Bonsoir !
*Petit NB qui passe crème* : Il m'arrive parfois d'updater un chapitre (notamment le prologue) et je ne sais pas si cela marque l'histoire comme updatée elle aussi (même si j'ai peur que ce ne soit le cas) donc je suis désolée pour le dérangement occasionné.
Bonne lecture et merci de lire cette fanfiction ! Vous êtes vraiment nombreux c'en est presque stressant !
PS: Je rappelle que cette fanfiction est rated T et qu'elle est classée dans la catégorie horreur. Ce chapitre un peu plus sombre que les précédents et je vous conseille de ne pas le lire seuls dans le noir à cinq heure du matin si vous avez du mal avec les ambiances stressantes. Sinon dîtes-vous que Cielou n'est pas loin (et que il gère) et que je distribuerai des cookies trois chocolats aux plus éprouvés~ :3
« La forêt était sombre et tortueuse. La route était dans un état lamentable et le démon persistait à rouler au pas, amortissant les bosses et les creux en plongeant son regard dans le rétroviseur à l'occasion pour s'assurer de ne pas avoir réveillé la jeune femme derrière lui.
Il n'avait pas manqué de remarquer les larges tours noires qui se détachaient de la masse sombre qui les dominait au loin, à flan de montagne.»
Chapitre 17:
Élise émergea de sa paisible méridienne nocturne en s'étirant d'une lenteur ingénue. Elle avait rêvé de quelque chose d'agréable qui la faisait encore sourire bêtement, elle se sentait étrangement sereine.
Les derniers souvenirs du songe s'estompèrent au fur et à mesure que sa situation lui revenait à l'esprit. Sebastian les avait rejoint et ils étaient en route pour le château. Elle était sûre d'être en sécurité avec Ciel et lui, elle pouvait s'accorder un peu de répit.
Elle grogna de déplaisir en sentant les fourmillement dans ses jambes et soupira, les yeux embués de sommeil. Au moins, elle avait l'impression d'être reposée. Elle se frotta les yeux et se redressa avant de défaillir légèrement sous le léger vertige.
« Hmm nous y sommes déjà Sebastian ? Avez-vous ramené quelque chose à manger de Londres ? »
Le silence s'imposa comme son seul et unique interlocuteur jusqu'à ce qu'une voix calme et posée ne tranche l'air depuis le siège conducteur.
« Je ne pense pas que manger maintenant soit une bonne idée, il va falloir marcher encore quelques centaines de mètres »
Elle sursauta violemment en reconnaissant la voix désabusée.
« Ciel ? Où est Sebastian ?! »
Il releva les yeux de sa lecture par courtoisie et elle cligna les siens avec incertitude, lui rendant son attention à travers le rétroviseur central. Ils étaient de nouveau seuls ?
« Il a dû descendre pour ne pas signaler notre présence pendant que vous dormiez »
« Je vois »
Soudainement mal à l'aise, elle éprouva le besoin impérieux d'échapper à son regard insondable et se mit en mouvement pour sortir de la voiture. Elle frissonna violemment à la température glaciale extérieure, ayant la vague impression de changer de continent.
Elle n'était pas sûre d'avoir totalement émergé.
« Combien de temps ai-je dormis ? »
« Deux heures »
Ils étaient au beau milieu de la nuit dans ce cas. Le démon avait visiblement pris le soin de mettre le chauffage dans la voiture, ce qui n'avait pas été du luxe. Elle était en short et ne portait pas de manches, non seulement elle avait affreusement froid mais elle se voyait très mal s'aventurer dans une forêt en pyjama de surcroît.
« Où puis-je me changer ? »
Le démon sortit à son tour avant de contempler d'un œil sombre le paysage qu'ils avaient sous les yeux. La colline sur laquelle ils s'était garés était le seul endroit où les arbres ne s'étaient pas encore accaparés le sol meuble.
Le château semblait avoir été construit à même la montagne rocheuse en face d'eux et surplombait la vaste sylve qui les entouraient. Ils se situaient dans la même forêt sombre et inhospitalière qu'elle avait elle-même observée cette nuit là depuis une des échauguettes qui se distinguaient des tours.
D'où ils étaient, elle apercevait au loin les éclairages chaleureux de la ville de Brasov, oasis de lumière dans les ténèbres froides du monde qui les enveloppait. Le démon avait manifestement contourné l'agglomération dans un soucis de discrétion. Elle aurait cependant préféré que le château soit moins en retrait de la métropole.
Abby tu es là, on arrive tiens bon
« Nous continuerons à pied, il y a moins de dix minutes de marche »
Il sortit deux flingues de son sac qu'il rangea dans son holster de chaque coté de ses flancs avant d'enfiler une simple veste sombre. Même si il semblait légèrement moins sévère une fois habillé comme le commun des mortels, sa voix grave était toujours aussi atone.
Elle soupira intérieurement, incertaine de la procédure à suivre. Elle devait se changer.
Il était selon elle hors de question de s'évertuer à se changer dans la voiture. Enfiler un pantalon avec une liberté de mouvement drastiquement restreinte était par expérience très laborieux. Elle sortit son sac du coffre et chercha ses affaires.
De toute façon, il faisait nuit noire et la hauteur du véhicule était largement suffisante pour la cacher aux yeux du démon de l'autre côté.
Quelle intimité
« Ne vous retournez pas »
Le démon tourna machinalement la tête mais retint son geste quand la phrase fut analysée et elle ne put s'empêcher de laisser échapper un soupir découragé. Heureusement, il ne semblait pas vouloir frauder et cela la rassurait en conséquence: ce n'était tout simplement pas son genre à ce qu'elle avait pu comprendre après ces quelques mois passés à ses côtés. Elle s'employa à retirer son short et son Tee shirt avant d'enfiler son pantalon en quatrième vitesse en évitant la chute. Sebastian lui avait ramené un de ses leggings d'hivers pour le sport de sa propre garde robe. Les holster, son débardeur, sa veste doublée et son manteau en cuir beige suivirent très rapidement. Être à moitié nue par cette température n'avait pas été une partie de plaisir.
« Depuis combien de temps sommes-nous arrivés ici ? »
Il regarda sa montre avec application, visiblement pressé de partir.
« Trois quarts d'heure environ »
Elle tourna la tête vers lui, saisie.
« Mais vous ne m'avez pas réveillée ?! »
Il haussa les épaules.
« Autant retarder notre arrivée au lieu de prendre le risque que votre fatigue ne nous soit préjudiciable une fois à bas »
Elle referma la fermeture de sa veste avec empressement pendant qu'il scrutait le château de loin, cherchant sans doute un moyen de s'y infiltrer. Elle ne voyait devant elle uniquement que grâce à la pleine lune.
« Vous êtes prêtes ? »
« Oui ça y est »
« Laissez vos affaires là »
« Mais si on en a besoin ? »
« Vous n'avez que des vêtements et du matériel de camping dans ce sac, je me demande bien quelle utilité vous leur trouverez une fois là bas »
Elle acquiesça, vaincue et ils abandonnèrent la voiture sur la colline pour se diriger vers la bâtisse.
Ciel commença la descente du coteau avant de faire volte face en voyant qu'elle n'avançait toujours pas.
« Vous venez oui ou non ? Qu'est ce que vous faîtes ? »
Elle finit rapidement la boucle de sa bottine.
« Mes lacets étaient défaits »
S'appuyant sur son genoux pour se relever une fois sa tâche accomplie, elle se pressa derrière lui.
« J'arrive ! »
Elle le rattrapa en quelques larges enjambées et il repartit vers l'obscurité des sous bois d'un pas résolu. Elle regarda derrière elle, sondant une dernière fois le véhicule avant qu'il ne disparaisse derrière les arbres et les branches basses.
Ce faisant, son pied prit de lui même la liberté de se coincer dans une racine et elle tomba violemment à la renverse. Par malheur, ou simplement par bonheur, Ciel marchait encore moins d'un mètre plus loin et elle s'effondra sur lui. Elle agrippa sa veste pour ne pas tomber et le tissu de qualité ne céda pas sous son poids. Le démon se retourna brusquement vers elle, se sentant passablement agressé. Il attrapa ses poignet pour la faire lâcher prise et fut contraint de la soutenir le temps quelle ne dégage son pied.
« Regardez devant vous bon sang »
Il n'y avait rien à rétorquer d'intelligent et elle préféra s'abstenir de tout commentaire, maudissant mentalement sa maladresse.
Il ré-ajusta le vêtement sur ses épaules avant de reprendre sa marche en soupirant légèrement et elle fit en sorte de ne plus se faire remarquer pour les dix minutes suivantes.
Ils s'enfoncèrent dans un taillis de chênes et de châtaigniers recouvert d'une épaisse couche de feuilles mortes. Les longues branches au dessus d'eux leur cachaient la voûte céleste tout en laissant filtrer assez de lumière lunaire pour leur permettre de discerner faiblement leurs alentours. Quelques minutes plus tard, les chênes laissèrent peu à peu la place à des sapins, des cèdres et des épicéas aux feuillages sombres et opaques. Une brume dense et tenace les encerclait cachait les obstacles à leurs pieds. Les arbres serrés aux branches touffues sous lesquelles ils se faufilaient l'incitaient à tourner la tête sans arrêt pour s'assurer que personne ne les suivait. Elle avait plus que jamais hâte de quitter ce lieu lugubre et de retrouver Abby.
Elle avait progressivement augmenté son rythme en pensant à Abby seule dans le château et courait presque à présent. Ciel avait lui-même accéléré l'allure pour ne pas se faire distancer.
« Debussy calmez-vous ce n'est pas le moment de dépenser vos forces inutilement »
Elle se força à ralentir avec frustration et fourra rageusement les mains dans ses poches pour tâcher contenir son impatience. L'adrénaline et le stress l'empêchaient de tenir en place.
Ses doigts rencontrèrent une matière douce et lisse qui crissa quand elle la pressa. Elle fronça les sourcils, incapable de se souvenir d'avoir utilisé du papier ces derniers temps. Elle sortit la feuille et la déplia, ahurie de trouver des mots à l'écriture fine et raffinée sur la page blanche. Ses yeux prirent plus d'une minute pour consentir à discerner les lettres dans l'obscurité.
« J'espère que vous auriez eu le temps de vous reposer convenablement mademoiselle. Je souhaitais simplement vous mettre en garde: si Monsieur venait à tousser ou à avoir du mal à respirer forcez-le à s'asseoir quelques instants. Il faisait de l'asthme de son vivant et je crains qu'avec le sceau ce genre de faiblesses ne surviennent de nouveau. Ses crises étaient parfois très violentes alors il ne vaut mieux pas prendre de risques, je vous fais confiance.
Sebastian Michaelis, majordome de la Maison Phantomhive »
Elle haussa les sourcils, amusée. Ils étaient vraiment soudés tous les deux, même si il ne l'avouait pas en public, le démon noir s'inquiétait pour son maître.
Je l'ai toujours su, il y a cette espèce de complicité entre eux
Mais comment le majordome avait-il mis ça dans sa poche et depuis quand Ciel était asthmatique ?
Maintenant qu'elle y repensait, elle avait parfois trouvé les respirations du noble perturbantes depuis leur premier soir en Roumanie mais avait par la suite très rapidement conclu que c'était dû à la perte de ses pouvoirs sans chercher plus loin.
« Qu'y a t-il ? »
Elle froissa immédiatement la feuille dans sa main, le plus naturellement possible.
« Rien, un vieux papier »
Il n'y porta pas plus d'attention et elle rangea le mot au fond de sa poche en détaillant ses alentour avec circonspection.
Cet endroit lui donnait la chair de poule. La bâtisse néo-gothique qui perçait fièrement derrière les cimes des conifères au dessus d'eux ne présentait pas la moindre fenêtre éclairée qui aurait témoigné d'une présence humaine.
Tout compte fait, elle ne voyait aucun inconvénient à ce que Ciel lui demande de rester près de lui.
Pendant qu'elle avançait péniblement, se penchant pour passer sous une énième branche encombrante avec dépit, quelque chose de léger et de filandreux se plaqua sur son visage et elle tressaillit d'un bon écœuré. Elle se mit aussitôt à jurer de dégoût entre ses dents, pestant contre les insectes et les araignées du monde entier. Qu'est ce qu'elle détestait ça, c'était psychologique.
Elle se secoua vigoureusement les cheveux et passa ses mains sur toutes les parties de son corps atteignables pour chasser les potentiels indésirables. Ciel se retourna sous ses jurons.
« Qu'est ce qui vous prend encore ? »
« Il y a une énorme araignée sur moi c'est horrible ! »
Elle grimaça de dégoût et il soupira avant de faire demi-tour d'un air indolent.
« Allez vite montrez moi »
Elle se retourna pour le laisser inspecter ses cheveux, désespérée. Il approcha sa main et elle le sentit l'effleurer, sondant sommairement ses mèches aux reflets cuivrés. Il reprit la seconde d'après d'une voix parfaitement calme et posée.
« Oh, c'est un sacré spécimen. Ne bougez pas »
Hein ?!
Elle fit l'exact opposé de ce que lui conseilla le démon et paniqua la seconde suivante. Elle se mit à gigoter frénétiquement sur place en frottant ses vêtements pour faire tomber la malapprise avant de s'arrêter au bout d'une dizaine de seconde, haletante. Le démon qui avait assisté à la scène souriait narquoisement en sa direction.
« C'était presque harmonieux Debussy, vous avez un avenir prometteur dans une carrière de danseuse étoile »
Elle grinça des dents, horripilée.
« Enlevez-la moi tout de suite ! »
Il reprit son sérieux, haussant les sourcils.
« Quoi donc ? »
« Mais l'araignée ! »
« Comment ça ? »
« Ne faîtes pas le malin je parle de celle que vous avez vu dans mes cheveux bon sang ! »
Il lui lança un regard faussement intrigué.
« J'ai dis ça ? »
Elle cessa aussitôt tout mouvement devant la mine neutre du démon.
« Vous plaisantiez ? »
Il haussa un sourcil amusé.
« Il est vrai que je ne m'attendais pas à une telle prestation, je ne vous connaissais pas ce genre de tendances hystériques »
Elle écarquilla les yeux.
Cet espèce de ...!
« Mais très drôle ! Vous trouvez ça marrant ?! »
Elle tourna les talons et continua sa progression en maudissant le démon.
« On ne plaisante pas là dessus c'est tabou je les déteste ! »
Ciel la regarda s'en aller d'un pas furibond en soupirant, mi amusé mi désabusé. Il avança de nouveau sa main discrètement avant qu'elle ne soit hors de portée et la passa brièvement sur ses longs cheveux avant de refermer le poing.
Une fois seul derrière, il ouvrit la paume avec précaution et contempla d'un air sombre l'imposante arachnide qui arpentait déjà son poignet. De la taille d'une balle de golf, elle était encore plus noire que la nuit, son abdomen saillant luisait sinistrement à la lueur de la lune.
« J'ai également pris l'habitude de les détester »
Il l'observa tisser un mince fil de toile pour rejoindre le sol dans une tentative de fuite et l'écrasa machinalement.
Il haussa un sourcil innocent quand son équipière tiqua à ses paroles et elle roula des yeux en comprenant qu'elle s'était retournée pour rien. Il traversa les quelques mètres qui les séparaient jusqu'alors et désigna la bâtisse du doigt.
« Nous allons passer par une de ces fenêtres, cela attirera moins l'attention »
Elle fronça les sourcils.
Splendide. Et on est censés monter comment ?
« Lesquelles ? »
« Suivez mon doigt »
Elle plissa les yeux pour se concentrer sur la direction indiquée, distinguant très mal les détails la nuit à une distance aussi éloignée.
« Les petites toutes en haut ?! »
« Non, celles-ci, à une dizaine de mètres du sol »
Rassurée, elle se recula vers lui pour avoir le même point de vue et tenta une nouvelle localisation avant de hausser les épaules, vaincue. Il n'y avait pas de fenêtre.
« Je ne vois pas »
Elle sentit le Comte s'impatienter.
« Peu importe suivez moi et ça ira »
Elle soupira devant son manque de tolérance et ils se remirent en marche. La forêt s'estompa peu à peu et la pente s'accrût, la montée devenant plus abrupte. La muraille de pierres sombres se dressait en à-pic à une centaine de mètres de hauteur et ils durent escalader et marcher vers l'est pour trouver une façade plus praticable. Mis à part sa hauteur, le château n'était entouré d'aucune barrière, aucun précipice ni aucunes douves et commençait à même la fin du bois. Ils n'avaient même pas pu voir l'entrée de l'édifice, qui se situait très probablement du côté nord, face à Brasov. Un silence de mort régnait dans toute la forêt, elle ne se souvenait pas avoir entendu une seule chouette hululer depuis qu'ils marchaient. Elle distingua sur le fond de clair de lune les hauts pinacles qui fendaient agressivement le ciel au dessus d'eux.
« C'est un château de siège, il n'y a pas besoin de remparts avec une telle protection naturelle »
Tu m'étonne. On ne va jamais réussir à entrer
Ils parvinrent à atteindre la paroi rocheuse après quelques détours et le démon reprit d'un ton absent, se reculant pour étudier la pierre.
« Je monte seul et je vous envoie quelque chose pour vous faire grimper »
Elle fronça les sourcils, sceptique et peu charmée de se retrouver abandonnée dans un endroit pareil.
« D'accord ... »
Si quelque chose vient m'arrive pendant qu'il n'est pas là ?
Il s'avança et son regard ne quitta pas sa prochaine destination au dessus d'eux.
« Vous ne risquez rien, vous êtes davantage à l'abri à l'extérieur qu'à l'intérieur des murs de ce château »
Elle le regarda avec scepticisme bien que rassurée en conséquence.
Il sondait déjà la paroi de ses mains, cherchant un point d'appui. Même sans ses pouvoirs, il semblait avoir gardé une aisance gratifiée par sa nature démoniaque.
Il commença peu après à escalader la roche avec dextérité à une vitesse effarante, trouvant des prises pour s'appuyer dont elle ne soupçonnait pas l'existence jusqu'alors. Elle pouvait déduire les efforts que ses muscles devaient fournir pour le hisser aux discrets tremblements de ses bras lorsqu'il s'élançait vers sa prise suivante. La surface du mur du vieux château lui paraissait à elle parfaitement lisse, mis à part le lierre qui courrait le long des pierres. Elle grinça des dents continuellement pendant la durée de l'ascension, redoutant la chute du démon.
Ses craintes n'étaient cependant manifestement pas fondées. Une fois arrivée à destination, le démon appuya doucement mais fermement sur la vitre de la fenêtre qui se fissura avant de se briser sans trop de fracas pour lui permettre d'atteindre la poignée. Elle le regarda disparaître à l'intérieur de l'ouverture depuis le pied du mur et sentit son angoisse augmenter.
Il n'y avait dorénavant plus personne dans son champ de vision et elle ne savait même pas à quoi ils devaient s'attendre en entrant par effraction dans ce genre d'endroit. Un courant d'air lui parvint de la forêt et le vent siffla sinistrement à ses oreilles. Elle se retourna d'un bond, craignant de voir apparaître quelque chose d'entre les arbres à tout moment. Elle avait vraiment hâte que le démon manifeste de nouveau des signes de vie.
« Ciel ? »
Elle n'eut pas de réponse à son plus grand déplaisir et chuchota plus fort.
« Ciel ? »
Elle fit brusquement volte-face au bruit de feuilles derrière elle. La forêt démarrait à quelques mètres d'elle, noire et insondable. Y avait t-il quelqu'un qui l'observait derrière les arbres ? Elle avait l'impression qu'on bougeait dès qu'elle tournait le dos. La familiarité de la situation la saisit et elle se sentit défaillir. La peur insidieuse forma un poids dans son ventre et elle se sentit perdre son sang froid, sa voix devenant suppliante malgré elle.
« Ciel dîtes-moi que vous êtes encore là ... »
Elle resserra son manteau contre elle, transie de peur.
Quelque chose cogna soudainement son épaule et elle fit un bond en étouffant une exclamation.
Une fois la crise cardiaque évitée de justesse, elle tâta prudemment ce qui se balançait près d'elle dans le vide. C'était doux et ferme, comme un drap de coton. Elle passa ses doigt sur le tissu blanc qui reflétait la lumière de la lune avant de lever la tête. Le démon avait attaché des couvertures qu'il avait trouvé entre elles et ambitionnait visiblement qu'elle y grimpe pour le rejoindre. Il semblait occupé à l'intérieur de la pièce. Elle espérait qu'il n'était tombé sur personne.
Elle prit une longue goulée d'air pour se donner du courage et attrapa la couverture. Elle enroula une jambe autour du tissu et se hissa avec difficultés, tirant sur ses muscle et serrant ses cuisses autour du drap. Elle mit de longues minutes à atteindre la fenêtre et se fit violence pour ne pas regarder sous elle. Une fois arrivée à destination, elle s'appuya sur le cadre en bois et pu enfin s'éloigner du vide derrière elle.
La fenêtre était bien plus étroite qu'elle ne se l'était figuré. Elle traversa l'ouverture et se laissa tomber lourdement à l'intérieur, à bout de force. Elle toucha le sol plus rapidement qu'elle ne l'escomptait et fronça les sourcils en sentant un matelas s'affaisser sous elle. On avait visiblement collé le lit contre le mur. Elle resta assise pour ne pas se cogner dans les planches de bois au dessus de sa tête et se dépêtra de longues secondes sur l'édredon mou pour finalement atteindre le sol avec un soupir de soulagement. Ciel se relevait juste, jusqu'alors penché sur une cheminée.
La chambre dans laquelle ils se trouvaient était de taille modeste et l'air était chargé d'une délicieuse odeur de bois brûlé. Le grand lit à baldaquin qui prenait près de la moitié de l'espace à lui tout seul et la commode collée au mur à sa droite furent les premières choses qu'elle distingua en relevant la tête. Les tiroirs ouverts et vides l'informèrent qu'ils contenaient précédemment les draps qui avaient servi d'échelle pour grimper jusqu'ici. Les bordures de la couche étaient recouvertes de feuilles d'or et le couvre lit était d'un vert somptueux et intense. Une méridienne au velours usé et délavé longeait le mur à côté de la cheminée face à elle. Ciel était en train de finir d'allumer les derniers candélabres, une boite d'allumette en main. La chaleur de la flambée lui donna des frissons de plaisir quand elle repensa au froid mordant de l'exterieur. Le carrelage ocre sous eux était vieux et abîmé, polis par les ans et les lambris au mur dérivaient sur des teintes brunes foncées. Il y avait un grand tableau en face du lit, il semblait représenter une église perdue en plein campagne, les nuances étaient sombres et écaillées, très peu chaleureuses. La chambre était toutefois plutôt accueillante une fois éclairée, les teintes chaudes du bois vernis et les flammes dansantes des bougies la rassurait. C'était une architecture traditionnelle et pourtant très raffinée. Le plafond n'était pas exceptionnellement haut, ce qui lui donnait l'impression d'être dans une sorte de cocon, de refuge douillet, bien plus sécurisant que le pied des murs du château qu'elle venait de quitter. La présence du démon y était très certainement pour quelque chose.
Ciel secoua sèchement l'allumette pour l'éteindre avant qu'elle ne le brûle.
« Je ne connais pas le plan du château, nous devrons progresser à l'aveuglette »
Bien que l'envie ne lui manquait guère, elle renonça à retourner s'asseoir ou s'allonger sur le grand lit.
« Vous n'avez pas une idée d'où nous pourrions les trouver ? »
Il passa la main sur sa mâchoire, pensif.
« Tout dépend de l'état d'esprit des ravisseurs. Certains utiliseraient les oubliettes ou les cachots, mais si c'est une femme peut être a t-elle eu le droit à certains égards et est-elle simplement séquestrée dans une chambre. Je sais que les cachots se trouvent vers les derniers étages, les sous sols semblent avoir une autre utilité. A vue de nez, je dirais que nous nous situons à peu près au quatrième étage »
En ce qui la concernait, elle avait eu droit aux cachots et n'avait absolument aucune envie d'y retourner.
« Qu'est ce qu'il y a dans les sous-sol ? »
« Je ne sais pas mais j'irai vérifier seul »
Elle fronça les sourcils sans lutter.
« Je pourrais aller voir les chambres et vous rejoindre dans les cachots si je ne trouve rien d'intéressant qu'en dîtes-vous ? »
Un léger pli narquois apparu au coin de ses lèvres.
« Je ne m'attendais pas à cette intrépidité de votre part Debussy »
Elle déglutit difficilement à la perspective de se retrouver seule en ces lieux avant de lui lancer un regard courroucé.
« Il faut les retrouver au plus vite ! »
Elle fronça les sourcils, en proie à un raisonnement interne.
« Mais si je suis seule je ne pourrais peut être pas me défendre si je rencontre quelqu'un ... »
Il soupira légèrement, l'air lassé.
« Une logique tout à fait savante qu'est la votre dîtes-moi. Se séparer est hors de question, on ne vas pas s'amuser à se perde dans un endroit pareil »
« Puisque vous insistez avec tant de ferveur, Monsieur le Comte, je n'ai d'autre choix que de vous tenir compagnie je suppose »
Elle avait pris un ton mordant pour riposter. Il avait peut être l'habitude d'obtenir tout ce qu'il voulait mais elle n'aimait pas énormément le concept.
Il leva les yeux au ciel.
« Arrêtez de dire n'importe quoi et venez »
Il se dirigea vers la porte, plus que jamais décidé à l'ouvrir.
Maintenant qu'il fallait poursuivre, elle comprit qu'elle serrait restée avec joie dans cette pièce étonnement chaleureuse, à l'abri de ce qui les guettait dehors et bercée par les paisibles crépitements du feu. Elle le regarda avec regret tourner la poignée, ne bougeant pas pour autant pour le rejoindre. Ciel se retourna vers elle, le sourcils haussé.
« Que faîtes vous ? »
Elle sourit faussement, essayant de cacher sa réticence.
« J-j'arrive. Vous êtes certain qu'il n'y a rien ? »
Il lui lança un regard circonspect avant de soupirer franchement.
« Regardez par vous même si vous ne me croyez pas »
Elle s'avança et se pencha avant de passer la tête dans l'entrebâillement de la porte, méfiante. Rien n'était perceptible à part le néant et le silence du couloir plongé dans l'obscurité. Elle fronça le nez sous l'odeur de renfermé et préféra chuchoter.
« Je ne vois rien »
Il ne prit pas cette peine.
« Je vous dis qu'il n'y a rien à craindre ici »
Il la saisit par les épaules et elle frémit sous le contact.
« Laissez moi passer si vous avez décidé de tergiverser »
Il la décala de côté pour l'enlever du passage et entra dans le couloir, impatienté. Il marcha quelques mètres vers leur gauche soupira à nouveau quand il constata qu'elle n'avait pas bougé.
« On ne va jamais y arriver à temps si vous passez dix minutes à inspecter chaque couloir avant d'entrer »
Elle détourna la tête, vexée.
« Le coup du tueur qui attend derrière la porte on me le fait pas »
Il fronça un sourcils, cherchant manifestement à comprendre ce dont elle parlait.
« Un tueur ? »
« Vous savez comme moi qu'il y a des choses perturbantes qui se baladent en liberté dans ce château »
Il ne semblait pas comprendre le moindre mot à ce qu'elle racontait. Sa voix s'était presque faîte dédaigneuse.
« Je ne sais pas exactement ce que nous sommes censés croiser ici mais il va falloir accélérer le mouvement si vous voulez arriver à temps. C'est un autre cache-cache si vous préférez, c'est plus stimulant comme ça ? »
Elle écarquilla les yeux avant de l'observer longuement, doutant de son sérieux. Il avait le sourcil sereinement haussé, attendant qu'elle lui réponde en bonne et due forme.
Mais il est fou
« Ecoutez vous vous "stimulez" sur ce qui vous chante mais je me permets de vous faire remarquer que si la perspective d'être éviscéré par un spectre vous émoustille de la sorte vous êtes encore plus déconcertant que ce que je pensais »
Il roula des yeux et soupira lourdement, désabusé par l'ambiguïté volontaire de ses propos avant de simplement reprendre son exploration.
« Mais comment faîtes-vous pour être aussi détendu avec les horreurs qui rôdent ici ? On peut se faire tuer n'importe quand par on ne sait quoi ! »
Il l'écoutait à peine et arpentait le couloir d'un pas tranquille.
« C'est le jeu du chat et de la souris : le plus faible des deux est chassé et c'est ça qui est intéressant, c'est ce qu'on appelle la sélection naturelle »
Une veine pulsa sur son front.
« Devrais-je être avertie de vos autres penchants masochistes et douteux ? »
Il semblait inspecter une peinture sur le mur et effleurait la toile de ses doigts gantés.
« Cela vous intéresse donc tant que ça ? »
Elle grinça les dents.
« Mais vous êtes hilarant j'ai bien cru rire, c'était moins une »
Il délaissa la peinture et la regarda d'un air amusé.
« Loin de moi l'idée de vous faire de l'ombre en la matière, ce serait de la concurrence déloyale »
Elle ne réagit pas tout de suite, incertaine de ce qu'elle avait entendu.
Il clash souvent les gens comme ça ?
Ne trouvant rien à répondre d'intelligent, elle renifla dédaigneusement et le suivit dans le couloir.
Si en plus d'être coincée dans un endroit cauchemardesque elle devait subir la compagnie la plus horripilante qui soit sur Terre la nuit allait être longue si elle réussissait à la passer.
Ciel était redevenu sérieux et sondait leurs environs.
« Je ne sens aucune présence par ici, poursuivons »
Elle dû s'en remettre à lui et ils tournèrent à gauche. Le couloir s'élargit quelques mètres plus loin pour donner sur quatre dernières portes. Le passage était recouvert par de larges tapis délavés et des grands vases reposaient sur les guéridons de bois sculptés qui longeaient les murs. C'était un décor tout à fait fascinant, tout était d'époque. Tout semblait usé, poussiéreux.
Des vitrines sur pieds scellaient des livres sous verre dans un coin et elle s'approcha avant de froncer les sourcils, incapable de lire les titres écrits en langue inconnue. Le plafond n'était guère haut et le passage restait plutôt étroit. Ciel se retourna vers elle après avoir inspecté les portes.
« Nous devrions retourner sur nos pas, tout est fermé à clef »
Elle acquiesça et ils repassèrent devant la porte de la chambre allumée pour replonger dans les ténèbres de l'autre côté.
Elle appréhendait d'avancer à l'aveuglette sans savoir ce qui les attendaient plus loin, ils ne savaient pas même vers quoi ils marchaient.
« Ne pourrions-nous pas trouver une torche ? »
Il sembla réfléchir un instant devant son air contrarié.
« Il ne faut pas signaler notre présence. Enfin il semble n'y avoir personne par ici je suppose que c'est envisageable »
Elle ramena ses mains contre elle pour se frictionner les bras. La différence de température entre la chambre et le couloir était conséquente.
« Qu'êtes vous capable de percevoir exactement ? »
« Les présences humaines »
« Mais pas les entités ? »
« Non, pas vraiment, mes perceptions sont affaiblies à cause du sceau et Sebastian nous a bien dit que quelque chose dans le château brouillait ses sens »
Il attrapa un candélabre posé sur une des commodes qu'ils dépassaient et craqua une autre allumette avant lui tendre l'objet. Elle s'en empara aussitôt à la manière d'une enfant retrouvant son ours en peluche.
Elle se mit à sa hauteur et ils poursuivirent leurs recherches. Ciel ne portait qu'une veste plutôt fine et elle sentait qu'il ne devait être très réchauffé lui non plus dans les couloirs glacials. Pour une raison inconnue, elle ne se souvenait pas l'avoir vu quitter ses gants depuis le début de leur expédition sauf pour réparer la voiture, même quand ils marchaient sous un soleil torride.
Ils passèrent devant une multitude de portes que Ciel empêcha fermement d'ouvrir et elle n'insista pas, peu rassurée. Alors qu'elle se retournait pour la dixième fois, éprouvée par la désagréable sensation d'être suivie, Ciel s'arrêta et sonda la porte sur laquelle le couloir débouchait. Lourde et épaisse, elle incita Élise à reculer, redoutant ce qui pouvait se trouver derrière.
Il l'ouvrit et s'écarta pour la laisser passer une fois à l'intérieur avant de refermer le lourd battant sur eux quand elle fut entrée à son tour. Elle se força à ne pas hésiter dans ses mouvements et à se concentrer sur leur nouvel environnement. Elle n'avait aucune idée des dimensions de la pièce dans laquelle ils venaient d'entrer et ne voyait rien mis à part les fins faisceaux de lumière que laissait s'échapper une autre porte entrouverte un peu plus loin sur leur droite. Elle tendit l'oreille avec inquiétude mais ne perçu pas le moindre son. Elle se remit instinctivement à chuchoter.
« Qu'est ce qu'il y a là dedans ? Il n'y a personne dans les parages vous êtes sûr ? »
Ciel haussa les sourcil avant de lorgner sur la poignée.
« Non, nous sommes seuls »
Elle n'était pas sûre de pouvoir parvenir à le croire aveuglément, un doute persistait dans son esprit. Les ténèbres semblaient abriter des ombres, des silhouettes qu'elle croyait discerner du coin de l'œil et qui disparaissaient dès qu'elle tournait la tête.
« Qu'y a t-il Debussy ? Vous ne semblez pas très sereine »
Et voilà, encore ce ton narquois
Il avait décidé d'être insupportable cette nuit. Elle prit un air faussement détaché.
« Bien sûr que si. C'est le froid, cela demande davantage d'effort à mon organisme pour me réchauffer »
Il haussa les sourcils, lui aussi détaché.
« Oh, le vilain froid. Peut être voulez-vous retourner faire une petite sieste près de la cheminée pour vous réchauffer ? »
Il était vraiment fort dommage que cette phrase ait été prononcée d'un ton si sarcastique.
Le fait qu'il la prenne pour une mauviette malgré tous ses efforts lui donnait envie de frapper quelqu'un. Elle le snoba sans égard et calma ses pulsions. Il n'était pas aussi railleur d'habitude, elle ne savait pas ce qui lui prenait mais c'était perturbant.
Ciel reporta son attention sur leurs alentours et ouvrit le battant avec nonchalance et elle retint son souffle, nerveuse. Le voyant détailler l'intérieur d'un air sceptique mais calme, elle s'avança à son tour et arriva à la hauteur de la porte. C'était une petite pièce étroite illuminée et toute en longueur. Des rangées de bougies disposées à même le sol progressaient sur quelques mètres et encadraient une imposante peinture accrochée haut sur le mur. Cela ressemblait à une sorte d'hommage, d'autel. C'était un portrait exsangue et irréaliste, les traits du visage du noble en perruque s'allongeaient en lui donnant un air sinistre et déformé. Les couleurs étaient ternes et sombres.
Les flammes des bougies vacillaient sous le courant d'air.
Le démon haussa les épaules, peu désireux de perdre plus longtemps son temps ici.
« Continuons »
Elle ne pouvait pas détacher les yeux de la peinture lugubre, perturbée. Elle avait la désagréable impression que les yeux la suivaient du regard et guettaient ses moindres faits et gestes. Qui était-cet homme ? Il n'était certainement plus de ce monde si elle en jugeait par l'état de la toile. Une voix lassée lui parvint du couloir.
« Debussy on a pas le temps d'admirer les toiles »
Elle partit rapidement et laissa la porte entre ouverte telle qu'ils l'avait trouvé. Ciel avait allumé les torches et elle découvrit enfin à quoi ressemblait leur environnement. Le haut plafond du couloir se terminait en croisées d'ogives au dessus d'eux et le mobilier était plus délicat et sophistiqué que ce qu'ils avaient vu jusqu'à présent. La partie du château par laquelle ils étaient entrés semblait peu utilisée, presque désaffectée. Elle le regarda progresser vers l'autre bout du couloir. Un peu plus loin, la pièce se divisait en trois larges accès, comme un labyrinthe et Élise regarda les différents passage avec dépit. Lequel prendre ? Le bois vernis rougeoyant sur les murs scintillait faiblement à la lumière des bougies. Ciel étudiait avec indifférence une autre peinture sinistre qu'ils dépassèrent bientôt.
« Quelle porte prendriez-vous si cela dépendait de vous ? »
Elle regarda le démon en marchant, peu rassurée.
« La plus petite »
Elle ne souhaitait absolument pas déboucher sur une pièce importante susceptibles de les faire rencontrer quelqu'un ou quelque chose.
« Nous ne sommes pas ici pour visiter les placards à balais Debussy. Mais merci, nous n'allons pas tenir compte de votre avis et prendre celle-ci »
Il désigna une porte richement ornée entourée de pilastres sur leur gauche et elle claqua la langue d'agacement.
« Ce n'est pas comme si j'avais le choix de toute façon »
Il passa distraitement le doigt sur la surface d'un des buffets et haussa un sourcil en voyant le résidu poudreux gris et collant s'y accrocher.
« Bien sûr que si, il serait malséant de ma part d'aller à l'encontre de votre volonté si vous souhaitiez d'aventure investiguer plus longtemps sur les recoins sombres de la penderie »
Elle grinça des dents de déplaisir à la pique impertinente, d'humeur irritable.
« Tout comme il serait malséant de ma part de faire exprès de vous marcher sur le pied en passant et, oh ... »
Elle joignit le geste à la parole la seconde d'après, écrasant minutieusement sur le pied du démon en le dépassant.
« Je l'ai vraiment fait … je suis tellement navrée. »
Elle passa la main sur sa bouche d'un air faussement outré et poursuivit jusqu'à la fameuse porte sans un regard en arrière. Les doigts sur la poignée, elle se retourna en voyant que le démon ne suivait pas.
« Ah, vous auriez préféré le placard à balais finalement ? »
Une veine saillante pulsait sur le front du Comte.
« Non mais c'est là que je devrais vous enfermer »
Il la rejoignit sans un mot de plus et elle s'en formalisa à peine. Alors qu'elle allait tourner la poignée, tentant de faire fi du regard meurtrier du démon sur sa nuque, un son de fracas se fit entendre derrière eux et elle sursauta plus que jamais, faisant volte-face en un seul mouvement paniqué.
« Qu-Qu'est ce que c'était ?! »
La voix de Ciel était bien plus calme.
« Je ne sais pas un courant d'air, vous avancez oui ou non ? »
« Quoi, ça ne vous inquiète pas ?! »
Le démon fixa le couloir d'un air indolent avant de hausser les épaules.
« Ce manoir abrite une multitude d'esprits en tout genre, il n'y a rien d'étonnant à ce que des objets bougent ou se brisent avec une telle activité spirituelle »
« Mais ça veut dire qu'il est hanté ?! »
Il lui lança un regard faussement étonné et sa voix devint instinctivement plus rauque.
« Mais quelle perspicacité débordante Debussy »
Elle écarquilla les yeux et grinça des dents pour la énième fois de la soirée, détournant subrepticement le regard.
Mais qu'est ce qui lui prend cette nuit ? Il m'en veut ou quoi ?
Il redevint aussi désabusé que d'habitude et passa la porte en la plantant dans le couloir. Il avait récupéré le chandelier depuis qu'elle avait menacé de le faire tomber en sursautant et maintenant qu'elle n'avait plus rien à porter, ses paumes souffraient le martyr sous ses ongles. Elle le suivit rapidement en inspectant ses alentours avec inquiétude et referma rapidement derrière elle une fois entrée. Deux grandes fenêtres laissaient passer la lumière de la lune devant eux et il y avait une autre issue sur leur gauche. Des canapés d'apparence confortable occupaient le centre de la pièce, cela semblait être une sorte de salon. Un long et large secrétaire était tourné vers les divans, dos aux fenêtres et Ciel se dirigea aussitôt vers le meuble de bois vernis. Il alluma les candélabres à l'aide du sien et jeta un regard aux documents éparpillés sur le bureau. Elle attendit là où elle était, remarquant la grande glace au cadre somptueux sur le mur près d'elle. Elle était accrochée en hauteur si bien qu'elle ne pouvait distinguer que ses épaules et son visage. Le reflet qui lui rendit son regard avait une mine affreuse. Elle avait détaché ses cheveux pour dormir et ne les avaient pas coiffé depuis lors, les laissant tomber négligemment sur ses épaules.
Elle soupira en constatant ses cernes et les coups de soleil sur ses joues qui lui donnaient des rougeurs. Elle trouvait qu'elle ne ressemblait à rien.
Ciel fouillait dans le bureau, à la recherche d'elle ne savait trop quoi.
« Debussy »
Il avait une voix anormalement sérieuse. Elle se retourna d'un air sceptique.
« Hm ? »
« Venez voir »
Elle s'approcha avec désinvolture en nouant ses cheveux dans un chignon hasardeux, déjà pressée de quitter cette pièce pour en vérifier d'autres. Il n'y avait rien d'intéressant ici.
« Quoi ? »
« Ce ne serait pas vous ? »
Elle haussa un sourcil intrigué en passant une mèche rebelle derrière son oreille et baissa les yeux sur ce qu'il lui tendait. Une photo. C'était une femme dans une pièce sombre enchaînée par les poignets.
Elle fut statufiée de reconnaître progressivement sa façon d'appuyer la tête sur ses fer pour essayer de dormir, le visage enfoui sous ses mèches de cheveux.
« Mais ça date de cette fois où on m'avait enfermé ! »
Il lui tendit une autre photo qui la montrait un peu avant, tirant vainement sur les chaînes de fer.
« Vous aviez remarqué qu'il y avait des caméras ? »
« Bien sûr que non ! »
Il feuilleta une autre pochette d'un air contrarié.
« Il y a tout un dossier sur vous, je l'ai trouvé dans ce tiroir avec tous les autres. Vous n'êtes pas la seule à avoir subit ce traitement »
Elle tourna la tête vers le tiroir et sortit quelques feuille qu'elle inspecta sans reconnaître aucune des femmes sur les photos.
« Il y en a d'autres dans les autres tiroirs ? »
Au moment où Ciel se décidait à ouvrir la bouche pour répondre, il se stoppa net et écarquilla légèrement les yeux, l'air surpris.
Quand elle voulu lui demander ce qui n'allait pas, elle fut brusquement interrompue par la grande fenêtre devant eux qui se brisa dans un vacarme cristallin assourdissant en envoyant des bouts de verre virevolter dans la pièce entière. Sidérée, elle mit aussitôt ses mains devant son visage pour se protéger des éclats tranchants et tenta de comprendre la cause de cette agression soudaine.
On a été repérés ?!
Elle rouvrit les yeux la seconde d'après pour se retrouver nez à nez avec le dos du démon. C'était donc pour cela qu'elle n'avait sentit aucun bout de verre entailler sa peau.
Elle fronça les sourcils et passa la tête par dessus l'épaule de Ciel. Un homme venait littéralement de passer par la fenêtre, traîné par une machine bruyante, et avait atterris quelques mètres plus loin. Il s'y appuyait à présent sur l'engin à moteur avec nonchalance et jetait un coup d'œil à sa montre, l'air distrait. Une goutte de stupeur coula sur son front quand elle identifia la nature son repose-coude.
Une tondeuse ?
Le nouvel arrivant grimaça, l'air embêté.
« Finissons-en vite je n'ai pas beaucoup de temps ! Monsieur Will va me- »
Le reste de sa phrase mourut dans sa gorge quand la main gantée du démon se plaqua sans douceur sur son visage pour le faire taire, le faisant quasiment perdre l'équilibre. Elle écarquilla les yeux, ahurie. Le nouvel arrivant essayait tant bien que mal de ne pas basculer en arrière, secoué par le coup impromptu. Sa voix était étouffée pas la paume du démon.
« Aiiii ... e. Mais j'ai rien fais là ! »
« Sonne à la porte tant que tu y es, imbécile »
Une fois s'être assuré que l'inconnu n'aurait plus assez d'air pour prononcer une phrase de plus, Ciel s'écarta aussi rapidement qu'il l'avait bâillonné et se dirigea de nouveau vers le bureau. L'homme massa vigoureusement ses joues brutalisées, la larme à l'œil.
Ses cheveux la marquèrent dès la première seconde où elle reprit ses esprits. Bruns foncés, les mèches au niveau de son front et de ses tempes étaient étrangement blondes. Il portait de larges lunettes noires et avaient les yeux aussi vert que Grell. A la différence du Shinigami excentrique, il abordait un sobre et rigoureux costume noir avec une cravate complètement desserrée.
Il était pâle de teint bien que moins que Ciel. Les regards noirs que lui lançait ce dernier ne dupaient personne quant à son enthousiasme de le voir dans la pièce. L'étranger adressa un sourire penaud avec un brin d'espièglerie au démon en réponse aux vigoureuses réprimandes muettes avant de se retourner vers elle. Elle recula instinctivement par méfiance.
« Oh vous êtes la fille qui veille sur Sempai Grell ? »
Il s'inclina solennellement face à elle avant qu'elle n'ai pu formuler la moindre phrase.
« Je vous remercie de prendre soin de lui, il a besoin de vacances de temps en temps. Enfin c'est surtout Monsieur Will je suppose »
Qui était encore cet énergumène ?
Il se releva et lui lança un sourire éclatant. Il semblait jeune, aussi bien physiquement que mentalement.
Une voix horripilée les interrompit depuis le bureau.
« Remercier de quoi ? Elle subit ce décérébré autant que nous tous, elle n'a pas vraiment eu le choix »
Il se retourna vers le démon, la goutte au front.
« Ça faisait longtemps vous ... Vous êtes toujours avec ce démon majordome ? Il m'avait mis une sacrée raclée sur le Campania mais n'en parlons plus, c'est du passé »
Elle n'était pas sûre de tout comprendre. Ciel ne semblait vraiment pas porter cet homme dans son cœur mais ce dernier ne semblait pas plus que ça lui en tenir rigueur.
« Qu'est ce que quelqu'un comme toi fait ici ? Tu amènes forcément des ennuis »
« Monsieur Will m'envoie collecter des âmes ! »
Elle fronça les sourcils.
Cela veut dire que des gens vont mourir ?
« Beaucoup ? »
« Je ne pense pas être autorisé à divulguer ce genre d'informations à un démon. Vous êtes un cas très bizarre alors »
Une veine pulsa sur la tempe du démon.
« Essaie au moins de te rendre utile une fois par siècle. Y a t-il beaucoup d'humains dans ce château ? »
Il sembla perdu pendant quelques instants pour soudain s'illuminer. Il leva un doigt pour les inciter à patienter et sortit un petit carnet de note de sa poche qu'il feuilleta et lu avec attention.
« Ah oui ! Je dénombre plus de cent-cinquante âmes humaines dans l'enceinte de ces murailles. D'ailleurs si elles vous intéressent je vais devoir vous en dissuader et je serais en retard à ma fête donc s'il vous plaît tenez-vous tranquille et laissez moi travailler »
Il démarra la tondeuse qui vrombit dangereusement sous la combustion interne. Le démon affichait un air froid et impassible.
« Je me contrefiche de cela. Nous recherchons deux humains, un homme qui s'appelle Alexander Montagu-Douglas-Scott et une jeune femme, Abigail Adams. Sont-ils sur ta liste ce soir ? »
L'inconnu secoua la tête.
« Je ne peux rien vous dire monsieur Will va me passer un sacré savon si je renseigne un démon sur des âmes »
Ciel soupira, excédé par l'attitude protocolaire du jeune homme.
« Donc vous êtes un Shinigami vous aussi ? »
Ils se retournèrent tous deux vers elle, l'un peu concerné et l'autre rayonnant.
« Oh mais nous n'avons pas été présentés ! Je suis Ronald Knox, Shinigami suppléant de monsieur Will et de Grell Sempai quand il y a trop de travail »
Il s'approcha d'elle en moins d'une seconde et lui saisit la main avec douceur avant d'y déposer ses lèvres.
« Et vous, comment vous appelez-vous mademoiselle ? »
Une goutte de saisissement lui coula du front et elle se força à sourire en retour.
« Élise, Élise Debussy »
La surprise se refléta dans ses pupilles verte.
« Vraiment ? C'est amusant je ne vous imaginais pas du tout comme ça. Je vous voyais rousse, plus grande et - »
Ciel le coupa d'un ton pressé et agacé.
« Et pourquoi est-ce que Will dépêche l'un de ses assistants ici si ce n'est qu'un simple travail de fauchage d'âme ? »
Elle ne fit pas un geste, médusée. Pourquoi son nom inspirait quelque chose à cet homme ?
Le Dieu de la mort perdit aussitôt le fil de ses pensées pour se concentrer sur la question du démon.
« Cet endroit est étrange, on ne retrouve pas les âmes des gens qui y meurent, ils sont furieux dans l'administration »
« Comment ça ? »
Bien que scandalisée, elle avait renoncé à protester à l'interruption du démon. Le sujet qu'ils abordaient était capital.
« Et donc me voilà pour lever le voile sur cette affaire ! »
La voix désabusée trancha avec l'enthousiasme du jeune Shinigami.
« Will n'est pas près de comprendre quoi que ce soit à ce qui se passe dans ce château alors »
Il fronça les sourcils et se passa une main sur le menton pour méditer ces paroles. Elle soupira lourdement en constatant l'innocence de leur invité surprise et se retourna vers le démon.
« Ciel, pourquoi vous comportez-vous d'une manière aussi désobligeante avec lui ? »
Il haussa les épaules, surpris qu'elle prenne la défense du Shinigami.
« Je ne sais pas. Parce que c'est un incapable ? »
« Vous êtes vraiment quelqu'un d'indélicat »
Il lui lança un regard désabusé.
« Si il y a bien quelqu'un d'indélicat dans cette pièce c'est celui qui a fait exploser la baie vitrée en informant tout le château de notre position »
Elle croisa les bras, peu convaincue. Le château était si grand, comment les gens pourraient se douter que le bruit venait d'ici ?
« Et alors ? Vous pourriez tout de même être plus diplomate, ce sont de simples règles de savoir vivre »
« Très peu m'importe d'être diplomate avec quelqu'un comme lui »
Le Shinigami se passa la main derrière le crâne depuis l'autre bout de la pièce, gêné.
« Oh ne vous disputez pas pour moi, c'est vrai que j'ai fais du bruit »
Ciel le désigna d'un bras exaspéré.
« Vous voyez ? Il est tellement stupide qu'il l'avoue lui même ! »
« D'où vous permettez-vous de le traiter comme un idiot ?! »
« Mais parce que c'est ce qu'il est ! »
Elle claqua la langue à son air insupporté.
« Tout le monde est stupide et inférieur avec vous ! Il n'y a donc que vous d'intelligent en ce monde ?! »
Il fronça les sourcils, agacé.
« Je n'ai jamais dis ça arrêtez de me prêter des propos que vous avez inventé »
« Mais vous le hurlez muettement, ça se voit comme le nez au milieu de la figure dans votre comportement et votre façon de parler aux autres ! »
« Ce n'est quand même pas parce que je me considère avec objectivité comme moins sot que cet abruti que je suis prétentieux non ?! Faîtes vous soigner ! »
« Prétentieux ? Ah ça vous l'êtes ! Pff. Je vous laisse à vos retrouvailles »
Le regard sombre du démon lançait des éclairs.
« Mais merci bien »
Elle lui rendit son regard noir avec zèle et fit simplement volte-face, se dirigeant vers le tiroir qu'elle voulait ouvrir initialement, horripilée. Qu'est ce qu'il pouvait l'agacer avec ses manières de rustre. Lui aussi était insupportable, que se figurait-il ?
Elle se concentra sur les documents pour se calmer. Peut être allait-elle reconnaître quelqu'un sur les photos. Elle avait besoin de voir, elle avait un étrange pressentiment.
Le Shinigami et unique spectateur de la scène semblait avoir renoncé à intervenir dans le débat houleux.
Leur prêtant peu d'attention, elle baissa la main pour se saisir d'un dossier et fut instantanément bloquée par celle du démon, sortie de nulle part. Surprise, elle lutta quelques instants en vain pour se dégager avant de lui lancer un regard franchement agacé.
« Qu'est ce qui vous prend encore ? Lâchez-moi enfin »
Il la tirait vers lui, comme pour l'éloigner du bureau, le visage impassible.
« Ne perdons pas de temps à regarder celles-là si vous avez déjà vu les autres »
Elle fronça les sourcils.
« C'est pour voir si j'arrive à reconnaître quelqu'un »
« C'est inutile, vous ne reconnaîtrez personne »
Elle roula des yeux d'impatience.
« Mais allez-y toujours vous je vous rejoindrai »
« C'est inutile je vous l'ai dit venez maintenant »
Il lui lança un regard indéchiffrable en remarquant qu'elle n'était pas disposée à lui obéir et sa voix se durcit.
« C'est un ordre Debussy. »
Elle plissa les yeux avec fureur. Comment osait-il abuser de sa position dans ce genre de situation ?
« Arrêtez un peu de vouloir contrôler tout le monde. Je ne fais rien de mal et vous n'êtes pas ma mère ni mon tuteur légal ou quoi que ce soit d'autre à ce que je sache. »
Il eu un mouvement de recul presque hésitant mais ne lâcha pas son bras.
« Vous feriez mieux d'écouter vos aînés au lieu de n'en faire qu'à votre tête comme une enfant gâtée et immature »
Elle serra les dents avec indignation.
« Pourquoi m'empêcher de vérifier ces dossiers, vous avez quelque chose à cacher ? »
Il haussa les sourcils, désabusé.
« Non, pas du tout »
« Vous mentez. »
Il lui lança un regard froid qu'elle soutint sans broncher, insupportée et il leva finalement les yeux au ciel.
« Bien, faîtes ce qui vous chante. Je ne vois même pas pourquoi je perds mon temps avec vous »
Satisfaite qu'il renonce et peu touchée par la énième remarque blessante du démon, elle s'exécuta sans tarder pendant qu'il sortait de la pièce sans un mot de plus.
Une photo dépassait d'un des dossiers en désordre et elle s'en saisit avec curiosité. Peut être que certaines photos lui montreraient les responsables de toute cette histoire.
Son léger sourire triomphant disparut instantanément à la vision du cliché.
La photo n'était pas prise dans une cellule comme toutes les autres. La scène qu'elle avait immortalisé semblait se dérouler dans une salle au milieu de personnes en costume sombre. Elle montrait une femme dans un bassin circulaire de pierres taillées. Nue, elle avait visiblement été mutilée et l'eau écarlate contenait manifestement plus de litre de son sang que ses propres veine à en juger par son teint cadavérique. Le photographe la tirait par les cheveux pour exposer son visage tuméfié et maculé de sang à l'objectif. La peau de sa hanche gauche semblait brûlée et était en sang. La blessure qu'elle avait au ventre lui rappela sa propre plaie qu'on lui avait infligé à son arrivée dans le château et dont elle ne s'était pas encore tout à fait remise. Les viscères de la femme s'échappaient peu glorieusement de l'ouverture et les lambeaux de chair étaient écartés pour laisser une vue vulgaire et immonde sur l'intérieur de son anatomie. Ses yeux révulsés sortaient de leur orbites, voilés par l'inconscience.
Elle est morte
Elle sentit son cœur défaillir sous la cruauté du cliché et un malaise sans nom s'empara d'elle.
Sa main agitée de tremblement parvint à reposer la photo dans le dossier avant d'en ouvrir d'autres pour se faire confirmer sa crainte. Ces dossiers-ci montraient ce qu'il était advenu des femmes aperçues plus tôt dans les cellules, en plus de certains hommes qu'elle ne connaissaient pas. Les clichés étaient tous plus révoltants les uns que les autres.
C'était peut être ce à quoi elle n'aurait pas pu échapper si elle ne s'était pas enfuie.
Évacuée est un terme plus juste.
« Quelque chose ne va pas mademoiselle ? »
Le Shinigami s'était approché pour regarder lui aussi et semblait étonné de sa réaction.
« C'est abject. Ils mutilent les gens après les avoir séquestrés »
Il s'appuya sur sa tondeuse, incertain.
« Oui mais pourquoi vous mettez-vous dans cet état ? »
Elle n'arrivait pas à détacher ses yeux des photos.
« Mais ... parce que c'est monstrueux ! »
« Allons ce ne sont que des corps. Sinon vous êtes londonienne non ? C'est justement mon secteur d'affectation comment se fait-il que nous ne nous soyons pas déjà croisés ? »
Est-ce vraiment ce qu'il serait advenu de moi si on ne m'avait pas ramené à Londres ce soir là ?
« Je ne sais pas. Le hasard »
« Non, le destin. Lui seul a décidé de nous présenter aujourd'hui, c'est à lui que vous devez ma présence ici »
« N'est-ce pas plutôt dû à ce monsieur Will ? »
« Haha aussi, oui. Vous seriez libre pour aller boire un verre un de ces soirs ? »
Elle tiqua et se retourna vers lui, interdite. Il ne semblait pas plaisanter le moins du monde. Était-il complètement inconscient ?
« Écoutez. Je suis ici pour sauver une amie qui m'est chère et je ne sais même pas si elle encore vivante et en un seul morceau donc je n'ai pas vraiment la tête à ça là vous saisissez ? »
Il haussa les épaules avec une déception fataliste et elle referma tous les tiroirs avant de se précipiter sur les talons du démon, horrifiée de rester seule dans la pièce avec un psychopathe pareil.
Comment peut-il penser à inviter une fille à un rancard alors qu'il est ici pour récolter les âmes des gens qui vont mourir ?
Ciel était déjà rendu loin.
C'est sans doute banal pour lui. Comme les médecins qui constatent les morts dans les hôpitaux
« Attendez moi ! »
Elle arriva derrière le noble et reprit son souffle.
« Ne partez pas comme ça en me laissant seule »
Il haussa un sourcil ironique.
« Mais vous n'étiez pas seule, jamais je ne serais partis sans m'être assuré de la présence de votre nouvel ami pour vous divertir de ses histoires savantes et palpitantes »
« Arrêtez d'être comme ça »
Il se retourna, impassible.
« Comme quoi ? C'est vous qui avez commencé »
Elle se mordit la joue de malaise.
« Je n'aurais jamais dû regarder ces photos. Je suis encore plus inquiète maintenant, à tort je l'espère »
« Je me demande pourquoi vous ne m'avez pas simplement écouté. Vous n'aviez pas besoin de voir ça »
« C'est vrai mais vous êtes toujours à me cacher des choses, à agir dans l'ombre et à me laisser de côté »
« Peut être n'est-ce pas pour autant dans l'optique de vous porter préjudice »
Elle leva les yeux et leur regard se croisèrent et se verrouillèrent à cet instant. Il ne détourna pas le sien, tout comme il ne fit pas le moindre geste pour faire cesser le contact visuel. C'est elle qui céda la première et dévia péniblement son regard, fuyante sous l'intensité de la pupille du démon.
« Je suis désolée. »
Mais est-ce valable pour tous ses mensonges ?
Elle se sentait tellement mal pour ces femmes. Peut être aurait-elle dû essayer de les sauver ?
Comment aurais-je pu savoir que la situation était aussi grave ?
Elle se frictionna les bras et enfonça ses ongles dans le tissu de sa veste, subissant sans même le savoir le regard indéchiffrable du démon.
« Vous croyez qu'Abby est saine et sauve ? »
Il y avait très probablement une fuite d'eau tout près d'eux et le son des gouttes qui s'écrasaient sur le sol dans des bruit clairs et aigus éprouvaient ses nerfs. Il mit quelques secondes à répondre, les plongeant dans un silence perturbant.
« Je ne sais pas. Je le suppose »
Il n'en a aucune idée abrutie, qu'est ce que tu veux qu'il te réponde à part ça si il veut réussir à te faire rester gérable
« Hey ! Je crois qu'il y a du mouvement de ce côté on ferait bien de pas trop traîner »
Le démon leva les yeux au ciel à l'intervention du Dieu de la Mort qui venait d'apparaître à l'autre bout du couloir.
« A qui la faute ? »
Il tourna finalement les talons pour poursuivre ses recherches et elle fut rejointe par le Shinigami et son carnet de note. Il semblait moins s'inquiéter depuis que Ciel lui avait assuré ne pas être intéressé par les âmes.
« Alors vous êtes ici pour sauver votre amie ? »
Elle se tourna vers le Dieu de la Mort, méfiante.
« Oui »
« Si elle est sur ma liste je ne pense pas être autorisé à vous laisser la ramener à Londres saine et sauve ... »
Elle jeta un regard au démon plus loin et se mit en marche pour ne pas le perdre de vue.
« Vous n'aurez pas le choix de toute façon »
« Allons ne soyez pas si tendue peut être qu'elle n'y est pas »
Il la suivit et elle lui lança un regard froid.
« Ça ne changerait pas grand chose de toute façon elle vient avec nous »
« Vous semblez savoir ce que vous voulez, c'est au moins ça »
Elle serra les dents. Comment osait-il lui faire la conversation comme si de rien était après l'avoir menacé de ne pas la laisser sauver Abby ? Pourquoi était-il toujours aussi détendu comme si de rien était ? Elle préféra se taire pour l'inciter à en faire de même mais il n'entendait visiblement pas laisser les choses se passer de cette façon.
« Alors comme ça vous travaillez au Times ? »
Elle plissa les yeux de circonspection.
« Comment vous savez ça ? »
« J'ai accès à nombre d'informations en tant que Dieu de la Mort, j'ai dû me renseigner sur l'hôte de Grell Sempai pour le localiser. Vous n'avez pas trop de mal avec lui ? »
Elle se décrispa, réfléchissant à sa réponse.
« Il est parfois … compliqué à gérer mais je fais avec. C'est quelqu'un d'attachant si on passe autres ses penchants étranges »
« Il est à part oui. Vous parvenez à travailler dans le calme quand il est là ? »
« Il est souvent très dissipé et l'occuper n'est pas aisé lorsque ni Sebastian ni Ciel ne sont dans les parages »
« En effet, il a cette manie de porter une attention démesurée aux hommes qu'il rencontre »
« C'est le moins que l'on puisse dire ... »
« Si il vous embête trop vous pouvez toujours le mettre devant un film vous savez ? »
« Pardon ? Comment ça ? »
« C'est ce que monsieur Will fait parfois, quand il est à bout de nerf à cause de lui mais malheureusement nous ne disposons pas de beaucoup de DVD et la procédure est longue et compliquée pour transférer des objets du monde des humains dans le notre »
C'était une information aussi surprenante qu'intéressante. Elle haussa les sourcils.
« Et ... quel genre de film aime t-il ? »
« Les films romantiques, c'est à peu près tout »
Pourquoi est-ce que j'ai demandé ?
« Il a regardé Titanic au moins cinq-cent fois avant de commencer à s'en lasser. Monsieur Will n'arrivait plus à le canaliser alors il l'a forcé à prendre des vacances »
C'est donc pour ça qu'il squatte partout où il passe
« Je n'ai pas beaucoup de DVD de ce genre mais peut être que ceux de ma mère feraient l'affaire »
« Qu'avez-vous ? »
« Dirty Dancing, Moulin Rouge, Shakespeare in Love je crois je suis pas sûre ... »
« Ça sera parfait »
« C'est vrai ? »
Elle n'en revenait pas. C'était aussi simple ?
« Bien sûr ! Par contre, il a la fâcheuse tendance de vouloir qu'on les regarde avec lui. J'ai moi même été contraint de lui tenir compagnie quelque fois mais bon, sans mauvais jeu de mot, Titanic c'est pas la mer à boire ! »
Elle sourit malgré elle à la boutade.
« Ça ne doit pas toujours être simple d'être sous les ordres de ce taré »
« On s'y fait, il me trouve "trop jeune" donc il me dénigre plus qu'autre chose ... »
Une voix sembla surgir d'outre tombe.
« Tu devrais t'estimer heureux et rendre grâce à ton concepteur chaque jour qui passe pour la bénédiction qu'il t'as fait »
Elle jeta un regard loin devant eux.
« Ciel ? Vous nous écoutiez ? »
Le démon haussa les épaules.
« Je n'avais pas vraiment le choix »
Le Shinigami reprit d'un ton badin et enthousiaste propre à lui seul, assez fort pour le démon puisse entendre.
« Et vous alors vous aimez les films d'amour Phantomhive ? »
Elle eu envie d'éclater de rire en imaginant Ciel se retenir de pleurer devant un drame romantique.
Il ferma les yeux quelques instants pour s'inciter au calme, insupporté.
« J'ai autre chose à faire que de m'avachir dans un canapé pour regarder ce genre d'inepties mièvres et grotesques. Les films et le cinéma plongent le cerveau humain dans un état de léthargie très peu recommandable et font perdre de vue la réalité aux gens »
« Enfin vous n'êtes pas obligé de regarder ça dans un canapé ... »
Il ne prit pas la peine de répondre et le Shinigami préféra, à juste titre, ne pas insister. Ils suivirent le démon porte après porte sans broncher et elle soupira légèrement, guère étonné par sa réponse. Elle était elle-même parfaitement en désaccord mais préféra se faire discrète après son ton sec et froid.
Des couloirs toujours plus sombres et lugubres se succédaient les uns après les autres. Ils avaient dû au moins parcourir une soixantaine mètres en silence derrière le démon qui jaugeait chaque porte devant laquelle ils passaient, décidant si il était utile et raisonnable ou non d'y entrer. Le Shinigami à sa gauche semblait effectuer son repérage avec ses notes. Ciel jeta finalement son dévolu sur une pièce et il quittèrent l'allée. C'était lui qui avait le chandelier et elle doutait de pouvoir retrouver son chemin dans le noir total. Les couloirs étaient allumés aléatoirement, c'était comme si seuls certains passages étaient utilisés et d'autres non. Elle n'était pas sûre de savoir si les sons de frottement et de crissement qu'elle entendait régulièrement derrière eux et de l'étage du dessus étaient réels ou uniquement dans sa tête tant le démon et le Dieu de la Mort n'y prêtaient aucune d'attention.
Elle ne distingua presque rien en entrant même si la pièce semblait assez vaste. Le démon alluma les torches aux murs et les briques sombres furent faiblement éclairées.
C'était une pièce toute en pierres parsemée d'étagères et de chaises qui gisaient parfois en plein milieu du passage. De larges crochets de boucher rouillés fixés à même la pierre pendaient un peu partout, tantôt vides, parfois soutenant de larges pièces de viande grisâtres. C'était très manifestement une cuisine, très rustique. L'aménagement de la pièce laissait à désirer d'un point de vue ergonomique et logique.
Elle sentit la chair de poule la faire frissonner en décelant plus loin ce qui ressemblait à des énormes scies et autres ustensiles peu recommandables dans une cuisine. Au fur et à mesure qu'elle s'enfonçait dans la pièce derrière le démon, un son de bourdonnement sourd se faisait plus net.
Une odeur tenace et pestilentielle lui imprégna les narines et elle cru rendre son repas. Elle plaqua la main sur son nez, se sentant défaillir sous la puanteur.
« Qu'est ce qui sent comme ça ... c'est une infection »
« N'y faîtes pas attention vous allez vous y habituer mademoiselle »
Décidément, Grell semblait bien plus sensible que ce Shinigami inquiétant.
Ciel était occupé à l'autre bout de la pièce, il inspectait leurs alentours méticuleusement et semblait penché sur quelque chose. Elle se tourna vers lui, agacée.
« Dîtes-quelque chose vous bon sang »
Il ne prit pas la peine de se tourner vers elle.
« Arrêtez de parler un peu »
Elle fronça les sourcils, surprise par son ton dur. Pourquoi changeait-il tout le temps d'attitude comme ça ? Comment pouvait-elle suivre quoi que ce soit avec lui ? Sa mine ne devait pas avoir l'air très réjouie à en juger par l'apparition du Dieu de la Mort dans son champ de vision.
« Tout va bien mademoiselle ? »
Est-ce que j'ai l'air d'aller bien blondinet ?
Elle tourna la tête sans demander son reste et se dirigea d'un pas rageur du côté des deux étagères déplacées en travers du passage à leur gauche. Y avait-il une porte derrière ?
Alors qu'elle essayait d'en déplacer une, un bocal bascula dans le vide et se brisa sur le sol avec un grand fracas. Son pied entra en contact avec quelque chose de flasque la seconde suivante et elle grimaça de dégoût avant de se figer sur place, atterrée. Quelque chose clochait. Ça avait une consistance bien trop étrange.
Elle plissa les yeux en se penchant pour essayer de déterminer ce que le bocal contenait encore quelques secondes plus tôt et un frisson d'horreur la statufia.
Des organes, une sorte de foie et ce qui ressemblait à une artère émergeait d'un autre tas mou et suintant. Elle fronça le nez sous l'odeur du liquide dans lesquels baignaient les tissus et hurla de saisissement en s'écartant. La voix désapprobatrice de son équipier se fit aussitôt entendre derrière elle pendant que le Shinigami la rejoignait, l'air intrigué.
« Debussy vous le faîtes exprès ou quoi ? C'est une sorte de compétition entre vous sur qui ameutera le plus de monde ? »
« Taisez-vous ! Il y a des morceaux de corps ici ! »
Il leva les yeux au ciel.
« Venez voir »
Elle se dirigea vers lui et le contourna pour voir ce qui subissait l'insistance de son regard depuis quelques minutes avant de se figer. L'odeur rebutante provenait à n'en point douter du cadavre étalé sur une des tables de cuisine, méconnaissable à cause de ses blessures. Le chandelier éclairait le plan de travail avec efficacité et elle se sentit défaillir.
Son teint blafard semblait luire à la lumière du candélabre et les mouches avaient infesté les yeux du pauvre homme, rongeant les globes oculaires.
Elle recula aussitôt, son estomac supportant difficilement la vision combinée à l'odeur. Ciel semblait aussi ému que si l'homme avait été simplement allongé pour faire une sieste.
Elle avait eu tout le loisir de constater que c'était un homme, le cadavre étant totalement dévêtu. Elle éprouvait de plus en plus l'impérieuse envie de s'échapper de cet endroit. Comment avait-elle pu être aussi stupide pour revenir dans ce lieu maudis après y avoir presque failli mourir ? Sa voix tremblait en conséquence lorsqu'elle parla.
« Ils sont cannibales … ? »
« L'âme n'y est plus et elle n'a pas été récupérée par un de mes collègues »
Ils se retournèrent vers le Shinigami.
« Comment pouvez-vous en être sûr ? »
« Je sais très bien distinguer le corps d'une âme qui a été récoltée par le savoir-faire d'un Shinigami et celui d'une âme qui a été arrachée de force par une créature primitive »
Ciel lui lança un regard perçant à la mention de « créature primitive » et sortit une paire de gants en caoutchouc noir de sa poche qu'il enfila par dessus sa paire actuelle. Il fit doucement courir ses doigts sur les muscles saillants de l'homme et elle lui lança un regard furieux.
« Mais vous êtes complètement cinglé ! Ne touchez pas cette chose ! »
Il soupira, agacé.
« Restez là bas et taisez-vous un peu. Vous m'empêchez de me concentrer »
Elle eu envie de l'envoyer violemment promener mais n'en fit cependant rien, sachant pertinemment que l'action aurait été immature. Elle avait vraiment horreur qu'on lui parle comme ça, surtout lui.
Elle laissa les deux hommes inspecter l'homme mort, écœurée.
« Vous voyez là ? Il y a des lésions au niveau la boite crânienne »
Ciel acquiesça à la justification du brun. Ils semblaient détailler la peau, comme à la recherche de quelque chose. Le démon écarquilla légèrement les yeux et elle fronça aussitôt les sourcils.
« Qu'y a t-il ? »
Il se reprit aussitôt et le trouble sur son visage ne fut bientôt plus qu'un souvenir incertain.
« Il n'y a rien »
Elle serra les dents de mécontentement et s'avança pour les rejoindre en faisant appel à tout son courage. C'était encore pire que ce qu'elle avait découvert juste avant de s'écarter. La décomposition semblait être dans sa phase la plus active. Du sang foncé et épais lui coulait du nez, du coin de la bouche et des oreilles. Ciel touchait la peau à un endroit précis sur la hanche et elle s'avança pour essayer de comprendre ce qui pouvait bien légitimer cette inspection macabre. Les muscles à nus sous son doigts étaient légèrement rougeâtres par rapport au reste du corps et ils semblaient fondus, comme abîmés dans un petit espace circulaire. Ciel attrapa un ustensile près d'eux et entailla le muscle sans prévenir. Un sang étonnement foncé et sirupeux gicla de la chair putréfiée et Élise préféra faire volte face avant que son estomac n'atteigne sa limite de tolérance, s'écroulant plus loin sur une chaise.
Ils sont fous
Le Shinigami semblait aussi peu touché que d'habitude en ce qui concernait les morts.
« Tiens, il a été marqué »
Il jeta un bref regard à sa montre.
« Bon je dois me dépêcher je n'ai pas toute la soirée ! »
Il nota quelque chose sur son carnet et Ciel se tourna vers lui, l'air étrangement avenant.
« Écoutez, vous êtes le suppléant de Will c'est bien cela ? »
Il hocha solennellement la tête.
« Affirmatif pourquoi donc ? »
« Je suis ici en mission uniquement pour récupérer deux personnes vivantes, je n'ai aucune velléité sur les âmes des humains présents dans ce château alors peut être pourriez-vous nous laisser enquêter sur ce cas-ci et y aller si vous êtes pressé ? Il serait dommage que vous ne veniez à rater votre rendez-vous et je ferais moi même un rapport à Grell, cela va de soi »
Le regard du Shinigami s'illumina d'espoir.
« Comment ça, vous voulez m'aider à terminer mes heures supplémentaires ?! »
« On peut dire cela comme ça »
« Mais c'est super ! Moi qui était pressé ! »
« En effet »
« D'accord je vous confie cette affaire, je sais que vous n'êtes pas comme les autres démons »
Donc il n'a pas le droit de nous dire le nombre d'âmes qu'il a à collecter mais peut lui refiler son sale boulot pour se casser plus vite ?
Ciel lui fit un signe distrait de la main, toujours penché sur le cadavre.
« Partez tranquille »
« Bien ! Au revoir vous deux, n'en dîtes pas un mot à monsieur Will d'accord ? »
Il a été drôlement facile à convaincre
« Bien sûr. »
« Ne vous inquiétez pas, et merci pour l'astuce du film »
Il attrapa sa tondeuse qu'il fit rouler jusqu'à l'entrée qu'ils venaient d'emprunter avant de lui sourire.
« Pas de problèmes, peut-être nous retrouverons-nous plus tard pour prendre un verre ? Allez je ne suis pas en avance, au plaisir ~ »
Il disparu dans le couloir traîné par sa tondeuse et Ciel soupira lourdement.
« Enfin débarrassés. Quel irresponsable. Je ne ferais jamais confiance à cet idiot à la place de Will »
Elle ne répondit pas, absente. Elle était encore secouée par la vue du corps qui avait envahi une nouvelle fois son esprit sans prévenir. Des gants claquèrent sur le sol près d'elle.
« Pourquoi vous êtes-vous approchée si vous ne supportez pas la vue du sang ? »
Elle lui lança un regard noir.
« Arrêtez de me prendre pour une imbécile. Ce n'était pas du sang ça, c'était … immonde »
« Parce que vous croyez que les cadavres restent tout propres après la mort ? Tout se détériore à l'intérieur, les viscères se liquéfient et se mélangent au sang »
« Rha arrêtez avec vos détails ! Vous êtes malsain ma parole »
Il haussa les épaules.
« Il n'y a rien d'étonnant à ce qu'un démon ne soit pas sain »
« Vous n'êtes pas vraiment démon ça ne compte pas pour vous »
« Et pourquoi donc ? C'est tout comme »
Elle fronça les sourcils, clairement en désaccord.
« Non. Vous n'êtes pas comme Sebastian, même Ronald l'a dit »
Il lui lança un regard dans lequel perçait clairement l'agacement.
« Et depuis quand est-ce que ce que dit Ronald a une quelconque pertinence ? »
Elle soupira, éprouvée.
« Arrêtez avec ça maintenant. Je ne sais pas. Vous êtes différent c'est tout ne compliquez pas les choses »
Elle essaya de se calmer, de faire fi de l'odeur pestilentielle en espérant que ses poumons supportent un air aussi souillé.
Une main salvatrice tendue vers elle apparue finalement dans son champ de vision et elle lança un regard circonspect à son propriétaire. Ciel la regardait se morfondre, l'air lassé. Elle ne fit pas le moindre geste.
« Vous venez de toucher un cadavre »
C'était bien trop répugnant, la moindre pensée du corps qui se décomposait lentement mais sûrement à l'autre bout de la cuisine suffisait à lui donner une envie tenace de de rendre son repas. Il haussa les sourcils, désabusé.
« J'avais des gants. Je voulais savoir depuis quand il était là »
« Et qu'avez-vous déduit de vos auscultation docteur ? Vous êtes à présent certain qu'il est mort ? C'est bien »
Il leva les yeux au ciel à son ton sarcastique.
« La rigidité des tissus musculaires s'est estompée et le corps présente beaucoup de lividités, la forte concentration d'insectes dans cette pièce et l'état physique du corps sont significatifs d'une mort datant de deux à trois jours, pas plus. Il y a bien de l'activité dans ce château, des gens ont laissé ce corps ici dans une intention précise, peut être pour l'utiliser plus tard »
Elle grimaça d'écœurement et il retira sa main et sa proposition par un même geste peu ému.
« Bien. La cuisine donne certainement sur la salle à manger, continuons »
Il se dirigea vers une des autres portes sans un regard en arrière et elle soupira, les fesses contre le bois dur de la chaise.
Refuser l'aide inespérée et la main du Comte Phantomhive: elle brillait décidément par son intelligence ce soir.
Elle regarda autour d'elle une dernière fois avant de se lever. Le mobilier de cette pièce était bien plus grossier que pour les précédentes, comme si seuls les serviteurs y avaient accès. Elle se dirigea vers la porte qu'il ouvrait déjà. Il semblait plus sérieux qu'à leur arrivé, plus méfiant.
Ils passèrent la porte et elle souffla en respirant de nouveau de l'air moins vicié. Ils suivirent un couloir étroit pendant quelques minutes qui déboucha sur une autre pièce de pierre dépouillée, toujours aussi sombre et effrayante à un détail près: une grande grille de fer forgé rouillée leur barrait la route à son extrémité. Ils s'avancèrent et sondèrent l'espace auquel on avait tenté de leur priver l'accès. Un énorme vitrail sombre et poussiéreux laissait entrer des rayons lunaires sur leur gauche. C'était manifestement très long. Elle contint une exclamation horrifiée en s'enquérant de ce qui se trouvait derrière la grille. Une sorte de bassin éclairé par des torches lui était bien trop familier.
« C'est ce que j'ai vu sur la photo... ! »
Sa voix mourut dans sa gorge en remarquant les jambes blanches et livide dépassant du rebord face à eux et elle se pressa contre le noble bien malgré elle, sérieusement atteinte mentalement par la vision. Elle chuchota, horrifiée.
« Ce n'est pas possible ... »
Elle sentait les tremblement agiter son corps et sa voix était anormalement aiguë. Si elle se basait sur la couleur de la peau, c'était un cadavre, il n'y avait manifestement rien à craindre de sa part même si elle peinait à s'en convaincre tout à fait.
Le Comte fronça les sourcils, étonné par ce qu'il voyait. Il ne fit pas de commentaire sur la prise de la jeune femme sur sa veste.
Pour l'instant, une grille leur barrait la route. Il étudia les barreaux, passant ses doigts sur la surface du métal pour tester de leur résistance. Même rouillés ils restaient solides et compacts.
« Dans les jeux il y a une clé dans ces cas là il faut revenir sur nos pas, elle est peut être dans une pièce que nous n'avons pas exploré ? »
Il soupira devant ses propos confus. Elle essayait de relier leur situation à quelque chose de non réel pour se rassurer, c'était typiquement humain.
« Debussy, nous ne sommes pas dans un jeu »
Elle serra les dents, perdant lentement mais sûrement son self-control. Le ton calme et posé du noble près d'elle l'horripilait plus qu'il ne la rassurait à présent. Comment faisait-il pour ne jamais s'inquiéter lui aussi ?
Il passa ses mains sur les barreaux avant de saisir deux des barres horizontales et de tirer dessus pour les écarter. Elle ne pouvait pas voir l'effort qu'il devait produire pour déformer le métal mais la lenteur avec laquelle les barreaux se pliaient sous sa prise était significative. Bien qu'aucun humain ne serait normalement parvenu à tordre du fer forgé, la perte de ses pouvoirs lui compliquait sensiblement la tâche. Quand l'interstice eu atteint une trentaine de centimètres, il stoppa son geste et essaya de traverser la grille, forçant pour passer de biais. Son gabarit d'homme le pénalisait sensiblement pour se faufiler dans la faille. Elle passa à sa suite avec beaucoup moins de difficulté, touchant à peine les barreaux de chaque côté.
Maintenant qu'elle s'était approchée, elle pouvait observer plus en détail le bassin de pierre. L'eau était quasiment claire et translucide, le cadavre avait déjà été vidé de son sang quand on l'avait placé là. Le buste de la femme disparaissait sous l'eau.
C'était définitivement une femme, sa nudité et sa position dégradante lui permettait facilement d'en juger. Elle grinça des dents devant l'offense délibérée à sa dignité. Était-ce l'une de celles qu'elle avait vu sur les photos ?
Elle s'avança et fut bien en peine de constater qu'elle n'aurait jamais la réponse à sa question. La partie basse émergée du corps était visiblement la seule des deux à se trouver dans la pièce. Le cadavre livide et laiteux était sectionné au niveau du bassin. Elle ferma immédiatement les yeux, épouvantée.
« Ces enfoirés se croient tout permis ?! »
« Ce sont des pratiques occultes, des sacrifices cérémoniels et les propriétaires de ce château sont bien plus puissants et influents que ce que vous vous figurez »
Il avait une voix sombre, comme écœuré et sans qu'elle sache pourquoi, elle fut rassurée par sa réaction étrangement humaine. Des candélabres étaient disposés autour du bassin mais les bougies qui y brûlaient étaient noires.
« Regardez »
Elle regarda la direction que son bras indiquait. Les vitraux rouges sang loin sur leur gauche. Le motif central lui était pourtant familier.
Un pentagramme ?
« C'est morbide »
Il montra le sol sous eux et le faible reflet rougi du pentacle autour du bassin qu'apportait la pleine lune.
« C'est encore plus inquiétant que ce que je pensais »
« Mais enfin si ce sont des sataniques pourquoi êtes-vous aussi méfiant ? Ne faîtes vous pas partie de ceux qu'ils vénèrent ? »
« Certainement pas. Ce ne sont pas les démons que les habitants de ce château vénèrent tout comme ce ne sont pas des démons qu'ils invoquent »
Elle déglutit difficilement et remarqua les divans et autres assises sophistiquées plaquées contre les murs autour du bassin pour profiter du spectacle. Ils décidèrent d'avancer et elle fut rassurée de ne plus avoir à supporter la vision intenable. Ils se dirigèrent vers la porte renforcée par des barreaux de fer cloutés qui se présentait à l'autre bout de la pièce. La serrure représentait un lion en or finement ciselé.
Elle souffla, se préparant mentalement à ce qu'ils risquaient de découvrir. Au moins ils ne croisaient personne.
Personne de vivant du moins
Ciel ouvrit la porte, lui même circonspect. Il avait sous estimé la débauche et le vice des propriétaires des lieux.
Ils débouchèrent sur une pièce quatre à cinq fois plus grande que la précédente et Élise chercha immédiatement des traces de présence humaine. Une longue table illuminée par un gigantesque lustre et ornée d'une profusion de nourriture fraîche et appétissante attendait patiemment des invités. Une délicieuse odeur de fumet lui donnait déjà l'eau à la bouche et elle réalisa à quel point elle avait faim malgré toutes ces épreuves. Toutes les lumières étaient allumées et la pièce semblait se prolonger sur la droite contre le mur.
Elle s'avança prudemment pour voir ce que l'angle lui cachait et passa la tête derrière le mur. Une estrade aux marches de marbre reposait plus loin milieu du passage, devant une sorte d'autel. Bien qu'elle soit incapable de nommer les personnages représentés par les sculptures et les peintures effrayantes, certains mi-animaux mi-humain, les figures encapuchonnées lui laissaient une vague idée de ce qu'elles représentaient. Elle cligna des yeux de saisissement.
« Mais qu'est ce que ça veut dire tout ça ? »
Le démon la rejoignit, détaillant l'immense autel d'un œil objurgateur.
« C'est pour montrer leur rejet du Christ et de sa foi catholique, ils vénèrent des divinités plus archaïques »
Elle fronça les sourcils, incapable de comprendre quoi que ce soit à la folie semblant habiter les esprits des propriétaires du château.
Pourquoi toute cette ferveur accordée au symbolisme ?
Une agnostique comme elle n'était pas prête de comprendre.
Elle pouvait distinguer des portes de par et d'autre de l'autel, imbriquées par les sculptures de pierre.
Elle se retourna vers la table et détailla une fois de plus les fruits murs les viandes cuites à point, les boissons et autres mets faisaient gronder son ventre. Le démon n'avait pas esquissé le moindre geste depuis quelques secondes, le regard perdu dans le vague.
« Ciel ? »
Il sembla sortir de sa torpeur.
« Il n'y a personne ici poursuivons »
« Vous êtes sûr ? Qu'est ce que vous avez ? »
Il semblait réfléchir.
« Pourquoi dresser une table aussi garnie à cette heure ci ? »
« Ils sont peut être au courant de notre arrivée ? »
« Je ne vois pas pourquoi ils donneraient un banquet si c'était le cas »
La nappe pourpre descendait bas sur le sol, somptueuse.
« J'ai faim »
« Ne mangez pas ça »
« Mais je n'en peux plus, s'il vous plaît »
Le démon revint sur ses pas en voyant qu'elle ne le suivait pas, les yeux fixés sur le buffet et rongés par l'envie. Il attrapa son bras et il la tira sèchement derrière lui.
« Non. En plus nous n'avons pas le temps »
Elle essaya de se dégager, obnubilée par la nourriture.
« Mais j'emporterai ce que je mange avec moi je ne vous ralentirai pas »
Il se retourna, agacé.
« Ils remarqueront qu'il manque quelque chose »
Il la secoua légèrement en voyant qu'elle ne réagissait pas. Elle soupira, frustrée et suivit le démon qui avançait vers une des portes en face. Les seules autres issues se situaient à l'autre bout de la pièce et ils en entamèrent la traversée pour y accéder. Ciel n'avait pas lâché son bras, souhaitant visiblement poursuivre sur leur lancée. Il se figea soudain et écarquilla légèrement les yeux, interdit.
« Des gens arrivent »
Sa bouche s'ouvrit en grand et elle vérifia leurs alentours, paniquée.
« Mais vite alors ! Partons ! »
Il acquiesça vivement et ils se précipitèrent la seconde suivante vers les sorties. Le problème était que si des gens arrivaient, un très grand doute qu'ils arrivent par ces mêmes issues persistait.
« Quelle porte ? »
Elle en déduit à son ton précipité que le démon commençait à s'inquiéter d'être découvert ici lui aussi. Elle n'en fut que plus horrifiée.
« Je sais pas celle de droite ! »
« Non »
« A gauche alors ! »
« Non plus »
« Mais ne me demandez pas si vous n'êtes d'accord pour rien bordel ! »
Il se rabattirent vers la porte du milieu mais la poignée résista à Ciel.
« Mais vous foutez quoi ?! Plus vite ! »
« Vous voyez bien que c'est verrouillé bon sang ! »
« Enfoncez la porte alors ! »
« Si j'enfonce la porte ils vont voir qu'on est passés par là simplette ! »
« Merde ! »
« A gauche »
Ils se ruèrent vers la gauche et c'est elle qui poussa la porte, persuadée de mille fois préférer ce qu'ils trouveraient derrière à ce qui allait bientôt arriver dans cette pièce. Ils chargèrent dans l'obscurité inexplorée et Ciel referma rapidement le battant derrière eux avant qu'ils ne s'effondrent tous deux contre la porte d'un même geste, haletants.
Le démon passa le doigts sur ses propres lèvres en fronçant les sourcils pour lui intimer de respirer moins fort.
Je vais l'avoir ma crise cardiaque
Il se retourna pour coller son oreille contre la porte, attentif.
« Des gens viennent d'entrer »
Elle se redressa contre le vantail et tendit l'oreille à son tour. Des bribes de voix leur parvenaient.
Elle s'était mise à genoux contre la porte, l'oreille collée sur le bois. Leurs jambes étaient enchevêtrées, son genoux droit reposait davantage sur la cuisse du démon qu'au sol à cause de la précipitation.
« Je n'entends rien »
« Moi non plus »
Si même lui ne comprenait rien, que pouvaient-ils y faire ?
« Je préférerais vraiment qu'on s'éloigne »
« Allons-y »
Il remua légèrement pour dégager sa jambe et elle chancela, déséquilibrée. Le démon s'aperçut de son geste et passa la main autour de son bras pour qu'elle ne tombe pas.
C'était une sensation très étrange. Le chandelier s'était éteint dans la précipitation et ils étaient plongés dans le noir total. Le démon dégageait une chaleur réconfortante et elle frissonna sous le contact ferme mais délicat sur son bras.
Ciel se redressa et chercha ses allumettes à l'aveuglette pour allumer le candélabre qui éclaira la pièce sombre. C'était une chambre froide qui croulait sous les sacs de farine, légumes et autre denrées et dans lequel pendaient sereinement des pièces de viande à l'air davantage comestibles que les précédentes.
Elle avança lentement dans la pièce à sa suite. La réserve se prolongeait sur près de dix mètres.
« Ne traînons pas »
Ils traversaient encore le reste de la pièce pour en gagner l'extrémité quand la porte derrière eux grinça. Ils firent volte face d'un même mouvement brusque et le démon souffla immédiatement sur le candélabre. Ils étaient encore trop loin de la sortie pour pouvoir partir. En voyant quelqu'un entrer, il la poussa aussitôt sous l'étagère du mur le plus près d'eux et elle manœuvra pour se cacher derrière les légumes et sacs de pommes de terre.
Un homme venait d'émerger de la porte, laissant également entrer le brouhaha d'une cinquantaine de convives derrière lui. Ciel était toujours en plein milieu du passage. L'homme ne s'éloignait pas trop du halo de lumière de la grande salle qui empiétait avec peine sur leur pièce et semblait attendre quelque chose.
Le démon regarda autour de lui et elle le sentit se baisser vers elle et s'installer à côté avec la discrétion d'une ombre. Elle s'était cogné le coude en se cachant et massait vigoureusement le futur bleu pour tenter de dissiper la douleur.
« Eh bien Teodor, quand cesserez vous de me faire languir de la sorte ? Je me suis laissé dire qu'un vin de qualité fameuse se cachait dans cette cambuse »
Une voix lointaine leur parvint de la salle.
« J'ai trouvé de quoi nous éclairer, les ampoules ont éclaté la dernière fois et nous n'avons pas encore fait changer celles-ci »
Ciel bougea près d'elle pour mieux s'installer et elle se redressa pour pouvoir observer discrètement les deux nouveaux arrivants.
Un homme de corpulence normale et un deuxième présentant un certain embonpoint avançaient dans la pièce, s'éclairant avec une lampe torche. C'est le plus maigre des deux qui reprit la parole.
« D'ailleurs je crois qu'une vitre s'est aussi brisée toute à l'heure, c'est parfois un peu capricieux comme vous avez pu le constater. Cela vous effraie t-il ? »
« Oh pas le moins du monde, je vous suis très reconnaissant de votre invitation. Ma femme et moi nous sentions isolés ces derniers temps »
« C'est normal, peu de gens peuvent s'offrir le luxe de pouvoir contempler ce genre d'exhibitions »
Ciel bougea de nouveau et elle le sentit secouer son épaule. Elle se retourna vers lui, le sourcil froncé. Il passa un doigt sur ses lèvres pour l'inciter au silence et montra la barrique de vin derrière eux.
Merde
De tous les endroits possibles ils avaient fallu qu'ils se cachent près de ce que ces deux fous étaient venus chercher.
Le démon lui fit signe de se décaler et elle s'exécuta avant de lui indiquer qu'elle ne pouvait pas bouger plus loin à cause des sacs.
Les hommes avaient parcouru la moitié de la distance qui les séparaient et semblaient enthousiastes.
« J'ai également beaucoup aimé la première partie de la cérémonie. Vous avez des arrivages d'une qualité supérieure, comment vous les procurez-vous ? »
« Oh cela ? Il suffit de savoir chercher au bon endroit. J'ai fait enlever la jeune fille de toute à l'heure d'Angleterre, dans une riche maison »
« Sa chair était délicate, vous avez vu cette façon de se découper tendrement sous ma lame ? C'était exquis »
Une seconde, elle cru avoir mal entendu. C'était obligé qu'elle ai mal entendu de toute façon.
Ciel avait recommencé à bouger près d'elle mais elle ne réagit pas. Il finit par tirer sur sa manche et elle tourna à peine la tête vers lui, le laissant chuchoter très bas.
« Allongez-vous »
Elle l'écouta sans véritablement entendre, déjà de nouveau absorbée avec inquiétude par la conversation des deux autres.
« En effet, c'était un lot d'exception »
« Cela valait bien son prix »
« D'ailleurs votre machette est magnifique. Un modèle de collection ? »
« Elle est dans ma famille depuis trois siècles, mes ancêtres s'en servaient au cours de leur explorations au Kenya, ils ont contribué à la découverte d'un des gisement de diamant les plus important de cette partie de l'Afrique »
« Comme c'est impressionnant ! Vous permettez ? »
« Bien sûr ! Je vous la prêterai pour toute à l'heure si vous le voulez ? »
« J'en serais honoré »
Les deux hommes étaient à moins d'un mètre des lourds sacs devant eux et elle comprit que ces derniers n'étaient pas assez hauts pour les cacher suffisamment. Elle regarda autour d'elle sans trouver d'issue mis à part derrière elle, à la gauche de Ciel, près du tonneau de vin.
« C'est celui là ! 1867, une très bonne année »
Elle se pencha sur les sacs et essaya de se baisser mais l'espace étroit lui en laissait peu la possibilité. Elle sentit son cœur redoubler de battements frénétiques. Il fallait qu'ils se cachent rapidement où ils allaient être repérés.
Alors que le faisceau de la lumière de la lampe torche se rapprochait dangereusement d'eux, éclairant le chemin des deux hommes, Ciel la tira à elle et enserra ses épaules sous son regard ébahi avant de la plaquer au sol. Quand il se pencha sur elle, le faisceau lumière atteint au même moment l'endroit où il se situait jusqu'alors, éclairant le mur. Elle cessa de respirer, statufiée. Le démon s'était allongé sur elle pour qu'ils puissent se cacher et s'appuyait sur ses avant bras pour se maintenir, la tête tournée vers les deux hommes.
« Tenez, prenez ces choppes, nous allons les emporter avec nous le temps qu'il soit à température ambiante. Nul besoin d'avertir les autres de l'existence de cette merveille »
« Je ne vous le fais pas dire. Qu'en est-il du lot suivant ? »
« Après le dîner nous organisons une chasse »
« Comme c'est excitant, je paierai le prix qu'il faudra »
« Votre ferveur m'honore Léon »
« Mais je vous en prie, c'est moi qui vous remercie de nous avoir initié à votre cercle restreint »
« Je savais que vous saisirez et sauriez apprécier la finesse des services que nous proposons »
Elle n'était pas sûre de tout comprendre.
Ciel bougea au dessus d'elle et elle fronça les sourcils, sentant les battements de son cœur s'accélérer. Il prit appui sur un de ses bras et elle le sentit descendre progressivement l'autre. Son souffle se coupa instantanément en le sentant passer sa main entre eux, la frôlant au passage. Son cerveau cessa de fonctionner en sentant sa main avancer toujours plus bas dans la mince interstice qu'entouraient leurs deux corps. Il procédait avec lenteur et minutie, comme si le geste à accomplir était délicat. Il s'arrêta au niveau de sa ceinture et elle le sentit comme relever sa chemise. Elle écarquilla les yeux, incrédule.
« Qu'est ce que- »
Sa deuxième main se plaqua aussitôt difficilement sur sa bouche et il lui lança un regard noir et scandalisé, horripilé qu'elle ose parler en risquant de les faire repérer.
Mais expliquez-moi alors !
« Oh sentez comme il a du corps ! Une pure merveille ! »
Sa bouche libérée, l'autre bras du démon fit un mouvement latéral et il le ramena lentement à leur hauteur. Elle distingua une lame dans l'obscurité. Les hommes étaient à présent presque au dessus d'eux, occupés à sentir leur vin de malheur.
Il avait un couteau sur lui depuis le début ?!
« Mais n'avez vous pas peur qu'un incident ne survienne ? Si quelqu'un brise le couvre feu ? »
« C'est déjà arrivé quelque fois. Faire tout cela est très amusant mais il ne faut pas plaisanter avec les règles de sécurité, il faut beaucoup de rigueur pour assurer la sérénité des invités. Tous ceux qui n'ont pas respecté les règles, comme l'interdiction d'aller au sous sol ou aux derniers étages, sont morts ou disparus »
« C'est une lourde charge qui pèse sur vous ... »
« C'est une responsabilité en effet, c'est pour ça que j'ai choisis ce château isolé. Son aménagement est tel que nous pouvons nous contenter des quatre premiers étages sans utiliser les autres »
Elle se sentait de plus en plus mal. Plus elle entendait leur conversation plus elle avait envie de hurler et de les frapper. Ces gens étaient complètement fous, complètement malsains et discutaient maintenant comme deux bons amis autour d'un café.
Ciel semblait dans une colère noire lui aussi. Ses muscles étaient tendus à l'extrême, comme si il s'apprêtait à leur sauter dessus pour les poignarder.
Elle le fixa quelque instant, incrédule et il tourna machinalement la tête vers elle. Elle parla muettement en articulant bien chaque mot pour qu'il comprenne.
« Laissez-les parler nous apprendrons peut être où ils sont »
Son œil détailla ses lèvres avec attention pour comprendre et hocha la tête, une lueur de haine dans le regard.
Elle ne comprenait pas cette façon qu'il avait de se mettre dans une telle fureur quand on parlait de cette secte, lui, un démon. Il lui répondit à son tour et elle se tendit d'appréhension en déchiffrant la phrase muette sur ses lèvres.
« Si ils nous trouve je les tue »
Elle se décala légèrement pour s'installer moins inconfortablement, évitant avec soin de toucher le démon au dessus d'elle. Elle avait une raison de plus d'attendre avec impatience le départ des deux hommes. Elle sentait ses joues s'échauffer et savait que l'obscurité ne serait bientôt plus suffisante pour cacher son embarras. Se rendait-il compte de l'inconvenance de leur position ?
Le démon semblait user de ses muscles abdominaux pour ne pas provoquer de contact entre eux. Il s'appuya finalement sur son genoux pour reposer ses muscles et quelque chose de dur lui écrasa la hanche. Elle se tendit instantanément, grinçant des dents pour ne pas se plaindre à haute voix.
Son pistolet bordel
Elle se tortilla et passa la main entre eux pour essayer d'empêcher la poignée de l'arme de lui rentrer dans la peau. Le démon stoppa aussitôt sa main et ils luttèrent silencieusement, l'une essayant d'atteindre l'arme, l'autre empêchant de la toucher par réflexe.
« Vous me faites mal »
« Restez tranquille »
« Mais aie bordel ! »
« Ce n'est vraiment pas le moment supportez »
Ce n'était même plus des chuchotements, c'étaient des murmures.
Il ne sait même pas de quoi je parle cet idiot
Elle se décala pour ne plus avoir le pistolet dans la hanche et se heurta cette fois-ci à sa deuxième arme sur son flanc droit. Au même instant, le démon se baissa brusquement et les sacs vibrèrent sous le coup de pieds maladroit d'un des deux hommes.
Ils vont finir par nous repérer avec toutes ces conneries
Elle décida d'en profiter pour retirer l'arme du démon de son holster et baissa furtivement la main pour la passer sous sa veste fermée. Elle manœuvra pour s'arrêter au niveau de sa taille et pour passer la main entre le tissu de la veste et de la chemise. Étonnement, ce n'est pas la tiédeur du coton de la chemise que ses doigts tâtèrent à l'aveuglette mais quelque chose de ferme, de doux et d'agréablement chaud.
Le démon tressaillit immédiatement au dessus d'elle, retirant brusquement ses mains pour les relever jusqu'au dessus de sa tête en une fraction de seconde.
Elle écarquilla les yeux, immobilisée. Elle força pour dégager ses bras en vain et il chuchota, agacé.
« Qu'est ce que vous foutez bon sang c'est froid »
Elle bégaya en réalisant l'Erreur, horrifiée.
« Excusez moi je ne voulais p-pas faire ça je voulais enlever le pistolet ! »
Il lui lança un regard teinté d'incompréhension et fronça les sourcils avec impatience. Elle avait du mal à comprendre ce qu'il se passait. Est ce qu'elle avait vraiment fait ça à l'instant ?
Une voix impérieuse et agressive les interrompu la seconde suivante.
« Pas un geste ! Vous n'êtes pas des invités, comment osez-vous souiller ce sanctuaire misérables ?! »
Ciel lâcha ses poignets et ils se lancèrent un regard atterré avant de relever la tête d'un même mouvement vif. Le démon au dessus d'elle suspendit prudemment son geste en cours de route, une lame de machette entrant dans la trajectoire de sa gorge.
Là, les choses allaient se compliquer.
Il y allait définitivement y avoir un bain de sang, seule l'identité des individus dont le précieux liquide maculerait bientôt le sol restait à découvrir. Une fureur frénétique et de la bestialité se lisaient dans le regard du démon et elle su que les hommes ne passeraient pas la nuit.
C'était très laborieux ce chapitre je suppose que vous avez compris pourquoi (c'est super dur à écrire ce genre de scène en fait)
J'espère que je n'ai choqué personne ... Evidemment mon but est de faire réagir pas de traumatiser !
Pour les personnes qui n'ont pas lu le manga et ne comprennent pas la référence au « Campania » c'est dans les tomes 11 et 12 je crois. En gros, Yana Toboso a fait un remake de Titanic version Black Butler, c'est assez énorme (enfin c'est le gros bordel)
Le plaisir coupable d'avoir parlé de quelque chose de "dur" qui touchait la hanche d'Elise xD Eh non je vois pas où vous voulez en venir bande de petites perverses !
Désolée j'ai été longue! Merci pour vos review les filles ! :D
SweetDream-Chan: Aaaah c'est vrai ?! Bon anniversaire en retard ! C'était mon cadeau ! Tu es ma toute première fan je ne peux absolument rien te refuser :3 Que va t-il advenir d'Elise ? Sur le long terme c'est encore très incertain mais sur le court terme c'est tendu ;) merci beaucoup pour ton analyse ! Ça m'intéresse énormément et ça m'a fait plaisir ! Je suis très heureuse de parvenir à faire ressentir toutes ces émotions comme je le souhaite. J'ai du mal à écrire ces dernier temps, je suis moins transportée quand j'écris donc c'est plus dur de faire passer mon ressentit mais j'espère que ce chapitre te plaira :) J'ambitionne d'acquérir un style et fin et léger et je ne préfère pas entrer dans la formulation trop pompeuse parce que je n'ai pas le niveau :/ Par contre que veux-tu dire quand tu dis que mon attachement envers les personnages se retranscrit dans mon histoire ? Je ne suis pas sûre d'avoir compris ^^ Bon chapitre et à la prochaine ! Merci beaucoup de lire cette histoire et d'y être fidèle, j'espère que ce chapitre t'as plût ! Kiss ! ;)
Amellos: Hahaha cette scène je l'adore aussi, je l'imagine tellement bien x) La pauvre, Lenuta est un peu trop brute de décoffrage x) Oui ils sont intéressant, surtout Lewis qui nous permet d'avoir accès à quelques petits détails du passé de ciel en tant que directeur x) Ma foi n'a t-il pas dit qu'il viendrait peut être à Londres dans un futur pas trop éloigné ? En ce qui concerne les intention de Ciel concernant Elise, il souhaite la maintenir en vie et s'occupe même d'elle, ce n'est pas trop éprouvant comme traitement sachant qu'il la laisse tranquille ;) j'espère que ce chapitre te plaira! De rien j'étais inspirée dès que j'ai lu ta review de la dernière fois ! A la prochaine et merci merci encore! kiss kiss :)
Tori-chan: Oui le passage où Ciel (essaie) de peigner Elise a marqué les esprit apparemment ! Hihi ! Enfait j'aime beaucoup ce genre de situation mais uniquement quand elles sont cocasses, les quiproquos quoi ! (J'adoooore les quiproquos tu verra x) Je n'aime pas trop faire ce genre de scène juste pour que ce soit "mignon" et occ, d'où l'importance de comment on tourne les choses xD Je dirais plutôt "je compatis avec Ciel" si c'est ce que tu voulais savoir xD Ah oui ? C'est trop drôle ! J'adore trouver des personnages de fiction qui ressemblent à des personnes que j'apprécie ou même des acteurs célèbre ça me donne des repères ! En fait Ciel appelle toujours Elise "Debussy" parce qu'il ne semble pas spécialement vouloir faire autrement, du coup on a presque l'impression que c'est son prénom à force haha x) Mais oui tu ne peux pas résister quand ils sont un peu froids et qu'il faut un peu creuser pour voir leur vraie personnalité je pense comme toi ;) Haha ! Eh bien Baelish il a un truc lui, mais je ne lui confierait pas une de mes chaussettes à celui là mdr ! Tu es en étude d'art ? :) Oh c'est super ! Je crois qu'on a tous déjà rêvé de faire une bd ... Après ce qui change c'est la motivation, certain s'y attellent d'autre non, tu devrais essayer et ne pas hésiter si ça te fais envie faut se lancer ! Pas de problème d'ennui par ici ;) J'espère que ce chapitre te plaira à la prochaine porte toi bien et merci d'être fidèle ;)
BlackEmilyMalou: Ah te revoilà ! ^^ Grave Lewis et Lenuta c'est la dream team xD ils sont ingérables x) Oui Sebastian est trop chiant *_* en plus il passe son temps à se foutre de la gueule des autres ! Mais c'est une solution possible (rappelons que Ciel a promit quelque chose à Grell en contre partie de son assistance pour garder le manoir Debussy et que cela semble concerner Sebastian hum hum ...!) x) Et oui j'avoue tout: Evans est un nom de contractant de Ciel ;) C'est juste que les démons ne conçoivent pas l'attraction et le désir de la même façon que les humains, le physique n'est pas un élément déterminant, seule l'âme en est un ! OMG Ciel serait en fait un eunuque ?! On lui présente Varys direct (je crois qu'ils s'entendraient super mal x) Je pourrai essayer de confronter Ciel à des tampons dans le futur mais l'histoire va sérieusement perdre de son glamour x'D On verra bien si il peut rougir ! Seul l'avenir nous le dira ... :D Je suppose qu'il a conscience de ne pas être laid, et que ça doit l'aider au quotidien mais ça semble l'agacer parfois aussi qu'on lui porte trop d'attention (*Joyce* EURHM EURHM) Flagada tagada ~~~ Nom de Zeuuuus on va se le faire si il a osé ! Ciel proxénète ? Bon c'est un concept mdr ça serait trop choquant en fait x'D Sinon je te souhaite un joyeux non-anniversaire et espère que ce chapitre te plaira ! Biz à la prochaine en merci beaucoup pour tes review et d'être fidèle ;)
A bientôt et bonne soirée/journée ! (Je pense que le prochain chapitre sera moins gore, j'ai planté mon décors là c'est bon je vais pas m'amuser à trop vous couper l'appétit ^^')
Bisouilles!
