Chapitre 3 :


Aucun mot n'avait été prononcé depuis les cinq dernières minutes et Ciel persistait à la fixer sans la moindre gêne. Réfléchir correctement lui semblait être un effort titanesque et elle se sentit soudain faible et insignifiante face à l'aura intimidante que dégageait l'homme.

Le rictus qu'il abordait ne faiblissait pas tant il semblait se délecter de sa terreur. Sans un mot, il amorça un pas vers elle et Élise se crispa. Elle voulait partir loin, très loin de cet être inquiétant et ne supportait plus rester dans cette pièce à l'atmosphère si oppressante. La colère s'emparât d'elle face à son impuissance.

« Pourquoi êtes-vous là et qu'est-ce que vous voulez à la fin !? »

Ciel reprit son air sérieux. Il était sur le point d'ouvrir la bouche pour lui répondre quand trois coups furent frappés à la porte derrière Élise que l'intervention soudaine fit sursauter. Elle jeta un regard à Ciel qui s'était éloigné d'elle de quelques pas.

Bon, faisons comme si de rien n'était.

Élise s'avança également et rejoignit son bureau en gardant ses distances avec le jeune home. Une fois installée, elle s'écria d'une voix claire et audible :

« Entrez ! »

Sa secrétaire émergea de l'ouverture.

« Excusez-moi de vous déranger Miss Fawkes mais je dois vous dire que Monsieur Harling souhaite vous voir dans son bureau sous peu »

« Bien, merci Emilia »

La susnommée hocha la tête puis entreprit de prendre congé. Alors qu'elle fermait la porte, ses yeux se posèrent sur Ciel et elle rougit instantanément. Elle referma précipitamment le battant et la pièce redevint silencieuse.

Élise, qui n'avait pas manquée une miette de la scène, resta interloquée face à la réaction de la jeune femme. Bien que perturbée, elle n'en montra rien quand elle se tourna vers le concerné qui, appuyé contre la vitre, affichait un air aussi ennuyé que d'habitude. S'il avait remarqué l'étrange réaction de sa secrétaire, il n'en laissait rien paraître lui non plus.

« Bien, je dois vous laisser »

Élise n'avait plus le courage de repartir dans leur conversation précédente.

Ciel hocha la tête et se dirigea vers la sortie sans un mot. Quand il arriva à la hauteur de la porte, il courba rapidement la tête, une main sur son haut de forme pour le maintenir en place. Alors qu'elle ne voyait plus que son dos, il retourna la tête.

« Notre conversation n'est pas finie, nous la reprendront plus tard. D'ici là prenez soin de vous, Alexandra » Elle crut voir passer l'ombre d'un sourire moqueur dans sa voix mais n'en eu jamais le cœur net.

OoOoO

Elle arriva dans le bureau de son rédacteur en chef cinq minutes après le départ de Ciel et frappa à la porte.

« Entrez » répondit une voix joviale depuis l'intérieur.

Élise ne se fit pas attendre et referma la porte derrière elle.

« Vous m'avez fait demander, monsieur ? »

« Ma petite Alexandra ! Comment vous portez-vous ? » commença-il, tout sourire.

James Harling était un homme bon vivant d'une quarantaine d'années. Il était apprécié dans le journal pour sa franchise et, sa souplesse, qualité rare pour un rédacteur en chef et cela avait d'ailleurs aidé Élise à accéder à ce poste.

« Comme un lundi, monsieur. Les choses ne sont pas très simples en ce moment »

« Que voulez-vous, la vie est dure de nos jours ! Hier encore, j'ai dû commander moi-même mes donughts que cette simplette de Nina n'avait pas été fichue d'aller chercher chez Dunkin' en venant au journal ! Elle est tête en l'air en ce moment, je crois que c'est pour des raisons familiales mais je vais devoir lui dire de faire attention quand même »

Jusqu'à quel point cet homme est-il égocentrique... ?

« M'enfin ! Entrons dans le vif du sujet : je vous mets sur un coup dangereux Alexandra. Une mission d'infiltration. »

L'attention d'Élise s'éveilla à ces mots. La voyant toute ouïe, l'homme poursuivit.

« Monsieur le Comte m'a transmis des informations concernant une mafia qui s'est forgée une sinistre réputation à l'international pour trafic d'armes, de femmes, de drogues, et condamnée pour braquages, homicides et autres crimes réjouissants. Elle passe son temps à filer entre les doigts de la police et devient une réelle menace pour notre société. Monsieur le Comte m'a dit qu'il avait découvert un endroit potentiellement fréquenté par des membres de cette organisation et qu'il fallait rassembler des informations sur eux discrètement avant qu'ils ne disparaissent encore dans la nature sans laisser de traces. Comme vous le savez, nous somme le plus prestigieux titre de presse anglais mais nous collaborons également dans le plus parfait secret avec les services de sécurité nationale et de renseignements de Sa Majesté. Monsieur le Comte m'a conseillé d'envoyer une femme là-bas, car elle éveillerait selon lui moins de soupçons et pourrait plus facilement se fondre dans la masse. Il m'a dit de ne pas prendre l'affaire à la légère et d'envoyer ma meilleure employée qualifiée. La personne qui ira récolter ces informations mettra sa vie en péril pour l'opération. Néanmoins, bien que vous n'ayez pas énormément d'expérience sur le terrain, je me permets de vous proposer ce poste en mémoire de votre chère maman qui m'aida quand moi-même je n'étais qu'un plongeur parmi tant d'autres dans un bar crasseux de l'East-end »

Il s'arrêta pour reprendre une grande goulée d'air, fier de lui.

Élise ne savait plus quoi répondre. Elle avait en effet enduré un entraînement rigoureux pour être à même de savoir opérer des missions d'infiltrations et avait sauté sur l'occasion quand son chef lui avait parlé d'un poste vacant dans ce secteur. Mais son supérieur avait raison, elle n'avait presque pas d'expérience dans le milieu. La requête qu'il formulait était d'autant plus étrange pour elle qu'elle n'avait pas la moindre idée de qui était ce Comte qui en savait tant sur cette affaire. L'aiderait-il ou la laisserait-elle se débrouiller seule ? Cette organisation semblait puissante et elle ne pouvait pas laisser passer une telle chance. Sa vie entière, elle la consacrait à sa vengeance et elle était persuadée que c'était le moment d'aller de l'avant et d'avancer dans son but ultime. Il la sortit de ses pensées.

« Acceptez-vous de vous charger de cette affaire ? »

Élise croyait au destin. Elle n'allait pas laisser passer les indices qui se présentaient à elle pour en apprendre plus sur la pègre londonienne sans rien faire.

« J'accepte oui »

« Vous m'en voyez ravi. Vous commencerez dans deux semaines, le temps pour nos agents de récolter les informations vitales à votre mission. Vous avez six mois. D'ici là, vous serez suspendue de vos fonctions journalistiques habituelles pour vous consacrer à cette affaire »

Élise était particulièrement satisfaite du tournant que prenait les choses.

« Je vous explique donc tout ce que vous devez savoir : cette organisation est appelée le Consortium et ne fait affaire avec ses clients que de manière indirecte : au téléphone ou par messages. On ne sait donc pas grand-chose sur elle et sur ses membres c'est pourquoi vous avez beaucoup de travail. Ensuite, le point de rencontre que le Comte a percé à jour est le restaurant Aqua Shard se trouvant dans le gratte-ciel du même nom en plein centre de Londres. Très prestigieux, le fait que ces malfrats soient autorisés à y faire affaire est inquiétant. Les papiers concernant l'autorisation de mandats et de perquisitions et un rapport détaillé sur ce bar seront déposés sur votre bureau d'ici trois jours. N'oubliez pas que vous allez travailler pour le gouvernement durant cette affaire, j'attends de vous le plus grand sérieux et la plus grande discrétion. D'autant que de nombreuses personnalités d'État et de fonctionnaires hauts placés fréquentent cet établissement, vous devez à tout prix éviter le scandale. C'est compris ? »

« Je pense que c'est bon Monsieur »

« Si vous n'avez pas de questions, ce sera tout Alexandra »

« A vrai dire j'avais juste une question, qui est l'homme qui vous a révélé ces informations ? »

« C'est le Comte Phantomhive qui m'a averti de toute cette affaire. Heureusement que Sa Majesté peut compter sur des hommes d'honneurs tel que lui, la couronne ne s'en porte que mieux ! »

« Oui ! Un grand homme »

Élise hocha la tête et salua son patron, prête à partir. Toujours aussi farfelu qu'à son habitude, Monsieur Harling se pencha sur sa table, une main près de la bouche, prêt à faire une confidence.

« Entre nous, il est très beau garçon, je pense qu'il doit être assailli par les courriers de jeunes demoiselles passionnées, hahahaha ! »

Élise, un peu perdue, s'esclaffa en retour d'un air faussement amusé

« Haha ! Je l'ai toujours pensé ! Il épousera une jolie duchesse ! »

Sentant son flot de paroles improvisées se tarir, elle écourta la conversation.

« Bien, au revoir ! Bonne journée à vous Monsieur ! »

« A vous aussi ma petite Alexandra, c'est toujours un plaisir ! »

Elle lui fit un dernier sourire de courtoisie et fila, se retenant de trop accélérer le pas dans le couloir.

OoOoOoOoO

Alors qu'elle marchait dans la rue pour rentrer chez elle, Élise se demandait comment elle allait s'y prendre pour commencer ses recherches et surtout qui pouvait bien être ce Comte Phantomhive. Elle n'avait pas osé dire à son patron que le nom qu'il lui avait révélé ne lui disait rien tellement sa voix semblait exprimer l'évidence même.

Je n'aurais pas eu l'air fine. Il faudrait vraiment que je me renseigne davantage sur la noblesse anglaise, être inculte n'apporte jamais rien de bon.

Elle décida finalement de faire un détour par la bibliothèque pour commencer ses recherches. Avant tout, elle devait savoir qui était ce Comte et à quel point elle pouvait avoir confiance en lui. Elle se dirigea vers la rue Euston où se situait la vaste bibliothèque de Londres. Une fois arrivée, elle paya son chauffeur et se dirigea vers l'immense entrée d'un pas décidé.

OoOoOoO

Deux heures après, la tête d'Élise était mollement appuyée sur un des monceaux d'ouvrages qui jonchaient sa table. Elle s'était directement dirigée vers la pièce des archives et s'était procurée tous les documents récents parlant d'un certain Comte Phantomhive.

Tout ce qu'elle avait trouvé, c'était des articles sur la célèbre usine de jouets Phantom. Bien qu'historique, cette usine ne faisait aujourd'hui plus son bénéfice dans la vente de jouets pour enfants. En effet, face à l'avènement des nouvelles technologies, ours en peluche et autres poupées ne figuraient plus dans le top des ventes du marché et elle s'était reconvertie principalement dans les produits du luxe et les cosmétiques féminins. Élise n'avait jamais vu ces produits en rayon dans les grandes surfaces où elle faisait généralement ses courses, il semblait donc qu'on ne puisse s'en procurer que dans des magasins spécialisés, où étaient vendus les produits de meilleure qualité.

Mais sur ce Comte rien, et elle commençait à trouver ça anormal. Une telle personnalité devait forcément faire la une des journaux de temps en temps ou au moins, apparaître dans un article. Cependant ici, pas la moindre information personnelle à se mettre sous la dent.

Frustrée, elle bougonna en mélangeant le reste de son café froid.

C'est quoi cette histoire ? Comment je peux me baser sur des informations fournies par un gars que je ne connais même pas

Les heures de lecture dans le nez aidant, Élise finit par s'endormir sur sa table.

OoOoOoO

« ...-Excusez-moi, mademoiselle »

Élise sursauta, prête à se défendre d'une potentielle agression. Voyant sa réaction méfiante, le jeune homme rigola de bon cœur.

« Haha ! Vous devriez voir votre tête ! »

Elle réalisa à quel point elle était ridicule.

« Eh ! Tout le monde a ses moments de faiblesse ... ! »

« Ne soyez pas autant sur la défensive ! Je suis le bibliothécaire et je suis chargé de vous avertir que le bâtiment va bientôt fermer ses portes au public ! »

Son grand sourire ne quittait pas ses traits. Il avait un air bébête plaqué sur le visage et ses cheveux blonds en bataille lui donnaient un air négligé. Élise secoua la tête pour pouvoir ordonner ses pensées.

« Ah euh oui eh, pardon ! »

« Ah hé ho hu, pas de problème ! »

Agacée, Élise l'ignora.

D'où il sort lui ?

L'homme poursuivit son monologue.

« Je sais à quel point nos bouquins sont confortables, mais que lisiez-vous pour être aussi ennuyée ? »

Il avait un air espiègle. Accusant le manque de coopération d'Élise lorsque celle-ci ne prit pas la peine de lui répondre, il jeta un coup d'œil aux dossiers d'archives étalés devant elle.

« Les Phantomhive vous intéressent, miss ? »

Son air avait changé. Il semblait intéressé par le sujet qui faisait tant bûcher Élise.

« Oui... Pourquoi vous y connaissez quelque chose ? »

Bien que méfiante, l'espoir resurgit dans ses yeux.

« Eh bien, c'est assez mystérieux. Les plus sceptiques pensent même que tout cette dynastie ne serait qu'un mythe »

« Dynastie ? Seules les familles royales peuvent être dénommées ainsi, non ? »

« Oui mais selon ce qui se dit, les Phantomhive auraient eu un lien étroit avec la couronne »

« Ah oui ? »

Il avait toute l'attention de la jeune fille et cela semblait lui plaire. Il poursuivit avec une certaine satisfaction.

« Leur histoire est assez nette et recensée jusqu'au XIXe siècle, après cela, plus rien n'est clair »

« Vraiment ? Je n'ai pas regardé les bonnes archives alors ? »

« Oui, vous ferez mieux de chercher vers les années 1880, c'est vers là que les traces écrites disparaissent »

« Comme ça, sans raisons ? »

« Eh bien non »

Il tira une chaise voisine à celle d'Élise et s'installa à la table. Cette dernière, absorbée par ses paroles, ne s'en formalisa pas.

« C'est à cette période que l'héritier de la maison a été déclaré mort »

« Ah »

Même si cette histoire était bien triste, elle ne voyait pas où était le mystère là-dedans.

« Eh bien c'est clair alors, non ? »

« Non. Depuis quelque temps, un nouveau Comte Phantomhive se serait manifesté alors qu'il est impossible qu'il soit un vrai Phantomhive puisque le dernier Comte est mort mystérieusement en 1889 alors qu'il n'avait que 14 ans. La possibilité qu'il ai pu avoir une descendance avant de mourir est très ténue »

« Mais... Il n'avait pas de frère ? Ses parents n'ont pas eu d'autres enfants ? »

« Le précédent chef de maison et sa femme sont morts dans un incendie domestique en 1885, le jour de l'anniversaire du petit qui était fils unique. Enfin selon la version officielle du moins »

« Comment ça, il s'est passé autre chose ? »

Un air grave envahit ses prunelles et il se pencha vers elle en baissant le ton.

« Tout concorde pour pouvoir affirmer qu'ils ont été assassinés »

Les yeux d'Élise s'agrandirent. Plus elle en apprenait sur cette histoire, plus elle lui paraissait mystérieuse.

« Un complot ? »

« Cette famille était très haute placée dans la sphère sociale. C'était une des familles de nobles les plus éminentes et proches de Sa Majesté la Reine Victoria, paix à son âme. » Il s'arrêta pour faire un signe de croix respectueux. « Il semblerait qu'ils faisaient partie de ce que l'on appelait les " Nobles du mal " » Poursuivit le jeune homme.

« Des nobles qui cachaient des activités illicites ? »

« Non pas vraiment, des nobles œuvrant pour sa majesté sur les affaires souterraines les plus nuisibles à la couronne. Ils étaient chargés de contrôler la pègre anglaise : ils faisaient le sale boulot, quoi. Ils se salissaient les mains à la place de Sa Majesté et lui étaient totalement dévoués. Les maîtres de la Maison Phantomhive étaient d'ailleurs surnommés les « chiens de garde de la Reine ». Cette famille reste néanmoins une Maison particulièrement prestigieuse et sa fortune était avérée comme colossale. Mais bon, l'existence de ces " Noble de Mal " n'est même pas reconnue par certains, vu qu'ils n'œuvraient jamais au grand jour »

« Mais comment savez-vous tout ça ? »

Elle devait reconnaître qu'elle était épatée par les connaissances de son interlocuteur.

« Ce genre d'histoire m'a toujours passionné » répondit-il, gêné. « Et j'ai eu l'occasion de faire des recherches approfondies de par mon travail ! Je trouve cette histoire particulièrement mystérieuse. Malheureusement, toutes les archives concernant la famille Phantomhive semblent avoir disparues. Je ne m'occupe de cet endroit que depuis quelques années et j'ai eu un mal fou à rassembler ces informations grâce à des témoignages et encore, ils n'étaient pas très clairs. J'aimerais vraiment rencontrer et voir à quoi ressemble ce Comte qui se prétend être un Phantomhive, cela me semble absurde ! »

« Pourquoi, personne ne le voit jamais ? »

« Non, personne ne m'a jamais dit l'avoir vu. Il œuvre dans l'ombre, ce qui est assez ironique au vu des habitudes de cette famille »

« Vous plaisantez ? Mon patron m'a dit avoir parlé avec lui récemment ! »

« Quoi ? Votre patron connaît le Comte Phantomhive ?! »

Il semblait sidéré.

« Il ne m'a rien dit de plus à part qu'il était venu l'informer de quelque chose »

« Quelque chose ? »

« Oui, concernant une organisation frauduleuse, Consortium vous connaissez ? »

Enfin, tiens ta langue quand même

« Incroyable, cela veut dire que cette famille ancestrale continuerait de contrôler la pègre ? »

Il joignit ses deux mains, émerveillé comme un gosse.

« C'est incroyable... »

Élise était complètement perdue. Comment avait-elle pu ignorer tout ça ? Elle n'avait jamais entendu parler de cette famille pourtant si prestigieuse jadis.

« Vous pensez qu'il ne sort quasiment jamais ? »

« Non, c'est pourquoi le peu de gens au courant de cette histoire pensent qu'il s'agit d'un usurpateur qui utilise ce nom comme camouflage ou même d'une légende urbaine »

L'expression de son visage apprit à Élise qu'il réalisa quelque chose.

« Mais attendez, qui est votre patron ? »

« Ah, euh... »

J'ai le droit de lui dévoiler ça au moins ? Avec tout ce qu'il m'a dit, il mérite de savoir au moins ça, et puis ça à l'air de lui tenir à cœur...

« James Harling »

« Attendez, le rédacteur en chef du Times ?! »

« C'est exact »

« Mais alors vous êtes journaliste ! »

« C'est exact »

Élise hocha la tête pour la deuxième fois.

« Vous préparez un article sur les Phantomhive ? C'est super ! »

« Non, pas vraiment, curiosité personnelle »

« Je vois... »

« Bien, je crois qu'il est temps pour moi de partir »

Élise eu un petit sourire gêné

« Ah oui...Sauf si vous souhaitez passer la nuit avec moi ! »

Le blond riait, la main derrière son crâne quand il réalisa sa bourde.

« Euh non ! Pas ça enfin non ! Je voulais dire rester dans la bibliothèque avec moi pour continuer vos recherches ! »

Ses joues virèrent au cramoisis et Élise, bien que d'abord perplexe, trouva cela amusant. Il était plutôt mignon avec ses grands yeux vert émeraude pétillants.

« Ne vous inquiétez pas, j'avais compris ! » Le rassura-t-elle en rigolant. « Je ferais mieux de ne pas trop traîner, ma colocataire m'a fait promettre qu'on se regarderait enfin le Hobbit 2 ce soir... Vu la longueur du film, je ferais mieux de me dépêcher si je veux voir la fin avant de dormir ! »

Quel talent d'improvisation.

« Ah, d'accord ! C'est un chouette film ! Ce n'est pas grave ! »

Il avait un sourire gêné et sa déception était perceptible. Élise en était désolée, mais la perspective de rester seule dans une bibliothèque avec un homme qu'elle connaissait depuis dix minutes ne l'enchantait guère. Elle ramassa ses affaires et se prépara à partir. Soudain, le jeune homme sortit de son mutisme.

« Si vous voulez d'autres informations, vous pouvez revenir, n'hésitez pas. Je peux vous donner mon numéro, au cas où ? »

Élise trouva la démarche habile et accepta le bout de papier que l'homme avait sorti de sa poche avant de griffonner dessus, les joues toujours rouges. Après tout, même si elle ne se voyait pas s'engager dans une relation avec un garçon, cela ne l'empêchait pas de faire plus ample connaissance avec ce jeune homme. Il possédait en outre des informations précieuses pour la jeune femme.

« Bien, passez une bonne soirée … ? »

« John ! »

« -John »

Élise lui sourit.

« Et vous, comment vous appelez-vous ? »

« Alexandra »

« Oh, c'est un joli nom »

« Merci »

C'est marrant ça ne me touche pas du tout de savoir que mon nom d'emprunt est " joli "

« Au revoir ! » Sur ces mots, elle lui fit un signe de main et se dirigea vers la sortie.

Arrivée dans l'entrée quelques minutes après, elle tilta.

Mais !

Elle courut vers l'endroit qu'elle venait de quitter.

« John ! »

Le jeune homme avait déjà entrepris de se diriger vers son bureau et Élise courut après lui.

« Alexandra ? Qu'est-ce qu'il y a ? »

Il fut surpris de la voir arriver haletante. Elle se pencha, s'appuyant sur ses genoux pour reprendre son souffle.

« Comment s'appelle ce fameux Comte qui se ferait passer pour un Phantomhive ? »

« Ah, et bien selon ce que j'ai pu récolter comme informations, il porte le même prénom que le dernier maître de maison. Ciel Phantomhive »

Élise ouvrit des yeux ronds comme des soucoupes. Hein ? Ciel, comme « mon » Ciel ?

Devant sa mine décomposée, John lui demanda si tout allait bien.

« Ah oui ! Très bien ! Bonne soirée ! » Sans demander son reste, elle fila vers la sortie sans se retourner, l'air passablement perturbée.