Paris – Quatre ans plus tôt.
L'heure était avancée dans la nuit et elle revenait tout juste d'un dîner amical avec son imprésario. Elle aimait de plus en plus cette ville que lui avait fait découvrir son mari. Tout y était tellement beau et accueillant et cela lui changeait de Londres. Il y avait une aura de charme et d'élégance que sa ville natale n'avait pas, si elle se basait sur ce qu'elle en avait vu. Le restaurant qu'elle venait de quitter était somptueux et le repas lui avait remonté le moral et fait oublier ses problèmes pendant quelques heures. Son mari assistait à une réunion de collaborateurs et n'était pas encore rentré. Elle s'appuya contre la porte une fois rentrée en soufflant longuement, appréciant le retour au calme.
« Anastasia »
A l'entente de la voix calme et profonde, elle sentit immédiatement les battements de son cœur s'accélérer.
Un homme venait d'entrer par la fenêtre du balcon du luxueux hôtel parisien dans lequel ils séjournaient. C'était ce même homme qui avait hanté ses pensées pendant tout ce temps et il se tenait à présent devant elle, encore plus beau et fascinant que dans ses souvenirs. Elle refréna la vague de désarroi qui l'assaillit et respira profondément, ôtant son long manteau d'hiver. Elle avait changé depuis tout ce temps. Elle ne se montrerait plus faible comme elle avait pu l'être par le passé.
Elle posa un regard désillusionné sur son visiteur avant d'aller s'appuyer nonchalamment sur le buffet.
« Evans. Pourquoi es-tu ici sans mon autorisation ? »
L'homme se contenta de la fixer sans un mot et elle n'obtint pas de réponse. Elle se sentait toujours étrange quand il la regardait comme ça, comme si tous les vêtements du monde ne suffisaient pas à la protéger. Elle attrapa une cigarette avant de chercher du feu.
« Même après tout ce temps ne m'écoutera-tu jamais ? Cache-cet œil tu es effrayant comme ça »
N'ayant pas trouvé son bonheur, elle rejoignit son invité qui n'avait pas esquissé le moindre geste. Ce dernier sortit machinalement un briquet de sa propre veste et alluma la cigarette à ses lèvres.
Le narguant du regard, elle inhala longuement le tabac et laissa les vapeurs de nicotine envahir son cerveau. Au bout de quelques secondes, elle recracha la fumée au visage de l'homme qui ne broncha pas.
« Élise avait peur quand je le cachais alors j'ai pris l'habitude de ne plus le faire avec vous » Déclara-t-il d'un ton égal.
« Ce n'était qu'une enfant, rien d'étonnant à cela. Elle n'est pas ici »
Elle fit demi tour et se dirigea vers la grande salle de bain de marbre, enlevant une à une les pinces qui lui attachaient les cheveux devant la glace.
L'homme la suivit jusqu'à ce qu'ils se voient par le long miroir de l'évier devant lequel elle s'affairait. Il s'appuya sur le cadre de la porte avant de continuer :
« Il ne vous reste plus beaucoup de temps »
Elle jeta négligemment les pinces par terre et passa une main dans ses longs cheveux pour les ordonner.
« Ne sois pas si pressé d'accord ? »
Elle attrapa la fermeture de sa robe dans son dos et la descendit jusqu'au bas de ses reins puis dégagea ses épaules et laissa la robe choir sur le sol. Cette fois, c'était ses propres mains qui la déshabillait. Ne portant plus que sa lingerie, elle se retourna vers l'homme sans aucune pudeur. Elle fit tomber la cendre dans l'évier et porta de nouveau la cigarette à ses lèvres, sondant son invité. Ce dernier ne se formalisa pas de l'attitude décomplexée de la femme.
« La fin de notre pacte approche »
Elle expira la fumée.
« Si ce n'est que ça »
Il ne répondit rien, se contentant de la fixer dans le blanc des yeux. L'agacement de la femme était à présent perceptible.
« Quoi encore ? »
« Le vice gangrène chaque jour votre âme davantage Anastasia »
Elle haussa les épaules, peu émue par ce constat.
« Et c'est toi qui t'en plains ? »
Elle écrasa le mégot dans l'évier et chuchota tout bas, faussement amusée :
« Se pourrait-il que la noirceur de mon âme ait finit par t'attirer ? »
Elle s'approcha de l'homme et l'attira à elle, attrapant sa veste. Il ne tiqua pas et elle murmura de nouveau :
« Nous avons un contrat »
Elle le relâcha lentement et lui fit signe de la suivre d'un doigt. Ses talons claquaient sur le parquet vernis. La mâchoire de l'homme se contracta et il s'exécuta avec réticence.
« Tu dois obéir à tous mes ordres, non ? »
Elle s'assit dans le canapé capitonné et lui fit signe de s'agenouiller devant elle. Il vint à elle sans un mot et ploya les genoux, obéissant. La femme le dominait à présent de quelques centimètres. Elle le détailla de haut en bas d'un air critique avant d'attraper sa veste et de l'en délester, laissant le vêtement tomber sur le sol.
« Tu n'as pas changé. Toujours aussi … détaché »
Ses yeux laissèrent transparaître du regret mais elle se rattrapa rapidement et un sourire conspirateur s'encra lentement sur ses lèvres.
« Mais à présent je ne me laisserais plus impressionner. Je sais quels sont mes droits »
Elle tira sur la cravate et se baissa jusqu'à son oreille.
« Je peux faire ce que je veux de toi, tu m'appartiens »
Impassible, il acquiesça sans un mot. Le regard de la femme s'intensifia et le démon remarqua la luxure qui possédait ses prunelles.
« Vous êtes mariée »
« Je suis assez grande pour décider de ce que je fais de mon corps »
Elle remarqua la désapprobation muette dans ses yeux mais n'y prêta pas plus d'attention. Elle s'en fichait à présent, de lui plaire ou non et de ce qu'il pouvait bien penser d'elle.
Après l'avoir rêvé pendant toutes ces années, elle l'attira doucement à elle et s'empara de ses lèvres dans un baiser brûlant.
Les yeux toujours ouverts, il ne réagit pas, la regardant faire. Elle dénoua lentement sa cravate et passa les mains autour de son visage avant d'approfondir le baiser avec passion.
Il s'appuya sur le canapé pour garder l'équilibre. Il n'avait pas le droit de résister, elle pouvait demander tout ce qu'elle voulait et il se devait d'obéir, c'était le pacte. Son regard se voila tandis qu'elle descendait ses mains pour déboutonner sa chemise.
Elle effleura son torse du bout des doigts, appréciant la fermeté des muscles abdominaux en gémissant de bien-être contre ses lèvres.
Une sonnerie résonna dans la pièce, interrompant la femme qui soupira de frustration. Elle se détacha du démon à contre cœur et se leva pour aller répondre. L'appel lui apprit que son mari serait là dans cinq minutes. Elle lança négligemment le portable sur les coussins, restant parfaitement calme et maîtresse d'elle même.
« Le temps me fait décidément défaut »
Ne l'écoutant pas, le démon s'était relevé et lui tournait le dos, reboutonnant sa chemise sans un mot.
Si …. froid
Elle alla s'appuyer près de la fenêtre, ne le quittant pas des yeux tandis qu'il remettait sa veste. Elle le questionna soudain.
« Es-tu donc incapable de me désirer ? »
L'air frais qui s'engouffrait par la fenêtre ouverte parsema sa peau dénuée de défauts de chair de poule. Elle commença distraitement à jouer avec sa jarretelle, passant son index à l'intérieur.
« Tu es sûr que tu es bien un démon ? » Se moqua-t-elle.
Il plissa les yeux, n'appréciant pas la pique.
« Pourquoi m'avoir choisis moi parmi tous les autres si vous cherchiez de l'affection ? »
Elle lui lança un regard amer.
« Parce que tu étais différent, tu n'avais pas la lueur lubrique que les autres avaient dans les yeux quand ils me regardaient »
Il s'approcha du balcon et d'elle par la même occasion.
« Vous semblez pourtant me le reprocher à présent »
« Ce n'est pas ça ... Comme tu es spécial je pensais qu'avec le temps nous finirions par nous rapprocher. Je n'ai pas autant de mal avec les hommes d'habitude »
Il claqua la langue, agacé.
« Il n'y a pas que l'apparence qui importe, l'âme compte tout autant. »
« Mon âme est donc si peu ragoutante ? »
Le démon soupira discrètement.
« Votre âme a l'air délicieuse »
« Mais tu n'as pourtant pas envie de moi »
Il sembla sur le point de ne pas répondre mais se ravisa finalement, par politesse.
« Non »
Elle plissa les yeux, blessée.
« Et pourquoi donc ? »
Il s'appuya sur la rambarde de fer forgé du balcon, impassible.
« Je sais ce que vous êtes »
Elle le regarda longuement depuis l'intérieur de la pièce.
« Je n'attire donc pas ton attention. Les autres hommes ne me dénigrent pas de la sorte »
« Je vous l'ai déjà dit. Je ne me fie pas aux apparences »
« Enfin un homme qui ne juge pas sur le physique … et visiblement le seul que je ne peux séduire »
Il ne répondit pas et le silence retomba entre eux. Elle chuchota soudain, comme honteuse de ce qu'elle demandait.
« As-tu déjà désiré quelqu'un avec tant d'intensité que cela obsédait toutes tes pensées ? »
Il lui lança un regard sombre.
« Non, jamais »
Elle fronça les sourcils, désappointée.
« As-tu déjà approfondit une relation avec un contractant ? »
Il se fit de nouveau muet, bien que son regard s'était fait perçant.
« Réponds, c'est un ordre »
Il détourna le regard de façon assez inhabituelle, impassible.
« Un pacte est un pacte. Un ordre est un ordre »
Elle cligna des yeux, légèrement perturbée.
« Ma requête n'est donc pas démesurée et je ne suis pas la première à la formuler »
Il lui lança un autre regard sombre.
« Vous n'êtes pas la première petite princesse gâtée et lassée des hommes qui fait appel à moi. Le problème c'est que vous êtes comme toutes les autres, vous avez conscience de votre beauté alors vous séduisez les hommes pour vous le prouver, c'est une sorte de jeu pour vous. Vous êtes condamnée à être insatisfaite: si ils tombent sous votre charme, les hommes perdent tout intérêt à vos yeux et si ils vous sont indifférents cela vous blesse et vous déçoit plus encore. Je n'apprécie pas ce genre de femme mais elles ont au moins l'intérêt d'être les plus naïves et les plus manipulables »
Elle serra les dents, n'appréciant pas que son démon prenne si peu de gants avec elle.
« Je n'ai pourtant guère l'impression que tu essaye de me manipuler »
« Vous n'êtes pas foncièrement cruelle et malfaisante. Je n'ai aucune raison d'influer sur votre jugement »
Elle serra les dents, de la fureur passant dans son regard.
« Devrais-je t'en en donner une alors, pour avoir ne serait-ce qu'un peu de l'attention que tu lui porte ? »
Le démon ne réagit pas, se contentant de regarder l'agitation de la ville avant de finalement se tourner vers elle sans pour autant lui répondre. Elle en déduit qu'il ne niait rien.
« J'ai bien fait de t'éloigner d'elle »
Une colère sourde passa sur les traits du démon. Elle poursuivit d'une voix désenchantée.
« Devrais-je t'obliger à me toucher ? Comme un vulgaire esclave qu'on utilise pour son plaisir personnel comme n'ont pas hésité à le faire toutes ces autres ? »
Les yeux du démon se mirent à luire sinistrement et il fondit sur elle et la saisit à la gorge avant de la plaquer brutalement contre le mur. Il parla d'une voix menaçante, la toisant, la fureur se lisant dans ses prunelles écarlates tandis qu'elle haletait du manque d'air.
« Nous avons un contrat et je ferais tout ce que vous m'ordonnerez jusqu'à ce que je puisse m'emparer de votre âme mais n'oubliez pas qui je suis et ce que je suis Anastasia. Je vous déconseille fortement de jouer à ce petit jeu avec moi. Elles s'y sont toutes risquées et leurs corps pourrissent maintenant six pieds sous terre, à leur juste place, rongés par les insectes et servent d'engrais, c'est bien la seule utilité à la société qu'elle auront eu. »
Il la projeta rudement sur le lit avec négligence.
« Votre défaite à vous sera à la hauteur de vos espérances démesurées »
Elle se redressa difficilement en tremblant, tétanisée, osant à peine prononcer un mot de plus. Elle serra les dents et baissa les yeux au sol, attristée.
« Pourquoi es-tu comme ça avec moi ? »
Il semblait prêt à quitter la chambre.
« Vous pensez détenir le monde entier entre vos mains mais en réalité vous ne possédez rien et vous le savez. Vous n'avez même pas assez de respect envers vous même pour vous l'avouer. Comment peut-on manquer autant de dignité ? Vous me faîtes presque de la peine. Vous vous attentiez à quoi ? Vous n'êtes amoureuse que d'une ombre, une comédie grotesque, je ne peux rien pour vous »
D'abord décontenancée, elle serra les dents et de la fureur passa une nouvelle fois dans son regard.
« Je t'ai observé j'ai bien vu que tu étais différent. Tu as cette manie de rester indifférent aux femmes et aux plaisirs charnels qu'elles pourraient te procurer alors qu'elles rampent toutes à tes pieds. Je n'ai jamais vu un homme ne pas se laisser tenter dans ce monde et pourtant toi, tu n'en a rien à faire. Tout ce qui t'intéresse, c'est ta maudite entreprise et tes responsabilités auprès de la Reine »
« Ce que je fais de mes journées ne vous regarde pas tant que je respecte vos ordres Anastasia. Les femmes dont vous parlez ne savent même pas ce que je suis, sottes et crédules qu'elles sont, elles seraient déjà mortes si elle étaient tombées sur un autre démon »
Elle lui lança un regard déchirant, le suppliant muettement de ne plus la rejeter.
« Moi je sais ce que tu es »
Il se détourna, écœuré.
« Vous ne valez pas mieux qu'elles »
Le cœur de la femme se glaça et elle crispa la mâchoire, se forçant à reprendre contenance.
« Tant de fierté et de vanité. N'est ce pas paradoxal pour un démon ? Des êtres aussi bas et vils ? »
Leurs regards se croisèrent une nouvelle fois et elle sentit ses ongles s'enfoncer dans les couvertures. Le regard du démon était à glacer le sang.
« Ne me confondez pas avec une de ces souillures de bas étage sans amour propre Anastasia »
« Vraiment ? »
Un rictus étira ses lèvres tandis que la haine déformait son beau visage.
« Salopard. Tu crois que je ne vois pas clair dans ta petite combine ? Seul l'intérêt t'as poussé à venir à moi. Je sais très bien que tu ne désire pas mon âme comme tu le prétends. Je devrais m'estimer heureuse, au final, de faire partie de tous ceux que tu manipule »
L'homme resta silencieux avec respect, soutenant malgré tout son regard.
« Je te rappelle que nous avons un pacte. Tu devra m'obéir »
Furieuse, elle se mit soudain à hurler et sa voix résonna dans toute la chambre d'hôtel.
« Et j'espère que tu en souffrira le plus possible ! »
Stoïque, il se dressait toujours devant elle, la défiant simplement du regard.
« Maintenant hors de ma vue. Vas donc t'occuper des tes papiers et de tes rapports stupides qui t'intéressent tant ! »
L'homme aux yeux vairons lui lança un dernier regard froid avant de partir sans se retourner, la laissant lutter seule contre sa fureur et les larmes qui brouillaient sa vision.
OoOoOoOoOoO
Présent:
L'avion fendait les airs à travers le ciel orageux sans la moindre difficulté, le pilote était visiblement doué même si Élise ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter. Elle avait beau regarder par les hublots, elle ne voyait pas la moindre lumière au sol qui pouvait les guider et leur indiquer leur situation. Ils devaient se situer en pleine campagne, à l'écart de la civilisation. N'y tenant plus, elle se détacha malgré l'ordre de Ciel et se dirigea vers le cockpit.
Elle n'était jamais entrée dans ce genre d'endroit. Elle ouvrit la porte sans rencontrer de résistance et constata avec horreur l'étendue noire qui les attendait derrière la vitre. Ils volaient à l'aveuglette. C'était encore plus impressionnant vu d'ici. Non seulement il n'y avait pas une seule lumière pour les guider mais en plus le pilote avait éteint les phares et très probablement les feux de position pour être le plus discret possible, se fiant uniquement aux radars et indicateurs d'altitude.
Mais c'est du suicide
La pièce était très étroite et elle s'approcha pour observer l'infinité de boutons, d'écrans, de compteurs et de voyants lumineux qui couvraient presque toute la surface de la cabine. Les deux hommes lui tournaient le dos, occupés à manœuvrer l'appareil. Le pilote donnait des indications à Ciel qui semblait en communication avec Londres et transmettait les observations entre deux directives personnelles. Il la remarqua instantanément.
« Qu'est ce que vous faîtes ici Debussy ? »
Elle sentie bête un instant. Elle n'avait pas sa place ici c'était vrai, elle les déconcentrait plus qu'autre chose. Elle l'entendit soupirer tandis que le pilote la gratifiait d'un sourire pour l'accueillir.
« Asseyez-vous là et ne touchez à rien »
Il désigna un strapontin près d'elle et elle prit place sans un mot. Il se concentra de nouveau sur sa communication, pressant le micro de son casque sur sa mâchoire pour s'assurer d'être audible. Il semblait regarder un dossier.
« Dîtes au maréchal de déclencher la procédure AR-3468 »
Elle n'avait aucun moyen d'entendre ce qu'on lui répondait.
« Ils refusent de capituler ? (…) Ne vous occupez pas de ça je réglerai cette affaire à mon retour (…) Dîtes leur que c'est une perquisition qui émane de Sa Majesté (…) Non ne faîtes rien de plus, ce n'est pas de mon ressort (…) Contentez vous de l'amener à la police (…) Sinclair a toute autorité sur la démarche procédurale pendant mon absence »
« La piste semble dégagée mais je ne sais pas où nous nous situons exactement, nous ferions mieux de faire demi-tour pour la reprendre depuis le début »
Il se détourna du micro.
« Nous n'avons pas le temps. Les radars nous indiquent que des appareils sont déjà en approche, allez-y »
Le commandant de bord ne semblait pas très enthousiaste à cette idée.
« Mais si nous arrivons en fin de piste avant de pouvoir arrêter l'avion - »
« Nous aurons le temps ne vous inquiétez pas »
Il rapprocha de nouveau le micro de ses lèvres.
« Tant que ça ? (…) Nous ferons vite (…) Bien, terminé »
Il enleva son casque et soupira avant de le tendre au commandant de bord. Il tourna la tête vers elle.
« Debussy, préparez vous à descendre, l'avion ne doit pas s'arrêter complètement, il prendrait trop de temps à redécoller »
Il fit un signe de tête au pilote qui le lui rendit.
« Pouvez-vous sortir les trains d'atterrissage monsieur le Comte ? »
Ciel se redressa et pressa un des nombreux boutons avant de quitter la cabine, elle sur ses talons.
« Il fait nuit noire, on doit vraiment être lâchés comme ça dans la nature ? »
« Je pensais que nous arriverions avant la tombée de la nuit mais la tempête nous a retardé »
Elle étouffa son appréhension comme elle le pu et le suivit dans l'arrière pièce de stockage. Il stoppa soudainement sa course et fit volte face dans sa direction.
« Ouvrez votre valise »
« Pourquoi ? »
Il lui lança un regard impatienté et elle s'exécuta. Elle ouvrit la malle et se retrouva nez à nez avec une tente pliée, des provisions en quantité astronomique, un duvet, un matelas et des vêtements.
« Nous allons devoir marcher plus longtemps qu'escompté. Transférez le strict nécessaire dans ce sac »
Il lui tendit un sac à dos militaire et elle s'en saisit, médusée. Il la relança au bout de quelques secondes, visiblement impatienté.
« Vite »
Elle chargea le contenu de la valise dans le sac mais du se rendre à l'évidence qu'elle ne pourrait pas emporter tout ce qu'elle souhaitait. Elle n'avait pas réussis à y faire rentrer beaucoup de nourriture.
« Tant pis, nous en trouverons sur place. N'amenez aucun appareil connecté en réseau »
« Et mon portable ? »
« Laissez-le au commandant de bord, on le fera parvenir chez vous. C'est plus prudent. Ne prenez qu'un seul sac »
Elle se dirigea vers son bagage à main et le vida de ce qui était essentiel pour le mettre dans son sac à dos. Une fois terminé, elle le hissa sur son dos avant de se relever. Elle chancela aussitôt et s'effondra contre un siège.
Ciel claqua la langue, impatienté.
« Donnez-moi ça. Ne prenez que ce que vous pouvez porter »
Il se saisit du sac et l'ouvrit de nouveau. Il sonda son contenu, prêt à laisser ce qui était trop lourd. Il reposa ses livres, dont celui sur les Habsbourg que Sebastian avait prit soin de lui laisser pour qu'elle se documente. Il soupesa son nécessaire de toilette et sembla juger la trousse trop lourde. Elle la lui prit des mains.
« Attendez je vais vérifier moi même »
Il haussa les sourcils mais ne lutta pas.
Elle l'ouvrit et étudia son contenu. Sebastian y avait mis sa brosse à dent, de quoi attacher ses cheveux, du déodorant, du démaquillant, du coton, du parfum, une brosse et elle remarqua, désabusée, qu'il avait même prévu le nécessaire en cas de règles. Heureusement qu'elle l'avait intercepté avant que Ciel ne l'ouvre. Les emballages de tampons et de serviettes tantôt rose, tantôt verts fluo étaient ce qu'on discernait en premier à des kilomètres de distance. Elle reposa le gel douche et le shampoing qui étaient bien trop volumineux à son goût. Elle laissa aussi son parfum mais insista pour garder du déodorant. Elle regarda finalement ce à quoi ressemblait ses affaires de toilettes une fois épurées. Une brosse, de quoi se laver les dents, du déodorant et des élastiques pour ses cheveux. C'était le minimum vital, elle ne pouvait pas se passer de plus.
« Prévoyez uniquement deux jours de vêtements, nous laverons au fur et à mesure »
Elle soupira et se délesta de certains vêtements et sous vêtements le plus discrètement possible. En pure perte de temps, Ciel ne semblait pas le moins du monde perturbé par la vue des sous vêtements.
« Et il faudrait aussi que vous laissiez- »
Elle explosa, irrité.
« Non ! Ça suffit comme ça je ne vais pas enlever plus d'habits si je vous écoute je n'aurais plus rien à me mettre sur le dos ! »
Il soupira et s'incita à la patience.
« Excusez-moi mais je peine à voir le côté indispensable de certaines choses que vous emportez. Ce ne sont pas des vacances. Par exemple ça, vous n'allez pas le mettre si nous sommes en pleine campagne »
Elle regarda sa longue robe de soirée noire. Sebastian avait du l'y mettre pour la réception au cas où. Elle lui accorda le point et la reposa dans la valise qui restait dans l'avion avec les escarpins et les bas.
« Ce ne sont pas des soirées huppées ? On ne me fera jamais entrer si j'ai l'air d'une souillon »
Il referma lui même son sac.
« De toute façon ils n'auront pas le choix »
Elle soupira et il lui tendit le sac à dos.
« Allez vous changer maintenant »
Elle remarqua avec dépit qu'elle portait encore sa jupe noire et sa chemise, particulièrement peu adaptées à leur expédition. Elle regarda autour d'elle, persuadée qu'il manquait quelque chose.
« Où est Sebastian ? »
« Il fallait qu'il retourne à Londres il reviendra bientôt »
Une goutte lui coula du front malgré elle.
Parce qu'en plus je vais me retrouver seule au milieu de nul part avec lui ?
Elle fit rapidement volte-face et se dirigea vers la chambre, laissant Ciel préparer ses propres affaires. Elle enfila son treillis militaire, un pantalon en tissus kaki qu'elle avait gardé de son service. Grâce à lui, elle pourrait marcher et se mouvoir avec souplesse tout en étant discrète. Elle mit un débardeur et un soutient gorge noirs avec des bottes militaires dans lesquelles elle rentra le bas de son pantalon pour se protéger des insectes. Elle avait grandit et le pantalon la serrait plus que dans ses souvenirs. Elle s'en contenterait. Il résisterait très bien à l'humidité et était très aéré, il avait été conçu pour ça.
Elle ne disposait que d'un short en dehors de son pantalon et d'un autre débardeur. Elle attacha ses cheveux en une haute queue de cheval et attrapa un blouson sur mesure qui gardait bien la chaleur pour se réchauffer la nuit.
Elle boucla sa ceinture et s'étira quelques instants pour juger de sa liberté de mouvement. C'était parfait.
Elle rangea ses affaires et souleva le sac avec difficulté. Cela faisait longtemps qu'elle n'avait rien demandé d'extrême physiquement à son corps et elle craignait un peu d'être à la traîne.
Elle boucla son holster à sa cuisse puis le deuxième sur l'autre jambe avant d'y mettre ses flingues. Elle devait les porter de temps en temps pour des missions d'infiltrations mais cela faisait une éternité qu'elle n'avait pas eu à s'en servir. Elle se regarda dans la glace d'un air critique. Elle avait toujours préféré le mouvement vers le bas pour attraper ses armes et elle trouvait que les sangles de cuisse lui permettaient de se mouvoir plus efficacement que celles dans le dos ou en bas des reins. Elle pourrait attraper ses armes plus vite si jamais ils avaient à s'en servir ou étaient menacés par des animaux sauvages.
Elle sortit de la cabine d'un pas méfiant avant de perdre l'équilibre et de s'accrocher difficilement à tout ce qu'elle pu atteindre. L'avion venait de toucher le sol sans qu'elle ne s'y attende et la secousse avait été plus violente que lors de ses autres vols. Elle se dirigea en vitesse vers l'avant de l'appareil.
Ciel tapait quelque chose sur son portable pour donner une dernière directive ou elle ne savait trop quoi, appuyé sur la porte ouverte du cockpit. Il s'était lui aussi changé et elle ne pu s'empêcher de remarquer à quel point c'était perturbant de le voir habillé autrement que de son habituel costume sombre. On lui avait très manifestement fournis une tenue de l'armée pour cette mission. Il portait une veste sombre rigide et un pantalon tout aussi foncé avec des bottes à lacets en cuir. Il avait une carrure impressionnante dans ces vêtements, l'uniforme lui allait aussi bien qu'à un militaire de carrière. Il avait remplacé son habituel cache œil noir par un patch noir avec deux ficelles. Elle détourna le regard à contre cœur pour ne pas paraître impolie. Elle n'avait jamais osé demander ce qui était arrivé à son œil bien que cela l'intriguait particulièrement, elle avait un sentiment étrange à ce propos bien qu'elle aurait été incapable de l'expliquer.
Il zippait sa veste quand il la remarqua. Elle distingua à travers le vêtements encore ouvert qu'il portait un holster d'épaule militaire. Son habit était près du corps pour lui faciliter les mouvements. Elle savait par expérience que chacun avait ses préférences en matière de holster et qu'il valait mieux les respecter si on voulait être efficace et réactif. Il portait un sac à dos lui aussi, plus grand et sans aucun doute plus lourd que le sien.
A en juger par l'air solennel du commandant de bord, ce n'était pas tous les jours que le Comte Phantomhive s'investissait autant dans une mission de terrain.
« Repartez vite ne perdez pas de temps une fois que nous serons descendus sergent Sawers. Vous arriverez à refermer la porte ? »
Il détourna la tête de la route.
« Ce n'est pas la première fois que je dépose des soldats en catastrophe ne vous inquiétez pas Monsieur. Bien Monsieur. Si vous me permettez j'ai une question à poser Monsieur. »
Ciel finissait de taper son message.
« Faîte »
« Pourquoi avoir refusé de sauter en parachute ? Vous auriez gagné du temps et cela aurait été plus discret »
Il lui jeta un regard.
« Debussy n'a jamais pratiqué ce genre d'exercice et cela aurait compliqué encore plus les choses »
Elle déglutit difficilement et ses mains devinrent moites rien qu'à la pensée de sauter en parachute.
« Vous passerez le bonjour à vos supérieurs de ma part sergent »
« Je n'y manquerais pas Monsieur, je vous souhaite bonne chance Monsieur »
Vu l'air émerveillé et respectueux que le soldat avait dans les yeux, Élise n'aurait pas été surprise qu'il lui demande un autographe. Ciel hocha la tête et le pilote se retourna vers la route.
Le démon ouvrit la porte principale de l'appareil et un déluge d'air s'engouffra dans l'avion, l'obligeant à s'accrocher à tout ce qui était à sa portée pour se maintenir droite. La passerelle de descente ne touchait pas le sol et il s'avança vers l'escalier, parfaitement maître de son équilibre. Il désigna le vide d'une main.
« Nous devons faire vite, allez-y la première »
« Pardon ? »
« Sautez. Je préfère vous laisser y aller avant moi pour être sûr que vous descendrez »
Elle écarquilla les yeux et balbutia.
« M-mais vous me prenez pour qui ?! Je vais me tuer à cette vitesse ! »
« Bien sûr que non, nous sommes à peine à soixante kilomètres-heures, la chute ne sera pas mortelle »
« Ça sera bien la seule chose qu'elle sera ! Je vais au moins me casser une jambe ! »
Il ne semblait pas s'émouvoir de cette éventualité.
« Vous avez été formée à ça. Arrêtez de tout compliquer et sautez, nous n'avons pas beaucoup de temps »
Oui, elle y avait été formée mais à l'époque ce n'était qu'un exercice et c'était il y a près de quatre ans.
« Hors de question ! Je tiens à conserver toutes mes capacités pour sauver Abby ! »
Il consulta sa montre avant de lui lancer un regard impatienté.
« Si vous ne sautez pas maintenant vous ne pourrez pas la sauver du tout. Allez-y ou je vous pousse »
« Certainement pas ! Vous n'avez pas le droit de faire ça, je porterai plainte pour tentative d'homicide volontaire ! »
Il leva les yeux au ciel.
« Et moi je porterai plainte pour défaut d'agent de terrain ou vous vous signalerais comme déserteuse ça vous va ? »
Elle plissa les yeux, furieuse.
« Vous êtes méprisable »
Il haussa les épaules.
« C'est vous qui avez commencé »
Elle serra les dents et se tourna vers le vide. Dieu que c'était haut. Elle n'y voyait rien en plus, incapable de savoir si elle allait atterrir sur de l'herbe ou de la roche. La voix de Ciel se fit entendre derrière elle, intraitable.
« Bien, je vous pousse »
« Non ! Laissez-moi quelques secondes ! »
Il était sans pitié. Elle déglutit difficilement et avança prudemment sur l'escalier, son cœur explosant dans sa cage thoracique. Ses mains moites glissaient sur la rampe.
« Debussy … Nous n'avons plus le temps »
Sa voix sonnait comme un avertissement.
« Oui ! Ce que vous êtes impatient ! »
Tétanisée et crispée sur la rampe, elle sonda leurs environs sans succès. Elle l'entendit soupirer derrière elle.
« Bon »
Elle sentit un bras passer autour de sa taille et hoqueta de surprise.
« L-Lâchez moi »
Elle le repoussa de faiblement en vain, interloquée.
« Vous ne me laissez pas le choix, il sera trop tard dans trente secondes »
Il la souleva comme si elle ne pesait pas plus lourd qu'une feuille et la cala sous son bras.
« Arrêtez ! »
Il franchit les quelques pas qui les séparaient du vide et la bloqua contre lui, sourd à ses protestations. Elle se débattit, stupéfaite.
Non … Il ne va pas-
Il fit un dernier signe de tête au pilote et sauta de l'appareil encore en marche. Elle écarquilla les yeux et serra les dents en s'accrochant avec force sur sa veste, se retenant de hurler de peur. Contre toute attente, il les réceptionna souplement sur la terre sèche sans le moindre mal quand un humain aurait trébuché et serait tombé en maints culbutes et roulés-boulés. Elle n'aurait pas réussis à se rattraper correctement si elle avait sauté d'elle même avec la vitesse de l'avion et se serait blessée. Il l'avait manifestement prise avec lui pour ne pas qu'elle se fasse mal.
J'ai bien fais de ne pas lui obéir
Il se redressa et la posa sur le sol et elle chancela, les jambes tremblantes avant d'observer la porte se refermer automatiquement et l'avion accélérer de nouveau pour redécoller plusieurs centaines de mètres plus loin, les laissant sans le moindre éclairage. Elle se retourna vers lui, furieuse.
« Vous êtes une brute ! »
« Je n'avais pas le choix, regardez »
Il désigna la piste et Élise suivit son doigt, plissant les yeux pour distinguer quoi que ce soit dans l'obscurité, uniquement pour se rendre compte que l'avion avait quitté la terre juste avant un précipice vu la façon qu'avait la terre noire de s'interrompre brusquement sur le ciel plus clair. Quelques secondes de plus et ils auraient assisté à un crash en direct.
Elle soupira de mauvaise grâce. L'air était frais et elle resserra son blouson contre elle.
« Tout va bien ? »
Elle hocha la tête, encore perturbée par les événements précédents. Elle ne s'attendait pas du tout à ce qu'il la porte lui même, c'était troublant. Il regarda autour d'eux et elle fit de même. Aucune lumière de ville ne se distinguait à proximité.
« Nous serons en sécurité dans la campagne ? »
« Ça dépend, les ours et les loups sont assez agressifs à cette période de l'année, à cause du manque de gibier »
Elle contint une exclamation horrifiée et écarquilla les yeux.
« Je plaisantais. Mais il y quand même des chèvres, mieux vaut être prudent elles ont des sabots, ça peut faire mal »
Elle ouvrit la bouche, scandalisée qu'il se paie autant sa tête.
« Vous … ! Vous- »
« Tout à fait »
Il sortit quelque chose de son sac sans lui prêter plus d'attention et continua de son éternelle voix désabusée.
« Nous marcherons de nuit, de toute façon je suppose que vous êtes reposée »
Il avait une façon vraiment troublante de dire des choses absurdes pour l'agacer et de redevenir sérieux aussitôt. En tout cas, elle était largement reposée de sa précédente nuit et de toute façon, elle ne tenait pas en place, impatiente d'arriver au Château pour porter secours à Abby.
« Par où devons-nous aller ? »
Elle discerna du mouvement dans sa direction, preuve qu'il regardait autour d'eux. Elle ne parvenait qu'à distinguer la masse noire qu'il formait qui se détachait sur le ciel dans la nuit noire.
« Vers le sud-est. Il est trois heures du matin ici, il fera bientôt jour. C'est par là »
Il devait avoir concerté une boussole si elle ne se trompait pas.
« Nous n'avons pas beaucoup de nourriture avec tout ce que j'ai du laisser dans l'avion ... »
« Ça fera l'affaire, nous irons manger dans un village dans le pire des cas, à condition d'être discrets »
Il se mit en marche et elle le suivit, méfiante.
« Faites attention nous allons traverser un champ il y a des barbelés »
Elle soupira et passa les mains prudemment devant elle pour ne pas trébucher dessus. Elle savait par expérience que cela pouvait faire des ravages sur la peau.
« Ne touchez pas la clôture, elle est électrifiée »
« Il me faut une lampe, je ne vois rien »
« Non, vous n'entendez pas les bruits de moteurs ? Il y a déjà des gens là bas en train de nous chercher nous devons nous cacher en vitesse dans la forêt, là bas »
« Cela ne sert à rien de désigner quoi que ce soit je n'y vois rien »
Elle tâta prudemment devant elle et sentit des épines de fer lui agresser les peau. Elle agrippa délicatement les barbelés et les enjamba.
« Attention, levez la jambe »
« Qu- Ah ! »
Elle sursauta et faillit tomber à la renverse sous la décharge électrique, déséquilibrée par son sac. Elle cligna des yeux plusieurs fois, sidérée d'avoir été autant secouée par une simple décharge de clôture.
« Je plains ces pauvres vaches »
Ciel semblait concentré sur le groupe d'hommes qui marchait plus loin.
« Dépêchez vous maintenant, ils viennent par ici »
Il chuchotait à présent. Encore désorientée, elle tourna la tête aussitôt et discerna des faisceaux de lumières dans la campagne.
Ils ont des lampes, eux
Elle chuchota à son tour, énervée.
« Mais je ne sais même pas où est le câble bordel ! »
Il soupira d'agacement face à sa lenteur.
« Prenez ma main, vite »
Elle serra les dents et chercha sa main à l'aveuglette. C'est lui qui vint fermement attraper la sienne.
« Levez la jambe maintenant »
Elle s'exécuta, s'en remettant à lui.
« Plus haut »
« Je ne peux pas ! »
« Bon, baissez vous alors »
« Putain »
Il claqua la langue et elle l'ignora. Elle savait qu'il n'aimait pas quand elle était vulgaire. Elle s'accroupit à terre.
« C'est bon comme ça ? »
Elle entendait des éclats de voix derrière elle.
« Oui mais baissez la tête, vite ! »
Elle s'exécuta rapidement et avança à l'aveuglette. Il la récupéra aussitôt derrière le fils et la remit sur pieds avant de lui attraper le bras pour l'obliger à courir. Elle se crispa sur son bras, redoutant à chaque instant de se tordre la cheville dans le noir. Il les fit finalement s'arrêter derrière ce qui semblait être un buisson quelques minutes plus tard et elle attendit sans un mot, s'asseyant pour récupérer. C'était encore pire que ce qu'elle avait pensé. Le sac restreignait tous ses mouvements.
« Ils sont partis de l'autre côté »
Elle récupérait, haletante.
« Allez Debussy il faut continuer maintenant »
« Je peux prendre une lampe de poche ? »
« Je ne préfère pas. Marchez juste dans mes pas et ça suffira »
Elle se releva à l'aveuglette en grognant.
« Par là »
Elle plissa les yeux pour distinguer la direction qu'il indiquait et le suivit à travers les buissons, contournant les arbres et perdant l'équilibre quand elle marchait sur des racines.
Ils marchèrent au moins trois heures sans qu'il ne la laisse faire de pause. Elle peinait à le suivre le rythme, ne voyant rien et ne sachant même pas où elle mettait les pieds. Leur progression était considérablement ralentie à cause d'elle qui peinait à soutenir son sac à dos. Elle ne comprenait même pas comment il faisait pour aller si vite avec le rideau noir qu'ils avaient devant les yeux. Même si les siens s'étaient habitués à l'obscurité depuis longtemps, quand il s'agissait traverser des barrières de champ ou autres barbelés elle manquait souvent de trébucher. Dans ces cas là, elle le voyait de loin attendre sans un mot qu'elle enjambe les obstacles et revienne à sa hauteur. Il les fit manifestement éviter les barrières électriques puisqu'ils n'en croisèrent pas d'autres. Elle ne quittait pas ses épaules et son dos des yeux, ne voulant surtout pas se perdre dans un endroit pareil. Ils enchaînaient traversées de champs et de ruisseaux sans s'arrêter. Alors qu'il sautait les cours d'eau avec la plus grande facilité du monde, elle était obligée de se propulser avec force elle ne savait où, ne sachant pas si elle finirait les fesses mouillées ou non avant d'avoir atteint l'autre rive. Heureusement pour elle, quand le ruisseau était trop large, il la réceptionnait à l'arrivée. Elle avait sursauté la première fois qu'il lui avait attrapé la main alors qu'elle chancelait en arrière et l'avait tiré en avant pour ne pas qu'elle tombe, la propulsant contre lui à sa grande stupéfaction. Elle n'avait pas fait le moindre commentaire, se contenant de se remettre droite sur ses jambes et de s'écarter de son torse sans un mot. Pas même un "merci" n'avait passé ses lèvres et il avait simplement fait volte face pour poursuivre sa route, reportant déjà son attention sur leur itinéraire. Elle sentait une sorte de malaise grandir en elle de plus en plus.
Elle lui était particulièrement reconnaissante d'être avec elle pour l'aider à retrouver Abby, l'empêchant de se perdre ou de tomber. Elle ne se voyait cependant pas le lui dire à haute voix ou le remercier pour son aide. Elle était parfaitement capable de constater par elle même qu'il ne semblait pas attendre le moindre remerciement de sa part, comme si cela risquait de créer une situation qui lui déplairait. Force était de constater qu'ils avaient eu plus de contacts physiques en trois heures qu'en deux mois et ce n'était, en outre, que par stricte nécessité qu'il la touchait. Elle soupira, désabusée par ce constat. Ils ne s'étaient jamais serrés la main et ne se saluaient d'ailleurs jamais de quelque façon que ce soit. Il était celui qui avait tacitement imposé cette relation très particulière, son attitude réservée la dissuadant de faire quoi que ce soit d'amical. Pire, ils se vouvoyaient, chose qu'elle n'avait jamais fait auparavant avec quelqu'un qui avait physiquement presque son âge. Il avait une aura sombre et une prestance oppressante qui l'incitait garder ses distances. Il lui avait pourtant sauvé la vie plusieurs fois, l'avait hébergé sous son toit, logeait sous le sien depuis peu et avait même eu à jouer le rôle de son mari pendant une soirée. Elle n'avait jamais osé lui manifester trop de reconnaissance pour son aide comme elle l'aurait fait avec n'importe qui d'autre et il ne semblait même pas attendre quoi que ce soit d'elle en retour, comme si elle ne pouvait rien lui offrir qui pourrait le satisfaire, tout comme il semblait se contenter de ne l'appeler que par son nom de famille. Elle n'osait même pas lui proposer de l'appeler par son prénom, craignant qu'il ne prenne l'invitation comme une tentative de sa part pour se rapprocher de lui. Elle était tout à fait consciente qu'il semblait vouloir entretenir une certaine distance entre eux, bien que la raison lui échappe totalement.
Elle ne savait même pas ce qu'ils étaient l'un par rapport à l'autre au final. Ils n'étaient même pas amis.
Elle souffla, éprouvée, sortant de ses pensées. Elle se fatiguait vite avec le rythme qu'il lui imposait mais elle ne se plaignait pas, demeurant muette elle aussi. Elle ne voulait pas lui faire ce plaisir, il se moquerait d'elle aussitôt.
Elle accueillit avec ravissement les premières lueurs de l'aube. Elle avait attendu impatiemment qu'il fasse jour. Tout était plus pratique et rassurant de jour. Elle avait à maintes reprise entendu des cris et des râlement rauques d'animaux dans les grandes plaines dans le noir et cela n'était pas pour la rassurer. Ciel demeurait imperturbable, concentré sur sa marche, se retournant de temps en temps pour voir si elle suivait.
Alors que le jour s'était levé depuis deux bonnes heures et qu'il les avait encore fait accélérer le rythme, ses jambes, éprouvées par les sauts des cours d'eau et des roches qu'ils devaient passer avec un sac à dos aussi lourd, commençaient à se faire douloureuses.
Elle haletait, reprenant difficilement son souffle. Elle pesta intérieurement. Elle n'avait clairement pas la condition physique d'un soldat.
Ciel s'arrêta enfin à la sortie d'une prairie et elle s'effondra quasiment sur la première roche qu'elle trouva. Elle reprit son souffle en silence. Elle décida d'enlever son manteau qui lui tenait à présent trop chaud et de le ranger. Même de si bon matin, le soleil et sa chaleur commençaient à faire des ravages sur son organisme.
Il lui jeta un regard et retira son sac à dos avant de fouiller dedans et de lui tendire une bouteille d'eau.
« Buvez, vous n'allez pas réussir à maintenir le rythme sinon »
Une goutte lui coula du front et elle soupira, désabusée.
En fait il s'en fiche que je meure de soif ou pas, c'est juste qu'il veut pas que je le retarde trop
Elle ne se fit néanmoins pas prier et bu de grandes et longues gorgée avant de s'arroser la gorge et de se tamponner le front d'eau.
« Il va faire encore plus chaud dans la journée ? »
« A cette période de l'année ça peut atteindre les trente cinq degrés »
Il semblait plus fatigué que d'habitude et elle percevait ses respirations irrégulières quand elle se concentrait. C'était très étrange. Il récupéra la bouteille d'eau et la laissa se reposer quelques minutes.
Tandis qu'il consultait une carte de la région sur une roche plate, boussole en main, elle s'autorisa à l'observer à la dérobée. Il épongeait son front pour la troisième fois depuis qu'ils avaient stoppé leur route et elle ne pu s'empêcher de penser qu'il ce n'était pas normal. Il sembla remarquer qu'on l'observait et il releva les yeux vers elle. Elle détourna immédiatement le regard, se giflant mentalement pour son manque de discrétion en priant pour s'être détournée à temps.
Elle regarda les environs, cherchant rapidement quelque chose à faire pour s'éloigner de lui. Elle remarqua des chevaux dans le champs voisin et elle se dirigea vers les animaux qui s'approchaient d'elle, curieux. Elle regarda avec dépit les innombrables mouches qui assaillaient leurs naseaux et leurs yeux.
Pauvres bêtes
Elle s'amusa à toucher leur naseaux et à leur donner l'herbe fraîche qu'ils ne pouvaient pas atteindre à cause de la clôture. Une voix intransigeante se fit entendre derrière elle après quelques minutes.
« Debussy il faut continuer »
Elle soupira doucement et fit volte-face, donnant une dernière tape affectueuse sur l'encolure des chevaux. Ciel repliait la carte et rangeait son matériel quand elle arriva à sa hauteur.
« Quand est-ce qu'on mange ? »
Pour toute réponse, il lui planta une casquette militaire sur les cheveux.
« Dans une heure ou deux si vous êtes sage »
Elle releva la tête pour croiser son regard avec la casquette qui lui masquait la vue.
« Je suis pas Wonder Woman moi »
« Vous avez eu un entraînement militaire assez strict si je ne m'abuse »
« Comment vous savez-ça d'abord ? »
Il se détourna.
« Je suis tombé sur votre dossier au MI6 alors j'y ai jeté un coup d'œil »
« Hein ? Mais en quel honneur ?! Et comment ça se fait que vous ayez accès à ce genre de document ?! »
« Je devais savoir si je pouvais vous emmener avec moi et si vous pouviez facilement supporter le trajet. Peut être ais-je surestimé vos capacités physiques au final ? »
Encore une pique pour l'énerver. Elle leva les yeux au ciel, vexée. Déjà qu'elle faisait tout son possible pour ne pas être un boulet.
« En fait je préfère quand vous ne parlez pas »
Il finit de ranger ses affaires et lui lança un regard qu'elle ne parvint pas à déchiffrer.
« Je ne vois pas le moindre problème à accéder à votre requête »
Elle soupira.
« Pourquoi n'allez vous pas simplement au château en utilisant vos pouvoirs de démon ? Je suis sûre que vous pourrez y être en moins d'une heure. Je ne vous serais pas de la moindre utilité de toute façon »
« C'est assez compliqué et je dois rester avec vous, sauf si vous préfériez que je vous laisse vous débrouiller seule ? »
Elle lui lança un regard noir.
« Pourquoi c'est compliqué ? »
« Nous devons repartir et vous allez vous fatiguer inutilement si vous parlez en marchant »
Il se remit en route là dessus et elle soupira avant d'ajuster son chapeau sur sa tête et de suivre le démon.
Il ne fallu pas trente minutes de plus pour que son ventre commence à se manifester bruyamment. Au bout de la huitième plainte, Ciel se retourna vers elle, une veine saillante sur le front.
« Silence »
Elle se fit violence pour ne pas rougir de honte.
« C'est vous qui ne laissez même pas votre soldat manger ! »
« Votre corps est largement capable d'attendre une heure sans flancher »
« Mais je suis déjà obligée de repousser mes limites ? Je ne devrais pas garder mes réserves pour plus tard ? »
Il souffla longuement et s'arrêta.
« Bon, soit, vous avez dix minutes mais pas plus »
Elle écarquilla les yeux et soupira, désespérée.
Ce gars est un tyran pur et dur, je plains ses employés
Elle s'affala sur l'herbe douce, fatiguée. Cela lui fit un bien fou.
Ciel vérifiait leurs environs et elle sortit de quoi manger de son sac. Elle y découvrit des croissants et des pains au chocolat et envoya une bénédiction à Sebastian. Il y avait aussi de l'eau. C'était largement assez pour elle.
Ciel revint de son inspection et finit par s'asseoir comme elle, se sentant sans doute seul debout. Il s'installa sur l'herbe avec flegme et sembla prendre son mal en patience. Elle fronça les sourcils.
« Vous ne mangez pas ? »
« Je n'en ai pas besoin »
Elle fourra une pâtisserie dans sa bouche.
« Pafhke jhche vfeu bfin vfous fen fonnfher »
Il la regarda, découragé, la goutte au front.
« Avalez ce que vous avez dans la bouche avant tout de chose Debussy »
Elle fit passer le croissant avec une longue lampée d'eau.
« Vous n'avez pas faim ? »
« Non, les démons n'ont pas pour habitude de manger »
« Mais vous passez votre temps à manger ! »
« Mon sens du goût ne s'est pas détérioré et j'ai toujours aimé le sucré »
« Vous étiez humain autrefois, pas vrai ? »
Il soupira, lassé.
« Oui »
« Comment êtes vous devenu un démon ? »
Elle le fixait sans ciller, concentrée. Son attitude changea en un instant. Jusqu'alors détendu et posé, il se raidit imperceptiblement et lui lança un regard étrange, comme si il devenait soudainement plus froid.
« Ça n'a rien d'intéressant »
Elle continua avec prudence, sidérée et plus qu'intriguée par son changement de comportement.
« Ça m'intéresse pourtant »
Elle le sentit se refermer sensiblement. Il se releva et elle regretta d'avoir insisté.
« Bon appétit et reposez vous bien, nous ne ferons pas de pause avant un bon moment »
Il se dirigea vers leurs affaires et sortit un carnet avant d'écrire des indications dessus, scrutant la carte qu'il avait déplié tant que tant.
Il ne lui adressa plus la parole de toute la matinée, se contentant de lui indiquer le chemin en marchant silencieusement devant elle. Mal à l'aise, elle ne se plaignait pas, peinant sous le soleil. La température la faisait suer et son sac menaçait à chaque instant de lui faire perdre l'équilibre.
Sa montre indiquait deux heures moins le quart et Ciel ne s'était toujours pas arrêté sauf quelques secondes toutes les deux heures pour lui tendre une bouteille d'eau sans un mot. Il l'obligeait à boire beaucoup et cela ne lui rendait pas uniquement service. Elle commençait à avoir du mal à garder une allure normale tant sa vessie se faisait pressante. Elle ne pouvait pas attendre plus longtemps. Elle se décida soudain à rompre le silence.
« Ciel »
Il tourna la tête distraitement vers elle.
« Pourrions-nous nous arrêter ? »
Il fit mine de réfléchir quelques instants.
« Pas vraiment, je compte franchir la frontière avant ce soir et il nous reste encore beaucoup de route »
Elle lui lança un regard noir. Enfin à son dos plus précisément, il s'était déjà retourné vers la route. Elle serra les dents. Hors de question qu'elle lui dise qu'elle avait envie d'aller aux toilettes et hors de question qu'elle se fasse dessus. Elle regarda autour d'elle et aperçu un bosquet derrière elle. Ciel se concentrait tantôt sur la route, tantôt sur la boussole.
Elle ralentit progressivement l'allure pour carrément rebrousser chemin jusqu'au bosquet. Elle le laissa prendre de l'avance. Il ne devait pas se rendre compte de quoi que ce soit. Une fois soulagée elle le rattrapa discrètement et se retrouva de nouveau à marcher derrière lui, haletante.
« Debussy »
Elle sursauta.
« Hm ? »
« Ne partez pas toute seule comme ça »
Il croit que c'est simple peut être ?
« Excusez moi d'être humaine »
Il haussa un sourcil dans sa direction.
« Vous m'avez fait boire trop d'eau ! »
Il sembla réfléchir et vu l'étonnement qui perça dans son regard, elle comprit qu'il n'avait pas prévu ce genre de complications.
« Excusez-moi je n'y avais pas pensé »
L'once de gêne qui perçait dans sa voix la laissa perplexe. Elle sentit ses joues l'échauffer. C'était une situation horriblement embarrassante qu'elle n'aurait préféré ne jamais vivre.
Ce que je ne ferais pas pour toi Abby, si je te retrouve saine et sauve je te frappe
Ils marchèrent encore quelques heures et Ciel lui permit de s'arrêter pour se sustenter. Il était toujours aussi peu bavard, la laissant manger seule pour s'occuper de la carte en lisant des livres dont elle ne parvenait pas à distinguer les titres.
Ils repartirent et le voyage continua dans ce même silence qui la rendait si mal à l'aise. Elle pensa à Abby et au château tout du long. Qu'est ce qui les attendait là bas ? Arriverait-elle à temps ? Les avait-on repéré malgré leurs efforts ?
Alors que la nuit était tombée depuis moins d'une heure, elle aperçu de la lumière au loin, chose qu'elle n'avait pas encore vu de la soirée.
« Un poste transfrontalier » expliqua Ciel.
Elle ne savait toujours pas comment il comptait les faire passer en Roumanie sans en avertir personne.
Ils s'arrêtèrent derrière des arbres pour observer les lieux discrètement. Des voitures attendaient en file qu'on les contrôle pour pouvoir passer la frontière et une grande barrière de béton armé surmontée de pics et de barbelés dominait la plaine. Les seuls passages étaient les postes, là où les employés passaient et l'autoroute où les voitures franchissaient la frontière.
Elle soupira. Ça promettait d'être compliqué.
Les voitures se faisaient de plus en plus rares et ils devaient se dépêcher si ils voulaient profiter de la foule pour être discrets. Ciel observait leur alentours attentivement, échafaudant un plan.
« Je fais diversion et vous passez d'accord ? »
« Comment ça ? »
« Avancez vers ce poste et restez dans l'ombre jusqu'à ce que je vous fasse signe »
Elle acquiesça et il se mit en marche, se dirigeant vers le bâtiment sans se cacher tandis qu'elle passait plus discrètement par le côté, faisant un détour obligatoire. Elle profita de l'obscurité pour se cacher contre un mur du bâtiment. Une ville commençait directement après la frontière, être à pied pour la franchir n'attirait donc pas une attention particulière. Elle se situait à une vingtaine de mètres de Ciel. Ce dernier fit un courte pause avant de se diriger vers une des employés nationaux chargés de contrôler la frontière. Elle remarqua que c'était la seule femme de tout le poste et elle fronça les sourcils, se demandant pourquoi Ciel l'avait choisit elle en particulier.
Il l'attendit patiemment devant le poste et elle sortit de son bureau pour venir à sa rencontre, étonnée. Il prit un air décontracté et parla sans qu'elle ne puisse entendre quoi que ce soit. Elle ne comprenait rien à ce qu'il disait, trop éloignée d'eux. La femme l'écouta avec attention avant de sourire, amusée. Elle lui indiqua du doigt un autre poste vers le sud et il passa une main derrière sa tête avant de la gratifier d'un sourire penaud, faussement gêné. La femme ria de bon cœur et Élise fronça les sourcils. Elle avait remarqué que les femmes avaient tendance a rire pour un rien quand elles étaient en face d'un homme qui leur plaisait. Elle écarquilla les yeux devant la petite comédie du démon. Il avait décidément un sacré talent d'acteur.
Elle doutait cependant qu'ils puissent passer la frontière de cette façon sans montrer leurs papiers d'identité. Cela revenait malheureusement à annoncer leur arrivée et tout ce qu'ils avaient fait jusqu'à présent n'aurait servit à rien.
Ciel se retourna vers la femme après avoir fixé le point indiqué quelques secondes. Il pencha la tête en parlant, l'air innocent et elle vit la femme prendre un air peiné. Elle semblait très attentive à lui, elle ne le quittait pas du regard. Elle vit la femme faire non de la tête d'un air désolé. Elle remarqua que Ciel sembla changer de stratégie. Il regarda le sol, pensif et faussement déçu avant de lui proposer quelque chose. Elle aurait donné cher pour pouvoir entendre la conversation. Elle vit l'attitude de la femme changer du tout au tout. Elle écarquilla les yeux et rougit furieusement avant de lui sourire, gênée. Elle frissonna de malaise en voyant son regard effarouché.
Erhm qu'est ce qu'il lui a proposé juste à l'instant ... ?
La femme lui fit signe de la suivre et il hocha la tête avant de lui emboîter aussitôt le pas vers son bureau. Elle écarquilla les yeux, clouée sur place. Avant de disparaître de son champ de vision, il lui fit discrètement un signe de la main, lui indiquant de passer maintenant. Elle s'exécuta à contre cœur, perturbée.
Il n'a quand même pas recourt à ce genre de méthode si ... ?
Elle traversa l'étroit passage, se mouvant comme une ombre, guettant les gardes. Elle n'eut pas de mal à traverser le poste sans surveillance et arriva en Roumanie sans difficultés.
Elle alla se mettre en sûreté derrière un bosquet cent mètres plus loin et attendit, incrédule. Contre toute attente, Ciel la rejoignit moins de trente secondes plus tard, essoufflé. Pour une raison inconnue, quoi qu'il ai fait, elle avait envie de lui crier dessus. Il ne lui en laissa pas le loisir et l'incita à courir dès qu'il arriva à sa hauteur.
« Dépêchez vous nous devons vite quitter cet endroit »
Il semblait encore plus pressé que d'habitude et elle couru avec lui de mauvaise grâce.
« Qu'est ce que vous avez fait pour qu'elle nous laisse passer ? »
Elle s'obligeait à garder une voix calme et posée malgré ses respirations hachées et son amertume. Il regarda derrière eux et lui répondit d'un air distrait, occupé à guetter des poursuivants éventuels.
« Somnifère »
Une goutte lui coula du front.
Hein ?
« Mais comment avez-vous fait pour entrer dans son bureau ? »
« Je lui ai demandé de l'eau, j'avais besoin de me retrouver seul avec elle pour lui administrer le somnifère, les femmes sont psychologiquement plus sensibles à la détresse que les hommes »
Elle écarquilla les yeux, ahurie.
« Mais alors vous n'avez pas ... »
Il l'écoutait à peine, surveillant leurs alentours, alerte.
« Pas quoi ? »
Elle se gifla mentalement et prit une voix étonnée pour rattraper son coup.
« Mais alors vous n'avez pas montré vos papier ?! »
« Bien sûr que non »
Elle haussa les sourcils, blasée. C'était juste cette femme qui s'était fait un gros film dans sa tête. Quelle sotte. Les représentantes de son sexe lui faisaient parfois vraiment honte.
Se faire avoir de la sorte, un peu de fierté bon sang
Il s'arrêta enfin.
« J'espère qu'ils ne remarqueront pas tout de suite »
« Nous sommes déjà loin de toute façon et ils vont juste croire qu'elle s'est endormie non ? »
« Certes mais ils vont trouver étrange que la bande des caméras de surveillance ait été effacée et ils vont lancer des patrouilles de recherche à nos trousses »
« Vous avez pensé à ça ? »
« Je n'ai pas mis autant de temps pour rien »
Elle soupira, de nouveau blasée avant de s'appuyer sur ses cuisses pour reprendre sa respiration. Elle avait vraiment du mal à suivre le rythme du démon quand il courait, même quand il se ralentissait volontairement.
« Mais ça n'aurait pas été plus simple de passer par dessus la frontière ? L'obscurité nous aurait caché »
« Non, nous devions opérer ainsi »
Elle haussa les épaules et ne lutta pas, le sachant plus renseigné qu'elle.
« Où est ce qu'on dort maintenant ? Il y a des hôtels là bas »
Elle désigna les habitations de l'agglomération. Ils étaient en retrait des bâtiments, à la lisière de la forêt. Tout ce dont elle avait envie à présent, c'était de dormir dans un bon lit bien moelleux. Même quelques heures, juste le temps de se reposer pour pouvoir avancer plus vite jusqu'à Abby. Elle était épuisée, elle ne pouvait pas continuer à courir dix mètres de plus.
« C'est justement là où nous n'irons pas »
Il regarda les habitant qui rentraient chez eux ou s'installaient aux terrasse des brasseries.
« Mais pourquoi … ? »
« Vous connaissez un hôtel qui prendrait des clients anonymes sans se méfier Debussy ? »
Elle soupira, désespérée. Pourquoi le sort s'acharnait-il sur elle ?
« Nous allons marcher jusqu'à dépasser la ville d'Oradéa, ça ne devrait pas être très loin »
« Quoi ? On ne s'arrête pas ici ? »
« Bien sûr que non c'est trop risqué »
« Mais ... »
« Arrêtez de vous plaindre tout le temps »
Sa voix avait un intonation dure et elle lui lança un regard noir. Il ne s'en ému pas le moins du monde.
« Allez remettons-nous en route »
Ils reprirent leur route sous ses protestations.
Ils marchaient depuis près d'une heure maintenant et elle n'en pouvait plus. Elle sentait la fatigue alourdir ses membres et son sac peser sur son dos. Chaque pas lui coûtait un effort titanesque.
« On est presque arrivés ? »
« Pas encore, c'est après cette ville »
Elle gagna un peu de courage à ses paroles et redoubla d'efforts. Dix minutes plus tard, ne voyant rien, elle s'inquiéta de nouveau.
« On est presque arrivés ? D'ailleurs c'est encore loin la Transylvanie ? »
Il lui lança un regard dépité.
« Nous sommes en Transylvanie depuis la frontière Debussy vous avez donc si peu de connaissances en géographie ? »
« Pas dans celle de la Roumanie non, navrée »
Alors c'était si vaste ? Cela ne faisait aucun doute qu'il avait perçu l'intonation ironique de sa voix. Elle se concentra de nouveau sur leur route. Elle peinait à garder la notion du temps maintenant qu'elle s'endormait presque debout.
« On est presque arrivés … ? »
« Non »
Le paysage nocturne défilait sans que rien ne change. Elle évitait les obstacles avec une difficulté grandissante, marchant précisément sur les pas de Ciel pour savoir où aller dans ce néant hostile.
« On est presque … arrivés? »
« Non je vous l'ai déjà dis »
Ses bras pendaient sur ses flans, inertes.
« On … est presque … arrivés ? »
« Non ! »
Elle éloigna mollement un moustique de son oreille.
« On est presque arrivés ? »
« Non Debussy ! Soyez patiente et taisez-vous bon sang »
Elle roula les yeux au ciel. Plus facile à dire qu'à faire. Elle poursuivit péniblement sa route.
Cela faisait selon elle une éternité qu'ils marchaient.
« On est presque arrivés là non ? »
Une veine pulsa sur son front et il se retourna vers elle.
« Non pour la dernière fois ! »
« Ah .. je croyais »
Il fit volte face et continua sa route, impatienté. Ils marchèrent dix minutes de plus avant qu'elle ne s'enquière une nouvelle fois de leur progression d'une voix haletante.
« Donc, là, on est presque arrivés, non ? »
Il explosa, sa faible patience ayant atteint sa limite.
« Debussy ! Non bordel ! »
« Pas besoin d'être grossier monsieur le Comte »
« Taisez-vous ! »
« Pff »
Le démon voyait manifestement rouge à force d'être harcelé.
Il ne peut s'en prendre qu'à lui même, c'est de l'esclavage.
Ils marchèrent encore plusieurs kilomètres et ses jambes se mirent à trembler sous son poids.
« Là on est presque arrivés, c'est obligé »
Il se retourna et lui fourra une bouteille d'eau dans les mains avec une brusquerie mal contenue.
« Vous allez vous taire la fin ? »
« Je vous méprise vous savez ? »
Il haussa les sourcils.
« Je m'en fiche »
« Mais ça fait près de onze heure qu'on marche comme ça ! »
« Nous sommes presque arrivés »
C'est ce qu'il m'a dit deux heures plus tôt
Elle bu l'eau et il la força à reprendre la route. Ils arrivèrent finalement dans une zone marécageuse plus humide et bien qu'éreintée, elle devait redoubler d'efforts pour ne pas trébucher dans une racine ou glisser sur la mousse humide qui recouvrait les roches à perte de vue.
Un court d'eau plus grand se présenta et Ciel le traversa sans difficultés. Il grimpa sur un arbre qui surplombait la rivière et évolua avec adresse sur une solide branche qui traversait l'étendue d'eau qui leur coupait la route. Il changea de branche avec la même agilité et sauta sur la rive d'en face.
Elle maugréa dans sa barbe avant de lancer son sac de l'autre côté de toutes ses forces. Ce dernier arriva à bon port par elle ne sait quel miracle. Elle grimpa à l'arbre et son pied glissa sur plusieurs branches qui se brisèrent sous son poids. Elle pesta, ayant oublié de regarder quels appuis Ciel avait utilisé. C'était le cours d'eau le plus large qui c'était jusqu'à présent présenté à eux. Elle arriva sur l'épaisse branche et avança en funambule comme elle le pouvait. Déséquilibrée par la fatigue, elle manqua de tomber à trois reprises. Elle ne dut son salut qu'aux moulinets fébriles de ses bras qui la rééquilibrèrent. Elle attrapa la branche de l'arbre en face et se transposa sur celui-ci. La base de son tronc était dans l'eau et elle du le traverser avant de pouvoir distinguer la rive en face. Elle assura son appui et sauta sur la terre ferme.
Alors qu'elle se réceptionnait, son pied glissa sur la boue et elle bascula en arrière à sa grande horreur. Rien n'était à sa portée pour qu'elle puisse se rattraper. Elle poussa une exclamation stupéfaite et son corps entra violemment en contact avec l'eau fraîche. Elle remonta aussitôt en surface et enleva difficilement les mèches de cheveux qui lui tombaient devant les yeux, glacée. Elle n'avait même pas pied.
Ciel la regardait d'où il était, l'air effaré.
« Mais comment vous avez fait votre compte ? »
Vexée, elle s'apprêtait à lui répondre avec vigueur quand elle sentit quelque chose bouger près de ses jambes. Sa colère s'estompa aussitôt et elle hurla d'effroi avant de se diriger vers la rive le plus rapidement possible.
« Il y a quelque chose sous l'eau ! »
Elle avait une peur panique de tout ce qui la touchait et qu'elle ne voyait pas dans l'eau. Qui savait quel monstre jusque là inconnu se trouvait sous cette eau boueuse ? Elle s'accrocha à une racine et tenta de se redresser mais le végétal céda sous son poids et elle retomba à la renverse dans l'eau opaque. Elle sentit cette fois quelque chose passer entre ses jambes et elle écarquilla les yeux avant de pousser une autre exclamation terrifiée. En voyant que Ciel n'avait pas bougé pour lui venir en aide, elle explosa, la colère et la fatigue lui faisant oublier toute politesse ou convenance.
« BORDEL MAIS AIDEZ-MOI AU LIEU DE RESTER LES BRAS BALLANTS ESPÈCE DE CRÉTIN DE DÉMON TORTIONNAIRE SADIQUE ! »
Ciel finit par tiquer et s'approcher d'elle, dangereusement muet. Il lui tendit une main secourable qu'elle saisit aussitôt et il la tira vers la rive sans efforts. Il la souleva hors de l'eau et elle s'accrocha à lui instinctivement, tremblante. Alors qu'elle chancelait contre lui en essayant de garder l'équilibre, elle tourna la tête vers l'eau boueuse derrière elle, horrifiée. Elle releva finalement les yeux vers Ciel, inquiétée par son mutisme et se figea. Le démon ne bronchait pas bien qu'elle maculait ses habits d'eau trouble et il la regardait se remettre de ses émotions sans ciller, une intensité rare dans le regard. Elle papillonna bêtement des cils, incrédule. Contre toute attente, il réduisit encore le mince espace qu'il y avait entre eux et son cœur rata un battement. Elle se raidit immédiatement. Bien que stupéfaite, elle se fit violence pour ne pas laisser transparaître le moindre trouble sur son visage. Hors de question qu'elle rougisse comme une parfaite idiote comme l'avait fait la femme plus tôt. Elle regrettait déjà de s'être emportée contre lui qui n'y était pour rien mais comment cela se faisait-il qu'il ne semble pas lui en tenir rigueur le moins du monde ? Il chuchota à son oreille et elle frissonna malgré elle, se demandant vainement si c'était du à son souffle chaud sur sa peau ou à son précédent passage dans l'eau froide. Dieu comme elle n'aimait pas être trop près de lui et dieu comme ses pensées se contredisaient en ce moment même.
« J'ai du mal entendre à l'instant Debussy »
Elle cligna des yeux après avoir analysé le contenu de sa phrase, confuse.
« Pardon ? »
D'un même mouvement fulgurant, il recula et la repoussa sèchement en arrière, une lueur désapprobatrice dans le regard. Elle écarquilla les yeux avant de retomber de tout son haut dans l'eau boueuse. Elle fit des bras et des jambes pour émerger une nouvelle fois avec difficulté. Elle avait bu la tasse et se débattait à présent dans l'eau, tiraillée entre le besoin de respirer et son envie de lui crier dessus.
« Grossier personnage ! … Rustre ! Goujat ! Mufle ! … Je vous déteste ! »
Elle se calma pour pouvoir respirer convenablement, serrant les dents.
Ciel s'avança une nouvelle fois vers la rive, satisfait de sa vengeance. Il était assez rancunier, il l'avouait sans gêne et Sebastian en avait fait les frais autrefois. Élise se débattait dans l'eau devant lui, les cheveux et le visages maculés de boue. L'indignation et la fureur se lisait dans ses grands yeux bleus. Il devait reconnaître qu'elle était divertissante à observer quand elle paniquait pour un rien. Alors qu'il allait tendre de nouveau la main, il vit Élise écarquiller les yeux d'horreur avant de regarder l'eau boueuse sous elle.
« Qu'y a t-il encore ? »
Elle détailla ses environs sans un mot, fébrile. Elle se préparait à ouvrir la bouche pour lui répondre quand elle disparut brusquement sous l'eau, tirée vers le bas. Le démon se figea quelques millièmes de secondes, interdit, avant de se précipiter sur la rive, sondant l'eau sombre avec attention pour tenter de la distinguer dans l'eau boueuse. Il s'agenouilla pour mieux voir. Ca serait uniquement de sa faute si il lui arrivait quelque chose. Il se pencha avec méfiance, faisant en sorte de ne pas glisser dans la fange de la rive.
A sa grande stupeur, Élise émergea de l'eau aussi vite qu'elle avait coulé et il eut à peine le temps d'apercevoir son sourire triomphant avant de sentir une prise sur le haut de sa veste.
« Je vous tiens Monsieur le Comte »
Il cligna des yeux, incrédule et elle le tira violemment vers elle et il bascula en avant, la tête la première dans l'eau.
Élise jubilait en barbotant dans l'eau boueuse. Elle ne pouvait pas être plus sale de toute façon, ça ne servait à rien de lutter maintenant qu'elle n'était plus seule dans l'eau sombre.
Ciel émergea très vite de l'eau, l'air particulièrement furieux. Il secoua sèchement la tête pour dégager les mèches de cheveux trempées de son front.
« DEBUSSY ! »
Elle parla d'une voix calme et nonchalante, le prenant à son propre jeu.
« Qu'y a t'il ? Ce n'est que justice »
« Ce n'est quand même pas ma faute si vous êtes tombée ! »
« Oui, mais vous ne m'avez pas aidé à sortir ! »
« C'était ce que j'étais en train de faire ! »
« Qui sait ce que vous prépariez encore en douce ?! »
Il nageait pour remonter, continuant de lui crier dessus.
« A cause de vous on est trempés ! Tout ça ne serait pas arrivé si vous n'étiez pas tombée comme une sotte ! »
« Vous n'auriez pas été mouillé si vous m'aviez aidé à sortir comme se doit de le faire n'importe qu'elle homme qui se respecte ! »
« Vous m'avez insulté gratuitement ! »
« Vous le méritiez ! Vous êtes un tyran égocentrique ! »
« Pardon ?! »
Il fit aussitôt demi-tour dans l'eau et elle eu un mauvais pressentiment. Elle entreprit immédiatement de nager dans la direction opposée du démon enragé qui évoluait malheureusement bien plus vite qu'elle dans l'eau.
« Attendez non ne faîtes pas ça ! Faîtes appel à votre bonté intérieur, elle se cache tout au fond de votre esprit, laissez-lui les clés de la libert- » »
Il lui lança un regard sans pitié et lui appuya fermement sur la tête. Elle eu à peine de temps de prendre sa respiration avant de se retrouver de nouveau entièrement immergée dans l'eau froide et trouble. Elle regagna la surface en toussant et en crachotant.
« QU'EST CE QUE VOUS AVEZ FAIT LA ?! »
Ciel nageait déjà de l'autre côté pour regagner la rive, satisfait.
« Justice »
« Mon cul ! »
Il lui lança un regard agacé.
« Surveillez votre langage espèce de sauvage »
« Vous allez voir ce qu'elle vous dit la sauvage ! »
Elle se précipita sur lui et il ne réagit pas assez vite, pensant sans doute qu'elle n'oserait pas. Elle lui appuya avec force sur la tête pour le faire couler mais les amples mouvement de ses membres qui fendaient l'eau pour le faire rester en surface suffirent à lui permettre de garder la tête émergée. Ulcérée de son échec, elle se jeta sur lui et agrippa ses épaules pour le faire couler coûte que coûte. Il essaya de la repousser mais elle s'accrocha à lui de toute ses forces et l'entrava volontairement dans ses mouvements, bloquant ses bras pour l'empêcher de rester en surface.
« Mais bon sang Debussy allez-vous en ! »
« Hors de question allez donc dire bonjour aux poissons de ma part ! »
Il serra les dents et lui lança un regard furieux tandis qu'elle persévérait sans jamais renoncer.
« Mais arrêtez espèce de furie ! »
Il essaya de la repousser encore.
« Lâchez … moi ! »
« Certainement pas ! »
Elle enroula ses jambes autour de son torse pour se donner un point d'appui et le poussa encore vers le fond.
« Arrêtez vous m'étouffez ! »
« Rien à faire ! »
« Mais vous êtes vraiment ingérable ! Pourquoi je dois faire équipe avec une harpie dans votre genre !? »
« Vous êtes un tyran ! »
« Et vous vous ne faîtes que vous plaindre ! »
Il lui mis sa main en plein visage pour la repousser, maculant ses joues de boue elle la rejeta sans ménagement.
« C'est pas de ma faute si vous êtes trop bête pour vous souvenir que je suis humaine ! »
Il la repoussa de nouveau en vain.
« Vous êtes vraiment une petite nature Debussy ! Pour crier et tergiverser aucun problème mais dès qu'il faut marcher il n'y plus personne ! »
Elle écarquilla les yeux, scandalisée.
« Mais vous êtes un foutu macho ! »
« Ce que je dis est la stricte vérité ! Et vous n'êtes qu'une espèce de folle ! »
Il était visiblement hors de lui. Elle n'en tint pas compte, appuyant sur sa tête une nouvelle fois et il essaya d'attraper ses mains pour les dégager et les bloquer.
« Misogyne ! »
« Détraquée ! »
« Pignouf ! »
« Mégère ! »
« Sans-cœur ! »
Il regarda soudain autour d'eux, sa main encore sur son visage pour la repousser.
« Taisez-vous »
Elle s'apprêtait à surenchérir quand elle remarqua son air sérieux. Il semblait à l'affût du moindre bruit suspect. Il devait effectuer de grand mouvements amples pour les maintenir en surfaces tous les deux, le poids étant doublé depuis qu'elle s'était accrochée à lui comme un koala. Elle desserra aussitôt sa prise et enleva ses jambes de son torse, soudainement très mal à l'aise. Elle se demanda avec stupéfaction comment elle avait osé faire ça. La rage pouvait faire faire des choses inattendues semblait-il.
« Qu'est ce qu'il y a ... ? »
Toute l'attention du démon était portée sur leurs environs. Il tourna la tête vers la rive, interdit.
« Vous n'entendez pas ? »
Elle tendit l'oreille.
« Il n'y a rien »
« Justement ce n'est pas normal »
Elle écarquilla les yeux. Elle n'entendait plus le bruit ambiant des criquets qui ne semblait jamais cesser en temps normal. Avaient-ils attiré quelque-chose de dangereux avec leur raffut ? Elle se figea et elle sentit Ciel se mettre aux aguets à côté d'elle. Il fallait qu'ils sortent de l'eau en vitesse.
Youpi, enfin !
A partir de ce chapitre, il y a très peu de chance que je puisse continuer à assurer ma publication hebdomadaire. Le rythme des nouveaux chapitres dépendra de ma motivation parce qu'avec la rentrée qui est approche ça va être très compliqué !
N'hésitez pas à me laisser des commentaires pour me dire vos impressions !
Tori-chan: Muahaha tu as raison j'aurais pu détailler un peu plus! En réalité Sebastian ne mange jamais, il s'est juste contenté de regarder les autres manger et de se payer la tête de son maître adoré. Non je connais pas mais ça m'intrigue xD (Hannigraham ? C'est un manga ?) Ne sous-estime pas le docteur! *-* Oui mais Ciel quand on lui prête des appareils, c'est du bon matos vu l'importance de ses missions tu comprends xD Et puis c'était plus glamour qu'un hélico tu comprends ? xD Londres-Hongrie en hélico avec un ouragan, je leur souhaite bien de plaisir mdr x3 Le placard à cadavres, trop charmant xD Ciel y aurait immédiatement pensé quoi, ça se trouve il en a déjà utilisé :') Oui désolée pour la tour de contrôle petite faiblesse passagère xD Oui ils étaient au courant pour les radars, Ciel parlait de ne pas se faire repérer une fois à terre : 3 Merci beaucoup beaucoup pour ton soutient ! Et désolée du retard je me suis ratée dans la date, c'est tout xD A bientôt bisouilles ;)
SweetDream-chan: On se comprend pour Sebastian! Du coup j'essaie de l'intégrer aussi, je veux pas non plus le mettre de côté ça serait du gâchis il y a quand même du potentiel avec lui xD Tu aime quand Ciel sort de ses gonds ? j'imagine que tu jubilera autant que moi en lisant ce chapitre alors xD Elle a raison Elise il ne faut pas se laisser faire avec les tyrans *_* Arrête y'a pas moyen que je dise que tu es bizarre je suis trop à fond là dedans moi aussi XD J'ai une amie qui semble avoir un "don" et qui m'a toujours mise en garde sur les rituels, tout ce qui est Ouija et tout, il parait que c'est très dangereux de le faire sans médium formé. Ça frustre de rien comprendre pas vrai ? T_T Muahahaha j'ai jamais vu quelqu'un être autant obsédé par le poulet xD Avec de la sauce barbecue alors, moi je fous de la sauce barbecue partout de toute façon xD Purée la belle brochette de tarées qu'on fait xD J'imagine que tu comprends mieux l'expression "sans s'entre tuer" maintenant x3 Je ne pouvais pas trop détailler cette scène (-18 nan je déconne x3) et puis Elise tient déjà une piste avec Ciel qu'elle trouve bizarre, patience x) J'espère que ça ne va pas trop mal pour toi si tu as besoin de courage en ce moment ... Y'a des passes dans la vie ou rien ne va mais il faut des bas pour qu'il y ai des hauts courage ! Je suis désolée de devoir ralentir le rythme de publication /: et désolée du retard aussi x_x NON! Merci à toi j'ai dis! Un point c'est tout! Tu me donne vraiment beaucoup de motivation merci ;_; Kiss kiss et merci de nous helper moi et Elise ! ;) (je retiens l'astuce) à la prochaine et encore merci (ne change pas et courage avec ton poulet xD )
A la prochaine!
