Bonjour, bonsoir à toutes et à tous.
Mille mercis à Flamby et Swangranger pour leurs reviews encourageantes. Deux mille mercis à Flamby, Kalia Bennett, Swangranger, anne-chasouslik, byebay et espe29 pour avoir mis en suivi cette histoire. Nous nous retrouvons en bas pour les réponses aux reviews. En attendant, je vous souhaite une bonne lecture.
CHAPITRE I
six ans plus tard
Des pas se firent entendre dans les grands couloirs de Melbourne Hall. Ils étaient hâtifs et les nombreux éclats de rire contrastaient avec les sinistres murs du manoir. Jamais la demeure n'avait été témoin d'une telle allégresse en son antre.
Les plis de sa robe de soie bleu roi étaient tenu fermement entre ses deux mains — évitant ainsi de trébucher ou bien de déchirer son jupon. Jamais Miss McGonagall ne lui pardonnerait cela. Tandis qu'elle jetait un bref regard en arrière pour vérifier que la personne qui la poursuivait était loin derrière elle, la jeune fille ne remarqua pas les deux domestiques présents dans le couloir et les bouscula sans préambule.
« Caroline, ralentissez ! » s'exclama une voix féminine dont le ton reflétait l'amusement qu'elle éprouvait.
Après avoir murmuré de vagues excuses, la dénommée Caroline interrompit sa course quelques miles plus loin en prenant soin de ne pas heurter le meuble en acajou massif qui décorait le couloir. Relâchant délicatement les pans de sa robe, Miss Caroline passa une main sur le tissu en veillant à lisser les plis qu'elle avait créés en la froissant. Quelques instants plus tard, la jeune femme qui la suivait d'arrache-pied, arriva devant elle, vêtue d'une magnifique robe de percale rose.
« Vous avez de la chance que votre grand-mère soit à l'autre bout du manoir. » commença la jeune femme, essoufflée.
« J'aurai eu encore plus de chance si je n'avais pas croisé de domestiques. » répondit la petite fille, une moue boudeuse sur le visage.
« Caroline. » gronda doucement sa mère. « J'espère que vous avez présenté vos excuses. »
« Bien sûr, mère ! » s'offusqua-t-elle.
« Bien. Allons chercher votre sœur. » remarquant que la demoiselle se remit à courir, la jeune femme précisa : « En marchant ! »
Caroline s'arrêta sur le champ, tendant sa main vers sa mère, attendant patiemment qu'elle la lui prenne pour reprendre son chemin. Lorsque la paume de la jeune fille toucha celle de la marquise, un tendre sourire apparut sur ses lèvres légèrement rosées. Assurément, sa fille était sa seule amie ici.
« Avez-vous hâte que père nous annonce sa surprise ? » reprit Mademoiselle Caroline.
« Il me faut avouer que ma curiosité est piquée au vif. Vous ? »
« Absolument ! J'espère qu'il a acquis des nouveaux écrits pour notre bibliothèque personnelle. » s'enthousiasma la jeune fille aux bouclettes brunes.
« Toutes les oeuvres ne sont pas faites pour votre âge, Caroline. » fit la marquise, un sourire néanmoins amusé au bord des lèvres.
« Pourtant vous m'avez déjà lu Macbeth, mère. Je ne pense pas que cela ait été écrit pour mon âge. »
La marquise déposa ses yeux ambrés sur la petite silhouette de la jeune lady qui regardait droit devant elle, ses prunelles scrutant avec attention l'agencement qui se dévoilait sous ses regards fascinés. Bien que la jeune Caroline n'était âgée que de quatre ans — cinq ans dans deux mois, sa mère veillait constamment à ce qu'elle développe un goût certain pour la littérature et, même si Macbeth ou Candide du très critiqué Voltaire* n'étaient pas des lectures pour des enfants, la marquise de Lothian s'en moquait. Ses filles connaîtraient la littérature, la vraie ! S'était-elle jurée.
« Vous avez définitivement une mauvaise langue, Caroline. Ne laissez surtout pas votre grand-mère l'entendre. » décida finalement de répondre Madame, un sourire trahissant son ton désapprobateur.
« Ce sera notre petit secret. » prononça-t-elle dans un français parfait.
S'il suffisait pour le commun des mortels de s'extasier devant la cage à oiseaux* en fer forgé — si tant est qu'ils pussent visiter le très noble manoir des Nott, ils s'enivreraient davantage devant le somptueux salon où les murs avaient été conçus de façon symétriques de manière à accueillir trois grands portraits du roi George I, de la reine Anne de Grande-Bretagne* et du prince George de Danemark* par Sir Godfrey Kneller*. Si Lady Regina-Louise avait ardemment désiré changer la décoration du séjour, son mari s'y était fermement opposé clamant que ces peintures apportaient toute la grandeur et la splendeur à cette pièce.
Les somptueux canapés bleu fumé au motif brodé se faisaient face pour laisser place, au milieu de la pièce, à la fastueuse cheminée en marbre blanc où trônait un gargantuesque miroir en feuilles d'or juste au-dessus. Quelques portraits de feu Ebenezer Nott décoraient de par et d'autres la cheminée ainsi que des portraits des filles Nott. Tout dans la pièce renvoyait aux nombreux domestiques ce monde auquel ils n'appartenaient pas et n'appartiendront jamais.
Melbourne Hall faisait des envieux mais pour certains de ces habitants, l'idée de s'éloigner de cet endroit devenait de plus en plus alléchante de jour en jour.
Précieusement installée sur l'un des divans royaux du salon, Lady Regina-Louise dégustait une tasse de thé dans sa fameuse porcelaine venue d'Asie, attendant avec irritation que la nouvelle maîtresse des lieux arrive. Corsetée dans une robe en soie gris-bleue, l'héritière d'une riche famille russe, détaillait son fils d'un regard attentif.
Theodore Nott, sixième marquis de Lothian, se trouvait accoudé à la cheminée, ses yeux ternes scrutant le parquet du séjour. Son teint était blafard et il semblait ne pas avoir dormi depuis des mois. En vérité, il n'avait pas fait de nuit complète depuis des années.
S'il n'avait pas fait présentement jour, le feu qui crachotait dans l'âtre aurait sans doute été insuffisant pour éclairer le petit salon. Le temps nuageux avait quelque peu rafraîchi le manoir au grand dam de Lady Regina-Louise qui, malgré le fait qu'elle venait des pays de l'Est, tolérait mal la fraîcheur.
Lorsque, pour la dixième fois depuis qu'elle était entrée dans le séjour, Lady Regina-Louise s'apprêtait de nouveau à rouspéter quant à l'attente que sa belle-fille mettait, les deux portes en bois de chênes s'ouvrirent et laissèrent apparaître trois têtes brunes.
« Vous voilà enfin ! »
Ce n'était point un reproche et sa femme le savait. Jamais il ne lui avait fait de reproches en six ans de mariage, ce qui avait surpris la marquise. Le visage mélancolique de Theodore se changea en une expression souriante à la vue de sa famille. Tandis que le marquis s'approchait difficilement de sa femme et de ses enfants, Caroline se jeta avec délicatesse dans les bras de son père.
« Sont-ce là vos manières ? ! » réprimanda Lady Regina-Louise qui lança une œillade mauvaise à sa petite-fille ainsi qu'à la marquise.
Ignorant superbement le fâcheux commentaire de sa mère, le marquis de Lothian resserra son étreinte sur sa fille aînée avant de se détacher pour caresser la joue de Miss Lucy — la cadette, qui se trouvait dans les bras de sa mère. Il posa une main tendre sur le ventre rond de Lady Hermione, lui offrant l'ombre d'un sourire. Dans deux mois, s'ils étaient chanceux, l'héritier de Melbourne Hall verrait le jour.
Quelle avait été la déception de Lady Regina-Louise lorsque Lady Hermione n'avait pas donné naissance à un garçon mais à une fille. La deuxième naissance, deux années plus tard, fut d'autant plus décevante. Tous les domestiques et autres grandes dames de la cour disaient que Lady Hermione, marquise de Lothian, attendait le fameux tant désiré héritier de Melbourne Hall. Lorsque la baronne avait reconnu les pleurs d'une fille, elle ne s'était même pas donnée la peine d'entrer dans la chambre. Elle ne s'était même pas tracassée à féliciter la marquise pour la naissance de son second petit-enfant.
« Venez vous asseoir avec votre sœur, Caroline. » ordonna Lady Regina-Louise.
Alors que Mademoiselle Caroline se retourna vers sa mère pour prendre la jeune main de Miss Lucy, Hermione posa délicatement sa plus jeune fille au sol. Dès que les pieds de Miss Lucy touchèrent le sol, elle s'empressa d'attraper la main de sa grande soeur afin de se rendre près de leur grand-mère d'un pas excessivement lent. Une fois assises, les demoiselles posèrent leurs regards, l'un ambré l'autre émeraude, sur leur père, attendant patiemment l'annonce. Lady Hermione, quant à elle, préféra rester debout — lasse d'être constamment assise.
Laissant passées quelques secondes de silence que Lady Regina-Louise trouva fort théâtrale, Lord Nott s'éclaircit la gorge avant de converser.
« Un ami de longue date vient de revenir de cette maudite guerre*. » déclara-t-il avec une joie non dissimulée. « J'ai pris la disposition d'organiser un bal en son honneur ainsi que de l'inviter à passer quelque temps ici. »
« Voilà une délicieuse nouvelle ! » réagit la baronne, ravie. « Mais est-ce judicieux, Théodore ? Dans votre état... »
« Je vous remercie quant à l'intérêt que vous portez à ma santé, mère, mais je me sens étrangement mieux depuis quelque temps. » il se tourna vers sa jeune épouse. « Qu'en pensez-vous, Hermione ? »
Qu'en pensait-elle ? Hermione haïssait les mondanités. C'était toujours l'opportunité pour les grandes dames de critiquer tout au long de la soirée les faits et gestes de la marquise. Quant à l'envie de recevoir un nouvel ami dans sa demeure… Inutile de déclarer à quel point cela l'embêtait tant.
« Comme il vous plaira. » répondit alors Hermione car c'était la seule chose à répondre.
Theodore lui offrit un doux sourire en guise de remerciement. Il était primordial pour lui que sa jeune épouse soit en accord avec tout ce qu'il faisait ou disait. Sans doute tenait-il du côté de son père.
« Parfait ! Absolument parfait ! Mère je suppose que je peux compter sur vous pour les préparatifs ? » Regina acquiesça. « Splendide ! » il posa à nouveau son regard sur sa femme. « Croyez-moi, Hermione. Vous allez beaucoup l'apprécier. »
« Oui. » répliqua Lady Regina-Louise assombrissant la pièce de sa robe. « Lord Malfoy est un homme tout à fait charmant. »
*Macbeth est une tragédie de Shakespeare paru en 1623.
*Candide est un conte philosophique écrit par Voltaire et publié en 1759. Voltaire était connu pour être le représentant de la philosophie des Lumières (XVIIIe siècle). Il fut longtemps critiqué pour ses idées et fut même enfermé à deux reprises à la Bastille en 1717 et en 1726.
*La cage à oiseaux ou 'birdcage' en anglais réalisé par le forgeron Robert Bakewell (1682 - 1752) en 1706. C'est un dérivé des tonnelles en bois communes aux jardins à la française puisqu'ici elle est en fer.
*George I (1660 - 1727) fut roi de Grande-Bretagne de 1714 jusqu'à sa mort en 1727.
*Anne de Grande-Bretagne (1665 - 1714) fut reine d'Angleterre, d'Irlande et d'Ecosse de 1702 jusqu'à son décès en 1714. Pour rappel, l'Angleterre et l'Ecosse s'unissent comme un seul État souverain (Grande-Bretagne) qu'à partir de 1707.
*George de Danemark (1653 - 1708) était le mari de la reine Anne de Grande-Bretagne.
*Godfrey Kneller (1646 - 1723) était un peintre de portraits britannique.
*Guerre d'indépendance des États-Unis (19 avril 1775 - 11 avril 1783) où les treize colonies, fondées par des colons anglais, se soulevèrent contre la couronne britannique, aboutissant par la suite à la création d'états indépendants.
note de l'auteure
Premier chapitre, quelles sont vos impressions ? Pour vous situer dans le temps, nous sommes actuellement en mai 1783. Par ailleurs, qu'avez-vous pensé du personnage de Caroline ainsi que de notre cher Theodore, Lady Regina-Louise et — bien évidemment, Hermione ? Vos avis sont très attendus comme toujours. Dans l'attente de vous lire...
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RÉPONSES AUX REVIEWS
Flamby : Merci beaucoup pour ton commentaire, j'espère que ce premier chapitre te plaira tout autant. Malheureusement, il va falloir encore patienter pour voir le rôle que va prendre notre Draco Malfoy. LMDB.
Swangranger : Quel bonheur de te revoir à nouveau ! Je suis heureuse que ce prologue ait attisé ta curiosité. En espérant que ce premier chapitre te plaise tout autant. LMDB.
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