« Dépêchez-vous »

L'expression anormalement sérieuse du démon près d'elle dénuait Élise de toute envie de s'attarder plus longtemps dans l'eau boueuse couverte de nénuphars poisseux du marécage.

Les grands arbres tortueux de la forêt semblaient les encercler et se resserrer autour d'eux comme un étau oppressant. Les végétaux paraissaient souffrants, tourmentés et se tordaient dans des angles bruts et improbables. La profondeur de l'eau dans laquelle ils nageaient était étonnement conséquente pour un marécage et la terre molle descendait abruptement dès la rive, rendant très difficile toute tentative pour remonter.

Des insectes volaient en nuées à la surface de l'eau et elle éloigna l'un d'eux de son visage d'un geste rageur. Le néant recouvrait tout le marais, l'empêchant de voir à plus de cinq mètres. La lumière de la lune filtrait très mal à travers la végétation dense et épaisse. L'air était lourd et saturé par une odeur d'eau stagnante. Elle se sentait étouffer et se vider lentement de ses forces.

Ciel nagea vers la rive et elle obtempéra en le suivant, méfiante. Il semblait avoir mis tous ses sens en alerte et son regard transperçait avec sévérité le moindre craquement de feuilles. Il remonta le premier avec aisance, se hissant sur la terre ferme à la force de ses bras. Étant elle même incapable de se porter à cause de ses vêtements trempés et lourds, il lui tendit la main pour qu'elle sorte de l'eau à son tour. Il la fit rejoindre la berge d'une simple traction et elle accueillit le sol sous ses pieds avec ferveur. L'obscurité l'empêchait de distinguer précisément ses alentours et son cœur cognait vigoureusement dans sa poitrine.

Toute proche de lui, Élise pouvait entendre la respiration irrégulière du démon. Sa main enroulée autour de son poignet lui permettait de déceler les veines sous sa peau qui lui transmettaient le pouls effréné de son cœur.

Qu'avait-il ? Pourquoi était-il aussi éprouvé par un simple bain nocturne alors qu'elle l'avait vu gérer une situation bien plus critique d'un air parfaitement détaché dans son manoir deux jours plus tôt ?

Ciel la lâcha quand elle fut sur pied et se dirigea silencieusement vers son sac gisant plus loin. Elle remarqua les traces d'ongles rougies taillées à même sa peau avec consternation. Pourquoi n'avait-il pas bronché alors qu'elle serrait si fort ?

Il semblait obnubilé par quelque chose et guettait leurs alentours avec une défiance non contenue. Elle le vit se pencher de dos sur le sac et entendit finalement un bruit sec qu'elle connaissait bien, celui d'une culasse tirée en arrière.

Le démon venait de charger son arme. Il considérait donc que la situation nécessitait ce genre de précautions ce qui n'était certainement pas pour la rassurer.

Elle avança vers lui sans quitter des yeux les buissons sombres autour d'eux, se faisant violence pour ne pas courir. Ses armes tombées dans l'eau étaient à présent inutilisables, elle demeurait incapable de se défendre si un danger la menaçait. Le démon surveillait les environs avec une telle intensité qu'elle cru un instant qu'ils n'étaient pas seuls dans le bois noir. Il ouvrit finalement la bouche, fixant quelques dernière secondes l'eau stagnante avant de faire volte face.

« Partons »

Elle ne pu qu'acquiescer et ils se mirent en route, Ciel ouvrant la marche et elle surveillant leurs arrières. Ils marchèrent entre les larges et longues racines qui menaçaient de la faire trébucher et étaient plus glissantes que des savonnettes, la mousse envahissant tout ce qui se trouvait à sa portée. Ils atteignirent finalement une clairière quelques centaines de mètres plus loin. Les longs arbres noirs et squelettiques qui leur cachaient le ciel s'écartaient dans une éclaircie baignée de lumière lunaire pour finalement leur laisser un accès aux grandes plaines vierges et à l'air pur.

« Peut être était-ce simplement nous qui perturbions les insectes »

Ciel semblait à peine l'écouter. Il sondait encore les ténèbres de la forêt qu'ils venaient de quitter.

« Peut être »

Elle entendit un autre bruit sec et se retourna vers lui; il venait de décharger son arme. Il pressa distraitement la détente pour s'assurer qu'aucune balle n'était chambrée et rangea le pistolet qui n'avait à présent d'autre utilité que de lui encombrer les mains. Il se retourna et la devança, passant péniblement la main dans ses mèches de cheveux trempées pour dégager son front.

« Encore un effort nous y sommes presque »

Elle lui lança un regard noir, exténuée et reprit la route à contre cœur. Ils marchèrent dans la nuit sombre jusqu'à ce que ses jambes furent incapables de la porter plus loin et qu'elle ne s'effondre sur l'herbe qui lui parut plus douce et soyeuse que jamais. Elle n'en était pas sûre, mais elle avait la sensation d'être recouverte de sangsues.

Ciel s'arrêta en la voyant faiblir et il analysa leurs alentours.

« Nous passerons la nuit ici »

Haletante et frissonnante, elle acquiesça à peine, vidée de ses forces. Maintenant que l'adrénaline redescendait peu à peu, la chute était dure pour son organisme. Ils avaient quitté le marécage depuis une trentaine de minutes et elle marchait en apnée totale depuis lors, sentant ses muscles se vider progressivement de leur force.

Elle regarda le démon préparer leur campement et monter la tente à un rythme soutenu. Il est était essentiel qu'elle se repose convenablement si elle voulait pouvoir reprendre la route demain.

Elle l'observa faire sans bouger. Le noble lui avait fait comprendre que faire un feu au milieu d'une clairière dans ces circonstances était hors de question et bien que transie de froid, elle avait accepté son refus sans faire d'histoires.

Il s'approcha finalement et posa un sac près d'elle. Elle s'en empara et sonda le contenu du sachet avec suspicion avant de sentir son ventre gronder. Sebastian avait sans aucun doute acheté ces sandwichs à Londres. Elle envoya une nouvelle bénédiction au majordome et se saisit du sien sans plus attendre.

Elle mordit dans le pain à pleines dents avant de soupirer d'aise en sentant son estomac s'alourdir au fur et à mesure qu'elle mangeait. Elle n'avait pas encore réalisé à quel point elle avait faim et le repas lui paru un vrai délice. Une fois qu'elle eu finit, Ciel, qui s'était assis en face d'elle et n'avait pas quitté la direction de la forêt du regard, lui tendit le deuxième qu'elle refusa catégoriquement.

« Non. C'est pour vous, vous devez manger »

« Prenez le, vous en avez plus besoin que moi »

Il lui lança un regard condescendant, la sommant de manger encore et sa résolution flancha. Son envie de s'excuser de l'avoir traité de tous les noms émergea une nouvelle fois de son cerveau. C'était elle qui avait commencé à évacuer sa frustration sur lui. Si il lui imposait un rythme aussi éreintant, c'était uniquement parce qu'il avait à cœur de secourir le cousin de la Reine et Abby au plus tôt. Elle n'avait pas le droit de mettre leurs vies en danger par ses caprices.

Elle n'en eu pas la force.

Elle accepta le sandwich en silence et l'expédia aussi rapidement que le premier dans son ventre avant de frissonner violemment. L'air frais de la nuit combiné à son bain dans la boue ne faisaient absolument pas bon ménage.

Ciel se dirigea vers son sac et lui jeta des habits sur les genoux sans un mot. Elle n'avait pas de vêtements de rechange autres que ceux qu'elle porterait le lendemain et il lui donnait visiblement les siens pour ne pas qu'elle se tâche pendant la nuit. Elle baissa les yeux sur ses vêtements boueux et trempés, ses cheveux laissant goutter de l'eau trouble sur ses épaules à un rythme régulier. Il avait sans doute pu en apporter plus qu'elle, pouvant supporter un poids bien plus lourd que ses frêles épaules. Pour la nuit, cela ferait très bien l'affaire.

Il se détourna pour aller déplier sa carte sur une vieille souche de pin et se perdit dans les réflexions sur leur prochain trajet, s'éclairant uniquement à la lumière de la lune. Il était très méticuleux, il veillait toujours à ce qu'ils ne s'égarent pas et ne dévient pas de leur trajectoire pour faire en sorte de perdre le moins de temps possible. Elle reconnaissait bien là son côté homme d'affaire pragmatique et organisé.

Elle entra dans la tente pour se changer sans tarder et en ressortit quelques minutes plus tard, flottant dans ses vêtements qui lui tenaient néanmoins divinement chaud. Elle alla accrocher ses habits trempés sur une branche d'arbre. Le Tee shirt qu'il lui avait prêté était déjà taché au contact de sa peau. Elle se laverait plus tard, tout comme ses habits: elle peinait à mettre un pied devant l'autre et elle ne voyait pas de cours d'eau à proximité qui lui en aurait laissé l'occasion.

« Allez dormir »

Ciel ne détachait pas le regard de sa carte et elle obtempéra, éreintée.

« Et vous ? »

« Quelqu'un doit monter la garde. Je ne sais pas si le risque est tout à fait écarté »

« On peut se relayer si vous voulez »

« Je n'ai pas besoin de sommeil Debussy »

Elle hocha la tête sans insister, ne souhaitant pas prolonger la conversation plus longtemps et entra dans la tente avant de refermer la toile pour se protéger du froid. Elle se glissa dans son duvet et soupira d'aise avant de sombrer immédiatement dans un sommeil profond, incapable de faire preuve de la moindre méfiance dans son état de fatigue extrême.

OoOoOoOoOoO

« ... ssy »

Elle grommela et se retourna sur le côté, mécontente d'être dérangée pendant son sommeil réparateur.

« Debussy »

La voix lui paru plus proche.

Allez vous-en ... qui que vous soyez ...

Elle grogna, enfouissant sa tête dans l'oreiller.

« Bon sang ... »

On lui secoua faiblement l'épaule et elle fronça les sourcils avant de passer une main devant ses yeux, agressée par la lumière du soleil.

« Hmm »

« Réveillez-vous nous devons nous remettre en route »

« … route ? Tôt ... »

Un soupir d'exaspération passa les lèvres du démon. Il comprenait à présent ce qu'avait vécu Sebastian chaque matin quand il faisait de la résistance pour sortir du lit. Il roula des yeux, ne sachant comment s'y prendre pour faire émerger la jeune femme proprement.

« Je vous préviens nous serons partis avant que vous n'ayez le temps de petit-déjeuner si vous ne vous levez pas »

Élise ouvrit les yeux, alertée par la voix implacable et la mention de nourriture dans la même phrase. Elle sursauta brusquement à la vue du visage contrarié du Comte à moins de trente centimètres du sien. Il fronça davantage les sourcils quand il la vit toute à fait réveillée et lui lança une dernière mise en garde avant de faire volte-face, probablement ennuyé par cette nouvelle perte de temps sur son planning.

« Allez. Et ne vous rendormez pas ! »

Il quitta la tente d'un air impatient et elle se leva lentement avant de chanceler jusqu'à la sortie, quelque peu incrédule. Plus son visage restait loin du sien et mieux se portait son cerveau. Elle leva les yeux au ciel, agacée par sa réaction stupide. Une délicieuse odeur de poisson grillé envahit ses narines et elle sentit son estomac s'éveiller complètement. C'était lui qui avait péché ça ? Mais où ?

Il arriva près du feu pendant qu'elle mangeait avec appétit. Peu à l'aise, elle ne trouva rien à lui dire et il ne prit pas non plus l'initiative de parler.

Une fois ses poissons engloutis et désaltérée, elle se dirigea vers la tente et une voix perça finalement le silence derrière elle.

« Nous repartons dans cinq minutes »

« Je vais d'abord me laver »

Il était hors de question qu'elle fasse la route avec la peau maculée de boue sèche. Elle avait remarqué que le démon était de nouveau propre et qu'il n'y avait plus la moindre tâche de boue sur ses habits. Il avait du se laver pendant la nuit et profiter de l'occasion pour décrasser ses vêtements.

Ce dernier soupira, visiblement mécontent.

« Dépêchez vous alors ne traînez pas »

La voyant rester immobile, ne sachant où aller, il indiqua sa propre droite d'un coup de tête impatient.

Elle récupéra son nécessaire de toilette et quitta rapidement la clairière pour se diriger vers la direction donnée avant qu'il ne change d'avis et ne devienne plus dur en affaires.

Après avoir descendu quelques centaines de mètres, elle aperçu enfin un lac de taille respectable en contrebas. Elle n'aurait jamais pensé être si proche de ce genre d'étendue d'eau, la nuit lui ayant masqué son environnement. Elle s'avança vers l'eau turquoise avec émerveillement. La prairie qu'elle avait soupçonné hier soir était en faire une immense vallée de pâturages à l'herbe soyeuse et d'un vert lumineux qui bordait le grand lac. Elle vérifia ses alentours. Ciel était resté au campement et il n'y avait personne d'autre qu'eux, elle n'avait rien à craindre. Elle quitta son chemin buissonnier pour arriver sur la rive.

Elle se déshabilla en vitesse et avança dans l'eau fraîche petit à petit, laissant son organisme s'habituer au choc thermique. Se mouiller fut moins rude que ce qu'elle s'était figuré au premier abord. Une fois immergée jusqu'au cou, elle passa la tête sous l'eau et se frotta le cuir chevelu avec vigueur pour se débarrasser des algues et autres saletés gluantes récoltées dans le marécage. En consolation, elle constata qu'aucune sangsue molle et baveuse ne s'était invitée sur son corps, de ce qu'elle en voyait tout du moins. Elle fit de même avec tout le reste de son corps et regretta de ne pas pouvoir utiliser de savon.

Une fois décrassée, elle décida de prendre le temps de faire quelques brasses maladroites. L'eau douce portait décidément moins bien que l'eau de mer. Arriver trois minutes plus tard ne porterait préjudice à personne, elle accélérerait la cadence dans la journée s'il le fallait.

De retour sur la rive, elle s'immobilisa, en pleine réflexion. Idiote comme elle était, elle n'avait pas pensé à prendre ses habits de rechange et était très peu décidée à se salir de nouveau en remettant ses vêtements de la nuit. Elle entendit un clapotis sur l'eau et sonda la surface opaque du lac bleu.

Une grenouille ou un poisson sans aucun doute. Elle attrapa sa serviette et s'essuya les cheveux avec soin pour ne pas mouiller ses habits de rechange. Elle se retourna, sans trop savoir pourquoi. Elle avait de plus en plus l'impression d'être observée.

Elle enroula sa serviette autour d'elle et ramassa ses affaires avant de regagner le campement à grandes enjambées. Quelque chose l'inquiétait, comme si on l'épiait depuis les profondeurs du grand lac.

En remontant, elle entendit un bruit de crissement de feuilles près d'elle et elle se retourna aussitôt, serrant sa serviette contre ses épaules. Elle commençait à se sentir mal, elle avait besoin de retourner à la tente. Elle continua son chemin vers leur bivouac en pressant le pas.

Alors qu'il ne lui restait qu'une cinquantaine de mètres, elle plissa les yeux. Il y avait un homme devant elle, sur le chemin et elle su tout de suite que ce n'était pas Ciel. L'homme avait les cheveux très courts, presque rasés et avait la peau bien plus foncée. Appuyé négligemment à un arbre, il mangeait une pomme sans grâce particulière et semblait tout à fait détendu, comme un promeneur qui passait là par hasard.

Elle fronça les sourcils, perturbée de croiser quelqu'un ici et se força à lui sourire poliment avant d'accélérer le pas pour le dépasser. Les voyageurs avaient bien le droit de se promener et de profiter du lac, il n'y avait rien de trop invraisemblable à sa présence. Elle essayait surtout de se rassurer elle même. L'uniforme que portait l'homme la laissait sur ses garde. Après une inspection plus minutieuse, elle constata que sa peau n'était pas aussi foncée qu'elle se l'était figuré. Le visage de l'homme était juste très sale et le soleil avait manifestement fait le reste. Il avait de la boue sur les joues. Quand elle passa, il lui adressa un bref signe pour la saluer avant de se remettre à l'ouvrage, visiblement serein.

Elle continua sa route sur quelque mètres et on saisit son poignet dans un geste fulgurant avant de le tordre dans un clef efficace qui l'empêcha de songer à faire un pas de plus. L'homme plaqua aussitôt sa main sur sa bouche.

Elle dirigea son regard vers lui, médusée. Pourquoi la menacer alors qu'elle n'avait rien fait ?

Elle se débattit comme elle pu, énervée de s'être faite avoir par quelque chose de si stupide. Depuis quand était-elle aussi naïve ? L'homme lui chuchota dans l'oreille d'une voix rauque.

« Allons, on est enfin seuls tous les deux tu voudrais pas ruiner tous mes efforts ? »

Elle essaya de se dégager une nouvelle fois mais l'angle dans lequel il lui tordait le bras ne lui en laissa pas le loisir.

« C'est avec toi que je voulais parler chérie »

L'homme sourit, amusé par sa panique. Il semblait avoir la trentaine et elle pouvait à présent jurer que c'était un militaire, anglais qui plus était. Il arborait un début de barbe de quelques jours et avait un air revêche sur le visage qui ne convenait pas du tout à son statut de soldat. Que faisait l'armée ici ?

La prise cessa sur son bras, elle entendit un cliquetis métallique de mauvaise augure et un embout froid et dur se plaqua contre sa tempe.

« Je vais enlever ma main et mais je risque de pas être très gentil si tu fais trop de bruit »

Il chuchotait très bas. Elle acquiesça lentement, l'arme sur son front la rendant subitement plus obéissante. Il ne servait à rien d'aller à l'encontre de l'homme tant qu'elle n'en avait pas appris plus sur ses motivations. L'homme s'exécuta et elle respira de nouveau normalement.

« Qui êtes-vous ? Vous faîtes partie de l'armée? »

« Moins fort. Il est coriace l'autre, je préfère pas qu'il se pointe par ici »

Des coups de feu au loin lui éprouvèrent les tympans et elle tressaillit.

Ciel

Elle n'allait pas se laisser faire dans ces conditions. Elle devait agir vite si elle voulait avoir une chance de s'échapper. Elle envoya son poings dans la mâchoire de l'homme avec le plus de force possible, espérant que sa surprise lui permettrait de s'échapper. Étonnement, il attrapa sa main en pleine action et pressa douloureusement sur ses os pour lui faire regretter son geste.

« On ne va pas être potes si tu recommence ça »

Elle le fusilla du regard.

« Parce que vos potes vous leur pointez une arme sur la tête ? Qu'est ce que vous foutez ici bordel ? Laissez moi partir immédiatement »

Il haussa les épaules, un sourire goguenard naissant sur les lèvres.

« Je passais juste dire bonjour »

Elle papillonna des cils, clairement prise de court par sa réponse.

« Comme c'est aimable vous m'avez même suivi jusqu'en Roumanie, rongé par le remord de ne pas l'avoir fait plus tôt ? Arrêtez vos conneries maintenant, je n'ai rien à vous offrir »

Elle réfléchit à sa situation.

Si ce n'était pas elle qui les intéressaient c'était autre chose.

« Qu'est ce que vous voulez à Ciel ? »

Il rit d'un air satisfait.

« Ciel ? T'es p'têtre bien la bonne personne en fait, j'avoue que j'avais des doutes jusqu'à présent mais tu m'as convaincu. T'as vu juste, il a quelque chose qui lui appartient qui nous intéresse mais on peux pas l'avoir et c'est là que tu entre en jeu »

Elle fronça les sourcils, soudainement désabusée.

Elle devait lui montrer qu'elle ne lui servirait à rien, ce qui était très probablement parfaitement vrai. Elle n'avait aucune quelconque influence sur le démon qui aurait pu leur être utile. Moins ils s'intéressaient à elle, mieux elle se porterait.

« Je ne vois absolument pas à quoi je pourrais vous servir. Je ne suis pas mise au courant de ses affaires et encore moins de ses différents avec la couronne. Il ne me laisse rien décider, c'est à peine si il me laisse tenir la carte de la région »

Il haussa les épaules, lui accordant ce point-ci.

« Ce sale clébard laisse personne mettre le nez dans ses affaires et c'est ça qui pose problème »

D'autres coups de feu se firent entendre plus haut et elle serra les dents, retenant une exclamation de surprise.

« T'occupes pas d'eux, mes hommes sont assez nombreux pour l'occuper pendant un petit moment »

Elle dégagea son bras brusquement, excédée.

« Mais qu'est ce que vous nous voulez bordel ? Cet ordre de mission est strictement confidentiel et lui a directement été donné par la Reine. On est envoyés par la couronne et le gouvernement alors est-ce que vous vous rendez compte du bordel dans lequel vous vous mettez en osant interférer contre nous ? Ça va vous retomber sur le coin de la gueule vous allez pas le voir venir et vous pourrez dire adieu à votre carrière et c'est papa et maman qui seront tristes alors lâchez moi immédiatement au lieu de jouer au con espèce de- »

Il serra ses poignets pour la faire taire.

« Mais c'est qu'elle mord la princesse. J'aime bien les femmes qui ont du caractère mais t'es quand même un peu jeune »

Elle serra les dents, glacée. Elle avait toujours eu le réflexe d'adapter son langage en fonction de son interlocuteur et sa colère ne l'incitait pas à faire dans la dentelle. Il semblait fort amusé et divertit par ses menaces mordantes.

« Enchantée de ne pas répondre à vos critères de sale vendu de l'armée »

Si il voulait du mal à un des Limiers de la Reine, c'était très probablement le gouvernement qui l'avait envoyé dans le but de priver la monarchie d'un de ses atouts pour l'affaiblir. Il haussa un sourcil, peu ému.

« Mais on est pas de l'armée chérie »

« Vous êtes sous les ordres de qui alors ? »

« De ce qui ont le fric »

Des mercenaires ?

« Je me suis trompée, vous êtes juste méprisable »

« Et je t'ai même pas encore expliqué la situation alors gère ton souffle et garde tes remarques pour plus tard princesse »

Elle crispa la mâchoire, attendant la suite. Il l'insupportait avec ses surnoms ridicules.

« Tu vas collaborer avec nous et nous donner ce qu'on veux »

Cet homme commençait sérieusement à l'horripiler. Pour qui se prenait-il pour oser comploter dans le dos du démon ? Il n'était pas au courant du massacre qui avait eu lieu quelques jours plus tôt dans son manoir quand des gens malhonnêtes de son genre étaient venus dans l'espoir d'en découdre ? A qui croyait-il avoir affaire ? Elle le regarda dans les yeux, aussi insolente qu'elle le put.

« Sinon quoi ? Vous avez pas les couilles d'aller le chercher vous même ? Vous savez que vous vous attaquez à trop gros pour vous ? C'est pour ça que vous avez été recalés dans l'armée ? Parce que vous êtes des fiottes ? »

Le sourire de l'homme disparut aussitôt et il la projeta durement à terre. Elle était sidérée par sa force. Elle ne pouvait rien faire à part subir.

« Tu parles un peu trop je vais t'apprendre à fermer ta gueule moi »

Il lui saisit les cheveux et les tira vivement en arrière, lui arrachant un cri de souffrance qu'il étouffa en plaçant sa main sur sa bouche. Elle serra les dents, des larmes de douleur perlant au coin de ses yeux. L'homme enleva la main de sa bouche sans la lâcher et elle haleta, tremblante.

« Qu'est ce que vous voulez ? »

« Ça tu n'as pas besoin de le savoir pour l'instant. C'était une sorte de mission de reconnaissance, pour savoir à qui j'avais affaire et te mettre en condition. Tu vas juste faire comme si de rien était et ne rien dire à son altesse le Comte Phantomhive »

C'était une raillerie.

« Tu vas gagner sa confiance et c'est à ce moment là que nous nous reverrons »

Elle releva difficilement la tête pour lui faire face. Gagner la confiance de Ciel, elle ?

« Et pourquoi je ferais ça pour vous ? »

« Parce que si tu tarde trop à nous donner ce qu'on veux il va y avoir des dommages collatéraux »

Il se pencha sur elle et chuchota à son oreille.

« Un accident est si vite arrivé, tu as perdu ta famille mais il reste des gens que tu aime en ce bas monde pas vrai ? »

Elle le fixa sans ciller, clairement choquée. Que venait-il de dire ? Il était au courant de son identité alors qu'il n'appartenait à aucun corps de l'armée officiel ? Il savait pour sa famille ? Avait-il un lien avec les assassins de ses parents ? Le trouble du se lire dans son regard puisque l'homme arbora un sourire ravit et relâcha ses cheveux.

« Si tu parle de ça à qui que ce soit, je te tuerai. Et quand on est mort, on ne peux plus protéger personne pas vrai joli cœur ? »

Son poing jaillit une nouvelle fois et il le bloqua sans efforts. Elle lui cracha au visage, impuissante et hors d'elle.

« Cassez-vous, vous et votre chantage à deux balles »

« Allons, tu sais que ça sert à rien de faire la fille forte. Ça marche toujours les menaces je sais que tu vas nous obéir bien gentiment. De toute façon tu as juste à fermer ta gueule et tout se passera à merveille »

« Sinon quoi ? Vous pensez vraiment que je suis le genre de tâche qui se préoccupe de sa petite existence ? »

« On résiste ? Ton collègue au bureau, Chris c'est ça ? Il est mignon pas vrai ? Sa belle petite gueule risque d'être un peu abîmée si tu rechigne à collaborer … Et la blondinette, autant la sortir de son trou pour la mettre en sécurité à Londres non ? Tu ne voudrais qu'elle soit encore plus en danger en rentrant au bercail ? Comme ton papy là, celui là de toute façon il en a pas pour longtemps, reste à déterminer si sa mort sera sereine ou douloureuse »

Ils avaient même fait des recherches sur elle ? Elle se débattit furieusement, hors d'elle.

« Vous êtes tous des … connards … ! »

Il durcit douloureusement sa prise sur ses bras.

« Et toi t'es la charmante petite pute qui va faire ce qu'on exige, voir plus si affinités ? Tu ne sais rien sur ce qui s'est passé et tu n'imagine même pas le bordel qu'a foutu ta famille alors ferme là et contente-toi d'obéir ça simplifiera les chose pour une fois »

Il la repoussa au sol rudement. Les poumons défaillants, elle se força à parler.

« C'est quoi ces conneries pour qui vous travaillez ? »

« C'est des réponses que tu veux ? Coopère. Plus tu tiendra longtemps sans parler, plus t'auras d'informations. Je te les révélerai au fur et à mesure, ça te vas ? »

« Parce que je devrais encore souffrir votre compagnie à l'avenir ? C'est du bluff tout ça »

Il rit doucement.

« Pas de ça avec moi d'accord mon ange ? C'est normal que t'ai la frousse mais il faudra bien que tu apprenne la vérité un de ces jours pas vrai ? »

« Mais de quoi vous me parlez ? »

« Tu t'es jamais demandée pourquoi t'avais été la seule à survivre ? »

Elle ne répondit rien, de plus en plus inquiète. Qu'est ce qu'elle ne savait pas qui était aussi important ?

« T'es franche et t'en as dans le ventre ce serait dommage de devoir te buter alors n'insiste pas et obéis d'accord ? T'as pas le choix de toute façon, ça nous dépasse tous les deux »

Elle le coupa presque.

« Pour qui travaillez-vous ?! »

Il ignora sa question et pointa un doigt menaçant en sa direction.

« Sache que si tu parle je le saurais. Ne t'inquiète pas tu ne nous reverra pas avant quelques temps. A la prochaine princesse »

Il approcha sa main et elle ferma les yeux en prévention du coup. Elle ne sentit une tape d'une douceur improbable sur le sommet de son crâne et n'osa pas ouvrir les yeux, comme si l'action rendrait la situation réelle. Le contact cessa et elle maintenu ses yeux fermés.

Quand elle les rouvrit, elle était de nouveau seule, comme escompté.

Elle cligna des yeux, ahurie. C'était comme si l'homme faisait de l'abus d'autorité pour se faire craindre et respecter mais n'était pas forcément hostile envers elle. A moins que cela ne soit une technique de manipulation qui consistait à être faussement bienveillant pour la duper ? Il fallait vraiment qu'elle réfléchisse à tout ça à tête reposée si elle voulait comprendre quoi que ce soit.

Elle regagna le campement aussitôt. Pourquoi avait-il fallu qu'elle parte seule de son côté ? Ciel lui avait dit de faire vite et elle n'en avait fait qu'à sa tête. Elle ne devait pas le laisser comprendre quoi que ce soit de son entrevue avec le mercenaire. Il allait bien, c'était obligé, c'était un démon il ne pouvait pas perdre contre des humains.

Elle retrouva le campement désert et silencieux. Elle tourna la tête partout pour tenter de repérer le moindre signe de présence.

« Ciel ? »

Il n'y avait personne. Son sac était encore sur le rocher sur lequel il l'avait posé et la tente ne témoignait d'aucun combat dans le campement. Ses habits à elle pendaient encore à une branche, comme si de rien était.

« Ciel ! »

Une boule se forma dans son ventre et elle se sentit défaillir. Était-elle seule à présent ? Lui était-il arrivé quelque chose ? Qu'allait-elle faire seule perdue au milieu de nul part ?

« Si c'est une blague ce n'est absolument pas amusant »

Elle faisait les cents pas dans les environs de sa tente. Si il était partit pour elle ne savait quelle raison, la seule chose judicieuse à faire était de patienter. Si il voulait la retrouver, il viendrait forcément ici. Il n'allait pas l'abandonner à son sort, pas après avoir fait tous ces efforts pour la supporter. Il ne pouvait pas être parti sans elle. Son indice le plus probant était le sac à dos posé contre la pierre bien que ce soit malheureusement le seul.

Elle s'assit à même le sol, encore trempée et emmitouflée dans sa serviette. L'herbe collait à ses pieds et ses cheveux gouttaient sur ses épaules et le long de son dos. Les oiseaux chantaient avec ferveur tout autour d'elle, comme pour se moquer.

Et si ils l'avaient blessé ?

Elle devait être rationnelle et logique. Ils ne lui aurait pas fait du chantage si ils voulaient le tuer. De toute façon Ciel ne se laisserait jamais avoir de la sorte, c'était stupide de même y penser.

Les dizaines de minutes lui semblaient des heures mais le démon ne revenait toujours pas. Elle se leva, soudainement mue par une rage sourde.

« Ciel ! Montrez-vous nom de Dieu ! C'est pas le moment d'aller traînasser ! »

Seul un silence irritant lui répondit.

Elle se laissa tomber, affligée. Elle se sentait clairement seule.

Elle se dirigea en trombe vers la tente au bout de quelques minutes, décidée à se changer une bonne fois pour toute. Quand elle en ressortit, elle repartit s'asseoir par terre, déjà impatiente d'attendre. Elle devait rester calme.

Alors qu'elle commençait sérieusement à réfléchir à quoi emporter avec elle pour partir le retrouver, une ombre apparu au loin derrière les buissons qui bordaient la route qu'ils avaient emprunté en sortant du marécage.

Elle se figea, méfiante, était-ce un de ces fous qui décidait finalement de la tuer elle aussi ? Devait-elle se cacher ?

C'était un homme qui avançait vers elle. Avec une observation plus attentive, elle pu dire qu'il semblait épuisé même si il demeurait droit, se traînant avec un certain stoïcisme vers le campement. Il n'y avait aucun doute quant à son identité mais elle n'esquissa pas le moindre geste, sa défiance ne disparaissant pas totalement. Le démon s'arrêta à quelques mètres d'elle et se pencha en avant, s'appuyant sur ses genoux pour reprendre son souffle.

Il haletait et se contentait de fixer le sol devant lui, ne lui lançant pas un regard. Il s'assit en se laissant presque tomber sur l'herbe. Il resta silencieux quelque temps et Élise ne prononça pas un mot, stupéfaite de le voir dans cet état. Elle était particulièrement rassurée de le voir revenir mais quelque chose n'allait pas et elle se retenait avec peine de lui poser des questions sur leurs visiteurs belliqueux. Il ouvrit finalement la bouche. Les taches sombres qui se reflétaient sur ses habits et sa peau diaphane ressemblaient à des éclaboussures de sang.

« Vous allez bien ? »

Elle acquiesça avec hésitation. Le fait qu'il soit le seul à poser la question était presque cocasse. Il leva les yeux vers elle, le visage fermé.

« Vous étiez seule tout ce temps, personne ne s'en est pris à vous ? »

Elle ne sait pas où elle trouva la force de hausser les épaules en prenant cet air perdu.

« Non, j'ai juste entendu les coups de feu alors je me suis dépêchée de remonter »

Il la détailla intensément pendant quelques secondes et ne sembla rien remarquer de spécial puisqu'il retira simplement le chargeur vide de son arme dans un bruit sec. Les violences de l'homme n'avaient laissé aucune trace sur sa peau et son air troublé pouvait facilement passer pour la peur des coups de feu.

Elle se mordit la lèvre.

Que faire maintenant qu'il était devant elle ? Prendre le risque de tout lui dire et s'en remettre à lui pour la protéger ?

Le démon rangea son arme devant elle, convaincu qu'il n'y avait plus rien à craindre.

Son cerveau réfléchissait à toute allure, menaçant de court-circuiter. C'était évident que le Comte Phantomhive possédait des choses qui attiraient des convoitises. Elle savait que le problème ne résidait pas là, il s'agissait plutôt de trouver ce qui nécessitait qu'on fasse appel à elle pour l'obtenir. Qu'avait-elle de plus que tous ces hommes ? Qui avait envoyé le mercenaire ? Leurs raisons ne devaient pas être particulièrement honnêtes et innocentes si ils n'avaient pas hésité à laisser mourir leurs agents.

Elle soupira, perdue.

Ciel lui cachait des choses depuis le début, c'était évident mais que pouvait-elle y faire ? Elle qui peinait déjà à échapper aux hommes qui voulaient sa mort, se mettait-elle encore plus danger en restant avec lui ? Aurait-il mieux valu ne pas le suivre et rester dans son coin faire ses recherche progressivement à l'abri de l'anonymat ?

Elle regretta aussitôt cette pensée et s'astreint à ne pas paniquer ou à tirer des conclusions hâtives.

C'était elle qui avait accepté son aide pour sauver Abby et c'était elle qui voulait rester près de lui parce qu'elle s'y sentait en sécurité. Elle n'avait rien à lui reprocher à ce niveau là à part son avarice en confidences.

Mais n'était-ce pas un peu trop étrange ? Pourquoi Ciel avait-il des problèmes avec des gens prêts à utiliser ce genre de méthode pour avoir ce qu'ils souhaitaient ? Était-ce lié à son travail d'administrateur de la régulation des affaires du monde souterrain ? Qu'est ce qu'on voulait de lui ? Qu'allait-on lui demander de faire à elle ? Pourquoi tout le monde semblait en savoir plus qu'elle à son propre sujet ? Que ne savait-elle pas qui expliquait tout ? Ciel comprendrait-il les motivations de ceux qui avaient engagé le mercenaire si elle l'informait de la conversation qu'elle avait eu avec lui ? Était-ce le gouvernement qui agissait en secret ou la couronne elle même ? Avait-il simplement des ennemis dans le business qui souhaitaient faire plonger son entreprise ? Quel lien avait-il avec la pègre au final ?

Elle détenait bien trop peu de vérités à elle seule pour pouvoir faire un choix judicieux dans tout cette purée de poix. Pouvait-elle lui faire confiance en fin de compte ? Devait-elle tout lui révéler et l'aider à triompher sur ses adversaires comme il le faisait pour elle ? Ne le trahissait-elle pas en lui cachant ces faits ? Mais était-il honnête à son égard ? Ne la manipulait-il pas pour parvenir à ses propres fins comme le faisait le mercenaire ? Elle ne voyait pas ce qu'elle apportait au démon à part un lot de contrariétés. Pourquoi était-ce elle qu'on contactait et qu'on menaçait à la place de n'importe qui d'autre alors ? Il brisa le silence.

« Venez »

Il se redressa et se dirigea vers elle. Elle releva la tête et tomba nez à nez avec sa main tendue qu'elle regarda sans bouger. La défiance triomphait sur la peur qui l'aurait incité à jouer le jeu. Elle n'esquissa pas le moindre geste, scrutant le démon avec distance, comme si toutes les réponses à ses questions étaient dans sa pupille sombre. Pour l'instant, elle ne faisait rien de mal en lui cachant son contact avec le mercenaire. Rien ne lui avait été demandé à part se taire et le fait qu'il ne lui dise pas tout agissait contre lui. Tous ses proches étaient menacés à cause de lui. N'était-ce pas juste de ne rien lui dire, de lui rendre la monnaie de sa pièce ?

Le regard du démon s'assombrit en voyant qu'elle n'acceptait pas son aide et il retira sèchement sa main du vide sans paraître affecté le moins du monde. Il épousseta ses vêtements maculés de terre et passa la main dans ses mèches de cheveux pour les ordonner avant de la dépasser sans un mot, le regard durci. Sa voix était aussi froide que l'eau glacée du marécage.

« Nous partons dans dix minutes »

Elle se mordit la lèvre, ne sachant comment agir.

C'était trop facile. Lui mentir, l'abandonner et revenir sans la moindre explication sur tous ces coups de feu et ces hommes qui les avait attaqués. Elle se força à une voix neutre et détachée.

« Que s'est-il passé ? »

Il se pencha sur ses affaires pour commencer à ranger.

« Des brigands venus nous détrousser que j'ai du faire taire pour qu'ils ne révèlent pas notre position »

Elle serra les dents, écœurée par ce mensonge flagrant.

D'habitude quand il lui mentait, elle ne s'en rendait pas compte. Elle aurait préféré ne rien voir non plus cette fois-ci. Elle était prête à concevoir qu'il lui cache des choses et que tout ça ne la regardait peut être pas jusqu'à présent mais comment avancer maintenant dans tous ces faux semblants ? Comment triompher si ses alliés lui mentaient autant que ses ennemis ? Pourquoi ne l'avait-il pas mise en garde si il était au courant des risques encourus ?

Elle avait indéniablement commencé à se relever depuis qu'il était entré dans sa vie, elle avait enfin assumé qui elle était et son statut, elle avait fait des progrès considérables dans ses recherches grâce à lui mais quelles étaient ses intentions véritables au final ? Pourquoi la supportait-il et prenait-il la peine de l'attendre alors qu'elle n'était qu'un poids mort pour lui ?

« Et vous les avez tous tué ? »

Elle le vit acquiescer de dos.

« J'ai du rattraper ceux qui avaient réussis à s'échapper »

Elle ne répondit rien, répugnée. Elle savait à présent ce qui lui avait pris autant de temps. A combien s'y étaient-ils pris pour parvenir à le mettre en difficulté ?

Il se concentra de nouveau sur son rangement et elle baissa les yeux au sol, perdue. L'angoisse qui lui pesait sur la poitrine ne la quittait pas depuis son entrevue avec le mystérieux mercenaire. Si elle ne le haïssait pas déjà du plus profond de son âme, elle l'aurait presque trouvé intéressant. Ses sourires révélaient une confiance en lui absolue et il n'était pas désagréable à regarder mais sa violence et l'intérêt morbide qu'il semblait avoir développé à son égard ne la laissait pas dupe quant à sa bienveillance.

Elle repartit de son côté, ne se sentant pas moins seule que pendant les longues précédant son arrivée. Elle observa ses affaires: elle laverait ses vêtements ailleurs. Ses armes avait séché depuis la veille et elle changea juste les munitions pour les rendre de nouveau opérationnelles. Elle finissait de lacer ses bottes convenablement quand Ciel s'approcha de la tente et lui parla à travers la toile.

« Vous avez terminé ? »

Elle sortit et acquiesça, finissant de se préparer pendant qu'il pliait la tente et rangeait tout le matériel avec une efficacité record.

Même si elle éprouvait une envie irrépressible de lui crier à la figure toute sa rancœur concernant son attitude malhonnête, elle devait avouer que la discrétion dont le démon faisait toujours preuve à son égard avait ses bons côtés. Elle ne l'avait jamais vu faire preuve de comportement déplacé (sauf quand il était furieux et la poussait dans un marais), il lui laissait un espace personnel et il respectait son intimité. Elle n'était pas sûre d'avoir déjà rencontré un homme qui avait autant de délicatesse et de retenue envers les femmes que lui, ce qu'elle déplorait grandement. Cela venait sans aucun doute de l'éducation de gentleman que le démon avait reçu dans son enfance et signifiait donc qu'elle n'était pas prête de croiser un autre homme doté de la même subtilité.

Elle avait constaté l'étendue de son "talent" au restaurant avec le couple Spencer. Elle avait vu sa façon de répondre aux plaisanteries de Joyce en face de lui avec ses sourires espiègles et ses regards doux mais pétillants. Cette attitude était tellement rare, tellement improbable de sa part, il n'y avait rien d'étonnant à ce que Joyce n'y soit pas restée indifférente. Il avait une décence naturelle dans sa façon de se comporter qui reflétait sa maturité et son côté consciencieux. Il n'y avait rien d'étonnant à se sentir en sécurité auprès de lui.

Elle fronça les sourcils. C'était sans doute un résidu de solidarité féminine qui la prenait tout à coup, elle se remettrait à détester cette femme dans quelque secondes si tout rentrait dans l'ordre.

Ils se remirent vite en route et tout rentra dans l'ordre sans grande surprise. Elle se fit violence pour ne pas se plaindre la majeur partie de la journée, accueillant avec un plaisir contenu les pauses qu'il lui accordait. Elle appréciait particulièrement son short sous la chaleur intense même si soleil lui brûlait durement la peau et qu'elle sentait ses lèvres devenir râpeuses et rêches sous sa langue quand elle tentait vainement de les humidifier.

Quand ils s'arrêtèrent vers quatorze heures pour déjeuner, elle s'installa sur une roche à peu près confortable au bord de la route et Ciel la mit en garde à propos de leur trajet. Il lui indiqua qu'ils arriveraient bientôt dans la chaîne de montagne des Carpates et que le climat allait se faire un peu plus sec et le paysage plus escarpé avant de lui souhaiter poliment un "bon appétit" pour la forme et d'aller lire son livre plus loin. Il ne lui parlait que pour le strict nécessaire depuis la veille et les événements du matin n'avaient absolument rien arrangé, il semblait s'être renfermé depuis. Elle même n'était pas spécialement à l'aise en sa présence et elle mangea son repas en silence en regardant le démon à la dérobée malgré elle. Il semblait particulièrement désabusé aujourd'hui. Il était pensif et avait le regard dans le vague presque tout le temps. Il s'était allongé sur l'herbe plus loin et avait délaissé sa lecture pour regarder un point fixe dans l'horizon qu'elle aurait été bien incapable de définir.

Se doutait-il des choses qui s'étaient passées pendant son absence ?

Impossible. Le but de toute la manœuvre était qu'il ne sache rien de la conversation entre moi et cet homme

Plusieurs hommes étaient morts pour garder le secret intact. Les affaires de ceux qui avaient envoyé le mercenaire étaient-elles si importantes pour justifier la mort de plusieurs soldats innocents ? Elle ne savait pas à qui elle avait affaire mais la minutie morbide du plan du mercenaire la laissait glacée. Elle n'arrivait pas à se rendre compte de la gravité de la situation, c'était plus fort qu'elle, c'était invraisemblable. Elle sortit finalement de ses pensées et tourna la tête pour apercevoir Ciel, Comte de son rang, à genoux devant le ruisseau qui traversait les pâturages, occupé à frotter ses vêtements et probablement ses sous vêtements de la veille. Elle reposa immédiatement le reste de son repas et se dirigea vers lui, effarée. Elle n'avait pas remarqué qu'elle était restée plongée dans ses pensées aussi longtemps.

Il ne tiens pas en place aussi bon sang

« Ne faites pas ça je vais m'en charger ! »

Il ne se retourna pas tandis qu'elle approchait à grandes enjambées, se concentrant sur sa tâche en haussant les épaule.

« On gagnera du temps comme ça »

« Mais arrêtez je vous dis ! »

Il haussa les sourcils quand elle arriva enfin à sa hauteur et lui arracha les habits des mains sans délicatesse particulière. Il se releva, l'air las.

« Qu'y a t-il ? »

« Je n'ai pas besoin d'aide pour ça »

Il lui lança un regard désabusé, ne comprenant visiblement pas son accès de colère. Sa voix reprit sa teinte distante de la matinée.

« Soit. Dépêchez-vous nous n'avons pas beaucoup de temps »

Il s'éloigna sans un mot de plus et elle soupira. Elle reconnaissait le fait qu'elle ai été un peu brusque avec lui mais elle ne pouvait pas le laisser laver ses habits sans rien dire et continuer à passer son temps à se faire assister. Elle avait parfois du mal à comprendre comment faisait le démon pour ne pas se rendre compte du malaise qu'il provoquait chez elle.

Elle délaissa son repas et se pencha à son tour sur la rive, trempant ses vêtements dans l'eau pour les décrasser. Ses genoux nus sur la terre dure l'irritaient, sa position n'était guère confortable et elle se sentait cuire au soleil. Elle poursuivit laborieusement sa tâche en pestant. Elle se vengerait copieusement sur Abby pour tout ce qu'elle lui aurait fait subir si elle la sauvait, peut être valait-il même mieux qu'elle ne lui mette pas la main dessus dans son état.

Ciel arriva près de leurs affaires avec une lassitude non contenue. Il avait horreur des arrêts intempestifs que la jeune femme lui faisait subir. Il savait pertinemment qu'il serait déjà rendu à destination si il avait été seul. Il soupira et s'assit contre un arbre pour profiter de la fraîcheur de son ombre. Il se sentait particulièrement faible depuis que Sebastian avait scellé ses pouvoirs. Il sentait son cœur s'emballer dans sa poitrine comme il ne l'avait pas sentit depuis plus d'un siècle.

Il se sentait vulnérable, humain, mortel.

La sensation était très étrange, c'était comme un vieux souvenir et il n'était pas sûr de la trouver déplaisante. Il avait perçu plusieurs fois le regard étonné de sa coéquipière, perturbée par ses défaillances inhabituelles. A quoi servait-il de la mettre au courant ? Cela ne ferait que l'inquiéter davantage. Il sentait qu'elle était à fleur de peau depuis qu'ils avaient sauté de l'avion, surtout depuis le matin. Ses yeux bleus et froid lançaient des éclairs et laissaient transparaître son mépris et sa colère comme dans un miroir quand elle s'énervait avec une intensité déroutante. Elle avait souvent le réflexe de se forcer à cacher ses émotions sur son visage mais ce quelle pensait se reflétait dans ses yeux, quoi qu'elle fasse, ses pupilles mettaient à nues ses émotions et il n'était pas sûr de savoir quoi penser de ce qu'il y voyait.

Il ressortit son livre sur la dynastie des Habsbourg et continua sa documentation. Il avait bien fait de ne pas le laisser dans l'avion et Sebastian avait été perspicace de l'avoir emmené après l'avoir trouvé dans la bibliothèque des Debussy. Il releva la tête au bout de quelques minutes, s'assurant que sa camarade de marche n'était pas tombée dans l'eau une fois de plus ou quoi que ce soit d'autre. Elle était penchée sur la rive, se cambrant difficilement pour ne pas glisser. L'expérience de la veille l'avait visiblement traumatisé. Sa main glissa et il se tendit imperceptiblement, redoutant la chute. Elle se rattrapa en catastrophe sur ses avant bras et il l'entendit jurer tout haut en soufflant intérieurement. Ils perdraient un temps fou si ils devaient repasser par les cases lavage et séchage. Il décida de la surveiller et d'abandonner son livre pour l'instant. Elle se releva, cherchant visiblement un coin moins glissant et moins boueux. Il continua son observation, peu convaincu par sa précédente glissade. Elle n'avait pas pu porter son pantalon de la veille et avait mis un short. Ses holsters étaient fermement sanglés sur ses cuisses. Il la vit se pencher de nouveau un peu plus loin, frottant ses vêtements avec une hargne non contenue. Son débardeur était légèrement plus court que le précédent et le tissus remontait sur sa chute de rein, la ceinture de son short tirant le tissu vers le bas avec sa position à genoux. Le démon l'observa se redresser et s'éponger le front d'un geste agacé, haletante sous le soleil de plomb. Elle s'était faite un longue tresse qui lui dégageait les tempes et le visage. Il la regarda se relever, ayant visiblement terminé sa lessive et se pencher pour se frotter les genoux, enlevant la terre qui les maculait. Il l'entendit soupirer une énième fois de frustration. Elle tourna la tête vers lui et il se reprit d'intérêt pour les Habsbourg, baissant discrètement le regard sur son livre.

La jeune femme se dirigea vers son sac.

Dieu ce qu'elle en avait marre.

Maintenant qu'elle avait fini cette foutue lessive, Ciel allait bientôt l'obliger à reprendre la route et elle n'aurait même pas pu souffler un peu. Elle le chercha du regard et le découvrit une quinzaine de mètres plus loin, adossé à un arbre. Son attention semblait entièrement tournée vers son livre. Elle mit les vêtements à sécher et récupéra sa nourriture pour l'engloutir en vitesse. Elle se dirigea vers lui, encore énervée.

« Qu'est ce que vous lisez ? »

Il tiqua. Il semblait très calme et le contraste entre eux était saisissant.

« Je me renseigne sur les propriétaires du château »

« Et vous avez découvert quelque chose ? »

Il ne releva pas son ton désinvolte et feuilleta son livre, cherchant une page spécifique.

« La dernière détentrice du droit de propriété, Margaret de Habsbourg, est morte dans le château. Il n'a pas eu de propriétaire définit depuis, même si c'est l'État qui assure la gérance »

Elle passa le bras devant ses yeux, se protégeant du soleil.

« Le gouvernement est donc mêlé à tout ça ? »

« Pas forcément, peut être qu'on utilise des moyens de pression contre lui et qu'il lui est demandé de ne pas intervenir dans les affaires qui s'y passent »

« Vous pensez que ce sont des adorateurs du diable ou quelque chose comme ça qui se sont accaparés les lieux et y pratiquent de la magie noire ? »

« Je ne sais pas. Ce serait étonnant mais je crains de ne pas réussir à tenir parfaitement l'effet de surprise si c'est le cas, il y a de grandes chances qu'ils puissent me déceler »

« Ce sont vos pouvoirs de démon qui vous trahissent ? »

« Oui »

« Vous ne les utilisez pas beaucoup pourtant »

Il se releva, s'époussetant pour enlever les feuilles mortes qui avaient envahi ses vêtements.

« J'ai du sceller mes pouvoirs pour que mon aura ne soit pas reconnue »

Elle haussa les sourcils et cligna faiblement les yeux, stupéfaite.

« Comment ça vous n'avez pas de pouvoirs ? Vous ne pouvez pas vous battre si nous sommes attaqués ?! »

« Comme un humain disposant de capacités supérieures à la norme je suppose »

Elle n'en finissait pas d'écarquiller les yeux, suffoquée. Une peur insidieuse s'insinuait lentement en elle.

« Mais ... vous auriez pu vous faire tuer ce matin espèce d'idiot ! »

Il plissa dangereusement les yeux, la mettant en garde contre les insultes. Elle détourna le regard, regrettant aussitôt le mot qui était sortit sous la colère. A quoi jouait-il ? Pourquoi avait-il été mettre sa vie en danger pour si peu ?

« C'est pour ça que je suis prudent Debussy »

Elle le fixa, incrédule. Beaucoup de choses s'expliquaient à présent. Ils étaient perdus au milieu de nul part, plus démunis que jamais et elle le laissait tout faire, n'en faisant qu'à sa tête. Il mangeait à peine, n'avait pas dormis depuis deux jours et avait du s'épuiser en nageant avec son poids de plus dans le marais.

Elle décida de passer à l'acte à contre cœur après quelque secondes d'hésitation.

« Je suis désolée »

Elle se pinça les lèvres, mal à l'aise.

« Pour vous avoir insulté et pour être tombée hier soir. Je n'aurais pas du m'énerver bêtement sur vous et faire plus attention »

Il lisait de nouveau son livre et elle avait visiblement perdue son attention. Il soupira moins lourdement qu'elle ne l'aurait cru.

« Il est sûr que cela nous aurait évité bien des contres temps »

Elle renifla dédaigneusement. Il n'allait donc pas s'excuser de l'avoir poussé et laissé toute seule ? Elle soupira intérieurement en repensant aux événements du marais. Elle s'était entièrement accrochée à lui dans l'eau pour se venger et elle n'arrivait toujours pas à croire qu'elle avait osé fait ça. Très étonnement, il ne semblait pas lui en tenir plus que ça rigueur. Elle força son flot de pensées embarrassantes à s'arrêter là et sentit ses joues s'échauffer, de colère ou de gêne, voir les deux et se dépêcha de faire volte face. Une voix lasse et agacée se fit entendre dans son dos.

« Il est vrai que je n'aurais pas du vous laisser tomber alors que vous aviez peur. Mais que risquiez-vous ? Ce n'était que de truites »

Elle était prête à jurer qu'il avait encore cet air désabusé sur le visage et qu'il n'avait même pas quitté sa page du regard en lui disant ça. Une veine pulsa sur son front et elle se força à rester calme. Il ne s'était pas excusé à proprement parler mais le fait qu'il admette ses torts était sans doute déjà beaucoup.

Elle continua tout de même sa route, refroidie par le sarcasme.

Elle rangea toutes ses affaires seule et suivit Ciel à contre cœur qui repartit après s'être assuré qu'elle était prête. Ils avancèrent à travers la campagne sous le soleil étouffant.

« Nous avons un massif montagneux à passer et ce soir nous rejoindrons un village dans lequel se trouve quelqu'un qui pourra nous prêter une voiture pour rallier Brasov »

Elle acquiesça sans un mot, énervée mais satisfaite de la fin prochaine de leur marche éreintante.

Ils continuèrent leur route et furent bientôt entourés par des montagnes rocheuses, assez grandes pour lui compliquer sensiblement la tâche. Ils allaient devoir escalader un minimum, même en passant par les étroits valons.

Elle faisait en sorte d'assurer ses prises sur les pierres pour ne pas glisser, prenant appui avec ses mains pour les enjamber. Le chemin était comme tracé mais restait athlétique avec tous les obstacles et dénivelés. Alors que la pente s'accroissait, Ciel s'arrêta net devant elle et elle stoppa sa marche juste à temps, frôlant la collision.

« Passez devant »

Elle s'épongea le front pour le millième fois de la journée et plissa les yeux, méfiante.

« Pourquoi ? »

« Je ne tiens pas à ce que vous glissiez ou vous blessiez, assurez-vous de votre appui avant d'avancer »

Elle obtempéra avec un air blasé, convaincue que le démon se souciait plus de son planning que de son état de santé. La proposition demeurait cependant judicieuse. Le ciel était d'un bleu intense et éclatant. Elle aperçu un rapace qui volait haut au dessus d'eux. Elle se mit en marche, suivant le chemin, s'arrêtant quelque fois pour s'assurer qu'elle ne faisait pas fausse route. Pour son plus grand bonheur, Ciel la laissa aller à son rythme, n'intervenant que quand elle se trompait de route. Elle pouvait apercevoir des bouquetins à l'occasion, au sommet de roches. C'était une très belle région. Elle trébuchait parfois avec la fatigue, se rattrapant à temps. La roche était friable à certains endroits et la chaleur la faisait de plus en plus souffrir.

Elle sortit une bouteille d'eau pour en boire une longue gorgée et s'en asperger. Elle avait beau s'humidifier la nuque et les vêtements, l'eau finissait toujours par sécher ou devenir tiède. Le démon derrière elle ne semblait pas souffrir plus que ça de la chaleur. Alors qu'elle était penchée sur son sac pour y remettre sa bouteille en s'épongeant le front de son bras pour la huit millième fois, on lui fourra une casquette sur le crâne et elle releva le regard vers le démon, le tissu de la casquette cachant probablement ses yeux et le haut de son nez. Il la regardait distraitement depuis sa hauteur, en train de boire de l'eau. Elle cala maladroitement le couvre chef sur sa tête et se retourna un peu brusquement vers la route pour reprendre la marche.

Alors qu'elle gravissait un col plus escarpé que les autres, elle aperçu une roche dominant toutes les autres un peu plus loin et regarda l'obstacle avec découragement. Elle poursuivit son chemin et soupira avant d'entamer l'ascension du rocher. Elle prit appui sur les aspérités et parvint à poser une main au sommet de la pierre. Elle s'appuya sur son coude et se poussa en l'air pour se rattraper avec l'autre main avant de soulever sa jambe maladroitement vers le haut.

Le démon derrière elle devait être en première loge pour la regarder piteusement gesticuler avec difficultés tandis que sa jambe essayait d'atteindre le haut de la roche sans succès.

Elle reposa la jambe vaincue et essaya de passer l'autre par dessus, espérant qu'elle serait plus souple que la première et le démon soupira devant ses efforts infructueux. Cela faisait près de cinq minutes qu'ils étaient bloqués là dessus.

« Vous voulez de l'aide ? »

Elle répliqua aussitôt, confiante.

« Non je peux très bien me débrouiller seule »

Elle n'allait pas lui laisser l'occasion de se moquer d'elle ou de la traiter de petite nature. Le démon soupira, n'osant dire l'évidence.

« C'est assez haut pour vous ... »

« Je n'ai pas besoin de votre aide je l'ai déjà dis »

Il décela immédiatement la fierté mal placée dans son ton pincé mais ne fit pas de commentaires, la laissant vainement persévérer.

Élise peinait clairement, s'écorchant les genoux sur la roche. Elle renâcla de frustration et tenta de trouver un appui plus haut dans l'espoir de réduire la hauteur qu'avait à parcourir sa jambe pour lui permettre de dresser efficacement. Le sommet de la roche lui parvenait à présent à la poitrine et elle se sentit capable de se hisser. Elle prit appui sur ses deux bras et força pour se dresser, passant sa jambe de côté maladroitement pour finir de monter. Elle renonça finalement à cette technique inefficace et se hissa lentement à la seule force de ses bras, posant un genoux devant elle et puis l'autre une fois arrivée au sommet. Elle n'avait pas souhaité avoir recours à cette méthode jusque là, sachant pertinemment qu'elle portait un short et qu'elle avait du se pencher copieusement en avant pour se redresser. Le tissu avait très certainement du remonter bien trop haut de ses cuisses. Elle aurait préféré qu'il soit devant elle après réflexion.

Elle se releva et s'épousseta, embarrassée, se forçant à oublier ce qu'il venait de se passer. Ciel se hissa à sa suite avec beaucoup plus de facilité. Bien qu'il soit privé de ses pouvoirs, il avait une force et une vitalité remarquable. Il la dépassa, le visage impassible.

« Nous avons fait le plus gros je vais repasser devant »

Elle acquiesça, mal à l'aise et incertaine de la raison de ce changement d'avis soudain. Peut être aurait-elle du accepter son aide et le laisser monter le premier ?

Le chemin se fit moins escarpé pour laisser la place à des collines qui redevinrent progressivement la campagne et les plaines habituelles.

Il arrivèrent dans un petit hameau vers vingt deux heures le soir. Il faisait presque nuit et elle tenait à peine sur ses jambes. Elle avait les genoux écorchés un peu partout à force de riper sur la pierre.

Ciel s'arrêta près d'une fontaine de pierre au milieu de la petite place.

« Je reviens attendez-moi là »

Il se dirigea vers une bâtisse au toit en vielles briques rouges à une vingtaine de mètres qui portait la marque de l'âge sur ses murs par endroit fissurés. Eux qui devaient dormir dans un endroit discret, le lieu était très bien choisi. De la lumière perçait des fenêtres étroites.

Elle s'assit en l'attendant, rendue docile par la fatigue. Il revint cinq minutes plus tard, conversant avec un homme d'une cinquantaine d'année, la peau halée, les cheveux grisonnants et d'une certaine carrure. Il devait très probablement cultiver les champs. Elle devina que la femme qui les suivait était son épouse. Robuste et aux formes (très) généreuses, elle abordait un sourire chaleureux et accueillant.

« ... les affaires depuis tout ce temps Ciel ? »

A sa grande surprise, l'homme parlait anglais. Il semblait enjoué et agréablement surpris.

« Ça n'a pas beaucoup changé, tu es le bienvenu à Londres d'ailleurs »

« Bah ! Je suis bien mieux là, tu me connais je suis pas un gars de la ville »

Ciel lui sourit malicieusement et elle soupçonna son attitude d'être factice. Il se forçait à être amical et avenant avec les humains qu'il côtoyait.

« D'ailleurs qu'est ce qui nous vaut le plaisir de ta visite dans ce trou perdu ? »

L'homme avait des manières bourrues et plu tout de suite à Élise. Il la mettait à l'aise pour une raison qu'elle n'expliquait pas.

« Pas grand chose, je fais découvrir le pays à la demoiselle assise là bas »

Restée dans l'ombre, Ciel la désigna et elle se força à saluer en souriant, crispée. L'homme sembla surprit par cette réponse et plissa les yeux dans sa direction pour tenter de l'apercevoir dans l'obscurité.

Il donna soudain une vigoureuse tape amicale dans le dos du démon et ce dernier tressaillit légèrement sous le coup inattendu.

« Alors tu t'es enfin marié ?! Je commençais à croire que c'était désespéré pour toi sacré roublard ! »

Ciel fronça les sourcils, pris de court avant de répliquer d'un ton sans pitié.

« Qu'est ce que tu as trouvé à raconter comme idioties ? Tu deviens déjà sénile à ton âge ? Ça me fais presque de la peine »

L'homme ne sembla pas le moins du monde vexé par son ton désobligeant et éclata d'un rire gras, comme si il en avait l'habitude.

« Et pourquoi je m'arrêterais ? Allez restez pas là les tourtereaux, y'a du ragoût de bœuf ! »

Ciel soupira et roula des yeux, visiblement agacé. Une goutte coula du front d'Élise et elle préféra ne pas faire de commentaires. Elle avait trouvé Ciel étonnement sur la défensive suite à la taquinerie de l'homme. Elle arriva à leur hauteur et l'homme lui prit la main avant d'y déposer un léger baiser, l'air taquin. Elle sourit spontanément, amusée par son attitude.

« Madame la Comtesse »

Elle cligna des yeux en gardant difficilement le sourire, incrédule.

Pourquoi était-elle d'entrée cataloguée comme sa femme ? Certes, ce n'était pas malheureusement un raisonnement illogique et elle ne pouvait pas lui reprocher sa conclusion hâtive : il aurait été fortement improbable que Ciel perde son temps à faire visiter l'autre bout de l'Europe à quelqu'un sans une (très) bonne raison.

Elle vit le démon lever les yeux au ciel du coin de l'œil devant le comportement de son ami. Ils rejoignirent sa femme qui les attendait sur le pas de la porte.

« C'est elle la chef ! Je vous présente ma femme Lenuta, elle est du pays ! »

Ciel s'inclina avec courtoisie et lui tendit poliment la main. La prénommée Lenuta rigola bruyamment devant ses manières avant de le prendre carrément dans ses bras en riant, l'étouffant presque contre sa poitrine. Déconcerté, il n'osa pas lutter ni poser ses mains quelque part pour s'écarter de la femme. Elle le remit sur pieds et il chancela légèrement, reprenant rapidement contenance.

Elle lui dit quelque chose qu'Élise ne comprit pas et qui était très probablement du roumain. Ciel lui répondit à son tour avec un sourire forcé et elle se retourna vers lui, estomaquée.

« Mais vous parlez roumain ?! »

Il se tourna vers elle, l'air détaché.

« J'ai eu le temps de feuilleter deux trois livres la veille de notre départ »

« Eh Ciel ! Tu nous présente pas l'heureuse élue ?! »

Il claqua la langue et lança un regard perçant à l'homme, agacé par ses facéties. Elle essaya de rester le plus naturelle possible.

« Je vous présente Élise, une ... amie » Aucun doute, personne n'avait saisit l'hésitation à part elle. Il se retourna vers elle, l'air légèrement renfrogné. « Élise, Lewis Cocker et sa femme. C'était un proche collaborateur à moi avant qu'il ne parte en retraite il y a de cela quelques années. Comme vous avez pu le constater, il a décidé de s'exiler à l'écart de toute civilisation »

Il taquinait clairement le vieil homme.

« Peuh ! Ici l'air est pur au moins ! Et en plus tu veux me faire croire que vous êtes de simples amis ? On me la fait pas à moi gamin »

Il plaça un doigt sous son œil et une goutte lui coula du front. Une veine pulsa sur celui du Comte qui se détourna franchement, horripilé par l'attitude bornée de son ami. Le vieil homme semblait tirer un plaisir jubilatoire à l'asticoter et à le mettre mal à l'aise. C'était une relation assez particulière qu'ils semblaient avoir.

Elle eu droit au même traitement de faveur avec la femme et faillit étouffer contre sa poitrine bien trop volumineuse.

Lenuta prononça les mêmes paroles qu'elle ne comprit toujours pas et elle se contenta de sourire. Alors qu'ils rentraient dans la maison, la femme leur demanda quelque chose. Elle se retourna vers Ciel, égarée.

« Qu'a t-elle dit ? »

Elle s'était arrêtée en plein milieu du chemin et il pressa une main entre ses omoplates pour la pousser vers l'intérieur, plus concentré sur l'action d'entrer que de lui répondre.

« Elle demande si nous souhaitons nous laver »

« Vraiment ?! »

Elle se retourna avec entrain vers la femme en acquiesçant aussitôt. Elle avait tellement envie de se prélasser dans un bain chaud après cette horrible journée. Ciel sembla sur le point de parler mais Lenuta les gratifia une nouvelle fois de son rire tonitruant avant de disparaître dans les profondeurs de la maison avant qu'il n'en ai eu l'occasion. Il soupira discrètement.

« Elle viendra vous chercher quand tout sera prêt » l'informa Lewis. « Venez ! En attendant on va boire un coup ça se fête la visite du Comte Phantomhive dans ce bled paumé ! »

La maison était très typique et rustique et Élise s'y sentit bien. Le lieu était convivial et il y faisait chaud contrairement à l'air qui s'était refroidit dehors. Elle constata que le repas qui était sur le feu sentait divinement bon. L'homme les invita à s'installer à une grande table de bois et elle prit place aux côtés de Ciel qui lui lança un bref regard dont elle ne décrypta pas le message avant de se tourner pour répondre à son ami.

Elle soupira intérieurement devant les regards réjouis de l'homme qui passaient de elle à Ciel. Vivement qu'elle puisse s'éclipser dans son bain tranquillement. D'ici là, elle allait très certainement devoir supporter les sous entendus douteux de leur hôte atypique qui avait le chic pour les mettre à l'aise.

Pourquoi se retrouvait-elle tout le temps dans ce genre de situation dérangeante ?


Tout frais pour le week end ! J'étais juste trop fatiguée hier soir ... Pardon si il y a des fautes ou des phrases moyennement bien tournées que que je n'ai pas encore corrigé mais j'en avait juste marre de relire (j'ai développé le syndrome de la paranoïa aiguë lors de mes sauvegarde sur le site, plusieurs fois je me suis tappé un "Run time Error" très sympathique qui m'a tout fait perdre mes modifs, que du bonheur !)

Je publierai la suite (que j'ai écrite ne vous inquiétez pas) je ne sais pas exactement quand mais je vous jure que si tout va bien et que je garde ma motivation je n'abandonnerai pas l'histoire!

J'espère que ce chapitre vous plaira et que vous m'en direz des nouvelles dans les commentaires ! Il me faut de la motivation quoi ^^

BlackEmilyMalou: Merci encore pour ton soutiiennt! Haha! Je te laisse deviner qui est Evans, tu as tous les éléments pour pouvoir le faire et je suis bien trop sadique pour t'aider à trouver ;) Muahaha je vais faire surchauffer ta cervelle! Ecoute, je suis du même avis, je suis sûre qu'il est pas foutu de reconnaître un tampon même si on le lui met devant les yeux xD En même temps c'est pas trop son époque ... Pendant la période victorienne c'était toute une histoire quand t'avais tes règles mais après est-ce qu'il est renseigné là dessus ? xD Je vais faire en sorte qu'on soit fixé dans un chapitre un de ces quatre tiens xD Elise elle a des réflexe de ouf, ça aurait été un peu awkward si Ciel avait réussi à choper la trousse x) Un démon peut il rougir ? Je ne répondrais pas à cette question pour l'instant même si elle est très pertinente MUAHAHAHA ;) Tu m'as donné un fou rire avec ton "moi aussi j'ai cru que Ciel avait un peu tripoté la madame à la frontière" j'ai pas pu m'empêcher d'avoir des images mentales xD Ça aurait été déprimant qu'il soit comme ça pas vrai ? Et oui, il s'en fout un peu des femmes parce qu'il les considèrent un peu comme futiles je suppose. En même temps elles ont pas l'air de se comporter très intelligemment à son égard mais est-ce vraiment de leur faute ? Muahaha ça stresse ce passage où il est question de sceller ses pouvoirs dis donc ! Peut être, peut être pas, il y aura sans doutes des choses plus intéressantes plus tard ;) Arrête déjà que Sebastian va devoir subir on ne sait trop quoi avec Grell à cause de Ciel qui a marchandé les services du Shinigami en vendant son majordome xD C'est pas un démon pour rien le petit, il a tout comprit comment ça marche le business xp Encore merci et à la prochaine ! ;)

SweetDreamChan: On se comprend au moins entre folles de la bouffe xD Je propose qu'on se cotise tous pour t'offrir la petite touche vaguelette je me suis sentie frustrée pour toi xD J'espère que ça va un peu mieux depuis! Courage! Alors ça se passe comment avec tes poulets ? XD Merci beaucoup! Ca m'a fait très plaisir! J'avoue que je sais pas trop comment j'écris (je montre à personne que je connais ça me gêne trop xD) alors merci beaucoup pour ton avis! Muahahaha! Tu as probablement vrai sur ton hypothèse du début de chapitre ^^ (Oui on a envie de la tuer mais bon malheureusement on arrive pas à ne pas la comprendre, t'imagine Ciel qui obéit à tous tes ordres ? La majeur partie des femmes se contenteraient pas toujours de lui demander de cuisiner des madeleines c'est impossible quoi xD) Oui, petit moment de désaccord entre nos deux protagonistes XD en même temps Ciel il l'a trop mal pris au début, trop rancunier! En même temps on sait qu'il a une fierté omniprésente donc bon faut faire avec xp Merci beaucoup! J'avoue que j'arrive pas à me décider entre le comique et le dark c'est problématique non ? x) J'aime trop écrire des situations wtf c'est juste trop drôle, d'ailleurs le rythme ralentis pas pour les chapitres d'après xD Enfin pour l'arc du Château de Bran je suis un peu restreinte parce que c'est pas trop la fête mais je me rattraperai pour compenser la balance! Merci énormément pour ton commentaire que j'ai juste adoré tu m'as trop faite rire! Kiss kiss! ;)

Amellos: Bienvenue parmi nous! Contente que l'histoire te plaise et merci beaucoup de m'avoir laissé un avis ;) C'est vrai ? C'est encore mieux quand on associe les personnages d'une histoire à des gens qu'on aime bien! Tu m'as démasquée pour Shrek mais chuuut xD Evidement, ce passage et mythique, j'ai pas osé mettre le "on est presque arrivé ? -Oui. -C'est vrai ?! -NAN!" Bref je pars dans mon délire :p En effet, l'histoire est clairement basée sur leur relation. Je veux la rendre "réaliste" dans le sens "plausible" donc je suis pas du genre à brûler les étapes si tu vois ce que je veux dire ! Ciel tombe pas amoureux de n'importe qui en trois jours quoi :p C'est Ciel quand même, c'est un peu un cas! Mais ça faisait longtemps que je voulais faire une fanfic de lui, c'est mon personnage préféré de la série, il faudrait juste qu'il soit un peu plus âgé please ;_; Enfin je me plains mais si il était plus vieux ça serait plus Ciel ... Rha trop la prise de tête ! Bon je la ferme maintenant x) J'espère que ce chapitre t'as plus et je te dis à bientôt et encore merci :)

Tori-chan: Ouiiiiiiiiiiii ;_; Horrible! Comme tu vois ça a été dur! Forcément quand tu es seule avec quelqu'un paumé en forêt c'est compliqué de faire semblant xD Et puis c'est Ciel qui a la vingtaine quoi, il doit être canon alors si en plus c'est un démon ... Oui je voulais trop mettre le "quand est-ce qu'on arrive" c'était obligé xD C'est bon je me suis renseignée! J'ai même été voir la trilogie fromagère dont tu m'as parlé et franchement ça a l'air énorme, je connais même pas les perso et je trouve que le gars a un charisme de fou et que la relation entre les deux est super bien tournée, et l'autre avec son hommage vibrant et passionné au fromage en plein magasin là, c'est énorme! Faudra que je lise la suite et que je m'intéresse de plus près à la série ;) Pas de démon qui poursuit Elise pour cette fois ci, comme tu as pu le voir les créatures surnaturelles ne sont pas son seul problème ;) Oui, je la fais morfler j'avoue ... Moi et Elise on est d'accord avec toi en ce qui concerne le spiritisme xD En même temps elle va au Château de Bran la pauvre, le lieu à fuir, ça va pas être une partie de plaisir mais bon il y a Ciel au moins .. Merci beaucoup pour ton soutient! A bientôt ! :)

Bisouilles à la prochaine et je vous souhaite un bon week end !