencher une illumination. Évidemment les deux jeunes filles avaient été déstabilisées par la soudaine prise de parole de cet homme aux cheveux longs qui maintenant qu'elle y repensait avait probablement été un sorcier… Avait-il cru qu'elles étaient également des sorcières ? Avait-il senti quelque chose en elles déjà à ce moment-là ? Ou était-il simplement perché comme elles l'avaient imaginé à l'époque ? Dans tous les cas, elles n'avaient pas compris pourquoi il leur parlait ni d'où il sortait, ce qui quelques minutes plus tard les avait bien fait rire. Kathleen se plaça donc devant le buste, étiqueté… Voltaire ? La jeune styliste fronça les sourcils, perplexe, c'était quoi ce bordel ? Elle était certaine de ne pas avoir remarqué ça la dernière fois… Elle était même persuadée que la dernière fois, il était question du buste de Mozart...

Bonjour, lança le buste en français la sortant de ses pensées.

B-bonjour, répondit-elle tout en jetant un coup d'œil autour d'elle, comme elle s'y attendait personne ne semblait remarquer qu'elle était en train de parler à une statue de marbre.

— Badge s'il vous plaît ? Demanda-t-il avec un fort accent français qui aurait probablement fait grimacer Morgane.

Oui, bien sûr, répondit Kathleen en lui répondant en français, se rapprochant avec son médaillon entre les doigts pour qu'il puisse mieux le voir.

Fichtre ! Une compatriote française ?! Quel plaisir de pouvoir entendre ma précieuse langue maternelle d'une autre bouche que de la mienne ou sans ce stupide accent anglais ! S'extasia le Voltaire de pierre avec un sourire si large que la jeune femme eut peur qu'il ne se brise. Bien, veuillez rapprocher ce médaillon de mon visage, comme vous pouvez le constater, je n'ai pas de bras !

Kathleen acquiesça avec un sourire, faillit lui dire qu'il n'aurait donc pas de chocolat puis se ravisa car il ne comprendrait pas la référence. Elle se pencha alors en avant pour lui faciliter la tâche.

Ma chère, tout me semble en ordre, vous n'avez plus qu'à me passer à travers, l'informa-t-il en hochant la tête, au plaisir de vous revoir !

Merci beaucoup, sourit Kathleen avant d'avancer.

Aussi cool que cela pouvait être de parler avec le buste de Voltaire, elle n'avait pas le temps de faire la causette aujourd'hui, Regulus était peut-être déjà en train de l'attendre et ils n'avaient qu'un temps limité pour faire leurs recherches. Alors qu'elles s'apprêtaient à passer au travers du Voltaire de marbre un mouvement à sa droite l'interpella. Quelqu'un venait de sortir de l'allée juste à côté d'elle.

— Kathleen Kerrien, salua Rabastan Lestrange les mains dans ses poches en s'appuyant contre une bibliothèque.

— Rabastan, répondit la jeune femme en sentant la panique s'installer.

Elle espérait vraiment qu'il n'avait pas croisé Regulus. Elle se rassura en se disant qu'il venait du côté moldu, ce que le jeune Black ne ferait sans doute pas. Mais… que faisait-il là, justement de ce côté-ci ? Et pourquoi avait-il l'air d'attendre quelqu'un ou de faire le guet ?

— On vient faire des recherches ? Demanda-t-il, curieux.

— Je viens récupérer un livre pour mon beau-père, mentit la jeune femme avec autant de tact que possible.

— Profite bien de la bibliothèque alors, prends des photos si tu peux, lança-t-il avant de repartir dans l'allée, non sans lui avoir lancé un étrange et lourd regard.

Kathleen poussa un soupir de soulagement. Elle n'avait pas d'explications quant à la présence du mangemort. Probablement attendait-il que quelqu'un en particulier passe pour l'emmener avec lui et le torturer avec son cinglé de frère et sa folle de belle-sœur. Cela semblait l'explication la plus dramatique, certes, mais aussi tristement plausible. Elle hésita à prévenir quelqu'un. Mais qui la croirait ? Les mangemorts devaient être fréquents ici, vu le nombre d'ouvrages sur la magie noire présents en ce lieu. Son intuition n'était une preuve.

Je n'ai pas toute la journée vous savez, toussa Voltaire, coupant le fil de sa réflexion.

Ce n'est pas comme si vous pouviez partir non plus, fit la brunette avant de marcher vers lui pour entrer dans la partie magique du bâtiment. .


Amis lecteurs, nous avons une annonce importante à vous faire et aimerions encore un peu de votre temps.

Ce chapitre, le cinquantième de ce tome 2, est peut-être le dernier qui sera publié sur ce site.

Nous publions l'aventure de Kathleen et de Morgane sur ce site depuis 2015. Cinq ans déjà, de rires, de frustrations, de surprises et d'intrigues. Cinq ans et plus de 80 chapitres à ce jour. Cinq ans que certains d'entre vous sont à nos côtés, vibrant pour nos personnages, nous nourrissant de votre enthousiasme, de votre joie et parfois de votre peine.

C'est long, cinq ans. Cette histoire a mûri, vous l'avez tous remarqué. Tout comme nous. Elle a pris une direction que peut-être certains d'entre vous regrettent. Le rythme de publication s'est essoufflé. Le temps entre deux chapitres s'agrandit, chaque fois un peu plus. Et votre enthousiasme s'est peut-être perdu entre temps.

Nous ne vous en blâmons pas.

Ce message n'est pas un appel aux reviews. Ceux qui nous suivent depuis longtemps savent que ce sujet nous a parfois contrariées, nous poussant à l'occasion à l'ultimatum. Pas pour la satisfaction de voir leur nombre augmenter, ni pour booster notre égo. Juste pour avoir le sentiment de ne pas écrire en vain. Dans le vide. Mais ce n'est pas le sujet ici.

Nous avons simplement le sentiment - un peu amer et mélancolique en vérité - que nous vous avons perdu. Sans doute à cause du temps. Peut-être à cause de l'histoire, du manque d'action ou du comportement des filles. Peu importe en réalité la raison.

Nous constatons simplement les faits.

Vous êtes de moins en moins nombreux à lire ces chapitres et encore moins nombreux à nous faire part de vos sentiments à leurs sujets.

Nous avons commencé cette histoire pour nous et l'avons écrite pour nous durant les quinze premiers chapitres avant de songer à la partager avec vous. Vous avez soutenu ce projet -ces filles complètement dingues - pendant cinq ans. Alors il nous semble juste que ce soit vous qui décidiez de leur avenir.

Nous aimons profondément cette histoire, qui est devenue à nos yeux plus réelle - et parfois plus logique - que le canon. Nous adorons Kathleen et Morgane qui ne sont plus seulement des projections de nous-même mais qui se sont forgées leurs propres personnalités, leurs propres vies. Chaque personnage que nous avons construit, amélioré parfois réinventé. Cette histoire ne prendra pas fin pour nous, car nous avons encore des tas de choses à raconter à leurs sujets.

Mais si vous nous avouez que votre entrain s'est emmenuit, que la lecture d'un nouveau chapitre vous indiffère, alors la publication de cette histoire s'arrêtera ici.

Pas sur des reproches ou de l'amertume. Mais sur un dernier chapitre, un nouveau pas dans l'intrigue. Une dernière occasion de vous laisser imaginer la suite. Et sur nos sincères remerciements, à vous tous qui avez partagé cette aventure.

A vous, qui avez lu ces mots, c'est le moment où jamais de faire entendre votre voix. De nous dire votre sentiment concernant la publication ou non de la suite.

Et si cela doit être notre dernier chapitre, alors encore une fois : merci. Merci pour ces 88 chapitres, ces cinq années, ces 935 reviews accumulés sur les deux tomes. Pour votre soutien, votre présence. Pour vos fanarts, aussi.

Pour tout.

Merci.

Mila & Rukie