Abby jeta un coup d'œil à sa montre.
« Une heure et demi environ ... »
Le cœur d'Élise rata un battement en réalisant qu'elle avait été inconsciente aussi longtemps. Le rêve avait duré à peine quelques minutes et lui avait semblé tellement réel, elle pouvait encore sentir sa gorge s'assécher sous l'inhalation de la fumée.
Sebastian arriva avec un verre d'eau fraîche bienvenu. Élise le but d'une traite en le remerciant et il lui répondit d'un sourire entendu.
Elle réalisa soudain que sa peau la brûlait et comprit qu'elle avait renversé son thé bouillant sur elle en s'évanouissant. Le haut de ses seins exposés était encore rouge vif.
« Je m'occuperai personnellement de vos brûlures si vous le voulez bien » Déclara Sebastian d'une voix serviable.
Elle releva la tête, interdite, et des sueurs froides lui coulèrent le long de la nuque. Cet homme et la lueur de débauche dans ses regards ne l'inspiraient décidément pas et elle s'imaginait très mal s'en tirer sans problèmes si elle lui montrait toute la surface de sa peau qui avait besoin d'être traitée. Ça serait le moment le plus gênant de son existence. Pour l'instant du moins.
« Vous n'avez pas juste de la crème ? Je peux l'appliquer sur mes brûlures toute seule ou avec l'aide d'Abby »
Il eu un sourire inquiétant si large qu'elle voyait à peine ses yeux.
« Mais pas de problème, mademoiselle »
Elle cligna des yeux, comme pour sortir d'un mauvais rêve. De son canapé, elle se leva et son regard dériva vers la fenêtre. Le ciel jadis d'un bleu si intense s'était couvert et ne laissait plus filtrer un seul rayon de soleil. Cela ne laissait rien présager de bon quant à la météo et Sebastian confirma ses doutes.
« Une violente tempête arrive vers nous depuis la côte ouest. Le manoir est trop éloigné de Londres, il n'est pas prudent de rentrer ce soir. Votre amie a déjà approuvé et je lui ai conseillé de mettre la voiture à l'abri dans le garage »
« Mais nous sommes à peine à une heure de Londres, si nous partons maintenant peut être parviendrons-nous à rentrer à temps- »
Ciel s'interposa d'un air lassé comme si il s'était attendu à ce qu'elle discute.
« Ne faîtes pas l'enfant Debussy. La tempête arrivera plus vite sur Londres qu'ici et conduire par ce temps dans des routes de campagne est suicidaire »
Comme pour appuyer ses propos, la pluie commença à battre sur les carreaux et Élise ne chercha plus à lutter.
Le fait que Ciel intervienne lui même pour une futilité pareille mais soit aussi froid et distant le reste du temps donnait l'impression à Élise qu'il se moquait d'elle.
C'est ça ou alors il est bipolaire. Ce qui n'est malheureusement pas tout à fait improbable non plus
« Bien »
Ciel tourna les talons.
« Je vous laisse j'ai des affaires urgentes à régler. D'ici le dîner faites ce que vous voulez mais je vous prierai de ne pas mettre ce manoir sens dessus dessous »
Le maître de maison et son majordome se retirèrent, laissant les deux amies seules. Quelques secondes après leur départ, Élise posa la question qui lui brûlait les lèvres depuis son réveil.
« Il s'est passé quoi exactement toute à l'heure ? »
« Et ben... Tu t'es évanouie sans prévenir pendant qu'on buvait le thé on a rien compris. Ciel t'as fait allonger sur le canapé et s'est retiré assez précipitamment maintenant que j'y pense »
Élise, qui n'écoutait plus que d'une oreille, grimaça d'inconfort. Sa robe mouillée collait à sa peau et elle n'était pas prête de sécher avec le taux d'hygrométrie dans l'air.
Sebastian resurgit très vite de la grande porte avec un habit. Élise s'avança vers lui, reconnaissante: excepté les tendances pour la dépravation qu'elle lui soupçonnait, c'était vraiment le majordome parfait.
Comment le maître et le majordome peuvent-ils être si différents ?
Elle insista pour rester se changer dans le salon et Sebastian disparut vite avec son éternel sourire étrange.
Elle posa les yeux sur la pile vêtements anormalement lourde que lui avait donné le majordome. Une lettre était posée dessus et Élise l'ouvrit, intriguée.
Pour avoir dormis pendant le thé.
Sans rancunes.
« En quoi c'est un délit de faire une syncope pendant qu'on boit du thé ? »
Abby pouffa.
« Cherche pas c'est un puriste »
« Mais c'est censé être moi la victime ! »
Il croit que je vais m'excuser aussi ?
Sidérée, elle jeta un œil aux vêtements pendant qu'Abby la regardait faire, tout aussi étonnée qu'elle.
Elle avait dans les mains une longue robe de mousseline rose très clair toute en drapés et broderies qui semblait dater de la période victorienne.
Qu'est ce qui se passe avec le style victorien ici ?
C'était une pièce de tissu magnifique et sans doute rarissime de nos jours mais outre les détails très vite oubliés comme le fait que la couleur lui déplaisait singulièrement et qu'elle jurait avec ses cheveux, cela ne suffisait pas à la délester de son inquiétude. Sous la robe qu'elle manipula avec précaution, elle trouva une pièce de tissu horriblement dense et rigide. Des baleines et des rubans servaient à le fermer dans le dos.
Abby hurla comme une petite fille.
« Mais c'est trop classe ! »
« Hein ? »
« C'est un corset ! Un vrai d'époque ! Ça doit valoir une fortune maintenant ! »
Élise, elle, n'était pas du tout d'humeur à jubiler.
« C'est un genre de bustier du moyen âge ? C'était pas décrit comme des instruments de torture ces trucs là ? »
« Ils privilégiaient l'esthétique c'était pas l'âge d'or du survêt c'est sûr » Admit Abby.
« T'es quelle genre de masochiste pour aimer porter ces trucs ? »
« Les miens ne sont pas aussi éprouvant à porter que les vieux »
« Attends »
Elle revérifia les vêtements.
« Il y a tout mais il manque un truc, Sebastian s'est trompé »
« Quoi ? »
« Il ne m'a pas donné de soutient gorge »
« Il peut pas deviner ton bonnet non plus ! Je crois justement que c'est la pire partie de la vengeance... » Elle eu un sourire hilare et posa son regard sur le corset.
« C'est une blague ? »
Elle posa/lança les habits sur le canapé, furieuse.
« Oser faire endurer ça à une jeune fille innocente ! Mes seins vont encore rapetisser ! C'est facile d'obliger les autres à faire ce genre de trucs quand on sait pas à quel point c'est horrible! »
« C'est sûr que en tant que mec il a jamais dut souffrir avec ça. Comment ça se fait qu'il y ai pensé pour se venger d'ailleurs ? »
« Je veux même pas le savoir »
Élise fulminait, comment osait-il lui faire ce genre de mauvaise blague ? Elle jeta un coup d'œil à la robe qu'elle portait, à présent visqueuse et bicolore.
« Au pire je mets pas le corset »
Abby éclata de rire.
« Attends tu t'es reconvertie en strip-teaseuse ? Tu as vu la profondeur du décolleté ? Si tu ne le met pas, il ne remplira pas l'espace prévu à ce effet et la robe cachera plus grand chose ! »
« Mais c'est pas vrai! Il avait prévu que j'essaierais de me défiler … »
OoOoOoOoO
Deux étages plus haut, un mince sourire amusé flottait sur les lèvres du maître des lieux. Son majordome arriva dans l'étude.
« Je vais préparer un bœuf bourguignon pour ce soir, cela fera plaisir à mademoiselle Élise »
Une lueur moqueuse passa dans ses yeux et il poursuivit.
« Tout de même, vous y avez été fort bochan, évacueriez-vous d'aventure quelques vielles frustrations ? »
Ciel haussa à peine un sourcil.
« Je n'ai que faire de tes supputations grotesques Sebastian »
Il retourna à ses papiers comme si de rien était puis un frisson lui parcouru l'échine et il ajouta dans la foulée:
« Et je ne vois absolument pas de quoi tu parle alors va plutôt préparer leurs chambres et arrête de finasser ! »
Un sourire étira les lèvres du majordome « Yes, my lord »
Une fois seul, le Comte appuya son menton sur ses deux mains jointes et son regard s'assombrit.
« J'avais oublié à quel point les humains étaient fragiles »
OoOoOoOoO
Alors là je vais le tuer
Abby gloussait comme une dinde tandis qu'Élise essayait d'insuffler de l'air dans ses poumons. Le corset lui compressait les seins et les côtes d'une façon insupportable. Il était entièrement rigide, rien ne se pliait pour suivre le balancier de ses hanches quand elle marchait et elle se sentait comme enfermée dans un étau de fer.
« Au final ça te va bien le cosplay tu devrais essayer plus souvent »
« 'e...'ais-toi...'u vas voir... ! »
Alors qu ses mots étaient entrecoupés par ses difficiles respirations, elle se demandait si Abby n'était pas de mèche avec Ciel tant elle avait serré les rubans.
Laisse moi faire je m'y connais qu'elle disait
Abby éclata de rire et pris un faux air vaniteux.
« J'attends d'une femme de votre rang un langage plus châtier, my Lady. Il semblerait que ce corset ne sois pas assez serré pour vous apprendre les bonnes manières ! »
« 'a 'ouche, trèès... 'ien... ! »
Ciel si je vous croise vous allez m'entendre
Tandis qu'elle marchait avec plus ou moins d'aise, Abby recommença à faire des siennes.
« Psss tu m'avais pas dit qu'il était aussi canon ton plan B » chuchota t-elle avec un clin d'œil.
Alors qu'Élise allait envoyer paître son amie sans ménagements, une voix intriguée se fit entendre de derrière elles.
« C'est quoi un plan B ? »
Toutes deux se retournèrent d'un même geste paniqué. Ciel, qui haussait un sourcil, les avaient rattrapé pour rejoindre la salle à manger et avait dieu-sait-comment entendu la conversation. Élise se pétrifia et ouvrit bêtement la bouche.
Ce n'est pas possible il a une ouïe surhumaine !
Abby était sur le point d'exploser de rire quand Élise lui écrasa le pied à temps. Le fait qu'il ai entendu ses bêtises l'insupportait.
Et il ne pourrait pas signaler qu'il est là au lieu d'écouter les conversations des autres ?
Les dents serrées, elle grogna plus qu'elle ne parla.
« Rien ! Je suis une fan de photographie c'est tout ! »
Ses sourcils se froncèrent, comme si il essayait de comprendre le rapport et il reprit vite son air désabusé.
« Oh »
Élise ne s'était jamais sentie aussi bête. Il devait à présent la prendre pour une cruche.
Elle se sentie soudain observée et remarqua que Ciel détaillait du coin de l'œil. Elle fronça les sourcils, méfiante.
« Tout va bien Debussy ? Vous semblez mal en point »
Non elle ne rêvait pas, le scélérat se payait sa tête.
Le corset, l'humiliation du plan B, la robe et maintenant ça : sa nature sanguine et impulsive reprit le dessus. Elle s'apprêta à lui crier dessus quand Sebastian ouvrit les portes de la salle à manger et elle s'incita au calme devant le majordome. Elle voulait repartir vivante de ce manoir et ne pas le retrouver à rôder dans les couloirs près de sa chambre ce soir pour l'assassiner ou dieu-savait-quoi.
« Hmpf ! »
Ils s'installèrent tous du même bord de la grande table.
La nourriture servie par le majordome était délicieuse et une fois Élise calmée, le repas se passa sans le moindre problèmes. Ciel demanda poliment à Abby ce qu'elle faisait dans la vie et elle lui parla du secteur de la création de publicité, ce qui semblait l'intéresser. La conversation vira ensuite dans les grands sujets comme la crise qui frappait l'Europe. Ciel n'avait pas de point de vue défini mais avait tendance à défendre la Reine et le Premier ministre comme la plupart des anglais : L'Angleterre devait au mieux sortir de l'Europe pour pouvoir se relever et prospérer. Élise se rappela que les anglais avaient une conscience européenne bien moindre que les autres pays membres. Elle restait perplexe face à toutes ces questions. Elle sentait que tout cela allait mal se terminer. Elle comprenait le point de vue de la Couronne anglaise mais l'Europe n'était-elle pas symbolique ? L'alliance d'après-guerre pour la paix et la fraternité ? Abby n'était pas contre l'idée, même si, elle soutenait le fait qu'une telle décision ne devait pas être prise à la légère. La conversation, bien que polémique, s'était faite dans le plus grand calme et le plus grands respect des avis des autres.
Mais cette ambiance paisible et harmonieuse était trop belle pour durer.
Alors qu'Élise était, tant bien que mal, parvenue à faire abstraction du corset qui lui comprimait la poitrine et dégustait tranquillement la cuisine raffinée de Sebastian, Abby décida de briser la fragile quiétude.
« Donc vous vivez ici seuls tous les deux ? »
Leurs hôtes échangèrent un regard et c'est Sebastian qui répondit.
« En effet, mademoiselle Adams »
« J'ai entendu dire que vous ne sortiez pas beaucoup Comte »
Ciel de son côté, n'avait pas l'air de savoir où la blonde voulait en venir.
« Nous avons tout ce qu'il faut ici »
Abby poursuivie, déterminée.
« Vivre en société est un besoin humain naturel, personne ne peut supporter de rester à l'écart de la de la civilisation très longtemps »
Élise avait un mauvais pressentiment. Elle n'avait pas souhaité aborder le sujet des démons avec elle jusque-là et n'avait toujours pas changé d'avis à ce propos.
« Il semblerait que nous soyons capables de lutter contre cet instinct primitif » Répondit Ciel. Le ton était courtois mais sans aucune chaleur.
Abby, qui n'était pas réputée pour son tact et sa patience légendaire, rigola faussement.
« Ou peut-être êtes-vous assez différents de la majeur partie de la population terrestre ? »
Le ton léger ne trompait personne.
Élise, élevée dans des règles de politesse plus sophistiquées que son amie, trouva l'attitude inquisitrice de cette dernière à l'égard de leur hôte particulièrement incorrecte. Le Château Petrus millésimé de 1989 dans son verre semblait néanmoins avoir un certain effet sur elle. Elle n'intervint pas et attendit la réponse de Ciel. Ce dernier s'était raidit imperceptiblement. Son regard profondément ennuyé se posa sur Abby.
« Vous semblez sous-entendre quelque chose, je me trompe ? »
Une lueur furieuse brillait dans les yeux de son amie. D'un geste éclair, elle sortit une petite fiole de sa poche et en aspergea Ciel et son majordome. Ciel, pris de court, ne réagit pas assez vite et reçu de l'eau en plein visage et sur son costume.
A ce geste insensé, le visage d'Élise perdit la moitié de ses couleurs et elle explosa.
« A quoi tu joues ?! »
Tout se passa très vite. Elle se retourna vers Ciel et Sebastian pour s'excuser et se cru en plein délire quand elle constata la réaction de ces derniers. Ciel, les dents serrées, grognait de douleur et prenait son mal en patience tandis que l'eau lui brûlait profondément la peau en lui laissant des cicatrices écarlates. Le majordome noir avait esquivé le jet d'eau à temps et affichait à présent une mine très inquiétante, son regard meurtrier transperçait Abby de part en part. En moins d'une seconde, il fut sur elle et la saisit par la gorge.
« Sebastian ! Non. » L'autorité du ton était sans appel.
Des flammes fuchsia bouillonnaient dans les yeux de la créature qui fusilla Abby du regard quelques secondes de plus avant de la reposer sur la terme ferme. Reprenant son souffle, elle hurla dans la grande pièce qui lui fit écho.
« Démons ! »
A ses mots, l'atmosphère devint glaciale.
Élise n'osait plus bouger le moindre petit doigt.
Quelle idiote ! Ça nous avance à quoi si ils décident de nous faire disparaître maintenant qu'ils savent qu'on est au courant !?
Même Élise avait toujours été plus réfléchie qu'Abby et cela se confirmait une fois de plus.
Il y aurait eu selon elle des moyens moins contraignants pour découvrir cette vérité; même si Élise n'était même pas sûre d'avoir vraiment voulu la connaître.
Elle jeta un coup d'œil à Ciel qui affichait à présent une expression indéchiffrable. La tête de biais, ses cheveux mouillés lui tombaient devant les yeux et les marques écarlate disparaissait lentement de sa peau. Il n'avait pas esquissé le moindre geste depuis que l'effet de brûlure s'était dissipé.
Lentement, un sourire naquit sur ses lèvres. Froid, vénéneux et cruel. Élise en fut terrifiée. Jamais elle n'aurait cru voir cette expression de haine sur son visage pendant qu'il posait les yeux sur Abby.
Il leva lentement le bras et passa la main dans ses cheveux trempés pour les ramener en arrière.
« Vous semblez dépourvue de toute courtoisie élémentaire, Adams. Je ne voudrais même pas de vous comme femme de chambre » asséna-t-il, méprisant.
Élise ne se souvenait pas avoir vu Ciel si en colère et pourtant il était calme. Le regard glacial qu'il jetait à son amie lui donnait des sueurs froides. Cet homme lui faisait peur. Son regard exprimait clairement l'envie de la tuer mais quelque chose semblait le retenir d'avoir recourt à ce comportement extrême.
« Qui voudrait obéir à un monstre aux mœurs aussi douteuses que vous ? »
Abby semblait comme possédée par la haine au point d'en oublier toute prudence. Élise ne la reconnaissait pas.
La tension dans l'air et la fureur sourde du démon était palpable. Sebastian était lui aussi quelque peu crispé.
Élise, qui avait forcé sur le vin rouge mais pas assez pour risquer sa vie plus longtemps, se lança sans réfléchir dans une tentative pour les sortir d'affaire. Elle plaqua un sourire aimable hypocrite sur son visage et parla d'un ton badin complètement déplacé.
« C'était délicieux ! Vous êtes un vrai cordon bleu Sebastian. Nous n'avons que trop abusé de votre hospitalité, il est temps de nous de partir à présent ! »
Joignant le geste à la parole, elle se leva tandis que les deux démons n'esquissaient pas le moindre mouvement et les défiguraient froidement. La lourde robe rendait la tâche plus ardue et elle retira d'un geste agacé le châle qui lui enserrait les épaules. Elle avait trouvé cette solution pour échapper à la gêne que lui procurait le décolleté mais à présent, peu lui importait. Elle attrapa sans douceur le bras d'Abby et la traîna derrière elle vers la sortie.
« Monsieur le Comte, Sebastian : bonne fin de soirée » Elle referma aussitôt la grande porte sur leurs visages dangereusement hostiles.
Une fois seules dans l'obscurité du couloir, elle donna une énorme claque sur la tête de son amie.
« Mais t'es complètement conne ! Tu veux nous faire tuer ?! On est pas chez nous ici ! C'est le pire des comportements possibles pour un invité ce que tu viens de faire ! »
Abby semblait retrouver ses esprits.
« Je sais pas »
Sa respiration était hachée.
« Leurs têtes me reviennent pas »
Élise ironisa.
« J'avais remarqué figure-toi ! Ils ne nous voulaient aucun mal avant que tu les provoque ! »
« Ton Ciel là. Il n'arrêtait pas de te regarder »
Élise se calma.
« Comment ça il me regardait ? »
« Quoi ne me dis pas que tu n'as rien vu ? Surtout quand tu parlais, il y avait une telle intensité dans son regard qu'il pensait forcément à ton âme dans son estomac »
Élise eu un coup au cœur à ses mots. Trop optimiste sans doute, elle ne s'attendait pas du tout à ce qu'elle dise qu'il la regardait d'une façon aussi effrayante.
« Il me regardait comme si il voulait me tuer ? »
« C'était pas de la bienveillance en tout cas ! »
Un second pincement au cœur la prit.
Alors il faisait semblant d'être son ami ?
Cette question la perturbait plus qu'elle n'était censée le faire selon elle. Maintenant qu'elle y pensait, elle avait des fois remarqué qu'il la regardait bizarrement sans réussir à déchiffrer le sentiment qui animait sa pupille. Abby avait toujours été plus observatrice qu'elle.
Ça veut dire qu'il est faux et qu'il essaye de me manipuler pour que je tombe dans son piège en faisant son innocent. Il n'en a rien à faire de moi
Soudain elle réalisa quelque chose.
Qu'est ce qu'elle était stupide. Des sueurs froides lui trempèrent la nuque.
Devenir son assistante ?
Ciel se fichait éperdument de ses soit-disant talents. Il voulait juste qu'elle se révèle et se montre au grand jour pour servir d'appât à ces connards. Il voulait uniquement faire son travail et l'utiliser pour parvenir à ses fins. Elle était un moyen efficace de les amener à lui. Il savait que ces salauds répondraient à l'affront qu'elle leur ferait en les provoquant ouvertement. Croyait-elle vraiment qu'il voudrait être son ami ? Elle, l'égoïste ? Depuis ses paroles de l'autre soir, Élise avait remis toute sa vie en question et cela empirait au fur et à mesure qu'elle le fréquentait. Y avait-il vraiment un but à son existence qui valait la peine qu'elle continue ?
Tout ce qu'elle savait à présent, c'est qu'elle voulait quitter ce maudis manoir au plus vite, tempête ou pas.
Elles se dirigèrent vers le garage où Abby avait laissé la voiture.
Élise se sentait mal. Elle avait besoin d'une confirmation: réaliser cela par elle même était trop dur, elle voulait le voir admettre devant elle qu'il la manipulait ou le voir se trahir lui même. Comment la situation avait-elle pu autant se dégrader ?
« Qu'est ce que tu lui a jeté d'ailleurs ? On aurait dit un fauve enragé »
« De l'eau bénite »
Évidement. Donc il n'y avait plus de doute : Ciel et son majordome n'étaient pas humains. Un frisson lui parcouru l'échine. Elles s'étaient jetées bille en tête dans la gueule du loup. Elles coururent dans les longs couloirs de la bâtisse.
« Je veux pas rester une seconde de plus dans ce repaire de monstres »
Élise restait surprise de l'attitude réfractaire de son amie. Démons ou pas, ils s'étaient conduits de façon courtoise et elle ne s'était jamais sentie menacée. Ciel lui avait même sauvé la vie au moins une fois. N'était-ce pas naturel pour un démon de désirer les âmes des humains ? Il avait empêché Sebastian de leur faire du mal en tout cas.
« Ça reste incorrect de partir comme ça. On peut encore y retourner et s'excuser pour arranger la situation, je suis sûre que Ciel ne nous fera pas de mal. On a peut-être des intérêts communs »
Abby voyait rouge.
« Mais tu vois pas comment il te manipule ?! Il essaie de t'appâter avec les informations qu'il dit détenir mais tout ça, c'est pour mieux t'attirer dans son piège ! Comment tu peux tolérer qu'il se comporte comme ça avec toi ?! »
Sans prévenir, Abby tira de ses deux mains sur les deux pans de son corset qui se desserra ostensiblement pour laisser voir la chair qu'il cachait. Une profonde cicatrice rosâtre fendait sa peau du nombril au sein droit.
« Et ça, c'était incorrect comme comportement ? »
Élise écarquilla les yeux, horrifiée.
« Attends ça vient d'où ça ? Qui t'a fait ça ? »
« Un démon. Tu crois que mon père est vraiment mort dans un accident de voiture ? Tu t'es jamais demandée comment j'avais pu survivre alors que j'avais que 10 ans ? »
Un frisson d'horreur traversa Élise.
Mon dieu
« Tu étais au courant pour les démons ? »
« Bien sûr que oui. La description du comportement que tu m'as faite de ton Ciel ressemblait tellement peu à celle d'un démon que je n'étais pas convaincue. Mais en voyant moi même ses yeux changer de couleurs et le regard qu'il te lançait à table je me suis dit qu'il n'y avait plus de doutes »
Élise était secouée.
« D'ailleurs on doit se dépêcher: si ils attaquent il faut qu'il me reste assez d'eau bénite pour les repousser parce que je ne me suis pas trimbalée une barrique non plus »
Elle resserra d'un geste rapide son corset et pressa Élise d'accélérer. Mais cette dernière ne comptait pas faire abstraction du comportement de son amie.
« Tu as joué la comédie... Tu avait planifié de faire ça et tu ne m'as rien dit »
« Bien sûr ! Tu aurais fait quoi si je t'avais dit « au fait, je risque d'essayer de tuer ton petit copain, sa gueule me revient pas mais t'inquiète pas ça sera rapide » ! »
« Arrête avec le mot copain une bonne fois pour toute ! »
Elle soupira.
« Mais quelle soirée de merde »
Elle sentait son humeur s'assombrir davantage. C'était comme si elle en voulait au monde entier. Tout ce que Ciel semblait désirer d'elle c'était son âme et son sacrifice et il avait été odieux avec Abby mais c'était elle qui avait commencé en essayant de le blesser. Cet idiot de majordome savait pertinemment que la situation dégénérait mais ne s'était pas bougé à temps et elle, elle n'avait pas réagi assez vite non plus.
Et puis on dirait qu'il passe sa vie à me cacher des choses ! J'en ai ma claque
« Bon j'en ai assez entendu partons d'ici »
Abby ne pu qu'approuver et elles furent bientôt dans le garage. C'était une pièce souterraine immense et elle aperçu la voiture d'Abby parmi une multitude d'autres que l'obscurité de la pièce ne lui permettait pas de détailler.
Quand les portes du garage s'ouvrirent, une violente bourrasque de pluie vint asperger le capot.
« Cette tempête est vraiment violente... encore pire que celle de février de l'année dernière » S'horrifia Élise.
« Espérons qu'elle n'empire pas encore parce sinon on n'arrivera jamais chez nous »
« Tu crois qu'on peut se cacher ici en attendant que ça se calme ? »
« Non, je reste pas dormir avec des monstres dans les parages. Ils nous repéreraient »
Élise soupira devant l'attitude butée de son amie mais elle ne pouvait l'en blâmer pour autant.
« Bon allons-y alors »
Abby démarra et elles entreprirent de mettre le plus de distance possible entre elles et ce manoir de l'horreur.
La route était couverte d'une sorte de boue épaisse et Élise pria pour que les pneus ne s'enlisent pas. La pluie tambourinait sur les fenêtres tandis que des éclairs perçaient le ciel ça et là.
La pluie était trop forte pour pouvoir discerner leurs alentours à plus de deux mètres.
Alors qu'elle roulaient depuis plus de 15 minutes sans savoir vraiment où aller, Élise aperçut sur la route droit devant elles une masse noire. Cela semblait être un homme a en juger par sa taille. Elle hurla de faire attention et Abby prit un virage brutal mais maîtrisé qui fit à peine dévier la voiture. La route était sinueuse, le vent déviait la trajectoire et il y avait de la boue à perte de vue. La silhouette ne bougea pas, comme tétanisée.
Un éclair fendit le ciel et Élise s'accrocha à la poignée de son siège comme à sa vie. Elles allaient percuter le pauvre homme. Abby contre-braqua violemment dans une tentative désespérée et la voiture patina dans la fange pour devenir incontrôlable.
Quand elles percutèrent un arbre à la lisière de la forêt, le front d'Élise heurta violemment le par-choc malgré sa ceinture et elle perdit connaissance sur le coup.
OoOoOoOoO
Londres - 1999
Elle rentrait de son travail plus tôt aujourd'hui. Le photographe avait été plus satisfait que prévu et ils n'avaient pas eu besoin de reprendre un troisième shooting.
La jolie brune salua son chauffeur et se dirigea vers la porte d'entrée de son grand manoir immaculé. Andrew ne vint pas l'accueillir, il accompagnait exceptionnellement son mari en voyage d'affaires.
Elle franchit la porte, épuisée de sa journée. Elle se déchaussa de ses douloureux escarpins et partit se prendre un aspirine dans la cuisine. Elle avait besoin d'une cigarette.
« Maman ! »
Une petite fille venait d'apercevoir sa mère et descendit les escaliers à toute allure pour se jeter dans ses bras.
« Élise ! Ma chérie ! Comment s'est passée ta journée ? » Elle la serra contre elle et l'embrassa dans les cheveux.
« Oh trop super ! Evans m'a amené au parc pour que je m'amuse avec Emmy et Bran ! »
« Ah oui ? Il est gentil pas vrai ? » Elle lui sourit.
« Oui ! »
Elle lui prit la main et l'aida à s'asseoir.
« Tu as faim ? »
« Non ! Evans m'a acheté une glace au parc ! »
« Oh ! C'est super ! Et elle était bonne ? »
« Oui ! Je vais aller faire du trampoline maintenant ! »
La toute jeune fille descendit tant bien que mal de sa chaise et se rua dans le jardin. Sa mère garda un œil sur elle à travers la baie vitrée.
Une présence se fit sentir derrière elle et elle frissonna en sentant des yeux posés sur elle. Son sourire se fana lentement.
« Evans »
Le concerné ne répondit rien, la regardant droit dans les yeux d'un regard insondable. Son cœur se serra et elle le considéra quelques secondes.
« Tu dois lui faire peur avec ça. Je t'ai déjà dit de le cacher »
Il resta silencieux et continua à la fixer.
« Qui aurait cru que tu me servirais de nounou ? »
Il parla enfin d'un ton neutre.
« Vous avez renvoyé tous les domestiques »
« Oui. Je voulais un peu être tranquille »
Elle jeta un regard à son aspirine et le bu d'une traite.
« La situation se complique »
Interpellée, elle se retourna vers lui.
« Tu pense qu'il aurait prétexté le voyage ? »
« Cela me semble évident »
« Bon … Je vais réfléchir à tout ça »
Sur ces mots, elle se dirigea vers sa chambre.
Invité à la suivre, l'homme fronça les sourcils et marcha sur ses pas sans un mot. Une fois arrivée, elle alla se positionner devant la grande glace de l'armoire. La mélancolie se lisait dans son regard perdu.
« Aide-moi » intima-t-elle d'un air absent.
L'homme s'approcha d'elle et s'exécuta sans un mot. Il dégagea lentement ses cheveux, effleurant à peine sa peau et ouvrit la fermeture dans le dos de sa robe. Il dégagea ensuite ses épaules du tissu. Les gracieuses formes de la femme ne permirent pas à la robe de glisser jusqu'au sol et il insista doucement sur ses hanches pour la faire descendre. Elle ne portait rien en dessous. Il remarqua qu'elle avait la chair de poule.
« Merci »
Elle se dirigea vers sa coiffeuse et brossa doucement ses longs cheveux.
Lui, s'était relevé et n'avait pas esquissé un geste, attendant le prochain ordre.
Elle l'observait du coin de l'œil, au travers du miroir mais il ne la remarquait pas.
« Evans »
Il tiqua dans sa direction.
« Oui, Anastasia ? »
Elle sembla hésiter. Elle détourna le regard et parla finalement.
« Quel effet cela te fait-il de me voir nue ? »
Il resta silencieux un long moment. Son regard se fit hostile.
Il n'aimait pas l'attitude de la femme à son égard. Il n'aimait pas avoir ce genre de conversations que semblait à tout prix vouloir tenir sa maîtresse. D'autant plus qu'il n'avait pas le droit de refuser ou discuter un ordre à cause du pacte qui les liaient. Pourquoi avait-il autant de mal à imposer ses distances avec ses contractants féminins ?
« Ce qui me fait de l'effet, Anastasia »
Il s'arrêta, ses pupilles brillèrent d'une lueur écarlate.
« C'est votre âme »
La mâchoire de la femme se crispa et elle resta longtemps perdue dans ses pensées. Il demeura debout au milieu de la pièce pendant tout ce temps.
« Va-t-en »
« Pardon ? »
Sa prise de parole arriva soudainement après quelques minutes de silence et il cru avoir mal comprit.
« Tu ne me fera à présent que des rapport par écrits. Je trouverais une autre nounou »
« Mais Élise- »
Elle l'interrompit aussitôt.
« Disparaît! »
L'homme fronça les sourcils et s'inclina devant elle. Il lança un dernier regard à sa maîtresse avant de quitter les lieux, silencieux comme une ombre.
Seule devant sa glace, elle ne retint pas plus longtemps les larmes qui assaillaient ses yeux noisette.
OoOoOoOoO
Élise ouvrit difficilement les yeux. Elle ne savait plus de quoi il en retournait mais elle avait fait un horrible cauchemar.
Avec des araignées je crois...
Quand elle voulu bouger, une douleur fulgurante lui traversa le bras droit.
« AAAAAAAAH ! »
Elle jura tout haut comme elle en avait le secret. Son corps entier était une enclume brisée. Quoi qu'elle bouge, cela lui faisait mal.
Mais le bras droit a eu un traitement de faveur !
Ce dernier était bandé et une solide atèle le maintenait plié. Sa position était particulièrement inconfortable.
Les coussins le sont pourtant...
...
Des coussins ?
Confortables ?
Non... !
« Vous voilà de retour à la case départ Debussy » Même dans la voix, on pouvait sentir le sourire narquois.
Et un chapitre de plus !
J'espère que vous avez lu le flash-back attentivement ;)
Merci beaucoup beaucoup pour ton commentaire Guest ! (ça te donne un charisme fou ce pseudo ;3) Hahaha tu regarde ? Trop bien x3 On a beau dire, les autres (sauf ciel) ça va, mais je trouverai toujours le concept de faire chanter Sebastian Wtf xD Je suis très contente que mon histoire te plaise surtout si tu te trouve à l'hôpital et que ça te fait passer le temps (omg j'espère que tout va bien surtout) Et oui, il fallait bien qu'il apparaisse un jour ;) C'est en projet pour l'assistante mais comme tu peux le voir mais il y a des "imprévus" dirons-nous ;p Oy c'est quoi cette agression ? xD J'adore les goths moi ;) Et la grande question de la semaine: Pourquoi Ciel regardait-il ce piaf avec autant d'amour ?
Hypothèse numéro 1: Il en avait rien à battre et regardait en l'air
Hypothèse numéro 2: Ciel a sondé son âme jusqu'au plus profond des méandres de sa cervelle et s'est rendu compte que c'était en fait le fier et digne dernier représentant des Piafabec
Hypothèse numéro 3: Ciel est en fait un zoophile refoulé
Hypothèse numéro 4 (on se croirait dans Shrek I): Ciel a eu une conversation télépathique avec le volatile qui serait un drone robotique envoyé par des extraterrestres ayant pour ambition première la lobotomisation de toutes les cervelles de la planète dans le but de récupérer dans la plus parfaite discrétion la recette des Haagen Dazs
Le suspense est palpable! Je te dévoile les véritables pensées de Ciel la semaine prochaine.
Nevermind ça part en steak ! Pour tous les timides, j'espère que ce chapitre vous a plus et que vous me le direz dans une review si c'est le cas (Soyez sympas ça me fait vraiment plaisir !)
Ce chapitre est un peu dark alors j'ai rajouté la dernière partie qui n'était à la base pas prévue pour cette semaine pour vous donner un petit aperçu de celui de la semaine prochaine et arrêter de vous faire bader ^^
Bisouilles!
