Le dîner qui s'ensuivit fut particulièrement laborieux.

Ils commencèrent à manger dès que Sebastian eut terminé tous les préparatifs et leur ai servit du vin blanc. Ciel n'arrivait pas à tremper le pain correctement dans le ramequin à fondue et son repas s'était rapidement transformé en fouilles archéologiques culinaires. Malgré le fait qu'il y mette toute sa bonne volonté en tant qu'invité, elle le voyait petit à petit perdre patience, piquant avec une hargne grandissante les malheureux morceaux qui osaient échapper à sa fourchette. De son côté, le Shinigami rouge avait décidé de ne pas s'attarder en bienséances et s'était carrément approprié une louche pour remplir son assiette de fromage. Elle avait deviné au regard intéressé que portait le démon sur l'ustensile qu'il avait lui aussi songé à en découdre de cette manière en désespoir de cause. Elle l'avait cependant astreint à se débrouiller avec sa fourchette à fondue, profitant scandaleusement de son statut de maîtresse de maison pour se divertir à ses dépends. Elle avait invité Sebastian à se joindre à eux et il lui avait rétorqué que ce n'était pas la place d'un majordome de la maison Phantomhive d'être assis en face de son maître. Il n'avait pas cédé malgré ses maintes protestations et Ciel avait finit par lui ordonner de s'asseoir pour pouvoir de nouveau manger dans le calme. Il avait obtempéré à contre cœur. C'était visiblement la première fois qu'ils s'asseyaient tous les deux à la même table. En ce qui la concernait, elle se régalait et savourait à cœur joie chaque bouchée de son plat même si sa frustration allait en grandissant comme elle ne parvenait désespérément pas à manger au rythme qu'elle souhaitait sans se brûler la langue.

Une fois que le repas terminé et Ciel calmé (il avait faillit frapper Grell quand ce dernier avait proposé de lui donner des gages), ils s'installèrent pour le thé et le Shinigami s'allongea sur le canapé avant de se saisir d'un des magazines féminins que sa mère lisait autrefois. Cela semblait beaucoup divertir le Dieu de La Mort au vu des mines étonnées et enthousiastes qu'il abordait au fur et à mesure de sa lecture.

Elle touillait son café machinalement, soupirant de frustration devant le temps que mettait le breuvage à refroidir.

Bien qu'elle n'aimait franchement pas le café d'habitude, elle se força à en boire trois tasses ce soir là. Elle avait besoin de rester éveillée cette nuit, elle devait se renseigner sur ce château de Bran, sur les pratiques qu'on y faisait et apprendre qui tirait les ficelles de cette sinistre mise en scène.

Sebastian se retira sur un ordre de Ciel qui lui confia des archives à récupérer à la mairie. Majordome de jour, il se consacrait essentiellement aux tâches discrètes et plus confidentielles que lui demandait son maître la nuit.

Le Shinigami se retira finalement dans sa chambre vers une heure du matin, après l'avoir bassiné avec des horoscopes datant d'il y a plus de quatre ans pendant une bonne demie heure. Il l'avait gracieusement gratifié du sien après lui avoir demandé son signe. En amour, les sentiments et intérêts seraient mêlées et il y avait un risque que cela crée des conflits dans son couple. Concernant sa santé, Jupiter et le soleil étaient alignés sur sa forme et elle ne manquerait donc pas d'énergie et de gaieté même si elle ne devait quand même pas lessiver sur les protéines. Ravi, le Shinigami semblait manifestement découvrir ce genre de rubrique et s'émerveillait, crédule, devant tout ce savoir précis et exhaustif.

Elle souffla quand il se dirigea enfin vers la chambre qu'elle lui avait indiqué, à l'étage, tout au fond du couloir. Il semblait qu'à l'inverse des démons, les Shinigamis avaient besoin de sommeil.

Elle débarrassa les tasses de café et de thé et Ciel parla pour la première fois depuis quelques temps, relevant le nez de son courrier.

« Debussy, m'autorisez-vous à disposer d'un bureau pour mon travail pendant mon séjour ici ? »

Elle hocha la tête, fatiguée. Le café tardait à faire effet. Elle lui prêterait le bureau de sa mère, il était le seul qui donnait sur le jardin, épargnant les bruits de la ville.

« Vous voulez que je vous y conduise ? »

« Pas pour l'instant, merci »

Elle s'affala dans le fauteuil, lassée et soupira silencieusement, son regard se perdant dans le vide.

« Vous pensez qu'Abby va bien ? »

Évidement qu'il n'en savait rien mais elle avait désespérément besoin de réconfort. Il la regarda, impassible, comme pour faire remarquer que sa question était stupide.

« Je n'en ai pas la moindre idée »

Elle leva les yeux au ciel, agacée par son attitude si peu coopératrice et se retourna vers la télé. Elle décida de regarder une des chaînes d'info en continu pour s'informer sur les faits divers. Elle était presque incollable sur l'actualité ces derniers temps, ayant passé un nombre d'heure incalculable à guetter la moindre alerte d'enlèvement ou de découverte d'otages. C'était presque devenu un réflexe. Étonnement, aucun reportage ne mentionnait la fusillade qui avait eu lieu en plein cœur de Londres plus tôt dans la soirée, c'était presque insensé.

Voyant son humeur empirer face aux nouvelles déprimantes qu'avait à lui offrir l'actualité sans pour autant la renseigner sur Abby, elle l'éteignit en soupirant silencieusement.

Qu'est ce qu'elle allait bien pouvoir faire maintenant ? Elle, bloquée et menacée ici et Abby, probablement en train de perdre la tête et de se vider de son sang petit à petit à l'autre bout de l'Europe. La situation était on ne peut plus désespérée.

Elle sentit ses yeux s'humidifier sans crier gare et elle releva aussitôt ses genoux contre elle et se pelotonna dans le fauteuil, attendant de pouvoir faire passer sa faiblesse.

Pourquoi le sort s'acharnait-il contre elle ? Elle n'avait jamais rien fait de mal à qui que ce soit qui justifierait qu'on s'acharne après elle et sa famille. Pourquoi est-ce que cette chose voulait la tuer alors qu'elle n'avait jamais rien fait pour l'offenser ? A présent qu'elle n'avait plus Abby, elle se sentait terriblement seule. C'était la personne qui la comprenait le mieux au monde maintenant qu'elle n'avait plus de famille. Elle ne s'imaginait pas la laisser se sacrifier pour elle.

Mais si elle allait la sauver elle mourrait, très probablement.

A présent, elle devait choisir entre survivre ou refuser de se rendre au château et laisser Abby mourir. Sa propre vie ne lui importait pas le moins du monde, son seul regret à sa mort serait de ne pas avoir accompli sa vengeance. Elle était tellement ancrée en elle qu'elle ne pouvait tout simplement pas se laisser mourir avant d'avoir atteint son but. Elle la possédait. C'était son unique raison de vivre. La famille Debussy ne manquerait à personne, cela libérerait même un poste qui était jusqu'à présent inaccessible pour des personnes sans doute bien plus compétentes qu'elle.

Mais pas Aaron Roswell

Elle ne laisserait pas ce salaud s'en tirer comme ça. Elle lui ferait payer. Son humanité disparaissait dès le sujet en venait à lui. Elle était prête à tuer femme et enfants sous ses yeux pour lui faire du mal. Rapidement, comme ses parents l'avaient été. Il n'aurait même pas le temps de leur dire au revoir une dernière fois. Ils ne souffriraient pas. Lui si.

Elle tremblait à présent. Étouffée par sa haine. Elle serra les dents, tentant désespérément de refouler ses larmes.

Pas ici. Pas maintenant.

A force de patience et de volonté, elle reprit suffisamment le contrôle sur ses nerfs pour lui permette d'écarter la menace des larmes.

« Debussy ? »

Elle sursauta et se releva aussitôt du fauteuil, s'écartant de celui qui avait perturbé sa concentration. Ciel s'était rapproché sans qu'elle ne le remarque et se trouvait à présent à moins de deux mètres d'elle. Elle haussa les sourcils, composant de force l'air désabusé qu'il faisait si bien avec elle.

« Oui ? »

Il la sonda sans ciller durant de longues secondes, impassible et elle sentit les battements de son cœur s'accélérer. Il ne fallait pas qu'il se doute de quoi que ce soit. Elle n'était pas une pauvre petite fille qui se lamentait sur son sort au lieu d'avancer.

Il soupira et reporta son regard vers un autre point dans la pièce et elle souffla intérieurement. Sa comédie avait marché semblait-il.

« Je vais venir »

Elle cligna des yeux plusieurs fois, prise de court.

« Pardon ? »

« En Roumanie, je vais vous accompagner »

Elle écarquilla les yeux mais n'osa pas réagir. Son cœur était pourtant submergé par un soulagement qu'elle pouvait difficilement contenir. Elle se força à garder une expression neutre.

« Et pourquoi feriez-vous ça ? »

Il haussa les épaules.

« Un cousin éloigné de Sa majesté la Reine n'est pas reparu après avoir répondu à une invitation du maître des lieux du Château de Bran il y a de cela trois semaines »

Au moins, elle comprenait mieux maintenant. Le fait qu'il vienne, même si ce n'était pas pour elle la soulageait énormément. Elle prit un air calme tout à fait mensonger.

« Oh. Ça tombe bien »

Son ton à lui était tout aussi posé.

« En effet »

Il fit volte face avant de rassembler toutes ses lettres éparpillées sur la table basse du salon.

« Pouvez-vous me conduire à mon bureau ? »

« Oui bien sûr »

Elle sortit de la grande pièce d'un pas mesuré et il la suivit, les mains pleines. Elle tourna dans plusieurs couloirs machinalement avant d'arriver au lieu dit. Elle connaissait le chemin par cœur.

« C'était celui de ma mère »

Il hocha gravement la tête.

« Je ferai attention »

Elle saisit la poignée et pénétra dans la pièce noire. Elle alluma la lumière qui clignota faiblement avant de se stabiliser. Tous les meubles étaient recouvert d'un drap qui les protégeaient de la poussière. Elle s'avança et tira celui du bureau d'un coup sec. Ciel était resté à l'entrée, respectueux. Elle fit de même pour tous les autres. Elle constata la pile de paperasse et de bouquins qui encombrait le bureau et les étagères. Elle alla ouvrir la fenêtre pour aérer la pièce, le nez froncé par l'odeur de renfermé.

« Désolée, personne n'est entré dans cette pièce depuis quelques années »

« Cela me conviendra très bien »

Il n'esquissa pas un geste et Élise détailla ses alentours.

Son regard dériva vers le porte manteau près de la porte et elle se perdit dans ses pensées. La veste de sa mère y était encore accrochée. Elle se demanda un instant si le vêtement sentait encore son parfum.

« Tout va bien ? »

Ciel la regardait depuis la porte, le sourcil haussé.

Elle tiqua en sursautant.

« Oui »

Elle se tourna vers le bureau et entreprit d'y faire de la place. Il y avait beaucoup de livres et autres magazines de mode que sa mère était amenée à lire de par son travail. Son regard bleu clair sur le papier glacé attira son attention et elle se saisit de l'exemplaire au lieu de le pousser comme tous les autres. C'était elle sur la couverture. Anastasia Carlton. Vêtue d'une robe de soirée noire, elle souriait, une main sur la hanche et l'autre derrière la tête. Ses dents blanches illuminaient son sourire. Elle était tellement belle. Elle était toujours belle, plus encore en vrai. Elle sourit. Autrefois, ses yeux pétillaient de la même façon quand elles parlaient toutes les deux de tout et de rien en sirotant les citronnades qu'elle lui préparait l'été.

A cet époque, elle était fascinée par la femme en face d'elle. Si parfaite en tout point. Elle la trouvait tellement gracieuse, tellement captivante. Elle brillait littéralement, attirant les gens à elle comme un aimant. Douce et aimante mais avec ce caractère bien trempé qui faisait toujours tomber les hommes. Spontanée, sincère, joyeuse ...

Sa main trembla et son sourire se crispa en une grimace amère.

Du rouge, profond, sombre, maculant son visage et sa poitrine. La teinte pourpre qu'elle avait progressivement prise ce soir là ne l'avait rendue que plus belle. Son expression sur ses beaux traits enjoués muée en un chagrin profond les rendant plus délicats encore.

Elle l'avait longuement regardé cette nuit là, la suppliant muettement de tenir le coup, d'attendre l'ambulance avec elle. Cachée à quelque pas de son cadavre encore brûlant, tel une rose coupée de sa tige, fanant lentement et répandant ses pétales sur la table, elle n'avait pas réussit à détacher son regard de sa mère. Ses yeux s'étaient progressivement voilés, une dernière larme coulant sur sa joue avant qu'elle n'expire son dernier souffle, étouffée par son propre sang.

Même quand elle pleurait elle était belle. Mais elle avait été différente de d'habitude ce soir là, ses traits s'étaient obscurcis, comme crispés et une tristesse infinie hantait ses yeux glacés pour l'éternité. Une question l'avait rongé pendant de nombreuses nuits après tout ça.

Pourquoi tant de peine ?

Le magazine quitta ses mains contre sa volonté pour retourner gésir sur le bureau. Une voix désapprobatrice trancha l'air.

« Arrêtez »

Sursautant à peine, elle hocha faiblement la tête, respirant longuement.

« Bien, je ... »

Elle se mordit la lèvre pour contrôler ses émotions.

« Je vais vous laisser »

Elle s'éloigna rapidement du noble qui s'était avancé jusqu'au bureau sans le moindre bruit. Il fallait qu'elle parte vite.

« Travaillez bien, bonsoir »

Elle quitta la pièce sans prendre la peine d'attendre sa réponse, sentant le regard du démon sur sa nuque.

Elle ferma la porte derrière elle et inspira profondément pour se calmer avant de se remettre en route d'un pas hésitant.

Au bout du couloir, ses jambes se dérobèrent sous elle et elle s'effondra sur le parquet dur, terrassée par sa tristesse. Elle serra les poings, se retenant de frapper le sol.

Il allait payer. Elle n'aurait de répit qu'en voyant son visage torturé se délester de ses derniers éclats de vie. Comme elle le haïssait. Comme elle voulait le voir mort.

Elle se laissa complètement choir sur le sol, enterrant sa tête dans ses bras, reprenant son souffle en silence. Il n'y avait personne pour lui reprocher sa faiblesse, elle pouvait se le permettre.

Une porte s'ouvrit et elle entendit marcher, les fins talons des richelieus en cuir noir claquant sur le parquet. Une main passa autour d'elle et une autre attrapa son bras et on la releva avec précaution.

Elle tourna un regard furieux vers le démon une fois redressée.

Impassible, il ne cilla pas, la faisant baisser les yeux, penaude quand elle réalisa progressivement que sa colère n'était pas dirigée contre lui.

Sa gorge était bloquée, incapable d'émettre le moindre son.

Il les fit reprendre sa marche initiale vers la cuisine, la soutenant quand ses jambes tremblantes menaçaient de se dérober sous elle. Elle s'assit et il lui tourna le dos, se dirigeant vers le frigo. Il se retourna vers elle après quelques secondes, un verre de lait à la main.

Il lui intima silencieusement de boire et elle s'exécuta sans un mot. Le breuvage doux humidifia sa gorge, laissant un goût sucré sur sa langue. Du miel.

« Ce n'est pas le moment de flancher. Vous devez vous concentrer sur Adams et vos missions en tant qu'agent gouvernemental. Seule cette piste vous mènera à la vérité »

Elle hocha faiblement la tête, acquiesçant.

« Ça ira ? »

Elle recommença, muette.

« Bien. Vous savez où me trouver »

Il lui lança un dernier regard avant de faire volte face et de se retirer dans son bureau.

OoOoOoOoO

« …. selle ? »

Elle fronça faiblement les sourcils.

« Mademoiselle ? »

Elle cligna des yeux et referma machinalement la bouche, essuyant la bave qui coulait sur son menton. Elle se redressa et grimaça de douleur en sentant sa nuque protester après de nombreuses heures braquée de côté. Elle détailla ses alentours, l'œil embué par le sommeil. Elle s'était endormie sur la table de la cuisine.

Elle se frotta les yeux, émergeant difficilement.

« Excuse moi Andrew j'étais fatiguée »

« Au moins vous avez dormis c'est le principal »

« C'est vrai »

Elle regarda l'horloge de la cuisine. Dix huit heures, elle avait dormis près de douze heures. Elle écarquilla les yeux en réalisant cela. Pourquoi ne l'avait-on pas réveillée ?

« Vous devez vous dépêcher mademoiselle, monsieur le Comte ne va pas vous attendre infiniment vous savez »

Elle haussa les sourcils, désorientée.

« Comment ça ? »

Il sourit doucement.

« Vous avez un avion à prendre n'est ce pas ? »

Elle écarquilla les yeux, ahurie.

« Pas à ce que je sache »

Elle sortie de la cuisine, en quête de réponses et se retrouva nez à nez avec des valises dans l'entrée.

Mais qu'est ce que … ?

« Enfin. Je commençais à croire qu'on ne partirait que demain »

Elle fit volte face en direction de la voix moqueuse.

« Ciel ? Mais qu'est ce qu'il se passe ici ? »

« Vous nous développez un petit syndrome d'Alzheimer Debussy ? »

Elle lui lança un regard agacé.

« Mais à quoi vous jouez à la fin ? »

« Votre amie sera toujours en vie pour la date de la réception, je pense néanmoins que mentalement parlant il n'y aura plus grand chose à sauver si vous ne partez pas la chercher dès maintenant »

Il marcha vers elle jusque dans l'entrée.

« La Reine veut que je parte enquêter sur place »

Elle cligna des yeux, estomaquée.

« On part pour la Roumanie, là, tout de suite ? Ce genre de projet s'organise sur des semaines ! »

« Je me suis déjà chargé de l'organisation »

Il passa près d'elle et murmura tout bas.

« Plus vite votre amie sera revenue, plus vite vous pourrez vous concentrer sur votre mission concernant le Consortium »

Elle fronça les sourcils. Il était plutôt informé. Mais la réservation de l'hôtel était pour août.

« Sebastian »

Le majordome noir apparu de nul part.

« Quand pouvons-nous partir ? »

« Tout de suite monsieur, tout est prêt »

« Bien »

Il se dirigea vers la porte d'entrée et se retourna en voyant qu'elle ne bougeait pas, découragé.

« Vous développez un nouvelle passion pour les plantes d'intérieur Debussy ? Dépêchez vous avant de prendre racine »

Elle referma sa bouche grande ouverte.

« M-mais je n'ai rien préparé ! »

Il désigna les valises sur le sol devant elle.

« J'ai demandé à Sebastian de le faire pour vous »

Il parlait d'un air blasé, comme si c'était tout à fait normal.

« Pardon ?! »

Ce maudis majordome avait encore fouillé dans ses armoires ?

« En effet mademoiselle, j'ai mis dans ces valises tout ce dont vous aurez besoin, et voici votre bagage à main »

Il lui tendit un sac à main de tissu aux anses de cuir qu'elle utilisait pour ses vacances en souriant malicieusement. Elle constata qu'il y avait mis tout le nécessaire pour voyager : trousse de toilette, téléphone portable, écouteurs, son livre de chevet et une bouteille d'eau avec de quoi grignoter. Elle finit son inspection, sidérée.

« Vous êtes … efficace »

« Merci mademoiselle, c'est le moins que puisse faire un majordome de la famille Phantomhive »

« Blah blah blah. Dépêchons nous je veux arriver avant la tombée de la nuit »

Ciel les planta là sans plus de cérémonie. Sebastian soupira doucement et le suivit, portant les valises jusqu'à la voiture.

« Mais qui va garder le manoir ? »

« Monsieur a passé un accord avec monsieur Grell mademoiselle, il défendra votre manoir pendant notre absence »

« Vraiment ? Comment a t-il réussis à négocier quoi que ce soit avec ce fou ? »

« Monsieur a toujours excellé à l'art de la négociation. Enfin de trouver les bons arguments tout du moins »

Il grimaça malgré lui et elle écarquilla les yeux. Qu'avaient été les termes du contrat ? Ciel était-il aussi diabolique ?

« Sebas-chaaaaan tu vas me manquer ! J'ai hâte que tu rentre~ »

Elle le vit frissonner d'horreur en se retournant vers le balcon de l'étage. Ciel avait le droit de disposer de lui à ce point là ?

« Vous allez chercher mademoiselle Abigail mademoiselle ? »

Elle se retourna vers le vieil homme hésitant, encore sur le seuil de la cuisine.

« Oui Andrew, je ne sais pas quand je reviendrai ... je t'appellerai, désolée c'est si soudain »

Il lui sourit, une lueur espiègle dans le regard.

« Ne vous inquiétez pas, je vous attendrai et la maison sera propre comme jamais pour votre retour »

Elle sourit elle aussi. Heureusement qu'il était là pour elle. Elle l'embrassa sur le front et suivit Sebastian vers la voiture. Elle s'en remettait à Ciel.

Un chauffeur descendit pour venir l'accueillir, enthousiaste. Il portait un uniforme qu'elle ne connaissait pas.

« Bonjour mademoiselle »

Il lui fit un salut militaire quand elle arriva à sa hauteur et elle le lui rendit, surprise. Cela faisait une éternité qu'elle n'avait pas eu à en faire. Pourquoi un militaire les emmenait t-il à l'aéroport ?

Ciel entra dans la voiture.

« Vous avez reçu une dérogation pour m'accompagner Debussy, cette mission a un caractère strictement officieux et confidentiel : retrouver la trace du cousin de sa Majesté la Reine »

D'une pierre deux coups

Sebastian monta à l'avant et elle rejoignit Ciel sur la plage arrière. Le chauffeur démarra sans plus tarder. C'était un véhicule spacieux et très luxueux. Elle jeta un regard à Ciel qui s'appuyait sur son coude, regardant les rues défiler d'un air absent. Il semblait plongé dans ses pensées et elle décida d'attendre plus tard pour lui demander plus d'explications.

« Excusez-moi mais l'aéroport est de l'autre côté monsieur »

Le chauffeur sembla amusé par ses mots.

« Nous n'allons pas à l'aéroport mademoiselle »

Elle haussa les sourcils.

« Pourquoi ? »

« Je ne peux pas vous faire prendre l'avion Debussy, votre passeport n'est plus valable et il y aurait un risque que l'on découvre que nous avons forcé l'administration si nous manipulons les données de recensement. Nous n'avons pas le temps pour ça »

Elle acquiesça lentement aux paroles du démon. Il avait même prévu cela ?

Ils étaient arrivés au quartier de Vauxhall Cross et le chauffeur se gara devant un vaste terrain plein. Elle sortit de la voiture avec hésitation et contempla l'immense bâtiment à l'architecture complexe qui les dominait de toute sa hauteur.

Le siège du MI6

Il était aussi impressionnant que dans ses souvenirs. Elle retint ses mèches folles qui lui tombaient dans les yeux avec le vent. Ciel sortit à son tour de la voiture, maintenant son veston pour que le vent ne le froisse pas et se dirigea vers elle avant de la dépasser sans un mot. Sebastian se saisit des valises et ils se dirigèrent vers le jet privé qui semblait les attendre bien sagement. Elle contenait difficilement sa sidération.

Un homme s'approcha d'eux depuis le bâtiment. Il salua Ciel d'un salut militaire et ce dernier hocha simplement la tête.

Ce n'est donc pas un militaire

« Vous devez partir vite Monsieur le Comte, une tempête se profile au dessus de la Manche »

« Oui, prévenez C de notre départ »

« Bien monsieur, faîte bon voyage »

Il hocha la tête et se dirigea vers la passerelle. Elle s'apprêtait à le suivre avant que l'homme ne l'arrête.

« Vous êtes bien Élise Marie Victoria Joséphine Éléonore Debussy ? »

Elle écarquilla les yeux, clairement choquée qu'il connaisse son identité. Que répondre à ça ?

« Elle est avec moi Maréchal Oldfield ne vous inquiétez pas »

L'homme hocha la tête et sortit des papiers de sa veste.

« Vous devez signer ce document qui vous tient au secret le plus total quant à cette mission. Toute divulgation d'information sera considérée comme une violation des termes de votre contrat avec le SSI et comme une Haute Trahison envers la Couronne britannique. Tous vos papiers d'assurance vie ont été fait lors de votre entrée dans l'armée il y a quelques années et ne sont donc pas de rigueur aujourd'hui »

Elle acquiesça gravement et signa sans hésiter.

Le Maréchal branla du chef et elle le gratifia d'un salut militaire, son grade étant bien inférieur au sien.

Elle était entrée dans l'armée bien des années plus tôt et c'était là qu'elle avait été recrutée par les services secrets au bout de quelques mois. Seule, sans ressources et anonyme, elle n'avait pas eu d'autre choix pour se protéger que d'entrer dans l'armée où son identité avait été gardée secrète grâce à des contacts de son père. Elle avait finalement choisit le métier de journaliste comme couverture.

Ciel avait déjà disparu dans l'avion et Sebastian grimpait les marches, portant les valises sans le moindre effort.

Elle s'y dirigea à son tour. Il faisait déjà presque nuit et les lumières de la ville scintillaient autour d'eux. Elle monta dans le jet en jetant un dernier regard derrière elle comme elle le faisait à chaque fois qu'elle prenait l'avion.

La lourde porte étanche fut refermée par le commandant de bord qui l'accueillit aussi chaleureusement que pouvait l'être un militaire.

Elle n'était jamais montée dans ce genre d'appareil auparavant. Le couloir était étonnement spacieux et la pièce qu'elle découvrit à son terme l'était encore plus.

De grands et larges fauteuils en cuir beige occupaient chaque côté de l'avion, ornés d'une profusion de coussins. Les hublots étaient larges et laissaient une vue de choix sur l'extérieur de l'appareil. Des tables et des écrans étaient disposés autour des fauteuils.

Elle regarda Ciel se délester de sa veste et s'asseoir dans un des fauteuils avec flegme.

« Nous serons vite rendus en principe »

« Comment pouvez vous disposer de biens de l'armée ? »

Il haussa les sourcils devant son incrédulité.

« Je ne suis pas militaire ni bureaucrate, j'ai un statut particulier. Cela s'apparenterait le plus à celui d'un ambassadeur, mais officieux et avec des missions spécialisée dans tout ce qui inquiète la Couronne dans le monde de la pègre »

Elle cacha son trouble avec peine. Elle ne le pensait pas si important dans la hiérarchie des services secrets.

Et moi qui suis un simple agent de terrain

Elle ferma les yeux et soupira, gênée.

« Que faisaient des militaires sur les locaux du MI6 ? »

« Il m'arrive de collaborer avec l'armée ou le SSI pour mon travail. Dans ce cas précis, la Couronne a mobilisé du matériel et des hommes pour m'assister »

« Ici le commandant de bord Colin Sawers. Préparez-vous au décollage »

Elle tiqua et se dirigea vers le siège opposé à celui de Ciel. Sebastian émergea d'une pièce derrière eux.

Elle regarda la vue et les buildings qui se profilaient sous ses yeux par le hublot, excitée comme une puce par l'adrénaline. L'engin s'ébranla et se dirigea lentement vers la piste. Une fois arrivé à destination, il marqua un court arrêt avant de repartir en gagnant de la vitesse et elle fut pressée en arrière contre son siège. Elle adorait cette sensation quand elle n'avait pas peur de se crasher. Elle ne quitta pas le hublot des yeux, hypnotisée. L'appareil quitta le sol et cinq minutes plus tard, ils arrivèrent enfin en vol stationnaire.

Elle se détacha et jeta un coup d'œil aux nuages qui lui brouillaient la vue.

« Désirez vous boire quelque chose mademoiselle ? »

Elle haussa les sourcils.

« Il y a de l'ice tea ? »

« Bien sûr »

« Merci alors. Dans quelle ville roumaine atterrissons-nous ? »

« Nous nous arrêterons en Hongrie. Nous ne pouvons pas nous permettre de passer la frontière roumaine en avion si nous voulons rester discret. Il nous faudra entrer illégalement sur le territoire roumain pour ne pas attirer l'attention »

Elle fronça les sourcils vers Ciel.

« Illégalement ? Nous y sommes autorisés ? »

« Quand la vie du cousin de Sa Majesté est en jeu, oui »

Elle se retourna vers le hublot, étonnée.

Elle aurait souhaité lui demander comment il comptait passer la frontière mais elle suspendit son initiative en le voyant se frotter les yeux d'une main lassée.

Elle attrapa son téléphone et écouta ses musiques pour faire passer le temps.

Elle s'endormait presque quand une violente turbulence éprouva l'appareil, menaçant de renverser la boisson sur sa table.

« Il y a un problème ? »

Ciel releva les yeux de son livre.

« Nous avons été prévenus qu'il y aurait des perturbations atmosphériques »

Elle déglutit difficilement.

« On va vraiment traverser une tempête ? Vous plaisantez ? »

Il haussa les sourcils, désabusé.

« Non pourquoi ? »

Elle se retourna vers le hublot d'un mouvement raide et agrippa avec force les accoudoirs quand la deuxième turbulence agita l'avion. Elle serra les dents, crispée. L'avion tanguait et vibrait dangereusement autour d'eux.

Elle retint une exclamation d'horreur. Elle haïssait les turbulences, tout simplement.

L'avion perdit brièvement de l'altitude avant de cahoter de nouveau et elle sentit ses ongles s'enfoncer dans le tissu.

« Ça ne va pas Debussy ? »

Ciel la regardait d'un air amusé, tout à fait détendu.

« Si, ça va très bien »

« Vous êtes toute pâle »

« Non, c'est un effet de lumière »

« Sans doute, mes yeux doivent me jouer des tours »

Elle lui lança un regard perçant avant de faire volte face vers le hublot, énervée.

On va juste se prendre un ouragan, tout va bien

« Il semblerait que nous nous situions au dessus de la Manche, cela ne devrait pas durer mademoiselle »

« D'accord »

Au moins Sebastian, lui, il essayait de la rassurer.

Ses doigts ne se décrispèrent pas de l'accoudoir pour autant. Ses gencives se firent douloureuses à force de serrer les dents et elle prit la résolution de se distraire pour oublier sa peur.

« Et si on jouait ? »

Ciel leva un sourcil interrogateur vers elle, clairement dubitatif concernant son initiative.

« Jouer ? A quoi ? »

« Je sais pas, quelque chose qui prenne l'esprit et fasse passer le temps »

Il haussa les épaules et passa un doigt sur ses lèvres, en pleine réflexion. Il reposa finalement son livre sur la table.

« Sebastian tu as amené un jeu de carte ? »

« Bien sûr monsieur, je connais votre goût prononcé pour les jeux »

Elle l'interrompit.

« Un jeu de carte ? C'est super ennuyant »

Ciel soupira.

« Bon, vous avez une autre idée peut être ? »

« Un cache-cache ! »

Sebastian et lui se lancèrent un regard désabusé.

« Dans un avion ? »

« Oui »

« Il n'y a pas de cachettes ici »

C'est vrai que …

« Je trouverai bien ! »

« J'ai passé l'âge de jouer à cache-cache Debussy »

Elle soupira. Elle s'attendait à ce genre de résistance. C'était juste que ce jeu avait le don d'accaparer toutes ses pensées quand elle y jouait.

« Allez soyez sympa pour une fois »

Une veine pulsa sur son front.

« Qu'est ce que vous sous-entendez exactement ? »

« Que vous n'êtes pas drôle parce que vous n'êtes jamais d'accord pour rien »

Il soupira dédaigneusement avant de reprendre sa lecture et de finalement parler d'une voix profondément lassée.

« Soit. Cachez-vous, je vous laisse autant de temps que vous le souhaitez »

« Vraiment ?! »

« Puisque je vous le dis »

C'était étrange qu'il lui fasse une telle fleur.

« Laissez moi deux minutes alors. Vous devez vous mettre dans la cabine de pilotage pour compter »

« Pourquoi donc ? »

« Vous allez voir par où je pars autrement ce n'est pas du jeu »

Il soupira et se leva à contre cœur. Sebastian pouffa en voyant son maître maugréer dans sa barbe et il le fusilla du regard.

Elle le vit ouvrir la porte du cockpit et y entrer en saluant le pilote d'un hochement de tête. Elle se leva et partit, en quête d'un coin pour se cacher.

Évidement ça promettait d'être délicat.

Elle se dirigea vers la queue de l'avion et passa dans la pièce où leurs valises étaient disposées.

Devait-elle se cacher dans un malle ? Non, il verrait les vêtements sortis. Dans les toilettes ? Non, c'était stupide et évident. Sebastian ne la quittait des yeux, amusé. Devait-elle se cacher sous les sièges ? C'était un peu facile comme cachette. Elle continua de progresser vers l'arrière et arriva dans un autre salon, plus vaste. Il y avait de grands canapés qui occupaient la majorité de l'espace. Elle traversa la longue pièce, pensive. Il n'y avait rien pour se cacher. Devait-elle essayer de revenir vers le cockpit et de se cacher dans un placard, où il ne penserait pas à regarder en étant à peine sortit ? Avec lui il y avait trop de risque que ça rate. Elle passa une autre porte et arriva dans une chambre, stupéfaite.

Mais il fait quelle taille cet avion ?!

Elle lorgna du côté des lits. Très intéressant mais il penserait directement à regarder là bas à tous les coups tant la cachette était classique.

Elle se dirigea vers la porte du fond et arriva dans une salle de bain. Une baignoire et un évier sur un large plan de travail de marbre l'accueillirent. C'était très beau, certes, mais ça ne l'aidait pas beaucoup.

Son seul espoir reposait à présent dans les compartiments entre les pièces. Peut être pourrait-elle se cacher dans un placard ? Elle se dirigea vers l'espace transitoire entre la chambre et le salon. Elle n'avait pas le temps d'explorer l'avion plus en profondeur malgré la dernière porte qui l'attendait de l'autre côté de la chambre et elle avait déjà délaissé de nombreuses portes fermées à clef. Elle ouvrit les placards et n'y découvrit aucun manteau pour s'y cacher. Elle soupira, frustrée. Elle avait été un peu trop confiante sur ce coup là. Quel idiote de ne pas avoir remarqué qu'il se moquait clairement d'elle en lui laissant autant de temps qu'elle le souhaitait. Il ne jouait avec elle que parce qu'elle avait piqué sa fierté.

C'est mort je crois

Elle tilta soudain. Il y avait peut être une seule cachette à peu près potable. Hors de son champ de vision et qui n'était pas spécialement évidente comme sous le lit. Elle releva la tête.

Si elle parvenait à monter en s'appuyant sur les deux étagères elle avait une chance de ne pas être trouvée. Elle avait une fierté à défendre. Les portes n'étaient pas très hautes à l'inverse du plafond de l'avion. Elle grimpa difficilement sur l'armoire, remerciant les planches d'acier qui en délimitaient les compartiments. Elle se cogna la tête au plafond et étouffa une exclamation davantage surprise que douloureuse. Ciel devait avoir commencé à la chercher. Elle tendit la jambe pour prendre appui sur le meuble d'en face, puis les bras avant de renvoyer sa jambe sur l'armoire avec sa consœur. Elle était étendue entre les deux meubles. Sa cachette était discrète mais elle nécessitait qu'elle garde l'équilibre et que ses muscles tiennent assez longtemps. C'était assez délicat. Elle serra les dents, sentant les prémices d'une douleur abdominale. On l'avait formé dans son camp militaire il y a quelques années mais elle n'avait pas pratiqué depuis bien longtemps.

Elle n'avait aucun moyen d'observer la progression de Ciel dans l'avion et cela la dérangeait, c'était assez inhabituel qu'elle se cache de cette manière, à l'aveuglette.

Tout comme il est inhabituel de jouer à cache dans un avion avec un démon à deux milles mètres au dessus de la manche.

Une autre turbulence fit trembler l'appareil et elle redoubla d'effort pour ne pas tomber, bandant ses muscles au maximum et crispant la mâchoire en se forçant à se concentrer sur le jeu.

Alors qu'elle allait commettre l'erreur fatale de descendre de sa cachette pour regarder dans le hublot de la porte où en était Ciel, cette dernière s'ouvrit.

« Au fait Sebastian, préviens C que nous changeons de trajectoire »

Elle déglutit difficilement. Changer de trajectoire ? Mais pourquoi faire ? Le pilote l'avait-il avertit d'un problème ?

Ciel s'arrêta en dessous d'elle et referma la porte derrière lui, sans doute pour s'assurer qu'elle ne regagne pas l'avant de l'appareil.

Il ouvrit l'armoire sur laquelle elle s'appuyait et elle se força à une immobilité totale, coupant sa respiration. De toute façon, le moindre son était étouffé par le bruit constant des moteurs. Il entra dans la chambre, vérifiant soigneusement chaque recoin. Elle le vit se pencher pour regarder sous le lit.

Il ne faisait pas beaucoup de gestes, juste pour vérifier les endroits que ses yeux ne lui permettaient pas d'examiner dans leurs moindres détails.

« Quel jeu idiot »

Il soupira et s'avança vers la salle de bain.

Alors qu'il sortait de son champ de vision, elle se fit violence pour ne pas descendre. Ses muscles abdominaux commençaient à la tirailler très sérieusement. Devait-elle prendre le risque de passer la porte pour retourner vers le cockpit ? En avait-elle le temps ? Allait-il être alerté par le bruit ?

Elle serra le dents en le voyant revenir trop tôt. Il devait vite repartir ou elle allait lâcher prise. Il traversa la pièce avec une lenteur exaspérante et arriva bientôt sous elle. Elle pria pour tenir bon. Elle n'en pouvait plus, elle arrivait à sa limite. Pourquoi mettait-il autant de temps à sortir ?

Vite !

Il jeta un dernier coup d'œil derrière lui.

Passe cette porte !

Il regarda encore l'armoire.

Mais bon sang

Il attrapa la poignée et ouvrit la porte, prêt à partir mais elle souffla trop tôt. Il se ravisa soudain et se figea.

Elle écarquilla les yeux. L'avait-il remarqué ?

Impossible

Il sortit de sa poche quelque chose qui vibrait et sonnait et elle eu envie de frapper quelqu'un.

Pourquoi ici, pourquoi maintenant bordel de … !

Il décrocha le cellulaire.

Ça n'est même pas autorisé en avion si ?

« Oui ? »

« Je n'ai pas le choix »

Non... Je ne peux plus ...

« Ce n'est pas grave »

Arg ...

« Elle s'adaptera »

Au secours …

« On lui fera du thé pour la réchauffer »

De quoi il parle encore ?

« Il ne lui arrivera rien »

Ah c'est moi ? …

« Écoutez ça ce n'est pas mon problème »

Mayday …

« Oui, bonsoir »

Il fit mine de raccrocher et elle cria victoire mentalement mais il remit contre toute attente l'appareil à son oreille.

« Au fait vous avez réussis à coincer le gang du quartier sud ? »

Bordel de *****

« Mais n'y allez pas de jour idiots »

Tuez moi là je vais lâcher

« Ne laissez pas ces toutous de Scotland Yard faire leur loi »

Ah …

« Je croyais déjà avoir éclaircit les choses avec lui. J'irais voir ce qui ne va pas à mon retour »

C'est la fin …

Ses bras tremblants lâchèrent et elle s'effondra de toute la hauteur de l'armoire. Dans sa chute, elle eu le temps d'apercevoir le visage ahuri de Ciel puis tout resta en suspens. Elle se rendit compte qu'elle n'avait pas percuté le sol. Elle avait fermé les yeux, anticipant la chute.

Elle remarqua qu'elle avait atterri dans ses bras tendus, sur le ventre. Il avait projeté ses bras vers l'avant pour la rattraper à temps. Il la tenait à bout de bras, sans le moindre effort tandis qu'un être humain aurait été obligé de s'avancer pour rapprocher son poids de son centre de gravité. Elle écarquilla les yeux, incrédule.

« Mais qu'est ce que vous faisiez là haut ? Vous avez failli vous casser une jambe »

Elle se dégagea rapidement en essayant d'arranger ses cheveux en désordre, se sentant légèrement stupide.

« Allô ? »

Il leva les yeux au ciel et approcha l'appareil de ses lèvres.

« Débrouillez-vous maintenant »

Il raccrocha là dessus avant de la sonder quelques instants, ennuyé.

« Je ne pensais pas que vous lâcheriez prise si tôt »

Une goutte coula de son front.

« Quoi vous saviez que j'étais là ?! »

Elle s'était donnée tant de mal pour rien ? Comment l'avait-il remarqué ?

« J'ai sentis votre odeur » lui répondit-il simplement.

Elle écarquilla les yeux, étonnée.

« Je sens quelque chose ? »

Il sembla réfléchir quelques instants.

« Vous sentez vous »

Elle fronça les sourcils.

« Hein ? »

« Vous avez une odeur qui vous est propre, comme tous les êtres humains »

Elle cligna des yeux, perdue.

Il avait donc un odorat si développé ? Il n'y avait rien d'étonnant à cela au final et elle aurait du se douter plus tôt que ce jeu était impossible à faire avec un démon. Elle se demanda un instant ce qu'elle sentait, ce qu'était son odeur naturelle. L'appréciait-il ? Elle admit sa défaite à contre cœur.

« Vous avez gagné, mais c'est juste grâce à l'appel »

Une lueur narquoise passa dans son regard.

« Je savais déjà que vous étiez là en décrochant »

Elle haussa les sourcils, blasée.

« C'est complètement inégal un cache-cache avec vous. C'est quoi cet histoire d'imprévu alors ? »

« C'est vous qui avez insisté. Oui, nous avons du dévier de notre trajectoire à cause de l'orage, nous allons atterrir plus loin du château qu'escompté. Vous avez un téléphone portable ? »

« Oui pourquoi ? »

« Laissez-le dans l'avion en arrivant »

« Mais si on en a besoin ? »

« Ils nous détecterons avec les ondes. Vous ne comprenez pas, on va vraiment devoir se passer de la moindre technologie. Et ça ne sera peut être même pas suffisant »

« De la moindre technologie ? Et c'était quoi cette histoire de me faire du thé ? »

Il fit volte face vers le salon.

« Ce n'était qu'une boutade. Les nuits sont fraîches là bas malgré des températures élevées en journée »

Quelle idée de faire des blagues là dessus. Elle allait crever de froid elle dans tout ça.

« On va dormir dehors ? »

« Oui, nous passerons la frontière à pied »

« Vous plaisantez ?! »

« J'ai l'air de plaisanter ? »

Elle regarda sa mine désabusée et commença à s'inquiéter sérieusement. Ils arrivèrent dans le premier salon et elle s'effondra sur son fauteuil, découragée.

« On va se perdre »

« J'ai étudié la cartographie de la région »

« Mais nous ne pouvons même pas dormir à l'hôtel, chez quelqu'un, n'importe où ? »

« Ils nous demanderaient notre identité. La méfiance est omniprésente là bas, le développement exponentiel de la criminalité étant en corrélation directe avec la précarisation de la population depuis la crise. Nous ne pouvons pas prendre le risque que notre passage soit découvert. Nous ne devons rien laisser au hasard. Le gouvernement roumain a peut être des infiltrés qui communiquent avec les habitants du château et je ne souhaite pas les avertir de notre venue, surtout qu'on a indirectement menacé de tuer votre amie si vous veniez la chercher avant la réception »

Elle ne répondit rien, bien trop inquiète pour formuler la moindre phrase cohérente.

« Allez manger et dormir si vous voulez, il nous reste environ trois heures de vol à cause du détour et vous ne profiterez plus d'un lit avant un petit moment »

Elle hocha faiblement la tête et se dirigea vers la chambre sans grande volonté. Elle croisa Sebastian qui arrivait dans la pièce tandis qu'elle la quittait. Ce dernier attendit d'être seul avec son maître pour parler.

« Monsieur ? Le majordome Debussy a appelé »

« Des représailles, déjà ? »

« Il semblerait. Monsieur Grell peine à les gérer seuls et à protéger le manoir en même temps »

Le démon soupira.

« Tu dois y aller alors »

Il ne semblait pas enchanté par l'idée.

« Bien monsieur »

« Défends le manoir et reviens aussitôt »

« Bien. Dois-je sceller vos pouvoirs maintenant dans ce cas ? »

Le noble serra les dents.

« Je ne pensais pas qu'il faudrait le faire si tôt. Vas-y »

« Je ne serai pas long. Retirez votre veston et votre chemise monsieur. Voulez-vous que je trouve quelque chose que vous puissiez mordre ? »

Le démon ne cilla pas et s'exécuta.

« Pas besoin c'est bon, fais vite »

OoOoOoOoO

Elle n'avait pas réussis à fermer l'œil en trois heures. Ses pensées dérivaient automatiquement vers Abby et elle se demandait si cette entreprise n'allait pas lui coûter la vie au lieu de la sauver. Alors qu'elle venait de commencer à somnoler, à force de ne rien faire, on frappa à sa porte.

Elle se redressa faiblement.

« Hm ? Entrez »

A sa grande surprise, c'est Ciel qui émergea de l'ouverture.

« Vous avez dormis un peu ? »

« Non »

Il semblait fatigué par rapport à d'habitude. Il haussa les sourcils et soupira.

« Tant pis pour vous alors »

Elle leva les yeux au ciel, constatant une nouvelle fois toute la générosité de sa compassion.

« Nous arrivons dans la zone aérienne de Debrecen, une ville de l'est de la Hongrie. Nous nous sommes rapprochés de la frontière roumaine autant que faire se peut mais nous allons devoir atterrir illégalement en campagne, nous n'avons pas signalé notre matricule à la tour de contrôle pour rester anonymes et le pilote devra repartir avant que la police ne soit sur place. Nous devrons donc faire vite pour descendre de l'avion »

Elle soupira. Pourquoi était-ce aussi compliqué ?

« Nous allons marcher jusqu'au château ? »

« La moitié du chemin, au moins »

« Nous ne pouvons pas louer de voiture ? »

« Nous ne devons pas emprunter de route, nous resterons en campagne et éloignés des villes autant que possible jusqu'à Cluj Napoca où nous emprunterons une voiture à une connaissance qui, je sais, tiendra sa langue. Nous marcherons à peu près cent quatre vingt kilomètres, soit environ deux jours de marche en comptant les arrêts, nous arriverons au château dans deux jours et demi en principe »

Une goutte lui coula du front, horrifiée.

« Mais vous avez perdu la tête ? Vous pensez vraiment que toutes ces précautions sont nécessaires ? »

Il lui lança un regard agacé.

« Nous avons trop peu d'informations. Je n'ai pas réussis à découvrir qui étaient les propriétaires du château et c'est plutôt mauvais signe. Quelqu'un les couvre eux et leurs activités illicites. Soit c'est le gouvernement, soit il s'agit de quelque chose qui échappe même aux dirigeants de ce pays et dans ce cas elle aura les moyens de sentir notre présence si nous ne nous faisons pas extrêmement discrets »

Elle le sonda un instant, remarquant qu'il semblait différent. Sa pupille était rétractée et elle discernait un léger tremblement au niveau de ses mains.

« Vous allez bien ? »

Il haussa faiblement les sourcils, impassible.

« Oui pourquoi ? »

« Pour rien »

Il fit volte face et elle le suivit à travers les pièces.

« Allez-vous attacher »

Elle obtempéra et le regarda avec déception se diriger vers le cockpit avant de refermer la porte derrière lui.

Elle passa ses alentours en détail, surprise de ne voir Sebastian nulle part.

Ses oreilles bouchées l'informèrent quelques secondes plus tard qu'ils avaient commencé à perdre de l'altitude et elle se serra contre le dossier, crispée.

Dans quoi s'était-elle embarquée ?

Elle devait tout faire pour arriver à temps, elle devait faire en sorte que personne ne les remarque pour ne pas qu'on fasse de mal à son amie.

J'arrive Abby, tiens bon


Un chapitre de plus !

Mention spécial à Grell qui a essayé de donner des gages à Ciel sans succès, dommage on se serait bien marrés, belle initiative !

Merciii pour vos review ça me fait super plaisir !

BlackEmilyMalou: Ça ça reste à découvrir ! Le grand nuage noir qui a agressé Elise dans son sommeil n'est pas le premier à la menacer. Soit il s'agit du même qui se fait de plus en plus menaçant et qui gagne en puissance au fur et à mesure, soit Elise est bien dans la merde parce que ce ne sont pas les même et ils sont donc toute une armée xD Mince je crois que j'ai dis la réponse au final u_u' Grave je suis sûre qu'il approuve tes dires xD Comment acheter Ciel et le séquestrer contre son gré ? Donnez lui de la bonne bouffe ~ Mouii moi je l'aime bien ce petit shinigami rouge il me fait tellement rire x3 Il est trop maltraité en plus faudrait qu'il se révolte un jour au lieu de faire son éternel soumis xD Muahahaha tu m'as juste fais trop rire! J'avoue que on a du mal à cerner Ciel et à savoir si il a une quelconque expérience sexuelle et je n'ai pas trop abordé le sujet explicitement dans l'histoire pour l'instant mais je trouve tout de même qu'il est plus désespéré et mal à l'aise qu'autre chose quand on le drague, enfin quand il s'en rend compte du moins xD il est quand même assez blasé! Son esprit est absolument pas mal tourné alors il comprends pas vraiment l'implicite xD Des fois je la plains Joyce x) Je ne te dis rien de plus, sinon ça serait du spoil ;) (parce que oui, j'y ai déjà réfléchis quand même xD je prévois de développer tout ça et de donner la réponse mais chut) C'est Ciel le lapin crétin ? Moi je m'imagine plus Elise en lapin crétin qui va faire sa gueulante à la fenêtre parce que Ciel (qui est en train de lui sauver la vie) fait trop de bruit xD La fille chiante mdr x) Non mais c'est quand même plus sympa quand ça déraille x) Livraison de médailles en 24h c'est ici ! Kampai et encore merci beaucoup beaucoup!

Tori-chan: Mais oui Andrew me fait trop rire il était trop paumé tout seul au milieu du salon quatre ans après la fin des hostilités x3 Il prend soin de sa maîtresse il ressemble à monsieur Tanaka c'est vrai! Ta review m'a donné du courage ! Abby pour l'instant c'est silence radio, rien ne filtre du château et ils ont aucun moyen d'avoir des nouvelles d'elle, au plus grand désespoir d'Elise. Oui félicitations xD Ah je sais pas je la compte si je veux ta question non mais! Oui on verra bien ce qu'il y a dans ce château hein ? Tout ce que je peux te dire, c'est que j'aime beaucoup introduire toutes les ambiances dans mon histoire, de la plus légère à la plus sombre... j'espère que ce chapitre te plaira et encore merci beaucoup!

SweetDream-chan: Et oui! ahlàlà moi aussi je suis carrément fan de Ciel, d'ailleurs j'aimerais que le manga soit plus axé sur lui, j'aime bien Sebastian mais il est un peu ennuyant à être soit disant parfait tu ne trouve pas ? Et puis j'adore quand Ciel pète un câble aussi, c'est juste énorme :') Le film ? Je connais un peu le manga je sais pas si c'est de son anime ou non que tu parles mais le coup de la fourchette ça a été instinctif, je me suis dis, qu'est ce que je ferais dans sa situation ? Et là c'est venu tout seul xD non, je suis normale ne partez pas ~ Une fan de Dracula ? J'ai intérêt à faire gaffe alors ;) MDR ta discussion xD Genre tout va bien! Mais non mais il pense qu'à la bouffe c'est ingérable! Enfin là il a pas été déçu, merci Sebastian qui fait des plats chelous et impossibles à manger :D Jamais! C'est bien trop drôle de traumatiser Ciel et Sebastian et je crois que Grell veut rester aussi il m'a fait une lettre de motivation express dès qu'il a lu ton commentaire xD Oui je fais en sorte de mixer un peu sans que ça soit improbable, j'aime trop écrire des engueulades wtf désolée... Mais ce qui s'annonce n'est pas très joyeux, même si .. Ciel et Elise vont d'abord devoir faire le trajet sous pression sans s'entre tuer... Encore merci beaucoup pour ta review ça me motive toujours énormément!

Pardon si mes réponses sont zarb xD je suis tellement crevée !

Bisouilles!