Le début de soirée s'avéra bien moins contraignant que redouté tant Lewis Cocker savait mettre à l'aise quand il y mettait du sien.

« Encore désolé c'est qu'on ne vous attendez pas, j'espère que vous n'êtes pas trop affamés ! Le repas sera prêt dans une trentaine de minutes ça devrait plus tarder »

Élise descendit joyeusement le quart de son verre d'une seule traite et perçu immédiatement le regard désapprobateur du démon à sa droite.

Cela faisait dix minutes qu'ils étaient attablés tous les trois et elle avait déjà sévèrement mal aux côtes à force de rire aux éclats. Elle en avait des crampes au ventre à force d'essayer de se retenir pour faire bonne mesure.

L'homme riait encore bruyamment sans la moindre gêne de leur précédente conversation. Il attrapa la bouteille de Porto et la brandit dans sa direction.

« Haha je vous l'avais dis, c'est dingue pas vrai ? Il est incroyable. Un autre verre ? »

Il agitait la bouteille en l'air avec enthousiasme pour la motiver.

« Allez ! »

Elle était sur le point d'acquiescer quand Ciel l'interrompit en passant la main entre son verre et le goulot de la bouteille que Lewis avait dangereusement rapproché.

« Cela suffira il faut qu'elle soit en forme pour marcher demain »

Indignée, elle écarquilla les yeux et se prépara à protester avant de se raviser en percevant le regard réprobateur de son compagnon déjà passablement irrité par leur conversation précédente. Elle passa maladroitement son doigt sur le bord de son verre, penaude.

Bon …

« Ciel ! Arrête de ronchonner ! »

Le démon se montra inflexible et Lewis se retourna vers elle avec un sourire navré, sa bonne humeur manifestement inébranlable.

« C'est pas grave mademoiselle je fais du jus de pomme depuis l'été dernier, c'est bio et vous m'en direz des nouvelles ! »

Comme promit, sa déception fut vite noyée dans le breuvage délicieusement acide de loin bien meilleur que l'alcool. Elle était prête à parier pouvoir en boire des litres à la suite.

La femme vint les chercher quelques minutes plus tard, des serviettes épaisses et moelleuses sous le bras. L'homme tapa des deux mains sur la table d'un air décidé.

« Bien ! Vous y allez avant de manger ? »

Elle finit son troisième verre et se leva avant de contourner rapidement la table, plus que volontaire. Le démon n'esquissa pas un geste, la regardant se précipiter vers Lenuta d'un air taciturne qu'il abordait depuis maintenant dix minutes.

L'homme sourit en coin avec malice.

« Allons Ciel tu ne l'accompagne pas ? »

Le noble soupira dédaigneusement à la moquerie et attrapa son verre pour en boire une autre gorgée.

« Lewis ça suffit un peu »

Elle fronça les sourcils, rendue incertaine par l'insinuation du vieil homme qui éclata de rire.

« Bon, bon ! A toute à l'heure Élise »

Troublée, elle suivit la femme d'un pas incertain et laissa Ciel se débrouiller seul avec son ami.

L'homme le plus volubile qu'elle avait jamais rencontré s'était amusé à ressasser les vieilles aventures de sa collaboration avec le Comte malgré les coups d'œil dissuasifs de ce dernier et ses vaines tentatives pour changer de sujet.

Il avait ainsi évoqué une soirée qui s'était déroulée une dizaine d'années plus tôt pendant laquelle son équipier n'avait pas manqué de faire sensation. Alors qu'ils assistaient à un gala donné par un magnat de l'immobilier, le démon avait entreprit d'arrêter le responsable de détournement de fonds qu'ils recherchaient depuis quelques mois en plein milieu de la piste de danse sous le regard estomaqué des autres convives.

Lewis en avait pleuré de rire, visualisant de nouveau mentalement le visage du pauvre homme qui n'était alors qu'un suspect présumé, sidéré de se faire arrêter en train de boire un verre avec des connaissances. Une des femmes du groupuscule avait même tenté de frapper Ciel pendant qu'il menottait l'homme de force et le tirait vers la sortie sans ménagement, à peine gêné par sa résistance énergique.

Lewis se souvenait avoir été bluffé du réflexe de son acolyte qui avait simplement bloqué le poignet de femme de dos avant de la mettre en garde d'un coup d'œil sombre de le laisser faire son travail.

Le côté très consciencieux du Comte l'avait toujours beaucoup amusé, notamment lors d'une autre occasion, lorsqu'ils avaient été invités à prendre le thé avec la Reine à Buckingham Palace. En plein milieu de la conversation choisie par la souveraine comme il était d'usage, Ciel s'était soudainement jeté sur elle pour la mettre à terre avant qu'une balle n'aille s'encastrer dans le mur quatre mètres plus loin. La Reine était restée ébaubie devant la tentative d'attentat et l'attitude peu protocolaire de son serviteur, poser le moindre doigt sur sa personne étant d'usage strictement interdit. Elle avait ensuite reconnue l'incroyable capacité qu'avait eu le noble d'anticiper le tir pour lui sauver la vie et l'avait gracieusement laissé lui baiser la main en guise de sincères excuses. Les larmes de rire ruisselaient sur son visage tandis qu'il se rappelait du Comte contrit, un genoux à terre devant la Reine et tout le reste de l'escorte royale qui avait fait irruption dans le somptueux salon. Ciel avait particulièrement grincé les dents à ce souvenir ci et Lewis avait depuis lors peiné à retrouver son souffle et ils s'étaient tous les deux plains en chœur de leurs côtes douloureuses. « Tu t'es carrément jeté sur elle ! Je voyais déjà la une des journaux : « La Reine agressée sauvagement par un des ses lords : Le Comte Phantomhive coupable du crime de Lèse-majesté » ! ». Elle avait tout fait pour se retenir mais les images mentales qui l'avaient assaillit à cause du talent de narrateur certain de Lewis l'avaient pratiquement fait pleurer de rire. L'apéro n'avait pas tout à fait été une partie de plaisir pour le noble concerné mais il était bien le seul à s'être plaint.

Ils avaient une nouvelle fois éclaté de rire avant que Lewis ne parvienne à reprendre suffisamment son souffle pour parler. « C'est un sacré numéro celui là ! ». Il avait tapoté l'épaule du démon en continuant à rire. « D'ailleurs tu prends pas une ride ! T'as quel âge maintenant, la trentaine ? ». Le démon avait porté son verre à ses lèvres sans se presser de répondre. « Vingt-neuf ». Elle avait été surprise par sa réponse.

Il est bien obligé d'adapter son âge à ses connaissances mais ça doit être compliqué

Ils semblaient proches tous les deux. Ciel n'avait pas encore frappé Lewis malgré l'humiliation constante qu'il lui faisait subir ce qui en disait long, très long.

Elle suivit la femme en exultant à la pensée d'un bain chaud. Elle salua les deux anciens camarades dans le salon et sourit à l'homme en réponse à son clin d'œil. Ciel détourna simplement le regard, agacé par leur allégresse.

Elle entra dans la salle de bain en compagnie de Lenuta qui referma la porte derrière elles avant de se retourner, l'air décidée. C'était une pièce sans prétention mais confortable. La baignoire était remplie aux trois quarts d'eau fumante. Comme elle serait bien, immergée jusqu'au menton dans cette eau divinement chaude.

Élise se retourna en sentant la présence de la femme sur ses talons et déglutit difficilement, incertaine. Pourquoi Lenuta ne sortait-elle pas pour la laisser prendre son bain ?

Contre toute attente, la femme s'approcha d'elle et se mit à la déshabiller sans un mot, expédiant ses vêtements au sol devant son regard ahuri. Une fois nue, elle fut presque jetée dans l'eau chaude de la baignoire. La femme avait une force improbable et elle osait à peine se débattre. Elle se releva comme elle pu avant que Lenuta n'attrape une brosse de douche et ne la frotte avec force sur tout le corps en lui brûlant la peau. Elle était bien trop enthousiaste, elle n'allait pas passer la soirée si elle persistait à l'écorcher vive. La femme lui lava les cheveux et elle lutta pour garder la tête hors de l'eau à cause de la forte pression qu'elle exerçait en frottant son cuir chevelu. Une fois sa chevelure décrassée, elle la força à se relever. L'eau lui arrivait au dessus des genoux et elle la vit approcher sa main pour lui donner une claque sur les cuisses en prononçant un charabia qu'elle ne comprit pas d'un air appréciateur. Elle défaillit, perturbée.

Il faut que je sorte de là !

Elle la fit se rasseoir comme si elle était plus légère qu'une puce et attrapa ses jambes pour les laver à leur tour. Elle écarquilla les yeux en crispant les doigts sur les rebords de la baignoire pour ne pas glisser dans l'eau, horrifiée. Cette femme était bien trop brutale.

« Je vais finir seule merci beaucoup ! »

« %§µ£%£$¨§%$!µ*£ ! »

« Non, ça ira je vous remercie de m'avoir aidé ! »

« µ%/$%£§ ?! »

Elle écarquilla les yeux d'inquiétude en voyant son air mécontent.

« Non mais c'est- ah ! »

La femme venait de lui toucher les seins sans la moindre pudeur avec un regard critique, comme pour les examiner. Elle se détourna aussitôt et cacha sa poitrine, embarrassée. Elle n'était pas plus pudique que la majeur partie des femmes mais était peu à son aise quand quelqu'un décidait de la tripoter de la sorte.

« Qu'est ce que vous faîtes ?! »

« %µ£§%¨£+°0£µ$ ! »

« Mais je ne comprends rien à ce que vous dîtes ! »

La femme finit de la laver sous ses vaines protestations et la fit sortir du bain avant de l'essuyer vigoureusement avec une énorme serviette verte. Elle parlait de façon discontinue depuis une trentaine de secondes, l'air léger comme si elle racontait un souvenir.

Mais elle est folle

« %§µ$£%§ ! »

Dès qu'elle fut à peu près sèche, elle rassembla ses dernières forces pour sourire et prendre congé le plus vite possible. Elle s'inclina respectueusement et fit volte face pour ouvrir la porte et s'échapper de la geôle, haletante. Elle noua la serviette autour d'elle et essaya de retrouver son chemin. Elle ne savait même pas de quel côté du long couloir aller.

La femme sortit à ce moment là pour la rattraper, l'air énervée et elle paniqua. Son corps meut par un instinct de survie, elle détala dans le couloir et courra vers les deux hommes qu'elle retrouva près du feu pour se mettre à l'abri.

Ils écarquillèrent les yeux en la voyant débouler en serviette de bain avec les cheveux trempés. Éperdue et sans repères, elle se précipita derrière Ciel, la femme sur ses talons. On aurait dit qu'elle lui criait dessus, elle était en train de se faire houspiller comme une vagabonde. Elle se cacha derrière le démon, tremblante et la voix incertaine.

« Votre femme est charmante mais je pouvais très bien me laver seule Lewis »

La femme parla à son mari, les poings sur les hanches avec un air dangereusement mécontent et il haussa un sourcil avant d'éclater de rire. La femme ne se dérida pas le moins du monde et se tourna vers Ciel qu'elle admonesta à son tour en vociférant des paroles incompréhensibles. Le démon tiqua sous le sermon et garda le silence, l'air désappointé. Lewis partit dans un autre fou rire en ne le voyant pas protester. Elle se pencha vers lui et chuchota prudemment.

« Qu'est ce qu'elle dit ? »

Il lui lança un regard irrité.

« Elle dit que vous ne mangez pas assez, que vous n'avez que la peau sur les os »

Elle écarquilla les yeux, légèrement prise de court.

« Mais pourquoi est-ce qu'elle vous sermonne vous aussi ? »

« Elle dit que je suis irresponsable »

« Pourquoi ? »

Il roula des yeux en soupirant.

« Parce qu'elle pense que je vous prive de nourriture »

Elle fronça les sourcils, clairement vexée. Elle savait qu'elle n'avait pas assez de poitrine, pas besoin d'en rajouter. Son poids n'avait rien de très choquant, elle était mince certes mais loin d'être anorexique. Elle détailla la femme de stature imposante devant eux. Il y avait facilement une trentaine de kilos de différence entre elles. Elle ne se souvenait pas avoir croisé une femme avec une si forte poitrine.

« Simple question de point de vue. »

« Les normes physique ne sont pas les mêmes partout »

« Mais je ne revendique rien du tout ! Je voulais juste me laver à la base ! »

Lewis rigola de l'autre côté de la table et elle reporta son attention sur le couple.

« Excusez-là mademoiselle vous êtes très bien comme vous êtes, elle a toujours rêvé d'avoir une fille et elle s'inquiète pour vous »

Elle lui sourit, quelque peu rassurée.

« Il n'y a pas de mal, j'étais juste un peu surprise c'est tout »

Ciel poursuivit avec détachement, le sourcil haussé.

« Pourquoi étiez vous aussi bruyantes toute à l'heure ? »

Une goutte lui coula du front.

Ils l'avaient entendu depuis l'autre bout du couloir ? L'insonorisation de cette maison laissait à désirer.

Elle répondit en chuchotant.

« Elle m'arrachait la peau et je n'ai pas l'habitude qu'on me lave c'est désagréable »

Il haussa les sourcils, saisi par sa capacité à s'attirer des ennuis improbables.

La femme baragouina autre chose d'incompréhensible, le visage fier et l'homme hocha la tête d'un air sérieux. Ciel sembla légèrement désappointé.

« Qu'est ce qu'elle a dit là ? »

En voyant qu'elle le regardait, attendant patiemment sa réponse, le démon fronça les sourcils et sembla se prendre soudainement d'intérêt pour le napperon de laine sous la plante en pot devant eux. Il lui répondit finalement d'une voix plus apathique que d'ordinaire.

« Rien de particulier »

Elle fut forcée de se rendre compte au bout de quelques secondes qu'il n'était pas décidé à expliciter son propos.

Il se fout de moi ?

« Je sais qu'elle vient de dire quelque chose là »

Il soupira et fit mine de réfléchir. C'est l'homme qui intervint finalement à sa place.

« Elle vient de dire que vous ferez de beaux enfants parce que avez un bassin large pour votre corpulence et une bonne croupe mademoiselle. Elle s'y connaît en la matière vous savez ? »

Elle ne répondit rien, méditant avec inquiétude les paroles de l'homme. Pourquoi avait elle l'impression d'être traitée comme un cheval ?

Elle commençait vraiment à avoir peur. Ils étaient chez les fous. Hors de question qu'elle reprenne un bain dans cette maison.

« Vos ongles »

Peut être pourrait-elle prétexter d'aller aux toilettes pour s'enfuir ?

« Debussy »

Elle revint à elle et desserra sa prise sur l'épaule du démon en chuchotant très bas, articulant chaque syllabe.

« Je veux partir d'ici tout de suite. »

Il soupira, compréhensif mais résigné.

« Nous n'allons pas nous amuser à perdre un jour de plus en marchant, il nous faut une voiture »

« Vous voulez peut être des habits propres mademoiselle ? »

Elle sursauta à moitié, se tournant vers l'homme.

« C'est vrai que j'aimerais bien m'habiller »

« Suivez là elle va vous trouver quelque chose qui vous aille ! »

Elle ne bougea pas, traumatisée.

Se retrouver encore seule avec cette folle ?

Ciel tourna la tête vers elle quand il constata qu'elle ne bougeait pas. Une autre conversation de chuchotements débuta.

« Debussy allez-y, ne les insultez pas »

« Mais je préférerais ne pas me retrouver seule avec elle »

« Vous n'allez pas rester comme ça toute la soirée »

Elle regarda sa grande serviette qu'elle peinait à faire tenir correctement sans qu'elle ne glisse.

« Venez aussi alors »

Il la regarda bizarrement, interdit.

« Pardon ? »

Elle se pressa de se justifier.

« Ne me laissez pas toute seule avec cette folle ! »

Il haussa les sourcils avec indifférence et la gratifia d'un regard impitoyable.

« Je ne vois pas en quoi ma présence serait requise »

Elle lui lança un regard courroucé mais il ne céda sur rien. Elle grinça des dents. Elle préférait encore qu'ils y aillent tous que de se retrouver seule avec la femme. Comment légitimer sa présence ? Peut être pouvait-elle se servir de Lewis pour le pousser à venir ?

Elle sourit et se retourna vers le couple, faussement enthousiaste.

« Ciel pourrait m'aider à choisir ! »

L'homme haussa les sourcils, étonné. Il sourit finalement avec une jubilation peu contenue.

« Allons Ciel tu n'as pas le choix, quand une femme requiert ta présence pour ce genre de chose il ne faut pas la faire attendre ! »

Elle jubila intérieurement. Son plan avait ridiculement bien fonctionné.

Le démon semblait fulminer, la mâchoire crispé. Elle avait osé user d'un procéder aussi vil. Il se rapprocha finalement d'elle et chuchota de nouveau avec fermeté.

« Debussy allez-y seule et arrêtez de tout compliquer ne me mêlez pas à ça »

Il ose m'abandonner ?

Elle se leva en rassemblant toute sa fierté, la tête haute.

« Bien ! Vous n'êtes qu'un goujat ! Vous aurez ma mort sur la conscience. Je serais une martyre aimée de son peuple, les gens viendrons des quatre coins du monde pour mettre des fleurs sur ma tombe, une fête nationale sera dédiée à mon honneur et- »

Elle sentit ses mains dans son dos la pousser en avant sans ménagement, une veine saillante sur le front et horripilé par sa comédie auto victimisante.

« Arrêtez votre cirque et allez-y avant qu'elle ne s'énerve encore »

Elle suivit la femme à contrecœur après un regard noir vers le démon. Elle avait réussit à trouver quelqu'un qui avait moins d'empathie que tous ses professeurs de mathématiques réunis.

Lenuta les amena dans une salle à l'odeur singulière de naphtaline dominée par un imposante armoire en bois, des pièces de tissus en tout genre recouvraient pratiquement le carrelage dans son intégralité. Elles lui trouvèrent une robe de laine traditionnelle blanche que la femme ajusta avec des épingles. Elle se rendit compte qu'elle avait pris des couleurs sous le soleil de plomb tant sa peau bronzée tranchait avec le tissu immaculé. Elle lui donna une ceinture pour serrer sa taille et des ballerines en peau d'agneau.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que cette mission est immersive

Elle lui tressa ensuite les cheveux comme elle pu, les nœuds ravageant sa chevelure. Elle l'habillait et la coiffait comme une poupée.

De retour dans la salle à manger, elles trouvèrent l'homme écroulé sur la table, étouffé par son rire et Ciel qui affichait un sourire forcé, le coin de la lèvre prit d'un tique nerveux, sans doute harassé par d'autres mauvais souvenirs.

« … et la fois où j'ai eu envie de te cogner parce que la secrétaire que je voulais inviter à dîner voulait sortir avec toi ! Elle avait le double de ton âge nom de dieu »

Le Comte fronça les sourcils en tiquant sensiblement. Il répliqua d'un air mi agacé mi affligé.

« Il n'a jamais été question de ça mais tu n'as jamais voulu entendre raison, elle venait me voir parce qu'elle ne comprenait pas les dossiers. J'ai perdu un temps fou à réparer ses erreurs, c'était comme si tout ce que je lui expliquais entrait par une oreille pour ressortir par l'autre. Je me demande encore comment elle a fait pour avoir ce poste »

L'homme roula des yeux avant de se taper le front.

« C'était pas pour le dossier qu'elle venait dans ton bureau cornichon même un gamin de six ans aurait compris ! Elle ne m'amenait pas de café toutes les demies heures à moi ! »

Le démon se prit la tête dans la main, exaspéré par le souvenir.

« Il s'en est fallu de peu que la plante se noie, je ne savais plus quoi en faire. J'avais beau lui dire que je n'en voulais pas, elle revenait quand même avec du thé »

« Ça c'est de la secrétaire ... »

Le démon lui lança un regard désabusé, se sentant incompris.

« Elle aurait mieux fait de prendre rendez-vous pour régler le dossier au lieu de faire n'importe quoi. Elle passait la moitié de ses semaines dans mon bureau alors qu'elle n'avait rien à y faire. Elle ne faisait que me déranger pour un rien, un jour c'était le balais, l'autre un dossier, un autre les vitres, parfois la poussière des étagères et une fois elle m'a demandé de lui tenir l'escabeau pour faire le lustre. Ce n'était même pas à elle de faire le ménage, j'aurais dû signaler son cas de maniaque de la propreté à la RH, ils lui aurait trouvé un autre poste pour s'épanouir »

« Ça s'appelle de la drague 'bécile! Et je ne vois absolument pas pourquoi tu te plains ça devait tout à fait être plaisant … Surtout quand elle se baissait pour remettre des ramettes de papier dans la photocopieuse »

Le démon soupira de dépit et lança un regard irrité à son ami qui poursuivit pour s'expliquer.

« Quoi ? Elle était super canon ! Nom d'un chien t'es l'homme le plus lucide, sérieux et terre-à-terre que je connaisse mais comment tu peux être aussi manche avec les femmes ? »

Le noble roula des yeux et haussa un sourcil peu concerné avant de tourner machinalement la tête en la voyant arriver.

Il cligna des yeux, l'air dérouté. L'homme l'imita et elle fit délibérément semblant de n'avoir rien entendu à leur conversation précédente.

« Mais c'est que ça vous va très bien mademoiselle ! Vous êtes toute belle ! »

Elle sourit à l'homme avec politesse, gênée par le compliment. Elle ne se souvenait pas avoir déjà porté une tenue aussi singulière. Elle aurait préféré arriver plus tard et ne pas entendre la fin de leur conversation.

Depuis quand le démon travaillait en bureau ?

« Merci monsieur »

« Mais de rien c'est la stricte vérité, pas vrai Ciel ? »

Le démon tiqua, sortant de la rêverie dans laquelle il était partit depuis quelque secondes. Il regarda Lewis, interrogateur avant de reporter son regard sur elle, en quête d'une réponse. Elle se garda bien de lui expliquer quoi que ce soit et il finit par froncer les sourcils, égaré.

« Je n'écoutais pas »

« $¨¤£µ%§ ! »

Lewis tiqua immédiatement, satisfait. Plus rien ne semblait compter à part le contenu des paroles de sa femme.

« Enfin ! Nous passons à table ! J'ai une de ces faims »

Elle se força à l'enthousiasme.

« Chouette »

Le repas que Lenuta avait préparé se révéla délicieux. Elle termina son assiette et du se resservir quatre fois sous le regard insistant et les agressions à coup de louches pleines de la femme avant d'être contrainte d'arrêter, son estomac lui lançant un dernier avertissement sur les événements fâcheux qui pourraient se produire si elle avalait une bouchée de plus. Ils parlèrent de leur voyage, du gouvernement roumain et de la précarité en mangeant. Il y avait beaucoup de chose à dire et à déplorer.

Alors qu'ils prenaient le thé et qu'elle essayait de contenir le repas dans son estomac, passablement indisposée, elle perçu son équipier vaciller légèrement à sa droite.

Ciel s'était légèrement affalé depuis le début du repas, il semblait peiner à se tenir aussi droit qu'auparavant. Bien qu'elle ai été cantonnée au jus de pomme, les trois autres avaient continué au vin pendant tout le repas et le nombre de bouteilles qu'ils avaient descendu était saisissant. La roumaine semblait redoutable en matière d'alcool et son mari n'avait pas cessé d'inciter tout le monde à boire pour marquer l'occasion. Le démon entama le sujet sensible avec naturel, se stabilisant sur ses coudes.

« Vous avez des nouvelles du Château de Bran ? Élise veut faire un arrêt à Brasov, elle m'a demandé de le lui montrer »

Lewis et sa femme se lancèrent un regard en coin. Ce dernier haussa les sourcils, peu sûr de la façon dont poursuivre la conversation.

« Ben mon vieux, tu ferais mieux d'abandonner l'idée. Ça fait déjà quelques années que les visites y sont interdites et tous les voyageurs qui s'y sont aventurés ne sont jamais revenus pour la majeur partie »

« %¤§£µ§%µ£ »

« Qu'est ce qu'elle dit ? »

L'homme fronça les sourcils, un poing songeur contre la bouche.

« Qu'il est hanté, et que le mal frappe ceux qui s'en approchent trop »

Elle sentit son cœur se resserrer douloureusement.

« Il y a eu des cas d'enlèvements dans le pays ? »

L'homme sembla réfléchir.

« Non pas à ce que je sache mademoiselle, rien de bien mystérieux en tout cas »

« Et est-ce que le château est officiellement habité ? »

« Non, je ne crois pas »

Ciel intervint d'une voix septique, son verre négligemment porté à ses lèvres en prévision d'y boire une gorgée après son intervention.

« Il doit bien avoir moyen d'en être sûr, les factures d'eau ou d'électricité par exemple »

« Mais tu ne pourra pas te les procurer comme ça tu sais bien. Vous tenez tant que ça à aller visiter ce château mademoiselle ? Vous feriez bien d'y renoncer, c'est un conseil d'ami »

Elle soutint son regard, perturbée.

« C'est que j'en entends parler depuis toute petite, il m'a toujours fasciné ... »

« C'est un lieu splendide mais vous n'allez pas mettre votre vie en danger pour quelque chose de si futile n'est ce pas ? »

Elle se tut, le cœur lourd.

L'homme remarqua sa peine et fronça les sourcils, perturbé.

« Et donc Ciel voulait vous faire plaisir en vous le montrant c'est ça ? »

Le concerné hocha la tête et l'homme soupira avant de lui lancer un regard perçant.

Il a compris. Il n'est pas dupe.

Il sembla réfléchir et de se retourna vers sa femme. Il lui demanda quelque chose en roumain et elle ne tarda pas à lui répondre, une lueur inquiète dans le regard.

« Sa grand mère s'est rendue là bas et y a disparu, ils ne l'ont jamais retrouvé »

Elle écarquilla les yeux.

« Sa grand mère a été dans le château ? Quand ça ? »

« C'était il y a deux ans si je me trompe pas »

« Et vous n'avez pas retrouvé sa trace ? Elle était seule ? »

Il posa la question à sa femme qui lui répondit sèchement.

« Oui, on l'y avait invité »

« Mais comment cela se fait t-il ? »

« Sa grand mère était une petite cousine de la dernière propriétaire »

Elle écarquilla les yeux, sidérée. Sa grand mère faisait partie d'une famille aussi puissante ?

« Et elle avait des relations étroites avec cette Margaret ? »

Élise ne parvenait pas à détacher le regard de Lenuta qui était devenu de plus en plus froide au fur et à mesure de leur échange. Ciel se pencha vers elle pour chuchoter, la voix neutre.

« Parler des morts est très mal vu par ici, cela perturberait leur sommeil »

« Oh … »

La forcer à subir ce genre de conversation sur sa grand mère décédée était assez ingrat et particulièrement impoli pour une invitée.

« Quelle idiote je n'avais pas compris »

Il leva négligemment la main en signe d'apaisement.

« Ce n'est pas grave »

Il se tourna vers la femme et inclina la tête en lui présentant des excuses qu'elle ne parvint pas à comprendre. Elle était étonnée de la façon convaincante dont il faisait rouler sa langue quand il parlait roumain, son accent ne différait pas sensiblement de celui de la femme.

Il hocha la tête après la réponse et se retourna vers Lewis.

« Nous allons nous retirer pour la nuit, nous reprendrons la route demain »

« Vous pouvez restez aussi longtemps que vous le souhaitez »

« Merci Lewis »

Le vieil homme frappa énergiquement ses mains sur la table pour mettre l'assemblée en mouvement.

« Lenuta va vous conduire à votre chambre ! Désolé mais je n'ai qu'un lit double à vous offrir ce soir »

Il lui fit un clin d'œil tendancieux.

« Oh et puis tu vas pas me dire que ça te pose un problème p'tit gars »

Ciel sembla soudain prendre la décision d'arrêter de luter contre le vent inutilement. Il soupira avant de répliquer d'une voix résignée.

« On ne peut rien te cacher dis moi »

Lewis éclata de rire et elle crispa la mâchoire de malaise. Il était toujours persuadé qu'il y avait quelque chose entre eux pour elle ne savait trop quelle raison.

« Bonne nuit tous les deux ! »

Il essaya de se lever et chancela dangereusement avant de regagner sa chaise avec précaution.

« Je crois que je vais rester un peu profiter du feu »

Elle acquiesça par politesse, blasée. Il ne pouvait même pas se lever.

Ciel se leva à son tour sans le moindre faux pas et ils sortirent de table en suivant la femme qui ne pipa mot. Elle ne semblait pas affecté par l'alcool bien qu'elle ai bu plus que les deux hommes.

Elle se sentait mal vis à vis d'elle, elle l'avait blessé. Elle se pencha discrètement vers le démon.

« Comment s'excuse t-on en roumain ? »

Il mit quelques secondes à comprendre qu'elle s'adressait à lui. Il soupira en parlant.

« Îmi pare rău »

Elle interpella la femme et s'excusa de sa maladresse.

Lenuta secoua la tête et lui sourit chaleureusement. Elle fit de même en retour, rassurée

Elle les conduisit dans une pièce à l'autre bout de la maison et Ciel lui souhaita bonne nuit poliment. Élise s'en remit à la communication non verbale en se contentant de lui sourire. La femme lui rendit son sourire et repartit vers la salle à manger, les laissant seuls dans le couloir étroit.

S'en suivit alors un moment de silence et d'immobilité totale.

Le démon ne semblait pas décidé à esquisser le moindre geste. Il regardait un point fixe à sa gauche, plongé dans ses pensées.

Elle flancha la première et ouvrit la porte, rendue nerveuse par le mutisme et l'attitude étrangement amorphe du démon. Elle pu juger de la taille tout à fait satisfaisante de la chambre une fois la lumière allumée. Il y avait un lit double au milieu de la pièce, une armoire, un secrétaire et des peintures traditionnelles aux murs qu'elle trouva plutôt inquiétantes. Elle alla s'asseoir sur le matelas et se retint de soupirer de satisfaction. Elle avait tellement attendu de pouvoir dormir sur quelque chose de confortable.

En tournant la tête, elle découvrit tous ses vêtements lavés et repassés sur une chaise. C'était donc ce que faisait la femme quand elle quittait la table de temps en temps. Ils avaient du rester manger longtemps pour qu'elle ai le temps de tout faire.

Elle se retourna vers le démon qui n'avait pas réagit, la voix dubitative.

« Ciel ? »

Il tiqua en sa direction, émergeant de sa rêverie.

« Hm ? »

« Qu'est ce que vous allez faire en attendant demain matin ? »

Il détailla quelques secondes la pièce avant de hausser les épaules.

« Lire »

Il se dirigea vers le secrétaire et s'y assit avant de sortir un de ses livres de son sac. Il s'appuya sur les coudes pour commencer sa lecture avec nonchalance, se soutenant la tête d'une de ses mains.

Elle haussa les sourcils avec scepticisme et détourna le regard pour détailler la chambre de nouveau. La totalité des meubles étaient en bois massif et la tomette ocre en terre cuite était lustrée avec soin. C'était une chambre douillette.

« Alors vous ne dormirez pas du tout ? »

« Je ne dors jamais »

Elle le laissa lire ou quoi qu'il soit en train de faire.

D'où elle était, un paravent décorait le mur de gauche et une fenêtre à sa droite laissait entrer de l'air frais, presque un peu trop.

Ciel lui tournait le dos, immobile. Elle n'était pas tout à fait persuadé qu'il puisse se permettre une nuit blanche dans son état mais ne fit pas de commentaire.

Elle se dirigea vers le paravent et le déplaça vers le centre de la pièce de façon à pouvoir se cacher derrière. Elle délaça sa robe et la laissa glisser avant de la passer par dessus l'écran de bois et d'enfiler le Tee shirt de Ciel que la femme avait également lavé. Elle entreprit ensuite de brosser et démêler ses cheveux.

C'était une pure catastrophe. Elle avait accumulé les nœuds entre le marais et le shampoing musclé de la femme. Elle passa son peigne dans ses mèches et gémit de douleur. Elle avait horreur que ses cheveux soit aussi emmêlés, c'était insoutenable. Elle changea d'appui, les jambes engourdies par l'immobilité et un violent pincement se fit sentir sous son pied. Elle n'étouffa pas la plainte douloureuse.

« Aah ! … bordel »

Une voix mi suspecte, mi incertaine lui parvint du secrétaire.

« Debussy ... ? »

Elle retint une autre plainte en voyant la cause de sa douleur.

« Ne vous retournez pas »

Elle ne portait pas grand chose d'autres que le Tee shirt. Il suspendit son geste et se retourna vers le mur.

« Qu'est ce que vous faîtes exactement ? »

« Je me peigne »

Il haussa les sourcils, désabusé.

« Pourquoi faites vous autant de bruit alors ? »

« J'ai marché sur une épingle … »

« Oh »

Elle avança une main tremblante vers son pieds avant d'hésiter. L'épingle était bien enfoncée de biais dans la chair. Elle frissonna d'horreur.

« Vous n'arrivez pas à l'enlever ? »

« J'ai peur de me faire encore plus mal »

« Tirez d'un coup sec, ça suffira »

Elle leva les yeux au ciel. Évidement qu'elle n'allait pas l'enfoncer encore plus pour la faire disparaître.

Elle tira sur l'aiguille d'acier et l'extirpa de sa chair en serrant les dents.

« Saleté. »

Le démon se pencha de nouveau sur son livre, peu ému par sa mésaventure.

Elle reprit son peigne et continua son travail. Elle était à présent énervée et ses gestes étaient plus brusques et impatients, la faisant souffrir plus que d'ordinaire.

« Debussy »

« Quoi encore? »

Il soupira au ton agressif.

« Qu'est ce que vous fichez depuis toute à l'heure ? »

« J'ai pleins de nœuds dans les cheveux »

Il sembla prendre les quelques secondes suivantes pour trouver quoi lui répondre.

« Arrêtez de vous mutiler et allez dormir »

Elle dégagea le peigne de ses cheveux d'un geste rageur. Pour qui la prenait-il à parler d'une voix autoritaire ? C'était de sa faute si elle s'était planté cette maudite épingle dans le pied ? Elle se força à une voix aimable mais l'exaspération transparu clairement dans ses paroles.

« Laissez moi en paix et retournez comater d'accord ? »

Il grogna de dépit à la remarque, amorphe. Il se stabilisa sur son coude.

« Ils sont assez portés sur la boisson tous les deux »

Elle attrapa son short en boitant et s'arrêta soudain, interloquée.

« Vous êtes vraiment saoul ? »

Il claqua la langue en levant les yeux au ciel.

« Bien sûr que non »

« Excusez moi mais vous n'avez pas l'air très fringuant »

Il grinça des dents.

« Mon organisme n'est pas habitué à ressentir les effets de l'alcool »

« Pourquoi avez vous bu avec Lewis alors ? C'est un vrai pochtron et il vous a incité à le suivre »

« Ce n'est pas nouveau »

Oui mais les autres fois l'alcool n'avait pas d'effet sur vous

« C'est une sorte de jeu stupide ? Qui tiendra le plus longtemps avant de faire un coma éthylique ? Lewis commençait à s'endormir sur son verre et je me demande combien de millièmes de seconde il aurait tenu debout si il s'était levé avec nous »

Le noble se frictionna les yeux d'une main lasse.

« Ce n'est pas Lewis le problème, c'est sa femme »

« Ah parce que vous- »

Il la coupa d'une voix mordante, anticipant sa remarque.

« Peignez donc vos cheveux et laissez moi lire Debussy »

Elle plissa les yeux, révoltée.

Pff ces hommes qui ne supportent pas de se faire battre à quelque chose par une femme. Comme si il arrivait à lire dans cet état en plus

Qu'est ce qu'il pouvait l'insupporter avec sa fierté ma placée.

Elle ne prit pas la peine de répliquer et il replongea dans son mutisme, ne faisant pas d'autres commentaires sur ses gémissements plaintifs.

Au bout d'une dizaine de minutes, alors qu'Élise commençait à envisager sérieusement de se couper les cheveux, il explosa, ne pouvant supporter davantage ses plaintes. L'alcool semblait avoir diminué sa patience déjà très mince.

« Mais à quel point êtes-vous empotée ? Ça va durer toute la nuit ?! »

Elle lui lança un regard noir.

« Taisez vous ! Qu'est ce que vous y connaissez à la douleur du démêlage ?! »

Il expira dédaigneusement et se remit à sa lecture. Elle décida de faire une pause pour mettre son short puis reprit consciencieusement sa tâche en étouffant les plaintes douloureuses entre ses dents. Une voix lassée mais autoritaire lui parvint du secrétaire.

« Ça suffit allez dormir maintenant »

« Je n'ai pas finis »

« Tant pis il est trop tard vous allez avoir du mal demain »

Cette remarque résonna dans sa tête. C'était enfin demain qu'ils arriveraient au château.

« Justement, je ne tiens pas à ressembler à une souillon »

Il soupira lourdement, exaspéré.

« Mais on s'en fiche de ça bon sang »

« Non on ne s'en fiche pas »

Elle ne supportait tout simplement pas que ses cheveux ne soient pas démêlés. Quelques minutes de sommeil en moins n'allaient pas la foudroyer sur place.

Il se pinça l'arrête du nez avec langueur.

« Vous avez presque fini ? »

« J'ai fais le quart à peu près »

Il se retourna vers elle d'un bond, exaspéré.

« Seulement ?! »

« Je fais ce que je peux ! »

Il roula des yeux et s'affala sur le bureau, la tête dans la main. Elle s'était installée sur le lit, lasse d'être debout et maintenait sa jambe en l'air pour ne pas tâcher les draps. Un mince filet de sang suintait de sa blessure.

Elle devait être ridicule comme ça.

« D'ailleurs ça vaut aussi pour vous, si vous n'avez plus de pouvoirs votre corps doit se fatiguer plus facilement »

Ciel ne répondit rien et releva la tête avec irritation. Il ne pouvait pas se concentrer sur quoi que ce soit avec elle qui gémissait dans son dos et voilà maintenant qu'elle accusait à tort sa condition physique.

Élise remarqua avec méfiance qu'il s'était retourné et la regardait lever sa jambe d'une façon hasardeuse. Il sembla désabusé par son extravagance.

Elle fronça les sourcils et le questionna d'une voix acerbe.

« Quoi ? »

« Pourquoi vous faîtes ça exactement ? »

Elle en avait marre de tenir sa jambe tendue. Ses muscles commençaient à protester.

« Je ne veux pas mettre de sang sur les draps »

Jusqu'alors désabusé, il sembla réaliser quelque chose et fronça les sourcils, contrarié.

« N'en mettez surtout pas »

Elle haussa un sourcil, se sentant s'échauffer.

« En fait vous n'en avez rien à foutre que je me vide lentement de mon sang mais si je tâche les draps c'est la catastrophe ? »

Il se pencha sur son sac et sembla chercher quelque chose à intérieur.

« Mais non »

Elle ne dit rien en attendant qu'il s'explique, fulminante et il leva les yeux au ciel, agacé qu'elle ne comprenne pas par elle même.

« Vous connaissez Lewis. Si il voit du sang sur les draps cela risque d'être ingérable »

Elle écarquilla les yeux, scandalisée. C'était très embarrassant mais comment pouvait-il penser à quelque chose de si stupide alors qu'elle s'était blessée ? Elle explosa, insupportée et trahie par ses nerfs.

« Mais on s'en branle de ça ! J'ai mal et je saigne ! »

Il plissa dangereusement les yeux, le regard perçant de désapprobation.

« Arrêtez de parler aussi obscènement. C'est extrêmement disgracieux pour une femme »

« Un jour je suis une femme l'autre une sauvage et l'autre une mégère il faudrait vous décider ! Je parle comme je veux bordel vous n'êtes vraiment qu'un égocentrique fier et méprisant ! »

Il se stoppa net, offusqué.

« Pardon ?! »

Il se leva d'un bond sous le coup de l'indignation.

« Qu'est ce que vous voulez que j'y fasse si vous n'avez pas été foutue de faire attention où vous marchiez ? Il y avait une épingle au sol il a fallu que vous posiez le pied dessus et alors, la Terre ne va pas s'arrêter de tourner pour si peu ! Vous voulez que j'appelle le SAMU peut être ? Que je vous mette sous respiration artificielle, vous fasse un massage cardiaque ou que j'ampute la jambe au cas où !? »

Elle défaillit, déstabilisée de le voir s'emporter de la sorte. L'alcool ne réussissait visiblement pas sur son self-control.

« Vous êtes un vrai goujat ! Vous auriez pu me donner un pansement au moins au lieu de rester dormir assis ! Votre sac était à moins de trente centimètres de vos fesses ! »

« C'est ce que je suis en train de faire espèce de sotte ! »

« Après avoir vu que Lewis risquait de se moquer de vous ! Vous l'avez juste fait pour sauver votre fierté, pas pour moi ! »

Il roula des yeux.

« Le sang aurait simplement coagulé et rien de grave ne serait arrivé »

« Et la septicémie ? Et le tétanos ?! »

« Mais bon sang arrêtez avec votre paranoïa hypocondriaque vous n'allez pas attraper tout ça pour si peu ! »

« Vous n'en savez rien ! »

Il soupira. Peut être l'avait-il mise au jus de pomme trop tard ? Lenuta avait un peu trop généreusement corsé le ragoût avec du vin blanc.

« J'ai fais plus de douze ans de médecine et je peux vous dire que rien ne va vous arriver à cause d'une épingle à nourrice »

Elle sembla surprise. Il la regarda froncer les sourcils et se retourner sans un mot de plus, vexée. Elle manœuvra pour bouger et se retrouva finalement à plat ventre, dos à lui, la jambe encore en l'air. Elle se releva difficilement sur ses coudes pour essayer de continuer à démêler ses nœuds. Le démon la regarda passer laborieusement le peigne dans ses cheveux.

Elle n'allait jamais terminer avant l'aube si elle poursuivait de la sorte.

Il soupira lourdement et se passa la main sur le visage, exaspéré.

Élise se peignait de plus belle, agacée.

Qu'est ce qu'il pouvait être pénible. N'aurait-il pas pu dire plus tôt qu'il avait des connaissances en médecine au lieu de la laisser s'inquiéter comme une imbécile ?

« Donnez-moi ça »

Elle sursauta et se retourna vers le démon qui s'était levé de sa chaise pour approcher du lit. Il tendit la main sous son regard méfiant, impatienté. Elle se redressa et fronça les sourcils avant d'y déposer le peigne avec hésitation. Il lui tendit un pansement en échange et elle récupéra l'adhésif avant d'en enlever les protection et de l'appliquer sur sa plaie avec précaution. Elle releva la tête d'un air interrogateur en voyant que ses pieds se trouvaient toujours dans son champ de vision. Il fit un signe de tête.

« Retournez-vous on ne va pas y passer la nuit »

« Hein ? »

Il ne cilla pas.

« Mais vous n'allez pas- »

Sa patience semblait à bout.

« Ça suffit obéissez et taisez-vous »

Elle lui lança un regard noir, peu charmée par son ton impétueux. Il pourrait définitivement être plus respectueux.

« Si je veux. On n'est plus au dix-neuvième siècle et les femmes ont le droit d'avoir une volonté propre vous voyez ? »

Sa pique n'émeut pas le démon le moins du monde. Il se contenta de la fixer sans ciller, soutenant son regard d'un air sombre. Elle finit par détourner les yeux, frustrée. Il avait décidément le don de l'impressionner quand il prenait cet air menaçant.

Elle ne se retourna pas pour autant, le regard insolent. Le démon ne se démonta pas et haussa à peine les épaules.

« Bien. C'est très mature de votre part. Débrouillez-vous »

Il lança le peigne sur le lit et retourna simplement s'asseoir.

Elle fixa son dos, incrédule. Il tourna une page et elle entendit le papier crisser légèrement sous ses doigts.

Peut-être aurait-elle dû lui obéir ? Il avait proposé ses services pour lui peigner les cheveux, il avait fait preuve de prévenance à son égard pour la première fois depuis qu'elle le connaissait et elle l'avait simplement envoyé sur les roses.

Elle savait très bien pourquoi elle avait réagi de la sorte. Elle avait horreur de ces moments où son ego surdimensionné prenait le dessus. Cela ne se faisait pas ressentir tout le temps, mais elle voyait bien que deux siècles et une classe sociale les séparaient.

Elle le regarda tourner les pages de son livre, indifférent. Elle céda d'une voix sombre, passant une main dans ses cheveux déstructurés.

« Ciel ? »

Il ne daigna pas tourner la tête. Elle soupira et serra les dents, ravalant amèrement sa fierté.

« Etes vous toujours d'accord pour m'aider ? »

Il soupira dédaigneusement.

« Uniquement si j'ai la certitude que je ne quitterai pas cette chaise pour rien de nouveau »

Elle roula des yeux.

« C'est bon j'arrête de discuter »

Il se releva, la mettant au défi de recommencer d'un regard perçant et elle s'assit en tailleur dos à lui.

C'était grotesque, Ciel qui lui peignait les cheveux. Elle allait plus souffrir qu'autre chose. Il n'avait pas dit qu'il réduirait sa douleur, uniquement qu'il en finirait plus vite. De toute façon ça lui convenait parfaitement. Autant en découdre rapidement.

Il récupéra le peigne et s'approcha d'elle. Elle se recula pour faire dos au vide et elle sentit le démon arriver près d'elle. Il attrapa une mèche de ses cheveux et s'arrêta pour la faire rouler entre ses doigts, comme distrait. Prise de court, elle frissonna involontairement au contact.

« Eh bien Monsieur. Je ne vous savais pas si prévenant »

Elle sursauta et fit volte-face dans un mouvement surpris. Elle écarquilla les yeux et faillit tomber à la renverse en voyant Sebastian les observer depuis la fenêtre ouverte, l'air amusé. Ciel lui lança un regard sombre et releva la tête, le toisant.

« Qu'est ce que tu raconte encore imbécile. Tu as été lent, qu'est ce qui t'as retenu aussi longtemps ? »

Elle eu déglutit au ton glacial dans son dos.

« Des événements fortuits se sont produits durant ma présence à Londres et m'ont obligé à prolonger mon séjour Monsieur mais il me semble que j'aurais mieux fait de revenir plus tard ... »

Le majordome souriait, se cachant derrière sa main. Une veine saillante apparue sur le front du Comte.

« Tais-toi. Je n'arrivais pas à lire avec tout le boucan qu'elle faisait »

Elle tilta immédiatement, scandalisée.

Quoi ?!

« Ce n'est pas de ma faute si mes cheveux sont un désastre pareil, on en serait pas là si vous ne m'aviez pas laissé retomber dans l'eau espèce de tortionnaire ! »

Il lâcha aussitôt ses cheveux.

« Pardon ? »

Elle eu un autre mauvais pressentiment et se jeta sur Sebastian en quête de protection. L'autre démon s'était fait très menaçant.

« Je vous ai amené avec moi pour sauver votre amie je vous ferais dire j'aurais très bien pu vous laisser à Londres toute seule »

« Peut être mais vous n'avez certainement pas fait ça pour moi, je suis sûre qu'on vous a obligé à prendre un binôme et que vous m'avez choisis par dépit pour avoir la paix ! »

Ça ne pouvait être que ce genre de formalité.

Sebastian sourit, ce qui lui fit comprendre qu'elle n'était pas très loin de la vérité. Le démon plissa les yeux, horripilé.

« Pourquoi vous aurais-je choisis si ça avait été le cas ? Vous êtes plus empotée qu'une novice ! »

Elle plissa les yeux de rage. Non seulement il insultait sa condition physique mais en plus il ne lui avouait pas la vraie raison de sa présence ici avec eux. Elle était persuadée que tout cela avait un lien avec le mercenaire.

Elle leva le regard vers le majordome noir, insupportée. Elle ne tirerait rien de plus du noble de la soirée.

« Sebastian emmène-le n'importe où je ne veux plus le voir »

Une aura de meurtre flottait au dessus du Comte.

« Attendez vous croyez que vous pouvez me congédier quand ça vous chante comme un domestique ? Pour qui vous me prenez ?! »

« Un tyran ! »

« C'est faux ! Nous devions faire vite et vous nous ralentissiez sans arrêt ! »

« Je suis humaine je vous ferais dire ! Navrée de ne pas répondre à vos critères de sélection élitistes ! »

La langue du démon claqua tandis qu'il lui lançait un regard noir.

« Laissons cette furie se défouler seule et allons parler dehors Sebastian »

Le majordome s'inclina, ne se départant pas de son air amusé.

« Bien, Monsieur. A plus tard mademoiselle je vous souhaite une bonne nuit »

« Merci Sebastian, vous de même »

Ciel sortit de la pièce sans un regard en arrière, déposant le peigne dans un claquement sec sur le bureau et Sebastian referma la porte derrière eux.

Elle soupira une fois seule.

Pourquoi était-il aussi impossible ? Il avait lui même avoué qu'il avait proposé de l'aider à brosser ses cheveux uniquement parce qu'elle le dérangeait.

Heureusement que Sebastian était revenu. Les choses allaient devenir moins laborieuses grâce à lui.

Elle finit de se démêler les cheveux seule et se coucha en fulminant.

OoOoO

Elle se retourna pour la vingtième fois dans ses draps, espérant que le côté droit apporterait plus de sommeil que ne l'avait fait le gauche.

Quoi qu'elle fasse, les battements de son cœur bien trop rapides et l'inquiétude qui lui serrait la poitrine l'empêchait de pouvoir, ne serait-ce que songer à fermer l'œil. Avaient-ils seulement le temps de s'arrêter pour dormir ? Ne feraient-ils mieux pas de partir sur l'heure ?

Elle réalisa qu'elle était la seule qui avait besoin de dormir et qu'ils perdaient tout ce temps pour se reposer à cause d'elle.

Elle se releva de son lit et ouvrit la porte avant de lorgner des deux côtés du couloirs avec prudence. Elle n'avait pas la moindre idée d'où Sebastian et Ciel avaient bien pu aller.

Elle descendit les escalier sans rencontrer âme qui vive et lâcha un soupir.

Pourquoi les avait-elle laissé partir ? Qui savait où ils avaient bien pu aller ?

Elle ouvrit la porte d'entrée le plus discrètement possible. Quand Ciel avait évoqué le fait d'aller parler dehors, il l'avait manifestement sous entendu au sens propre du terme.

Elle s'aventura dans la nuit noire à l'aveuglette. Elle ne voyait rien mis à part les lumières d'un village au loin. Elle tourna la tête, l'œil alerté par une autre source lumineuse. Cela provenait d'un grand hangar qu'elle avait brièvement eu le loisir d'observer quand il faisait encore jour. Elle s'approcha et entendit des éclats de voix à l'intérieur.

« … C'est galère on est obligés de faire nos courses au marché du village à cause de ça alors ça réduit considérablement le choix, ils ne vendent même pas l'après-rasage que j'utilise »

Une voix plus sombre et plus monotone suivit sa compère.

« Je vais quand même y jeter un coup d'œil »

Elle entra dans le bâtiment avec méfiance en reconnaissant les voix, se faisant le plus discrète possible.

Le vaste hangar était rempli de foin, de tracteurs, de matériel agricole et autres appareils ménagers inutilisés qu'elle peinait à distinguer sous la lumière vacillante. C'était un fourbi indescriptible. Elle erra entre les épaves et finit par apercevoir les deux hommes un peu plus loin dans un espace dégagé des décombres. Elle se frictionna vigoureusement les bras. Il faisait vraiment frais la nuit dans ce pays à moins que ce ne soit simplement le choc thermique avec la température en journée qui lui donnait cette impression.

Lewis était installé/affalé contre un meuble et croquait dans une pomme avec quiétude. Elle supposait que l'homme appuyé sur la Chevrolet et caché derrière le capot ouvert n'était autre que Ciel. C'est sa voix atone qu'elle entendit la seconde d'après.

« Tu as vérifié le moteur du démarreur et la bobine d'allumage ? »

« Oui mais y'a rien de ce côté, la bobine est comme neuve et la batterie a été changé y'a moins d'un an »

Le démon se pencha sur le moteur.

« Elles sont drôlement encrassées ces bougies »

Le vieil homme rigola franchement.

« T'as vu où on est ? Entre la boue, la terre, les routes déglinguées et les nids de poules c'est quand même les suspensions qu'il faut plaindre le plus sur cette caisse »

Ciel continua son inspection, manipulant les câbles et les tuyaux.

« N'est ce pas simplement un problème de transpondeur ? »

« Elle a à peine deux ans c'est improbable »

Le noble se redressa en retirant des gants maculés de crasse et de graisse noire. Il semblait s'être changé et avait opté pour une tenue plus urbaine. Elle pu l'apercevoir davantage quand il se releva du capot, l'air ennuyé. Il portait une chemise simple sur mesure à carreaux bleue au col presque fermé à cause du pli du tissu bien qu'il n'ai pas boutonné les deux derniers boutons et un simple pantalon Chino. La tenue était classique mais particulièrement harmonieuse. Le bas de son pantalon remontait sur ses chaussures style ranger de façon aléatoire, témoignant du fait qu'il n'avait pas même pris le temps d'ajuster le pli en se changeant. Elle remarqua les légères traces d'usure sur les plis des bottines à lacet qui montraient qu'elles n'étaient pas neuves.

Elle ne l'avait jamais vu s'habiller d'une façon aussi décontractée, il ne quittait d'habitude jamais ses costumes et ses smoking. Elle soupira de frustration.

Au final peut importe ce qu'il porte il a la classe

Elle se gifla mentalement à cette remarque.

Elle était humaine. Elle avait beau mépriser les femmes sans fierté qui étaient obsédées par les hommes séduisants et le trouver particulièrement agaçant, elle ne pourrait pas se voiler la face encore longtemps concernant le physique de son équipier.

Elle le regarda monter dans la voiture et mettre le contact. Ils ne semblaient pas l'avoir remarqué. Le véhicule vrombit quelques secondes mais ne démarra pas. Le démon claqua la langue.

« Qu'est ce que tu as fais avec cette voiture Lewis ... »

« Mais je sais pas ! Lenuta est allée faire des courses et la fois d'après, pas moyen de rallumer l'engin »

Ciel soupira et fit de nouveau tourner la machine quelque secondes. Il écouta le bruit de démarrage attentivement.

« Ça vient du moteur »

Il ressortit du véhicule et se pencha de nouveaux sous le capot, s'appuyant d'une main sur un bord. Il releva ses manches et plongea de nouveau hors de sa vue. Il procédait à ses inspections avec minutie en tâchant de ne pas salir ses habits.

Il s'interrompit, semblant réaliser quelque chose.

« C'est pas normal »

Elle s'approcha d'eux, curieuse. L'homme tourna la tête vers elle et se leva pour aller à sa rencontre.

« Élise ! Vous ne dormez pas ? »

Il désigna la voiture et le démon derrière lui.

« Comme vous pouvez le constater Ciel est en train d'essayer de réparer la voiture qui es censée vous conduire à Brasov »

Le noble se redressa et haussa les sourcils, étonné de la voir ici. La lueur renfermée dans son regard attestait du fait qu'il était encore énervé contre elle.

« Que faites-vous ici vous n'avez pas sommeil ? »

Elle haussa les épaules et se tourna vers Lewis.

« J'ai vraiment hâte de voir la ville et comme j'en suis toute excitée je n'arrive pas à dormir »

Ciel comprendrait le message. Il se concentra de nouveau sur le véhicule sous lui avant de lui répondre d'une voix occupée.

« Sebastian est justement partit en reconnaissance voir ce qu'il en était du Château »

« C'est un sacré majordome que tu as là Ciel »

C'est sûr qu'on peut difficilement rêver mieux en terme d'efficacité

« Je ne vous le fais pas dire »

Il se retourna vers elle à son intervention.

« Vous aussi il vous impressionne ? »

Elle rit devant son air intimidé.

« Il est très fort et c'est un homme charmant »

« Ça c'est sûr, il doit en faire chavirer des cœurs ! »

Il parla par dessus son épaule.

« Il n'est pas marié Ciel ? »

Le démon ne prit pas la peine de se relever du moteur, la voix monotone.

« Non Lewis il n'est pas marié »

« Rhalàlà ça doit en faire des malheureuses »

Il lui fit un clin d'œil.

« J'ai pas raison mademoiselle ? »

Elle sourit et prit la peine de réfléchir avant de répondre. Elle n'avait jamais vu les choses sous cet angle. Sebastian marié ? C'était particulièrement cocasse pour un démon.

« C'est vrai qu'il n'aurait pas de mal à trouver si il y mettait du sien »

« Il n'a pas encore trouvé de chaussure à son pied ? Tel maître tel majordome ! »

Elle se garda bien d'argumenter mais le sourire amusés qu'ils échangèrent suffit amplement.

Le démon derrière eux manipula quelque chose avant de pester. Il semblait soudainement impatienté.

« Lewis. Ta femme, c'est elle qui a fait le dernier plein de carburant ? »

« Oui je crois, le compteur est plein »

Il referma le capot et fit un bref arrêt sur le siège conducteur et elle vit le clapet du réservoir s'ouvrir. Il s'avança vers l'arrière de la voiture et se pencha avant de se taper le front du dos la main.

« Bon sang Lewis explique lui un minimum comment ça marche une voiture »

« Pourquoi donc ? »

« C'est du diesel »

L'homme soupira lourdement en se tapant à son tour la main sur le front et elle le regarda soupirer avec dépit, légèrement perdue.

« Et alors ? »

Ciel se retourna, l'air passablement découragé qu'elle ne réagisse pas.

« Du gasoil dans un moteur à essence »

« Ah ... »

Elle devait avouer qu'elle était complètement larguée quand on en venait aux voitures, elle n'aurait jamais remarqué ce problème seule.

« On est bons pour vidanger le réservoir »

Elle lui lança un regard qui le fit hausser les sourcils et continuer d'une voix lasse.

« Avez-vous ne serait-ce que travaillé votre code ? »

Il roula des yeux devant son air renfrogné.

« Quand je pense que je dois vous confier ma voiture »

« A vrai dire, le contrat stipulait " des voitures ", c'est à dire autant que je veux »

Il lui lança un regard irrité.

« Si vous ne savez même pas faire le plein je ne vais pas m'amuser à vous confier quoi que ce soit »

« Mais vous avez promis ! J'ai remplis ma part du contrat c'est à votre tour ! »

« Vous n'avez fait que trébucher, faire dieu sait quoi dans les toilettes des femmes avec Joyce et vous endormir sur le canapé ! »

« Et alors ?! Ils n'y ont vu que du feu tant mon talent d'actrice était inouï ! »

« Ce qui est inouï c'est votre capacité à ne pas tenir l'alcool »

« On en parle de la votre ? Vous seriez encore planté dans le couloir si je ne vous avais pas ouvert la porte de la chambre tout à l'heure ! »

« Je ne vois pas en quoi mon cas est ne serait-ce que potentiellement comparable au votre ! »

« Oh les jeunes c'est toujours aussi chaud bouillant avec vous ? J'ai l'impression de revivre mes premières années de mariage »

Une veine pulsa sur le front de Ciel qui referma le capot rageusement.

« Lewis c'est pas le moment avec tes foutus souvenirs de fossile »

« T'es énervé parce que tu voulais faire des cachotteries à la demoiselle et que je lui ai raconté tout ça toute à l'heure c'est ça ? »

Il se retourna vers elle avant de lui faire un clin d'œil.

« Elle avait le droit de savoir, je ne l'aurais privé de ces détails croustillants pour rien au monde ! »

Elle rit malgré elle et le démon soupira d'impuissance et de découragement. Lewis poursuivit, l'amusement disparaissant de ses traits.

« En tout cas un petit briefing s'impose. Je lui avait dit de faire gaffe en plus »

L'homme soupira légèrement.

« D'ailleurs dépêchons-nous d'en finir avec cet engin, je devrais retourner la voir je lui avait dis que j'écrirai une lettre en anglais pour son abonnement à je sais plus quoi, Vogue ou un truc débile dans le genre »

Vogue ?

Elle en avait elle même par dessus la tête de devoir lire tous les numéros pour rester « in » et « aware » comme Harling l'exigeait d'elle. Elle était pratiquement en overdose, le magazine n'avait aucun intérêt scientifique, ni économique, ni politique et elle peinait à voir l'avantage social que sa lecture lui conférait. C'était ennuyant à mourir et toutes ces autruches anorexiques et sur-maquillées lui donnait de l'urticaire. Elle était consciente du fait qu'elles n'étaient pas celles à blâmer pour autant, que le monde de la mode dans sa globalité était très particulier.

Ciel se dirigea vers un établi surchargé d'outils en tout genre.

« Tu peux y aller et nous laisser finir Lewis »

Une goutte lui coula du front.

Nous ?

« Bien ça m'arrange ! A demain p'tit gars ! Veille pas trop tard ou tu sera crevé »

« Nous partirons dans la nuit, je ne pense pas que nous nous reverrons »

« Ah … Bon eh ben je vous souhaite une bonne fin de visite alors, amusez vous bien et ma porte t'es toujours ouverte ! »

« Merci Lewis »

Ciel sourit narquoisement avant d'ajouter.

« Et ménage-toi, tu n'es plus tout jeune »

« Jeune homme ! Je vous prierai de traiter vos aînés avec respect ! »

« Bien sûr ... »

Elle n'était visiblement pas la seule victime de ses railleries.

« Allez à la prochaine p'tit gars, mademoiselle c'était un plaisir ! »

« Moi de même Lewis ! A bientôt à Londres j'espère »

« Ouais peut être que je ferais un petit pèlerinage dans la capitale un de ces quatre »

Il s'en alla là dessus en lui faisant un signe de main et elle lui sourit avant d'aller s'installer sur un canapé passé d'âge au cuir déchiré qui traînait par là. Elle attendit sans rien faire pendant que Ciel farfouillait dans l'établi, se sentant quelque peu inutile.

Le démon œuvra en silence, plaçant le tuyau de la pompe dans le réservoir avant de retourner s'occuper du moteur. Il œuvrait avec un torchon et semblait essuyer quelque chose avec soin.

Elle soupira intérieurement.

Pourquoi était-elle venue jusqu'ici ? Elle aurait dû partir avec l'homme pendant qu'il en était encore temps et retourner dans sa chambre. Si elle partait maintenant, le démon penserait à tous les coups qu'elle en avait marre de lui. Cela ne l'atteindrait et ne le contrarierait probablement pas mais c'était l'idée qui la dérangeait.

Elle se recroquevilla contre les coussins et passa ses bras autour de ses jambes repliées contre elle pour se protéger du froid.

Le mercenaire lui avait demandé de gagner la confiance du démon mais réalisait-il à quel point sa requête était ardue et vaine même si elle décidait d'y mettre du sien et de le trahir ? Ciel ne dévoilerait jamais ses secrets et ses plans à qui que soit à part peut être Sebastian. Pourquoi voulait-on qu'il ai confiance en elle ? Que voulait-on l'obliger à faire ? Qu'allait-elle devenir si on s'en prenait à ses proches sans qu'elle ne puisse y faire quoi que ce soit ? Elle était dans une impasse.

Elle regarda le démon qui travaillait en silence, passant sa main sur son visage d'un geste lassé.

Même si il est insupportable et doté d'une fierté plus vaste que l'ex URSS pourquoi le trahirais-je alors qu'il m'a sauvé la vie et qu'il me protège ?

L'idée même était grotesque et illogique.

Elle avait tellement hâte de sauver Abby pour pouvoir rentrer à Londres avec elle. Elle iraient manger toutes les deux dans leur restaurant japonais préféré, ne penseraient à rien et ne se prendraient pas la tête. Elle s'assurerait elle même qu'il ne lui arrive rien. Ce serait aussi simple que ça.

Une voix désapprobatrice stoppa son flux de pensées réconfortantes.

« Vous n'allez pas tenir la nuit si vous ne dormez pas »

Elle releva la tête vers Ciel. Il semblait encore occupé sur la voiture. Elle remarqua la tâche sombre sur la joue et éprouva l'envie de l'essuyer. Elle se gifla mentalement et se força à penser à quelque chose de moins stupide.

« On verra bien »

Elle parlait d'une voix atone, espérant cacher son inquiétude et sa faiblesse. Elle appréhendait particulièrement l'avenir à présent.

« Vous n'écoutez jamais rien n'est ce pas ? Pourquoi faut-il que vous soyez toujours aussi têtue ? Ne comptez pas sur moi pour vous porter dans le château »

Il semblait lassé et résigné, la voix implacable à l'inverse d'Élise qui n'était pas ignorante de la menace qui planait sur eux.

« Qu'est ce que vous faîte avec ce chiffon ? »

Il se redressa péniblement et elle haussa les sourcils, attendant sa réponse.

« J'ai mis du diesel dans le circuit à essence en forçant le démarrage toute à l'heure, je préfère m'assurer que nous n'aurons pas d'autres problèmes donc j'enlève ce que je peux »

« Oh »

Il continua son travail et elle se laissa aller contre le canapé. Le démon s'agitait devant elle et aucun son ne venait perturber son ouvrage. Le hangar et ses alentours étaient déserts, si quelqu'un s'approchait trop, Ciel le remarquerait et agirait en conséquence. Elle ferma doucement les yeux et respira lentement par le nez pour se détendre.

Elle ne sait pas combien de temps elle resta méditer mais elle faillit avoir une attaque en entendant la voix du démon toute proche d'elle.

« Tout va bien ? »

Elle sursauta, stupéfaite de le voir s'asseoir sur le canapé. Il se frottait les mains dans le torchon déjà maculé de graisse noire, il en avait beaucoup sur ses ongles semblait-il.

« Oui pourquoi ? »

« Vous êtes inquiète »

Elle détourna la tête, désabusée.

« Qu'est ce qui vous fait dire ça ? »

« Je le sais, c'est tout »

Elle haussa les sourcils, faussement détachée.

« Élise »

Son cœur se mit à battre plus fort à l'entente de son prénom. Il ne l'appelait jamais comme ça quand ils étaient tous les deux. Son nom sonnait différemment cette fois ci. Il n'y avait pas ce voile d'amabilité forcée, sa voix était plus grave et plus profonde. Elle eu l'impression de l'entendre de sa bouche pour la première fois.

« Vous devez me dire ce qui vous préoccupe de la sorte »

Elle prit une grande inspiration hachée. Pourquoi semblait-il tout deviner ?

« C'est au sujet d'Adams ? »

Il lui laissait la possibilité de dire qu'autre chose que le sort de son amie l'inquiétait, il lui ouvrait une porte pour qu'elle se confie. Elle garda le silence, tétanisée.

Il soupira de façon à peine perceptible sous son mutisme.

« Je ne pourrais pas vous protéger si vous me cachez des choses importantes »

Elle serra les dents, tiraillée.

Devait-elle jouer une monstrueuse comédie avec lui et lui mentir ?

Elle rit d'amertume intérieurement.

Mentir, la comédie, les faux semblants, rien ne serait nouveau au final. C'était déjà ce qu'ils faisaient l'un par rapport à l'autre et aux yeux du monde à longueur de temps.

Elle se contentait de fixer le sol, sans voix. Elle sentait plus qu'elle percevait le démon près d'elle. Elle sentait toute son attention portée sur elle. Elle sentait son regard détailler ses mains crispées, son visage, le pli de sa bouche et le froncement de ses sourcils. Il avait laissé un certain espace entre eux, comme pour lui laisser suffisamment d'air. Comme l'aurait fait un psychiatre.

« Il n'y a rien à dire, j'ai peur c'est tout »

Il ne dit rien, attendant patiemment la suite.

« Je veux juste sauver Abby, c'est tout ce qui m'importe »

Il sembla se laisser aller légèrement contre les coussins.

« J'ai peur de ne pas arriver à temps et tout ce que je sais faire c'est vous ralentir »

Elle ne mentait pas. Elle omettait juste volontairement quelques détails.

« Je vous suis très reconnaissante d'avoir accepté de m'amener avec vous »

Elle rit, nerveuse.

« Et de me supporter »

Il ne parlait pas, la laissant librement s'épancher sur ses états d'âme.

« Je sais que j'ai mauvais caractère, ma mère me le disait souvent. Mais j'ai tellement peur et je suis vraiment furieuse d'être aussi impuissante. Je suis un peu sur les nerfs en ce moment et je m'énerve pour rien, je suis désolée »

Il avait ralentis le rythme de ses frottements contre le torchon, ses mains s'enrayant progressivement comme un mécanisme en manque d'huile. Il s'éclaircit la gorge avant de parler.

« Il n'y a pas de mal à extérioriser ce genre d'émotions. Vous êtes humaine après tout »

Elle haussa les épaules, le regard fuyant.

« Il n'y a rien d'autre ? »

Elle se laissa aller en arrière avec lassitude.

« Non »

« Vous le jurez ? »

Pourquoi avait-elle l'impression d'aggraver plus la situation chaque seconde ? Pourquoi ne pas parler tout simplement ?

« Oui »

Il n'avait pas ses pouvoirs, il ne pourrait pas la protéger comme les autres fois. Elle savait que sa vraie nature n'était pas ce comportement attentif et compréhensif, elle ne devait pas se laisser piéger.

C'était une intuition. Elle ne savait pas comment expliquer cette méfiance à l'encontre du noble alors que son cœur lui hurlait de tout lui dire et de lui faire confiance.

Il lui lança un regard en coin et elle déglutit difficilement. C'était comme si il s'était renfermé. Avait-elle raté une occasion de faire la lumière sur toute l'histoire ?

Elle repensa à ce qui c'était passé plus tôt dans la chambre, à ses doigts sur ses cheveux, comme si il en avait apprécié la douceur. Elle repensa au frisson qu'elle n'avait pu réprimer.

« Je suis de retour Monsieur »

Elle se retourna vers la voix atone et soignée. Sebastian revenait de son inspection et elle apprécia son timing. Ciel essayait encore sans succès de s'essuyer les mains, toujours aussi peu bavard. Il se releva du canapé.

« Sebastian. Qu'en est t-il ? »

« Le château n'est protégé par aucun garde mais je vous confirme le fait qu'il est habité »

« Des humains uniquement ? »

« Je ne saurais le dire. Mes sens semblent comme brouillés dans l'enceinte du château »

« Nous n'aurons qu'à y pénétrer par effraction alors, ce sera plus simple »

« Cela me semble en effet le plus judicieux monsieur »

Élise regarda le majordome aussi impeccablement coiffé et habillé que d'habitude. Lui arrivait-il de se tâcher ou d'être décoiffé ?

« Mais Sebastian ne vont-ils pas vous détecter quand vous approcherez et avoir des doutes ? »

Il passa un doigt sur ses lèvres en souriant.

« En effet, je vous laisserais approcher seuls le château et ne viendrais que si monsieur juge bon de m'appeler »

Elle hocha la tête et le silence retomba dans la pièce. Sebastian soupira doucement, sentant le malaise qui étouffait l'atmosphère.

« Allons Monsieur vous vous êtes encore disputé avec mademoiselle Élise ? »

Ciel reboutonnait ses boutons de manchette, leur faisant dos.

« Rien qui te concerne. Amène nos affaires, nous partons bientôt »

Elle se mordit la joue d'inconfort, ne souhaitant pas s'épancher davantage sur le sujet et se sentant défaillir à cause de la fatigue.

« Bien Monsieur »

Il se tourna vers elle.

« Vous pourrez dormir pendant le trajet si vous le souhaitez mademoiselle Élise »

Elle acquiesça, enthousiaste à la perspective de pouvoir dormir sans remords. Elle alla s'installer sur la banquette arrière de la Chevrolet, le nez froncé par l'odeur du cuir. Ciel s'installa à la place passager après avoir terminé sa maintenance.

Le silence s'intensifia encore et elle chercha en vain une phrase décente à prononcer pour détendre l'atmosphère.

Le démon semblait juste attendre, les yeux dans le vague. Elle entreprit de s'allonger sur la banquette, les jambes repliées sous elle en servant de son bras comme oreiller. Le hangar était faiblement éclairé et ils étaient presque plongés dans l'obscurité à l'intérieur de la voiture.

Le démon s'appuyait négligemment sur son coude et ne pipait mot depuis le départ du majordome. Elle aurait tant voulu savoir ce qui lui passait par tête à ce moment là.

« Ciel ? »

Il tourna machinalement la tête vers elle. Elle se redressa et poursuivit, la voix peu sûre.

« Et vous, est ce qu'il y a quelque chose qui vous inquiète ? »

La réponse vint rapidement, automatique.

« Non »

Elle ne chercha même pas à discuter. C'était vain.

Sebastian revint et ils prirent la route dans un silence étrangement serein. Le majordome conduisait beaucoup moins vite que son maître, faisant en sorte de rendre le voyage le moins éprouvant possible. Elle sentit ses yeux papillonner et se fermer lentement. Elle sentait qu'elle pouvait dormir sans crainte. La nuit évoluait autour d'eux, généreusement éclairée par la pleine lune.

OoOoOoOoO

« Elle s'est endormie ? »

« Depuis que nous avons quitté le village Monsieur »

Le jeune démon vérifia prudemment ses arrières, s'assurant que la jeune femme était inconsciente. Le mince filet de bave qui coulait le long de ses lèvres acheva de le convaincre.

Il soupira lourdement en se laissant tomber contre son siège.

« Ce n'est pas trop tôt »

Le majordome ne perdit pas son temps en formalités inutiles.

« Était-ce des soldats britanniques près du marécage Monsieur ? »

Il pivota faiblement sa tête appuyée sur son coude.

« Non, je ne comprends pas ce qu'ils voulaient exactement. Ils étaient armés comme des militaires mais habillés comme des rôdeurs. Ils se sont contentés de m'attaquer sans aucune menace ou revendication et la thèse des terroristes en pleine campagne roumaine laisse songeur »

« Vous pensez savoir qui les envoyaient ? »

« Pas précisément. Je ne me fais pas d'illusions pour autant »

« Vous pensez qu'ils en ont après mademoiselle Élise ? »

Le démon soupira, le regard perdu au loin.

« Elle m'a affirmée qu'elle avait simplement regagné le campement sans croiser personne »

« Et vous la croyez ? »

« Je ne sais pas »

« Était-elle convaincante en vous l'affirmant ? »

« Elle l'a juré »

« La faiblesse temporaire de certaines personne les pousse parfois à n'entendre que ce qu'elles souhaitent entendre »

La voix du noble claqua l'air, tranchante.

« Qu'est ce que tu insinue Sebastian ? »

« Rien Monsieur. Mais pourquoi prendre autant de risque en la protégeant ? »

« Les Phantomhive ont toujours eu des ennemis. Je préfère qu'ils se manifestent plutôt que de les savoir à fomenter dans mon dos à l'insu de tous »

« Connaître vos ennemis n'est à mon avis pas l'unique raison à votre application à maintenir cette humaine en vie »

« Je n'ai malheureusement pas la moindre envie de savoir ce que tu pense Sebastian »

« Pourquoi ne la laissez vous pas simplement se débrouiller ? »

« J'ai besoin d'elle je te l'ai déjà dis »

« Mais pourquoi lui mentir de la sorte ? Je ne suis pas le plus cruel de nous deux Monsieur »

« Parce qu'elle ne m'écoutera pas si elle en sait trop »

« Qu'est-elle pour vous exactement ? »

Le démon observa la lune disparaître derrière les arbres dans le rétroviseur, indolent.

« Mon atout »

Le majordome rigola doucement.

« Qu'y a t-il Sebastian ? »

« Vous avez toujours excellé à l'art de la manipulation Monsieur mais vous ne vous y prenez pas de la bonne manière avec elle, vous ne suscitez chez elle que méfiance et colère »

Le jeune démon passa une main agacée dans ses mèches de cheveux pour les dégager de son front.

« Je sais. Tu préférerais que je joue encore cette comédie grotesque comme avec toutes les autres ? Et elle a accepté de traverser l'Europe et la moitié du pays en ma compagnie alors qu'elle me connaît sous ma vraie nature »

Le majordome ne répondit pas, un sourire amusé en coin.

« Quoi encore ? »

« Rien du tout, monsieur. Elle n'avait pas vraiment le choix si elle voulait sauver son amie »

« Elle ne m'a pas jeté d'eau bénite au visage à ce que je sache »

« A la voir il ne s'en est parfois fallu qu'à un cheveu »

Le démon soupira.

« Je n'aime pas amadouer les femmes, encore moins elle »

« Vous ne voulez pas qu'elle vous voit tel que vous n'êtes pas réellement ? »

Le regard du noble se perdit dans le vague et il se retourna vers la jeune fille endormie. La joue appuyée sur son bras, elle dormait paisiblement, aucun pli ne venait barrer son front comme il y en avait en permanence ces derniers temps.

Le majordome regarda lui aussi par le rétroviseur central.

« Elle est si vulnérable quand elle dort. La faire disparaître sans laisser de trace dans un endroit si peu fréquenté serait si simple »

Le noble se retourna vers le majordome noir et le jaugea longuement, les prunelles hantées par le spectre d'une violence inhumaine.

« A quoi joues-tu exactement ? »

Le majordome ne céda pas sous la menace.

« Non Vous à quoi vous jouez monsieur. Je vous mets en garde contre le résidu de vos émotions humaines »

« Elle n'a plus personne sur qui compter à part cette fille et ce vieux majordome. Elle ne pourra rien faire seule, tout comme je serais mort dans cette cage ou sacrifié si tu n'avais pas été là »

Sebastian stoppa la voiture devant une forêt, le regard sinistrement menaçant.

« Je dois admettre que vous avez toujours été quelqu'un exceptionnellement brillant et clairvoyant, même très jeune. Mais cette fois ci j'ai le regret de vous annoncer que vous avez tort sur toute la ligne et que vous vous en mordrez les doigts de ne pas avoir renoncé à vos projets la concernant quand il en était encore temps »

Il sortit de la voiture et le noble lui lança une mise en garde d'un regard perçant. Le démon s'appuya sur le toit du véhicule et se pencha de nouveau pour verrouiller leurs regards.

« Que ferez vous quand elle apprendra la vérité et que sa haine l'empêchera de supporter votre présence dans la même pièce qu'elle ? »

Le jeune démon soutint son regard, autoritaire.

« C'est aussi simple que peu sophistiqué : j'inventerai autant de mensonges que nécessaire »

« Il viendra un jour où vous ne pourrez plus retourner en arrière. Les mensonges pèsent lourd sur le cœurs des Hommes et le votre n'est pas encore guéri de cette tare »

Le noble sortit de la voiture à son tour. Les deux démons se faisaient face, séparés par le véhicule. Le majordome avait quelques centimètres de plus que son maître mais le combat visuel n'en était en rien déséquilibré.

« C'est toi sera forcé d'admettre que j'avais raison, te voir reconnaître ton erreur suffira à ma satisfaction »

Le majordome détourna finalement le regard, un sourire innocent sur les traits.

« C'est vous que cela concerne après tout, la voir vous haïr ne sera que plus divertissant »

Cette remarque lui valu un regard glacial.

« Je ne peux pas vous accompagner plus loin, prenez la voiture »

Le Comte fit le tour du véhicule pour s'installer à la place du conducteur, ne décrochant pas une parole à son majordome.

« N'hésitez pas à m'appeler si cela tourne mal Monsieur, je ne pourrais pas vous voir commettre votre première et ultime erreur si il vous arrivait quelque chose de fâcheux »

Son maître le fusilla du regard, ne s'embarrassant pas de lui cacher son mépris. Il s'installa et démarra la voiture sans un regard pour le majordome.

Ses paroles résonnaient dans sa tête.

Il y avait un risque considérable à sceller ses pouvoirs et cette humaine compliquait sensiblement les choses. Il devait faire en sorte que rien ne lui arrive au Château où tout ce qu'il aurait entreprit jusqu'à présent aura été vain.

Le démon regarda la route derrière eux. Le majordome noir avait déjà disparu dans l'ombre.

La forêt était sombre et tortueuse. La route était dans un état lamentable et le démon persistait à rouler au pas, amortissant les bosses et les creux en plongeant son regard dans le rétroviseur à l'occasion pour s'assurer de ne pas avoir réveillé la jeune femme derrière lui.

Il n'avait pas manqué de remarquer les larges tours noires qui se détachaient de la masse sombre qui les dominait au loin, à flan de montagne.


Merci pour vos commentaires les filles vous êtes des vraies!

SweetDream-chan: Attends un peu il faut d'abord savoir ce qu'il veut avant de le tuer c'est important quoi xD C'est quoi cette manie de butter les gens avant qu'ils n'avouent leurs crimes ?! Ciel est un cas désespéré c'est sûr et certain xD Elise est en train de bosser sur cette colle peut être qu'elle arrivera à quelque chose ! Je me moque pas des poitrines volumineuses xD C'est juste Elise qui a un complexe d'infériorité avec ses seins xD VADE RETRO LES POULETS ! Ils ont pris possession de toi, ils veulent se servir de toi pour faire régner la guerre et la terreur dans le frigo tu ne te rends compte de rien ?! Oui tu as raison pour le coup du bg à tes ordres, mais réfléchis, avec Ciel, il n'y a pas énormément de chance qu'il te fasse quelque chose sans que tu sois consentante xD De un c'est pas trop un violeur si j'ai bien cerné le personnage *ironie* et en plus comme il est canon ce serait pas "horrible" if you know what i mean x) Justement oui, Anastasia, la mère d'Elise ne voulait pas le faire non plus au début, elle a juste craqué, elle était désespérée (genre Antigone quoi). C'est très dur d'être rejetée et ignorée par l'homme qu'on aime je pense, un peu de pitié et de compréhension pour elle ;_; Mais ce n'est en effet pas le genre de sa fille. Mdr c'est parti pour l'accent (Ezio ? Ils sont pas mal tes rêves dis moi xD) Un fan club ? x) Oui Yana Toboso elle gère ;) Merci de ton commentaire et j'espère que le chapitre te plaira autant que le précédent !

Amellos: Merci beaucoup tu n'imagine pas à quel point ton commentaire m'a motivé ! Je te dédie ce chapitre que j'ai allongé pour me faire pardonner de l'attente ;) Tu as raison elle doit se fier à lui mais elle a quand même du nez, comme tu pourra le constater ... C'est compliqué n'est ce pas ? xD Mais c'est normal, l'intrigue de Black Butler est loin d'être simple alors je suis fidèle au manga en mettant du suspens non ? ^^ Alors le pour chat (le petit truc qui te stressait c'est ça ? xD) Sebastian a dit à Elise qu'il ne restait jamais longtemps et qu'il réapparaissait quand ça lui chantait à son grand regret mais ne t'inquiète pas il n'est jamais bien loin mais tu n'as pas le droit de savoir pourquoi pour l'instant ;) Encore merci en espérant que ce chapitre t'ai plu! :)

Tori-chan: Et oui! Pour qui travaillent-ils ? Eh ben c'était exactement ça sur le rocher xD Des fois elle est pas douée quand même x) Enfin elle est comme nous quoi, c'est pas non plus wonder woman c'est normal qu'elle ai du mal ! La trilogie fromagère, parce que je n'ai pas encore regardé la série ! Tu m'a fais trop rire avec ton "C'est mon homme, même si il le sait pas" genre normal xD Mais oui, je dirais même plus: un justicier! Le monde tournerait un peu à l'envers si il venait un jour à être traité comme un héro mais bon xD On l'aime bien quand même et oui, il a l'air connaisseur en fromage donc je mangerais bien une de ses raclettes de Savoie au lait cru x) Merci encore et en espérant que ce chapitre t'ai plu !