Bonsoir ! Petit chapitre de plus, je sais que mon histoire n'avance pas très vite mais ce n'était pas le but visé en l'écrivant, donc j'espère que ça ne vous dérangera pas.

Je vous mettrai peut-être un chapitre de plus dans le week-end mais je ne promets rien … en attendant, bonne lecture !


Situation : petite avancée dans le temps

PS : désolée pour les fautes, enjoy ! :)


Toni profitait pleinement de ses vacances chez les Blossom. Le temps était clément, le soleil chaud caressait sa peau et elle s'en délectait. Cela faisait bientôt une semaine qu'elle était arrivée chez Jason et elle ne s'ennuyait pas. Son copain lui faisait visiter les environs, l'emmenait se balader dans la forêt car elle lui avait confié à quel point elle adorait les randonnées. Parfois, ils prenaient la voiture pendant plus d'une heure, juste pour aller marcher dans les montagnes, se tenant la main silencieusement durant leur promenade, pour profiter des oiseaux et de la mélodie du vent dans les arbres. Quand ils voulaient échapper à la chaleur de l'été, ils plongeaient dans la grande piscine à l'arrière de Thornhill. Toni aimait y être, c'était une des seules parties de la propriété où elle pouvait trouver des couleurs vives : le bleu turquoise irréel de l'eau, les dalles beiges qui entouraient le bassin, les transats de bois clair, les rosiers et les arbustes d'un beau vert qui ornaient le bord de la terrasse. Et, au loin, le grand parc et la forêt des Blossom, avec les érables, les sapins et les chênes qui donnaient à Toni l'impression que le jardin n'avait aucune limite, qu'il s'étendait à l'infini.

Il y avait néanmoins une chose qui n'avait cessé d'intriguer Toni. Cette chose, ou plutôt cette personne, c'était Cheryl. Toni la voyait parfois arpenter les couloirs, telle une apparition fantomatique, avec sa peau pâle et son air continuellement morose. Toni se demandait combien de fois elle l'avait vue sourire depuis qu'elle était arrivée, et elle pouvait sincèrement compter les occasions sur les doigts d'une seule main. Et c'était toujours grâce à Jason. Il semblait d'ailleurs être le seul à pouvoir faire apparaître un sourire sur ses lèvres, et d'autant plus dans ses yeux.

Cheryl semblait douce, inoffensive, sage, posée. Elle ne faisait jamais de vagues et, quand les parents des jumeaux étaient dans le coin, Toni avait remarqué qu'elle devenait encore plus l'ombre d'elle-même. Elle ne les regardait jamais dans les yeux, elle gardait la tête baissée dès que possible et si elle avait l'occasion de s'échapper à leur présence, elle le faisait sans y réfléchir à deux fois. Parfois, ils se trouvaient tous les trois dans le salon et ils entendaient les pas déterminés de Clifford et Penelope venir vers eux et Cheryl s'éclipsait sans un bruit, légère et muette, avant qu'ils ne fassent leur apparition dans la pièce.

Toni devait avouer qu'elle comprenait la jeune rousse. Les parents de Jason lui faisaient froid dans le dos. Ils dégageaient quelque chose de nocif, de dérangeant. Elle ne pouvait s'empêcher d'être mal à l'aise en leur présence et elle n'arrivait plus à retenir les frissons qui la traversaient quand ils la fixaient intensément.

Toni comprenait donc les réactions de Cheryl, mais elle ne se les expliquait pas. Pourquoi était-elle si distante envers ses parents ? Ou, plutôt, pourquoi étaient-ils si distants et méprisants envers elle ? Toni ne les avait jamais entendus avoir un mot gentil pour leur fille. Pire, ils ne semblaient même pas reconnaître sa présence et, lorsqu'ils le faisaient, c'était pour critiquer indirectement Cheryl. C'était toujours vicieux avec eux, jamais franc, jamais direct. Il fallait qu'ils soient sournois, qu'ils passent par des chemins détournés pour mieux atteindre leur proie. Toni exagérait peut-être en pensant cela, mais quand elle voyait le comportement de la rousse face au couple, elle se disait qu'elle ne devait pas être si loin de la vérité, même si Cheryl ne laissait rien transparaître et semblait toujours être de marbre. Rien ne paraissait l'atteindre ou l'ébranler.

D'ailleurs, Toni se demandait si Cheryl ressentait des choses. Elle n'avait jamais aucune réaction, joyeuse ou triste, à quoi que ce soit. Elle semblait constamment d'humeur égale. Alors les mises en garde de Veronica s'estompaient de plus en plus de son esprit, à mesure que le mystère que représentait Cheryl s'épaississait pour Toni. Elle voulait en savoir plus sur elle, elle voulait l'entendre parler, donner son avis, se rebeller un peu. Prouver qu'elle était vivante, humaine. Qu'il y avait une âme dans ce corps éblouissant mais visiblement brisé.

La seule preuve que Toni avait de l'humanité de Cheryl, c'était l'air mélancolique qu'elle arborait parfois, quand elle pensait que personne ne l'observait. Toni l'avait entraperçu deux fois.

La première fois, c'était en pénétrant dans le salon alors que Cheryl était assise sur le canapé, appuyée contre le dossier, le regard perdu par la fenêtre. Toni sentit une infinie tristesse émaner de Cheryl à cet instant précis. C'était presque surréel, comme si Cheryl était dans une bulle de nostalgie et que Toni pouvait le ressentir. C'était quelque chose dans sa posture, dans ses yeux, dans son tout, mais surtout dans les petits détails. La façon dont elle mordillait très légèrement sa lèvre inférieure, la manière dont ses doigts tremblotaient à peine alors qu'elle se tenait les mains, les sourcils qu'elle avait si subtilement froncés que même elle ne semblait pas s'en rendre compte. Son être entier transpirait ce sentiment de mélancolie et Toni ne savait même pas comment y réagir. Elle finit par se râcler la gorge, pour informer Cheryl de sa présence, et ce simple bruit sembla la sortir de sa transe. Elle jeta un regard incrédule à Toni, comme si elle ne s'attendait pas à ce que le monde évolue autour d'elle. Elle cligna plusieurs fois des yeux et, à mesure, la tristesse dans son regard fut remplacée par ce vide, ce néant, ce rien du tout. Cheryl se leva en silence et quitta la pièce en frôlant le bras de Toni, sans lui adresser un mot ou même un regard. Comme si elle se sentait embarrassée d'avoir été prise en flagrant délit d'émotion.

La deuxième fois, ils étaient tous rassemblés dans la grande salle à manger pour le dîner et ils étaient enveloppés dans un silence pesant. Toni n'osait jamais prendre la parole à table avec les parents des jumeaux. Si Jason se mettait à raconter une histoire ou à poser quelques questions, l'atmosphère s'allégeait immédiatement, mais elle redevenait dense et étouffante dès qu'il arrêtait de parler. Les repas étaient les pires moments de la journée pour Toni. Elle s'y ennuyait à mourir et s'y trouvait constamment mal à l'aise. Cette fameuse fois, la tension était vraiment palpable et Toni en avait du mal à manger. Ne sachant pas où poser son regard, elle releva les yeux vers Cheryl et la fixa un petit temps. Elle avait le visage baissé vers son assiette, comme à son habitude, mais quelque chose attira l'attention de Toni. Si ses pupilles ne lui jouaient pas des tours, il y avait des larmes séchées sur les joues de Cheryl. Ses yeux paraissaient encore vitreux, pleins d'une tristesse non évacuée. Elle semblait se retenir, le temps du repas. Mais se retenir signifiait qu'elle ressentait quelque chose qu'elle attendait de pouvoir libérer. Toni en fut si surprise qu'elle se figea, le temps de prendre en compte le fait que Cheryl avait pleuré et qu'elle risquait de recommencer très bientôt. Son immobilité attira malencontreusement l'attention de Penelope, qui lui demanda si la soupe n'était pas à son goût. Elle détacha son regard de Cheryl pour fixer la matriarche, qui l'observait, les sourcils froncés. Elle lui répondit que la soupe lui plaisait et elle se fendit d'un sourire forcé que Penelope ne lui rendit pas. Quand elle put observer à nouveau Cheryl, cette dernière avait disparu. Elle avait quitté la table sans faire de bruit, son assiette vide et sa cuillère posée en équilibre sur le rebord comme seules preuves de sa présence passée.