Bonjour tout le monde (et oui c'est nous!)
C'est Mila :)
Déjà joyeux Noël à ceux et celles qui le fêtent, et bonnes fêtes de fin d'année à tout le monde!
Je sais qu'on ne vous a pas donné de nouvelles par rapport à l'annonce faite dans le chapitre précédent. Je vais donc vous faire une petite mise à jour, mais ça sera en fin de chapitre, parce que je ne pense pas pouvoir capter votre attention alors qu'un chapitre vous attend :)
Sur ce, bonne lecture et merci milles fois pour vos messages!
Chapitre L1:
Celles qui déménageaient la bibliothèque
Juillet 1979
La lumière chaude des rayons du soleil perçait le dôme de verre qui surplombait les cinq étages du Freemason's Hall. Kathleen en fronça les sourcils, du haut de la mezzanine du cinquième étage, lieu de passage entre les mondes. La jeune femme n'avait en effet pas remarqué une telle profondeur du lieu du côté moldu. Elle secoua la tête, s'invitant à s'arrêter d'être surprise par la magie. De là où elle se trouvait, elle pouvait ainsi voir l'espace de travail au dernier et plus bas des étages, exactement en-dessous de la magnifique verrière d'allure steampunk. Les étages supérieurs, qui comportaient les bibliothèques, tournaient en balcon autour des fameuses tables de travail. Le lieu était clair en son centre tout en restant intime si l'on s'enfonçait dans les rayonnages. L'odeur du vieux parchemin lui chatouilla le nez et Kathleen décréta aussitôt qu'elle adorait cet endroit.
En regardant autour d'elle, elle constata que l'endroit était très peu fréquenté. Ce n'était pas surprenant compte tenu de la restriction des " Vingt-huit sacrés ", lesquels n'étaient plus très nombreux au fil des siècles et des problèmes de consanguinité. Cela rendait sa rencontre avec Rabastan d'autant plus surprenante. Kathleen allait prendre quelques instants pour sonder le futur quand elle aperçut, près des tables d'étude et quelques mètres après un homme immense à la peau brune et au regard de fauve, une silhouette familière qui semblait lui faire signe.
Elle descendit alors hâtivement les cinq étages, continuant d'admirer le lieu et jetant des regards curieux à la silhouette impressionnante qu'elle identifia comme étant Cyneric Shacklebolt, le directeur des aurors et vraisemblablement parent du jeune Kingsley. Elle s'interrogeait encore sur les raisons de la présence d'un homme si important à cette heure de la journée quand elle retrouva Regulus, à l'abri de quelques étagères.
— Bonjour, salua-t-elle en s'asseyant en face du jeune homme.
— Bonjour, répondit-il en rassemblant quelques parchemins qu'il lui tendit.
Kathleen ne pouvait pas le nier, elle était partagée. D'un côté, elle était heureuse de pouvoir passer du temps avec Regulus, qu'elle appréciait malgré tout et d'un autre côté elle continuait de lui en vouloir. Évidemment savoir qu'il mettait à présent tout en œuvre pour se débarrasser dans l'ombre, avec elle et Gideon, de Voldemort rendait les choses beaucoup plus simples. Sans parler du fait qu'il était à présent plus ou moins en couple avec sa meilleure amie et qu'il allait peut-être survivre.
La jeune styliste poussa un soupir en jetant un coup d'œil aux différents parchemins que le jeune Black lui avait tendus. Maintenant que Morgane et elle avaient pris la lourde décision d'influencer activement le futur, elle ne pouvait s'empêcher de tout le temps se sentir… anxieuse. Certes, c'était un euphémisme, surtout qu'elle l'était déjà auparavant. Mais maintenant, elle avait l'impression que tout ce qui arriverait dans les mois à venir serait de sa responsabilité. Ses visions étaient un vrai avantage pour eux, mais c'était également une torture quotidienne pour elle. Elle regrettait vraiment de ne pas avoir travaillé ce don plus tôt, d'avoir plus ou moins fait l'autruche par peur de ce qu'elle pouvait voir. Sa maîtrise de son don restait encore balbutiante et elle savait que si elle s'y était attelée plus tôt et avec plus d'ardeur, elle aurait pu avoir plus d'informations sur les différents futurs qui s'offraient à eux en fonction de leurs choix…
D'un autre côté, leur décision de se joindre à Morgane et Regulus avait été si spontanée qu'elle doutait que ses visions aient pu la prévenir de quoi que ce soit à ce sujet ! Elle espérait simplement ne pas avoir à subir de visions en rapport avec le décès de l'un de ses proches, et encore moins un décès lié à leur quête. La jeune sorcière n'était pas sûre d'être psychologiquement prête à assumer une nouvelle perte et la culpabilité qui l'accompagnerait. Ses remords quant à son inaction pour l'assassinat de Marlène lui restaient encore comme un poids lourd sur les épaules. Elle soupira.
Elle avait un mauvais pressentiment… Et cela était rarement bon signe.
— Tu as l'air pensive, s'enquit Regulus, remarquant que son amie lisait la même ligne en boucle. Quelque chose ne va pas ? Nous n'avons pas beaucoup de temps, tu sais…
— Ce n'est rien ! Se reprit Kathleen qui se maudit de divaguer dans un moment aussi important. Je pensais juste à Morgane, mentit-elle en se disant qu'il valait mieux ne pas parler de ses visions macabres pour le moment.
Même si Regulus avait choisi un coin en retrait pour qu'ils ne se fassent pas remarquer, croiser Rabastan n'était jamais de bon augure, Kathleen en était sûre. Elle préférait donc ne pas aborder de sujets trop précis ou trop personnels à voix haute, dans le doute. Le fait qu'elle soit en train de lire à la même table que Regulus était déjà suffisamment bizarre comme ça. Heureusement cette bibliothèque était quasiment vide et comme l'avait dit Regulus lorsqu'il avait proposé ce plan : ceux qui venaient ici prenaient ce qu'ils voulaient et bien souvent repartaient aussitôt. Rares étaient ceux qui prenaient le temps de s'asseoir pour lire. De plus, vivre avec un auror avait donné quelques tendances paranoïaques à Kathleen, qui s'était empressée de leur jeter un sortilège d'intimité et un léger glamour sur elle-même dès lors qu'elle avait franchi le passage. Elle ne doutait pas une seule seconde que Regulus en avait fait de même. Malheureusement, agir avant aurait été inutile car comme Gringotts, la bibliothèque était dotée de puissantes protections et le passage entre les mondes faisait tomber tous les sortilèges, en particulier ceux pouvant modifier l'identité d'une personne et son apparence.
— Ah, elle est au travail, probablement en train d'écouter les ragots que son collègue a récoltés à la "machine à café", lança le jeune homme à voix basse en haussant les épaules d'un air blasé.
Kathleen eut un sourire en coin. Elle ne doutait pas que sa sœur lui répétait tous les ragots lorsqu'elle rentrait, même s'il n'en avait assurément rien à faire.
— Maintenant concentre-toi sur ce rouleau, ordonna-t-il en pointant le parchemin du doigt, je suis certain qu'il y a des informations qui nous serviront dedans.
— Oui chef, acquiesça Kathleen alors que le jeune Black roulait des yeux.
Elle ne rata pas toutefois le léger sourire qui ornait ses lèvres lorsqu'il se pencha à nouveau sur son propre document. Elle l'imita, un peu mélancolique. Son ami lui manquait.
À plusieurs kilomètres de là où se trouvaient Kathleen et Regulus, Morgane était elle aussi le nez plongé dans un rouleau de parchemin, à la recherche d'informations pouvant expliquer comment elle avait pu soigner la blessure pratiquement mortelle de Sirius, quelques semaines plus tôt. Ce n'était pas faute de se triturer le crâne et de lire en long en large et en travers toute la documentation médicale qui lui passait sous la main. Le fait était que très peu de recherches étaient faites sur la magie sans baguette, jugée par les Britanniques comme primaire, et encore moins sur la médicomagie sans baguette !
Heureusement, elle avait reçu l'aide de Caroline, sa collègue, qui avait tenu sa promesse de lui faire parvenir des ouvrages d'Ouganda, où vivait sa famille. À l'inverse des sorciers européens qui pratiquaient la magie avec une baguette et se retrouvaient comme deux ronds de flan lorsqu'ils étaient désarmés, beaucoup de sorciers suivant les traditions ancestrales ne voyaient la baguette que comme un simple accessoire. La magie circulait en eux comme le sang et ils avaient appris à maîtriser ce flux, le dirigeant naturellement vers leurs mains.
Morgane espérait ardemment trouver des réponses à ses questions grâce à Caroline et ses connaissances, bien qu'après avoir discuté avec sa collègue, elle s'était rapidement rendu compte que leur pratique brute de la médicomagie était différente, pour ne pas dire à des années-lumière. Elle lui avait clairement dit que personne depuis des siècles ne pouvait soigner une plaie béante sans utiliser de baumes ou de potions… La dernière sorcière en date à l'avoir fait avait triste réputation, malgré ses grandes capacités magiques et il était mal vu de vouloir lui ressembler. Morgane, comprenant l'avertissement implicite et la désapprobation de Caroline, n'avait pas insisté en demandant son nom.
— Morgane ! S'exclama Joshua en passant la porte, deux tasses de café fumantes dans les mains.
— Hum ? Grogna la jeune femme sans lever les yeux de son parchemin, le front dans les mains.
— Tu devineras jamais ce que j'ai appris à la machine à caféééé, chantonna son collègue en posant une tasse devant elle, un énorme sourire collé aux lèvres.
— Je t'écoute, accueilla la blonde abandonnant momentanément ses recherches.
Morgane s'étira, le corps endolori d'être restée dans la même position pendant trop longtemps. Elle attrapa ensuite sa tasse en remerciant Joshua et étendit ses jambes, les pieds posés sur son bureau, prête pour les commérages du jour.
— C'est Hippocrate !
— Ne me dis pas qu'il s'est encore fait largué ! S'exclama la médicomage en écarquillant les yeux.
D'un autre côté, tout le monde s'accordait à dire que la jeune femme qu'il fréquentait était trop bien pour ce petit péteux, alors…
— Pire encore ! Ricana Joshua avant de boire une gorgée de sa boisson, créant un petit suspens. Il a mis sa copine en cloque !
La petite blonde fronça les sourcils, perplexe.
— J'pensais qu'il était eunuque ? Attends une seconde… Tu m'as dit qu'il était eunuque, se souvint-elle, outrée. Jooosh ! M'aurais-tu menti ? Tes sources ne sont pas fiables !
Ce dernier éclata de rire en se souvenant de cette histoire.
— Par Merlin, je l'avais oublié celle-là ! Mais cette fois, c'est sûr et vérifié ! C'est Hippocrate lui-même qui l'a annoncé à Fatou du deuxième étage, qui l'a dit à Rashid des urgences, qui l'a répété à Deb' qui vient de me le raconter !
— … Sûr et vérifié, mon cul ! C'est passé par tellement de personnes, peut-être qu'il a juste dit qu'ils voulaient essayer d'avoir un enfant et hop, trois personnes plus tard elle est en cloque jusqu'aux yeux alors que non ! Souffla Morgane en levant les yeux au ciel.
— Tu te plains, mais-
La conversation des deux médicomages fut coupée court par un bruit strident qui raisonna soudainement dans les haut-parleurs. Morgane et Joshua s'immobilisèrent, écoutant avec attention l'annonce qui était en train d'être faite. Le Freemasons' Hall venait de s'effondrer, en plein cœur de Londres. Il y avait des sorciers bloqués sous les décombres, incapables de transplaner à cause de la barrière magique.
Morgane pâlit brutalement. C'était l'endroit précis où Kat et Regulus devaient se trouver en ce moment. L'idée même donna la nausée à Morgane qui sentit sa gorge se serrer douloureusement et son cœur battre de plus en plus fort dans ses oreilles. Elle attrapa vivement sa tasse de café en se reprenant, la vida d'une traite et se leva. Elle faisait partie des médicomages autorisés à aller sur le terrain et elle comptait bien se déplacer pour venir en aide et sauver les sorciers et moldus qui avaient été victimes de ce sinistre.
Presque d'un pas mécanique, elle se dirigea vers l'étage des urgences, croisant des visages affolés sans les voir. Le Freemason's Hall était une institution, comme l'était Gringotts ou St-Mangouste, bien que peu de personnes fréquentaient l'endroit. C'était comme vivre la destruction de la bibliothèque d'Alexandrie. Tout le monde murmurait, commérait. En arrivant sur place, elle vit que trois groupes s'organisaient déjà. L'un d'eux rassemblait les urgentistes qui prendraient en charge les blessées à leur arrivée à l'hôpital. Les deux autres allaient visiblement sur place.
Elle croisa un regard familier et se dirigea vers son amie, l'interrogeant sur cette séparation en deux groupes, assez inégaux.
— Ce sont les volontaires pour aller dans les décombres, grimaça Myriam en indiquant la petite dizaine de personnes qui s'équipaient de protections et d'outils magiques. Ils vont faire équipe avec des aurors pour aider les personnes qu'on ne peut pas sortir pour le moment. C'est déjà dangereux pour nous, car l'effondrement n'est pas fini et s'étend encore, alors pour eux…
— Je vais les rejoindre, affirma alors résolument la petite blonde.
— Quoi ? Ça va pas, non ? Tu n'es pas encore entièrement formée aux urgences sur le terrain, c'est déjà surprenant qu'ils t'aient laissé t'inscrire sur la liste d'interventions d'urgence ! Morgane, la retint Myriam en lui saisissant le bras. C'est vraiment dangereux !
— Kathleen et Regulus sont sûrement là-dessous, lui murmura la petite blonde, d'un ton déterminé.
Myriam ouvrit la bouche, sous le choc puis la referma. Bien que Morgane affichait un air professionnel et détaché, son amie pouvait lire dans ses yeux la panique extrême dans laquelle elle se trouvait. Elle-même ne savait pas comment elle réagirait si les deux personnes qu'elle aimait le plus au monde se trouvaient dans une telle situation. Alors elle fit la seule chose qu'elle pouvait faire. Elle lâcha prise.
— Je serais à l'extérieur, pour soigner ceux qu'on ne peut pas amener par transplanage, lui dit-elle. J'espère ne pas t'y voir.
— J'espère aussi.
— Fais très attention à toi, Morgane ! La supplia Myriam en la prenant dans ses bras.
— Toi aussi.
Kathleen ouvrit péniblement les yeux, toussant pour évacuer la poussière qu'elle avait visiblement respirée. Elle avait mal à la tête, comme jamais auparavant. A vrai dire, son corps entier semblait irradier de douleurs. Il faisait sombre autour d'elle. Elle n'entendit rien, dans un premier temps. Seulement le sifflement de ses oreilles qui semblaient encore sous le choc. La jeune femme voulut bouger, pour s'assurer qu'elle pouvait encore le faire. Elle semblait entière, c'était déjà ça. Sa cheville droite était néanmoins coincée sous un énorme bloc de pierre, qui lui semblait bien trop lourd pour être déplacé sans magie. Tandis que ses yeux s'acclimataient à la pénombre, elle chercha Regulus du regard. Son cœur se mit à battre plus vite, si c'était seulement possible. Elle était seule. Seule dans un trou exigu à ce qui lui semblait être des kilomètres sous terre. Et son ami… Son ami qui n'avait pourtant été qu'à quelques mètres d'elle avant que tout cela n'arrive… n'était plus là.
— REGULUUUUUSSS ! Hurla-t-elle, si fort qu'elle s'en déchira la voix.
Mais seul un silence mortel lui répondit.
Au-dessus de Kathleen, bien trop loin pour pouvoir entendre son cri de détresse, s'affairaient avec urgence les différentes équipes de secours -moldues et sorcières- venues pour dégager et sauver les survivants des décombres. Parmi eux se trouvaient Gideon et Fabian, qui tentait vainement de calmer son frère aîné. En effet, aussi professionnel que celui-ci pouvait être, savoir que sa femme se trouvait dans le bâtiment lors de son effondrement le rendait fou. Bien évidemment il ne laissait pas entrevoir cette peur panique qui l'avait saisie plus tôt, mais son frère et collègue le connaissait trop bien. Gideon était terrorisé par ce qu'ils allaient potentiellement découvrir en descendant sous terre. Il essayait de rester le plus optimiste possible, mais plus les minutes passaient, plus cela se compliquait.
Il sursauta en sentant soudainement une main se poser sur son épaule. L'auror se retourna brusquement et croisa le regard tout aussi inquiet de sa belle-sœur.
— Je t'ai appelé, mais tu n'avais pas l'air de m'entendre, fit-elle tout en attrapant le casque qui était accroché à sa ceinture pour ensuite le placer sur sa tête. On fait équipe ?
— Je pense que cela vaudrait mieux, approuva-t-il en terminant de se préparer pour entrer dans les décombres.
Les aurors en charge des opérations leur avaient expliqué qu'en vue de la situation ils enverraient des groupes de deux à trois personnes dans le bâtiment : un ou deux aurors et un ou deux médicomages. Ceci permettrait aux survivants d'être soignés au mieux sur place avant d'être remontés -si possible- et d'assurer la sécurité des victimes et du médicomage, la présence de sorciers mals intentionnés n'étant pas à exclure. Gideon savait que Morgane ne faillirait pas à sa tâche, ses dons en médicomagie n'étant plus à prouver. Il espérait simplement qu'elle serait capable de garder la tête froide… tout comme lui d'ailleurs…
— Kathleen va bien, j'en suis sûre, murmura la petite blonde en serrant brièvement la paume du rouquin entre ses doigts comme pour le rassurer.
Celui-ci hocha silencieusement la tête, la gorge serrée par l'inquiétude. Quelques secondes plus tard, un collègue de sa belle-sœur leur fit signe de pénétrer dans les décombres. Tous deux prirent une grande inspiration et s'avancèrent vers les ruines.
Un gémissement rauque tira le jeune Black de sa bienfaitrice inconscience. Le réveil fut difficile et la douleur fut telle qu'il se pencha en avant pour rendre le peu qu'il avait dans l'estomac. La vue du pilier métallique qui traversait verticalement de part et d'autre sa cuisse gauche faillit le renvoyer au pays des songes. Par Merlin… Il avait dû s'empaler sur l'élément de la structure durant sa chute.
Le plus inquiétant, hormis le sang qui s'écoulait de la blessure, était l'absence de douleur. Oh, il ne se plaignait pas de ne pas souffrir le martyre (à cet endroit là du moins) mais il avait suffisamment entendu Morgane parler de ses livres et parchemins sur la médecine et les découvertes liées à son métier pour savoir que perdre les sensations du tronc inférieur était souvent irrémédiable. Il se demanda un instant si le pilier avait touché un nerf ou si la chute avait endommagé sa colonne vertébrale. Cette curiosité morbide fut interrompue par un nouveau râle de douleur.
Regulus tourna alors la tête, observant les alentours. Contrairement à Kathleen, qu'il avait vu disparaître dans les profondeurs lorsque le sol avait commencé à se dérober sous leurs pieds -une image à laquelle il refusait catégoriquement de penser pour ne pas céder à la panique-, le jeune mangemort n'avait pas fait une grande chute. De là où il se trouvait, il parvenait même à apercevoir quelques rayons du soleil, à travers une fissure ou un trou des décombres. À quelques mètres de lui, la cause de tout ceci… Le directeur des aurors, Cyneric Shacklebolt, luttant pour respirer. La verrière, la majestueuse verrière louée et admirée depuis plusieurs générations et qui faisait la beauté de l'établissement n'était plus qu'éclats de verre. Regulus, avec un détachement qu'il devait à sa pratique de l'occlumencie, se demanda pendant un instant comment un être humain pouvait même encore vivre, transpercé comme le pauvre homme l'était.
— À l'aide ! Gémit un employé du Freemason's Hall, coincé dans les vestiges de ce qui devait être le premier étage.
En laissant de nouveau son regard se poser sur le sang qui s'écoulait lentement mais sûrement de sa blessure, Regulus se demanda comment il avait pu en arriver là. Et surtout, comment parviendraient-ils à sortir de ce cauchemar ?
Dans la pénombre environnante, Kathleen pouvait difficilement discerner ses environs mais une chose était sûre : elle était coincée sous terre. Et cette idée la terrorisait. Qui allait la retrouver ici-bas ? Comment allait-elle s'échapper de la tombe que le destin semblait lui avoir creusée sur mesure ? Elle avait bien essayé de se débattre pour extirper sa cheville endolorie de dessous l'énorme pierre qui la retenait prisonnière au sol, mais à part s'entailler la peau, elle n'avait pas obtenu de résultats. Et sa baguette ne semblait pas être près d'elle. La jeune femme se sentit presque résolue. À quoi bon se débattre ? Soit un miracle se produirait et quelqu'un viendrait à son secours, soit elle dépérirait ici, punie pour avoir voulu changer le futur… Elle eut un petit rire suivi d'une toux sèche en pensant à Morgane qui lui foutrait très certainement une tarte si elle l'entendait avoir de telles pensées… quant à Gideon… allait-il être veuf seulement un mois après leur mariage ? Sa mère aurait eu ce qu'elle voulait. Kathleen fronça les sourcils et serra les poings, attrapant des gravats et du sable entre ses doigts couverts d'entailles.
Assez de complaintes ! Elle devait se battre pour eux, pour sa famille ! Elle avait survécu à la noyade, aux attaques terroristes, à un empoisonnement et un maléfice de magie noire, ce n'était pas pour mourir bêtement ici !
La brunette prit alors une grande inspiration avant de pousser la pierre qui emprisonnait sa cheville avec sa jambe valide, concentrant sa magie sur le bloc de pierre. Après ce qui lui sembla être de longues minutes de torture, elle réussit à la soulever suffisamment pour se dégager et se laisser tomber durement au sol, couverte de sueur et de poussière, pleurant de douleur et de désespoir. Il fallait qu'elle trouve sa baguette maintenant, mais d'abord elle allait reprendre un peu de forces… L'usage de la magie sans baguette avait littéralement drainé le peu d'énergie qu'il lui restait. Allez Kathleen, reste consciente, s'encouragea-t-elle en luttant contre la douleur qui irradiait de son pied et qui la faisait trembler comme une feuille…
Avec une précaution infinie, Morgane et Gideon s'avançaient dans les décombres. Les premières équipes tentaient de stabiliser la structure et de former une issue pour pouvoir faire sortir les survivants -si survivants ils retrouvaient… Ce n'était malheureusement toujours pas le cas. Rapidement, il fallut se résoudre à s'enfoncer dans les profondeurs. Gideon s'engagea en premier, multipliant les acrobaties qui auraient fait hurler d'admiration Morgane dans d'autres circonstances mais qui augmentèrent surtout son rythme cardiaque. Lorsqu'il fut quelques mètres plus bas et après avoir vérifié la stabilité des gravats, il engagea la médicomage à le rejoindre, la faisant léviter jusqu'à lui. Arrivée en bas, la petite blonde se mit à tousser fortement. L'air était complètement saturé de poussières.
— Gigi ? Tout va bien ? Hurla la voix de Fabian, quelques mètres plus haut, son équipe suivant celle de son aîné.
— Tu devrais crier plus fort, histoire de faire s'écrouler ce qui reste ! Pesta Gideon provoquant le rire nerveux de Morgane.
— Il râle, c'est que tout va bien ! L'entendirent-ils rapporter à son équipe.
L'auror roula des yeux, agacé et s'apprêtait à dire à Morgane d'ouvrir l'œil, lorsqu'ils entendirent soudain un gémissement d'un homme qui implorait de l'aide.
— Lumos maxima ! S'écria Morgane, pour tenter de localiser le malheureux. Nous sommes l'équipe BG de Saint-Mangouste. Est-ce que vous m'entendez ?
— Evidemment qu'il nous entend, tu hurles, grommela Gideon qui surveillait les alentours, suivi par d'autres aurors issus des duos et trios qui venaient d'arriver derrière eux.
Morgane leva les yeux au ciel, mais ne commenta pas, avançant prudemment vers l'homme qui les avait appelés.
— J'ai… mal… se plaignit le pauvre homme qui gisait sous une étagère.
— Par ici ! S'écria la jeune femme en se retournant pour faire venir les secours vers elle.
Il s'agissait maintenant de débloquer cet employé du Freemasons' Hall pour le remonter et lui permettre d'être soigné en surface par les équipes qui attendaient là-haut. Morgane regarda les aurors faire, surveillant l'état de l'homme et jeta un coup d'œil autour d'elle avec l'aide des lumières des baguettes. Le bilan de morts allait être salé… Où pouvaient bien être Kathleen et Regulus ? Elle croisa alors le regard inquiet de Gideon qui semblait partager ses questionnements. Après de longues et pénibles minutes, le premier accidenté fut enfin extirpé de sous la lourde bibliothèque et, après quelques soins, une équipe le remonta.
— Allez ! On garde espoir ! Lança Morgane en souriant sans grande conviction. Il y a encore tout cet étage et tous les autres à ratisser !
Rapidement, ils trouvèrent une vieille femme et au regard que Morgane lança à Gideon, il sut que ça ne servirait à rien d'appeler une autre équipe pour l'extraction. La sorcière le comprit également et leur fit un sourire triste.
— Avez-vous trouvé Mr Shacklebolt ? Souffla-t-elle en toussant, du sang s'échappant de ses lèvres.
— Quoi ?! S'alarma Gideon en entendant le nom de son directeur, alors que Morgane tentait vainement d'apaiser la souffrance de cette femme. Cyneric est ici ?
La sorcière hocha doucement la tête.
— Il devait consulter un document important, m'a-t-il dit. Je venais de le quitter… quand soudain, raconta-t-elle entre plusieurs toux sanguinolentes, les Mangemorts… les Mangemorts ont pénétré dans le Freemason's Hall !
Morgane blanchit considérablement. Personne ne savait encore la cause de l'effondrement du bâtiment. Si les mangemorts étaient là… S'ils avaient vu Regulus et Kathleen, ensemble… Par Merlin, qu'est-ce qui avait pu se passer ?!
— J-je ne crois pas… qu'ils voulaient détruire la bibliothèque… La loge est une institution sa-sacrée, vous savez ? Mais Cyneric… Cyneric s'est bien défendu, ils venaient pour lui, vous voyez ? D'autres jeunes gens… l'ont aidé... Un imbécile a jeté un… Un Feudeymon ! La structure… Les explosions… Tout s'est mis à trembler, les gens hurlaient… C'était … c'était…
— Les jeunes gens ! À quoi ressemblaient-ils ? Qui étaient-ce ? Insista Gideon, bouleversé. Mrs ? Mrs !
— Je… je n'avais plus vu un tel chaos… depuis Grindelwald… Tout s'est écroulé, tout le monde a sombré… Même… même les gémissements se sont tus… souffla-t-elle alors que ses yeux se faisaient de plus en plus vitreux.
— Avez-vous vu un jeune homme brun très pâle et une grande brune à la peau hâlée ? Mrs, je vous en prie ! Supplia Morgane qui voyait la vieille sorcière s'éteindre malgré ses soins.
Mais la vieille femme s'éteignit dans une dernière toux, alors que Gideon frappait rageusement du poing le sol, oubliant toute prudence quant à la stabilité du bâtiment.
— Il faut les retrouver…
— Ils les ont pris au piège… souffla Morgane. Ils ne pouvaient pas sortir d'ici…
C'était de sa faute. Elle avait lancé Kathleen dans cette chasse aux horcruxes. Sans elle, rien de tout cela ne se serait passé. Regulus n'aurait pas été faire toutes ces recherches. Sa sœur, sa meilleure amie ne l'aurait pas accompagnée. Si les deux jeunes gens, si les deux personnes auxquelles elle tenait le plus, faisaient partie de ces anonymes, de ces corps inertes sous les blocs de pierre… Que ferait-elle ?
— Morgane ! On doit y aller ! Il faut les trouver, vite ! L'appelait Gideon, vivement. Morgane ! Cria-t-il de sa voix forte qui résonna dans les décombres.
— Morgane, répéta une voix dans un gémissement, qu'elle seule sembla entendre, la faisant redresser la nuque dans un sursaut.
Regulus.
Elle en était certaine. C'était la voix de Regulus.
Rester conscient était un réel combat pour Regulus qui malgré l'absence de douleur dans sa cuisse gauche, souffrait de plus en plus des blessures provoquées par sa chute. Il sentait aussi que la perte de sang commençait à l'affaiblir de plus en plus, le rendant tremblotant et couvert de sueur… ou peut-être avait-il de la fièvre ? Si cela était le cas, ce n'était pas de bon augure. Non pas qu'il pensait pouvoir facilement être tiré d'affaire avec une jambe dans cet état mais si l'on ajoutait à cela une infection…
Le jeune homme soupira doucement et ferma les yeux avec résignation. Il n'avait même pas eu le temps de détruire un seul horcruxe et de se faire pardonner pour tout le mal qu'il avait pu faire. Il n'avait même pas eu le temps de parler avec Sirius, de lui parler vraiment, comme deux frères devraient le faire. Par Merlin, il n'avait pas eu le temps de s'excuser à nouveau auprès de Kathleen et Gideon, de regagner leur confiance. C'était tellement frustrant de ne réaliser que maintenant tout ce qu'il lui restait à accomplir.
Il s'était d'abord imaginé mourir aux côtés des mangemorts, à l'époque ses camarades, puis avait pensé mourir en martyr en détruisant un horcruxe voire même en faisant face à son ancien maître (c'était peut-être un peu ambitieux, surréaliste et au-delà de ses capacités, mais il pouvait bien fantasmer). Là, il allait mourir seul et il fallait le dire un peu comme un con, avec un bout de ferraille dans la jambe, bourré de culpabilité et ignorant où se trouvait Kathleen.
Une légère commotion se fit entendre au-dessus, le faisant sortir de ses pensées et Regulus tenta tant bien que mal d'appeler à l'aide, mais sa voix semblait beaucoup trop faible pour que quiconque ne l'entende.
— Nous sommes… enterrés vivants. Par ma faute…. gémit Cyneric Shalkebolt un peu plus loin.
Regulus ne lui répondit pas, ne sachant pas s'il avait la force de nier par politesse. Malheureusement pour lui, il ne perdit pas connaissance à nouveau et le temps sembla passer incroyablement lentement. Jusqu'à ce que des voix se fassent entendre à nouveau au-dessus de lui. Ce ne furent au départ que des paroles, proches du murmure pour lui, mais quelqu'un finit par crier.
— Morgane !
Le jeune Black sursauta malgré lui à l'entente du prénom de sa petite amie. C'était comme si Merlin lui venait directement en aide… Ou comme s'il voulait qu'elle le voit mourir, au choix. Dans tous les cas, il allait tenter le tout pour le tout. Il ferma les yeux et se concentra.
— Morgane, pensa-t-il après avoir étendu pour la première fois volontairement son esprit et cherché celui de la jeune médicomage.
— J'arrive, entendit-il après quelques longues secondes dans son esprit. T'es où ?
La voix douce, mais néanmoins paniquée de la médicomage lui apporta du réconfort et il s'efforça de lui décrire ce qu'il arrivait à voir autour de lui dans la pénombre environnante.
Me revoilà! J'espère que ce chapitre vous as plus, ce n'est bien sûr pas le chapitre le plus joyeux qu'il soit (mais à force vous avez l'habitude non?), mais au moins il se passe des choses haha. Désolé pour le cliffhanger, mais c'est presque notre marque de fabrique à ce niveau là mdr.
Bref, pour revenir sur cette fic et ses auteurs. Après mûres réflexions, nous avons pris la décision de ne PAS arrêter de poster, mais (parce qu'il y a un mais) nous allons prendre une pause sur cette fic, pour pouvoir accumuler un certain nombre de chapitres d'avance et potentiellement en avoir suffisamment pour se permettre de poster une fois par mois sans se retrouver avec rien à poster pendant des siècles :). Ensuite, nous avons décidé, pendant ce temps-là de mettre à jour le Tome 1 de Celles Qui (corriger les fautes, allonger les chapitres avec des détails et corriger certaines erreurs par rapport à la trame.), du coup si quelque chose ne semble pas coïncider dans la suite de la fic, c'est parce que nous avons changé des choses dans le tome 1 pour que globalement le tout soit plus fluide (si jamais vous avez un passage non écrit que vous souhaitez lire, n'hésitez pas.). Donc, vous aurez de quoi lire de notre part, même si ce n'est qu'un chapitre du Tome 1 version 2 :) Je ne sais pas quand est-ce qu'on publiera ce tome réédité et corrigé, mais il sera posté séparément de la première version sur notre compte, donc si vous souhaitez être mis au courant, on vous conseille de vous abonner à notre profil ^^
Sachez que je ne peux pas vous garantir de publication régulière pour quoique ce soit, on écrit pour le plaisir avant tout, mais ça nous fait évidemment grandement plaisir de partager les aventures de Kathleen et Morgane avec vous :)
Merci pour tout, prenez soin de vous et de vos proches et à l'année prochaine! :)
Mila et Rukie
