Bonjour à tous !

Oui j'ai actualisé la photo, je trouvais qu'elle collait mieux avec l'ambiance vous verrez pourquoi ;) De qui je me suis inspirée pour Élise ? Les meilleurs savent ! Ce fan art ne m'appartient pas ^^

Je ne reviens pas sur mon habitude de répondre aux review en fin de chapitre, je voudrais juste mettre l'accent sur deux points pertinent soulevés dans une gentille review :

- Premièrement : Je tiens à m'excuser pour les horribles fautes que j'oublie et surtout que j'ai oublié mercredi dernier en publiant ! Il était très tard et je n'avais pas les idées très claires (je m'endormais presque sur mon clavier) comme je voulais publier le chapitre avant quinze heures le lendemain je me suis un peu faite violence !

(Bref : Pour ceux d'entre vous qui ont eu le temps de lire avant que je ne rectifie vous avez ainsi eu le plaisir d'assister à une sacrée perle, le français dans toute sa splendeur : j'ai nommé le ... ! « Une veine lui coula du front » Alors comment dire …. Je ne sais pas ce que j'avais fumé pour en arriver là mais le mélange des deux expressions rend quelque chose de trèès inquiétant. Concernant les fautes d'orthographe je m'excuse de mes erreurs d'inattention)

- Deuxièmement : Pourquoi Claude est toujours en vie dans cette histoire, c'es parce que mon histoire ne suit pas tout à fait la saison deux même si elle intègre Claude pour le besoin de la trame.

Mais chaque chose en son temps, pour l'instant une crise plus grave se présente au manoir 8)

Bon chapitre !


Élise dormait encore à poings fermés dans son confortable lit à baldaquin aux dimensions déroutantes. Le fait qu'on puisse y caser quatre personnes côte à côte sans le moindre problème n'en finissait pas de l'émerveiller.

Elle devait avouer que sa chambre était somptueuse. Les boiseries et rideaux de velours qui bordaient le lit et les grandes fenêtres, le luxueux divan au milieu de la pièce sur lequel elle se plaisait à réfléchir aux problèmes de l'univers et l'immense dressing qui se trouvait dans la pièce voisine lui donnaient l'impression de loger à Buckingham Palace.

Il n'est peut être pas si goujat que ça, ce Comte.

Elle n'avait toujours pas eu le fin mot de l'histoire sur ce qu'il s'était passé deux jours plus tôt avant qu'elle ne se réveille avec sa migraine carabinée. Tout un pan de sa mémoire manquait à l'appel et cela l'inquiétait sérieusement.

Ce timbré inutile de Grell ne semblait absolument pas renseigné sur les événements et Sebastian éludait toujours ses questions avec un sourire amusé. Ciel, quand à lui, ne restait jamais longtemps dans la même pièce qu'elle, bien qu'elle eut été incapable de dire si quelque chose avait changé ou non dans son comportement: elle n'avait jamais pu avoir une conversation en bonne et due forme avec lui depuis son réveil difficile.

De toute façon peu l'avaient fait, seul Sebastian parvenait à entrer dans son bureau et encore, avec un argument de choix sur un plateau ou une desserte.

Alors qu'elle se retournait dans son lit pour trouver une position plus confortable, des coups rudes furent frappés à la porte. Ils s'estompèrent au bout de quelques secondes et recommencèrent plus fort.

Histoire de finir de me réveiller au cas où je n'aurais pas entendu le raffut

Une voix lasse et indolente reconnaissable entre mille se fit entendre de l'autre côté du battant.

« Debussy, je veux vous voir dans mon bureau le plus tôt possible, c'est important »

Ça y est : elle était de mauvaise humeur. Elle se tourna vers son réveil pour y jeter un coup d'œil et sentit une veine saillante barrer son front.

Il est 7h16 ?!

Elle grogna sous les couvertures, totalement indifférente à la soit-disant urgence évoquée par son hôte.

« On verra ça plus tard, quand je serais levée »

« Comme vous voudrez »

Elle entendit ses pas s'éloigner et se redressa, incertaine. Il était très improbable que Ciel la laisse tranquille après sa réplique sèche sans faire plus de résistance. Quelque chose clochait, il n'avait aucune prédisposions spéciales à la patience à ce qu'elle avait pu constater.

Alors qu'elle guettait le moindre son laissant que le noble ait fait demi-tour pour venir la tirer du lit lui-même, elle entendit à nouveau des pas et quelqu'un frappa à la porte. Elle reconnut la voix de Sebastian qui fit irruption dans la chambre sans même attendre son consentement. Il ouvrit les rideaux d'un geste sec et Élise protesta en sentant les rayons du soleil malmener ses rétines. Elle s'enfonça encore davantage dans ses couvertures.

« Mais ça va paaaaas. Quelle cruauté ! »

Un sourire réjoui naquit sur ses lèvres.

« Mais je ne suis qu'un diable de majordome mademoiselle »

« Allez-vous en d'ici où j'appelle Grell et vous connaîtrez un sort pire que la mort »

Le sourire en coin sur ses lèvres défaillit aussitôt. Son quotidien devait être éprouvant depuis que le Dieu de la Mort le harcelait chaque seconde. Son regard devint inquiétant.

« Si vous prononcez la moindre syllabe de son nom, je me verrai forcé de prendre une mesure d'extrême urgence et de vous bâillonner mademoiselle »

Elle frissonna d'épouvante.

« Hmm d'accord je me tais. Mais pour l'amour du ciel refermez ces volets Sebastian »

« Je crains que cela me soit impossible mademoiselle »

« Rien n'est impossible, la volonté triomphe toujours »

Son sourire revint, à nouveau narquois.

« En l'occurrence elle ne triomphera pas, pour la simple et bonne raison que l'ordre de vous lever m'a été donné par monsieur »

« Le rustre, il en veut à mes heures de sommeil ! »

Il s'inclina et s'approcha dangereusement du lit. Il affichait un sourire des plus affable.

« Sans aucun doute. Maintenant veuillez vous levez ou je crains de devoir utiliser une méthode plus persuasive pour vous faire obéir »

« C'est une menace ? »

« En quelque sorte »

Ses yeux étaient à présent clos tellement le sourire s'était élargit.

Elle obtempéra aussitôt, n'ayant pas envie de savoir ce qu'il pourrait bien lui faire. Elle se leva et entreprit de se diriger à reculons vers le bureau de Ciel. Sebastian l'arrêta d'un bras alors qu'elle allait passer la porte.

« Mademoiselle devrait s'habiller avant toute chose »

Elle se détailla. La chemise de nuit qu'on lui avait attribué descendait jusqu'à ses mollets. Elle ne voyait pas où était l'indécence à se balader dans cet accoutrement.

« Je ne vois rien que ce truc ne cache pas déjà »

« Mais c'est votre habit de nuit, mademoiselle, ce n'est pas convenable »

« De nos jours on appelle ça une tente et on sort dans la rue avec cinq fois plus court, alors laissez-moi passer qu'on en finisse »

« Si vous insistez mademoiselle. Mettez au moins cette robe de chambre »

Elle roula des yeux et passa ses bras dans le vêtement qu'il lui tendait avant d'accélérer le pas pour s'éloigner du démon un peu trop protocolaire à son goût. D'autant qu'il semblait toujours mijoter quelque chose, ce qui n'était pas pour la rassurer.

Elle fit une brève escale dans les cuisines et en profita pour remplir ses bras de croissants et de pains au chocolats. C'est avec une pâtisserie dans la bouche qu'elle entra sans frapper dans le bureau de Ciel. Sa robe de chambre était mise de travers sur son épaule et ses cheveux semblaient également vouloir manifester par pur bénévolat contre le manque de sommeil.

« Que diantre me voulez-vous à une heure pareille ? »

Elle prenait sur elle pour ne pas paraître trop exaspérée mais la tâche était ardue. Qui ne détestait pas lorsqu'on le forçait à se lever avant onze heures sans son consentement explicite ?

Ciel lisait le journal avec sa tasse de thé à la main, assis à son bureau. Il parla d'une voix ennuyée sans lever les yeux sur elle.

« Je sors au restaurant ce soir »

Elle cligna plusieurs fois des yeux avant de hausser un sourcil.

« C'est génial, vraiment, je suis contente pour vous. A présent que les réjouissances ont été annoncées, puis-je retourner à mon sommeil réparateur ? »

Il soupira longuement, visiblement indisposé.

« Il s'agit d'un repas d'affaire avec un actionnaire américain qui souhaite investir davantage dans mon entreprise. Cela me permettait de financer des nouvelles recherches. J'ai besoin de cet argent »

Il détacha enfin ses yeux du journal pour la regarder et haussa un sourcil sans faire de commentaire sur son allure négligée de paysanne du quinzième siècle.

« Vous avez une idée de la raison pour laquelle je vous ai demandé de venir ? »

Elle haussa l'autre sourcil.

« Pour vous féliciter pour la qualité de votre campagne de marketing ? »

Il se pinça l'arrête du nez et se redressa sur son fauteuil, la tête appuyée sur son coude.

« Non. Il compte venir accompagné de sa femme, à qui il fait visiter la Grande-Bretagne pour la première fois. C'est une vieille tradition dans les repas d'affaires auxquels certains restent attachés. Les femmes sont réputées apaiser les négociations au cours du repas et permettre leur mari de faire des choix plus réfléchis. C'est aussi une façon de faire bonne mesure »

Elle alla s'asseoir sur le fauteuil en face du bureau sur lequel elle déposa ses victuailles pour se décharger les bras. Le noble la regarda avec agacement mettre des miettes sur ses papiers.

« Le pillage des cuisines était obligatoire Debussy ? »

« Je ne savais pas ce que vous mijotiez, alors j'ai pris mes précautions »

Elle finit de manger son croissant et constata que Ciel restait la regarder, comme s'il attendait une réponse.

« C'est très intéressant tout ça, mais en quoi ça me concerne ? »

Il lui lança un regard perçant.

« Vous avez une dette envers moi Debussy »

« Admettons, oui »

« Je ne souhaite pas perdre la face devant l'un de mes plus gros actionnaires en venant seul alors qu'il sera accompagné. Accompagnez moi à cette soirée et vous épongerez votre dette »

« Comment ça ? »

Elle commença à comprendre.

« Oh non. Non non »

Elle lui lança un regard courroucé pour tenter de le faire réagir sur la situation dans laquelle il la mettait. Face à l'absence de pitié de sa part, elle poursuivit.

« Sans moi. De toute façon on ne se marie pas comme ça sur un coup de tête, on fait connaissance avant en général, vous saisissez ? Je sais pas moi je ne connais même pas votre parfum de glace favori »

Il lui lança un regard désabusé.

« Parce que c'est la seule question que vous poseriez à votre futur mari ? »

« Si on s'entend là dessus, on s'entendra sur tout »

Il ferma les yeux en se pinçant l'arrête du nez, demandant sans doute quelque miséricorde au premier dieu qui viendrait à l'entendre.

« Très spirituel. Qu'en est-il ? »

Elle maugréa, fourrant un nouveau croissant dans la bouche.

« Ça me rapporterait quoi, à moi ? »

« Je vous laisserai retourner à Londres ce soir même »

Elle haussa les sourcils.

« Donc en fait je suis actuellement victime d'une séquestration organisée, c'est bien ça ? »

Il sembla réfléchir quelques instants avant de répondre, une main pensive sur le menton.

« En considérant le fait que si vous laissais partir d'ici par vos propres moyens je vous retrouverai probablement dans moins de trois jours à l'agonie réfugiée dans un tronc pour échapper aux sangliers, disons que oui, mais que c'est pour votre bien »

Une veine pulsa vivement sur son front.

« Ça va je ne vous dérange pas ?! Il est mort le respect ici ! »

Il la toisa, intraitable.

« Les otaries ne jouissent malheureusement pas encore de ce droit dans la législation anglaise en effet, mais je me renseignerai tout même pour être certain »

« Et il est content il a fait sa blague ! Si j'accepte vous me laisserez retourner chez moi ? »

« Oui »

« Et vous me laisserez tranquille ? »

Il soupira.

« Oui »

« Et vous m'achèterez des fraises ? »

Il haussa les épaules contre le dossier de sa chaise, commençant à jouer avec son crayon.

« Si vous voulez »

« Et des framboises ? »

« Cela me semble envisageable »

« J'aurais le droit de chanter et d'écouter ma musique ? »

Il lui lança un regard indigné avant de se raviser.

« Bon, d'accord »

« Et vous me laisserez conduire vos voitures ? »

« Certainement pas. »

« Hé ! Vous serez pas un peu parano ?! Vous croyez que je vais la mettre dans le talus ou quoi ? »

Il haussa les sourcils, dubitatif.

« Pour commencer, je me permettrais de vous rappeler le détail suivant : vous n'avez pas de permis »

« Comment est-ce que vous savez ça déjà ? J'irai à l'instinct, j'ai toutes mes leçons de conduite »

« Et vous n'avez pas votre permis malgré ça ? »

« ... Le destin s'acharne contre moi »

« Et bien je vous prierai de ne pas vous acharner sur ces voitures en retour »

Elle se leva d'un bond et récupéra sa nourriture sans autre forme de procès.

« Cela ne me parait pas suffisant pour accepter votre offre dans ce cas. Je crains d'être contrainte de vous diriger vers Grell qui se fera un plaisir de vous aider à palier à votre célibat »

Elle vit le noble blêmir à vue d'oeil et écarquillé les yeux d'effroi. Elle tourna néanmoins les talons, intransigeante.

« Attendez... ! D'accord pour les voitures. Mais un autre jour »

Elle se retourna et lui lança un regard satisfait par dessus son épaule.

« Je savais bien que nous finirions par trouver un arrangement, monsieur le Comte »

Une veine saillante apparue sur son front.

« Fichez-moi le camp ! »

Elle lui offrit un pain au chocolat en signe de traité de paix et s'en alla en trottinant, savourant d'avance sa liberté retrouvée.

OoOoOoO

Le reste de la journée fut un supplice. Elle fut forcée d'endurer des leçons de protocole avec Sebastian comme tuteur. Ce dernier n'était absolument pas tolérant, ni patient et elle ne réussi pas à discerner le moindre don de pédagogie en lui.

En début d'après midi, pour mieux l'achever, Ciel lui fit un long et laborieux exposé sur les dividendes des actionnaires de l'entreprise et sur les études de marchés qui le poussait à chercher du financement pour développer un nouveau produit. Bien qu'elle soit un minimum intéressée et ait posé des questions, la mine contrariée et sombre qu'avait abordé le noble toute l'après midi avait clairement refroidit ses ardeurs d'apprentissage. Évidement qu'il connaissait déjà tout ça par cœur mais il aurait pu au moins essayer de rendre le cours ludique.

Décidément la pédagogie ici c'est pas tout à fait ça. Il pourrait distribuer des fraises Tagada toutes les demies heures pour récompenser son élève assidue au moins

Vers 18h45, ils se rejoignirent dans le hall. Elle avait accepté de mettre la robe que Sebastian était venu lui apporter. Pour une fois qu'on lui proposait une tenue du vingt-et-unième siècle, elle se voyait mal faire la fine bouche. Surtout que la pièce coutait visiblement une fortune. C'était une robe bustier bleu marine en mousseline recouverte d'un voile de tulle. A la fois sobre et d'une élégance rare. Une chose était sûre, ça n'était pas Sebastian qui l'avait choisi.

Elle se prépara avec tout ce qu'on lui avait mit à disposition et se dirigea vers le hall. Elle s'était faite un chignon lâche et avait laissé quelques mèches dépasser pour se donner un air détendu. Sebastian était revenu quelques minutes plus tard lui apporter un gracieux tour de cou et des boucles d'oreille assorties. Si elle accompagnait un Comte, il était préférable qu'elle ressemble à quelque chose.

Ses mains étaient moites quand elle descendit. Ciel l'attendait déjà, appuyé contre la grande porte en regardait sa montre de son air contrarié habituel. Il portait un smoking qui lui allait particulièrement bien mais Élise préféra écourter l'analyse visuelle très rapidement. Elle descendit au pas de course pour ne pas faire traîner la situation.

« Vous êtes charmante mademoiselle »

Élise eu un sourire crispé et se tourna vers le majordome qui se tenait non loin de son maître avec son éternel sourire faussement ingénu.

« Merci Sebastian »

« Non ce n'est pas juste ! Moi aussi je veux une robe comme ça ! Ne regarde pas Sebas-chan ! »

Le démon jeta un regard meurtrier au Dieu de la mort qui fit demi-tour en sanglotant. Elle se retourna vers Ciel, ne voulant pas s'attarder plus longtemps que nécessaire.

« On y va ? »

Son oeil visible s'était mit à la détailler silencieusement pendant qu'ils parlaient. Il hocha la tête sans manifester la moindre émotion et ouvrit la grande porte d'entrée pour l'inviter à sortir. Ils se dirigèrent vers une voiture qui provoqua en elle un enthousiasme certain. Elle avait déjà vu ce modèle au prestigieux salon de l'automobile qui se tenait chaque année à Londres. Elle avait dû écrit un article pour l'occasion.

« Une Aston Martin Vanquish ! »

« Vous êtes connaisseuse »

« C'est une couleur sacrément discrète le noir, c'est dommage non ? »

Il lui lança un regard neutre tandis qu'ils descendaient les escalier.

« Au contraire. Pressons-nous, nous sommes en retard »

Décidément, elle ne comprenait rien aux hommes. Enfin celui-ci en particulier. Son attitude distante commençait clairement à la mettre mal à l'aise.

« Vous comptez faire la tête toute la soirée ? Vous n'allez pas la conclure beaucoup de deal si vous donnez l'impression de diriger une entreprise en faillite »

« Les émotions que je laisse transparaître sur mon visage ne regardent que moi Debussy »

« Trop d'amabilité, je suffoque »

Il ne prit pas la peine de répondre et déverrouilla la voiture pour qu'ils puissent s'installer.

« Wow ! Celle là j'aimerai bien la conduire~ »

Voyant que Ciel restait toujours plongé dans ses pensées, elle décida de ne plus gâcher sa salive inutilement en essayant de réchauffer l'atmosphère.

Déjà que c'est un ours d'habitude...

Elle alluma la radio pour meubler le silence et le haut parleurs cracha les news d'une chaîne d'info qui ressemblait à la BBC. L'éditorialiste ne semblait jamais reprendre son souffle. Elle apprit qu'il y avait un concert ce soir à Londres, qui risquerait de causer pas mal d'embouteillages. Le noble n'écoutait pas spécialement. Il les conduisit dans l'un des quartiers du centre ville en moins de vingt minutes alors qu'elle et Abby avaient presque mis une heure pour arriver au manoir quelques jours plus tôt. La raison était simple : il roulait horriblement vite et avait l'air de trouver la circulation en ville bien trop lente.

Cela lui avait beaucoup au début, dans les routes de campagne, mais elle avait failli faire plusieurs attaques cardiaque en voyant ses manoeuvres en ville. Au final, c'était un excellent conducteur.

Juste un peu trop frustré

Ils pénétrèrent dans un vaste parking sous-terrain et le démon chercha un place suffisamment large pour ne pas risquer de se faire abîmer sa voiture. Il coupa le moteur après avoir réalisé son créneau et elle récupéra son sac qui s'était renversé à ses pieds avec tous les virages brusques pris par le démon. Il attendit qu'elle se redresse pour se pencher vers la boîte à gants et en sortir une très belle bague en or finement ciselée.

Elle lui lança un regard d'incompréhension et il se détourna, irrité.

« Je ne vais pas vous faire un dessin. La ruse doit être indétectable »

Elle soupira, constatant son manque d'entrain. Elle l'enfila elle regarda sa main gauche, en pleine réflexion.

« Dire que je n'ai même pas fait d'enterrement de vie de jeune fille ... »

Il soupira à son regard malicieux, visiblement agacé par sa tentative pour le dérider. Il sortit de la voiture sans lui lancer un regard et elle leva les yeux au ciel.

Je lui rends service et on dirait qu'il m'en veux pour ça, c'est quoi cette histoire ?

La vraie nature de Ciel ne transparaissait pas autant qu'Élise l'aurait cru en ayant appris la vérité à l'inverse de Sebastian qui sentait le surnaturel. De lui émanait une aura ténébreuse, envoûtante, mystique, celle d'un être espiègle et diabolique. Ciel n'était que distance, froideur et amertume.

Ils semblaient être pourvus de réflexes extraordinaires et Élise aurait mise sa main à couper qu'il n'utilisait une voiture que parce qu'elle était là et pour faire bonne mesure. A l'image de son majordome, elle sentait que les pouvoirs du Comte étaient très puissants. Nonobstant cette force, il s'appliquait jour après jour à copier les humains du mieux qu'il pouvait.

Leurs habitudes, leurs envies, leur futilité... Ciel jouait la comédie en permanence.

Il se faisait passer pour un simple humain prodige qui s'était hissé au poste de chef de l'entreprise familiale à vingt-deux ans. En y repensant, à l'âge qu'il avait physiquement, aucun homme ne serait à même d'assumer un tel statut social sans l'aide de parents. Dans son cas, il n'en avait sans doute plus depuis longtemps.

Tout son être était à la fois improbable et épatant. Élise percevait le regret qui lui enserrait le cœur chaque jour. Son regard froid, les plis amères de sa bouche quand il se plongeait dans ses réflexions ainsi que sa volonté d'être seul la majeur partie du temps. Les moqueries dont il faisait preuve à son égard semblaient être un moyen de l'éloigner de lui en rendant leur relation encore plus compliquée qu'elle ne l'était déjà. Il refusait tout simplement de se comporter d'une façon aimable à son égard, comme si il ne voulait pas qu'ils deviennent « amis ».

Elle aimait à penser qu'elle soulageait cette solitude par sa présence, par ses taquineries et ses railleries. Mais le peu de fois qu'Élise lui avait parlé, le regard de Ciel était resté froid et morne. L'agacement et le sarcasme faisaient parfois surface sur ses traits quand elle parlait trop à son goût mais aucune chaleur particulière n'émanait de lui.

Au fond d'elle, elle était déçue qu'il lui impose de rester loin de lui. Elle s'était, malgré elle, inconsciemment bercée d'illusions depuis le début. Un jeune homme charmant qui veillait sur elle et la protégeait sans raisons. Un ange gardien ? Sa vraie nature était tout autre. Abby l'avait prévenue avant de partir. Qu'espérer obtenir d'une créature qui se repaissait des âmes de ceux qui l'attiraient ? Elle devrait peut être se montrer reconnaissante de ne pas être à son goût, au final.

Tout ce qu'elle savait, c'était qu'elle avait besoin de changer d'air, de partir loin de lui. Plus vite cette soirée serait terminée, plus vite elle pourrait rentrer chez elle, réfléchir à tout ça posément et se changer les idées.

« Vous m'écoutez ? »

Élise sortit brusquement de ses pensées.

« O-oui, je dois parler des peintres français de la fin du dix-neuvième siècle pour les divertir c'est ça ? »

« Exactement. Les recherches que Sebastian a fait plus tôt sur leurs passe temps ont aboutit là dessus alors tachez de trouver un sujet commun et surtout n'oubliez pas- »

« De proposer à sa femme d'aller boire un verre en terrasse vers vingt-deux heures trente pour que vous puissiez discuter business avec son mari »

« Bien »

Ils sortirent de la voiture et Ciel se dirigea vers l'ascenseur d'un pas nonchalant. Elle voyait bien qu'il détestait ce genre de sortie au milieu de la foule. Élise se dépêcha à sa suite et les portes de l'ascenseur se refermèrent sur eux.

Elle ressentit une certaine gêne d'être dans un lieu aussi exigu entre le démon et un silence pesant. Devait-elle continuer à essayer de parler pour détendre l'atmosphère ?

Ça ne sert à rien, il me répondra de façon évasive pour couper court. Dans dans l'hypothèse où il répondrait

« Votre robe »

Toute occupée qu'elle était à trouver un sujet de conversation salvateur, elle fut surprise d'entendre le démon parler le premier.

« Oui ... ? »

« Je savais que cela vous irait bien »

Elle hocha la tête, sincèrement prise de court.

« Merci »

Elle retentit le besoin de rebondir sur autre chose pour changer de sujet.

« Votre plan marche bien alors, pour l'instant, donc qu'est-ce qui vous rend aussi maussade ? »

« Peu importe »

Elle n'insista plus et laissa le silence reprendre ses droits. Elle commençait à être d'accord avec l'abruti de père noël aux cheveux long qui squattait le manoir: son air renfrogné et distant refroidissait quiconque essayait de s'adresser à Ciel.

Il avait d'ailleurs fait un coup bas à Sebastian en l'obligeant à rester seul avec ce violeur fou toute la soirée. Qui savait si on n'allait pas le retrouver traumatisé au fond du grenier en rentrant ?

Elle soupira, souhaitant que l'ascenseur arrive à bon port le plus vite possible. D'ailleurs pourquoi était-elle aussi mal à l'aise ? Elle n'avait aucun mal à engager la conversation d'habitude pourtant, quelque chose la troublait cette fois-ci.

« Debussy »

Elle se tourna vers, ayant manqué de peu de tressaillir à sa sollicitation. Le démon sortit un pistolet de petite calibre de l'intérieur de sa veste et le lui tendit sans un mot.

« Hein ? Oh non. Si je me fais attraper avec ça ça va mal aller pour moi »

« Prenez-le, on ne sait pas comment les choses peuvent tourner »

« Attendez il y a ce genre de danger ? »

Il haussa les épaules.

« Je suis juste du genre prudent »

Elle hésita quelques secondes de plus avant de se saisir lentement l'objet. Elle n'était pas plus avancée : elle n'avait pas de poches pour le ranger. Ciel remarqua son trouble et intervint d'une voix neutre.

« Vous êtes une femme : mettez-le dans un endroit où on ne pensera pas à fouiller »

Elle fronça les sourcils, n'ayant aucune envie de mettre l'objet dur et froid dans son soutien-gorge.

« Vous plaisantez ? »

« Je vous donne cela pour votre bien. Ne le prenez pas si vous n'en voulez pas »

Elle soupira à son tour bruyamment et se retourna avant de glisser l'arme dans sa brassière sans bretelles, ne remarquant pas qu'elle s'était mise face à la glace dans laquelle Ciel avait une vue totale. Elle s'observa ensuite avec attention pour s'assurer que l'arme n'était pas visible. La robe était adaptée à ce genre de cachette semblait-il: on ne remarquait rien sous le tissu. Elle finirait par s'y habituer.

Un court signal se fit entendre pour leur indiquer qu'ils étaient arrivés à leur étage. Un élégant serveur habillé d'un frac les accueillis quand les portes s'ouvrirent. Ciel semblait avoir choisit le restaurant avec soin; cela lui ferait au moins un très bon repas.

Le noble la laissa le précéder comme il était d'usage quand un serveur escortait un couple. Ils furent conduit à une table près de la fenêtre qui laissait voir un panorama splendide. Le restaurant était déjà bondé et des serveurs faisaient des aller-retour entre les tables et les cuisines.

Alors qu'elle commençait à enlever son manteau, Ciel s'approcha d'elle machinalement et elle sentit son souffle dans son cou. Elle refoula un frisson et le laissa l'aider à se dépêtrer et lui poser son manteau sur sa chaise avant de la lui tirer pour la laisser s'asseoir. Elle cligna des yeux une fois installée, troublée.

Il a changé de personnalité en deux minutes et trente secondes chrono

Ils s'installèrent l'un à côté de l'autre, dos à la baie vitrée. L'homme vint leur demander si ils désiraient toujours un apéritif en attendant l'autre couple. Ciel fit mine de réfléchir. Ce devait être le cadet de ses soucis.

« Un Mai Tai s'il vous plaît »

Il se retourna vers elle.

« Élise que prends-tu ? »

Que cela était perturbant de l'entendre la tutoyer et l'appeler par son prénom.

« La même chose s'il vous plaît »

Ciel haussa les épaules et fit un signe de tête au serveur pour le faire prendre congé avant de lui tendre la carte des menus. Un sourire amusé apparu sur le coin de ses lèvres.

« En fait, vous ne savez même pas ce que c'est »

Elle décida de nier tout en bloc en attrapant la carte d'un geste sec.

« Bien sûr que si, je ne suis pas idiote »

Elle n'avait en réalité pas eu beaucoup d'occasions de participer à des soirées mondaines et de boire des cocktails. Leurs boissons arrivèrent vite, très joliment préparées.

Élise tapa de l'ongle sur le talon de son verre le temps de patienter. Nerveuse, elle entreprit de manger les fruits de son verre en attendant l'autre couple. Commença finalement une joute endiablée avec la dernière cerise. Ne souhaitant pas glisser ses doigts dans son verre pour la récupérer, elle le porta à ses lèvres pour tâcher de l'attraper discrètement. Ciel la regarda dans ses tentatives infructueuse d'un air sceptique avant de se pencher vers elle.

« Arrêtez avec cette cerise à la fin »

Elle soupira de frustration.

« J'arrive pas à l'attraper bon sang »

Il roula les yeux au ciel.

« Vous n'avez pas l'air très douée non plus »

« Parce que vous faîtes mieux vous peut être ?! »

Le démon lui lança un regard désabusé, ne doutant visiblement pas de ce fait.

« Vous y arriveriez sans la langue ? »

Il haussa les sourcils.

« Je ne vois pas pourquoi j'essaierai de le faire sans la langue »

« Ce n'est pas très convenable, si ? »

Il sembla reconnaître le fait.

« De toute façon, ce n'est pas vraiment beaucoup plus dur sans la langue »

« Bien sûr. Vous arriveriez à le faire seulement avec les lèvres ? »

« Cela demande un minimum d'adresse, ce dont vous n'avez pas l'air de disposer »

Elle lui lança un regard perçant. Pour une fois qu'elle voulait qu'il se taise, il semblait décidé à poursuivre ce débat à l'intérêt contestable en plein milieu d'un restaurant. Elle observa leurs alentours en espérant que personne n'ait entendu leur conversation et haussa le ton en chuchotant, vexée.

« Vous allez me reprocher toute la soirée de ne pas savoir me servir de mes lèvres ou on peut passer à autre chose ?! J'hallucine. La prochaine fois vous pourrez vous la mettre où je pense votre dette à la con »

Le démon sembla surpris de la voir s'emporter autant. Il se mit à son tour à chuchoter, l'air irrité.

« Qu'est-ce qui vous prend de vous énerver pour si peu ? »

Elle claqua la langue et détourna le regard, fixant furieusement la plante en pot sur leur gauche.

« Disons que je n'ai jamais vraiment participé à ce genre de dîner. Donc je suis nerveuse : il vous faut un dessin ? »

Il soupira et la sonda quelques instants.

« Restez naturelle et tout se passera bien. Enfin pas trop non plus si possible »

« Très drôle. C'est plus facile à dire qu'à faire »

Il se redressa sur sa chaise et lui lança un regard dubitatif en la voyant bougonner dans son coin.

« Vous êtes censée être une Comtesse, essayez au moins de ne pas vous comporter comme une mégère acariâtre »

« Tout compte fait, je préférais quand vous grognez dans votre coin comme l'ursidé mal luné que vous êtes, monsieur le Comte »

L'oeil visible du noble laissa filtrer une lueur malicieuse et elle remarqua son imperceptible sourire en coin.

« C'est parfait quand vous y mettez du coeur, my Lady »

Elle serra les dents et leva les yeux au ciel, frustrée. Avec ses faux airs charmeurs pour se moquer d'elle, il ne se rendait même pas compte à quel point cela marchait. Il était déjà insupportable et il n'avait même pas encore bu, la soirée allait être longue.

Elle reporta son attention sur le menu, horripilée. Il redevint sérieux et s'appuya sur son coude pour patienter avec sa désinvolture habituelle. Il semblait plongé dans ses pensées et avait un air grave. Il devait avoir hâte que toute cette mascarade prenne fin pour qu'il puisse repartir de ce lieu sans doute étouffant pour un ermite tel que lui. Elle balaya finalement leurs alentours. Ils étaient près de l'énorme baie vitrée qui leur donnait une vue sur toute la ville éclairée de nuit. C'était magique.

Elle se plongea dans ses pensées, rêveuse et se détendit à vue d'œil.

C'est à ce moment là que couple américain arriva et ils se levèrent tous les deux pour les recevoir. C'était le meilleur timing possible.

« Bonsoir monsieur le Comte ! Je suis extrêmement navré pour notre retard, Joyce nous a retenu plus longtemps que prévu. Ah, les femmes ! »

L'homme avait des cheveux blond soigneusement ramenés en arrière et des yeux verts pleins de malice. La quarantaine, il restait très bel homme et Élise devina son goût pour les activités sportives en distinguant ses larges épaules musclées à travers son smoking.

« Mais enfin Karl ne dis pas de sottises, je finissais juste de me préparer »

Élise eu le souffle coupé en voyant la femme approcher. Elle arborait une chevelure blond vénitien soigneusement coiffée pour l'occasion. Ses yeux noisettes en amande et sa peau bronzée laissaient transparaître ses origines méditerranéennes. Un délicat grain de beauté ornait le coté droit de sa lèvre supérieure. Sa robe couleur crème mettait son teint parfait en valeur et laissait voir ses courbes généreuses dans un décolleté plongeant. C'était une femme splendide et un des couples les plus beaux qu'Élise avait eu l'occasion de voir.

La femme considéra Ciel en silence et il s'avança vers elle.

« Je vous en prie madame, vous êtes parvenue à nous prouver ce soir que la patience est une vertu qui sait être récompensée »

Il affichait à présent une aisance sociale et un charisme qu'Élise ne lui connaissait absolument pas. Il se pencha vers Joyce et pressa doucement ses lèvres sur le dos de sa main. Bien que le ton restait courtois et détaché, sa subtile réplique fit son petit effet sur la femme.

Élise crut pendant quelques secondes qu'elle avait simplement halluciné.

Ciel désigna ensuite leur table derrière eux.

« J'espère que l'emplacement vous conviendra »

Il interpella les serveur qui arrivèrent avec des menus.

« Vous ne nous en voudrez pas d'avoir commencé j'espère » poursuivit-il en désignant leurs verres.

« Mais non bien sûr ! »

Pendant qu'ils commandaient leurs boissons, Élise se pencha imperceptiblement vers Ciel en chuchotant, agacé.

« Les femmes n'ont pas toutes le même traitement de faveur avec vous »

Il ne broncha pas et un sourire amusé qui ne présageait rien de bon fit surface sur ses lèvres.

« Ainsi, vous vous considérez comme tel ? »

Elle écarquilla les yeux, scandalisée.

« Oh c'est petit ! » Elle sentait son masque souriant et affable se craqueler. « Comme vous ! »

Ciel lui décocha un regard noir. Elle avait touché un point sensible semblait-il.

« Ne commencez pas avec vos remarques désobligeantes Debussy »

« C'est de votre faute, buvez du lait aussi »

Ciel était plus grand qu'elle d'une bonne tête mais il se faisait largement dépasser en taille par l'imposant Karl. Il lui lança un regard courroucé et une veine saillante apparue sur sa tempe.

« Vous être vraiment- »

« Tout va bien ? »

Ils se ressaisirent immédiatement et Ciel s'éclaircit la gorge.

« Je ne vous ai pas présenté Élise ma … compagne »

Elle devait être la seule à avoir perçu l'hésitation. Elle avait commencé à être inquiète quand il avait dit son prénom. Il était délicat de donner un nom dans cette situation. On pouvait faire un lien avec son identité si il était trop précis et à l'inverse, on pouvait se méfier en ayant découvert après recherches que le nom donné était fictif. Heureusement, il avait fait la juste mesure. Mais pourquoi sa femme ? Sa copine ne suffisait pas ? Peut être que dans l'aristocratie avoir une copine sans s'engager était mal vu ? Et puis il n'utilisait pas de pseudonyme ? Elle n'avait pas entendu l'homme l'appeler par son nom de famille mais si il connaissait son vrai nom, il n'avait juste qu'à aller regarder son acte d'état civil pour savoir qu'il n'était pas marié. Et qu'il n'était pas né il y a une vingtaine d'année non plus. Elle écarquilla les yeux. Comment cachait-il tout ça et pourquoi n'avait-il pas d'ennuis si il n'était pas répertorié dans les registres de l'État ?

Ce fut au tour de l'homme blond de se pencher vers elle pour lui baiser la main. Son regard émeraude ne quittait pas le sien, charmeur.

« Ma foi Comte, vous vous êtes entouré d'une créature ravissante. Madame la Comtesse, mes hommages »

Ah oui quand même ça fait drôle

Elle lui fit un sourire crispé. L'homme l'avait quelque peu refroidie mais elle n'en montra rien et pris un air charmé. Au moins lui, il était gentil. Sa femme n'était pas du même avis, vu le regard qu'elle lui lança. De son côté, Ciel fronça les sourcils imperceptiblement mais ne releva pas la remarque.

« Élise je te présente Karl Spencer et sa femme, Joyce. Il est l'un des plus anciens actionnaires de mon entreprise »

« Il est vrai que je crois en votre sens du business, monsieur le Comte ! »

« Vous m'en voyez flatté » répondit le concerné, le sourire confiant.

Le serveur arriva avec leurs boissons et Élise leva son verre avant de retenir son geste.

On ne trinque pas ici c'est vrai

Ciel lui lança un regard dubitatif et elle détourna les yeux, agacée qu'il ait remarqué son moment de flottement protocolaire. Elle redressa les épaules et fit attention à ne pas faire le moindre faux pas.

Le repas était déjà très avancé, ils venaient de finir le plat de résistance et Élise se sentait toute guillerette. Elle s'entendait rire fort et s'écrouler sur l'épaule de Ciel en s'esclaffant aux blague de Karl. Ciel, exaspéré, la laissait ruiner le repassage parfait de son smoking, pour cette soirée du moins, et feintait des sourires amusés à tout ce que lui racontait Joyce en face de lui pour faire bonne mesure. De son côté, Karl, enthousiasmé par sa réceptivité à son humour, s'en donnait à cœur joie dans ses anecdotes sur son voyage en France. Il connaissait un peu le pays et Élise était ravie d'avoir trouvé quelqu'un avec qui parler de son pays natal. Elle lui révéla ainsi avoir la nationalité française. A côté d'eux reposaient les épaves de leurs verres à Cocktails, des cinq bouteilles de vins qu'ils s'étaient enfilés à quatre sur les demandes enthousiastes du couple américain qui n'en menait pas large lui non plus. Seul Ciel, indifférent aux effets de l'alcool, avait conservé tous ses esprits.

« Madame la Comtesse, me permettrez vous de vous appeler Élise ? Si vous êtes française, je suppose que le fameux French kiss n'a aucun secret pour vous ! »

Elle ne savait pas ce qui l'étonnait le plus, que ce cliché soit autant répandu, ou l'existence de la tradition saugrenue de se bourrer la gueule pendant un repas d'affaire. Cela n'améliorait pas la réflexion, c'était sûr. Elle lui fit un sourire crispé, séchant légèrement sur la réponse dans cette situation. Dans quoi s'embarquait-elle ? L'homme était un peu trop tendancieux dans ses propos pour qu'ils soient considérés comme politiquement corrects. Elle fut surprise d'entendre une autre voix répondre à sa place.

« Karl je vous prierais de ne pas mettre Elise dans l'embarras »

Vu sa capacité de réflexion actuelle, elle aurait forcément gaffé ou dit quelque chose de stupide. Elle lança donc un regard reconnaissant à Ciel qui était venu à son secours en interrompant sa conversation avec Joyce. Entendre sa supposée femme se faire courtiser par un autre homme était visiblement quelque chose que son ego de Phantomhive n'acceptait pas. Il la fixa quelques instants avant de se retourner vers Karl pour lui proposer un autre verre que ce dernier accepta avec plaisir.

Elle regarda sa montre. 22H40.

« Joyce ! Il fait si chaud ici, que diriez-vous d'aller prendre un peu l'air sur la terrasse ? »

La femme, toute aussi éméchée, accepta sa proposition en pouffant. Elles se levèrent toutes les deux tant bien que mal et firent un signe aux deux hommes avant de rejoindre la terrasse déjà bondée. La musique d'une discothèque proche les poussait à parler fort pour se faire comprendre. La blonde se pencha à son oreille.

« Je trouve cette soirée très amusante ! »

« Hein ? »

« Je disais, on s'amuse bien ! »

« Ouii »

« Hahahaha »

Elles riaient l'une sur l'autre, passant presque pour des amies d'enfance. Élise sentit des regards tournés vers elles et scruta les alentours, circonspecte. Un groupe d'hommes les observaient un peu plus loin et elle sentit qu'ils n'avaient pas des intentions très pieuses. Elle interrompit son inspection lorsque Joyce renversa la quasi totalité de son verre sur sa robe à force de rigoler.

« Oh mince ! Qu'est-ce que j'ai fait encore ? Heureusement que ce n'est que du vin blanc »

« Ce n'est pas grave, allons aux toilettes nettoyer tout ça »

Elle acquiesça et Élise les dirigea à travers la foule qui commençait à se rassembler sur la terrasse. A son grand soulagement, elles trouvèrent la pièce vide. Elle s'avança jusqu'au lavabo et humidifia une serviette en papier pour la tendre à Joyce qui tamponna la tâche en espérant éponger le tissu.

« Élise, je tenais à vous dire quelque chose. Votre mari est d'une exquise compagnie »

Elle sourit, incertaine.

« Karl est tout à fait charmant lui aussi ! »

La blonde avait constaté qu'elle n'améliorerait pas la situation de sa robe et s'était tournée vers la glace pour se recoiffer, pensive.

« Vous savez, mes parents auraient souhaité que je me marie avec un bon parti comme Ciel »

« Karl ne vient pas d'une famille aisée ? »

« C'est surtout un entrepreneur, il a commencé avec presque rien »

« C'est impressionant ! Je trouve les gens comme lui très respectables »

« Moi aussi, c'est ce qui m'as séduite chez lui »

« Cela m'a l'air d'être une belle histoire »

« En effet, ça nous est comme qui dirait tombé dessus. Je n'ai jamais eu tendance à être attirée par les blonds auparavant »

« Ah oui ? Par qui étiez vous attiré ? Quel était votre type d'homme ? »

Joyce s'appuya sur ses coudes devant la miroir, ayant visiblement besoin d'un support dans son ébriété. Son expression devint soudainement très sérieuse.

« Votre mari »

Élise marqua une pause, non sûre de devoir continuer la conversation dans cette direction là. Elle avait l'impression de rêver, elle distinguait mal les contours de la pièce et sentait ne plus avoir beaucoup de sens critique.

« Que voulez vous dire, Joyce ? »

« J'ai toujours rêvé de ce genre d'homme mystérieux, jeune, plein de retenue et de charme, et beau à se damner »

Quelque chose n'allait pas. Mais cette conversation sur Ciel était curieusement intéressante à son goût. Elle ressentit un pincement au cœur. Il avait donc autant de succès auprès des femmes ? C'était pourtant évident. Troublée, elle s'entendit légèrement balbutier.

« Je-oui-haha ! »

« Hahaha »

La blonde s'assit sur le meuble de l'évier, soupirant longuement. Élise sentit sa tête commencer à tourner. Elle s'approcha à son tour de la glace pour inspecter son reflet et s'appuya involontairement sur Joyce. Cette dernière sourit et la maintint pendant qu'elle retirait les mèches folles de son visage. La femme écarquilla soudain les yeux, surprise de sentir sa robe humide.

« Oh mais j'ai aussi tâché la votre ! Quelle idiote ! »

Élise se regarda, elle avait en effet reçu une longue éclaboussure qui descendait jusqu'à ses genoux, bien que cela restait discret. Joyce se releva et la fit s'asseoir à sa place. Elle attrapa une autre serviette et tenta de nettoyer sa robe de tulle. La blonde peinait néanmoins à conserver son équilibre et s'appuyait lourdement sur le haut des jambes d'Élise alors qu'elle épongeait le tissu au niveau de son buste où la tâche commençait. Elle leva des yeux brillant d'une étrange lueur vers elle, leurs visages à quelques centimètres l'un de l'autre.

« Puis-je vous poser une question indiscrète, Élise ? »

Cette dernière se prit le front dans la main, sentant que sa tête tournait de plus en plus.

« Bien sûr, je vous en prie »

Joyce reporta son attention sur le tissu.

« Ciel »

Elle haussa les sourcils. La femme frottait fort sur sa tâche, un peu trop au goût d'Élise.

« Est-il doué ? »

Elle resta interdite quelques secondes avant de sourire.

« Très ! C'est un prodige vous savez ? »

« Je ne parle pas de son entreprise »

« Ah ? »

Elle n'était pas sûre de vouloir comprendre ce à quoi la femme faisait allusion.

« Élise ? »

La porte s'ouvrit à la volée en laissant apparaître le sujet de la conversation.

« Ah ? »

« Ciel ? C'est vous ? »

La blonde s'adressait à lui sans fard, comme si elles n'avaient jamais parlé de lui.

« Joyce ! »

Son mari apparu à la suite du noble. Il éclata de rire en les voyant.

« Je savais bien qu'elles étaient parties faire un truc de bonnes femmes ! »

Élise remarqua son état d'ébriété certain, encore plus avancé qu'à l'instant où elles les avaient quitté. Ciel avait du user de l'alcool pour parvenir à ses fins. Joyce s'affala sur elle en riant et elle la rattrapa d'un geste sec, sentant le contact froid et dur de l'arme à feu contre sa peau.

« Mais qu'est ce que vous faîtes ? »

Le trouble sur les traits de Ciel se distinguait sans peine. Elle baissa le regard vers la tête de Joyce presque collée contre sa poitrine.

« Eh bien cela me semble évident, nous sommes en pleine discussion »

Elle savait qu'elle souriait un peu trop joyeusement pour être crédible. Joyce intervint d'une voie presque langoureuse.

« J'ai renversé plein de vin et nous étions complètement mouillées, alors il a fallu trouver une solution ... »

Elle ne rêvait pas, la blonde parfaitement ivre n'avait à présent plus aucune retenue et aguichait son mari d'un soir sans la moindre gêne. Le noble haussa les sourcils, l'air de comprendre davantage la situation.

« D'accord donc vous êtes venues laver la robe ici. Nous ne savions pas où vous étiez. Cela fait un quart d'heure qu'on vous cherche, nous commencions à être inquiets »

Ciel était manifestement agacé. Le séjour dans les toilettes n'était en effet pas prévu dans leur plan et les faisait perdre du temps.

« Pardoonn »

Elle grimaça un sourire d'excuse avant de perdre l'équilibre avec la pression de Joyce sur son buste. Elle faillit tomber dans le lavabo et se rattrapa d'extrême justesse, la nuque collée à la surface froide de la glace. Le noble lui lança un regard saisi, constatant une nouvelle fois l'état déplorable de sa conjointe d'un soir.

« Il est plus que temps de rentrer »

Il fut presque coupé par son compagnon d'affaires.

« Mais enfin ….on commence à peine à ...s'amuser ! Allons fêter notre ….contrat quelque part... Ciel ! »

Karl n'avait visiblement pas envie de s'arrêter là malgré sa difficulté à aligner trois mots. Le concerné se pinça l'arrête du nez. Il n'avait pas prévu pareil changement de plan.

« Non franchement, ce n'est pas une bonne idée Karl, vous devriez aller vous coucher. Le réveil va être dur »

Joyce s'éveilla soudainement et se précipita à son bras.

« Alleeeez pour me faire plaisiiir »

Ciel se raidit sensiblement à son contact mais ne broncha pas. Dans son élan, la femme perdit l'équilibre et Élise et Ciel écarquillèrent les yeux de concert en voyant qu'elle s'apprêtait à chuter de tout son long sur le carrelage. Elle le vit éviter l'incident diplomatique en la rattrapant de justesse.

« Vous allez bien ? Voulez-vous que j'aille vous chercher un verre d'eau ? »

« Euh je ne pas je oh... »

Elle affichait à présent un sourire béat, visiblement satisfaite de la situation. Élise se sentit s'impatienter.

« Ne restons pas dépérir ici plus longtemps dans ce cas, allons-y »

Tous sauf Ciel approuvèrent. Ce dernier lui lança un regard mi ahuri-mi furieux avant d'être entraîné par Karl vers la sortie. Élise et Joyce les suivirent en s'appuyant l'une sur l'autre jusqu'à l'ascenseur. Ciel avait visiblement déjà réglé leur repas et les serveurs leur souhaitèrent une bonne soirée.

En attendant l'ascenseur, Karl commença à lui parler de sa chère collection de minéraux organiques et elle hocha solennellement la tête tandis qu'il décrivait ses spécimens de moustiques piégés dans la résine. Les portes s'ouvrirent et ils s'engouffrèrent à qui mieux mieux, heureusement seuls. Ciel, qui était la seule âme lucide des environs, appuya sur le bouton après avoir espéré pendant quelques secondes que Joyce qui était la plus proche le fasse. Les portes se refermèrent lentement et elle sentit qu'ils commençaient à descendre. Ciel avait visiblement remarqué qu'elle peinait à se tenir droite et avait passé une main dans son dos pour la soutenir.

Karl parlait toujours de sa précieuse collection et Élise écoutait en silence, les sourcils froncés par la concentration. Pendant ce temps là Joyce ne quittait pas Ciel des yeux, le fixant d'un regard intense qui semblait vouloir lui communiquer un message clair. Ce dernier lui sourit poliment, légèrement crispé par l'attitude de la femme qu'il ne semblait pas comprendre.

Quelques minutes plus tard, Élise titubait dans la rue bras dessus bras dessous avec Joyce. C'était un quartier agité le soir et les nombreux bars et boites de nuits qu'il abritait étaient pleins. Malgré leur âge et leur statut social, Karl et Joyce se montraient particulièrement enthousiastes à l'idée d'aller en club.

Élise jeta un coup d'œil devant elles. Karl entraînait Ciel par le bras tandis que ce dernier tentait désespérément de refuser son invitation poliment.

Son sens des bonnes manières et des apparences le perdra

Pourquoi avait-il autant à cœur d'être poli et de se conduire en gentleman avec eux d'ailleurs ? Avait-il hérité cette manie d'une des époques qu'il avait traversé ou était-ce juste parce qu'ils avaient un intérêt conséquent pour son entreprise ?

Karl se retourna soudain pour les héler toutes les deux, enthousiaste. Il avait une idée derrière la tête et le visage éprouvé de Ciel à sa droite ne laisser rien présager de rassurant.


La suite la semaine prochaine :)

Laissez moi des review pour me dire ce que vous avez pensé de tout ça !

Les review sont mes seules récompenses pour avoir écrit cette histoire alors elles sont très importantes pour moi, n'hésitez pas à me dire votre avis même si vous l'avez déjà donné une première fois et même pourquoi pas si vous souhaitez que j'essaie d'intégrer une situation ou un fait dans mon histoire !

BlackEmilyMalou : Hahaha n'est ce pas ?! Je ne pouvais pas laisser passer l'opportunité des souttifs xD Mais Sebastian il commence sérieusement à être frustré depuis tout ce temps ! J'avoue que Grell me fait quand même bien rire ;D Merci merci encore pour ton soutient !

Guest : C'est très gentil ! Oui je suis désolée pour les petites fautes qui piquent les yeux je relirai tout pour tout corriger bientôt ! On est d'accord c'était plutôt cocasse xD Oui mais ceux qui ont fait la saison II je me demande ce qu'ils fumaient des fois tellement on se demande ce qui se passe ! Je crois que ton commentaire est coupé mais j'espère avoir répondu à ta question en début de chapitre ;) Merci beaucoup beaucoup pour ton soutient !

Bisouilles ~