Here I am !

Bonne année les loulous ! Je reviens après quelques temps d'absence (je ne vous avait pas habitué à ça avec mes publications hebdomadaires c'est sûr) mais ne vous inquiétez pas l'histoire est loin d'être terminée et je ne l'ai pas oublié (j'avoue ce chapitre m'a donné du fils à retordre). Oui en fait il est 5h33 du mat à l'heure où je le publie donc voilà le délire heureusement qu'on est vendredi (enfin samedi). Le dernier chapitre vous a retourné l'estomac pour certains, moins voir pas du tout pour d'autres donc on va repartir tranquillou où on en était pour se remettre dans l'ambiance (Je rappelle que cette fiction est rated T et qu'en l'occurrence ce chapitre sera moins gore que le précédent mais ne le lisez pas seuls la nuit si le dernier a porté atteinte à votre sérénité du moment :p (mais c'est ça qui est marrant!) *non moi ça va*). Mention spéciale à ma motivatrice principale (elle se reconnaîtra!) et à une nounouille qui a lu le dernier chapitre juste avant d'aller manger~ ;) (Respect mais fais pas la même erreur avec celui là du coup xD)

Je ne vous embête pas plus longtemps et vous souhaite un bon chapitre …. (C'est une fiction et c'est une romance donc ne stressez pas tout va bien se passer, enfin à peu près ...)


« Ciel lâcha ses poignets et ils se lancèrent un regard atterré, relevant la tête d'un même mouvement vif. Le démon au dessus d'elle suspendit prudemment son geste en cours de route quand une lame de machette entra dans la trajectoire de sa gorge.

Là, les choses allaient se compliquer.

Il y allait définitivement y avoir un bain de sang, seule l'identité des individus dont le précieux liquide maculerait bientôt le sol restait à découvrir. Une fureur frénétique et de la bestialité se lisaient dans le regard du démon et elle su que les hommes ne passeraient pas la nuit. »


Chapitre 18 :

Élise plissa les yeux et leva faiblement la main pour se protéger de la lumière agressive, incapable de discerner leur agresseur.

« Quel genre de gentleman êtes-vous pour vous faire surprendre dans de pareils engagements jeune homme ? »

Le démon eu la présence d'esprit d'ignorer sa pique et fit mine de se relever avant que la machette n'effleure agressivement sa peau.

« Pas un geste. Ma patience a des limites »

Il ne broncha pas à la menace explicite et laissa l'arme lui chatouiller la gorge à contre cœur, détaillant l'homme sans un mot. A présent parfaitement calme, son orbe bleu saphir empreinte d'une méfiance animale se détourna lentement de leur assaillant et glissa vers le deuxième homme qui semblait avoir capté son attention. Visiblement plus âgé, il n'avait pipé mot depuis le début de l'altercation et observait simplement la scène de loin en braquant sa lampe sur eux. C'est à lui que le démon s'adressa en faisant fi de la morsure de l'acier sur sa peau.

« Hans Woldsen Teodor Fugger. Je savais bien que vous n'étiez pas de ces fréquentations que l'on recommande »

Le concerné sembla enfin s'intéresser aux intrus devant lui et adressa un signe de tête à son ami qui écarta l'arme de la gorge du démon pour dégager sa vue. Le halo de lumière fut dirigé droit sur son visage, le faisant plisser les yeux d'inconfort. Il profita de sa nouvelle liberté de mouvement pour se redresser et poursuivit d'un air sombre.

« Votre place est derrière les barreaux. J'aurais dû vous y conduire moi même quand j'en avais encore l'occasion »

Le sommet de sa tête rivalisait à peine avec le menton de l'homme armé devant eux qui écoutait sa conversation avec le vieil homme d'une oreille attentive. Ce qu'elle avait pris pour de l'embonpoint dans l'obscurité n'était en fait que du muscle, des kilos et des kilos de muscles qui donnaient à son imposante carrure l'air d'un titan. Les deux hommes portaient de longues pèlerines sombre d'étoffe de qualité sur lesquelles une broche soigneusement fixée à la poitrine luisait faiblement à la lumière de la lampe torche.

Le vieil homme demeura silencieux et la mâchoire contractée du démon trahit sa colère. Il se pencha sur elle sans un mot et lui tendit une main secourable qu'elle saisit après une brève hésitation. Elle se laissa tirer et entrevit une émotion qu'elle ne sut interpréter quand leurs regards se croisèrent.

Ce n'était ni de la colère ni de la peur. Son air froid et la crispation de son visage lui firent croire un instant qu'il souffrait bien que la lame ne l'ait pas coupé. Il la poussa derrière lui d'un mouvement ferme et fit face à celui qu'il appelait Fugger.

Le susnommé abordait un air digne, légèrement hautain. Il semblait aussi dérangé d'avoir découvert des intrus dans son château qu'une punaise dans sa chambre. Sa voix résonna finalement dans la pièce, plus atone encore que son expression.

« Je n'ai pas souvenir de vous connaître jeune homme. Que dieu me garde si j'ai oublié la mention d'un pilleur dans ma chambre froide »

Terminée sur un trait d'humour malvenu, son élocution présentait un accent distingué qui témoignait de l'importance de son rang social, presque autant que celui de Ciel. Ce dernier la laissait toujours émerveillée par la majesté qu'il insufflait à ses paroles. Le démon resta de marbre, visiblement peu d'humeur à badiner et sa voix se teinta d'une menace sous-jacente.

« Ne jouez pas à ça avec moi Fugger. Vous n'êtes pas sans ignorer- »

L'armoire à glace, aussi peu disposée aux pourparlers que lui, réitéra sa menace muette qui incita le démon à s'interrompre pour éloigner le métal de sa gorge.

« Je ne vois pas pourquoi Teodor aurait eu l'idée d'inviter quelqu'un d'aussi ennuyeux que vous. Vous n'êtes pas le bienvenu ici »

C'est un regard aussi méprisant qu'implacable que le démon posa sur lui la seconde suivante.

« Cessez de nous postillonner vos impertinences en interrompant une conversation à laquelle vous n'avez pas été convié. »

La brute plissa les yeux d'un air rogue et ils se jaugèrent longuement du regard. La capacité du démon à toiser un homme qui faisait une tête de plus que lui était assez fascinante mais elle ne s'enthousiasma pas davantage, inquiète par la tournure que prenaient les événements. Le noble semblait décidé à s'aliéner les hommes qui avait leurs vies entre les mains. La brute ne se donna plus la peine d'aborder le moindre formalisme, laissant sa voix refléter avec transparence son attitude haineuse.

« Vous me passerez l'expression mais les blancs-bec dans votre genre je leur écrase leur petite gueule. Alors ne jouez pas avec mes nerfs et levez les mains, pas d'entourloupe »

La pression de la lame sur la gorge du démon augmenta et elle pressa son bras pour l'inciter à ne pas envenimer la situation. Il s'exécuta finalement sans grand enthousiasme et l'homme ne manqua pas de remarquer les Beretta sur chacun de ses flancs.

« Ça et ça, tu me les donne »

Il se désarma non sans un regard perçant et tendit les armes à l'homme qui haussa les sourcils d'appréciation en les soupesant.

« On va s'occuper de toi mon gars tu sera pas déçu du voyage »

Imperturbable, il se contenta de se détourner de leur assaillant pour s'adresser une fois de plus à celui qui se faisait appeler Teodor, les bras toujours levés.

« C'est terminé pour vous Fugger. Pourquoi avoir fuit l'Angleterre sans prévenir ? Vous aviez quelque chose à vous reprocher ? »

Elle fronça les sourcils, rendue sceptique par son assurance. Le regard de la brute se faisait plus désapprobateur et dédaigneux chaque seconde et sa révolte d'être ignoré de la sorte était à présent palpable. Il jeta à terre les biens du démon et s'approcha d'eux.

« Je croyais avoir été assez clair gamin. Ferme là une bonne fois pour toute-»

Le vieil homme leva la main en signe d'apaisement vers son ami avant de parler avec une froideur nouvelle.

« Qui vous envoie ? Interpol ? »

« Pourquoi pas »

Lassée du dialogue chiffré, la brute se tourna vers elle et scruta son visage dans l'obscurité.

« Et l'autre derrière elle a perdu sa langue ? »

Elle tressaillit à l'apostrophe soudaine et sentit ses entrailles tortiller désagréablement au ton désinvolte de la brute. De mauvaise grâce, elle se décala pour lui faire face à son tour sans chercher à réprimer son antipathie. Elle ne connaissait rien de cet homme mais était déjà convaincue de le détester.

« Non. Mais elle fait parler les sots semble t-il »

Il ne réagit pas à la pique et haussa les sourcils en la voyant entrer dans le halo de lumière. Le vieux Teodor derrière lui intervint d'une voix que l'âge avait rendue chevrotante.

« Je ne pense pas connaître cette personne méfiez-vous Léon »

Ses paroles la troublèrent au plus haut point et elle refréna la multitude de questions qui vinrent se presser contre ses lèvres. Le concerne lança un regard au vieil homme, un sourire mi-figue mi-raisin au coin des lèvres.

« Teodor ce n'est qu'une femme. Bien qu'un peu trop impétueuse, je vous l'accorde »

Son regard glissa de nouveau sur elle et son sourire disparu.

« Et on pourrait savoir ce qu'elle fou ici l'insolente ? »

Bien qu'indignée, elle préféra ne rien répondre. Le démon devait tenir à garder leur identité et la raison de leur présence ici secrètes. Les mots lui manquaient, à quoi rimait cette histoire ? Pourquoi avoir enlevé Abby et envoyé cette lettre si il ne la connaissait même pas ? Qui avait voulu la faire venir si ce n'était pas lui ?

Constatant le mutisme du démon à ses côtés qui ne semblait même plus daigner écouter la conversation, le sourire licencieux de la brute refit surface, la faisant serrer les dents de malaise.

« Vous vous connaissez au moins ? Tu dois être stupide pour l'avoir accompagné jusqu'ici »

Elle ouvrit la bouche pour la refermer après quelques secondes d'échec cuisant, perturbée. Le démon à ses côtés ne prit pas la peine d'intervenir et elle laissa libre court à son indignation en répondant avec un sarcasme mal assumé.

« A vrai dire je suis colporteuse de navets, et lui bûcheron. Nous nous sommes rencontrés dans la forêt pendant ma cueillette de champignons et avons préféré venir ici, histoire de faire un petit scrabble au coin du feu pour faire connaissance. Vous connaissez la suite je suppose ? »

Le regard de l'homme se durcit, fiévreux de colère et elle s'imposa le silence pour ne pas empirer leur cas.

« Une petite branleuse comme toi n'a rien à faire ici alors il va falloir arrêter de te payer ma tête où il va t'arriver des bricoles. Rends-toi utile et aide-moi à me détendre les nerfs »

« Je ne mérite pas tant d'attention, que diriez-vous de retourner profiter de cette belle soirée et de vous limiter à la gestion de vos affaires sans nous retarder plus longtemps ? »

Elle jeta un rapide coup d'œil au démon qui fixait désespérément le vide d'un air absent avant de comprendre qu'il réfléchissait. La brute lui lança un regard lourd de menaces et ses yeux ne furent plus que deux fentes.

« Tu vas apprendre à faire ce qu'on te dit de faire c'est moi qui te le dis »

« Enfin Léon, vous n'avez pas l'intention de les tuer ? »

Il se retourna finalement vers Fugger, l'air mauvais.

« Peut être pas l'insolente, elle pourrait me servir en faisant des efforts. Mais ma femme est ici c'est le problème »

Elle se retint avec peine d'intervenir, inquiétée par l'initiative de l'homme.

« Oh. Je suppose que je peux vous procurer une deuxième chambre si vous le souhaitez »

« Ce serait parfait. Après le dîner »

Elle se figea sur place, espérant avoir mal interprété les propos de l'homme. Elle lui lança un regard noir et raffermit sa voix pour tenter de gagner en crédibilité.

« Allez plutôt faire le tour des bordels de la ville et soulagez-nous de votre balourdise affligeante par la même occasion »

Il hocha la tête d'un air dangereusement conciliant, un sourire aimable parfaitement hypocrite sur les lèvres.

« Ce ne sera pas nécessaire. Je trouve un charme certain aux femmes impétueuses, ce sont elles qui se défendent le mieux »

« Moi j'apprécie les hommes qui ne se rabaissent pas à menacer des gens désarmés ! Vous faîtes peine à voir c'est pitoyable ! »

Il la regarda dans les yeux et son regard amusé l'inquiéta. Il s'en fichait bien de ce qu'elle pensait.

« Quant à moi, chère insolente, il me tarde de m'occuper de toi pour te délester de toute cette fougue. Serait-ce la frustration accumulée qui te rends aussi impétueuse ? Notre ami Phantomhive manque décidément à tous ses devoirs »

Elle eu la plus grande envie de le frapper, révoltée par ses propos éhontés.

J'ai une tête de frustrée sexuelle connard ?

Elle rétorqua avec véhémence, jetant un regard à la machette qui semblait être la cause de tous leurs maux.

« J'espère qu'un jour vous nous ferez la jouissance de vous empaler sur ce spécimen »

Un rictus satisfait étira ses lèvres malgré le mépris évident dans ses propos.

« Il y a des moyens bien moins sanglants d'accéder à la jouissance mais vous n'aurez pas cette chance »

Elle explosa, suffoquée par son insolence.

« Faîtes mine de me toucher et c'est mon pied dans les couilles espèce de s-»

Le démon plaqua vivement la main sur sa bouche pour exonérer l'assemblée de la suite de sa réplique discourtoise qui mourut dans sa gorge dans un grognement étouffé. Elle se dégagea sans ménagement et se redressa pour faire face à son regard récriminateur qui parvint à lui imposer le silence sans plus d'efforts.

« Cela suffira pour aujourd'hui Debussy »

Elle lui lança un regard noir et se retint de s'énerver de plus belle en apercevant le sourire amusé de la brute. A qui la faute si elle était obligée de se défendre toute seule ? Qu'attendait-il pour tenter quelque chose ? Son langage était bien la dernière de leurs préoccupations, dans quel monde était-il parti ?

Le démon lui jeta un dernier regard désapprobateur et se retourna une énième fois vers le vieil homme, sortant enfin de son mutisme avec un détachement sidérant. Fugger la fixait de ses yeux pâles avec une méfiance nouvelle.

« Fugger. Vous avez parlé d'un couvre feu et d'étages interdits tout à l'heure. Que cachez-vous ici qui soit si compromettant pour votre famille ? »

Étonnée elle aussi par le changement de ton inopiné de la conversation, l'armoire à glace manifesta son impatience et présenta de nouveau l'arme sous la gorge du démon.

« Ta gueule. Tu sais ce qui t'attends à faire le con toi ? »

Ciel repoussa l'acier tranchant de ses doigts d'un geste irrité, une lueur irascible dans le regard.

« J'essaie d'avoir une conversation avec cet homme je vous prierai d'extérioriser votre frustration plus loin merci. Fugger répondez »

Le concerné le toisa d'un air impérieux et elle déglutit difficilement, inquiétée par la disparition instantanée d'émotions sur le visage de la brute. Le vieil homme ne parlait jamais, uniquement quand c'était pleinement nécessaire, plus fourbe que la mort elle même.

« Cela ne vous concerne aucunement. Pourquoi êtes-vous venu jusqu'ici ? »

Le démon soupira d'impatience, agacé qu'on lui réponde une fois de plus par une autre question. L'homme à la machette lui lança un dernier regard indéchiffrable avant de se retourner vers la porte qu'ils venaient de franchir.

« Messieurs approchez ! Nous avons un invité des plus distingués, le Comte Phantomhive en personne ! »

Elle écarquilla les yeux d'horreur en entendant les exclamations enthousiastes depuis la salle de banquet. Si la situation était déjà critique avec deux hommes comment allait se finir cette histoire avec tout le reste de la clique ?

Elle sentait la syncope approcher à grand pas et commençait sérieusement à douter que le démon soit en mesure de les sortir de cette mauvaise passe.

Ce dernier haussa simplement le ton, pour se faire entendre par dessus la clameur nouvelle des initiés.

« C'est pour empêcher vos invocations d'échouer que vous sacrifiez des innocents ? Que cherchez vous à faire au juste ? J'ai un mandat d'arrêt contre vous de toute façon, vous vous expliquerez devant la justice de sa majesté »

La coupe de vin du vieil homme heurta brusquement le sol à leurs pieds dans un fracas cristallin et elle sursauta d'inquiétude à sa perte totale de sang froid.

« Vous posez trop de questions Phantomhive ! Je savais bien que vous étiez du genre à fourrer votre truffe de sale cabot de la reine dans les affaires des autres mais là vous allez trop loin ! »

Un sourire inquiétant naquit progressivement sur les lèvres du démon tandis que la peur s'insinuait dans le regard du vieil homme et elle papillonna des yeux, déstabilisée.

« Ce n'est que mon travail, je vous en prie. Vous vous êtes aliéné la couronne britannique et vous en assumerez toutes les conséquences »

Mais enfin il le connaît ou il le connaît pas ?!

« Je m'en occupe Teodor »

La brute se retourna vers eux, l'air hargneuse.

« Tu t'occupera pas des affaires des grands la prochaine fois gamin »

Il devait y avoir une vingtaine d'années physiquement entre lui et le démon et leur gabarit avaient peu en commun de par sa charpente inhumaine mais le noble était loin d'être de constitution chétive et ce surnom n'était pas adapté. Ce dernier ignora la brute et reprit la conversation fastidieuse.

« Fugger vous êtes en train de me faire perdre mon temps alors apprenez la discipline à cet écervelé et laissez-nous immédiatement partir ou les choses se passeront encore plus mal pour vous qu'elles ne se profilent déjà »

Un silence accueilli ses paroles et elle cru avoir mal entendu pendant de longues secondes, rendue incrédule par sa témérité. La brute qui tenait toujours sa machette sur la gorge du noble éclata de rire devant son air on ne peut plus sérieux mais Fugger resta de marbre.

« Jamais entendu de conneries pareilles ! Tu vas mourir bien sagement sans faire d'histoires maintenant qu'on t'a laissé faire ton cirque d'accord ? Allez, donne-la papatte »

Le démon sourit à son tour, l'air vaguement amusé.

« Vous êtes long à la détente Brejnev »

Elle tilta au nom qu'employait le démon pour s'adresser à la brute et sursauta quand la porte claqua sur leur droite, les privant de la lumière de la salle de banquet. Ciel réagit au quart de tour et repoussa la machette de l'homme sans ménagement pour le peu qu'elle en distingua dans l'obscurité. Il tourna ensuite la tête et fondit sur Fugger à une vitesse folle. La lampe du vieil homme s'éteignit la seconde suivante et l'intégralité de la pièce fut plongée dans le noir.

« Crevure de chien de garde ! »

La fin de sa phrase fut interrompue par un coup et elle se recula vers le mur, inquiète. Elle ne voyait rien et ne percevait que les grognements de douleur que la brute émettait depuis peu. Un bruit d'acier qui entrait en contact avec le carrelage se fit entendre plusieurs fois et elle pensa à la machette. Le grognement rauque qu'elle entendit au bout de quelques secondes de lutte ne fut pas celui de la brute.

« Ciel ?! »

« Tu ne nous avais pas habitué à cette faiblesse Phantomhive »

« Léon ne saccagez pas mon cellier ces fûts contiennent des vins de deux-cent ans d'âge ! »

« Bon sang il faudrait savoir ce que vous voulez c'est Phantomhive ou les vins »

Le vieil homme croassa depuis le fond de la pièce, la voix chevrotante.

« Tuez-le. Il me traîne dans les pattes depuis trop longtemps »

Il se décida à poursuivre, l'air contrarié.

« Doucement quand même il y a des Scotch près de vous auxquels je porte un tendre intérêt »

Mais il pense qu'à boire ?!

« Et après on dit que les Russes sont des ivrognes. Tu entends ça Phantomhive ? On va en faire des heureux en te buttant »

Elle avança à tâtons, inquiétée par le son de douleur qui avait passé les lèvres du démon. Dans la précipitation, son pied heurta quelque chose qu'il envoya à l'autre bout de la pièce. Elle rencontra finalement une masse imposante et agrippa à l'aveuglette le tissu de la pèlerine. L'homme se dégagea d'un geste brusque et sa main chercha la poignée de la machette, le gênant dans ses mouvements.

« Te mêle pas de ça toi »

Elle attrapa son poignet pour tenter de la faire lâcher prise tandis qu'un bruit de fracas se faisait entendre sur leur gauche. Il la bloqua en plein mouvement sans grande surprise et elle se résolu à viser sa gorge avec son bras libre pour le déstabiliser. L'homme tressaillit et elle mordit de toutes ses forces la main qui lui écrasait le poignet. Elle reçu un violent revers qu'elle ne vit pas venir et fut propulsée contre le mur, les poumons vidés par le choc. Elle entendit le son mordant de l'acier qui ravageait tout sur son passage et envoyait les bouteilles et autres bocaux au sol avant de laisser son front reposer contre le sol frais, éprouvée par le choc.

« Tu vas pas m'échapper éternellement gamin »

Un son de glissement la fit se redresser, comme si quelque chose venait d'arriver près d'elle et la voix du démon résonna depuis l'autre bout de la pièce.

« Debussy prenez-le ! »

« N'y touche pas ou ça va mal se passer ! »

Interloquée, elle se redressa en un quart de seconde et tâta le carrelage à la recherche d'elle ne savait trop quoi en évoluant à quatre patte, la respiration frénétique.

Une main la saisit et remonta jusqu'à son cou et elle sentit ses doigts entrer en contact avec un manche de métal froid. L'homme s'approcha pour s'en saisir et elle lança l'arme à l'aveuglette à l'autre bout de la pièce.

Le démon avait accouru vers Élise mais observa Brejnev l'atteindre avant lui avec impuissance. Il couru et se laissa glisser sur le carrelage pour prendre de l'élan. Juste avant qu'il n'atteigne la brute, il aperçu l'arme lancée au dessus de sa tête et atterrir près de Fugger. Il s'empressa de faire demi tour en catastrophe, se freinant et se redressant comme il pu, manquant de peu de glisser sur le vin que les fûts éventrés déversaient par flots. Il se jeta sur le vieil homme qui avançait à tâtons pour récupérer l'arme. Son deuxième Berreta avait été perdu dans le foutoir des provisions par le coup de pied d'Élise et n'était plus à portée de main, où qu'il soit. Il ne fallait pas que le vieil homme soit en capacité de se servir de l'autre où la situation deviendrait particulièrement dangereuse. Il envoya son coude dans sa nuque et le vieil homme tomba dans l'inconscience sur le coup.

Élise commençait à suffoquer. L'homme l'agrippait toujours fermement et elle espéra que le démon avait réussit à atteindre l'arme. La brute lâcha brusquement son bras quand elle entendit le pistolet retomber au loin et elle se rua sur lui pour le retenir. Elle sauta et passa ses jambes autour de son torse pour l'empêcher de marcher. Sa tête tournait furieusement depuis le choc.

Alors qu'ils luttaient, lui pour la dégager et écarter son avant bras qu'elle pressait contre sa gorge et elle pour ne pas se faire éjecter, quelque chose les percuta de plein fouet et les fit tomber à la renverse, complètement déséquilibrés. Ahurie, elle sentit ses coudes heurter douloureusement sur le sol trempé sans être en mesure de comprendre quoi que ce soit à ce qu'il venait de se passer.

Le démon avait aperçu l'homme qui se dirigeait vers lui et avait préféré lancer l'arme vers la sortie pour ne pas avoir à s'en servir et alerter tout le château. Il se précipita sur lui et le percuta dans un plaquage brutal qui le fit perdre l'équilibre sur le coup. Élise était tombé à côté et reculait vers le mur à l'aveuglette, l'air hébétée.

Le démon attrapa la gorge de la brute et pressa son genou au creux de son sternum pour finir de l'immobiliser.

« Je ne suis pas aussi transigeant qu'elle en négociations Brejnev il va falloir remettre cette partie de scrabble à plus tard »

L'homme se débattit furieusement pour se libérer et le noble se retourna vers elle pour l'appeler, à bout de souffle.

« Debussy »

Elle cligna des yeux quelques secondes et releva la tête vers sa voix, alerte.

Même avec un seul bras, la brute avait saisi sa gorge et entrepris de la broyer avec sa force surhumaine. Sa voix était saccadée à cause du manque d'air et de la douleur que lui imposait ses efforts pour maîtriser la brute.

« N'écoutez pas »

Elle sembla étonnée et mis ses mains à ses oreilles avec hésitation, l'air inquiète.

Serrant les dents sous l'effort et la souffrance conjoints, le démon à court d'oxygène sortit le poignard de sa ceinture la seconde suivante et le logea sans cérémonie dans la jugulaire de la brute qui avait presque réussi à se redresser. La prise de l'homme sur son cou faiblit et il s'effondra sur le sol quelques secondes plus tard, l'air ébahi.

« C'est ici que nous nous séparons Brejnev. C'était un plaisir, comme toujours »

Il trancha la chair d'un large mouvement latéral et le sang gicla de l'artère avec un débit inouï. L'homme gronda quelques paroles inaudibles en retour, noyées par l'afflux d'hémoglobine dans sa gorge.

« Phan-tomhive. Fils. De- »

Il sursauta dans une convulsion sinistre et expira son dernier souffle quelques instants plus tard, les yeux rivés sur le démon.

Le noble essuya la lame sur la pèlerine maculée de sang et de vin et se releva avec difficultés en prenant lourdement appui sur le cadavre pour ce faire. Il tituba jusqu'à Élise qu'il saisit par le bras sans ménagements pendant que des hommes martelaient frénétiquement sur la porte pour pouvoir entrer. Ils dépassèrent Fugger inconscient et le démon le laissa là.

Élise s'agrippait au bras de Ciel, évoluant dans le noir avec difficultés. Elle trébucha quelques fois et le démon la lâcha quelques instants avant de lui faire passer une porte qu'il referma derrières eux.

Les choses étaient bien trop troubles pour elle. Qu'était-il arrivé à ce vieil homme et comment connaissait-il le démon ? Pourquoi avait-elle l'impression de passer à côté de tout ?

Elle frissonna, remarquant enfin qu'elle était glacée. Le couloir était éclairé et ses yeux protestèrent à la lumière soudaine mais elle récupéra la vue avec soulagement. Son cœur tambourinait encore dans sa cage thoracique. Elle se retourna vers le démon qui s'appuyait lourdement sur la porte d'un avant bras, dos à elle. Il semblait haletant.

« Ciel ? »

Il se saisit l'épaule et se retourna, les mèches de cheveux trempées de sueur et d'un liquide sombre et rougeâtre. Il semblait sérieusement mal en point.

« Mais qu'est ce que vous avez ?! »

Il la dépassa et rejeta la main qu'elle avait tendue avec précaution pour atteindre son épaule.

« La lame m'a coupé »

« Laissez-moi voir »

« Cela ne sert à rien »

Elle soupira, impuissante.

« Vous semblez étrange »

Il bougeait son bras avec hésitation, la main fermentent pressée sur l'épaule blessée. Il semblait étirer ses muscles dans des moulinets précautionneux.

« La machette est bénite »

Le liquide carmin se distinguait mal sur ses habits noirs mais elle pouvait voir les taches sombres au niveau de son épaule. Ses habits à elle elle étaient trempé d'un liquide odorant qu'elle identifia comme étant du vin.

« Vous voulez qu'on se repose pour que vous puissiez récupérer ? »

« Non. Avancez et taisez-vous. »

Sa blessure semblait l'avoir rendu irascible, ou peut être était-ce une autre raison. Il poursuivit sa marche dans le couloir et elle se décida à le suivre, peu rassurée par les hommes qui n'allaient pas tarder à prévenir à entrer dans la chambre froide. Qu'allaient-ils y découvrir une fois la lumière revenue ?

Les murs du corridor étaient recouverts de tentures et de tapisseries tissées à la main qu'elle ne pris pas le temps d'admirer. Il fallait mettre le plus de distance entre eux et les invités si ils voulaient pouvoir rechercher Abby sans être gênés.

Elle inspecta leurs arrières toutes les cinq secondes pendant leur progression et le couloir déboucha sur un grand hall faiblement éclairé. Désert, il était dominé par une imposante cage d'escalier de bois plus ancienne que la somme de leurs deux âges réunis. Les tapisseries des murs avaient laissé place à des motifs austères qui révélaient l'âge avancé de la bâtisse. Le hall donnait accès à un autre couloir plus loin sur leur droite mais le démon se dirigea vers l'escalier et s'engagea sur les marches de chêne. Elle fut surprise de le voir chercher à monter au lieu de gagner les étages inférieurs qui lui semblaient bien plus sûrs.

« Où allez vous ? L'homme a dit de ne pas s'éloigner »

Ses pas persistèrent, effleurant à peine le parquet.

« Les oubliettes ne se situent pas dans les quartiers habités. Comme elles ne sont pas non plus au sous-sol il ne reste que la possibilité du grenier. Je pense qu'ils y cachent quelque chose »

Elle soupira lourdement et ne lutta pas plus longtemps. A quoi bon ? Il ne l'écouterait pas de toute façon. Pire, il risquerait de l'abandonner là.

Son regard chercha le haut des marches. Noir et insondable. L'escalier de bois verni s'enroulait autour du mur et atteignait un premier palier avant de continuer pour donner accès aux étages supérieurs. Bien que la lumière s'arrêtait à leur étage, elle avait une vue dégagée sur ce qui les attendait plus haut: les ténèbres.

« Vous êtes déjà passé par ici ? »

« Oui »

Elle fronça les sourcils, essayant de se rappeler en détails leur rencontre quelques mois plus tôt. Le bois grinçait presque douloureusement sous elle quand elle se déplaçait avec légèreté pour ne pas signaler leur position, la convaincant de la fragilité du matériau. Ils arrivèrent au premier pallier et le démon sonda la couloir avec attention avant de poursuivre son ascension sans un mot. Prise de frissons, elle scruta la noirceurs de étages au dessus d'eux et déplora de devoir s'y aventurer.

Fugger a dit que ceux qui s'y aventurait n'en revenaient jamais

Ils montèrent de nombreux étages qui ne semblaient jamais satisfaire le démon et elle se crispa plusieurs fois contre la rambarde intérieure, redoutant que le bois ne cède sous elle.

Les portraits qui décoraient le grand escalier de bois poli étaient ternes et inquiétants. Les visages à l'expression figée étaient si déshumanisés qu'elle avait l'impression d'être entourée de poupées et de figurines de porcelaine qui la scrutaient sur son passage.

Le démon ne s'arrêta que lorsque l'escalier déboucha sur l'un des tous derniers couloirs, silencieux et désert comme les autres. Il régnait dans ces lieux une purée de pois et une ambiance de mausolée qui lui déplaisaient particulièrement. Les premiers étages du château étaient définitivement habités et aménagé. Ici, le monde ne se résumait qu'aux ténèbres, à un silence lugubre et à une odeur foncièrement désagréable qu'elle ne parvenait pas à identifier.

« Faisons demi-tour, ils n'enfermeraient pas leurs otages dans un endroit aussi dangereux »

« Je compte découvrir ce qu'il cachent »

« Mais ça n'a pas de rapport avec la mission »

« Alors nous poursuivrons la mission plus tard »

Elle serra les dents, désapprouvant plus que totalement l'exploration de ces couloirs en particulier. Elle n'avait plus à le cacher: ce couloir la terrifiait. Ils ne voyaient même pas où ils allaient.

« Vous ne faîtes toujours que ce qui vous arrange vous ne tenez jamais compte des autres »

Il se tourna vers elle, haussant les épaules.

« Vous êtes venue ici de votre plein gré Debussy »

« Mais vous n'avez pas à tout m'imposer sans jamais consulter mon avis comme vous le faite ! »

« Je suis le seul habilité à décider de nos actions je croyais avoir été clair sur ce point »

Elle avait envie de crier pour se faire enfin entendre. Ne comprenait-il pas ce qu'ils risquaient si ils s'aventuraient plus loin ?

« Je suis sûre que vous ne sentez même pas de présence humaine à cet étage ! »

« Ce n'est pas ce qui m'importe »

« Nous allons mourir si nous continuons plus loin ! »

« Je n'ai pas de compte à vous rendre sur ce que nous faisons tant que je vous ramène à Londres avec votre amie, c'est ce que nous avons convenu »

« Convenu ? C'est un simple contrat que nous avons passé alors vous vous en fichez parfaitement de ce que je pense ! »

Sa voix se fit plus sèche, presque cassante.

« Un contrat exige des engagements réciproques, une contrepartie à la peine que je me suis donné pour vous emmener jusqu'ici alors que je n'y gagne rien à part d'être retardé par vos soins »

Elle serra les dents de rage. Sa prétention n'avait donc pas de limites ? Pour qui se prenait t-il à mépriser le monde entier ? Elle s'arrêta net et défia le démon qui se retourna vers le couloir sombre après lui avoir lancé un regard lassé.

« Comme vous voulez. Restez là je reviendrais vous chercher quand j'en aurais terminé »

Il récupéra une des torches du mur et l'alluma avant de se saisir d'un Beretta et d'avancer vers les ténèbres avec sa désinvolture habituelle.

« Si je ne vous retrouve pas tant pis pour vous »

Elle releva dignement le menton sans céder au chantage.

« Tant mieux. J'en ai par dessus la tête de vos caprices »

Un rire bref se fit entendre depuis le couloir et elle le fusilla du regard. Il se retourna avec un sourire amusé qu'elle distinguait à peine dans l'obscurité.

« Mes caprices ? »

Il s'assombrit, agacé.

« C'est vous qui n'en avez fait qu'à votre tête et avez décidé de regarder les photos malgré mon interdiction et c'est à cause de vous et de votre discrétion de pachyderme que nous avons été repérés alors épargnez moi vos commentaires importuns et malvenus et faîtes-moi le plaisir de vous taire. »

Elle se retint de fermer les yeux de honte pour se réveiller du cauchemar qu'elle était en train de vivre.

« Ok peut être mais grâce à ça vous vous êtes débarrassé de deux ennemis de la couronne, c'était un mal pour un bien »

« Plus de mal que de bien croyez moi. J'aurais très bien pu faire cela sans mettre notre vie et la mission en danger »

Elle se pinça les lèvres, rechignant à empirer son cas.

« Je ne pouvais pas savoir que cet abruti avait fait bénir sa lame ou je ne sais pas quoi ! Qui ferait ça sérieusement ? »

« Disons quelqu'un qui fait des invocations démoniaques, qu'en dîtes-vous ? »

Les mots lui firent défaut et il lui lança un dernier regard mordant avant de faire volte face et de s'enfoncer dans les ténèbres. Elle se mordit de nouveau la lèvre et le regarda partir sans un mot, l'estomac croulant sous une masse d'anxiété. Il partait vraiment ? Se séparer était la pire solution possible. Pourquoi ne l'écoutait-il jamais ?

La lumière nouvelle de sa torche s'éloignait et les ténèbres menaçaient de la submerger au milieu de tous les tableaux lugubres. Elle tint moins de cinq secondes seule sur l'escalier noir à sentir les courant d'air sur ses joues avant de se précipiter sur les pas du démon, rouge de honte et de colère.

Elle le rattrapa avec empressement en inspectant chaque recoin que le halo de lumière lui permettait de distinguer et sa voix narquoise retentit devant elle.

« Vous ne pouvez pas vous passer de moi »

Elle plissa les yeux, agacée.

« Bien sûr que si. Vous m'avez laissé sans lumière, j'aurais pu me casser le cou dans l'escalier ! »

Il haussa les épaule d'un air peu concerné.

« Je vous avais prévenu »

Elle le suivit en silence, assez horripilée pour maintenir une certaine distance entre eux mais trop terrifiée pour s'écarter davantage. Ce fourbe n'avait jamais compté la laisser derrière lui et avait réussi à la manipuler avec brio en lui faisant croire qu'elle avait le choix. Il s'employait maintenant à allumer les torches du couloir au fur et à mesure de leur progression elle ne pu nier que cela avait pour effet de la rassurer en conséquence.

Au moins maintenant si quelqu'un ou quelque chose veut nous tuer on saura à quoi il ressemble, histoire de ne pas mourir trop cons

La pierre remplaça progressivement le bois au sol et aux murs et la décoration bien plus rustique lui rappela la cuisine désaffectée de nombreux étages plus bas. Toutes les portes étaient soit closes, soit munies d'épais barreaux et l'obscurité ne leur permettaient pas de distinguer le contenu des pièces. Le démon éprouvait son épaule devant elle, faisant travailler les muscles de son bras.

Les torches furent bientôt si espacées les unes des autres qu'elle ne distingua plus où elle mettait les pieds.

Ciel marchait toujours devant elle, s'enfonçant dans son mutisme avec plus de succès chaque minute. Son dos et ses larges épaules étaient la seule chose qui lui rappelait la raison de sa présence dans un endroit pareil bien qu'elle n'était même plus sûre d'être spécialement sereine en sa compagnie à présent. Qu'est ce qui lui avait pris d'être aussi intransigeant quelques minutes plus tôt ? Pourquoi avait-il été si froid ? Elle était désolée d'être un fardeau et une gêne mais que pouvait-elle y faire maintenant ? Venir s'excuser ?

Elle s'en voulait particulièrement, il était blessé par sa faute ce qui se révélerait être un vrai problème si ils croisaient d'autres fous. Mais malgré cela elle ne voulait pas qu'il la considère comme une femme servile et soumise à ses humeurs. Elle ne voulait pas s'excuser en sachant pertinemment qu'il l'ignorerait à coup sûr. Cela lui importait peu qu'elle s'excuse, c'était juste ce qu'attendait son ego surdimensionné pour sa satisfaction personnelle.

Je vois même pas pourquoi tu te prends la tête avec ça

Les cellules se succédaient le long des murs et elle aperçu vaguement des paillasses, des seaux, du sang pour certaines et d'autres meubles qu'elle ne pouvait pas discerner dans le noir. Personne ne se manifesta sur leur passage mais elles n'osait pas crier victoire trop vite. Finiraient-ils par croiser quelqu'un ? Que risquaient-ils vraiment dans cet endroit ?

La providence lui donna raison quand elle fut sortie de ses pensées par un gémissement rauque, un son guttural qui se répéta inlassablement. Le démon se stoppa net et dirigea le canon de son arme vers les ténèbres devant eux.

« Qui est là ? »

Les gémissement cessèrent et un silence provoquant lui répondit. Le cœur serré, elle attendit que la chose qui produisait ces plaintes se manifeste de nouveau. Le démon lui tendit la lumière pour pouvoir tenir convenablement son arme et continua sa marche, gardant constamment le canon braqué devant eux. Tous les muscles de son corps semblaient en alerte, prêt à réagir dans le millième de seconde et elle leva aussitôt la torche dans l'espoir de se rendre utile.

Ils avançaient depuis quelques mètres sans qu'aucun son ne soit venu troubler le silence quand un cliquetis métallique à sa gauche la fit tressaillir et elle cria de saisissement en voyant la main enchaînée qui tentait vainement de l'atteindre à travers des barreaux. Son propriétaire se colla contre le fer et son visage noir de crasse fut éclairé par la torche. Le démon la poussa aussitôt en arrière avant de pointer l'arme sur ce qui semblait être un être humain. L'inconnu avait le visage creusé par le manque de nourriture, tremblant et affalé sur les barreaux. Son teint cireux luisait à la lumière de la torche. Il tourna la tête d'un geste sec et éclata d'un rire rauque avant d'entamer une série de grognement inaudibles qu'elle ne comprit pas. Ses yeux d'un blanc crémeux lui indiquèrent que l'obscurité perpétuelle avait eu raison de son acuité visuelle et il semblait relever sa tête pour mieux percevoir les sons de son entourage.

« Qui êtes vous »

Il tiqua à l'intervention du démon qui braquait l'arme droit sur son crâne, penchant la tête de côté et plissant les yeux, comme choqué par ses paroles. Ciel baissa l'arme et lança un regard lourd de menace à l'homme qui fut incapable de saisir l'avertissement. Il semblait surpris d'entendre quelqu'un parler, comme si le langage humain lui était inconnu. Un rire éraillé sortit finalement de la gorge. D'abord avec hésitation, il crû progressivement au fur et à mesure que son hilarité grandissait. Elle fronça les sourcils, ahurie par l'état de l'homme qui s'agrippait à la rambarde comme un mourant s'accrochait à son gibet.

Il est complètement fou

Il s'arrêta brusquement en s'étouffant dans sa propre bave.

« ... Er. -artez »

Il frappa sa chaîne contre les barreaux et le choc sourd résonna dans tout le couloir. Il releva la tête et recommença une deuxième fois, puis une troisième en constatant qu'ils n'avaient pas fait le moindre geste.

« Mais arrêtez enfin ! Pourquoi fait-il ça ? »

L'homme ne l'entendait même plus et faisait à présent un vacarme à réveiller les morts. Horripilé, elle saisit sa main pour stopper son mouvement avant qu'il ne signale leur position à tout le monde. A peine l'eut-elle effleuré qu'il agrippa son bras à pleines mains et le tira brusquement vers lui. Estomaquée, elle discerna à peine le vieux clou rouillé émerger de ses haillons avant qu'il ne transperce agressivement sa chair. La vision du sang et de la pointe du clou dans son poignet la firent crier de douleur et elle tenta vivement de récupérer son bras. Le démon fut sur eux en une fraction de seconde et saisit son bras qu'il immobilisa pour arrêter son mouvement de recul qui aggravait l'entaille. Il frappa sans douceur l'homme avec le manche de l'arme dans un soucis de discrétion et le fou s'effondra sur le sol, frappé en plein crâne.

Le gros clou tomba sur la pierre et la chaîne cliqueta une dernière fois avant que tout ne redevienne silencieux. Elle se détourna aussitôt pour jeter un regard horrifié à sa plaie qui formait à présent une marre de sang dans sa peau.

« Il est complètement malade ! »

Le démon rangea son arme et détailla son bras.

« Pourquoi diable avez-vous passé votre main à travers les barreaux ? »

Elle saisit son poignet qu'elle serra instinctivement dans la vaine tentative de l'indoloriser.

« Mais il allait alerter tout le château cet inconscient ! Il est cinglé ! »

« Cela vaut mieux pour lui. Montrez-moi »

Elle replia son bras vers elle pour l'éloigner du démon et attendit une explicitation, les sourcils froncés par la douleur. Constatant son mouvement de recul, il claqua la langue et leva les yeux au ciel avant d'accéder à sa requête muette.

« Cet homme est ici depuis plus d'une dizaine d'années pour être dans cet état »

Il se rapprocha et saisit son bras pour l'examiner malgré sa réticence. Elle crispa ses ongles dans sa paume et serra les dents d'appréhension.

« Ne dîtes pas n'importe quoi il serait déjà mort ! »

« L'obscurité ne rend pas aveugle en quelques mois »

Il posa un doigt près de la plaie en la détaillant avec attention. Elle aurait presque frissonné sous le contact et son agréable chatouillement si tous ses nerfs n'étaient pas déjà focalisés sur le trou dans son bras.

« Vous aviez bien besoin de vous faire estropier. Ne refaites plus jamais quelque chose d'aussi stupide »

Elle dégagea son bras avec colère.

« Si vous êtes assez bête pour croire que c'est agréable ! Et comment cet homme aurait-il fait pour survivre et se nourrir je vous prie monsieur le doctorant ? »

Son regard glissa de sa blessure à l'homme au sol.

« Il n'était pas seul quand il est arrivé. Mettez ça »

Il sortit un mouchoir de tissu blanc de sa poche et récupéra la torche pour la laisser se panser. Il s'avança vers la cellule pour en éclairer une partie et elle y jeta un œil à son tour une fois le tissu noué. L'homme habillé de guenilles gisait sur la pierre, inconscient, barbe et longs cheveux crasseux traînant négligemment par terre. Elle releva le regard mais le démon détourna la torche brusquement avant qu'elle n'ai pu inspecter le fond de la cellule.

« Mais enfin remettez la lumière je n'ai pas eu le temps de voir »

« Nous avons perdu assez de temps, continuons »

« Donnez moi ça tout de suite ! »

Elle joignit le geste à la parole et s'avança pour récupérer la torche qu'il ne lui céda pas, écartant son bras faible sans difficultés.

« Debussy taisez-vous donc et avancez. C'est un ordre »

Elle lui lança un regard noir, révoltée. A quoi cela l'engageait-il d'attendre deux secondes de plus pour qu'elle puisse voir ce qu'il y avait dans la cellule ? Elle se remit en marche derrière le démon et fronça le nez de dégoût, indisposée par l'odeur particulièrement peu soutenable qu'elle n'avait jusque là pas remarqué dans la panique. Elle observa le pansement qui s'était gorgé de sang en moins d'une minute en grimaçant d'anxiété. Le démon y jeta un regard à son tour et s'avança pour resserrer le tissu sous ses plaintes étouffées.

« Vous avez vraiment eu de la chance qu'il n'ai pas touché d'artère »

Il lâcha son bras et fit volte-face sans ajouter quoi que ce soit. Elle crispa ses doigts pour s'assurer de toujours pouvoir les bouger et se remit en route avec réticence sur les pas du démon. Ils marchèrent en silence pendant plusieurs minutes et elle comprit qu'elle devrait s'habituer à la douleur et prendre littéralement son mal en patience. Elle avait agit comme une parfaite idiote.

Comme d'habitude

Elle avait en revanche renoncé à comprendre quoi que ce soit au comportement du démon qui semblait visiblement adorer la contrarier et lui cacher le plus de choses possible.

Un courant d'air caressa son dos pendant qu'elle tâtait prudemment la blessure pour jauger la douleur et elle se retourna par réflexe pour vérifier le couloir, laissant le démon prendre une avance de quelques pas. L'escalier n'était plus en vue depuis longtemps, ni même la cellule du fou.

Elle détailla leurs arrières avec minutie et se prépara à faire volte-face sans rien constater d'anormal. Un jeu d'ombre au fond d'un cachot attira son attention à la dernière seconde et elle laissa son regard vagabonder dans les ténèbres. Une masse noire s'y tenait, quelque chose d'immobile.

Je n'ai rien remarqué quand on est passés

Elle se stoppa complètement et fixa la forme pendant plus d'une quinzaine de secondes sans ciller, incapable d'identifier de ce dont il s'agissait.

Elle avait l'étrange sensation de discerner une sorte de sculpture disloquée taillé dans la pierre. Elle identifia une forme de bipède tordu en deux, penché en arrière dans un angle physiquement impossible à moins d'avoir les vertèbres en miettes. C'était immobile, figé dans le mouvement.

Interdite, elle éprouva l'envie de faire demi tour pour aller détailler l'étrange œuvre de plus près. La position était assez fascinante.

Elle ferma les paupières quelques secondes quand ses yeux commencèrent à lui piquer sérieusement pour humidifier ses cornées malmenées. Quand elle les rouvrit lentement avec satisfaction elle chercha automatiquement la chose du regard qui se mouvait à présent par saccade et semblait se redresser avec raideur.

Elle cru sentir son cœur lâcher quand le craquement sec des os la fit réaliser qu'ils n'étaient pas seuls et elle recula immédiatement, écarquillant les yeux d'effroi. Elle chuchota dans un souffle, figée par la mouvance laborieuse du corps brisé.

« Ciel »

Elle ne reçu pas de réponse et cru devenir folle.

« Ciel ! »

Le démon se retourna finalement et ne prit nullement la peine de chuchoter.

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

Elle ne prêta pas attention à son regard désapprobateur et parla bien plus fort qu'escompté.

« Là ! »

Il fronça les sourcils et suivit la direction désignée.

« Quoi là ? »

Elle retourna la tête de nouveau avant de défaillir à la vision de la cellule vide qui s'étendait devant la lumière du chandelier.

Il a disparu?!

« Mais il y avait quelque chose qui nous regardait ! »

Il fronça les sourcils, manifestement sceptique.

« La peur a simplement conditionné votre cerveau pour ce genre d'hallucination avec ce qu'il s'est passé »

« Je n'ai quand même pas rêvé ! »

Il haussa les épaules.

« Je ne sens personne près de nous »

« Vous n'aviez pas non plus remarqué le fou toute à l'heure ! Je suis sûre qu'il y avait quelqu'un »

« Eh bien le fou n'était aussi transparent que la découverte que vous venez de faire. Nous devons continuer »

Elle déglutit avec difficulté avant de se frotter les paupières pour se raisonner.

J'ai du rêver. C'est dingue

Ses dernières heures de sommeils remontaient à trop loin. Elle jeta un dernier regard à ses arrière et continua sa marche avec circonspection. Frissonnant de tout son corps à la pensée de la chose dans son dos, elle finir par attraper la veste du démon.

« Je peux passer devant ? »

Il se retourna et haussa les sourcils, peu affecté.

« Faîtes »

Elle s'exécuta et s'arrêta en cours de route, alerte. Il dû stopper le pas pour ne pas lui rentrer dedans.

« Vous surveillez derrière hein ? »

Il soupira et pressa une main au creux de ses omoplates.

« Oui, allez »

« Je peux avoir la torche ? »

Il sembla s'astreindre à la patience avec difficulté et lui tendit l'objet convoité.

« Dépêchez-vous on ne va pas y passer la nuit »

Elle acquiesça et ils continuèrent leur route. Elle se sentait un peu mieux maintenant qu'elle savait que le démon protégeait ses arrières. Elle avait simplement été abusée par les ombres et son esprit affaibli par toutes ces émotions fortes. Elle secoua la tête et se concentra sur leur progression.

Ce n'était personne.

Pensive, elle crispa sa main pour s'assurer de pouvoir encore la bouger et chaque mouvement lui procura un soulagement immense.

Ils marchaient en silence depuis quelques minutes quand un sifflement lointain parvint à ses oreille. Elle sentit un autre courant d'air et son sang se glaça dans ses veines à l'entente d'une voix à peine audible.

« Témoins ... »

Elle se retourna aussitôt, furibonde. Ciel était toujours là et un air ennuyé apparu sur ses traits quand il comprit qu'elle pensait une fois de plus qu'ils étaient observés. Le couloir était toujours aussi désert derrière lui et elle se mordit la lèvre, se sentant stupide.

« Désolée j'ai cru que … Bref »

Elle se retourna sans insister, la tête basse. Un mouvement attira soudainement son attention et ses yeux se dirigèrent aussitôt vers la source de l'anomalie visuelle.

C'était cette même chose, tordue et noire qui se tenait au milieu du couloir derrière le démon. Maigre, affreusement maigre, ses tendons saillaient sous sa peau. Ses bras étaient de la largeur de ses os et ses cuisses n'étaient que deux bâtons raides sur lesquels flottait de vieux haillons déchirés. Le sommet du crâne était dépourvu de cheveux et les rares mèches longue et filandreuses volaient mollement au rythme de ses pas. Elle cru reconnaître une femme en distinguant les lambeaux de chair déformés sur son torse qui avaient certainement jadis été une poitrine. La peau était bien trop sombre et tâchée pour ressembler à celle d'un humain et ses deux globes oculaires dans les fentes en haut du visage étaient dépourvus d'iris, blancs comme des os. Elle remarqua avec circonspection la sorte de pioche fermement agrippée dans sa main droite avant de crier de saisissement en la voyant se mettre brusquement en branle. Le démon qui n'avait jusque là pas remarqué sa présence se retourna aussitôt, alerté et le visage de la chose se déforma, défiguré par une colère sourde. Sa mâchoire se déboîta dans un craquement lugubre avant de laisser échapper un hurlement bestial qui creusa des rides de haines sur son visage.

« Ne soyez pas ...

témoins »

Son cou se disloqua et les vertèbres de la choses craquèrent dans un son inquiétant avant qu'elle ne se dirige vers eux dans un mouvement raide, leur montrant ses dents pourries avec hostilité. Son corps accéléra le pas avec une vivacité perturbante et se jeta à leur poursuite, traînant une jambe défaillante derrière lui. Statufiée, elle se sentit saisie par le bras gauche et entraînée vers l'avant par le démon.

« Ne perturbez pas ...

le sommeil »

Elle se laissa faire et ramena son bras meurtri à elle en jetant des regards furibonds à la chose qui courait derrière eux. Ils arrivèrent rapidement à une intersection et Ciel leur fit prendre le couloir de droite avant de s'arrêter et de la pousser vers le mur, se cachant derrière une armure d'époque massive qui gardait l'entrée d'une salle aux portes disproportionnées. Elle essaya de se dégager pour courir quand elle comprit qu'il ne comptait pas fuir plus loin mais il bloqua fermement son bras et souffla sur la torche qui s'éteignit instantanément par le mouvement d'air. Elle se débattit à l'aveuglette dans le noir en croassant des chuchotements stridents pour essayer de lui faire entendre raison.

« Mais vous êtes fou pourquoi vous vous arrêtez cette chose arrive droit sur nous ! »

« Elle va nous dépasser sans nous remarquer si vous ne faîtes pas de bruit ! »

« Elle va nous voir c'est obligé bon sang à quoi vous jouez vous voulez nous tuer ?! »

« Cette chose est aveugle et ne se repère qu'aux odeurs et aux sons taisez-vous maintenant »

Elle fronça les sourcils. Comment pouvait-il en être sûr ? Cette chose ne risquait-elle pas de les repérer même en étant aveugle ? Elle se força à chuchoter mais ne pu contenir sa colère que conditionnait sa peur.

« Alors pourquoi vous avez éteint la lumière ?! C'était vachement une hallucination merci de m'avoir cru espèce de cr- »

Sa phrase ne fut jamais achevée. Le démon lui lança un regard insupporté avant de plaquer sa main sur sa bouche et de se saisir d'elle pour les coller contre le mur. Il pressa leurs épaules contre la pierre rugueuse pour qu'ils soient suffisamment cachés et toutes ses pensées se concentrèrent sur ce qui courait derrière eux. Peu convaincue par la certitude de la cécité totale de la chose, elle se ratatina contre le mur en priant pour que la chance joue finalement en sa faveur.

Sa respiration se stoppa et une attente éprouvante commença. Elle ne savait même pas où était la chose, si elle était proche, si elle les avait repéré et si elle se dirigeait vers eux ou non. La chaleur de la main de Ciel sur elle était la seule chose qui la reliait à la réalité et l'empêchait de sombrer la folie.

Le démon se concentra et remercia le ciel d'avoir gardé un semblant de vision nocturne malgré le sceau. La silhouette titubante entra dans son champ de vision à moins de trois mètres d'eux et il se figea. La créature rachitique ralentit et progressa avec lenteur avant de tourner laborieusement la tête, cherchant à percevoir un son en claquant spasmodiquement la mâchoire dans des chocs sourds. Il remarqua la pioche dans sa main qui pouvait très certainement avoir un effet dévastateur sur un humain et espéra vivement que la jeune femme ne ferait pas de bruit. Il avait déjà fait tout ce qui était en son pouvoir pour la faire taire.

A défaut de voir quoi que ce soit et percevant des claquements secs, Élise ferma les yeux, suppliant mentalement que son cœur ne décide pas de prendre un repos éternel bien mérité.

Elle les rouvrit quelques secondes plus tard pour constater que le couloir était toujours plongé dans le noir bien que le démon relâchait peu à peu sa prise sur elle. Comprenant que la chose était partie, elle ne pu contenir un lourd soupir, laissant libre cours à ses respirations rendues erratiques par son apnée. Le démon plaqua de plus belle sa main sur sa bouche et la serra dans un à-coup pour la mettre en garde. Elle s'immobilisa de nouveau, les mains sur la sienne pour déboucher son nez et pouvoir respirer.

Ils attendirent encore de longues secondes pendant lesquelles les mains du démon ne bougèrent pas. Au bout de plusieurs minutes, elle resta interdite par le contact, guettant en même temps le moindre son qui trahirait la présence de la créature. Finalement le démon la retourna et agrippa le devant de sa veste sans ménagements, l'élevant à lui. Sa voix gronda dans l'obscurité du couloir, la faisant frissonner d'inquiétude.

« Debussy quand je vous dis de ne pas faire de bruit vous vous taisez bordel vous avez encore failli nous faire repérer ! »

Il la relâcha sans douceur et entreprit de se saisir de ses allumettes pour rallumer la torche. A son plus grand étonnement, elle se rendit compte qu'elle tremblait. La pupille du démon venait de se reposer sur elle et la fixait avec sévérité. Elle n'osa pas protester et son regard se posa sur son cache œil qui masquait comme toujours son œil droit. La question de la blessure qui se trouvait derrière s'imposa spontanément à son esprit et la laissa pensive. Était-il vraiment borgne ? Elle ne pouvait pas s'empêcher de trouver qu'il lui donnait un air inquiétant, effrayant. Elle détestait la caches-œil au delà de toute logique.

Elle détourna le regard avec malaise, inquiète quant à ce qui avait bien pu lui arriver pour être privé d'un œil. Cela avait dû être douloureux. Sa main à elle la tiraillait dès que le tissu frottait contre quoi que soit et elle protesta au contact de la pierre.

« Alors faîtes moi un peu confiance au lieu de dire que je suis folle »

Son œil se plissa, mécontent.

« Ne m'inventez pas des propos que je n'ai pas tenu »

« Vous avez dit que j'avais halluciné ! »

« Il n'y avait rien quand je me suis retourné »

« C'était une raison pour me traiter de menteuse ? Je n'ai rien à me reprocher à ce niveau là et je suis bien la seule »

Son regard se durcit et il se détourna pour observer leurs environs.

« Ne compliquez pas les choses Debussy »

« Bien sûr, c'est moi qui complique tout »

« Parfaitement »

« Je ne vois pas où est le mal d'exiger un peu de transparence et de sincérité de votre part »

Elle le fixa et il se retourna finalement pour lui faire face. Voyant qu'il ne semblait pas décidé à répondre, elle plissa les yeux, sifflant entre ses dents.

« Je suis bien folle en effet. Folle de vous faire confiance »

Il se contenta de lui lancer un regard perçant, ayant manifestement fait vœu de silence sur la question. Elle détourna le regard avec aigreur avant d'entreprendre de se rattacher les cheveux pour s'occuper les mains, le poignet tordu dans l'angle le moins douloureux.

« Et pourquoi avoir tenu à nous cacher si cette chose est aveugle ? »

Le démon la regarda s'affairer en silence et elle finit par lui lancer un regard courroucé, rendue mal à l'aise par son manque de réaction. Il détourna finalement les yeux pour jeter un coup d'œil à la position des aiguilles sous le cadran de verre à son poignet gauche.

« Simple précaution. Je ne savais pas si elle détectait les variations thermiques »

« Et si ça avait été le cas et qu'elle nous avait détecté ? »

« J'aurais avisé »

« Génial je vois que tout est sous contrôle. On a encore faillit mourir, super idée la visite du grenier décidément je vous remercie »

Le démon lui lança un regard noir, dangereusement impassible et elle préféra ne rien ajouter. Agacée, elle défit le chignon qu'elle venait de terminer et lui préféra une queue de cheval qu'elle resserra avec hargne. Qui aurait cru que les cheveux étaient aussi dérangeant dans ce genre de situation ? Les mèches venaient dans ses yeux et l'empêchaient de voir quand elle courait. Le démon ne l'avait toujours pas relâché de sa fusillade visuelle et elle détourna le regard, agacée.

« Ne me regardez pas comme ça. Vous n'aviez qu'à ne pas nous envoyer perdre notre temps ici »

« Figurez-vous que ce qu'il y a ici pourrait grandement nous aider »

Elle ne préféra pas essayer de comprendre ce qu'il avait dans la tête et ils se remirent en route sous son impulsion. Elle marcha à sa hauteur sans piper mot et resta quelques minutes à fixer le sol avant de poser une bonne fois pour toute la question qui lui brûlait les lèvres.

« Ciel »

Il baissa sur elle un regard sombre, contrarié de se faire déranger dans sa propre réflexion.

« Quoi encore ? »

« Qui était ce vieil homme que vous appelez Fugger ? Vous les connaissiez ? »

Le démon approcha le chandelier d'écriteaux taillés près des portes qu'ils passaient sans prononcer le moindre mot, peu diligent à s'épancher sur le sujet. Décidée à ne pas le laisser s'en tirer de nouveau, elle attrapa sa manche sans trop forcer sur son bras blessé et la tira à elle avec maladresse pour l'obliger à s'arrêter.

« Répondez-moi au lieu de m'ignorer tout le temps »

Il lui lança un regard courroucé, lassé par ses insinuations et claqua la langue avant de reporter son attention sur les lettres taillées.

« Éclairez-moi je dois vérifier quelque chose »

Il lui tendit le chandelier sans un mot de plus et elle le récupéra en désespoir de cause, coupant court à la conversation. Le démon sortit un papier de sa poche qu'il déplia et positionna devant les flammes des bougies pour parvenir à le déchiffrer.

« J'avais archivé l'emplacement de certaines pièces »

« Que faisiez-vous ici d'ailleurs quand nous avons échappé à la chose lors de notre rencontre ? »

Il étudiait ce qui semblait être un plan avec attention et elle baissa le regard sur la feuille plutôt que de continuer à le fixer bêtement. Le reflet orangé de la torche donnait des reflets ardents à son œil visible.

« La Reine m'avait envoyé enquêter sur des disparitions mais m'a convoqué dans ses appartements avant que j'ai pu résoudre l'affaire »

« Comme ça, sans raisons ? »

« Je n'ai pas besoin de justifications pour suivre les ordres »

« Et maintenant elle vous renvoie ici ? Ce n'était pas très intelligent de sa part de vous arrêter la première fois »

Il continua d'une voix ennuyée, vérifiant une nouvelle fois l'écriteau de la cellule près d'eux.

« Je doute fortement que la Reine d'Angleterre ai des comptes à vous rendre Debussy. Estimez vous heureuse que je n'ai pas fini cette enquête plus tôt puisque je n'aurais pas eu à revenir »

Elle lui lança un regard noir et se détourna. Elle le questionna finalement dans un souffle, sans guère d'espoir quant à la réponse.

« Vous ne m'auriez jamais accompagné ici si on ne vous y avait pas contraint n'est ce pas ? »

Il replia sa feuille, ayant manifestement trouvé ce qu'il cherchait. Leurs regards se croisèrent et il répondit du tac au tac.

« Cette situation ne s'est jamais présentée à moi donc je n'y ai jamais réfléchi »

C'était une réponde passe-partout, évasive à souhait et elle soupira, déçue malgré elle. Elle se garda bien d'en laisser paraître le moindre indice et détourna la tête d'un air digne.

« Par ici »

Le démon montra une des voies de l'embranchement du couloir et elle le suivit sans un mot. Il semblait chercher un endroit en particulier.

Ils s'enfoncèrent dans les corridors sombres et l'air devint de plus en plus glacé. Cela ressemblait davantage à une galerie de boyaux souterrains qu'à des couloirs. Des rats leur coupaient la route à l'occasion et elle s'inquiéta de ce qu'ils pouvaient bien fuir de la sorte. Ciel s'arrêta finalement au milieu du chemin et elle détailla leurs alentours en grimaçant à la sensation de tiraillement dans ses cuisses.

« Où en sommes nous maintenant ? »

Il ne répondit pas tout de suite, s'autorisant un instant de réflexion avant de ressortir la carte de sa veste, les sourcils froncés.

« Normalement il devrait y avoir une porte là bas »

Elle détailla le mur indiqué avec scepticisme: elle avait devant elle de simples pierres accolées les unes aux autres et liées par du ciment.

« Il n'y a rien »

Le papier se froissa légèrement entre les doigts du démon.

« Vous êtes délicieusement observatrice Debussy n'est-il pas ? »

Elle grimaça au ton sarcastique avant de répliquer avec intransigeance.

« Ce n'est pas de ma faute si vous ne savez pas dessiner une carte. Vous ne pouvez vous en prendre qu'à vous même si nous sommes perdus »

« Nous ne sommes pas perdus. »

« Où devons-nous aller alors au lieu de tourner en rond ? »

« C'est ce que je pourrais déterminer si vous vouliez bien avoir l'extrême obligeance de ne plus parler »

Elle roula des yeux, désabusée par son acidité. Était-il vexé à ce point par sa remise en cause de ses capacités à dessiner une carte ?

Il reporta son attention sur le plan et fronça les sourcils d'un air contrarié. Il pencha la tête quelques secondes plus tard avant de retourner la carte, visiblement peu convaincu.

Pardon ?!

Une veine scandalisée pulsa sur son front et elle se retint avec peine de crier.

« Vous vous foutez de moi ?! Vous ne savez même pas dans quel sens tenir votre carte ! »

Il ignora son exaspération manifeste et haussa les épaules d'un air guindé.

« Un simple doute. »

« Donc depuis le début vous lisez la carte à l'envers ? En fait on est complètement paumés parce que vous n'assumez rien ! »

Son visage se transforma à la fin de sa tirade et il haussa le ton à son tour, agacé.

« Nous ne sommes pas perdus ! »

« Bien sûr ! Nous tournons en rond depuis un quart d'heure ! »

« Nous ne sommes jamais passés par ici vous voyez bien que les couloirs se ressemblent tous »

« Ça suffit donnez moi cette carte et laissez-moi trouver la sortie »

« Il n'y a pas besoin de vous donner cette carte puisqu'on ne cherche pas la sortie et que je m'en occupe déjà très bien »

« Mais oui je vois ça, Abby et le cousin de la Reine auront le temps de prendre racine avant que nous ne les trouvions avec un guide pareil ! »

Le démon jeta un autre coup d'œil perçant à la jeune femme avant de soupirer intérieurement.

Il avait déjà cru constater que sa partenaire était en plein déni en ce qui concernait le sort de son amie. Elle avait entendu tout comme lui les deux hommes parler de la jeune anglaise qu'ils avaient tué quelques minutes avant d'aller manger et il avait pour sa part cessé de se faire des illusions quant à leurs chances de la retrouver saine et sauve. Comment allait-il lui annoncer ça si il s'avérait qu'ils ne la retrouvaient pas du tout ?

Il se contenta de répondre sans brusquerie pour ne pas provoquer une énième dispute.

« Arrêtez avec vos remarques désobligeantes et faîtes ce que je dis »

Ulcérée, Élise s'approcha dans la ferme intention d'arracher la feuille des mains du démon. Ciel plissa les yeux et la repoussa sans ménagement pour la tenir à distance. Son bras blessé qu'elle gardait contre elle pour éviter les frottements douloureux la privait malheureusement de la plus grande partie de sa force physique.

« Arrêtez un peu de faire l'enfant et soyez patiente »

Elle attrapa l'avant bras du démon pour enlever sa main de son front, insupportée.

« Lâchez moi imbécile ! Vous ne savez même pas où aller ! Qu'est-ce qui m'a fichu un empoté pareil ! »

Il lui jeta un regard mordant, l'œil plissé par l'irritation.

« J'ai autre chose à faire que de vous écouter vous plaindre à longueur de temps Debussy, comprenez-bien ça. Si nous avions uniquement compté sur vos capacités nous serions encore dans la chambre près du feu à jouer au scrabble comme vous l'aviez si bien dit »

Elle fronça les sourcils, perturbée que le démon évoque ce sujet.

Quel imbécile !

« Vous êtes d'une mauvaise foi affligeante ! Et taisez-vous au lieu de dire des insanités ! »

Il haussa le ton de concert, s'énervant à son tour.

« Je ne vois pas en quoi ce que j'ai dis vous porte atteinte d'une quelconque façon que ce soit alors cessez de crier pour un rien vous me fatiguez ! Parce que vous pensez qu'avec vous nous aurions été plus avancés ? Vous aviez déjà peur d'ouvrir la porte, froussarde et cruche que vous êtes »

Sa bouche s'ouvrit en un « o » scandalisé et elle se rua sur lui, attrapant comme elle pu une mèche de ses cheveux pour la tirer sans ménagement. Il grognant conjointement de douleur et de colère et la repoussa aussitôt avant de se masser la tête à l'endroit meurtri, le regard furieux.

« Vous êtes ingérable ! Faîtes-vous soigner ! »

« Et vous vous êtes misogyne, indélicat et égoïste ! Vous êtes bien le seul sombre crétin à ne pas avoir compris à quoi la brute faisait référence en parlant de faire un scrabble parce que vous étiez trop occupé à vous concentrer sur Fugger et vos petites affaires alors que cette brute me traitait comme une chienne et que je n'avais rien ni personne pour me défendre ! Mais bien sûr ça vous n'en avez rien à faire, de toute façon tant que quelque chose ne sert pas vos intérêts, vous n'en avez rien à foutre ! »

Son bras arrêta le frottement et il lui lança un regard vide.

« J'étais surtout occupé à trouver le moyen de réparer vos bêtises pour nous sortir d'affaire alors n'inversez pas les rôles et épargnez-moi vos grossièretés Debussy. C'est vous qui nous avez mis dans cette situation et c'est vous qui n'avez pas eu la présence d'esprit de vous taire au lieu de le provoquer »

« Bien sûr, comme si tout était uniquement de ma faute ! Donnez moi cette carte au lieu de nous faire perdre du temps avec votre sens de l'orientation déplorable ! Plus vite on aura trouvé Abby et plus vite je serais débarrassée de vous et de vos- »

Il pivota vers elle et la poussa contre le mur sans ménagement avant de l'attraper par la mâchoire en serrant ses os bien trop fort. Son œil sombre la foudroya sur place et l'arrière de son crâne pulsait d'une douleur sourde à la collision avec la pierre.

« Ça suffit. Vous allez vous calmer une bonne fois pour toute ou je m'y emploierai personnellement et je vous garanti que cela ne vas pas vous plaire. Je vous ai amené ici pour vous aider et que vous m'aidiez, pas pour gérer vos crises hormonales d'adolescente désœuvrée »

Elle le fusilla du regard, calmée mais écœurée.

« Vous n'en ferez rien »

Alors qu'il s'apprêtait à répondre, il tourna soudainement la tête vers le couloir derrière eux, alerté. Elle l'imita et fixa les ténèbres quelques temps avec angoisse.

Les ténèbres qu'ils laissaient derrière eux semblaient vides mais elle redoubla de méfiance. Rien ni personne ne se manifesta néanmoins et au bout d'une minute entière de parfaite immobilité à attendre que le démon ne daigne la relâcher, elle récupéra la carte et de dégagea d'un geste sec. Il ne remarqua pas sa nouvelle acquisition, concentré sur ses perceptions et elle accéléra aussitôt le pas sans demander son reste.

Alors il a qu'à se casser si il est pas content

Elle s'éclaira à la lumière du chandelier pour voir sa route, tâchant de ne pas griller ses cheveux. Elle devait trouver la sortie de cet étage infernal pour retrouver Abby le plus vite possible et le démon l'en empêchait. Elle le laissa dans le noir au milieu du passage et sa voix enragée résonna bientôt derrière elle.

« Debussy revenez ici tout de suite ! »

Elle ne l'écouta pas et chercha la fin du couloir avec ardeur, ne souhaitant faire demi-tour pour rien au monde. Elle sonda chaque cellule qu'elle dépassait avec attention et entendit soudain le bruit des pas du démon s'accélérer derrière elle. Elle fit un bond avant de se mettre à courir elle aussi, effrayée.

« Arrêtez-vous c'est un ordre ! »

« Non ! C'est de l'abus de pouvoir ! Taisez-vous au lieu d'alerter tout le monde ! »

« Ne faîtes pas un pas de plus »

« Vous n'êtes pas mon père vous n'avez pas d'ordre à me donner ! »

Elle entendit un juron étouffé par les respirations hachées du démon.

« Courez parce que si je vous attrape vous allez passer un sale quart d'heure ! »

Elle redoubla d'effort pour le distancer et sentit ses côtes se faire douloureuses.

« Et qu'est ce que vous allez me faire exactement à part me menacer ? Vous n'oseriez pas ! »

« Espèce de petite peste ! »

« C'est ça ! »

« Je vais vraiment- »

« Continuer à grogner comme un marcassin ? Vous faîtes ça très bien ! »

Elle avait pris de l'avance et avait même bifurqué à un des couloir dans l'espoir de semer le démon enragé. Une autre raison venait de s'ajouter à ses enjambées effrénées. Elle non plus ne savait pas ce qu'il serait capable de lui faire si il la rattrapait dans cet état.

Arrête de répondre à ses provocations il te repère grâce à ta voix idiote

Les pas se rapprochaient et elle commença à paniquer. Les bougies du candélabre dansaient dangereusement près d'elle, menaçant de s'éteindre dans sa course.

« Arrêtez je dois m'arrêter ou les bougie vont s'éteindre ! »

« Vous arrêtez vous »

« Certainement pas ! »

« Vous n'irez nulle part »

Elle se retourna brusquement en entendant la voix proche, craignant de le voir apparaître d'un autre couloir derrière elle. Elle reprit finalement sa route avec soulagement en ne voyant personne mais buta contre un torse et deux bras l'encerclèrent la seconde suivante avec une brusquerie mal contrôlée pour la bloquer. Elle se crispa en sentant un bras puissant passer autour de sa taille avant de se retrouver soulevée en l'air. Elle expira avec difficulté en sentant le poids contre son estomac avec sidération. Le noble acheva de la caler sur son épaule et elle se retrouva à plus d'un mètre au dessus du sol.

« Lâchez-moi tout de suite je ne vous permet pas ! »

« Si vous bougez encore je vous trouve une laisse »

« Reposez-moi immédiatement ! »

« Je suis bien trop patient avec vous. Si vous pensez que l'on peut braver mes ordres impunément vous vous trompez lourdement »

Il reprit la torche de l'autre main et sonda leurs alentours.

« Guidez-nous au lieu de brasser de l'air »

Elle sourit narquoisement malgré la pique.

« Vous avouez enfin votre scandaleuse incompétence en matière d'orientation ? »

Il répliqua d'une voix lassée, contenant son exaspération.

« Je vous rappelle que mes sens sont légèrement bouleversés parce que mes pouvoirs ont été scellés, vous saisissez ou il va vous falloir un dessin ? »

Il fallait l'avouer plus tôt alors au lieu d'essayer de garder la face bordel !

Elle pesta et déplia la feuille en l'air, peinant à lire l'écriture dans l'obscurité. Elle l'entendit soupirer presque douloureusement.

« Vous êtes insupportable Debussy. Un fardeau »

Elle roula des yeux avant de répliquer d'un ton pincé.

« Vous de même. Vous êtes le pire supérieur hiérarchique imaginable. D'ailleurs je démissionne, plutôt mourir que de travailler pour vous »

« Tant mieux parce que vous ne travailliez pas pour moi et que je ne suis pas près d'embaucher un boulet pareil »

Elle se contenta de maugréer dans sa barbe avec dédain. La façon dont il la portait pressait son estomac sur son épaule et lui coupait le souffle.

« Ngh vous me faîtes mal »

Il claqua la langue dédaigneusement.

« A qui la faute exactement ? Et arrêtez de bouger, lever mon bras rouvre ma blessure »

Elle grimaça, navrée et il la manipula approximativement pour la changer de position, lui donnant l'étrange impression d'être une peluche. Il avait une force considérable pour ne pas broncher le moins du monde sous son poids. Il la fit descendre légèrement en la faisant glisser vers arrière, déplaçant le point d'appui sur son bas ventre mais la laissant toujours dos à leur route. Elle sentit sa main passer sur son leggings sur ses cuisses pour la maintenir et le rouge lui monta immédiatement aux joues.

Mais ça va aller là ?!

« Espèce de malappris ! Ça suffit reposez-moi bordel ! »

« Une situation d'urgence m'octroie des pouvoirs de crise et il n'y a rien que vous puissiez me reprocher en tant qu'agent »

« J'essayais simplement de gagner du temps vous nous détournez de notre but initial ! »

« L'aménagement des lieux a changé, les couloirs ne sont pas les mêmes et c'est tout aussi important de fouiller cet étage que de retrouver votre amie »

« Certainement pas ! »

Très sincèrement, elle ne savait absolument pas si c'était la vérité ou juste de l'extrême mauvaise foi.

Des couloirs qui changent ? Improbable.

Elle soupira lourdement, s'habituant difficilement à la position incommodante et regarda le fond du couloir d'un air dépité.

« Mais je ne vois même pas où on va comme ça ! »

Il ne s'émut pas de ce constat.

« Moi si, c'est suffisant »

Elle appuya ses coudes sur son dos en tentant de s'installer pour lire. Sa tête commençait à lui tourner avec l'afflux de sang.

« C'est inconfortable ! »

« Peu m'importe »

Elle pesta entre ses dents, ulcérée et il regarda autour d'eux.

« Comptez-vous un jour m'indiquer le chemin ou vous rendre utile à quoi que ce soit ? »

« Taisez-vous je me concentre ! Je n'y vois rien »

« Nous devons monter plus haut »

« Super idée décidément quel esprit brillant je peux avoir un autographe ? En tant que bourreau vous me devez bien ça non ? »

Le démon la secoua sèchement à la pique, lui donnant un haut le cœur quand elle cru tomber.

« Arrêtez de parler pour ne rien dire et faîtes votre travail »

Elle agrippa à sa veste, éprouvée par la secousse.

« Espèce de sale glaçon ! »

Il fronça les sourcils, désabusé.

« Suis-je censé me sentir insulté ? »

« Vous avez un glaçon à la place du cœur, j'en ai fait les frais sur la rive du marécage ! »

Il haussa les épaules, peu ému.

« Vous n'allez pas me dire que vous n'en avez pas profité vous non plus »

« Vous n'aviez qu'à pas me pousser dans cette eau boueuse immonde et dégueulasse ! Je leur dirait deux mots la prochaine fois aux abrutis qui pensent que c'est bon pour la peau ! »

« De quoi vous vous plaignez alors »

Elle leva les yeux au ciel et ne pris pas la peine de répondre, exaspéré par son air blasé complètement désintéressé. Ils arrivèrent à une bifurcation et il observa chaque allée avant de la secouer de nouveau.

« Bon. Où devons nous aller ? »

« En bas ! »

« Nous n'avons pas fini les recherches ici »

« Tant pis. Abby n'est pas là et il n'y a rien pour nous ici »

« C'est surtout que vous avez peur »

« N'importe quoi ! Et même si c'était le cas ça serait normal ! Mais pourquoi il n'y a personne ici alors que c'est si vaste ? »

« Nous ne sommes pas seuls mais les présences sont faibles, comme celle du fou. Il n'en a plus pour très longtemps. Mais à un moment j'ai sentis quelque chose d'autre »

« Vous savez ce que c'était ? »

« Non notre raffut a dû le faire fuir. Si il a pu se déplacer c'est qu'il n'était pas enfermé mais je n'ai pas pu discerner ce que c'était, mes sens sont trop brouillés »

Elle sentit la chair de poule lui ravager la peau et déglutit difficilement, son cœur tambourinant dans sa poitrine. Quelque chose d'autre que le monstre qu'elle avait vu plus tôt rodait en liberté dans ce labyrinthe et ils ne savaient pas où ni ce que c'était.

« Partons vite, je veux pas rester là plus longtemps »

Il leva la main pour récupérer la carte et elle la lui céda de plein gré.

« Nous n'allons pas tarder à découvrir quelque chose si nous marchons un peu plus loin »

« Justement si il ne s'agit ni d'Abby ni du cousin de la Reine allons nous-en en vitesse »

N'était-ce pas ce qu'avait dit la chose ? De ne pas continuer plus loin ? A moins que c'était quelque chose d'autre qui avait parlé ?

La voix résonnait dans ma tête ce n'était pas cette créature qui parlait

Il regarda longuement la carte et elle s'inquiéta de ce qui pouvait lui passer par la tête. Il soupira et fit finalement demi tour avec réticence, entendant enfin raison par elle ne savait quel miracle.

« Vous vous comportez comme une enfant gâtée »

« Je n'entendrais pas ce genre de remontrance de la part d'une "créature primitive" qui vit dans un manoir depuis un siècle et demi avec une fierté mal placée et surdimensionnée et qui n'accepte ni les critiques ni les remises en question, en gros qui déteste l'humanité toute entière et avec qui le dialogue est impossible »

Il s'arrêta net et elle grimaça, attendant ses semonces.

« "Créature primitive" ? Vous vous fichez de moi ? »

C'est la seule chose qui l'a dérangé ?!

« C'est comme ça que Ronald vous a désigné et il n'avait pas tort vous êtes un sauvage ! Votre ouïe aussi se met à vous faire défaut après le sens de l'orientation ? Votre vie ne doit pas être facile, dîtes moi si vous voulez en parler »

Il laissa un silence inquiétant se propager entre eux avant de reprendre sa marche.

« Je me demande ce que cela ferait si je vous enfermait dans une de ces cellules le temps d'aller chercher les autres »

« Rien de bon, vous auriez une morte de plus sur les bras »

« Alors faites en sorte que je ne vous préfère pas éternellement muette à éternellement insupportable. »

Elle claqua la langue et ne préféra rien répondre, mouchée.

Ils tombèrent finalement sur une cage d'escalier à force de prendre des directions au hasard et Ciel en entama la descente pour son plus grand plaisir après avoir essuyé un tambourinage frénétique sur les omoplates quand il avait, l'air de rien, fait mine de monter. Elle se crispa et serra les dents en entendant les grincement que leurs deux poids combinés infligeaient au bois.

Ça va se casser la gueule

« Qu'est ce qu'il y a encore ? Arrêtez de tirer sur ma veste »

Ses doigts lâchèrent le tissu malmené avec réticence.

« Et où on va comme ça exactement ? »

Il se retourna soudainement vers l'étage qu'ils venaient de quitter au dessus d'eux et elle ferma les yeux en retenant un haut le cœur au mouvement circulaire. Le bras du démon derrière ses genoux était l'unique ceinture de sécurité dans des escaliers de plus d'une dizaine de mètres de hauteur.

« Dans la chambre de Fugger »

Elle papillonna des yeux et une goutte de perplexité lui coula du front.

« En quel honneur exactement ? »

« Un doute. Je préfère vérifier »

Elle soupira devant cette nouvelle idée saugrenue.

Il espère y trouver quoi ? Son dentier dans la table de chevet ?

« Soit. Je suppose que le sceau affecte aussi vos capacités cognitive, ce n'est pas de votre faute après tout »

« Tandis que vous vous n'avez pas besoin de sceau pour vous comporter comme une imbécile »

« Exactement: surtout faire confiance à un démon idiot, égocentrique, prétentieux, macho et- Ah! »

Elle plaqua ses mains sur ses yeux à la secousse du démon et sentit des sueurs froides perler le long de sa nuque. Ses mains moites tremblèrent et elle se ratatina contre son dos. Dieu ce qu'elle avait horreur du vide. Le démon laissa échapper un long soupir rauque perturbant, ravi.

« Ah ... Comme c'est agréable quand vous ne parlez pas ... si seulement j'avais appris plus tôt pour votre vertige ... »

Elle écarquilla les yeux et fronça les sourcils, décontenancée.

« Un jour vous regretterez d'être aussi méchant ! »

« C'est également ce jour là que j'aurais du diabète, c'est cela ? »

Elle roula les yeux et l'ignora, ne souhaitant pas lui donner le plaisir de le laisser penser qu'elle s'intéressait à ce qu'il disait.

De toute façon ça ne surprendrait personne qu'il en ai du diabète, ce morfal

Ils continuèrent en silence et elle fit à peine attention au chemin, plongée dans ses pensées. Un démon pouvait-ils être malade ?

Elle avait replié son bras et appuyait son menton sur son coude, lui même appuyé sur l'omoplate du démon. Elle ne se formalisait même plus de leur position à présent. Il semblait simplement souhaiter qu'elle arrête de courir partout. Il n'avait absolument aucune idée derrière la tête et peut être était-ce d'ailleurs ce qu'elle regrettait.

Ils quittèrent enfin les escaliers à son grand soulagement et le démon pris la direction d'un couloir éclairé. Ils continuèrent sur beaucoup de corridors et de pièces désertes et marchèrent plusieurs minutes sans que l'un ou l'autre ne se manifeste.

Le plus étonnant était qu'il ne semblait pas décidé à la reposer. Soit il n'avait vraiment pas confiance en elle, soit il voulait se faire pardonner quelque chose. Quoi, elle n'en avait pas la moindre idée, il y avait tellement de choses qui la mettait en colère contre lui qu'elle avait cessé de tenir des comptes.

La première hypothèse est plus vraisemblable, de très loin

Ils étaient à présent dans un couloir richement orné et décoré. Il semblait que cette aile était réservée aux hôtes les plus distingués. Il y avait un tapis pourpre aux motifs savants particulièrement agréables à regarder qui prenait une large place dans son champ de vision restreint. Le démon s'arrêta elle détailla le couloir quelques secondes.

« Je vous repose mais vous vous engagez à vous tenir tranquille. Sinon je vous attache et je ne plaisante plus »

Parce que ça vous est déjà arrivé de plaisanter ?

Elle soupira, désabusée qu'il la prenne pour un animal sauvage.

« Oui c'est bon »

Elle se sentit tirée en arrière et il la reposa sans brusquerie, face à lui. Il retira les mains de ses cotes, qu'il avait visiblement préféré placer là au lieu d'autre part, et baissa un regard insondable vers elle qu'elle interpréta comme une mise en garde. Mal à l'aise, elle lui lança un dernier regard outré pour la forme avant de s'éloigner pour étirer ses jambes. Le démon sortit de nouveau son arme avant de lui intimer le silence, l'index aux lèvres.

Elle acquiesça et vint se placer derrière lui sans un mot. Le démon avança avec méfiance et elle se força à ne pas faire de bruit en marchant. Ils continuèrent sur plus de dix mètres avant qu'il ne lui tende son autre arme dans le silence le plus total. Elle s'en empara avant la pointer sur la porte à son tour, alertée. Ils se placèrent de chaque côté et le démon hocha sèchement la tête avant d'avancer la main vers la poignée qu'il tourna d'un geste sec. Le battant fut projeté contre le mur et ils pointèrent leurs armes à l'intérieur de la pièce alors que le bois claquait.

Elle sonda les ténèbres qui s'étendaient devant eux et son regard s'habitua progressivement à la faible luminosité. Elle soupira de soulagement en constatant qu'ils étaient seuls. Des fagots de bois brûlaient sereinement dans une cheminée plus loin. Sans relâcher sa garde pour autant, le démon tâta le mur et la pièce fut baignée de lumière quand ses doigts rencontrèrent l'interrupteur.

Ils entrèrent l'un après l'autre et le démon se retourna pour refermer la porte. Elle avait presque finit par croire que ce château était dépourvu électricité.

Ils venaient d'entrer dans une suite fastueuse, aux soubassement de boiserie et au plafond plâtré paré de moulures et de corniches. Il y avait une grande fenêtre qui lui laissait une vue sur la ville de Brasov, encore faiblement éclairée à cette heure-ci. Les lambris laqués et lustrés sombres et le large tapis rouge qui recouvrait la quasi totalité du parquet conféraient un effet de confort à la pièce. Derrière un salon de divan soigneusement ordonné, le plus grand lit à baldaquin qui lui été donné de voir dominait la pièce. Il y avait des buffets ornés d'antiquités et d'objets d'art de par et d'autre de la pièce et les nombreux miroirs agrandissaient l'espace. Le lit à baldaquin était entouré de tentures et de rideaux de velours pourpre et or. Il y avait une immense plante en pot aux feuilles larges et longues grimpait sur plusieurs mètres à leur gauche. La cheminée, finement taillée dans le marbre réchauffait toute l'atmosphère depuis l'autre mur. Elle compta également des statues, un bar et un piano plus loin dans la pièce qui semblait sans fin. Cela jurait clairement avec les cachots.

On a pas tous le même traitement ici

Le noble rangea son arme et traversa le salon avant de se diriger vers le bureau. Il se pencha et inspecta les tiroirs, sortant des feuilles qu'il détailla avec attention.

« Vous croyez que c'est ce que vous cherchez ? »

« Cela se pourrait. Ce sont des documents comptables »

« De quoi ? »

Elle s'assit sur le divan le plus proche et retira sa veste sous la chaleur de la pièce avant d'entreprendre de resserrer son lacet qui traînait par terre.

« Je ne sais pas. De noms »

La pièce était bien plus accueillante que ce qu'ils avaient traversé jusque là et elle soupira de soulagement intérieurement, rassurée que la chambre de ce vieux timbré ne soit pas remplie de vierges de fer. Le démon passa rapidement une dizaine de feuille en revue, s'agaçant sur les pages qu'il n'arrivait pas à tourner.

Quelle patience infinie ...

« Des ventes d'humain »

Il soupira de lassitude. Elle avait les pieds en feu, cette expédition et ses retombées allaient s'avérer dramatiques pour son corps.

« Le nom du cousin de la Reine y figure bien mais je ne vois pas celui de votre amie. Il y a- »

Elle fronça les sourcils, alertée par son interruption.

« Qu'est ce qu'il y a ? »

Il froissa une feuille qu'il plia négligemment avant de la fourrer dans la poche interne de sa veste.

« Rien de transcendant»

« Si, vous sembliez étonné »

« Il n'y a pas de prix pour les derniers noms, ils n'ont sans doute pas été vendus ou reçus tout simplement »

Elle fronça les sourcils en méditant ses paroles quelques secondes avant de hausser les épaules. En quoi était-ce important exactement ?

Après un rapide tour d'inspection et un arrêt sur les photos d'une des tables de chevet, elle se dirigea vers la fenêtre, observant Brasov de loin.

« Il n'y a rien ici, fouillons d'autres pièces »

Il remit les feuilles dans leur position initiale elle plissa les yeux, méfiante. Pourquoi avaient-elles perdu le moindre intérêt à ses yeux en l'espace d'une seconde trente ?

« Votre amie pourrait se trouver près d'ici »

Sa méfiance se transforma en un espoir exalté et le démon détailla le reste de la pièce des yeux sans un mot de plus, attentif.

« Comment avez-vous eu l'idée de venir ici ?! »

« Parce que si j'étais celui qui souhaitait cacher la présence d'une femme c'est ici que je la garderais »

Hein ?

« Vous la séquestreriez dans votre chambre ? »

Il fouilla d'autres tiroirs et poursuivit avec la voix atone d'un professeur.

« C'est un endroit personnel dans lequel on passe le plus clair de notre temps donc que l'on surveille avec le plus d'efficacité et son caractère intime dissuade les gens de s'y aventurer »

Elle haussa les sourcils, intriguée. Elle n'avait pas imaginé les choses sous cet angle. Comment avait-il deviné ça d'ailleurs ? Elle sourit en coin, satisfaite d'avance par sa pique.

« Je vous trouve bien renseigné ... Vous êtes coutumier du fait c'est ça ? »

Elle se retourna pour avoir le plaisir de le voir s'offusquer mais le trouva carrément à genoux sous le bureau, occupé à poursuivre ses investigations des tiroirs avec une minutie prononcée. Il releva la tête d'où il était pour croiser son regard, l'air désabusé.

« Je ne séquestre pas de femmes dans ma chambre Debussy mais je vous remercie de vous inquiéter pour ma santé mentale »

Il sembla se concentrer sur le contenu d'un tiroir avant de reprendre finalement quelques secondes plus tard, l'air étrangement provocateur à son tour.

« Je suppose que celles qui y viennent de leur plein gré ne comptent pas, qu'en pensez vous ? »

Elle écarquilla les yeux à la réplique impromptue, médusée et il retourna à ses tiroirs, l'air satisfait de l'avoir mouché une fois de plus. Elle maugréa avec nonchalance, ou du moins l'espérait-elle.

Cet idiot de glaçon sauvage

« Vous êtes si spirituel dans vos plaisanteries, c'est à mourir de rire »

« Navré d'apprendre qu'un tel risque plane sur votre personne »

Il releva le regard blasé vers elle, impassible.

« Ou peut être pas »

Elle se força à un sourire hypocrite peu affecté qui ne dû convaincre personne associé à son regard noir. La rancune du démon quant on osait s'en prendre à lui n'avait décidément pas de limites. Pourquoi avait-elle l'impression qu'il était absolument dans le vrai d'ailleurs, même si il semblait n'avoir dit ça que pour la remettre à sa place ?

Quelle femme serait assez stupide pour refuser cette occasion ?

Beaucoup. Il est trop détestable et misogyne

Elle soupira lourdement, sachant qu'elle faisait preuve d'une extrême mauvaise foi.

Le démon se leva sans un mot de plus pour se diriger vers le bar avant de l'ouvrir et de contempler les bouteilles avec attention. Elle remarqua plusieurs Scotch et autres Whiskys entamés et le regarda sortir une bouteille à la couleur transparente et à l'allure de détergent.

« Il avait vraiment un problème avec l'alcool cet homme. C'est quoi exactement ce truc, de la Vodka ? »

« De l'Everclear »

Elle haussa les épaules, acceptant sans réserves son ignorance en la matière.

« Je ne connais pas »

« C'est un alcool de maïs rectifié. Il est interdit à la consommation dans plusieurs pays »

« C'est si costaud que ça ?! »

Il jeta un coup d'œil désabusé à la bouteille.

« C'est la version la moins forte et il fait 75 degrés »

A quoi il joue cet idiot à tripoter ça ? Et c'est quoi cette abomination ? Encore un truc de russes

« Je n'avais pas remarqué que c'était le moment de porter un toast mais peut être allez-vous essayer de me prouver le contraire, vous avez bien essayé de me prouver que vous saviez lire une carte après tout. Attendez je m'assieds pour me donner du courage »

Il lui jeta un regard perçant par dessus son épaule et une agréable vague de satisfaction monta en elle.

« Je vous suis gré de me gratifier de votre exquise pertinence Debussy mais ceci n'est certainement pas pour vous. Déjà que j'hésiterais à vous laisser boire de la bière »

Elle roula des yeux et tourna les talons, vexée.

« Je peux très bien boire de la bière pour qui me prenez-vous »

« Je ne préfère pas répondre à cette question. Venez par ici »

« Alors taisez-vous. Non, débrouillez vous avec ça »

« Arrêtez de faire l'enfant et venez désinfecter votre bras »

Elle fronça les sourcils et jeta un regard à son bandage crasseux en serrant les dents. Cela faisait un mal de chien.

« Je le ferais quand nous rentrerons »

« Non, vous allez le faire maintenant et arrêter de tout discuter pour une fois »

« C'est de l'alcool à 75 degrés cette horreur vous allez m'arracher la peau »

« Mais non c'est ce qu'il y a de plus adapté ici dépêchez-vous nous n'avons pas toute la soirée »

« Je vais très bien merci. Occupez-vous de votre épaule »

« Debussy vous allez tout de suite vous asseoir sur ce canapé ou je viens vous chercher »

Elle lui lança un regard noir, désespérée.

« Vous êtes vraiment un tyran ! J'en ai marre de vous ! »

« J'essaie surtout de vous garder en vie et la tâche n'est déjà pas aisée alors n'en rajoutez pas »

Elle roula des yeux et fit mine de s'avancer.

« Pourquoi m'avoir emmené avec vous si cet endroit est si dangereux ? »

« Pour la simple et bonne raison que vous êtes plus en sécurité ici avec moi que seule à Londres. Sebastian a du travail et a autre chose à faire que de veiller sur vous jours et nuits »

Elle se stoppa net, sifflant entre ses dents.

« Donc en fait vous avez juste fait ça pour des raisons pratiques et absolument pas pour me faire plaisir »

Lassé, il se laissa tomber dans le divan avec nonchalance et la bouteille à la main.

« "Vous faire plaisir" ? Vous retrouver dans un endroit pareil et marcher pendant quarante huit heures est le genre de chose qui vous fait plaisir Debussy ? »

« Vous savez très bien de quoi je parle ! Sauver Abby est la seule chose à laquelle j'aspire ! »

« Alors faîtes en sorte de pouvoir la revoir vivante et laissez-moi vous désinfecter »

Bien sûr, monsieur a toujours réponse à tout

Elle se dirigea d'un pas rageur vers le canapé et s'assit près de lui sans un mot en ne daignant pas lui accorder un regard. Le démon se releva et s'installa devant elle sur la chaise de bureau traînée jusqu'à eux pour avoir un support stable.

Elle tendit son bras et se laissa faire sans bouger pour en finir au plus vite. Alors qu'elle pestait intérieurement contre le noble et sa froideur perpétuelle, la vive brûlure sur son bras lui arracha un cri de douleur et de stupeur conjointes.

« Mais qu'est ce que vous faîtes ça fait mal bordel de merde ! »

« Votre langage. Je désinfecte »

Elle retira vivement son bras et la main du démon la bloqua sans lui demander son avis.

« Lâchez moi tout de suite et arrêtez avec vos conneries »

« Écoutez, je dois désinfecter l'intérieur de la plaie donc prenez votre mal en patience et laissez moi en finir au plus vite »

Elle chercha de nouveau à retirer son bras et le mouchoir du démon frotta brusquement contre la blessure en lui arrachant un autre cri.

« Je vais vous demander de vous tenir tranquille et de faire moins de bruit pour des raisons que vous êtes à même de comprendre toute seule »

« Vous croyez que c'est facile avec vous et votre saloperie ?! »

« La violence verbale ne réduira pas la douleur »

Elle se détourna, préférant ne pas le voir opérer et serra les dents en sentant les larmes perler sur le coin de ses yeux. L'alcool brûlait sa peau et la douleur irradiait longtemps après le contact. Le mouchoir déplaçait ses chairs et lui donnait envie de taper du poing tout ce qui était à sa portée.

« Votre mère ne vous a jamais dit que désinfecter était très important ? »

« Ma mère n'était pas aussi brute et malhabile que vous ! Elle ne me désinfectait pas avec de l'alcool de maïs rectifié ! »

Le mouchoir entra de nouveau dans la plaie et elle serra les dents en sentant les larmes menacer de couler sur ses joues.

« Je n'ai rien d'autre sous la main je fais ce que je peux »

Il finit de nettoyer la plaie pendant qu'elle se pinçait les lèvres et la brûlure cessa enfin.

« C'est finit. Vous voyez ? Ce n'était pas insurmontable »

Il se releva et elle observa le résultat. Sa main tremblait d'elle même à force d'être crispée de douleur. Le démon s'était dirigé vers le lit et se retourna avec une bande de tissu blanc déchirée des draps. Il se rassit près d'elle et noua le tissu propre autour de son poignet en serrant fermement pour comprimer la plaie. Visiblement fier de lui, il releva la tête et son air satisfait s'effaça à la vue de ses joues rougies et ses yeux larmoyants.

« Il fallait le faire nous ne savons pas quand sera la prochaine occasion et l'infection prend très vite si les microbes ne sont pas détruits. Les blessures faîtes par des objets rouillés et contondants sont les plus dangereuses vous savez ce que sont le tétanos et la septicémie n'est-ce pas ? »

Elle lui lança un regard furieux et ne prononça pas un mot, imperméable à ses excuses et à ses justifications de médecin.

Le démon soupira faiblement devant son attitude réfractaire et baissa les yeux sur son bras tremblant. Il saisit sa main avec précaution pour ne pas réveiller la douleur et elle n'osa pas la dégager. Impassible, il la leva à lui et pressa ses lèvres avec douceur sur le bandage dans un baiser d'une délicatesse insoupçonnée.

« Je suis désolé de vous avoir fait mal »

Il se redressa et chercha son regard mais elle détourna immédiatement le sien. Ses yeux flous cachèrent heureusement en partie sa stupéfaction mais son cerveau ne donna pas l'ordre à son corps de faire le moindre mouvement de plus.

« Je ne vous embêterai plus avec cela maintenant »

Elle se retourna et le fixa, interdite. Il hocha brièvement la tête à son manque de réaction avant de se relever pour retourner vers les feuilles de comptes du bureau. Égarée, elle se redressa maladroitement au bout de quelques secondes et s'avança vers la grande plante qui appelait son regard, méditant sur la folie passagère qui s'était emparée du démon. Jamais il n'avait manifesté ce genre d'attention à son égard. Jamais il n'avait été délicat d'une quelconque façon que ce soit envers elle et elle devait avouer que son cœur avait commencé un marathon.

La plante qu'elle caressait en réfléchissant avait de jolie fleurs jaune vif en trompette très douces. C'était une sensation étrange, comme si c'était spongieux. C'est d'ailleurs le dernier souvenir qu'elle garda en tête avant que tout ne décline autour d'elle et ce fut le noir complet.

OoOoOoO

Le démon détailla le reste de la chambre avec scepticisme après avoir reposé la bouteille d'alcool sur le buffet. Si il avait un peu de chance, il n'allait pas tarder à s'en servir de nouveau.

Les environs du lit lui inspiraient un sentiment étrange, une nausée qui avait crû au fur et à mesure de leur progression pour rejoindre la chambre. Il y avait forcément un passage, quelque chose qu'il ne voyait pas. Il sentait une autre présence tout près d'eux, dans les murs sans doute. Elle devenait plus ténue, plus affaiblie chaque minute. Il avait essayé de faire vite mais n'avait pas pu être honnête avec son équipière. Ce n'était pas son intuition qui l'avait guidé jusqu'ici. C'était l'odeur, une infection. Celle de la mort.

Elle était sans aucun doute bien plus gérable si elle ignorait certains faits et il avait donc préféré omettre ce détail dans un soucis d'efficacité. Elle était étonnement atteinte mentalement, même si elle ne semblait pas s'en rendre compte le moins du monde. Son humeur passait des cimes aux abîmes en moins de cinq secondes, et l'instabilité émotionnelle était un facteur de choc. Il avait sous-estimé l'endurance psychologique des humains et il était le seul responsable de son attitude compliquée. Mais peut être arrivaient-ils trop tard, peut être avait-elle subit tout ça pour rien. La jeune femme anglaise qui avait été sacrifiée plus tôt dans la soirée avant qu'ils ne rencontrent les deux fous n'était peut être pas Abigail Adams mais cela ne signifiait pas pour autant qu'elle était encore vivante.

C'était malgré tout bien son odeur, parmi d'autres, qu'il sentait. Il s'était demandé pendant une bonne partie du trajet comment il ne l'avait pas remarqué plus tôt.

Il tourna finalement la tête vers la jeune femme fragilisée. Absente, elle caressait les feuilles toxiques du brugmansia aurea avec une imprudence exaspérante. Il soupira lourdement en la voyant s'approcher des fleurs et poser ses doigts dessus. Il ne pouvait pas la laisser seule deux minutes sans qu'elle ne s'empoisonne. Elle n'allait pas tarder à commencer à avoir la tête qui tourne.

Ce qu'il avait sous les yeux le convainquait d'une chose. Il fallait absolument retrouver Abigail Adams, et vivante. Il n'était pas confiant quant à l'effet qu'aurait la mort de la blonde sur la jeune femme. Elle ne s'en remettrait probablement pas. Elle renoncerait à sa revanche par désespoir, se cacherait de nouveau et il perdrait de son influence sur elle.

Si il était trop tard, la plante agirait sans doute sur ses nerfs et la calmerait avec efficacité le temps qu'il ne l'exfiltre de cet endroit. Il savait par expérience que la poudre de ces fleurs était utilisée comme hypnotiseur chimique par certain gangs peu scrupuleux quant aux séquelles que la substance avait sur l'organisme.

La jeune femme avait retiré son manteau et sa veste depuis qu'ils étaient entrés dans la pièce, satisfaite par la chaleur procurée par les flammes de l'âtre. Elle portait un débardeur simple qui arrivait au bas de ses omoplates que le soleil avait légèrement doré et des mèches folles dont elle ne semblait pas se préoccuper retombaient aléatoirement de sa coiffure.

Il accouru jusqu'à elle sans plus tarder, peu désireux qu'elle s'empoisonne. Elle ne remarqua pas son mouvement, hypnotisée par le végétal. Ses doigts effleurèrent sa nuque quelques millièmes de secondes avant de presser fermement entre deux muscles derrière l'oreille. Elle défaillit, à peine consciente et perdit connaissance sur le coup. Il se pencha pour la rattraper au vol et passa une main sous elle pour la porter jusqu'au divan. Il alla mécaniquement chercher une des bouteilles d'alcool du bar et en imprégna les mouchoirs de tissu trouvés non loin de là avant de prendre le temps de frotter ses mains pour les désinfecter, craignant qu'elle ne porte ses doigts à sa bouche pendant son sommeil. Son comportement était trop imprévisible pour qu'il s'amuse à jouer avec le feu.

Il soupira en voyant sa main retomber mollement le long de son flanc quand il la lâcha et profita de ce rare moment de calme.

Il l'observa plus en détail, comme il se le permettait peu. Il avait toujours préféré quand elle dormait, apaisée et bien moins agitée. Inconsciente de son regard, elle ne se vexait pas en se renfrognant comme elle le faisait à chaque fois qu'il s'y risquait.

Il observa son nez se froncer imperceptiblement à l'odeur de l'alcool avant de redevenir de marbre et la laissa finalement choir sur le divan pour rejoindre le lit à l'autre bout de la pièce. Il dû refréner sa nausée grandissante en avançant et écarta le tissu de la tenture de la tapisserie qui recouvrait le mur proche avant d'y trouver ce qu'il soupçonnait. Il y avait bien une porte de plus dans cette pièce, qu'on avait volontairement camouflé.

Il poussa le battant et força le mécanisme pour en gagner l'accès, jetant instinctivement un dernier regard en arrière à la jeune femme pour une raison qu'il ne préféra pas chercher.

Peut être n'était-elle pas venue pour rien finalement.

« Soyez sage je reviens »

Le démon s'engouffra dans le passage sombre et refréna l'inquiétude de la laisser seule qui protestait quelque part en lui.


A suivre ...


Il a été long à venir ce chapitre (Merci d'être de fidèles lecteurs malgré mes délais !) J'attends vos review avec impatience pour savoir si ça vous a plus !

Désolée pour la vulgarité ! (Quand je suis sous pression et que je panique je deviens un peu plus vulgaire donc je trouvais ça plus prenant et réaliste de retranscrire le stress par les "oublis" de langage).

Ciel c'est un gros Thug mine de rien. J'espère qu'Elise dans ce chapitre représente avec fidélité la part de chieuse qu'on a tous en nous quand on s'y met ;) Enfin c'est pas vraiment de sa faute non plus ...

Le prochain chapitre sera le dernier concernant l'arc du château, il est temps de revenir à la civilisation j'ai envie de dire (Pour ceux qui aiment pas trop l'ambiance glauque).

BlackEmilyMalou : Bien sûr pour les cookies faut juste attendre que Ciel daigne les cuisiner ! On va arranger ça un de ces quatre je vais essayer de le forcer ! Haha le grand nuage noir est partout tu t'assois même dessus quoi xD Désolée j'espère que tu as pas trop eu peur :x Ouais je sais c'est compliqué pour Ciel avec l'histoire d'Elise et de sa mère XD Mais bon à la base il ne voulait rien faire avec la mère et elle voulait le forcer grâce au pacte (Ciel en mode gigolo ça le fait ?) Pas sûr je sais pas xD Oui Sebastian il me fait flipper on sait jamais à quoi il pense il est fourbe o_o (Indice: araignées= ... Claude ! Donc Ciel pensait à ça quand il en parlait) ! Haha ouais je vais incruster Ronald à l'histoire il est trop énorme pour le laisser de côté quoi. Elise est trop mon modèle de courage, elle gère (sauf quand elle pète des câbles mais bon je la comprends tellement que je peux pas lui en vouloir de malmener Ciel) u_u Haha tu as osé penser ça XD En plus si il était aussi dur au point de lui faire mal ça voudrait dire que soit c'est un dieu, soit il était vraiment inspiré par leur position XD Le doute ne persiste pas longtemps ça va x) C'est fou comme tu as le don de rendre tout moins glamour xD J'avoue Ciel il faut lui résister c'est toute une histoire ... Abby ça ne se profile pas trop mal on sait pas ! Merci à toi d'être là ! Et désolée pour le délai ! Bisous à bientôt ;)

Tori-chan: Haha et je l'ai même pas vu Crimson Peak alors que je l'ai cherché en Streaming et tout ! (la fille qui se décide à le voir juste quand il passe plus au cinéma) J'espère que tu as préféré ce chapitre alors tu as été un peu plus satisfaite au niveau trucs flippants ? Moi aussi j'aime bien ce genre de délire comme tu as pu le constater ;) Je préfère l'épouvante (ce qui fait peur) à l'horreur (le gore) en général, y'a une nuance très importante entre les deux ! Arg désolée si c'était un peu hard Non c'était pas Abby nom de Zeus ! J'aime bien Tori, c'est mignon. Ça fait japonais mais en même temps ça passe crème pour ceux qui ne lisent pas de manga (pas comme Hinazumi par exemple quoi x) Bien sûr, je me renseigne pour ne pas marquer de bêtises ! J'aime bien les détails je trouve qu'ils donnent ... de l'efficacité je dirais x) (bon je donne pas toujours les bons apparemment!). D'ailleurs justement, j'ai repensé au coup de la trilogie fromagère, je me demande si je modifierai pas un peu le passage de la fondue pour donner plus de détails tu as raison c'était à exploiter ! (Dans ce cas y'aurais peut être des gages du coup ...) ou alors je ferais un chapitre bonus je verrais bien ... A bientôt et merci d'être là ! Désolée du retard je ne serais pas aussi longue pour le prochain ! :)

Amellos: Oui je suis désolééée pour toi ;_; Oui le dernier chapitre et celui ci sont plus longs, c'est pour me faire pardonner de mon retard (sauf qu'au final ça me prend encore plus de temps et je suis encore plus en retard donc est-ce que c'est un bon plan ?!) Ravie qu'il t'est transporté (bon pas trop dans des émotions négatives j'espère!) après tout ça ne sert à rien de lire un truc si on ne ressent rien pas vrai ? Non ils n'ont pas mangé de la chair humaine, c'était juste une hypothèse d'Elise, eux ne parlait que d'avoir tué :P Il semblerait qu'Abby ne soit pas encore à enterrer (?) tu verra je suis pas une sadique non plus ! Grave Ciel il pèse lourd en clash t'as vu ? xD Elise aussi quand même ça va ! Merci beaucoup d'être là malgré mon retard ! A la prochaine ;)

SweetDream-chan (aka "la motivatrice"): Eh oui, je l'ai fais, j'ai coupé à cet endroit là mwahahaha! J'ai envie de dire enfin j'ai sorti mon chapitre ! Ton message m'a motivé je vais pas te mentir ! Ton commentaire fais ma journée à chaque fois que je le relis quoi x) Merci beaucoup d'avoir pris la peine de me dire tout ça c'est très important pour moi d'avoir une analyse technique de ce que j'écris (je montre ce que j'écris à personne que je connais parce que ça me gêne trop et les lecteurs sont assez réticents à laisser des commentaires apparemment donc heureusement que tu es là!). C'est vrai que cette histoire me tiens à cœur donc j'essaie de faire partager mon entrain ! Tu écris ?! J'irais voir ça dis donc! J'espère que tu as aimé cet autre moment Cute sur la fin alors x) Haha contente que mon Ciel canon et sexy soit convaincant XD Pour moi c'est comme ça qu'il serait vraiment, vu son attitude dans le manga :p Ciel qui boude ça serait trop mignon ! OMG toi aussi ! Jack l'éventreur j'ai tout épluché ce qui me passait sous la main et j'ai été voir les photos pour m'illustrer tout ça (la dernière victime c'est hard o.o) du coup je suis un peu blasée aussi ... Je t'imagine trop genre: "Alors moi c'est Dory !" "Boonjouuur Doryyy" "Eh ben... Je crois que j'ai jamais tué de personne de ma vie... ?" "Oh!"-"BRAVO!"-"Ça c'est de la femme!"-"Tant de self Control!"-"Épouse-moi!" (si tu arrive dans ce genre de secte casse-toi tout de suite xD) Tu me vois enchanté si mon cadeau t'as plu! (ça arrive des fois que tes proches soient pas du tout sur la même longueur d'onde que toi niveau cadeaux :x) Non, je n'ai pas trop de manque d'inspiration ça va ! (je lis les chapitres qui sortent tous les mois donc ça se renouvelle) Oui c'est carrément déprimant cet histoire de maman xD Elle a l'air cool ta pote, passe-lui le bonjour de ma part ;) Merci encore à toi je t'adore ! A la prochaine, je ferais plus vite promis ! Bisous !