« Mademoiselle, vous devez manger maintenant »
Elle renifla d'un air dédaigneux, ne levant pas les yeux de sa feuille.
Manger ? Comme si elle avait du temps à accorder à ce genre de futilité.
Abby était introuvable depuis plus d'une semaine et son responsable avait choisis le même moment pour lui mettre un gros coup de pression. A sa grande honte, elle avait considérablement négligé sa mission d'infiltration dans le restaurant qui servait de point de rencontre aux membres du Consortium. Elle n'avait tout simplement pas eu la tête à ça ces derniers temps tout comme elle n'avait pas disposé de son ordinateur au manoir Phantomhive.
Depuis son séjour à l'hôpital, elle passait l'intégralité de ses journées à lire des dossiers, éplucher les comptes rendus fournis par les agents de renseignement et à appeler des amis d'Abby dans l'espoir qu'ils aient des nouvelles d'elle. Ils lui répondaient inlassablement par la négative et ils s'étaient promis de se tenir au courant si l'un d'entre eux avait du nouveau. Elle ne connaissait pas vraiment ses fréquentations, elle et Abby n'avaient jamais trop mélangé leurs vies respectives.
Aussi inconcevable que cela puisse paraître, elle s'était retrouvée à devoir organiser un séjour à l'hôtel pour pouvoir poursuivre sa mission, ne trouvant pas de moyen plus efficace pour enquêter. Elle avait appris de ses recherches que le Shard était le plus haut gratte ciel de Londres et qu'il avait été inauguré très récemment. Le restaurant qu'il abritait n'était qu'une petite partie de l'iceberg, l'enseigne appartenant et dépendant directement de l'hôtel Shangri-La, un établissement select et complet la plupart du temps qui constituait la majeure partie de l'occupation du building avec des bureaux privés.
Elle avait du jouer de ses relations avec le gouvernement pour pouvoir obtenir une chambre pendant quelques temps et ainsi espérer en apprendre plus sur les fréquentations de l'établissement. Harling avait tout de suite approuvé cette idée et s'était dépêcher de faire financer le projet. Le meilleur moyen de découvrir quoi que ce soit restait encore de se fondre dans la masse anonyme des clients et d'ouvrir l'œil en laissant traîner ses oreilles un peu partout. Le plus dur avait été la couverture et son identité de journaliste s'était une fois de plus révélée précieuse même si tout cette démarche administrative lui avait fait perdre un temps fou.
Elle n'arrivait pas à mettre du cœur dans son travail, ce dernier se resserrant douloureusement dès qu'elle pensait à Abby. Son amertume ne lui laissait aucun répit. Elle savait que la jeune femme ne serait jamais partie sans en informer personne. Ce n'était tout simplement pas son genre. Élise fulminait, impuissante, craignant qu'il ne lui soit arrivé quelque chose de mal.
Si elle avait pu rentrer en même temps qu'elle du manoir, tout cela ne serait jamais arrivé. Elle aurait pu la protéger. Comme elle s'en voulait.
Elle jeta un autre dossier sur le sol avec une rage mal contenue.
Si Ciel ne m'avait pas forcé à rester
« Mademoiselle vous allez dégrader votre santé si vous continuez de vivre à ce rythme éreintant »
Elle soupira d'agacement.
A quoi bon se défouler sur le brave vieil homme qui effectuait comme toujours son travail à la perfection ?
« Bon, pose toujours ça là Andrew je mangerai plus tard »
Il posa le plateau repas près d'elle sur le vaste bureau submergé par le papier et se retira prestement.
« Je compte sur vous, d'accord ? »
Il lui lança un regard condescendant appuyé avant de refermer la porte doucement.
Elle releva la tête de son dossier pour la première fois depuis plusieurs heures et contempla la rue londonienne par la grande fenêtre de sa chambre. Il faisait déjà nuit et les phares des voitures dansaient dans les allées interminables de la City. Voir sans être vue lui procurait un plaisir certain. Elle se plaisait à regarder la vie grouiller en dessous d'elle. Cela lui permettait de s'échapper, de se mettre à la place de l'homme qui passait d'un pas pressé sur le trottoir d'en face, une valise noire et austère à la main ou de la vielle dame qui promenait son chien chaque jour, à la même heure, se complaisant dans sa confortable routine.
Elle bâilla à s'en décrocher la mâchoire. Elle ne mangeait presque plus et ne dormait pas plus depuis son passage à l'hôpital. Elle ne supportait désormais plus l'obscurité. Les lumières du manoir restaient allumées jours et nuits sur ses ordres. Elle ne parvenait plus à fermer l'œil la nuit, profitant de ses fins d'après midi pour se reposer quelques heures quand son esprit tourmenté lui en laissait gracieusement la possibilité.
Elle entreprit d'attraper une part de Banoffe cake, délaissant les fruits frais qu'Andrew venait d'apporter. Il lui fallait du sucre si elle voulait tenir. Elle avala la pâtisserie machinalement en moins d'une minute, la savourant à peine.
De retour sur ses papiers, elle fronça le nez. Depuis combien de temps n'avait-elle pas pris de douche ?
Elle grogna d'irritation. Elle faisait peine à voir.
C'est pathétique de se laisser aller de la sorte. Toute cette faiblesse que tu laisse transparaître
Elle se tourna pour contempler sa fenêtre d'un œil morne.
Sebastian lui avait sauvé la vie quand il en avait émergé ce soir là. Il avait traversé la ville, sautant de toit en toit pour l'emmener à l'hôpital en faisant preuve d'une célérité inhumaine qu'Andrew, même avec la meilleure volonté du monde, n'aurait jamais pu égaler.
Tout cela sur ordre de Ciel, bien sûr. Elle soupira.
C'était bien lui qui contrôlait le moindre geste du majordome et avait une autorité suprême sur le démon, qu'elle soupçonnait avec ardeur d'être plus âgé que lui.
Comment ces deux là pouvaient être de la même espèce et pourtant si opposés ? Sebastian avait le sourire facile, toujours avenant et chaleureux alors qu'elle n'avait jamais vu Ciel sourire autrement qu'avec son air narquois horripilant.
Bien qu'à une lenteur affligeante, sa liste d'informations sur le noble s'étoffait de plus en plus.
Elle savait à présent qu'il était né à la fin du XIXe siècle, soit en même temps que le dernier héritier de la maison Phantomhive recensé. Mais c'était surtout un démon et il n'y avait aucun doute là dessus. Quelque chose ne collait pas dans son raisonnement.
Cela soulevait l'hypothèse folle que les humains puissent devenir des démons. Mais qui avait un tel pouvoir si c'était la cas et comment était-ce possible ?
Plus elle y pensait, plus elle acquérait la certitude que c'était forcément lui, l'orphelin Phantomhive décédé très tôt. Elle lui donnait pourtant un tout autre âge aujourd'hui.
Si il avait continué de grandir pourquoi n'était-il pas plus vieux et pourquoi n'avait-il pas l'apparence d'un jeune garçon si à l'inverse les démons ne grandissaient pas ?
Ou alors il ne serait pas mort à quatorze ans comme le recensaient les registres de la bibliothèque
Elle se posait tellement de questions sur les circonstances de cette transformation. L'avait-il souhaité ? Qu'avait-il fait pour mériter ça ?
C'était pourtant une seule question précise qui harassait Élise plus que toutes les autres et qui ne quittait jamais son esprit quand il était près d'elle. Avait-il besoin de se nourrir d'âmes ?
Et Sebastian ? Était-elle parfaitement en sécurité avec eux ?
Tant de questions et si peu de réponses. Il lui avait même un jour dit qu'il aurait souhaité mourir longtemps auparavant, ce qui lui avait fait de la peine.
Qu'y avait-il de plus horrible, de plus désespérant que de vivre sans même le vouloir alors que tous ses proches et connaissances, son monde, mourraient au fur et à mesure sous ses yeux ?
Elle soupira une énième fois. Elle avait été dure avec lui le soir du restaurant. Elle s'était laissée emporter par sa frustration envers son attitude distante. Il était malgré tout venu la voir à l'hôpital, laissant son irréductible tas de paperasse et son amour de la solitude de côté.
Elle serra les dents. Elle ne devait pas baisser sa garde. C'était un démon et c'était l'argument exclusif qui justifiait cette mesure. Il ne resterait pas sur Terre si il n'y avait plus rien pour l'y retenir. Défendait-il la couronne par devoir comme se devait de le faire les maîtres de maison Phantomhive dont il avait privé les monarques britanniques en laissant éteindre sa lignée ?
Ciel se consacrait entièrement à sa tâche, jour après jour, entretenant avec soin sa couverture pour assurer le bon déroulement de son travail, fidèle à sa famille et à sa Reine.
Ce démon la laissait confuse et méfiante.
Surtout confuse malheureusement
Et pourquoi Sebastian obéissait-il à toutes ses directives sans broncher ? D'où tenait-il cette autorité ? Qu'avait fait Ciel pour aliéner un autre démon, aussi récalcitrant que sournois ? Pourquoi Sebastian persistait-il à servir un démon plus jeune que lui qui se complaisait à accomplir des frivolités de mortels telles que la gestion d'une entreprise où la défense d'un royaume ? Cela devait parfaitement lui passer par dessus la tête.
Elle délaissa le reste du plateau repas et se dirigea vers la salle de bain avant de faire elle même couler un bain dans la grande pièce carrelée d'or et de pourpre. Elle avait apporté avec elle les lettres que son majordome était venu lui déposer un peu plus tôt dans la journée.
Elle entra dans le bain chaud et soupira d'aise avant de se nettoyer minutieusement. Une fois propre, elle se dirigea vers le présentoir de marbre et se saisit d'un coupe papier pour entamer la pile de courrier, laissant son corps sécher à l'air libre.
Quelques minutes de lecture plus tard, elle constata que l'enveloppe qu'elle s'apprêtait à ouvrir était vierge de toute adresse ou inscriptions. Cela signifiait que quelqu'un était directement venu la déposer dans sa boite aux lettre, elle ne serait jamais arrivée à destination le cas contraire.
Des gens savaient donc à présent qu'elle était vivante et où elle habitait.
Elle renifla dédaigneusement. Cela n'avait pas traîné. La lettre était écrite à la main d'une calligraphie très aérée.
Veuillez suivre les instructions suivantes si vous souhaitez revoir votre amie saine et sauve.
Elle écarquilla les yeux et défaillit, sidérée. Une rage sans nom s'empara d'elle et le papier se froissa sous ses doigts.
Le mois prochain se tiendra une réception au château de Bran, conservez cette lettre comme invitation et rendez-y vous seule.
Vous vous rendrez à Brasov dans la nuit du trente juillet et attendrez votre guide dans la taverne de Roata Norocului, près de la cathédrale à vingt heures précises.
N'essayez pas de rejoindre le château avant cette date, votre amie subirait les conséquences de votre désobéissance.
Elle relu la lettre non signée une dizaine de fois, toujours aussi incrédule. Elle contenait difficilement l'exclamation d'effroi qui tentait de se frayer un passage dans sa gorge. Abby avait été enlevée et était à présent séquestrée elle ne savait où.
Brasov. Dans quel pays était donc cette ville ? Certainement pas en Angleterre en tout cas.
La réception ne se tenait que dans un mois. Et si Abby ne survivait pas à l'attente ? Était-elle bien traitée ? Qui avait intérêt à lui faire du chantage pour l'entraîner hors de son pays ? Que voulait-on d'elle ? Et si c'était une ruse ? Elle vérifia l'enveloppe une nouvelle fois. Quelques mèches blondes traînaient au fond du papier.
Elle serra les dents. A quoi bon faire une analyse ADN pour quelque chose d'aussi évident ? Ils avaient anticipé sa méfiance.
Elle se rua vers la porte, paniquée, laissant des traînées d'eau derrière elle tandis qu'elle enfilait un peignoir en vitesse et descendait les marches à toute allure. Andrew faisait la poussière dans le salon.
« Andrew ! Quand as tu relevé le courrier ? »
« Mademoiselle ? » Il paru décontenancé à sa mine grave. « C'était ce matin »
« Les lettres que tu m'as donné datent donc d'hier au plus tard ? »
« Oui. Enfin vous n'avez pas lu votre courrier de la semaine donc cela dépend de leur position dans la pile »
Elle soupira de frustration. Évidement elle n'avait pas pris soin de noter ce détail. Elle se maudit pour cet oubli stupide.
« Aurais-tu vu quelqu'un d'autre que le facteur déposer du courrier ? »
Il réfléchit un instant.
« Non mademoiselle »
Elle regarda autour d'elle.
« Quel jour sommes-nous ? »
« Nous somme le dix sept juillet mademoiselle »
Elle écarquilla les yeux. Les jours étaient passés si vite ?
Tout ce qu'elle pouvait, c'était patienter. Elle n'avait aucun moyen d'entrer en contact avec les ravisseurs sans mettre Abby en danger.
Andrew tiqua soudain et dirigea son regard derrière elle.
« Qu'y a t-il ? »
« On a frappé, mademoiselle »
Elle fronça les sourcils. Elle devait se méfier à présent qu'on connaissait son identité.
« Fais le entrer mais fais attention, je vais m'habiller j'arrive »
Elle remonta les marches tandis qu'Andrew se dirigeait vers la porte d'entrée.
Elle attrapa vite des bas, une haute jupe noire et une chemise crème à col rond noir assez formelle et se coiffa avant de redescendre, jouant la maîtresse de maison du mieux qu'elle pouvait. Si on savait dorénavant qui elle était, elle ne ferait pas honte à sa famille.
Être digne.
Des bribes de voix s'échappaient de l'étage inférieur tandis qu'elle s'approchait de l'escalier.
« Pas de problème, oui je veux bien, sans sucre s'il vous plaît »
Elle descendit les marches et rejoignit le salon d'un pas leste, les épaules droites. En la voyant arriver, l'homme se leva de sa chaise. Il devait avoir environ cinquante ans. Ses cheveux grisonnaient par endroit mais il restait vigoureux en apparence pour son âge.
« Lady Debussy ? »
Elle demeura imperturbable et se força à une voix neutre.
« En effet. A qui ais-je l'honneur ? »
Il sourit et s'inclina.
« Veuillez excusez mon impolitesse. Je suis Lawrence Hamilton, nommé Chevalier du Très Noble Ordre de la Jarretière par sa Majesté la Reine. Je travaillais avec votre père »
Elle fouilla dans sa mémoire pour essayer de se souvenir si ce nom figurait dans la liste de criminels infiltrés ou collaborateurs que Ciel lui avait transmise. Pas à ce qu'elle s'en souvienne. Elle inclina la tête à contre cœur comme l'exigeait le protocole.
« Bienvenue au manoir Debussy sir. Mon père, vous dîtes ? »
« Merci my Lady. Oui, je travaillais dans l'un des autres secteurs, le NEPS étant une subdivision du MI6. Nous avions le même supérieur hiérarchique lui et moi »
Elle aurait dû s'en douter plus tôt. C'était pour ça qu'elle n'avait jamais entendu parler du NEPS, il s'agissait d'une branche interne des services secrets britanniques.
« Très bien. Et que me vaut l'honneur de votre visite ? »
« Les nouvelles vont vites, vous savez. Je suis venu voir par moi même l'héritière Debussy en ayant appris qu'elle avait miraculeusement survécu »
Elle avait un mauvais pressentiment.
« Est-ce vraiment l'unique raison sir ? »
Il rit, détendant l'atmosphère mais pas Élise.
« Je n'appréciais pas particulièrement votre père, je dois vous l'avouer, mais le drame qui l'a touché lui et votre famille m'a sincèrement attristé »
Elle haussa les yeux, impassible.
« Et vous m'apportez des fleurs, pour mon deuil ? »
« Non, vous semblez selon moi ne plus le porter depuis quelques temps déjà »
Elle revint sur le sujet qui l'intéressait.
« Vous dîtes que vous travailliez pour le MI6. Ce n'est plus le cas ? »
« Voyez-vous, la tragédie de votre famille a profondément marqué les services secrets britanniques à sa façon. Il s'en est suivit une politique de licencient de grande envergure, dirigé par des responsables plus ou moins impartiaux »
Elle ressentait l'amertume dans sa voix.
« Et vous avez été écarté de la direction de votre service quand on a douté de votre sérieux »
« En effet. Enfin avec le temps je ne m'en plains pas, c'était un métier éprouvant »
Elle le sonda longuement.
« Asseyez-vous, je vous en prie. Andrew ne devrait plus tarder »
L'homme hocha la tête et s'assit et elle fit de même à l'autre bout de la table. Elle laissait volontairement une distance entre eux.
« Donc si je comprends bien, sir Hamilton, vous voilà sur votre séant dans mon séjour avec l'ambition secrète d'une revanche sur les âmes sans scrupules qui vous ont pris votre poste »
Il rit, de nouveau décontracté.
« Pourquoi donc pensez-vous ça ? »
Elle sourit, nullement impressionnée.
« Allons, nous savons tous les deux que vous ne vous seriez pas déplacé jusqu'ici après une rude journée de travail pour venir prendre le thé avec moi et me raconter des anecdotes croustillantes sur mon défunt père. Il semblerait que je vous sois d'une quelconque utilité »
L'homme s'assombrit imperceptiblement. Il ne semblait absolument pas tolérer qu'une gamine de son âge lui parle sur ce ton. Il reprit son sourire suffisant.
« Eh bien pourquoi pas ? Il y en a des choses à raconter sur votre père, lui qui se croyait au dessus de tout le monde »
Elle le regarda froidement.
«Les maîtres de maison des Debussy se doivent de porter leur titre avec honneur et dignité »
« Haha, c'est sans doute un trait de famille. C'est une maison récente pourtant, elle a moins d'un siècle si je ne m'abuse »
« Mon illustre ancêtre s'est vu anoblir et nommé Chevalier du Très Honorable Ordre Militaire du Bain pour ses services rendus à la nation il y a de cela près de cent quatre-vingt sept ans. La dignité et la rigueur sont donc les vertus traditionnelles de notre maison »
« Tout comme vos racines françaises. Même si les Debussy ont toujours eu coutume de vivre à Londres, là ou leur titre était le plus reconnu, ils ont toujours mis un point d'honneur à présenter une éducation élargie de la France et de sa langue, vous êtes vous même française de naissance je me trompe ? »
Il y avait une pointe de désapprobation dans son ton, comme si le fait qu'elle soit française était regrettable à ses yeux.
« De fait, sir Hamilton. La France est un pays noble. Seuls ses choix constitutionnels n'ont pas toujours été judicieux »
Son air devint narquois.
« Les Debussy épousent donc les idées monarchistes ? Tenteriez-vous de gagner mes faveurs, my Lady ? »
Elle se retint de lever les yeux au ciel.
« Nous ne sommes pas pour l'avilissement et la société de classes, mais considérons que le pays doit s'appuyer sur un chef légitime impartial, instruit et formé qui saurait guider moralement son peuple »
« C'est donc l'explication de votre attachement à l'Angleterre et à son illustre monarchie ? »
« Une monarchie constitutionnelle sir, cela nuance votre tableau si bien brossé. Louis-Philippe Debussy était clairvoyant pour son époque, il savait que la République avait des faiblesses : celles des hommes qui la dirigent »
« Je suis en effet au courant de l'échec cuisant qu'ont été vos trois Républiques précédentes »
« La République Française est aujourd'hui stable, ses défaillances sont principalement dues à la mondialisation, comme pour beaucoup d'autres pays européens »
« Vous avez beaucoup perdu au cours de ces deux guerres n'est-il pas ? »
Ses yeux se firent perçant, au fur et à mesure qu'elle sentait sa colère s'intensifier.
« Tout autant que l'Angleterre »
« La couronne anglaise est puissante, et populaire »
« La couronne anglaise n'est rien sans son gouvernement et la tutelle exécutive et législative qu'il exerce sur elle. L'époque n'est plus à la toute puissance monarchique mon brave Sir Hamilton »
Un pli désapprobateur se forma au coin de sa bouche.
« Tout comme votre République est faible sans ses principes fondateurs aujourd'hui ignorés voir bafoués à cause du manque de rigueur de ses dirigeants »
« Ce n'est pas un manque de rigueur mais de la tolérance. Êtes vous donc venu jusqu'ici pour me faire subir ce débat politique Sir Hamilton ? »
Il sourit devant son effronterie.
« Eh bien vous avez du cran my Lady, tout comme votre père »
« Vous m'en voyez honorée »
Il lui fit un sourire mauvais et parla d'une voix plus basse, comme à lui même.
« Est-il pour autant prudent de prendre cela pour un compliment je me le demande ... »
Elle le toisa longuement, ne lui cédant rien. Cet homme ne lui plaisait pas. L'insolence et la rancœur dans son regard n'étaient que trop menaçantes.
Andrew arriva et servit le thé sans un mot et elle posa de but en blanc la question qui lui brûlait les lèvres depuis quelques minutes.
« Savez-vous qui sont les assassins de mes parents et de mon frère ? »
Il saisit sa tasse et attrapa un biscuit qu'il porta à ses lèvres d'un air distrait.
« Ah votre frère ... la nation a perdu un sacré atout cette nuit là, un tel prodige, il aurait fait un très bon successeur. Quand à votre charmante mère, sa prestance et son adresse avec les mots doivent manquer à beaucoup. C'était une femme instruite et délicieuse, même si elle n'avait pas choisit s'épanouir dans un métier intellectuel. Vous avez son nez et ses yeux d'ailleurs, my Lady »
Elle se retint de claquer la langue, agacée par tant d'hypocrisie.
« Elle souhaitait surtout être à nos côtés pour nous élever comme une mère responsable »
« C'est tout à son honneur. Je la respectais, c'était une femme forte »
« Comme se doivent d'être les épouses des maîtres de maison Debussy »
Il sourit à ses paroles et s'appuya sur son dossier avec flegme.
« Et vous, allez-vous reprendre le titre de votre prédécesseur ? » Un sourire frondeur passa sur ses traits. « Allez-vous revendiquer l'héritage de votre père au risque d'éveiller sur vous quelques convoitises nocives, my Lady ? »
Elle haussa les sourcils, méprisant son interlocuteur comme il se plaisait à le faire.
« Cette question n'est pas d'actualité »
Il laissa tomber son biscuit dans le breuvage aux reflets caramel avant de se saisir d'un autre et de recommencer, impatienté.
« Vous vous trompez. Votre survie implique beaucoup de chose. Notamment votre prétention sur l'un des postes les plus convoités des services secrets britannique, héréditaire depuis toujours aux chefs de maison Debussy. Celui qui a enfin réussit à mettre la main dessus sera sacrément frustré en apprenant votre retour. J'ai moi même appris avec le temps qu'il ne fallait pas le sous-estimer »
Ses yeux se plissèrent de haine. Aaron Roswell. Le successeur de son père au poste de directeur.
Elle serra les dents. Encore une chose qu'elle ignorait jusqu'à présent. Le poste qu'avait occupé son père au sein des services secrets lui avait donc été réservé ?
Pourquoi l'avait-on tenu dans cette ignorance désespérante ? Et Ciel ? N'aurait-il pas pu lui expliquer ce détail primordial ?
Elle soupira intérieurement. Elle savait malgré tout pourquoi son père n'avait jamais abordé le sujet avec elle, lui faisant croire qu'il gérait une toute autre entreprise. Cadette de la fratrie, elle n'était pas destinée à reprendre le flambeau et son frère ne pouvait pas divulguer les informations confidentielles dont il avait été investit pour sa formation, même à elle. Cela aurait impliqué une protection rapprochée pour garantir qu'elle tienne sa langue et ils n'avaient pas voulu lui imposer ça. Mieux valait ignorer certaines choses.
Mais pas dans son cas à elle aujourd'hui.
« Alors ? Allez-vous revendiquer ce qui vous revient de droit, my Lady ? »
Elle but une gorgée de thé avec une minutie implacable, impassible.
« Non »
Il plissa les yeux.
« En êtes vous sûre ? »
Elle haussa les sourcils.
« Jusqu'à nouvel ordre oui, ce poste a causé la ruine des Debussy. Je redonnerai son prestige à ma maison d'une autre manière. En commençant par humilier et traîner devant la justice ceux qui ont fait subir ça à ma famille. Mais ce qui m'est dû est dû. Je ne pense pas renoncer à toutes les prétentions léguées par mon père. D'ailleurs, vous êtes un bien curieux hôte, sir, pourquoi me demandez vous tout ça ? »
Il sourit faussement.
« Oh, pour rien. La curiosité est un vilain défaut n'est-il pas ? Celui que cet organisme d'état abhorre le plus même » Il se leva soudain. « Ce thé était délicieux monsieur le majordome» Il se tourna vers elle. « Eh bien, my Lady, à une prochaine fois peut être ? »
Elle sourit, aimable.
« Ou peut être pas ? Bonne soirée sir Hamilton »
Ce vieil extrémiste ne lui inspirait rien de bon, tout comme son ton doucereux et faux. Il ne semblait absolument pas désintéressé par le sujet pour quelqu'un qui se disait délesté d'un poids en même temps que de son poste.
Elle se leva et le raccompagna jusqu'à la porte d'entrée. Il se baissa et baisa sa main avec une douceur vénéneuse.
« Faîtes attention à vous, my Lady, les temps ne sont pas sûrs »
« Je suis prudente, merci de votre inquiétude à mon sujet »
Il sourit et s'inclina une nouvelle fois avant de disparaître derrière le large portail qui se referma derrière lui.
Elle souffla. Maintenant qu'elle était revenue au manoir et ne se cachait plus, ce genre de révélations désagréables ne faisaient que commencer.
Elle monta avec peine à l'étage, vidée de ses forces. Elle allait de ce pas continuer ses recherches, plus déterminée que jamais. Consortium. Elle avait la ferme intuition qu'Aaron Roswell ne s'était pas retrouvé directeur à la seule force de ses bras au sein du NEPS.
Elle ouvrit la porte de sa chambre et allait commencer à enlever ses escarpins et cette tenue on ne peux plus étouffante mais une main passa aussitôt sur sa bouche avec fermeté et la tira en arrière, suspendant son geste. Au même moment, un coup de feu assourdissant retentit à ses oreilles.
Elle écarquilla les yeux, sidérée. Elle essaya de hurler sans résultat concluant. Elle saisit le bras pour se dégager mais un autre vint la bloquer pour l'empêcher de bouger. Un kidnapping ? Elle lutta comme elle pu et attrapa les poignets de celui qui l'entravait et se poussa avec force en arrière contre le mur pour qu'il s'y cogne. Déterminée, elle tenta de rétablir un mince espace entre l'homme et elle et passa ses mains jointes dans son dos pour frapper avec force une zone sensible sous son bassin mais la main l'arrêta aussitôt. Elle entendit alors un murmure dans un souffle.
« Arrêtez »
Elle écarquilla les yeux et se détendit progressivement. Ses respirations hachées furent le seul son de la pièce avant de longues minutes, bien que la main se pressait sur sa bouche, comme pour l'empêcher de faire trop de bruit. Elle resta contre l'homme, obéissante. Elle le connaissait suffisamment pour deviner qu'il y avait une bonne raison pour qu'il l'entrave de cette manière. Comme dans le vieux château.
Ce qu'elle ne comprenait pas, c'était qu'il la maintenait contre son torse avec fermeté, les empêchant de se décoller du mur et par la même occasion de l'un de l'autre. Il approcha finalement ses lèvres de son oreille et parla très bas, de sa voix désabusée habituelle. Elle sentit son cœur rater un battement. Son souffle chaud lui chatouilla l'oreille et elle réprima un frisson malvenu.
« Il y a des micros dans votre chambre, ne parlez pas et écoutez »
Il relâcha progressivement sa prise sur sa bouche et elle souffla discrètement.
« Des snipers. Si vous aviez fait un pas de plus vous seriez sortie de l'ombre et auriez été dans l'angle de la fenêtre »
Elle fronça les sourcils. Autrement dit, elle serait morte.
« Il y a des hommes armés tout autour du manoir. Je ne voulais pas les tuer avant de comprendre leur motivation mais je l'ai quelque peu appréhendé en entrant ici » Il désigna le mur d'en face. Deux impacts de balle le perçait, à la hauteur de leur têtes, le plomb fermement encastré dans le plâtre fissuré.
« Ils m'ont pris pour vous. Je me suis douté que votre chambre serait l'endroit le plus surveillé » Il la poussa vers la porte et s'écarta avant de s'avancer pour jeter un regard vers la fenêtre, ne craignant pas spécialement les coups de feu. « Que voulait votre invité ? »
Elle déglutit difficilement, sidérée.
Un coup de feu se fit entendre et il se redressa vers elle d'un air ennuyé. Une autre balle se logea dans le mur. Comment n'avait-elle pas entendu le premier coup de feu alors que ses oreilles sifflaient à présent ?
« On a parlé de choses bizarres et il m'a demandé si je souhaitais reprendre le poste de mon père »
« Et que lui avez-vous dit ? »
« Que rien n'était sûr »
Il soupira.
« Qu'est ce que c'est censé impliquer ? »
« Que vous êtes une gêne de laquelle il faut se débarrasser »
Elle écarquilla les yeux.
« C'était pour savoir mes intentions qu'il venait ? »
« Très probablement »
« Il a bien joué la comédie cet empaffé »
Il se retourna vers la fenêtre et lui demanda d'un air atone :
« Puis-je les tuer ? »
Elle fonça les sourcils, étonnée.
« Pourquoi auriez-vous besoin de mon consentement pour le faire ? »
« Parce qu'ils sont venus ici pour vous supprimer. Si ceux qui les ont envoyé perdent une trentaine d'hommes dans cette entreprise ils ne risque pas de beaucoup vous apprécier et il y aura forcément des représailles »
C'était trop tard pour se plaindre de ce genre de risques. Elle haussa les sourcils, à son tour désabusée.
« Qu'est ce que vous attendez pour nous débarrasser de cette vermine ? »
Une lueur d'amusement passa dans son regard et il hocha la tête.
« Ne bougez pas d'ici et ne vous mettez pas dans l'angle des fenêtres »
Il se dirigea droit vers la fenêtre avec nonchalance, ne bronchant pas malgré la douzaine de balles qui venait de le transpercer. Il prit appui sur le rebord, ne portant pas la moindre attention au verre brisé s'enfonçant dans sa chair et il disparut de son champ de vision quand il sauta à terre.
Elle retourna aussitôt derrière la porte et cligna des yeux, plantée comme une idiote. Elle ne pouvait pas sortir, la porte s'ouvrait de l'intérieur et le temps de la contourner, elle finirait criblée de balles. Ils avaient du se serrer derrière la porte, dans l'interstice entre le battant et le mur pour ne pas entrer dans le champ de vision des snipers.
Des coups de feu faisaient rage dans toute la propriété et Élise se sentit s'inquiéter en pensant à tous ceux qui entendraient le raffut. Cela passerait à la télé à coup sûr. Un autre hurlement de douleur cingla dans la nuit et une veine saillante pulsa sur son front.
Elle se précipita vers la fenêtre, aucun coup de feu ne venant l'y accueillir.
« Faîtes moins de bruit vous allez ameuter tout le quartier bon sang ! »
Elle ne reçut pas d'autre réponse que le silence et elle soupira, éprouvée. Même si il était trop tard, c'était quand même mieux.
Elle repensa à ce qui venait de se passer, Ciel et elle flanqués dans un espace de moins d'un mètre carré. Bien qu'il avait fait ce geste pour cause d'extrême urgence, la proximité qu'ils avaient eu la troublait. Comment pouvait-on être si froid et pourtant prendre autant de précautions ?
Quelqu'un passa par sa fenêtre et Ciel apparu de nouveau devant elle sans la moindre entaille ou trace de blessure, le regard lassé.
Il soupira, époussetant sa veste maculée de saletés et de sang, se remémorant ses propres remontrances envers Sebastian quand il ne parvenait pas à dormir la nuit à cause des cris des assassins qu'il éliminaient. Il ne semblait pas vexé le moins du monde par sa remarque.
« Vous ne seriez pas un peu capricieuse Debussy ? »
Il essuya une traînée de sang sur sa joue d'un revers de manche.
Elle avait envie de s'approcher de lui, de lui demander si tout allait bien mais elle s'abstint. Cela aurait été stupide et faible de sa part et par dessus tout inutile. A la place, une veine saillante apparue sur son front.
« On va passer à la télé dès ce soir je vous signale ! »
Il s'observa et déboutonna sa veste, trouée de part en part par les impacts de balles avant de la prendre sous son bras et de se diriger vers la porte, toujours aussi las.
« Arrêtez un peu de crier bon sang »
Elle le regarda faire.
« Où est ce que vous allez ? »
« Manger »
Elle tomba presque à la renverse, indignée. A quel point était-il obsédé par la nourriture et pourquoi dans un moment pareil ? Il descendait déjà les marches, ne se donnant pas la peine de l'attendre.
Fichu démon borgne
Elle lui emboîta le pas sans se départir de son agacement. Elle arriva dans la salle à manger qui n'était en réalité qu'une unique et énorme pièce avec le salon et fut accueillie par Sebastian et son sourire amusé. Il était déjà arrivé au manoir ? Ciel s'était déjà installé à table.
« Il est l'heure de dîner mademoiselle. Vous avez perdu du poids, cela se voit sur votre visage »
Elle fronça les sourcils, ennuyée et bougonna dans sa barbe.
« Vous trouvez »
Une vois stridente familière se fit entendre depuis la porte d'entrée.
« Phamtomhiive j'aime quand tu te déchaîne comme ça … Je t'ai vu peindre tout ces types d'un pourpre mirifique c'était splendiide et en plus tu en avais partout sur toi petit sagouin aaaah tu peux me châtier moi aussi je ne lutterai pas ! »
Toute couleur déserta le visage de Ciel et elle remarqua le frisson d'horreur qui le traversa d'où elle était.
« Épargne-nous tes insanités monstrueuses ! Qu'est ce que tu fais là en plus ? »
Ce Grell avait un talent fou pour le mettre hors de ses gonds. Il était appuyé sur la porte dans une pose lascive qu'il espérait séduisante, sa tronçonneuse traînant par terre. Une goutte coula du front d'Élise et elle entendit Sebastian soupirer, agacé.
« Ah, toute cette fougue ça m'émoustille ~ »
Une veine pulsa sur le front de Ciel et il y passa ses doigts, s'astreignant au calme. Mieux valait ne pas donner d'autres excuses au Shinigami pour parler.
« Vous vous rendez compte de ce que je subis au quotidien monsieur ? »
Il se retourna vers Sebastian, désabusé.
« Tu ne vas pas commencer toi. Ce type est juste fou à lier »
Andrew déboula subitement du jardin en hurlant, un fusil à pompe à la main et un maquillage de camouflage sur le visage, l'uniforme maculé de terre, comme si il sortait d'une planque.
« Mademoiselle couchez-vous ! Nous sommes attaqués ! »
Elle cligna plusieurs fois des yeux, incrédule, une goutte lui coulant lentement du front.
Il est un peu lent à la détente
Il jeta un regard à ses alentours et aux gens devant lui qui allaient passer à table.
« Je euh il semblerait que l'endroit soit de nouveau sécurisé »
Ciel, qui fixait Andrew depuis son entrée en scène, médusé, se tourna vers elle, un mince sourire amusé sur les lèvres.
« Vous devriez le laisser se reposer Debussy. Il s'est vaillamment battu contre les intrus, après une lutte pareille il doit être épuisé » Il se pencha vers elle et parla plus bas d'un air blasé et la goutte au front. « Près de la moitié des balles que j'ai reçu venaient de lui »
Elle se retint de rire et soupira doucement. Andrew avait un côté impulsif et le sang chaud pour quelqu'un de son âge. Ce vieil homme n'en finissait pas de l'étonner.
« Andrew, tu as tes quartiers pour la soirée. Tu viens manger avec nous ? »
Le vieux majordome peinait à reprendre sa respiration.
« Volontiers mademoiselle … Non je n'ai pas faim, je aller vais me coucher je pense ... »
« Bien, à demain Andrew, repose toi bien ! »
Il hocha faiblement la tête fit demi tour, encore incrédule, se demandant certainement si il ne commençait pas à devenir fou. Il avait du être perturbé en voyant Ciel en action et le combat se terminer aussi vite … Une fois la porte claquée, Sebastian intervint.
« Bien ! Pour ce soir je vous ai préparé de la fondue savoyarde, une spécialité française des Alpes »
Ciel fronça un sourcil.
« De la fondue ? »
« C'est un plat à base de fromage, de pain et de charcuterie dont les français raffolent, j'ai pensé qu'il fallait que mademoiselle Élise reprenne des forces »
« Enfin là c'est surtout de la graisse qu'elle va prendre »
Elle se retourna d'une traite vers l'insolent. Une envie de meurtre dans le regard, elle lui envoya sa fourchette à la figure et il s'effondra sur la nappe.
« On t'as pas demandé ton avis espèce de clampin ! »
Une petite fontaine de sang gicla du front du Shinigami, là où la fourchette s'était plantée.
Sebastian intervint, sans pitié.
« Monsieur Grell je vous l'ai déjà dit, gardez vos fluides corporels pour vous »
Des larmes coulèrent de ses yeux verts.
« Bouhouhou je suis mal aimée … » Il se tourna vers Ciel en désespoir de cause. « Phantomhive dis moi quelque chose de gentil pour rassurer ... »
Ciel daigna faiblement hausser un sourcil et Élise en fit autant. Venir chercher du réconfort auprès de lui, il avait perdu la tête ? Sans surprises, il lui répondit d'un air agacé.
« Arrête de pleurer, tout ce noir sous tes yeux ça me coupe l'appétit »
« Non mon mascara ! Si cruel … ! »
Il avait du en mettre une quantité inouïe pour qu'il coule autant. Élise tilta soudain et laissa l'idiot du village déprimer seul en bout de table.
« Au fait comment cela se fait-il que vous soyez arrivés au bon moment toute à l'heure ? »
Ciel dépliait sa serviette sur ses genoux, se préparant à manger.
« J'étais venu voir si tout allait bien. Je suis passé par la fenêtre ouverte de la salle de bain parce que j'ai entendu la voix de quelqu'un d'autre en bas. Je suis entré dans votre chambre pour voir si personne ne vous y tendait un piège et j'ai été contraint d'y rester pour vous attendre. Si j'avais pris une balle, ma couverture d'humain serait tombée et ils auraient appris mon existence »
Elle soupira. Il lui avait encore sauvé la vie et avait même patienté jusqu'à ce qu'elle lui donne l'autorisation de les tuer pour passer à l'action. Elle se demanda ce qu'il avait fait des corps mais choisit de ne pas aborder le sujet à table.
« Merci »
Ciel haussa les épaule et regarda d'un drôle d'œil ce que Sebastian amenait sur la table.
« C'est là dedans ? »
« Oui monsieur »
Il fronça les sourcils et reporta son attention sur Élise.
« Andrew m'a demandé de vous surveiller quelque temps, avec sagesse, puisqu'il y a de grandes chances que d'autres essaient d'attenter à votre vie maintenant que vous êtes revenue sur le devant de la scène »
« C'est vous qui me l'avez conseillé si je me souviens bien »
« C'est pourquoi j'en assumerai les conséquence et resterai ici jusqu'à nouvel ordre pour assurer votre sécurité avec Sebastian »
Elle se laissa aller contre son dossier, amusée. Deux gardes du corps, et pas des moindres, elle devrait survivre un petit moment et c'était loin de lui déplaire mais Ciel avait vraiment accepté ça ?
« Alors vous venez hanter mon manoir ? Je vous préviens je chanterai sous la douche Ciel, vous m'y avez autorisé »
Il soupira lourdement et leva les yeux au ciel, résilié.
Le Shinigami sembla reprendre connaissance à ce moment là et il se précipita vers Sebastian, encore choqué par le traitement qu'il venait de subir.
« J'arrive Sebas-chan je vais t'aider ! »
Ils le regardèrent disparaître dans la cuisine, horripilés. Elle se retourna vers Ciel et baissa la voix.
« C'est le moins que vous puissiez faire après avoir ramené ce boulet avec vous, il n'a pas de travail d'ailleurs ? »
Il soupira et reporta son attention sur le plat curieux avant d'étudier d'un air neutre l'étrange fourchette dont Sebastian les avait équipé.
« C'est sûr que je n'aimerais pas compter cet idiot parmi mes employés »
O
« Seby-chou mes oreilles sifflent »
« Rien d'étonnant à cela »
O
Elle soupira et regarda la chaise vide en face d'elle avec amertume. Abby et sa bonne humeur lui manquait.
« Qu'y a t'il ? »
Elle se retourna vers Ciel et leva son index en l'air.
« Attendez je reviens tout de suite »
Il haussa les sourcils. Où voulait-elle qu'il aille sans son repas ?
Elle sortit de table et alla chercher la lettre qu'elle donna à Ciel sans un mot et il la lu en fronçant les sourcils. En savait-il plus qu'elle ?
« Qu'est ce que vous en pensez ? »
Il soupira.
« Votre amie s'est mise dans un sacré pétrin. Elle risque de servir de sacrifice ou de je ne sais trop quoi dans une cérémonie douteuse si vous n'allez pas la récupérer »
Elle défaillit.
« Hein ?! »
Il parla d'une voix rendue monotone par la lassitude.
« Brasov est une ville du sud-est de la Transylvanie et le château de Bran qui se situe à quelques kilomètres de la ville est très connu dans la région. Il a une histoire assez obscure. Nombre de rituels y ont été pratiqués, la famille royale roumaine étant très friande d'occultisme. Des entités très puissantes et malfaisantes y séjournent parfois, appelées par les pratiquants. C'est un haut lieu de magie noire mais il me semble qu'il n'appartient désormais plus aux Habsbourg »
Elle cligna des yeux, incrédule.
« Mais ce ne serait pas le château de Dracula ? »
Il haussa un sourcil.
« Dracula ? Il n'a jamais existé, ce sont des balivernes locaux. C'est un général de guerre, Vlad III, de la dynastie princière des Basarab, que le folklore local a retenu sous le nom de Vlad l'Empaleur qui a été emprisonné dans ce château et y serait mort suite à un traitement inhumain. Il aurait dans son agonie maudis la bâtisse et leurs propriétaires et depuis des disparitions inexpliquées sont souvent déplorées dans le château, venant étayer la légende urbaine de Dracula, un vampire qui tuerait ses hôtes dans leur sommeil sans jamais apparaître au grand jour »
Elle écarquilla les yeux et sentit ses mains trembler.
Ciel se tourna vers elle, voyant qu'elle ne parlait plus et il écarquilla légèrement les yeux en constatant sa détresse.
« Ne vous inquiétez pas, si c'est une otage ils vont s'assurer qu'elle reste en vie »
« Mais vous l'avez dit vous même qu'il y avait des meurtres couramment entre les murs de ce château ! »
Il soupira.
« Vous y avez bien survécu vous pourtant »
Elle cligna des yeux, incrédule.
« Pardon ? Je n'ai jamais mis les pieds en Roumanie »
Il lui envoya un regard lassé.
« Vous ne vous en souvenez pas ? Vous avez même faillit faire échouer tout mon travail »
« Attendez c'est là que j'ai été séquestrée ? Qu'est ce je faisais là bas ? Et vous ?! Si elle est traitée comme moi je l'ai été elle ne va pas passer le mois ... »
Elle percevait elle même l'appréhension dans sa voix.
« Vous n'étiez pas une otage, elle aura sans doute droit à plus d'égard »
« Comment pouvez vous en être sûr ?! »
« Je le sais, c'est tout »
« Qu'est ce qu'ils me veulent, pourquoi est ce que je dois y retourner ? »
Il soupira.
« Pour la même raison que l'autre fois »
« Laquelle ? »
« Je ne sais pas »
Elle fronça les sourcils et le fixa sans ciller quelques instants.
« Vous utilisez cette phrase dès que ça vous arrange »
Il détourna le regard d'une façon assez surprenante, se concentrant sur le repas que Sebastian finissait d'apporter.
« J'ai mes raisons »
Elle lui lança un regard noir. Qu'est ce qu'il lui cachait encore ?
Et voilà ! (Je suis tellement crevée je relirai tout ça à tête reposée en espérant que je n'ai pas laissé trop de fautes) Mention spéciale pour Ciel qui a du s'emmerder ferme à rester attendre Élise derrière la porte pendant dix minutes et pour Sebastian qui a préparé à manger tandis que la troisième guerre mondiale faisait rage autour de lui ... x)
Merci beaucoup pour vos review!
BlackEmilyMalou: Hahaha tu m'as tellement fais rire ! Grave elle est chiante xD Mais au moins son mari est plus délicat ! J'avoue que on sait jamais avec lui, est-ce qu'il va risquer la vie de ses précieux bolides ? Parce que Élise elle a pas l'air bien douée xD Prions pour le salut de l'âme d'Abby! Elle n'est pas morte mais ça semble un peu mal barré comme tu as pu le voir ...! Oh Grand Nuage Noir Epargne-nous dans ta miséricorde xD Hahahaha tu m'as faite trop rire c'est tellement vrai xD Ne t'inquiète pas il n'y a pas de mal même si j'aime beaucoup tes commentaires qui me redonnent vraiment la foi et me font toujours beaucoup rire! Encore merci merci pour tes review ! :3 A bientôt et j'espère que ce chapitre te plaira lui aussi! ;)
Juju: Merci beaucoup pour ta gentille review, je ne pense franchement pas abandonner cette fic je m'amuse trop à l'écrire! Même si avec le début d'année ça va être plus tendu ! J'espère que ce chapitre et la suite de cette fanfiction te plairont ^^
Tori-chan: Tu me fais trop trop rire x3 Omg on va me faire un procès aussi xD Ah-haa! Tu ne saura pas! Pour l'instant c'est juste quelque chose de trèès flippant que je n'aimerai absolument pas croiser dans mon sommeil ou dans ma chambre ;_; Le gros bad! Merci encore beaucoup pour ta gentille review qui me donne du courage! A bientôt et j'espère que ce chapitre te plaira ;)
Bisouilles!
