Ce chapitre est assez long en fait alors installez-vous bien et sortez les M&m's~
Chapitre 19:
« Fawkes ! Tu veux faire plonger les notes de mon escouade à toi toute seule ?! »
Une jeune femme entamait avec peine sa deuxième heure de parcours du combattant, finissant de ramper sous le réseau de fils tendus pour sauter sur les plots du gué avant de partir à l'assaut de l'espalier de deux mètres trente. Elle traversa la longue poutre glissante en évitant la chute de peu et un rail vertical de cinq mètres de hauteur se dressa sur sa route. Elle serra les dents d'appréhension, les flancs sciés par les points de côté et la gorge brûlée par le froid. Tous les autres étaient déjà devant ou avaient terminé leur dernier tour, comme toujours.
« Tu n'es qu'un poids mort si tu ralentis tout le monde ! »
Ses bras attrapèrent les plaques de bois humide après que ses jambes l'aient propulsé le plus haut possible.
« Une escouade c'est une famille tu dois rester soudée à elle quoi qu'il arrive, comme un putain de loup protège sa meute ! Si t'arrive pas à suivre le rythme tu te casse c'est pas un hospice ici ! »
Elle se hissa à grands coups de pied et passa la jambe par dessus le rail. Le ciel était sombre et il pleuvait des cordes, éloignant la voix de l'adjudant dans un faible écho.
« Tu ne dois jamais perdre l'objectif de vue ! »
Elle préféra se laisser tomber au sol pour descendre, à bout de force.
« Relève-toi et arrête de lambiner ! Qu'est ce que t'as dans le crâne exactement ?! »
La jeune femme chancela et pris lourdement appui dans la marre de boue pour se redresser. Elle écarta les mèches de cheveux rebelles de ses yeux et trottina sans force jusqu'aux poutre verticales.
« Ne laisse rien t'empêcher d'atteindre ton but ! La fatigue, la douleur toutes ces conneries c'est dans ta tête ! »
Épuisée, elle sauta faiblement les trois premières poutres et laissa son pied se loger dans la dernière par inadvertance. Elle trébucha et s'étala de tout son long dans la fange visqueuse, trouvant à peine la force de relever la tête pour ne pas suffoquer. Un homme s'avançait vers elle d'une démarche rigide et semblait crier des obscénités. Elle se sentit traînée et s'évanouit, incapable de lutter plus longtemps contre la faim.
Élise Debussy fronça les sourcils, gênée par la lumière.
L'atmosphère de la pièce était chaude et douillette et son support de coussins des plus moelleux. Elle soupira d'aise avant de grommeler mollement et ne trouva pas la force de se retourner, plongeant de nouveau dans un sommeil ouaté. Elle ne pouvait que rêver, cette béatitude et ce bien être qui enivraient son esprit étaient trop appréciables pour être réels. Elle ouvrit les yeux sans parvenir à refréner un bâillement et sa vision s'éclaircit sur des braises qui crépitaient sereinement dans l'âtre. Elle pensa un instant à se rendormir quand les souvenirs de la chambre de Fugger la firent froncer les sourcils d'incompréhension. Elle bougea pour se redresser et regretta aussitôt son geste. La sensation d'avoir été passée dans un broyeur à ordures déclencha un gémissement plaintif de sa part. Elle passa une main derrière sa nuque pour masser les muscles de son cou endoloris. Malgré les courbatures, elle se sentait flotter, comme si la gravité de la situation lui échappait.
Élise ...
Elle se redressa à contre cœur et évalua ses environs à la recherche d'âme qui vive. Son regard capta immédiatement la scène qui se déroulait à l'autre bout de la pièce et elle dû plisser les yeux d'effort pour tenter d'y trouver une explication rationnelle. Le démon lui tournait le dos, agenouillé sur le lit et semblait y maintenir une femme par la force. Cette dernière poussait des cris étouffés par intermittence et elle se releva d'un bond en sentant sa tête lui tourner par la brusquerie du geste.
« Qu'est ce qui se passe enfin ? »
Il lui jeta un rapide coup d'œil impassible sans se détourner de sa tâche.
« Venez m'aider »
Elle s'avança et contourna le démon pour pouvoir distinguer la malheureuse jeune femme qui semblait vouloir s'enfuir.
« Tenez-là bien »
Elle obtempéra sans discuter et remarqua le reflet de la lumière dans la lame que le démon approchait de son bras. La femme se débattait de toutes ses forces et elle sentit des sueurs froides envahir ses temps en observant le démon commencer à retirer une sorte de liquide crémeux et jaunâtre de la plaie. La jeune femme paniquée hurla de douleur quand il l'effleura et se figea en la voyant approcher. Ses pupilles se rétractèrent au choc et elle haleta de plus belle avant de prononcer des paroles inintelligibles.
Estomaquée, Élise la maintint sans broncher et le démon se décala de côté pour gagner en efficacité. Le regard qu'Abby lui lançait était voilé par la terreur, la douleur et une fatigue extrême. Elle avait agrippé le drap qu'elle tirait à elle malgré le pli retenu par le lourd matelas. Sa sueur avait collé ses cheveux sur son front et la blessure l'avait rendue plus pâle que jamais. Le noble frottait vivement la plaie avec son canif pour retirer le pus et le contact semblait peu supportable. Elle se hissa pour la bloquer quand la blonde tenta de se dégager une nouvelle fois en criant. Quand il estima la blessure assez nettoyée, le démon attrapa une bande de drap qu'il imbiba d'alcool avant de la presser sur la blessure. Abby hurla de nouveau et il écarta le tissu avant de la panser avec une autre bande propre. Du sang commençait à ruisseler de la plaie et elle se demanda un instant si Ciel avait bien fait d'enlever le pus séché qui l'empêchait de couler. Il n'avait retiré que ce liquide jaunâtre et pourtant ses doigts glissaient sur le sang. Elle pinça les lèvres en le voyant lourdement insister sur le nœud et Abby poussa une autre plainte douloureuse. Il écarta ses mains maculées et s'essuya le front tandis que le rythme erratique des respirations de la blonde déclinait progressivement.
« Vous ne m'aurez pas facilité la tâche Adams »
Abby se contenta de se laisser lourdement tomber en arrière, le souffle court. Le démon se releva et contourna prestement le lit en s'essuyant dans les draps. Il lui tendit la bouteille de Whisky qui avait servit de désinfectant et intercepta un carnet à la reliure de cuir sur la table de chevet. Il retourna s'asseoir au bureau sans un mot, le visage fermé. La blonde ne s'inquiéta pas de son mutisme et fixa la bouteille quelques instants avant d'en prendre une gorgée, grimaçante. Elle se retourna vers elle, un faible sourire au bord des lèvres.
« Toi … tu es venue jusqu'ici ? »
Elle sentit un large sourire illuminer ses traits et la prit dans ses bras avec une émotion mal contenue.
« J'ai eu tellement peur qu'on arrive pas à temps ! Comment tu t'es fait ça ? »
« Je me suis ouverte le bras en essayant de forcer la serrure, c'est compliqué »
Elle soupira longuement, respirant de nouveau pour la première fois depuis une semaine. Elle sentait qu'une vanne de soucis accumulés s'était ouverte en elle, comme si toute son appréhension et ses contrariétés s'envolaient à la vue de la blonde. Tremblante, Abby ne brisa pas le contact et elle lui planta un baiser sur le front avec précautions.
« Je suis désolée pour tout ça. On est là maintenant »
Abby tenta de retenir un sanglot et elle sentit sa poitrine crouler sous la culpabilité.
« Il ne t'arrivera plus rien »
Elle relâcha doucement son étreinte pour la détailler d'un œil attentif. Elle ne portait que ses sous vêtements et l'élégant ensemble mauve de dentelle qu'elle disait tant aimer était à présent en piteux état. Sa poitrine se soulevait et se rabaissait irrégulièrement et elle était couverte de chair de poule.
« Tu n'as pas froid ? Et tes habits ? »
Elle toussa avant de reprendre une gorgée du breuvage, défaillante.
« Ils étaient complètements fichus et trempés de sang alors il les a enlevé »
Elle fronça les sourcils et la blonde poursuivit son explication.
« Ce sont des fous ici, ils kidnappent des gens pour les sacrifier »
« Je sais oui. Toi ça va ? »
Elle hocha la tête, davantage maîtresse de ses moyens.
« J'étais la dernière. Au début on était sept dans le couloir, toutes des femmes. Il y avait une anglaise dans la cellule en face de la mienne mais à part elle je ne comprenais pas ce que disaient les autres. Elles parlaient allemand et autrichien ou quelque chose comme ça. Si on se dépêche on peut encore sauver cette fille, ils sont venus la chercher que tout à l'heure. Heureusement qu'elle était là je serais devenue folle sans elle »
Ils allaient difficilement pouvoir sauver cette femme si c'était d'elle dont avait parlé les deux hommes dans la chambre froide.
« Je ne sais pas si ça va être possible ... »
Elle hocha gravement la tête et replia ses genoux contre elle pour les encercler de ses bras, la voix tremblotante.
« Ils nous nourrissaient avec une espèce de bouillie, presque jamais d'eau. A chaque fois que quelqu'un arrivait on se demandait qui allait être choisie pour mourir, on redoutait chaque nuit parce qu'on avait peur que ce soit la dernière »
Elle serra les dents, refroidie par ses propres paroles.
« Il y en a une qui était là depuis longtemps, elle est morte avant qu'on vienne la chercher. Sa cellule était tout au fond pourtant il y avait une odeur abominable c'était- »
Élise se sentit grimacer, glacée par les détails. La jeune blonde tremblait et semblait tétanisée par ce qu'elle racontait. Seul le destin semblait avoir décidé qu'Abby serait la dernière à être choisie pour être sacrifiée. Son kidnapping n'avait été qu'un piège pour la faire venir elle. La blonde n'était visiblement pas destinée à rentrer à Londres saine et sauve et elle non plus. Ils lui avait menti dans la lettre et avait profité de sa faiblesse pour la manipuler. Une vague de fureur s'empara d'elle en les imaginant arriver un jour plus tard et elle s'incita au calme, caressant les cheveux de la blonde pour se rassurer.
« Toi tu es vivante c'est tout ce qui compte »
Abby ne réagit pas et se décala pour reposer son bras douloureux. La couleur rouge vive de tissu qui compressait sa plaie n'avait rien de rassurant. Elle la laissa se reposer et se retourna vers Ciel qui n'avait pas ouvert la bouche et s'était écarté pour les laisser se retrouver.
« Que s'est-il passé, pourquoi me suis-je endormie ? »
Il frotta sa mâchoire d'un air contrarié et garda les yeux rivés sur sa lecture.
« Vous vous êtes évanouie, ce doit être la fatigue combinée à vos émotions fortes de cette nuit »
Qui pouvait être assez stupide pour s'évanouir dans un moment pareil ? C'était parfaitement incompréhensible.
« Où l'avez-vous retrouvé ? »
Il finit de lire sa phrase et se redressa, désignant la porte près du lit d'un coup de tête.
« C'est l'escalier qui conduit aux cellules »
« Il venait s'assurer tous les soirs qu'aucune d'entre nous n'était parvenue à se libérer, ce salaud. Partons tout de suite Lily, aide-moi »
Abby se redressa avec ardeur pour gagner le bord du lit. Le démon haussa un sourcil dubitatif en la voyant gigoter.
« Vous avez déjà perdu presque deux litres de sang, vous feriez mieux de rester tranquille »
Comme pour illustrer ses propos, la blonde s'effondra et elle la rattrapa en catastrophe pour la réinstaller sur le lit. Elle soupira en repliant les couvertures sur elle.
« Quelles conséquences deux litres de sang en moins auront-ils au niveau de ses capacités motrices ? »
Elle n'avait aucune idée du nombre de litres qu'un humain de la corpulence et de l'âge d'Abby pouvait perdre avant que son état ne devienne critique. Il tourna une page et soupira longuement, comme à la recherche d'une explication claire.
« Cela dépend de nombreux critères. Vous avez vous même fait une hémorragie externe sévère quand vous avez été hospitalisée l'autre jour. Les médecins on constaté qu'il manquait plus de quatre litres de sang dans vos veines et pourtant- »
« Hein ? Lily c'est quoi cette histoire ? »
Elle se retourna vers la blonde et ouvrit la bouche sans grand enthousiasme pour tenter de trouver une réponse convenable, peu intéressée par le sujet sur le moment. C'est le démon qui se chargea du résumé à sa place.
« Elle a été gravement blessée dans des circonstances encore troubles, nous n'avons pas identifié son agresseur »
Il se retourna vers elle tandis que la blonde le fixait encore la bouche grande ouverte.
« Il s'est écoulé un peu plus d'une minute trente entre le moment où vous avez perdu connaissance et celui où Sebastian vous a présenté aux autorités urgentistes et malgré cela vous êtes passée à deux doigts de la mort. Ce qui a été décisif c'est votre prise en charge immédiate par l'unité de réanimation de l'hôpital et le fait d'avoir eu accès à des technologies de pointe pour vous soigner, ce qui n'est pas le cas d'Adams en ce moment. Mais même sans cela elle a perdu tout ce sang de façon plus progressive que vous, son corps a très certainement eu le temps de mettre en œuvre une compensation hémodynamique »
Abby acquiesça d'un air l'air grave. Sa mère était une ancienne urgentiste du prestigieux Hôpital Royal Bompton de Londres et elle semblait saisir toutes les conséquences qu'impliquaient les propos du démon. Élise se releva du lit, convaincue par le hochement de tête de son amie.
« Dépêchons-nous de retrouver le cousin de la Reine et de repartir en vitesse alors »
Quelque chose vint soudainement percuter son esprit pendant qu'elle se dirigeait vers l'armoire, un fait tout à fait anormal qu'elle n'avait jusqu'alors pas relevé.
« Attendez une minute. Comment ai-je pu rentrer chez moi deux jours après l'agression et ne pas garder de séquelles de cet accident alors ? »
Il laissa tomber le carnet sur le bureau sans conviction avant de la sonder du regard.
« Votre rétablissement ne s'est pas fait en un jour. En réalité vous avez été droguée à forte dose pour aider votre organisme à se rétablir. Les substances qu'ils vous ont injecté ont stimulé les parties de votre cerveau atteintes par le manque de nutriments sanguins et ont décuplé l'activité de vos cellules nerveuses pour accélérer le processus de convalescence. C'est aussi ce qui vous a fait perdre du poids »
Elle resta le fixer de longues secondes, interdite. Elle n'avait jamais évoqué le sujet avec lui et n'avait toujours pas compris ce qui s'était concrètement passé dans cet hôpital. Elle en gardait d'ailleurs des souvenirs vagues, assez flous et se souvenait d'un manque de lucidité dans son comportement. Si le démon ne lui mentait pas une fois de plus, cette version des faits pouvait expliquer un bon nombre de choses étranges. Elle se souvenait avoir entendu Sebastian lui faire remarquer que son visage s'était creusé quelques jours plus tôt.
Le démon se laissa aller contre le dossier de sa chaise en voyant son air accusateur, comme lassé d'avance par la conversation inéluctable qui se profilait.
« Vous plaisantez n'est ce pas ? De toute façon les médecins n'ont pas le droit de prendre ce genre d'initiatives sans l'autorisation du patient, leur déontologie est très stricte là dessus; pas vrai Abby ? »
La blonde acquiesça faiblement et le démon soupira intérieurement. Elle posait trop de question pour son propre bien.
« Si j'étais en train de vous mentir comment expliqueriez-vous le fait que vous ayez pu sortir si vite de ce lit d'hôpital et marcher de façon intensive pendant deux jours alors que vous n'aviez presque par dormi ni mangé de la semaine et veniez de vous faire perfuser plus de la moitié de votre sang ? »
« Qu'est ce qu'ils m'ont donné pour que ça fasse autant d'effet ? Quand et comment est-ce qu'ils m'ont fait ça ? »
« Par intraveineuse, le jour même. Pour le reste, le lait chaud de la veille de notre départ a sans aucun doute dû vous sembler plus revigorant que d'ordinaire. J'ai maintenu les doses comme nous devions partir le lendemain. Elles ne sont pas létales et vous n'aurez pas de séquelles, sauf quelques effets indésirables sur le court terme »
« Quelques "effets indésirables" ? »
Il soupira, réticent à poursuivre.
« Eh bien les effets secondaires habituels »
Sidérées par son ton neutre, elles lui lancèrent un regard lourd de reproches et il leva les yeux au ciel, acculé. Les effets secondaires habituels des drogues n'avaient de secondaire que le nom et étaient particulièrement néfastes pour l'organisme et la santé mentale pour ce qu'elle savait.
« Puisque je vous dis que tout va bien »
« Dîtes-lui ce que vous lui avez filé bordel de merde ! Ces quoi ces effets secondaires ?! »
Abby avait fait mine de se relever pour le menacer et elle la fit se rasseoir de force. Le démon lança un regard sombre à la blonde pendant qu'elle replaçait les couvertures sur elle et répondit d'une voix plate.
« Quelques courbatures, troubles du sommeil, des sensations d'épuisement, de paranoïas, d'anxiété, des hallucinations voir une psychose à forte dose »
Elles restèrent le regarder avec une expression ahurie, interloquées par son haussement d'épaules final. Il dépréciait clairement les conséquences de son traitement.
« Je suis conscient qu'il était assez malvenu de vous amener ici dans votre état, mais je n'ai pas eu le choix »
« Mais vous êtes complètement cinglé ma parole ! Vous êtes un gros malade Phantomhive ! »
Elle fit fi de la blonde qui vilipendait le démon sans pitié et repassa en revue son attitude des derniers jours.
« Cela expliquerait mon envie de cache-cache dans un avion en plein orage ou mon endurance physique alors que je n'avais pas fait d'exercice depuis un an ? »
Il détourna son regard meurtrier de la blonde et composa une attitude plus contenue.
« Sans l'ombre d'un doute »
« Et vous ne m'avez rien signalé. »
Il soupira à son ton récriminateur.
« Je n'ai pas eu d'autre choix que de faire semblant, vous étiez constamment à bout de nerfs et la moindre remarque vous faisait partir dans une effervescence hargneuse »
« Vous n'aviez qu'à braver ces effervescences que vous avez vous même provoqué alors, au lieu de vous défiler »
Elle constata à la crispation de sa mâchoire que sa pique avait fortement déplu à sa fierté de Phantomhive.
« Je vous rappelle que j'ai attendu cinq minutes dans le cockpit que vous daigniez vous cacher, que j'ai fait semblant de ne pas vous avoir remarqué pour vous faire plaisir et que j'ai fermé les yeux sur votre tentative de noyade dans le marais »
« Je voulais vous faire ce que vous m'aviez fait ! C'est vous qui avez poussé une droguée éreintée dans de l'eau à trois degrés à une heure du matin ! »
« Seize. Vous étiez déjà mouillée ce bain d'eau froide n'allait pas vous tuer. De toute façon vous êtes saine et sauve, non ? Il ne vous est rien arrivé et c'est moi qui ai eu à vous supporter alors de quoi vous vous plaignez ? »
Jouer à cache cache avec une pauvre victime innocente et ignorante de sa situation au lieu de compter les moutons, quel immense sacrifice
Elle ne pouvait pas démentir que le démon était parvenu à ses fins, même si il avait usé de méthodes peu orthodoxes, mais le fait qu'il n'ait pas daigné lui en parler malgré les occasions qui étaient loin d'avoir manqué la révoltait. C'est la voix d'Abby qui retentit alors qu'elle ouvrait la bouche.
« C'est touchant ce dévouement expiateur Phantomhive, vous voulez aussi des applaudissements je suppose ? Maintenant vous avez intérêt à gérer ce coup là et à assumer les conséquences de vos actes, parce que c'est vous qui avez décidé de l'envoyer au casse pipe et de la rendre hypersensible. Si j'apprends que vous droguez Lily encore une seule fois votre capacité à procréer sera grandement compromise après que je me sois occupée de vous croyez-moi »
Le démon plissa les yeux et haussa les sourcils d'un air méprisant.
« Au lieu de proférer des insanités plus grosses que vous Adams, décrivez-nous plutôt en détails le déroulement de votre enlèvement, vous vous êtes laissée berner par un inconnu qui proposait des sucettes ? Ou peut être vous ont-ils appâté avec le prix Nobel de la crédibilité »
« Ils m'ont endormi avec du chloroforme pendant que je payais mon parking espèce d'abruti ! »
« Habile. C'est bien la seule façon de vous rendre supportable. A présent si vous voulez retourner dormir ne vous gênez pas, nous nous passerons de votre aide pour relever le niveau intellectuel de cette conversation: vous avez été déclarée inapte en la matière »
« Mais on s'en branle de ce que vous avez déclaré mon pauvre ! »
« Abbyy je crois que tu es un peu secouée tu ne devrais pas t'énerver ça va te fatiguer repose-toi »
Malgré ses vives protestations, elle força la blonde à se recoucher et cette dernière n'obtempéra qu'après avoir reprit une gorgée de Whisky. Elle se retourna vers Ciel qui la fusillait toujours du regard, très peu charmé par sa vulgarité.
« C'est vous qui avez exigé cette mesure à ma place, et les médecins ont accepté de vous fournir le nécessaire ? »
Il se détourna d'un air sombre et arracha une page du carnet avec minutie.
« Ne vous méprenez pas c'est une pratique purement illégale, je n'ai juste pas laissé le choix aux médecins. Votre majordome avait le pouvoir de prendre la décision à votre place et c'est ce qu'il a fait »
« Alors vous avez forcé Andrew et les médecins ?! »
« Votre majordome n'est pas stupide, il a compris que je devais vous garder avec moi pour vous maintenir en vie. Les hôpitaux ne sont pas des lieux sûrs, tout le monde peut y avoir accès et ce n'était pas blessée et inconsciente que vous y auriez été en sécurité. Peut être que cette chose ou quelqu'un d'autre aurait profité de votre faiblesse pour finir le travail si bien commencé si je n'étais pas intervenu »
Elle déglutit difficilement, horrifiée. Elle ne s'était pas encore habituée à ce qu'on veuille la tuer. Cette crainte avait fini par disparaître au fil des années avec son anonymat.
« Mais c'était inconsidéré, j'aurais pu faire n'importe quoi ! »
« Ça, vous l'avez déjà fait »
Elle se mordit l'intérieure de la joue, sentant l'humiliation lui chauffer le visage. Elle se souvenait avoir ressentit une telle frustration, une telle impatience … Aurait-elle agi de la même façon dans son état normal ?
« Votre témérité malvenue a failli nous coûter bien plus qu'un échec de la mission toute à l'heure »
Elle soupira et passa une main lasse sur son front, s'asseyant sur le lit. Elle se sentait faible et avait l'impression d'être une épave, autant sur le plan physique qu'intellectuel.
« Enfin. Abby est tirée d'affaire c'est tout ce qui compte »
Il claqua la langue, l'air dédaigneux.
« Il n'y a pas grand chose comme matériel ici, ce n'est que temporaire »
Abby grinça des dents et en profita pour revenir à la charge.
« Espèce de sauvage ! Vous avez essayé d'assassiner Lily et vous vouliez remettre le couvert avec moi pour ne pas avoir de témoins ! »
Elle resta très dubitative sur le choix de son expression et cru même avoir affaire à Grell quelques instants. Indifférent, le démon leva les yeux au ciel avec exaspération avant de retourner à sa lecture.
« La plaie est infectée il fallait au moins enlever le pus du début de nécrose. Cela vous a refait saigner mais vous évitera une gangrène si nous rentrons à temps, mais je vous en prie ne me remerciez pas »
Elle écarquilla les yeux à la mention de gangrène. Une telle maladie se propageait en si peu de temps ? La blonde, quant à elle, ne semblait pas apprendre le fait et vociféra de plus belle.
« Vous m'avez fait croire que vous alliez attendre que je sois prête et vous m'avez prise par surprise ! »
« Je n'avais pas le temps pour votre comédie de délurée et ça n'a pas fait mal longtemps »
« Vous!-»
« Il te sauve la vie Abby tu devrais le remercier et profiter du peu de temps qu'il te reste pour dormir avant qu'on y aille »
La blonde écarquilla les yeux à son ton sec. Penaude et perturbée, elle finit sa bouteille et se recala dans le lit sans un mot, la bouche tordue par un pli amère. Elle n'avait pas même grimacé en buvant.
Élise lui caressa les cheveux machinalement et la laissa se reposer pour se diriger vers le divan d'un pas morne. Maintenant qu'elle en savait plus à propos de son traitement, elle réalisait qu'elle se sentait comme anesthésiée et qu'elle voyait flou par moments. Ciel baissa la voix pour que la blonde n'entende pas depuis l'autre bout de la pièce.
« Comment vous sentez-vous ? »
Elle haussa un sourcil sarcastique dans sa direction.
A votre avis ?
« Vous avez des vertiges ? »
« Oui mais ça va »
« Les effets secondaires semblent s'estomper »
Peut être mais j'ai toujours l'impression d'être un légume
Le noble retourna à ses affaires sans un mot de plus et elle l'observa faire, pensive. Le visage fermé, il épongea son front et s'empara de la bouteille de détergent russe délaissée depuis leur arrivée. Il vida la fin de son contenu en trois gorgées et toussa avant de défaillir sous son regard médusé. Elle comprit ce qui n'allait pas en le voyant crisper sa main sur le haut de son bras, les dents serrées. Il prenait sur lui depuis le début pour s'occuper d'elles et elle n'avait même pas pensé à lui demander comment allait son épaule.
« Vous voulez que je regarde ? »
Il releva la tête et son visage afficha la même expression fermée.
« Il n'y a rien à faire »
Il désigna Abby sur le lit d'un coup de tête.
« J'ai dû lui poser un garrot serré cela deviendra encore plus dangereux si nous traînons »
Il parlait de nouveau à voix basse pour qu'eux seuls puissent entendre. Elle chuchota à son tour, se penchant vers lui depuis l'accoudoir du canapé pour gagner en discrétion sonore.
« Qu'est ce qu'elle risque exactement ? »
Maintenant qu'elle le détaillait à la lumière, la fatigue se lisait nettement sur ses traits. Il était blanc comme un linge.
« Des problèmes. Un membre qui ne reçoit pas d'apport en oxygène pourrit et devient inutilisable en très peu de temps. Elle était sous l'emprise d'une sorte de stupéfiant qui la rendait inapte à se défendre et favorisait la coagulation mais ses effets s'estompent et elle recommence à saigner abondamment. La plaie peut attendre quelques heures mais le garrot empêche le membre d'être irrigué si il reste posé plus de vingt minutes »
« Desserrons-le un peu pour laisser le sang circuler »
« Si vous faîtes cela la pression sur son bras va avoir l'effet inverse et inciter l'hémorragie »
« On peut essayer de l'enlever et de compresser à la main ? »
« Ce ne sera pas suffisant et nous ne pourrons pas nous déplacer »
« Ça finira forcément par coaguler »
Elle se releva avec difficulté pour mettre ses dires en pratique et la voix presque intraitable du démon raisonna de nouveau à ses oreilles.
« C'est la dernière chose à faire. Déjà vous ne devez pas toucher la blessure avec vos mains et la coagulation est un processus plus complexe que cela. Nous n'avons pas le temps d'attendre que le sang coagule et enlever un garrot déjà posé lorsque l'on apporte pas les soins nécessaires pour stopper l'hémorragie risque de provoquer un arrêt cardiaque. Personne d'autre que des médecins ne doivent le retirer à présent »
Elle se stoppa, inquiète. Mais qu'y avait-il à faire alors ? Voyant sa panique grandissante, le démon se contenta de poursuivre d'une voix neutre.
« Nous avons deux heures tout au plus avant que sa situation ne devienne critique alors pour l'instant ne pensez qu'à sortir d'ici et cela suffira »
Elle força son cœur qui s'emballait de nouveau à se calmer. Abby n'était pas en danger immédiat et le noble semblait confiant, il n'y avait pas de quoi perdre son sang froid.
« Il me reste une dernière chose à faire vous n'avez qu'à rester là toutes les deux »
Il rangea les bouteilles dans le bar et se redressa pour se diriger vers la sortie.
« Qu'est ce qu'on fait si quelqu'un arrive ? »
« Je ne serais pas loin. Cherchez-lui des habits dans l'armoire, ne la couvrez pas trop elle doit pouvoir marcher »
« Mais elle n'est pas en état de marcher »
« Nous réglerons ce problème plus tard »
« Revenez vite s'il vous plait »
Il referma la porte derrière lui après un hochement de tête à son intention. La voix d'Abby parvint à ses oreilles depuis le lit, encore secouée.
« Il va où là ? »
« On va rentrer t'inquiète pas, il lui reste juste quelque chose à faire avant de partir. Et si on se faisait une soirée sushis devant tous les vieux Friends pour fêter ton retour, ça te dirait ? »
Les tremblements dans sa voix semblèrent se stabiliser et elle su qu'elle était sur le bon chemin.
« … Il y aura le travelo aussi ? »
« Grell ? Je crains que oui. Il a décidé de s'installer c'est compliqué »
Elle se détendit à vue d'œil, presque amusée par l'idée.
« Ce serait marrant si on arrivait à caser ce fou entre Phantomhive et Sebastian dans le même canapé tu trouve pas ? »
Elle souriait avec un certain sadisme à présent, presque jubilante.
« Euh ça serait la troisième guerre mondiale non ? Sebastian essaierait de l'étrangler incognito, Ciel le frapperait à tout bout de champ et l'autre finirait par se plaindre pour son maquillage »
« C'est bon on lui donnera du waterproof. On doit essayer cette expérience, pour le progrès de la science »
« Si le bien de l'humanité est en jeu on verra ce qu'on peut faire. Au fait je dors depuis longtemps ? »
Elle fronça les sourcils, pensive.
« Je sais pas tu dormais déjà quand je suis arrivée. Il m'a déposé là et est reparti dans le passage, il est resté assez longtemps d'ailleurs. Après il a vu mon bras et il a insisté pour s'en occuper, tu t'es réveillée à ce moment là »
« Qu'est ce qu'il faisait là bas ? »
« Je sais pas. Je l'ai pris pour l'un d'eux au début, je croyais qu'ils venaient m'emmener donc je me suis débattue. On a faillit tomber dans les escaliers, j'ai eu peur »
Abby grimaça maladroitement avant de poursuivre, penaude.
« Il m'a hurlé dessus avant que je comprenne que c'était pas Fugger. Je crois qu'il est blessé et que j'ai rouvert sa plaie donc il était très énervé »
« T'es encore pire que moi en fait »
« Ho ! En plus je suis à moitié à poil, super quand on est toute seule avec un démon »
Elle sourit malgré elle au ton indigné de son amie qui avait les joues légèrement rougies par l'alcool.
« T'inquiète pas tu n'as pas grand chose à craindre de sa part là dessus »
Elle roula des yeux, désabusée.
« Ouais, d'ailleurs il s'en fout »
La blonde haussa dédaigneusement les sourcils et attrapa sa poitrine pour la soupeser d'un air courroucé.
« Je comprends pas il n'a rien regardé du tout, ils sont pas beaux mes seins ? »
« De quoi tu te plains exactement tu fais du bonnet C »
« C'est pas encore assez gros pour Monsieur Phantomhive on dirait ! Pff tous les mêmes »
Erhm
Elle était restée enfermée pendant des jours dans des conditions abominables et se plaignait à présent qu'un homme n'ait pas été charmé par la vue de ses seins.
« Il te sauvait la vie il avait autre chose à faire que mater »
« Quand même ! Les hommes sont faibles avec ces choses là normalement mais lui il est resté hyper sérieux, c'est un complot ! »
Je vais me faire engueuler bientôt
« Ce n'est peut être pas la première fois qu'il voit une femme nue. Pourquoi tu tiens tant à ce qu'il fasse attention à tes seins d'ailleurs toi ? »
« Je suis pas toute nue ! Parce que ! »
Elle haussa les sourcils et la blonde détourna la tête en soupirant.
« Il est encore plus canon que dans mes souvenirs et il a les mains toutes chaudes ... »
Elle retint une grimace d'amertume et claqua la langue avec irritation.
« Ouais ça va il est mignon mais pas non plus »
Abby sourit narquoisement dans un clin d'œil appuyé qui la fit souffler dédaigneusement.
« C'est moi ou j'entends du regret dans ta voix ma chérie ? Jalouse ? Mouahaha »
« N'importe quoi ! C'est le diable en personne il a un caractère horrible, il est prétentieux, mégalo et il m'a poussée dans de l'eau glacée après m'avoir forcée à marcher une journée entière ! »
« Certes mais l'enfer ça doit pas être trop pourri si il fait partie du comité d'accueil »
Elle roula des yeux et soupira, ne souhaitant pas particulièrement poursuivre ce genre de débat qui la mettait mal à l'aise. Abby se redressa sur le lit et s'assit en tailleur.
« D'ailleurs qu'est ce qu'il fait ici ? C'est la première fois que je le vois habillé normalement »
« C'est un peu compliqué »
« J'avais cru comprendre. N'empêche que ses costumes lui vont super bien mais la veste cache tout tandis que là la chemise et le pantalon sont plus près du corps-»
« Abbyy t'es bourrée ça suffit »
Après lui avoir lancé une fiole d'eau bénite au visage, avoir clamé détester les démons et menacé de l'émasculer la voilà qui fantasmait littéralement sur lui.
C'est encore plus compliqué que ce qu'on raconte les femmes en fait
« Quoi t'es aveugle ? Sans déconner il a un de ces culs-»
« Je veux plus rien entendre je vais t'appeler Grell Sutcliff si ça continue ! »
Elle éclata de rire à sa menace peut convaincante.
« Ce n'est peut être pas lui le plus bizarre en fait »
« Rha j'ai pas dis qu'il était moche non plus »
« Manquerait plus que ça ! C'est marrant je me sens euphorique je sais même pas pourquoi »
« Moi je sais, ça s'appelle une bouteille, c'est vide et ça roule sous ton lit. En tout cas tu me fais flipper »
« N'empêche que je sens plus rien à mon bras ! Alors vous êtes tous venus pour me sauver~? »
« Il fallait bien ! Mais Sebastian ne pouvait pas s'approcher je t'expliquerai. Ciel voulait être discret alors on a dû éviter les grands axes, il est aussi ici pour retrouver la trace d'un cousin de la Reine qui a été enlevé »
« J'espère qu'il est encore en vie et qu'on va sortir d'ici sans problèmes ! »
Elle soupira lourdement en repensant au fiasco des deux jours précédents qu'elle ne voulait pas avoir subi pour rien.
« Moi aussi »
Abby sourit, étrangement jubilante.
« Alors ? Il a tenté un truc ? »
« Qui, Ciel ? »
« Bah oui ! Il a essayé de se rapprocher ? »
« De qui ? »
« Toi nunuche qui d'autre ! »
Elle écarquilla les yeux, outrée par l'insinuation.
« Mais non ! »
Abby fit une moue boudeuse.
« Même pas une seule fois ? »
« La ferme »
« Han mais il est trop nul … C'est bien ce que je disais oublis-le de toute façon c'est un boulet tu vaux mieux que ça »
Pourquoi j'ai l'impression qu'on vient de me larguer avec sa façon de dire les choses ?
Elle s'entendit soupirer longuement.
« J'ai l'impression d'être son fardeau universel quand je suis avec lui »
« Raconte moi tout je veux avoir tous les détails ! »
« Non ça prendrait trop longtemps »
« On a rien d'autre à faire en attendant qu'il revienne de toute façon »
« C'est pas faux »
Elle se lança finalement dans son récit à l'aide de grands gestes et de changements de tons pour captiver son amie. Si elle pouvait lui procurer un peu de réconfort et la faire oublier leur cauchemar quelques minutes de plus elle n'allait pas lésiner sur les moyens. Elle raconta brièvement tout leur parcours jusqu'ici en omettant volontairement de parler de ce qu'ils avaient découvert dans cette étrange cuisine, du bassin de pierre, de leur rencontre dans les cachots et de tout ce qui aurait pu l'inquiéter d'autre. Elle se garda également de parler du mercenaire près du lac. Elle ne comprenait toujours pas les motivations de ses commanditaires mais savait qu'elle aurait encore affaire un lui, quoi qu'elle fasse. Une fois qu'elle eu finit, Abby sembla hautement satisfaite de sa prestation.
« C'est bizarre comment il se comporte avec toi ça doit pas être facile de suivre »
« Bah … Il me traite à peine comme un être humain quoi, je crois que je m'y fais progressivement »
« Je parle pas de ça patate. Un jour il te laisse tomber dans l'eau et l'autre il s'emmerde à te porter pour te faire visiter tout le château »
« J'ai vu mieux comme "visite". Il n'a pas vraiment eu le choix crois-moi, j'étais un peu … agitée avec tout ça »
« Bah pourquoi ? »
Parce que j'étais droguée et que je croyais que tu étais morte ?
« Laisse tomber »
Abby lui pinça la joue et la secoua mollement pour lui faire faire une grimace avant d'éclater de rire. Incrédule, elle resta quelques instants à la fixer avant de se dérider à son tour. Elle voyait à quel point parler de ce genre de sujets légers faisait du bien à son amie.
Même si le Whisky a fait le plus gros du travail
« Qu'est ce qu'il est parti faire du coup ? »
« Chercher le cousin de la Reine sans doute, j'ai l'impression qu'il ne s'attend pas à le retrouver vivant »
« Pourquoi tu dis ça ? »
« Il ne semblait pas spécialement pressé je trouve »
« En tout cas j'espère qu'il ne va tomber sur personne parce que sinon on est mal, enfin je suppose que ça ira pour lui mais nous ... »
Il n'a pas utilisé ses pouvoirs pour se battre avec Fugger et la brute tout à l'heure. Il n'y a pas de quoi ne pas s'inquiéter avec ce sceau.
« Je devrais aller vérifier si il ne nous a pas abandonnées »
« Haha, il en est capable »
« Euh je vais allez faire un tour. Je reviens vite »
Elle s'assura qu'Abby était bien installée et qu'elle ne risquait pas d'avoir froid avant de traverser la pièce et d'ouvrir prudemment la porte. Elle détailla avec minutie le long couloir interminable plus désert qu'une épave de navire et chuchota, au cas où, frissonnant à la fraîcheur nouvelle du corridor.
« Ciel ? »
Personne ne lui répondit et elle soupira lourdement, à peine étonnée.
Je me disais bien que ce n'était pas une bonne idée de le laisser partir comme ça
« Ciel vous êtes là ? »
Il avait dit qu'il reviendrait les chercher, mais si il avait rencontré des gens ou eu des problèmes ? S'éloigner d'Abby était idiot dans leur situation et mieux valait rester dans la chambre là où il saurait les retrouver mais rien ne l'empêchait de vérifier les alentours. Elle s'aventura avec prudence sur quelques mètres et tendit l'oreille, à l'affût du moindre bruit de pas. Il y avait des portraits tous plus austères les uns que les autres qui ornaient les murs et elle frissonna en craignant reconnaître les traits de Fugger sur l'un d'eux. Elle sursauta en entendant quelqu'un approcher et se mit à tâter toutes les poignées de portes pour se cacher rapidement. Elle s'engouffra dans la première qui s'ouvrit et s'y enferma, anxieuse. Des pas décidés et étouffés traversèrent le couloir en quelques secondes et elle plaqua une main sur sa bouche pour ne pas se trahir. Elle sursauta en constatant que leur auteur s'arrêtait devant sa porte, écœurée par sa malchance.
J'ai vraiment choisis la seule pièce de tout le couloir que cet idiot était venu visiter
Elle se saisit d'un long bougeoir massif, prête à assommer l'impertinent et une voix neutre lui parvint depuis le couloir, précédée d'un soupir.
« Qu'est ce que vous faîtes cachée là dedans exactement Debussy ? »
Elle crispa les paupières de désarroi et ouvrit lentement la porte d'un air naturel, tentant de garder contenance pour compenser le ridicule de sa situation. Le démon lui lança un regard sceptique.
« Quoi ? Vous auriez pu prévenir que ce n'était que vous »
Il sembla sur le point de rétorquer mais tourna soudainement la tête. Il entra en hâte dans la chambre et elle se décala pour le laisser passer, bousculée. Il referma sur eux et elle perçu aussitôt des rires au loin avec inquiétude
« Ils arrivent par ici ? Mais que fait-on si ils trouvent Abby ? »
Elle passa les bras autour d'elle pour se réchauffer en frissonnant. Elle avait oublié de prendre sa veste en sortant et réalisait à présent son erreur.
« Et pourquoi ne pas la leur laisser ? Elle me fait mal à la tête à crier tout le temps »
« Taisez-vous. Vous êtes un imbécile »
Il soupira et roula des yeux.
« C'était de l'humour, détendez-vous un peu bon sang. Il n'y a rien à faire à part attendre »
Quel humour
Elle claqua la langue dédaigneusement avant de se mettre à réfléchir à la situation. Elle espérait vraiment que personne n'aurait l'idée d'aller investiguer dans la chambre de Fugger si ils avaient retrouvé les corps.
« Je suis venue vous aider, plus vite on quittera cet endroit plus vite Abby sera hors de danger »
Il fronça les sourcils, visiblement peu convaincu de l'utilité de ses services.
« Pourquoi n'êtes vous pas restée avec elle plutôt ? Elle risque de faire n'importe quoi si elle est livrée à elle même dans cet état »
« Elle n'est pas stupide ! Parce que. Comme vous ne reveniez pas on se demandait si vous nous aviez abandonnées »
Il soupira, désabusé.
« Par pitié arrêtez de psychoter à longueur de temps »
Elle chuchota avec un certain agacement.
« Cela fait une demie heure que vous vagabondez dans tout le manoir et je suis censée rester calme alors vous ne m'avez même pas laissé de quoi nous défendre, que Abby risque de mourir et que l'on se fera tuer ou pire si on nous retrouve ? »
« Soit »
Il rouvrit la porte et sonda le couloir avant lui tendre son arme pour la deuxième fois de la soirée. Elle l'attrapa et la rangea dans son holster, le remerciant d'un hochement de tête. Il se retourna vers la chambre et resta quelques instants immobiles avant de lui faire signe de patienter. Il laissa la porte entre ouverte et s'avança vers l'intérieur.
Elle s'appuya pour sa part sur le mur boisé avec nervosité. Était-ce une bonne idée d'être venue au final ? N'aurait-elle pas été plus utile à Abby qu'à lui ? Elle ne pensait pas qu'ils auraient de la visite si tôt comme les invités étaient en plein repas.
Elle observa le démon ouvrir les rideaux et la lune pénétrer dans la chambre par de longs faisceaux clairs. Elle éprouvait l'impérieuse envie de briser le silence mais les mots lui faisaient défaut. Elle avait l'impression de s'être ridiculisée un peu plus tôt en laissant ses émotions et sa panique prendre le dessus. Maintenant qu'elle avait retrouvée Abby, toute cette tension et ses actes irréfléchis lui paraissaient troublants. Le démon n'avait probablement rien à faire de ses excuses et elle hésita un instant avant de se gifler mentalement pour cette faiblesse.
« Pardon d'avoir failli tout gâcher tout à l'heure »
Le démon semblait plus occupé à vérifier sous le lit qu'à l'écouter.
« Entre ça et toutes les autres fois je ne pense pas être en mesure de pouvoir vous remercier assez un jour »
« C'est bon »
Il ne lui prêtait pas la moindre attention et elle soupira, démotivée malgré elle.
« Bref, oui. Merci quoi »
Elle décida de partir se retrancher dans la chambre avec Abby pour mettre fin au massacre de son amour propre. Elle devait la rassurer et lui trouver de quoi s'habiller. Elle fit volte face et s'engagea dans le couloir en espérant arriver avant que d'autres invités ne la remarque.
« Attendez »
Il l'attrapa fermement par l'épaule en l'empêchant de passer la porte.
« Ne nous faîtes pas bêtement repérer tenez-vous tranquille le temps qu'ils quittent les parages »
« Mais ils sont partis là »
Elle resta attendre et entendit finalement d'autres éclats de voix au bout de quelques dizaines de secondes.
J'aurais largement eu le temps d'y aller
Elle referma la porte et le démon la tira vers lui, comme inquiet que ses jambes ne décident d'agir toutes seules. Elle plaça brièvement ses mains devant elle pour maintenir une certaine distance entre elle et son torse et tendit l'oreille. Ils étaient de nouveau dans le noir et cette obscurité qui revenait sans cesse la hanter commençait à la rendre folle.
« C'est juste que je préférerais être avec Abby, si il y a un problème elle ne pourra rien faire »
Il resta un instant à l'écoute avant de baisser les yeux sur elle.
« Je n'en doute pas mais si vous vous faîtes repérer vous allez nous attirer des ennuis et je préférerais éviter d'appeler Sebastian pour si peu »
Elle ne lutta pas plus longtemps et soupira d'impuissance.
« Toujours réfléchir avant d'agir Debussy. Un objectif est ce qui doit vous guider dans votre mission, mais il ne doit pas pour autant éclipser tout le reste, des contraintes vous feront nécessairement prendre des détours quand il n'y a pas d'autres solutions »
Elle ne répondit rien, n'écoutant pas moins son conseil pour autant.
« C'est votre première mission sur le terrain ? »
« Je croyais que vous aviez fouiné dans mon dossier ? »
« Tout n'y est pas consigné, pas vos initiatives personnelles du moins »
« On ne me confie pas ce genre de responsabilités et je ne m'amuse pas aux missions suicides en solo »
Elle n'avait pas pu s'empêcher de prendre un ton pincé. Comme si une novice telle qu'elle allait être chargée en toute autonomie d'un rapatriement royal au bout de sa première année de service.
« Alors soyez digne d'en recevoir. Apprenez à évaluer une situation, à calculer le coût de votre action par rapport aux avantages qu'elle vous procura en tenant compte des risques potentiels. Tout est question d'appréciation mais il s'agit avant tout de savoir rester calme et de ne jamais se laisser emporter par ses émotions »
Elle grinça des dents, sentant la vexation poindre en elle. A ce qu'elle avait compris, c'était davantage la faute du traitement que la sienne et elle s'était déjà excusée alors ne pouvait-il pas simplement oublier sa crise du début de nuit ?
Il passa un doigt sous son menton avec condescendance qu'il releva pour l'obliger à le regarder dans les yeux.
« Mais j'ose espérer que cette leçon-ci est acquise à présent »
Elle chercha machinalement à se dégager et il ne lâcha pas sa prise, le regard dur.
« Il n'y a pas que le traitement qui a influencé négativement votre comportement. Vous êtes psychologiquement faible, vous vous laissez dépasser par votre peur »
Elle détourna le regard avec froideur, agacée du rappel. Voyant qu'il avait visé juste, il sourit d'un air satisfait et elle balaya sa main pour se dégager en silence avant de faire appel à toute sa volonté pour feindre la surdité, piquée au vif.
« Ce n'est pas vous, cette petite fille effrayée. La vraie Élise Debussy a terminé major de sa promotion durant sa formation militaire élitiste malgré son retard de presque deux an »
Elle ne répondit rien, sentant un gouffre menacer de creuser sa poitrine.
« La douleur ne vous a pas brisé, elle a été votre force. Parce que vous n'aviez plus rien à perdre qui vous soit cher à l'époque »
« J'ai Abby et Andrew à protéger maintenant »
« Raison de plus pour ne pas laisser la peur vous paralyser ou vous faire prendre de mauvaises décisions. On ne protège rien ni personne avec des doutes »
« Qu'est ce que vous croyez ? Bien sûr que j'ai des doutes. Si il y a bien une leçon que toutes ces années m'ont fait retenir, c'est que perdre quelque chose est encore pire que de ne jamais l'avoir possédé »
Il fronça les sourcils.
« Bien sûr que non. Posséder quelque chose qui nous est cher, même pour une période infime, est une chance inestimable que seule sa perte peut nous faire réaliser pleinement. Je ne supporterais pas d'entendre quiconque dire ce genre de choses en ma présence »
Sentant l'amertume lui peser, elle leva une main tremblante à son front, trouvant avec soulagement le mur derrière elle pour la soutenir. L'ignorance n'était-elle pas moins douloureuse que le manque ?
Une orpheline ne pleure pas des parents qu'elle n'a pas connu
Inflexible, le démon se détourna sans un mot de plus pour continuer son inspection de la pièce vaguement éclaircie par la lumière de la nuit. Ce n'était pas tout à fait une chambre et ce qu'elle avait pris pour un lit semblait être une table massive recouverte d'une nappe foncée. Soudainement amorphe, elle attendit qu'il ai finit son inspection avec patience. Elle n'était plus à une pièce près, même si il lui semblait évident qu'ils ne trouveraient rien d'intéressant ici. Elle sentit un courant d'air lui donner chair de poule et frictionna ses bras de plus belle au nouveau courant d'air. C'était comme si une masse d'air froid se déplaçait tant la température variait d'une seconde à l'autre. Le démon avait craqué une allumette pour l'éclairer et sans grande surprise, le bout de bois n'était pas d'une aide conséquente. Elle frissonna violemment en sentant de l'air glacé lui caresser le cou.
« Qu'est ce qu'il y a ? »
Elle ferma les yeux, éprouvée.
« J'ai froid »
Elle sentait son corps s'affaiblir et se crisper.
« Vous voulez ma veste ? »
« C'est bon merci »
Le démon haussa les épaules à son refus et alluma une deuxième allumette quand la première tomba au combat. Elle se serait bien traitée d'idiote pour avoir éconduit sa (très) rare politesse mais sa tête tournait, comme si le froid engourdissait son esprit. Elle entendit vaguement un rire au loin et s'effondra sur le mur. Elle se rattrapa sur ses bras au derniers moment et se prit la tête dans les mains, perdue.
« Debussy ? »
Elle lui jeta un regard entre ses doigts, sentant les vertiges augmenter.
« Les effets secondaires. Dépêchez-vous de finir je voudrais retourner m'allonger »
Il hocha la tête et elle se laissa tomber sur le sol. Mieux valait ne pas se blesser en chutant si son état empirait. Son organisme n'avait visiblement pas encore évacué toutes les drogues ou le démon n'avait pas tout à fait été honnête avec elle et lui avait administré une nouvelle dose à son insu. Elle commençait à se sentir flotter et ses bras ne répondaient même plus à ses sollicitations.
Pour qui croît-il se prendre à toujours t'imposer sa façon de voir les choses ?
Elle eu l'impression d'avoir oublié un souvenir flou, celle d'une notification importante dont elle était incapable de se souvenir. Elle entendit le cliquetis métallique de la culasse d'une arme nouvellement chargée et la voix du démon trancha l'air avec froideur.
« Montrez-vous »
Elle sentit ses muscles se débloquer et observa leurs alentours.
Lui n'a perdu ses parents qu'à l'âge de dix ans, cela s'oublie si vite …
Elle fronça les sourcils vers le démon, incertaine.
« Il n'y a personne d'autre que nous ici Ciel »
Toi tu étais déjà grande, la torpeur de l'enfance et la brume de tes souvenirs n'ont rien pu adoucir comme c'est cruel …
« Debussy c'est vous qui bougez ? »
« Non je ne fais rien »
Tu te souviens encore de cette terrible soirée, tandis que lui ne pense qu'à ses manigances, celles qu'il estime trop importantes pour être partagées avec toi.
Il se retourna et constata la véracité de ses propos par lui même, l'air perturbé. Quelque chose, une voix s'imposait progressivement à son esprit, comme une sorte de réminiscence.
Ne lui as-tu pas accordé toute ta confiance, toi ? Les faits ne jouent pas en sa faveur si tu savais ...
« Venez, maintenant »
Elle étira les muscles de son cou et se releva difficilement avant se figer en voyant l'arme du démon pointée droit sur elle.
Les êtres souillés par la ténèbre sont profanés à jamais. On ne peut revenir à la lumière une fois corrompu, c'est aussi vrai que les rayons du soleil ne perceront jamais les abysses
« Mais qu'est ce qui vous prend ? Vous avez perdu la tête ? »
Le démon lui lança un regard dur et ne cilla pas.
« Taisez-vous et obéissez »
Pourquoi un être sans cœur tel que lui ressentirait-il le besoin de te maintenir en vie alors qu'il ne te doit rien ? Tu ne le connais même pas
Elle lança un regard glacé au démon et s'exécuta à contre cœur. Celui qui lui avait proposé sa veste quelques temps plus tôt braquait à présent un Beretta droit sur son front sans le moindre remord. Ne jouait-il pas la comédie pour l'amadouer, à faire semblant de se soucier d'elle ? Pourquoi s'énervait-il comme ça tout à coup ? N'était-ce pas là sa vraie nature qui ressortait sous la colère ? Elle fut soudain envahie d'une fureur sourde en s'imaginant avoir été bernée depuis le début. Elle avait baissé sa garde depuis qu'il lui avait raconté avoir connu son père, mais n'était-ce justement pas le but de sa manœuvre ? Elle serra les dents et sentit un courant d'air lui glacer les entrailles. Elle trembla et ses muscles se pétrifièrent, stoppant net leur mouvement. Elle tressaillit et força la barrière pour poursuivre sa route, sentant ses articulations se décrisper au fur et à mesure de sa progression. Elle arriva face au démon qui la dévisageait d'un air froid, le canon de l'arme toujours braqué sur elle.
Ne trouves-tu pas bizarre de ne jamais avoir entendu parler du fameux Comte Phantomhive ? Ta mère aurait-elle emporté ses secrets dans sa tombe ?
Peu lui importait de cette arme à présent. Elle sentait progressivement un calme radical remonter le long de sa poitrine et envahir son esprit. Sa colère, cette émotion aussi vive que destructrice, était balayée par un apaisement sans fin. Elle tint tête au démon, lorgnant le canon de l'arme d'un air las. Elle savait qu'il ne tirerait pas. Impatientée par son manque de réaction, elle posa les mains sur ses hanches et soutenu son regard avec provocation. Il lui lança un dernier coup d'œil méfiant avant de baisser son arme, incertain. Il semblait perturbé par ce qu'il percevait près d'eux, comme une présence qu'elle ne pouvait pas voir. Elle franchit le dernier mètre qui les séparait et se glissa jusqu'à son oreille, narquoise.
« Vous êtes nerveux tout à coup Ciel ... Auriez-vous "peur" ? »
Elle comprit à son regard fixe que ses paroles l'avaient étrangement ébranlé. Confiante, elle posa un index sur sa gorge et le remonta jusqu'à son menton dans une caresse brève, à la manière d'un chien que l'on félicitait.
« Vous ne cesserez jamais de vous croire assez supérieur aux autres pour leur donner des leçons, pas vrai ? »
Elle arrêta là sa comédie et son sourire se métamorphosa en rictus. Méprisante, elle descendit lentement sa main et pressa la paume sur son torse pour le repousser. Il fit quelques pas en arrière sous l'impulsion et son regard se voilà d'incompréhension. Elle haussa les sourcils et se détourna.
« Alors que vous êtes plus faible qu'un chiot abandonné sans moi »
Elle n'entendit pas l'ombre d'une réponse et sentit une main saisir sa gorge et la retourner pour la plaquer contre la grande table. Elle grimaça à la brutalité du geste et observa le démon se pencher sur elle pour la maintenir entravée. Elle ressentit une irrépressible envie de rire en pensant à leur situation.
« Qu'est ce que vous essayez de faire exactement ? Vous voulez me faire mal ? »
Elle releva un genou jusqu'à ce qu'il effleure la hanche du démon et appuya son pied sur le rebord le la table avec aise, sachant qu'il ne répondrait pas. Le visage à présent dénué de toute émotion, il la scrutait sans gêne, observant le moindre mouvement de ses lèvres.
« Regardez comme vous êtes faible ... vous n'êtes pas capable de lever la main sur moi alors que je vous humilie »
"On ne peut protéger personne avec des doutes" ... c'est moi qui t'ai appris cela, Ciel
Il la fixa sans ciller et elle rit devant la crispation de sa mâchoire avant de poursuivre d'une voix doucereuse.
« Vous n'avez jamais rien su protéger qui vous soit cher dans votre vie, et cela ne changera pas avec moi »
« Disparais »
Elle s'alanguit et laissa sa tête reposer contre le tissu de la table avec lassitude.
« Vous croyez avoir une quelconque autorité sur moi ? »
Elle sentit le regard du démon la fusiller et un sourire provocateur perça ses lèvres. Il lâcha sa gorge et elle fut vivement tirée jusqu'à la porte. Elle suivit les pas du démon pour ne pas trébucher, agrippée par le bras. Ils sortirent en trombe et il la projeta contre le mur du couloir, la faisant durement expirer au choc. Affalée, elle soupira longuement et une sorte d'engourdissement s'empara de nouveau d'elle. Elle se sentit faible et ensommeillé, comme si on l'avait réveillée en phase de sommeil paradoxal. Elle ferma lentement les yeux, sa tête douloureuse appuyée contre le bois. Elle avait l'impression d'émerger d'une absence, de se réveiller d'un rêve. Elle passa une main dans ses cheveux pour les éloigner de son visage et releva le regard au bout de quelques secondes. Ainsi ils étaient sorti de la chambre ? Elle n'en avait pas le souvenir.
« Qu'est ce qui vous a pris de me pousser ? J'ai déjà assez de courbatures je vous signale, je commence à en avoir marre d'être maltraitée »
Elle se frotta l'arrière de la tête, sachant pertinemment qu'une bosse n'allait pas tarder à apparaître. Impassible, le démon se détourna sans un mot. Il n'avait pas réagi ni tressaillit à sa plainte, absent. Il attrapa la porte qu'il claqua sans préavis et elle fit un bond en entendant le bois vibrer dans son étau sous la violence du choc assourdissant. Elle n'avait jamais vu un tel excès de colère de sa part et commençait à se demander si il ne perdait pas la tête à force d'être paranoïaque.
« Mais vous voulez alerter tout le château ? Ça va vraiment pas vous »
« Si vous le dîtes »
Elle le sonda longuement. La maîtrise parfaite de sa voix tranchait avec son précédent geste et son regard dur. Elle soupira et se releva avec peine en époussetant ses vêtements. Le démon observait le fond du couloir, parfaitement muet.
« Qu'y a t-il ? »
Elle fronça les sourcils et s'approcha avec méfiance pour le secouer faiblement, craignant presque de se brûler au contact. De plus en plus perplexe devant son manque de réaction, elle suivit son regard et constata qu'il n'y avait rien de particulier au fond du couloir.
Ses cheveux masquaient le cache-œil noir à son œil droit qui ressortait avec contraste sur son teint clair et elle laissa son esprit vagabonder de question en question quant à sa véritable utilité. Le noble avait un jour dit à Grell pouvoir voir parfaitement avec cet œil alors pourquoi s'encombrer de cette chose qui restreignait sa vision ? Voyant qu'il ne réagissait toujours pas, elle leva la main avec circonspection, guettant le moindre signe de sa part. Ses doigts approchèrent lentement du tissu sombre dans l'intention impulsive de le retirer. Le démon tressaillit en sentant le contact arriver et plaqua la main dessus, lui le passage. Elle écarquilla légèrement les yeux, perturbée par la ferveur de son geste.
« Ne refaîtes jamais ça »
Elle recula sa main, sentant qu'elle avait outrepassé les limites de la bienséance. Elle se pinça les lèvres sous son regard hostile.
« Pardon »
Elle avait l'impression de percevoir quelque chose derrière ce masque impassible, comme une détresse muette, trop taboue pour être formulée à haute voix. Il se détourna sans un mot et jeta un regard à sa montre.
« Je dois y retourner rejoignez la chambre et n'en sortez pl- »
« Les voilà ! Attrapez-les ! »
Ils se retournèrent d'un même mouvement et aperçurent la dizaine d'hommes qui couraient vers eux depuis l'autre bout du couloir. Ils se jetèrent un regard ahuri avant de se précipiter de concert vers l'autre côté. Elle préférait fuir et attirer l'attention des hommes loin de la chambre de Fugger que de prendre le risque de les conduire à une Abby blessée et désarmée. Un autre groupe les accueillirent à bout de souffle et ils firent volte face en catastrophe pour tourner à un autre carrefour, menaçant pour sa part de glisser sur le tapis.
« Là ! »
Elle dirigea son regard vers la porte que le démon indiquait et en actionna la poignée sous les menaces de leur poursuivants. Était-ce une bonne idée de se cacher là maintenant qu'on les avait vu entrer ? Le démon tira une des armoires de chêne massif qui encadraient le couloir et la fit basculer d'un geste sec. La vaisselle se fracassa dans un vacarme cristallin et le meuble heurta le sol dans un choc sourd. Elle referma après que le démon soit passé et activa le verrou avant de tendre l'oreille. Elle entendit les pas des hommes qui piétinaient la porcelaine brisée et la porte tressaillit bientôt sous leurs coups de poing frénétiques.
« Ça ne va pas les retenir longtemps »
« Vite venez »
Le démon avait poussé une chaise contre le mur et semblait tenter d'accéder à une grille de fer forgé proche du plafond.
« Mais qu'est ce que vous faîtes ? »
« Les conduits d'aération »
« Mais les canaux seront trop petits on ne pourra pas s'y faufiler »
« Non, ça ira »
Il retira la grille et la posa par terre avec précautions. Le bruit qu'elle fit au contact de la pierre malgré la douceur du geste du démon lui donna un aperçu de son poids. Il lui fit signe d'approcher pendant que les hommes se projetaient avec violence pour faire céder la porte et elle marcha jusqu'à lui.
« Dépêchez vous »
Elle monta à son tour sur la chaise et s'accrocha à sa veste, légèrement déséquilibrée par le peu de place qu'il restait. Le démon se baissa et joignit ses deux mains qu'il plaça difficilement devant son genou.
« Montez et attendez-moi »
Elle hocha la tête et profita de sa courte-échelle pour atteindre le rebord du conduit. Elle sentit les mains du démon la soutenir sur le bas des cuisses juste avant de perde l'équilibre. Il la projeta vers le haut et l'élan lui permit largement d'atteindre l'étroit passage. Elle se redressa pour se mettre à quatre pattes dans le conduit dont elle ne voyait pas le bout.
Le démon l'interpella et elle se retourna difficilement. Il lui tendit la plaque de fer forgé qu'elle tira plus qu'elle n'attrapa. Elle entendit un bruit de chaise qui glissait sur les dalles de pierre avant que le démon ne grimpe à son tour. Elle se dépêcha de reculer pour lui laisser la place et il évolua avec gène dans le conduit. Il se retourna et remit la plaque en place, les doigts à travers la grille de fer. La porte céda l'instant d'après et il se retourna vers elle pour l'inciter à avancer tandis que les hommes investissaient la pièce. Elle sursauta et se recula avec surprise quand leurs nez faillirent se percuter. Elle fit volte-face pour avancer avec précaution, appréciant peu de sentir ses ménisques cogner contre la pierre.
« Sinon vous faîtes souvent l'inspection des tuyauteries ou c'est une première ? »
« Je dirais que c'est très pratique pour se replier temporairement quand les choses tournent mal »
Ils arrivèrent à un embranchement et elle expira longuement avant de sonder les différentes issues. La structure des conduits de ventilation était sans surprise tout à fait rudimentaire. Elle n'était pas claustrophobe mais se retrouver bloquée dans un espace si confiné n'avait rien d'apaisant. Après réflexion, elle regretta de porter un leggings de sport dans cette situation, même si elle évitait le pire.
J'aurais pu être en jupe
« Prenez à droite »
Elle tourna la tête et s'engagea sur le conduit en légère pente.
« Nous pourrons retrouver le chemin de la chambre de Fugger ? »
« On verra bien, allez-y »
Elle s'exécuta et le démon la suivit après être resté observer quelques temps les autres voies de l'embranchement. Elle arriva finalement devant la grille d'une pièce et se stoppa. Elle n'avait pas assez de force pour la pousser elle même. Elle se décala sur le côté pour laisser passer le démon qui remarqua le cul de sac et se faufila en forçant, la gratifiant de son épaule dans les côtes au passage.
« Mais attention bon sang »
« A quoi vous vous attendiez je passe déjà à peine seul »
Il s'extirpa avec difficultés et ils se retrouvèrent tous deux face à la grille, épaule contre épaule. Le démon poussa le métal et elle prêta main forte en constatant sa faible amplitude de mouvement. La grille céda finalement et tomba sans produire le moindre choc sourd qu'aurait dû faire une pièce en métal de ce poids. Elle sortit la tête pour repérer ce qui avait amorti la chute et aperçu un lit près de trois mètres plus bas. La pensée la fit soupirer d'appréciation : au moins la chute ne serait pas trop éprouvante.
« Vous passez la première ? »
Elle se tourna vers le démon et constata qu'ils se bloquaient mutuellement dans le passage étroit.
« A vous l'honneur, vous me servirez de coussin »
Elle sentit plus qu'elle ne vit son regard noir se poser sur elle, peu amusé par son insolence. Il sembla ensuite se détendre et retrouva son air désabusé.
« Je vois. Une offre des plus tentantes que je me vois néanmoins contraint de refuser »
Elle haussa les épaules, trop contente de se prendre au jeu.
« Je vous en prie ne soyez pas gêné, puisque je vous dis que cela ne me dérange pas »
« Il n'y a guère de raison valable à ma réticence alors, puisque vous êtes d'une rare courtoisie »
« Je suis comme ça moi, j'aime mon prochain. Et puis c'est fait pour rendre service les équipières »
« Mais je n'avais pas manqué de constater votre utilité jusque là Debussy, bien au contraire. Sachez que je suis charmé de visiter les conduits d'aération avec vous, nous avions justement un petit trop de temps devant nous »
Elle roula des yeux à la pique et le démon s'avança néanmoins pour descendre avec une certaine maladresse que lui procurait leur situation. Alors qu'il avait extirpé son corps jusqu'au bassin et s'appuyait sur le mur pour ne pas glisser, elle céda à la tentation et plaqua sa main à un endroit très peu convenable pour le pousser en avant d'un geste sec, d'humeur revancharde. Il tomba dans une exclamation de surprise qu'elle ne su pas attribuer à la chute ou au contact mais qu'elle jugea (très) secrètement mignonne et réussi étonnement à se réceptionner à quatre pattes.
« En fait vous êtes un chat, c'est ça ? Vous retombez toujours sur vos pattes »
Il lui lança un regard furieux d'où il était, l'air passablement indigné. Il attrapa la grille de fer sans demander son reste et se dirigea vers le bord du lit d'un air indolent.
« Au risque de vous décevoir, je les préfère empaillés. Je pense être capable de me passer de vos attouchements la prochaine fois »
Elle se força à ne pas repenser à ce qu'avait dit Abby plus tôt au sujet de cette partie spécifique de l'anatomie du démon, ni à la fermeté appréciable de la chair qu'elle avait sentit sous ses doigts et se fit violence pour garder un visage à peu près beige.
« Vous étiez trop lent nous sommes pressés »
Il lui lança un regard perçant.
« C'est amusant, c'est uniquement quand cela vous arrange »
« Vous devriez me remercier vous étiez en pleine galère je vous ferai dire ! Quel monde d'ingrat allez écartez-vous ou je vous tombe dessus »
« Je vous concède que vous savez user d'arguments de choix pour me motiver »
Elle soupira lourdement et attendit patiemment une fraction de seconde que le démon daigne se décaler. Elle sauta à son tour avec plus ou moins de grâce en fonction de l'angle de vue et le lit moelleux remplit parfaitement son rôle d'amortisseur, la faisant rebondir légèrement sur le matelas. C'était une simple chambre d'hôte, tout ce qu'il y avait de plus classique mis à part que le lit faisait deux bons mètres de large.
Elle essayait de se dégager sans trop mettre les pieds sur les draps et l'oreiller quand les plombs sautèrent, les laissant de nouveau dans le noir. C'était comme si le château en lui même et son électricité étaient en combat permanent avec les ténèbres. Aveuglée, elle tâta les draps en avançant péniblement sur l'édredons mou.
Ils doivent avoir des problèmes de dos ici les gens
« Je suis où là ? »
Elle chercha l'autre côté de lit et avança avec précautions. Elle avait une sainte horreur de se retrouver dans le noir dans ce château. Elle se retourna vers le démon ou ce qu'elle supposait être sa direction.
« Aidez-moi vous »
Le lit se mit à trembler violemment sous elle et elle se stabilisa aussitôt sur ses genoux, ahurie.
« Wow »
« Ce n'est rien. Venez »
« Où êtes vous ? »
« Là »
« Ça m'aide vachement »
« Ma main, prenez-là. Sortons d'ici »
Elle tâta le noir à la recherche de la main annoncée.
« Mais vous êtes où ? »
« Ici bon sang »
Elle sentit un poids arriver sur le lit et sursauta avant de sentir la main du démon sur son poignet. Il la tira à lui et le lit se mit à trembler avec plus de force.
« Mais ! »
« Des poltergeist. Cette partie du château semble particulièrement active en activité spirituelle »
« Ils veulent nous tuer ? »
« Non, je ne ressens pas d'émotions néfastes. Je pense qu'ils s'ennuient juste »
Les vibrations cessèrent et ils soupirèrent de concert, elle de soulagement et lui de lassitude. Le démon se dirigea vers le bord du lit et s'immobilisa.
« ... »
« Qu'est ce qu'il y a ? »
« Je ne trouve pas le sol »
« Hein ? »
Elle le rejoignit et passa à son tour ses jambes dans le vide sans que ses pieds n'entrent en contact avec le parquet.
« C'est quoi cette histoire ? On est punis et bloqués sur ce lit jusqu'à nouvel ordre ? »
« Je vais voir si c'est haut »
« Faîtes attention on ne sait pas ce qu'ils cherchent à faire »
« Le plafond de cette pièce n'excède pas quatre mètres de hauteur je vois mal comment une chute me tuerait Debussy »
Elle admit son état de stress inutile et prit une voix gave et solennelle.
« Sachez que j'apprécie votre sacrifice monsieur le Comte. Je raconterai vos exploits et ce que vous avez fait pour la patrie, que cet acte de bravoure soit récompensé. Moi je vais rester encore un peu réfléchir à mon avenir, cette chambre sera le tombeau- »
Elle s'interrompit au son mat de la réception du démon sur le plancher.
« Le mélodrame est finit où il reste une scène après le générique de fin ? Allez descendez et arrêtez de parler tout le temps par pitié »
Elle détourna dignement la tête, outrée par le manque de reconnaissance dans ses propos malgré sa brillante élocution.
« Je nous mettais dans l'ambiance et vous avez tout gâché »
Elle se déplaça à son tour et se dirigea vers le vide, dédaigneuse.
« Je saute, tant pis pour ceux qui sont en dessous »
« Justement si vous pouviez attendre que je quitte la pièce »
Elle claqua la langue à l'insolence coutumière du noble et se laissa tomber avec approximation, évaluant mal la distance. Elle sentit qu'on l'attrapait pour l'empêcher de tomber et s'accrocha au démon, incapable d'y voir quoi que ce soit. Il y avait à peine deux mètres cinquante de hauteur mais l'obscurité totale changeait sensiblement la donne. Il la laissa se réceptionner sur ses deux jambes et la chambre redevint silencieuse. Le démon retira les mains de ses hanches et elle chercha quelque chose à dire, rendue soudainement incertaine.
Cette maudite lumière qui n'est jamais là quand il faut
« Merci ... Pourquoi vous n'avez pas allumé les torches déjà ? »
Le démon s'autorisa une brève réflexion, l'air tout à fait détendu.
« Parce qu'il n'y en a pas ? »
« Oh, je comprends mieux »
Il resta muet et elle cru un instant que cette conversation s'arrêterait là.
« En effet »
Le silence revint et il fit volte face après quelques secondes. Elle l'entendit se diriger vers la sortie et ne mit pas longtemps à l'imiter, peu rassurée de rester seule dans un endroit pareil. Il referma la porte derrière eux avant de souffler longuement dans le couloir calme.
« Je déteste ressentir ce genre de présence autour de moi, surtout quand elles font n'importe quoi »
« Je viens à l'instant de découvrir l'existence des "poltergeist" donc je considère cette expérience comme enrichissante »
« C'est déjà ça. Le nombre d'esprit dans cette bâtisse est plus important que dans n'importe quelle autre »
Elle frissonna de malaise et il regarda sa montre avant de détailler le couloir.
« Rejoignez votre amie, je dois encore trouver la salle dans laquelle aura lieu le rituel »
« Vous pensez qu'il y en aura un ce soir ? »
« Il n'y a qu'une seule façon de le savoir, même si je ne sens plus d'autres présences humaines que nous dans les étages »
« Il ne manquerait plus que ça »
Il se mit en marche et elle le suivit, se fiant à lui pour retrouver son chemin.
« Ils ne vont pas tarder à commencer »
« Pourquoi vous pensez ça ? »
« Parce qu'il est trois heures et que l'heure de la crucifixion du Christ est quinze heures quatorze »
« Ils sont sataniques alors ? »
« Cela semble s'en approcher »
« Si ils vous vouent un culte pourquoi ne vous en servez-vous pas pour les forcer à parler ? »
« Personne ne me voue de culte sous ma forme actuelle malheureusement »
Elle soupira de frustration. Ce sceau était une vraie malédiction.
« Toutes ces histoires d'invocation sont elles réelles ? Je veux dire on peut vraiment invoquer Satan et tout ça en faisant des messes noires ? »
Il haussa les épaules.
« Pas vraiment. Ce ne sont pas les messes noires qui invoquent les créatures de l'ombre mais la détresse humaine qui leur donne le pouvoir de se manifester dans le monde des vivants. Un démon n'a théoriquement pas la faculté de se manifester si personne n'est prêt à lui vendre son âme »
« Aucun démon ne viendra ce soir alors ? »
« Cela dépend de l'invocateur »
Elle haussa les sourcils, l'invitant à poursuivre.
« Les humains sont persuadés qu'ils peuvent gagner les faveurs des dieux ou autres entités en faisant des offrandes, en sacrifiant des animaux, voir leurs propres frères mais c'est assez inutile. Seul le sacrifice de soi suscite leur intérêt, un homme dans le désespoir le plus profond qui est prêt à tout sacrifier, y comprit sa vie »
Elle fronça les sourcils, étonnée de ses paroles et de sa loquacité sur le sujet.
« Vous voulez dire qu'il faut mourir pour réussir à invoquer un démon ? »
Il regarda le vide un instant, comme pour percevoir des sons.
« Je veux dire qu'une âme est ce qu'un humain a de plus précieux, c'est son être dans toute sa pureté. C'est ce que convoitent les démons et ils ne peuvent pas s'en emparer de force, il leur faut le consentement de l'humain en question »
« Vraiment ? Pourtant peu d'humains vendent leur âme au diable, les démons ne doivent pas avoir grand chose à se mettre sous la dent »
« Détrompez vous. Le désespoir est capable d'inciter n'importe quel homme aux actions les plus improbables »
« Il y a moins contraignant que de se vendre à démon comme suicide »
« Un homme perdu se rattachera au moindre fil de toile à sa portée pour s'en sortir par instinct de survie. Beaucoup sont prêts à vendre leur âme au diable en échange d'un ultime souhait »
Elle haussa les sourcils, guère convaincue.
« Comment profiter du résultat de son souhait si on doit se laisser tuer dès que les choses rentrent dans l'ordre ? »
« Certains n'estiment pas assez la valeur de leur vie pour la faire passer avant ce souhait »
« Je ne vois pas l'intérêt, rien n'est plus cher que la vie »
Il lui lança un regard perçant et elle regretta un instant ses paroles indélicates. Un démon ne devait pas beaucoup apprécier que l'on tienne ce genre de propos devant lui. Elle avait pourtant l'impression de s'adresser à l'humain et non au démon.
Il soupira finalement, la voix sombre.
« Vous n'avez pas tort »
Elle releva la tête à son intention, demandant muettement une explicitation. Ils entendirent des voix étouffées dans le couloir adjacent et il s'appuya sur le mur pour patienter. Les bras croisés, il resta silencieux quelques instants.
« Vendriez-vous votre âme au diable si vous étiez sûre d'obtenir vengeance sur l'assassin de vos parents ? »
Elle fronça les sourcils, prise de court par la question et alertée par les voix.
« Eh bien »
Elle préféra s'interrompre le temps de méditer la question. Qu'en savait-elle après tout ? Était-ce si absurde que ça ?
Comment être sûre qu'elle n'aurait pas accepté ce genre de contrat si un démon était venu à elle des années plus tôt ? Aurait-elle eu assez de haine dans son cœur pour vendre son âme aux dessins de son ultime souhait ?
Aujourd'hui, elle était au moins sûre d'un fait : elle refuserait cette proposition, plutôt deux fois qu'une. Il y avait à présent trop de choses auxquelles elle tenait dans ce monde pour se sacrifier à sa vengeance sans espoir de survie. Elle devait réussir par ses propres moyens. Elle qui n'aspirait en ce moment même qu'à protéger ceux qu'elle aimait, elle commençait à douter que la vengeance ne soit restée son unique but dans la vie. Son vœux le plus cher était davantage de remplacer les souvenirs du vide laissé par la perte de sa famille par de nouveaux, nés de l'affection sincère et de la chaleur humaine.
Pourquoi perdre ce qu'elle avait en vengeant ce qu'elle avait déjà perdu ?
Pourquoi se condamner dans un processus d'autodestruction quand le bout du tunnel n'était plus aussi sombre qu'il ne l'avait été ? Il y avait un nouvel espoir qui germait au fond elle, une volonté de renaissance. Sa rencontre avec le démon l'avait réveillée de son apnée des dernières année et avait enfin rendu l'air respirable. Elle avait de nouveau appris à profiter de l'instant présent, à ressentir cette envie d'être avec des gens qui lui voulaient du bien, de partager les moments heureux comme difficile avec eux.
Plus elle y pensait et plus les choses s'imposaient à elle : c'était cet espoir de se relever et de mener la vie dont elle rêvait qui la faisait avancer aujourd'hui. Malgré cet éclaircissement, la vengeance n'était pas séparable de sa vie rêvée et en constituait le préalable obligatoire. La famille Debussy ne laisserait pas impunément souiller son honneur sans répliquer sévèrement et elle ne pourrait profiter de quoi que ce soit tant que les coupables ne seraient pas châtiés. Elle ne saurait tolérer cela et n'aurait pas de répit tant que cette soif de sang brûlerait en elle. Si elle abandonnait cela, c'était sa famille entière qu'elle abandonnait. C'était tout ce qu'il lui restait d'eux et elle se devait de mener à terme cette tâche, en leur honneur, pour les remercier une dernière fois pour tout ce qu'ils avaient fait pour elle.
« Pas aujourd'hui »
Elle consacrerait sa vie à sa vengeance si il le fallait mais ne laisserait personne d'autre qu'elle avoir son destin entre les mains. Elle n'était pas sans savoir que cet attachement à ceux qu'elle aimait la rendait plus faible mais le démon avait raison, mieux valait souffrir que de ne rien ressentir du tout. C'était là la preuve que l'on vivait encore, qu'il y avait encore de l'espoir.
Il se détourna à ses propos et elle n'eut pas la possibilité de voir sa réaction. Rendue incertaine par ce soudain mutisme, elle se décida à poursuivre avec une prudence nouvelle.
« Je ne comprends pas exactement cette histoire de vendre son âme »
Le démon répondit d'une voix atone lui rappelant celle d'un professeur qui récitait sa leçon pour la centième fois.
« Le contrat faustien est un pacte qui unit un démon à son maître. Durant toute la durée du pacte, le démon se soumet aux ordres de son contractant et se laisse utiliser à ses fins personnelles en échange de son âme une fois le contrat rempli »
Elle se sentait devenir de plus en plus perplexe.
C'est donc si puissant de pactiser avec un démon ?
Avoir un démon à ses ordres lui permettrait d'exiger n'importe quoi. De dominer le monde, de le changer, d'être plus riche que personne ne l'avait jamais été, de rétablir l'honneur de la famille Debussy en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire et de tuer qui lui importait.
« Et l'humain sait qu'il est condamné, sans aucun espoir de survie ? »
« Oui, ce choix entre dans le champ contractuel »
Elle préféra méditer ses paroles avec soin, tentant de comprendre ce qu'elles impliquaient. Évoquer la manipulation et la tromperie avec autant de légèreté lui semblait dérangeant. Il était évident que quel qu'il soit, le contrat que passait l'humain avec un démon était totalement déséquilibré. Une âme n'avait pas de prix, encore moins celui d'un simple assassinat. Comment le noble avait-il envisagé de la mort de son vivant ? Aurait-il toléré de satisfaire cet appétit sordide des démons ? Que pensait l'humain de toute cette duperie sournoise ? Certains points restaient particulièrement troubles à propos du démon, et celui de son passé d'être humain était le plus mystérieux.
« Je ne comprends pas, vos parents sont morts alors que vous n'aviez que dix ans, comment avez-vous fait pour survivre et même faire prospérer l'entreprise familiale seul et livré à vous même si jeune ? »
Il ne répondit pas tout de suite, étonné par le soudain changement de sujet.
« Comment savez-vous cela ? »
Elle eu envie de se gifler mentalement pour sa maladresse. Elle n'était pas censée avoir fait sa stalkeuse et fouillé toutes les archives de la bibliothèque.
« J'aime savoir avec qui je traite. De toute façon il n'y a pas le moindre document qui parle de votre famille »
Il sembla se renfermer et elle comprit qu'elle avait commis une indélicatesse. Si le noble avait mis autant d'énergie à faire disparaître les archives le concernant la raison en était pourtant évidente.
« Comment avez-vous eu accès à ces informations alors ? »
« C'est une ... connaissance qui est passionnée par les histoires secrètes comme la votre et qui a des contacts »
Ce John l'avait bien aidé. Elle avait eu beaucoup de chance de tomber sur lui à la bibliothèque et d'avoir pu en apprendre un peu sur le démon. Cela avait eu pour effet de soulever encore plus de question en elle, comme la façon dont il avait pu reprendre le flambeau de son père à dix ans à peine. Comment un être humain avait pu se transformer en démon et comment avait-il réussi à rester à sommet de sa classe sociale malgré cette épreuve ? Elle s'interrompit d'elle même dans son raisonnement, stupéfaite par une réponse qui s'imposait à elle et qu'elle aurait dû trouver dès le début.
« Sebastian. Un pacte vous unit à lui depuis votre vivant, vous êtes un démon mais vous avez vendu votre âme »
Son œil visible se plissa imperceptiblement pendant qu'elle se remettait des conséquences qu'impliquait cette découverte.
« Comment deux démons pourraient pactiser entre eux ? Vous avez conclu un pacte avec lui depuis votre vivant et un événement impromptu s'est produit, ce qui vous a rendu incapable, vous ou lui, d'honorer les termes de votre contrat et a laissé le pacte s'écouler perpétuellement. Il n'a toujours pas prit fin malgré votre condition. Je ne vois pas pourquoi un démon persisterait à suivre aveuglément les ordres d'un autre démon si il n'y était pas contraint. L'hypothèse d'une sorte de hiérarchie ou de grade entre vous n'explique même pas une telle soumission dans le cas de Sebastian, surtout que vous êtes plus jeune que lui »
Un fin sourire plissa le coin de ses lèvres, dénué de toute moquerie et elle fronça les sourcils inconsciemment, inquiétée par ce comportement peu commun.
« Vous êtes arrivée à cette conclusion avec peu d'informations, c'est intéressant »
Elle fronça les sourcils, incertaine.
« Avec quel souhait a t-il marchandé votre âme ? La vengeance ? »
Impassible, il baissa le regard silencieusement et elle se mordit la lèvre, regrettant ses propos irréfléchis des minutes précédentes.
« N'y avait-il pas d'autres moyens que ... ça ? »
Il haussa les épaules, impavide.
« Cette nuit où ma famille a été assassinée et ma maison brûlée en cendres, je n'ai été épargné que pour être rançonné et traité plus bas qu'une bête. Je n'étais qu'un enfant sans défenses à qui l'avenir avait définitivement tourné le dos. J'ai choisis la dernière option qui s'offrait à moi. J'ai choisis la vengeance pour faire subir les mêmes humiliations à ceux qui m'ont fait souffrir et les emmener dans la tombe avec moi »
Elle baissa la tête, se sentant aussi blessée par ce qu'elle entendait que si c'était un membre de sa propre famille qui avait pactisé avec un démon.
« Et avez-vous traqué et tué les meurtriers de votre famille ? »
Il se détourna, comme soudain dérangé par la conversation.
« Cela n'a jamais été aussi simple que ça »
Elle sonda en silence l'homme qui s'était renfermé en quelques secondes à peine devant elle. Il n'y avait plus cet air fier ni cette arrogance sur son visage qui le rendaient si intouchable en temps normal. Leur conversation l'obligeait à se retrouver seul face à lui même et les choix qu'il avait fait par le passé ne semblaient pas le laisser serein.
Peut être étaient-ils davantage semblables qu'il ne voulait bien lui laisser croire ? Victimes d'une blessure qui ne s'était jamais refermée et qui avait consumé leur existence sans crier gare. A travers quoi était-il passé exactement ? Qu'est ce qui avait bien pu arriver pour qu'il semble maudire chaque seconde passée dans la peau d'une créature démoniaque ? Elle comprenait à présent à quel point cette expression froide et distante et ce rejet des autres étaient ses remparts.
« Je vois »
Que répondre d'autre ? Qu'y avait-il à dire de pertinent sur des choses qu'elle ne pouvait pas même envisager ? Elle qui avait pensé avoir exploré toutes les facettes de la solitude, être passée par de nombreux stades de la douleur psychologique, elle comprenait à présent à quel point ce sentiment était redoutable et aux visages bien plus variés que le simple isolement. Lui, un homme à qui tout semblait réussir dans la vie, qui avait gagné le respect de tous et ne devait aujourd'hui plus rien à personne était enchaîné par une solitude sans nom et souffrait en silence, reclus depuis plus d'un siècle dans un manoir froid et désert qu'il préférait pourtant à la compagnie des humains. Que restait-il au cœur blessé quand la chaleur humaine ne suffisait plus à soulager la douleur malgré le temps qui passait ?
Un autre fait préoccupait son esprit, celui de sa nature démoniaque et des vices qu'elle incitait. Derrière toute cette froideur et cette retenue se cachait-il un monstre qui s'ignorait ou se terrait ?
« Pourquoi Sebastian n'a jamais mangé votre âme ? »
« Les démons n'ont pas d'âme. Même si mon cas est différent »
Sa particularité était due à son passé d'être humain, à sa transformation contraire à toutes les règles de l'ordre naturel établi.
« Passez-vous des pactes pour vous nourrir d'âmes vous aussi ? »
Elle le scruta instinctivement du coin de l'œil, espérant qu'il ne remarquerait pas l'inquiétude dans ses yeux. Il semblait hésiter à lui répondre, comme si il ne souhait pas aborder le sujet.
« J'ai un appétit moindre en ce qui concerne les âmes. Mais oui si c'est ce que vous voulez savoir, j'ai déjà conclu des pactes »
Refroidie, elle déglutit difficilement. Il avait donc anéanti des existences, profité de la faiblesse de pauvres âmes en désespoir pour les manipuler et leur arracher leur bien le plus précieux, leur garantie du repos éternel.
Elle regretta sa question et sa curiosité sordide. N'était-il pas en train de la manipuler elle aussi, à lui mentir à tout bout de champ ? Était-ce seulement pour son propre bien ? Il occupait une place bien plus importante dans sa vie qu'elle ne voulait bien se l'avouer et pourtant, il ne l'avait jamais autant inquiétée qu'à cet instant. Elle avait déjà eu peur de lui par le passé, du démon étranger et dangereux, mais pas du support qui la faisait progressivement se relever. Elle avait le sentiment que quelle que soit la raison pour laquelle il la protégeait, elle pouvait se fier à lui et être sûre qu'il tiendrait parole. Mais avait-il quelque chose à se reprocher pour se laisser confondre de la sorte ? Pourquoi le malaise qui s'était installé entre eux était aussi palpable ?
Elle ressentit le besoin impulsif de s'éloigner de lui, de retourner auprès de la silhouette familière et rassurante d'Abby. Ils reprirent leur route en constatant que le couloir était redevenu silencieux et elle souffla intérieurement en reconnaissant bientôt leur point de départ.
« J'y retourne, Abby va s'inquiéter toute seule »
Elle se dirigea vers la porte de la chambre de Fugger avec un calme feint. Le démon la sonda quelques secondes et haussa les épaules sans réagir. Elle se mordit la lèvre, incapable d'en rester là malgré son trouble.
« Que comptez-vous faire de ces gens si vous les croisez ? »
« Il ne me reste plus beaucoup de temps donc je me concentrerai sur la recherche du cousin de la Reine »
« Ne traînez pas alors »
Il acquiesça avant de s'appuyer sur le mur pour poursuivre.
« Sortez du château dès qu'elle pourra se lever, c'est important »
Elle ne comprit pas grand chose à la raison de cette mesure mais ne préféra pas discuter et hocha la tête, à la recherche d'une quelconque phrase de conclusion. Il semblait prêt à faire volte face pour se diriger vers l'autre extrémité du couloir et n'avait visiblement rien à ajouter. Il n'y avait pas la moindre expression sur son visage et elle finit par se détourner, découragée. Elle se mit en chemin en se retenant difficilement de ne pas courir jusqu'à la porte de la chambre.
« Debussy »
Sa main atteignit à peine la poignée qu'elle sursauta, interdite. Elle se retourna pour le questionner du regard, devant même donner l'air d'être pressée. Elle se retenait avec peine d'essuyer ses mains moites sur le tissu de ses cuisses. Les bras croisés et toujours appuyé peu formellement sur le mur, il désigna brièvement sa droite d'un signe de tête.
« C'est cette porte là »
Elle fronça les sourcils et regarda autour d'elle.
Merde
« Oh. Merci »
Elle se décala sur la porte voisine et s'y engouffra sans oser le moindre regard en arrière, maudissant sa bêtise.
OoOoOoOoO
« Il faut y aller on a plus le temps ! »
« Arrête de gigoter un peu je veux pas me casser une jambe »
Elle hissa une Abby un peu trop enthousiaste sur son dos grâce à la persévérance et souffla sous son poids.
« Régime en rentrant ma grosse »
« Non mais hé ! Ça pèse lourd des seins comme les miens »
« Tais-toi donc ! »
Elle haussa les épaules, peu navrée.
« Jalouse ma chérie ? »
« Tu paies rien pour attendre »
Cela faisait un bon quart d'heure qu'elles concoctaient un plan pour sortir d'ici et qu'elle attendait qu'Abby rassemble ses forces. Un quart d'heure qu'elle feignait l'enthousiasme pour la rassurer et la maintenir dans l'illusion que tout ne pouvait que bien se passer. Depuis tout ce temps, Ciel avait dû descendre inspecter le reste du château et n'avait pas donné le moindre signe de vie. Si la cérémonie avait commencé elles ne croiseraient personne avec un peu de chance. Elle sentait qu'elle devait vite trouver de quoi rassasier la blonde qui semblait affamée et peinait déjà à s'accrocher à son cou.
Elle se mit en marche et ouvrit la porte après avoir vérifié que sa compère était de nouveau cachée derrière la tapisserie. Elles avaient fait en sorte de remettre la pièce dans le même état qu'ils l'avaient trouvé en arrivant, ou du moins ce qui s'en rapprochait le plus.
« C'est dingue ça me fait un bien fou d'être dans ce couloir »
Elle grimaça de compréhension et les stabilisa pour entamer leur route. Elle était censée prendre les escaliers qui se situaient quelque part sur leur droite et sortir discrètement par la porte d'entrée.
« Vingt minutes pour un plan aussi pourri, tu t'es dépassée tête d'œuf »
« Il croit que je connais la baraque par cœur le Bibendum ? »
Elle sentit une de ses mèches de cheveux se faire malmener entre les doigts de la blonde.
« Il suffit ! Hue cannabis »
« Meh »
Elles poursuivirent leur route tant bien que mal, craignant chaque instant de se faire surprendre. Elle préféra ne pas tenter le diable et emprunter pas pour pas le chemin qu'elle avait pris plus tôt accompagnée du démon. Elle était étrangement bien moins sereine à l'idée de déambuler dans un endroit pareil sans lui à ses côtés. L'immense cage d'escalier fut rapidement en vue et elle s'engagea prudemment dans les marches, chancelant à l'occasion. Les lieux semblaient déserts mais la pensée de la créature qu'ils avaient croisé les regardant depuis les derniers étages dans les ténèbres la fit frisonner. Elle s'arrêta au pallier inférieur et s'engagea dans un couloir éclairé choisi à l'instinct féminin (ou ce qu'il en restait) dans le but de rejoindre le hall. Elles avaient encore à trouver le bon escalier pour s'assurer d'avoir un accès direct au hall sans faire de détours chronophages. Son amie chuchota à son oreille d'une voix basse et anxieuse alors qu'elle venait de tourner à gauche pour la troisième fois, maudissant cette construction de passages labyrinthique.
« Lily Lily il y a quelqu'un cache-toi »
Elle se retourna, crispée comme jamais. Que ferait elle avec une Abby infirme sur le dos si on les trouvait en train de s'échapper ?
Elle aperçu une silhouette encapuchonnée qui semblait errer sans but loin derrière elles, faisant voleter sa cape au rythme léthargique de ses pas. Un encensoir se balançait au bout de ses doigts et enfumait l'atmosphère d'une vapeur opaque. Un bourdonnement se fit entendre à ses oreilles et elle crispa les paupières en sentant une voix suffoquée et râpeuse retentir dans le couloir.
« Ne soyez pas témoins. N'attendez pas La mort »
La silhouette disparue du couloir sans un mot de plus, les laissant coites au milieu du passage. Elle s'était littéralement évaporée.
Élise ...
Le bourdonnement s'intensifia à ses oreilles et elle se demanda un instant si elle n'allait pas perdre l'équilibre.
Je te retrouverai ...
La voix lointaine de la silhouette retentit de nouveau, discordante et rauque.
« Ils arrivent ... »
« C'était cette vielle dame ? Elle a pas dit un mot »
« Partez »
Elle détourna brusquement le regard de l'endroit où la forme avait disparue, consternée.
« Dépêchons nous. »
Elle se précipita vers la sortie pendant qu'Abby resta scruter leurs arrières. Les lumières s'éteignirent au milieu de sa course, les laissant de nouveau sans le moindre repère. Seules quelques chandelles éparses émettaient une faible lueur rougie.
« Bordel il se passe quoi ?! »
« Encore »
Comment le timing pouvait-il être aussi mauvais ?
« On voit plus rien on va jamais retrouver le chemin ! »
« Calme-toi. Tu peux marcher ? »
Elle se baissa et la blonde se réceptionna sur le sol dans un bruit étouffé, laissant un gémissement de douleur s'échapper de ses lèvres.
« Pas le choix ... On fait quoi ? »
« On longe les murs, on avance et on tourne à droite au bout du couloir »
« Vas-y je te suis »
Elle chercha le mur près d'elle et avança à tâtons. Elle fut contrainte à une allure relativement lente pour ne pas trop distancer Abby. Le couloir était bien plus long qu'elle ne se l'était figuré et son amie derrière elle peinait au moindre pas supplémentaire.
Elles marchaient en silence depuis plus de cinq minutes sans que sa main n'ait atteint la moindre porte sur le mur et elle s'arrêta finalement, de plus en plus méfiante.
« Stop »
La jeune femme se cogna contre son dos dans une expiration hachée de douleur.
« Nom d'un chien t'arrête pas comme ça »
« Je comprends plus là »
« C'est si long que ça ? On doit être presque arrivées »
Elle claqua la langue, agacée. Si seulement elle pouvait voir quoi que ce soit à leur destination. Elle était consciente qu'elles ne devraient pas parler aussi fort dans leur situation mais n'avait pas pensé à chuchoter.
« Dépêche-toi sérieux j'ai toujours l'impression que la vielle va m'agripper l'épaule »
Elle frissonna à cette pensée inquiétante.
« Non, elle a disparu tu l'as vu comme moi »
Un courant d'air traversa le couloir elle se figea, interdite. Elle entendit Abby souffler dans ses mains avec ferveur.
« Putain il fait pas chaud »
« Chut »
« Qu- »
Quelque chose n'allait pas. Elle plaqua immédiatement sa main sur la bouche de la blonde et chuchota lentement pour qu'elle puisse comprendre.
« Pas … de … bruit »
Elle tourna la tête derrière elles, tentant de distinguer une masse ou une silhouette en approche. Elle sentit l'air s'alourdir comme du plomb et un choc sourd sur le parquet fit vibrer les lattes sous leurs pieds. Elle tira sur le bras de son amie pour l'inciter à continuer, entendant plus distinctement un son de frottement chaque seconde qui passait. Elle avait vécu quelque chose de semblable deux mois plus tôt, avant d'être sauvée par Ciel pour la première fois. La lumière du couloir s'était aussi éteinte et il y avait eu le même courant d'air avant que cette chose apparaisse. Sans hésiter une seconde de plus, elle exerça une pression sur la main de la blonde pour lui faire comprendre d'accélérer le pas. Elles devaient se cacher quelque part ou elles finiraient par se faire attraper. Elle leur imposa un rythme soutenu en s'assurant de ne pas faire le moindre bruit. Une sorte de râle à gorge prise se fit entendre derrière elles et elle se pinça les lèvres jusqu'au sang. Elle chuchota très bas, percevant à peine sa propre voix.
« Pas un mot. Suis moi et ne crie pas quoi qu'il arrive »
Elle lui prit la main et se faufila difficilement dans le noir, tâtant le bois du mur pour trouver sa direction. Elle commençait à entendre une respiration rêche qui s'approchait d'elles. Se forçant à ne pas courir malgré sa panique grandissante, elle continua de progresser en entraînant Abby avec elle. Sa main entra enfin en contact avec une porte et elle tâtonna jusqu'à la poignée. Elle la pressa délicatement et maudit la bâtisse toute entière quand elle lui résista. Les bourdonnements stridents reprirent et la désorientèrent. Elle lâcha involontairement la main d'Abby, ayant l'impression d'être assaillie par une nuée d'abeilles tant le son était proche et agressif.
« Lily ?! »
« Tais-toi... ! »
Un rugissement de rage déchira l'air et son sang ne fit qu'un tour. Elle tira la main de son amie et se précipita vers l'avant. Les bruits de griffes saccadés sur le bois lui firent comprendre qu'elles ne devaient pas flancher maintenant.
« Dépêche-toi ! »
Des cris rauques grondèrent derrières elle. Ce qui les poursuivait n'était ni humain ni pacifique. Elle sentait Abby fatiguer au bout de son bras, la jeune femme était malheureusement bien trop faible pour une telle allure. Elle courait à présent de toutes ses forces, prenant le risque suicidaire de trébucher ou de se cogner dans les meubles.
« Ralentis pas ! »
Un grognement sauvage lui parvint pour toute réponse et elle sentit les battements de son cœur broyer sa poitrine.
Putain !
Ses doigts tendus entrèrent en contact avec des baguettes de bois vernies la seconde suivante et elle remercia la providence avant d'ouvrir la porte à la volée. Par chance, le battant s'ouvrait dans le sens de leur course et elle tira sans tarder son amie à l'intérieur de la pièce. Elle la lança plus qu'elle ne lâcha et repartie sur ses pas à l'aveuglette pour refermer la porte. Si elle ne parvenait pas à actionner le verrou à temps leur espérance de vie ne laisserait plus de place à l'espoir.
Les crissements secs sur le bois que faisait la créature étaient à présent tout proches. Elle attrapa vivement la porte et chercha la poignée à tâtons, les doigts tremblants. Un hurlement l'agressa en pleine manœuvre et elle trouva la poignée par miracle. Elle rabattit le battant qui menaça de s'ouvrir à la volée sous l'assaut de la créature. Elle parvint à maintenir la porte à peu près fermée et se figea en sentant une résistance sur les derniers centimètres. Quelque chose dans l'interstice bloquait la fermeture.
Elle sentit le souffle du monstre sur ses joues et défaillit sous la puanteur cadavérique. Elle poussa désespérément la porte pour enclencher le loquet et quelque chose entailla son bras valide près de la poignée. Elle poussa une exclamation de douleur et de colère mêlées, retirant brusquement sa main.
« Putain de …. saloperie ! »
Un liquide chaud se répandit le long de son membre et elle le plaqua néanmoins de nouveau contre la porte. Elle ne sentait pas la moindre douleur dans son état, même si ses bras s'engourdissaient à force d'être crispés. Ses pieds glissaient à cause du tapis et la faisaient perdre appui, menaçant de la faire tomber. Elle ne pouvait plus repousser la créature autrement qu'avec la porte et sa force brute, presque inexistante dans son état. Pour ajouter à sa détresse, son amie n'avait pas donné de signe de vie ou fait le moindre bruit depuis qu'elles étaient entrées.
« Abby ! Viens m'aider bon sang ! »
Elle ne voyait rien et n'avait aucune idée de la taille de l'interstice ni de la position d'Abby dans la pièce. Elle n'eut pas de réponse et sentit des sueurs froides couler de sa nuque. La porte commençait à céder sous les griffues et coups de la créature. Elle sentit des doigts froids agripper son poignet et hurla de panique.
« A l'aide ! »
Il fallait absolument que quelque chose se passe, que quelqu'un vienne les sauver dans l'immédiat. Les doigts serraient sa main avec force et elle sentait les ongles s'enfoncer dans sa peau. Son souffle erratique rendait ses poumons douloureux et son propre sang faisait patiner ses doigts sur la porte. Qui savait ce que ferait cette chose monstrueuse une fois que sa fureur pourrait librement s'exprimer ? Elle finit par se rendre à l'évidence du sort inéluctable qui les attendait. Personne n'était assez fou pour se risquer dans un endroit pareil et le démon était à l'autre bout du château.
« Ciel ! »
Elle rassembla ses dernières forces pour se propulser contre la porte et la créature poussa une autre protestation hideuse. La lumière baigna de nouveau le couloir et interrompu le rugissement. Son poignet fut relâché et elle remarqua enfin la main lépreuse, décharnée et grisâtre qui dépassait de l'interstice. Les longs ongles noirs et rongés étaient fermement incrustés dans le bois dont les copeaux arrachés retombaient mollement sur le sol.
Elle redoubla d'effort pour lui bloquer le passage et envoya son coude sur ses doigts crispés pour les faire lâcher prise. La chose protesta sourdement et la porte s'ouvrit à la volée sous son puissant coup de boutoir, l'envoyant chuter au sol. La créature passa sa main difforme sur le mur et se tira à l'intérieur de la pièce. Elle la regarda avec horreur se traîner vers elle, pétrifiée. Grande et voûtée, ses longs bras squelettiques grattaient le sol quand elle marchait. Sa peau blanchâtre et décharnée luisait d'un éclat terne et son nez n'était qu'une fente au milieu de son visage, comme si le cartilage avait fondu. Elle dégageait une odeur de putréfaction infecte alors que toutes les parties de son corps semblaient adaptées pour le meurtre et perforer la chair. Elle avait déjà eu le loisir de constater que ses griffes faisaient des ravages et ses dents en aiguilles saillaient de part et d'autre de ses gencives, transperçant par endroit la chair de ses joues. Mis à part sa disproportion, cette chose restait un bipède, long et maigre. Ses yeux vides la fixaient sans réagir et elle resta stupéfaite face à l'immobilisme soudain de la créature. Elle s'était tue et n'avait pas esquissé le moindre geste depuis plusieurs secondes.
Il ne m'a pas remarqué !
Abasourdie, elle resta figée devant l'épouvantable silhouette qui grognait dans sa gorge, détaillant chaque parcelle de la pièce.
Elle subit le face à face avec la créature cauchemardesque sans broncher, remarquant la haine qui animait son regard. Ce qui était le plus perturbant dans cet être repoussant étaient les minces résidus d'humanité de son physique. Un faible gémissement se fit entendre depuis le fond de la pièce et ils réagirent tous deux. Elle maudit Abby pour son timing exécrable et regarda avec impuissance la chose se précipiter vers elle dans des mouvements lestes et souples. Sa façon de se déplacer à quatre pattes lui donnait l'impression d'une énorme araignée blanchâtre et hostile. Elle sortit l'arme du démon pour mettre la créature en joue et le monstre tiqua immédiatement au son du chargement. Il se jeta sur elle et balaya l'arme d'une main griffue, la laissant coite devant la rapidité du mouvement qui lui avait à peine laissé le temps de cligner des yeux. Elle se précipita sur la dernière arme à sa portée de la pièce et attrapa un long candélabre à sa droite. Les bougies sortirent de leurs binets par son mouvement circulaire et elle enfonça les pointes de fer dans les cotes de la créature, se déplaçant de biais pour rejoindre Abby. Elle tentait tant bien que mal de maintenir la chose à distance bien que ses longs bras la griffaient malgré l'écart que lui assurait le candélabre. Elle para la majeur partie des coups de griffes tant bien que mal et s'attela à le faire reculer vers la porte.
« Qu'est ce qu'il se passe ici vous n'avez rien à faire là ! »
Elle tourna la tête pour jeter un regard atterré à l'homme qui venait d'arriver du couloir. Il se tenait à l'entrée de la pièce, l'air sévère et portait la même pèlerine que ceux que Ciel avait tué plus tôt. L'homme remarqua le monstre sur elle et son attitude refléta limpidement l'épouvante qu'il lui inspira. Blanc comme un linge, il recula et entama une course pour s'enfuir. La créature fondit sur lui dans un mouvement à peine discernable et planta ses dents dans son cou. Le pauvre homme hurla de douleur et la main griffue saisit sa tête. Ses ongles s'enfoncèrent dans ses joues et, avant qu'elle n'ai pu déglutir, le monstre tira dessus d'un mouvement ample. Elle observa la chair se scinder en une fraction de seconde et les jugulaires sectionnées déversèrent des flots de sangs sur le tapis. La tête de l'homme roula au sol pour finir sa course dans le couloir et un hurlement resta bloqué dans sa gorge. La créature se retourna vers la chambre et avança par mouvement saccadés pour s'arrêter à quelques mètres d'elle, la tête tournée de biais dans une posture animale. Le candélabre tremblait entre ses mains, menaçant de faire céder ses doigts. La créature s'était dressée sur ses deux jambes et cherchait de nouveau à percevoir un mouvement ou un son pour la repérer, avançant lentement dans son investigation. Son visage émacié approcha du sien et elle observa sa peau tendue sur ses os, ses lèvres plus sèches et déchirés que des feuilles mortes et ses muscles rosâtres visibles ça et là, aux endroits où la peau avait fondue. Son crâne était constellé de veines bleues et ses dents désordonnées et sanglantes s'avéraient encore plus tranchantes que les griffes. Ses yeux laiteux la regardaient sans la voir, voilés par une fumée blanchâtre.
Tétanisée, elle ne fit pas le moindre mouvements et coupa sa respiration. Au bout de quelques secondes d'immobilité totale au cours desquelles la créature s'était lentement approchée, elle discerna le son de pas de course dans le couloir. Quelqu'un se dirigeait droit sur eux et courait déjà depuis quelques temps à en juger par le souffle erratique qui passait ses lèvres. La créature se retourna et se rua à quatre pattes vers la porte. Elle eu à peine le temps d'apercevoir Ciel qui émergeait du couloir, hors d'haleine, qu'elle hurla à s'en casser la voix.
« Allez vous-en ! »
Il lança un regard de pure stupeur à son assaillant à quatre pattes et elle écarquilla les yeux en repensant à l'homme qui l'avait précédé. Elle crispa les paupières et un coup de feu trancha l'air. Elle défaillit, perdant tout contact auditif avec la réalité. La créature fut projetée en arrière avant de se jeter de plus belle sur le démon. Ce dernier sortit le chargeur de son arme et attrapa quelques chose de brillant dans sa poche qu'il utilisa pour recharger, envoyant son pied au visage de la créature pour la maintenir à distance. Il tira de nouveau et le monstre fut touché en plein front. Il s'effondra et hurla avant de gratifier le noble de la vue de ses dents sanglantes. L'iris du démon vira à l'écarlate et il présenta de nouveau son arme, prêt à tirer. La créature esquiva et fit volte face avant de disparaître instantanément de son champs de vision. Le démon visa la créature fuyante et passa un bras sous son poignet pour stabiliser sa main tremblante. Il tira une quatrième fois et la plainte du monstre ne fut qu'un son lointain. Ciel dégagea l'entrée du corps et referma enfin la porte, haletant. Elle ne souvenait pas l'avoir vu un jour aussi fatigué. Il s'effondra contre la porte et y appuya sa tête, reprenant son souffle avec peu de discrétion.
Elle se ressaisit après une trentaine de seconde et remarqua le silence parfait qui régnait dans le château. Sa tête tournait et elle sentait son équilibre défaillir. Elle refréna ses tremblements et se stabilisa. Ils étaient vivants. Le démon observa la pièce et son regard resta un instant fixé sur la direction d'Abby avant de se poser sur elle. Ils se fixèrent dans le blanc des yeux et elle éprouva une envie folle de se réfugier dans ses bras. Elle revint sur terre la seconde suivante et se contenta d'un hochement de tête de gratitude, épuisée. Ils avaient failli mourir à cause de la folie mégalomane de ces hommes immoraux sans foi ni loi. Sa voix et sa colère ne parvenaient plus à se former dans sa gorge sèche. Le noble lâcha une longue expiration hachée et pressa son flanc. Le sceau semblait commencer à avoir un effet plus que néfaste sur sa condition physique.
« Vous feriez mieux- D'oublier ce que vous venez de voir »
Elle devina plus qu'elle n'entendit ses mots, parvenant à peine à lire sur ses lèvres.
« Cela me semble peu possible. Vous allez bien ? »
Elle repensa au mot de Sebastian qui traînait encore quelque part au fond de sa poche. Si le sceau incitait la manifestation de son asthme en serraient-ils grandement handicapés ?
« Je n'avais pas eu autant de mal à courir depuis un siècle. J'ai mis du temps à trouver le chemin les couloirs se ressemblent tous »
Elle hocha la tête et retint le sourire qui menaçait de faire flancher ses lèvres. Oui, il venait de piquer le sprint de sa vie pour la sauver et oui, il avait un sens de l'orientation déplorable.
Elle le laissa reprendre son souffle et se prit la tête dans les mains, titubant à nouveau sous les vertiges. Il s'avança vers elle et passa la main près de son oreille. Elle ne le remarqua pas jusqu'à ce qu'il claque des doigts sans préavis. Elle le repoussa avec irritation, se sentant agressée.
« Mais arrêtez »
« Vous parlez fort »
Ses oreilles sifflaient encore et il était vrai qu'elle l'entendait à peine. L'écho avait été aussi éprouvant pour ses tympans que les coups de feu en eux-même. Incrédule, elle frotta ses doigts près de son oreille, n'entendant pas même le chuintement.
« Je vais rester comme ça toute ma vie ? »
« Je pense que ce n'est qu'un traumatisme sonore passager. Votre tympan a été malmené quand j'ai tiré, cela va s'estomper dans une dizaine de minutes. Je ne m'attendais pas à ce que le son soit aussi amplifié cela a dû alerter les autres »
Il parlait plus fort mais elle l'écoutait à peine, repensant à l'affreuse créature. Comment une chose aussi abominable physiquement pouvait exister ? Ciel attrapa le candélabre qu'il tira sans brusquerie pour la faire lâcher prise, laissant son regard parcourir son bras ensanglanté exposé par le geste.
« Vous avez mal ? »
Elle l'ignora et fronça les sourcils, sortant de ses réflexions confuses.
« Arrêtez de tout me cacher tout le temps. Qu'est-ce que c'était ? »
Il s'empara du chandelier et fit volte-face.
« Le rituel l'a libéré je suppose »
« Arrêtez de tourner autour du pot »
Il soupira et elle plissa les yeux, ennuyée par son avarice en détails.
« Je ne le sais pas avec précision. C'est une créature méconnue »
Elle fronça les sourcils, guère plus avancée. Le démon avait entreprit de récupérer les bougies pour leur offrir de la lumière. Il se redressa et sortit son paquet d'allumettes.
« Une créature à laquelle il ne vaut mieux pas avoir affaire »
« Il y avait un problème avec sa peau et il sentait ... »
« Oui. Cela fait maintenant des siècles que son corps se décompose »
« Mais comment ... ? »
« Certains péchés sont sévèrement punis. Cet être a jadis commis un acte d'anthropophagie qui a été condamné »
Elle ne cilla pas pendant quelque seconde, l'œil prit d'un tic nerveux.
« Etre anthropophage sous-entend que l'on parle d'un être humain »
Il souffla son allumette et poursuivit son explication en brandissant son candélabre allumé.
« Ce que vous avez vu a été humain autrefois »
Elle sentit un frisson de répulsion lui contracter l'estomac.
« Ce n'était ni un corps ni des cris d'humain »
« En effet, cette chose est victime d'une possession. La noirceur de l'être qui l'habite a déclenché la destruction de l'enveloppe, ce qui se traduit par une décomposition mineure »
« Une décomposition mineure, vraiment ? »
« Oui, tous les tissus du corps n'ont pas disparu donc elle n'est pas totale »
« Vous avez eu une réaction différente de l'homme quand vous l'avez vu. Vous avez déjà eu affaire à elle ? »
« Non, elle ne peut en principe plus rester dans le monde des humains une fois dénaturée. J'en avais juste entendu parler, elle était également après vous la dernière fois que nous sommes venus ici mais je n'ai pas réussi à la retrouver quand j'ai voulu la suivre »
Il s'arrêta devant son air atterré.
Le "monde des humains" ? Cela veut dire qu'il existe d'autres mondes ... ?
« Êtes-vous de foi anglicane ? »
« Pas spécialement, pourquoi ? »
Ses parents étaient catholiques même si la distinction n'était selon elle pas notable.
« Elle est normalement retenue dans ce que les chrétiens appellent les Limbes »
Elle hocha lentement la tête, non sûre d'avoir compris ce qu'il insinuait pour autant.
« Même nous les démons ne connaissons pas toutes les créatures de l'ombre. Cette chose ne se manifeste normalement jamais au grand jour et préfère se terrer loin de tout, le fait d'avoir croisé sa route par deux fois ici à cause de vous est très troublant. J'en parlerais à Sebastian, il doit être plus renseigné que moi sur le sujet »
Elle écarquilla les yeux, incrédule.
« Vous croyez que cette chose est revenue pour moi ? Pour me tuer ? »
« On ne le saura jamais. Je ne sais toujours pas si c'est elle ou les résidents qui causent toutes ces disparitions »
« Vous l'avez éliminé ? »
« Non, il s'est enfui »
Elle cru avoir mal entendu quelques secondes avant de se résigner.
« Ce truc se balade encore en liberté dans le château »
« La seule façon de le tuer est de lui brûler le cœur si on en croit les légendes »
« Mais pourquoi était-il après moi ? Comment se fait-il que les gens qui habitent ici soient encore en vie ? Ils sont complètement fous ? »
« Je ne comprends pas encore tout ce qu'il se passe ici. Soit ils l'ont libéré soit il s'est libéré tout seul, ce qui pose davantage problème »
« On ne peut pas laisser ces gens perpétrer leurs méfaits plus longtemps, arrêtez-les »
« Je dois d'abord consulter la Reine avant de prendre ce genre d'initiative »
« Il n'y a pas besoin de perdre du temps avec ça, c'est évident qu'il faut faire quelque chose un peu de bon sens »
Il lui lança un regard perçant, presque moqueur.
« Pour créer un conflit diplomatique majeur entre l'Angleterre et la Roumanie que toute l'Europe défendrait par le jeu d'alliances ? Des membres de la noblesse et de plusieurs familles royales ont trempé dans ces cérémonies, vous imaginez le scandale ? »
Elle soupira dédaigneusement et il tapota sa tête avec condescendance avant de se diriger vers le fond de la pièce.
« Toujours réfléchir avant d'agir Debussy. Vous êtes un peu trop impulsive pour votre bien »
Elle fronça les sourcils et croisa les bras sur sa poitrine, mécontente. Il ouvrit les rideaux et observa la nuit quelques instants avant de se diriger vers la masse noire que formait Abby.
« Dîtes-vous bien que les pions qui prennent des initiatives sans en avoir l'ordre ne valent rien »
Elle roula les yeux.
« On ne peux pas toujours penser à tout, parfois les initiatives sont utiles »
« Si l'adversaire ne prévoit pas tout il ne peut s'en prendre qu'à lui même en cas d'échec et mat »
« Personne n'est infaillible »
« Cela dépend des pions dont on dispose »
Elle plissa les yeux, refroidie.
« Et me comptez-vous parmi ces pions que vous manipulez Ciel ? »
Il la regarda franchement à son tour, aucunement gêné par l'insinuation.
« N'est-il pas un peu présomptueux de votre part de vous croire à même d'en disposer des qualités ? »
Elle se détourna en crispant la mâchoire.
Bon. Si il la joue comme ça
« Abby réveille-toi on doit y aller maintenant »
Elle lança un regard perçant au démon.
« Ciel va se faire un plaisir de te porter pour se faire pardonner ses manières déplorables envers son équipière »
Le démon plissa les yeux, agacé.
« Malheureusement pour vous mes manières sont aussi déplorables que ma patience alors ne commencez pas à jouer avec mes nerf à une heure pareille »
Elle haussa dédaigneusement les sourcils et rejoignit le démon avec le candélabre. Il paraissait étrangement sérieux depuis qu'il s'était penché sur la blonde.
« Qu'est ce qu'il y a ? Abby ? »
Elle se baissa pour la toucher et la secoua sans forcer par les épaules.
« Ça va ? »
« Laissez-moi regarder »
Ciel s'agenouilla à son tour pendant qu'elle levait ses paumes à la lumière du candélabre, reconnaissant le liquide écarlate qu'elle n'avait que trop contemplé ce soir.
« Le garrot est parti ?! »
Elle la soutint et posa sa tête sur la poitrine de la blonde pour entendre un pouls. Elle se redressa, paniquée.
« Faîtes quelques chose ! »
« Uniquement si vous arrêtez de perdre vos moyens dès qu'il est question de la vie de cette femme. C'est parfaitement contre productif et vous êtes une Debussy alors comportez-vous comme tel »
Elle soupira longuement pour se calmer et hocha la tête en silence.
« Asseyez-vous là bas »
Elle alla s'asseoir avec obéissance sur le premier fauteuil qu'elle trouva et regarda le démon se pencher sur Abby. Elle passa une main devant sa bouche, sentant un poids peser sur sa poitrine. Ciel ouvrit ses paupières closes pour vérifier sa réaction aux stimuli extérieurs et posa finalement les doigts sur sa jugulaire, observant son torse se soulever dans des mouvements irréguliers.
« Inconsciente »
« Mais pourquoi ... ? »
« Ne posez pas de questions stupides. Elle ne passera pas la nuit si on ne l'amène pas vite à l'hôpital »
Ses ongles griffaient douloureusement ses joues d'anxiété. Il soupira et manipula précautionneusement la jeune femme pour la retourner. Elle aperçu le garrot toujours en place et remarqua la longue griffure qui barrait toute la longueur de son dos.
« Elle était déjà très faible et son organisme n'a pas supporté ça »
Elle s'approcha malgré elle. Les vêtements qu'elle lui avait trouvé étaient sanglants et déchirés sur toute la longueur de la coupure.
« Vous vous souvenez de ce qu'il s'est passé exactement ? »
Elle se força péniblement à rassembler les éléments de sa mémoire.
« J'ai entendu la créature arriver et j'ai su que c'était la même que l'autre fois alors je lui ai dis de courir. Il faisait noir et on ne voyait pas où on allait, le monstre était après nous et Abby n'allait pas assez vite alors j'ai dû la tirer un peu brusquement pour la déposer là et c'est après que j'ai essayé de fermer la porte mais que cette chose a quand même réussi à entrer et vous êtes arrivé un peu après et maintenant elle ne bouge plus »
Elle termina sa phrase avec difficulté, étouffée par la culpabilité.
« Vous l'avez tirée hors du couloir ? »
« J'avais peur que la créature ne l'attrape »
« Elle l'a atteinte avant que vous ne la mettiez en sécurité visiblement »
« Mais c'est impossible elle était encore loin derrière ! Est ce qu'elle va mourir ? »
La voix du démon fut aussi calme qu'elle pouvait l'être quand il buvait son thé devant son journal.
« Non »
« Mais comment vous- »
Il se redressa et haussa le ton.
« Sebastian ! »
Elle fronça les sourcils et observa leurs alentours avec scepticisme. Le majordome devait être à des dizaines de kilomètres de là, occupé à masquer sa présence. Contre toute attente, un bruit de verre brisé retentit moins de dix secondes plus tard et le majordome émergea de la fenêtre avant de se réceptionner avec grâce sur le parquet. La main sur le cœur, il était aussi irréprochablement apprêté que d'habitude.
« Je me demandais combien de temps Monsieur tiendrait sans appeler au secours. Cela me rappelle l'époque où vous vous faisiez encore kidnapper et que je devais venir vous chercher avant le dîner. Ah, quelles années amusantes ... »
Le majordome parlait avec une certaine nostalgie et elle fronça les sourcils, rendue incertaine son manque de gravité. Le démon releva la blonde dans ses bras, l'air légèrement irrité.
« Tais-toi idiot. Ramène-la à Londres »
« Yes, my Lord. Je pense que j'arriverai à l'hôpital à temps »
Sa mâchoire en tomba de soulagent.
« Sebastian, dans mes bras »
Elle accouru jusqu'à lui et enserra son torse sans le moindre consentement préalable. Il cligna des yeux, visiblement décontenancé par son comportement.
« Allons allons mademoiselle »
La joue contre son frac impeccablement repassé, elle ferma les yeux un instant. Elle n'avait pas spécialement envie de le lâcher et de perdre la chaleur de son torse. Il était rassurant et c'était tout ce qu'elle demandait dans son état, du réconfort.
Le majordome noir ne bougea pas, estimant qu'un employé compétent de la famille Phantomhive se devait d'être irréprochable. Il se laissa faire et lança un regard amusé à son maître resté près de l'inconsciente. La pupille émeraude du démon cilla imperceptiblement et son œil visible se plissa d'hostilité avant de lui renvoyer un regard irascible. Elle se dégagea prestement moins d'une seconde plus tard, soulagée.
« Qu'est ce que vous attendez, dépêchez-vous ! »
Le majordome sembla légèrement perdu quelques instants avant de sourire et de s'incliner, la main replié sur le cœur.
« Bien, my Lady»
« Merci beaucoup. Désolée je ne sais pas ce qui m'a pris. Ne traînez pas »
Il sourit de son air serein habituel.
« Je vous en prie. N'hésitez pas à vous en référer à moi si les choses se passent mal, les amis de mon maîtres sont importants »
« Et blah blah blah. Tu vas te décider à y aller ou tu compte laisser Adams prendre de l'avance sur toi, Sebastian ? »
Le majordome s'approcha de Ciel et attrapa la blonde sans tarder.
« Faîtes attention à vous Monsieur, vous savez que je ne voudrais pas qu'il vous arrive malheur »
Les deux démons échangèrent un regard et Ciel s'assombrit.
« Deux heures quarante-sept, c'est l'heure à laquelle j'ai posé le garrot indique-le aux médecins et dis-leur que je n'avais pas mieux pour désinfecter la plaie »
Il s'inclina en hochant la tête et fit volte face pour disparaître d'où il était venu, un sourire satisfait sur les traits. Elle le regarda sauter du rebord et resta scruter la fenêtre bien après qu'il ait disparut dans la nuit. Abby devait survivre, ce n'était pas négociable. Elle n'avait pas enduré tout cela pour rien, et elle non plus. Ciel s'éclaircit bruyamment la gorge au bout d'une trentaine de secondes et elle revint à elle.
« Pardon. Où allons-nous alors ? Vous avez pu localiser le cousin de la Reine ? »
« C'est trop tard il est mort »
Il fit volte face sans plus de cérémonie et elle écarquilla les yeux, saisie du manque d'affectation dans ses propos.
Il a fait tout ça pour rien ...
« Depuis longtemps ? »
Impassible, il ouvrit la porte avant de disparaître dans le couloir et elle se dépêcha de le suivre avant qu'il ne se décide à l'abandonner. Elle enjamba le corps de l'homme ou du moins ce qu'il en restait en grimaçant de malaise. Il lui avait plus qu'involontairement sauvé la vie.
« Non »
Elle fronça les sourcils en direction du démon devant elle.
« Et vous n'avez rien pu faire ? »
« Non. »
Elle se tut devant son ton dur. Il n'avait manifestement pas envie d'évoquer le sujet et marchait déjà d'une allure soutenue vers les escaliers. Elle supposait qu'il n'avait pas dû échouer beaucoup de fois au cours de toutes ses années de service, d'autant que cette mission lui avait fait perdre un temps considérable. Il allait sans doute se faire sévèrement réprimander, si ce n'était pas pire.
« Que faisons-nous à présent alors ? Vous vouliez vérifier les sous-sols ? »
« J'en ai assez vu. Partons »
Elle ne su quoi penser de cette phrase qu'elle s'était prise à espérer un peu plus chaque seconde depuis qu'ils étaient entrés dans ce château. Partir maintenant ? En avaient-ils seulement le droit ? Était-ce juste d'abandonner toutes les pauvres âmes encore prisonnières à leur sort ?
Elle vérifia le côté opposé du couloir, par où la chose s'était enfuie. Qu'en était-il de la mise en garde de cette vieille femme qui s'était volatilisée sous leurs yeux ? Elle frissonna et poursuivit péniblement son chemin. Si elle n'avait pas sentit la griffure du monstre sur le moment, la douleur sourde qui irradiait à présent son bras n'était en rien négligeable. Elle grogna en marchant, constatant son état lamentable. Elle avait mal à la tête, mal aux jambes, aux hanches, aux côtes, aux joues là où la créature l'avait griffé, au poignet droit où le fou l'avait poignardé avec un clou d'une quinzaine de centimètres, à l'avant bras gauche qui était encore en sang, à ses pieds en feu à force de marcher et elle sentait un hématome poindre derrière son crâne. La chute que lui avait infligé la créature en ouvrant la porte à volée n'avait pas non plus été de tout repos pour son coccyx. C'était à peine si elle pouvait marcher normalement.
« Quand nous rentrerons vous prendrez deux semaines de repos intensif, vous mangerez et ferez en sorte de retrouver une condition physique, je préviendrai James »
Elle se passa une main tremblante sur l'arrête du nez pour faire fi de ses vertiges et rejeta la proposition du démon d'un revers.
« Je peux très bien manger et faire du sport sans être en arrêt. Taper sur un clavier n'est pas si éreintant que cela et je travaille déjà à mi, voir à quart-temps »
« Vous avez autre chose à faire de vos journées qu'écrire des articles sur les salons londoniens »
Elle soupira lourdement. Il marquait un point.
« Je voulais écrire des articles économiques mais Harling n'a jamais voulu m'en confier parce que je manque d'expérience. De toute façon le journalisme n'a jamais été ma vocation donc ce n'est pas si grave ... »
« Vous m'en voyez rassuré »
« Et pourquoi cela ? »
Il haussa mollement les épaules, tournant la tête pour jeter un regard aux peintures.
« Je pense que c'est un métier très surfait, il y a de tout dans le monde du journalisme »
Elle se renfrogna quelque peu.
« C'est vrai mais je ne travaille pas non plus au Sun »
« Les journalistes du Times sont aussi limités que ceux du Sun en ce qui concerne les sujets techniques. Ils posent des questions absurdes et confondent des notions basiques dans leurs articles »
« Arrêtez d'être aussi intolérant. Je ne pense pas que quelqu'un sur terre ait la chance d'avoir autant d'expérience que vous »
« Je suppose que vous n'avez pas tort »
« Et vous lisez le Times tous les matins »
« Je lisais déjà le Times avant que votre arrière grand mère ne vienne au monde je vous ferais dire. Je préfère lire le journal que de le regarder à la télé et les journalistes ne sont pas tous des incompétents »
« Ah bien, vous avez décidé d'arrêter les amalgames primaires »
Il tourna la tête de biais, le regard rivé sur le sol par confort.
« Je vous ai vexé ? »
« Pas le moins du monde. Qu'en est-il de cet histoire d'hôtel ? Vous savez si il est toujours fréquenté par les membres du Consortium ? »
Il se retourna vers leur destination.
« Le Shard ? Très probablement »
« Harling m'a parlé de tout ça et il a dit que l'on m'avait recommandée pour cette mission donc je suis chargée d'aller y enquêter »
Le démon fronça les sourcils.
« On vous a recommandé ? »
« Oui ... Pourquoi ce n'était pas vous ? »
« Bien sûr que non. Ce n'est pas un endroit pour vous »
« Je pense être assez grande pour faire une enquête dans un hôtel sur-fréquenté au milieu de civils et vous avez dit vous même que je devais me concentrer sur ma mission concernant le Consortium »
« Récolter des informations sur cette piste pour faire avancer vos recherche ne veux pas dire aller se jeter dans la gueule du loup. Vous ne comprenez pas, ces gens sont des criminels et ils n'hésiteront pas à éliminer tous ceux qui sont sur leur chemin. En y allant vous représenterez une menace pour eux »
« Mais si c'est cette organisation qui a perpétré le meurtre de ma famille je veux m'occuper de cette affaire »
« Je préfère vous faire déclarer inapte. De toute façon vous avez besoin de repos »
« Quoi ?! Mais ! Vous- »
Mais pourquoi diable avait-elle abordé le sujet ?
Pour changer de sujet justement
Le Comte la coupa en milieu de phrase, intransigeant.
« Celui qui vous a recommandé pour cette mission veut vous envoyer vers une mort certaine, croyez-moi. Ne commencez pas à discuter maintenant je suis fatigué »
« Mêlez-vous de vos affaires ! Et si vous avez plus d'informations que moi sur la question c'est maintenant qu'il faut me le dire, je ne compte pas attendre qu'un autre Sir Hamilton vienne me rendre visite pour me tuer »
Elle se stoppa pour avoir une réponse et le démon se retourna avec irritation en voyant qu'elle n'avançait plus.
« Vous allez prendre racine encore longtemps ? »
« Parlez ! »
« Je n'en sais pas plus que vous »
C'était impossible qu'il ne sache rien, il se contredisait presque d'une phrase à l'autre et Ciel Phantomhive finissait toujours par obtenir ce qu'il voulait en y mettant du sien.
« Ne traînez pas, on vient nous chercher dans une demie heure et il s'agirait d'abord de retrouver notre chemin »
« N'empêche que, droguée ou pas, je garde un meilleur sens de l'orientation que vous »
« Une bien grande insolence pour une si petite bouche »
Elle haussa les sourcils, feignant l'indifférence.
« Vous pourriez peut être négocier mon silence si je suis de bonne humeur »
« Je ne négocie le silence de personne, j'élimine ceux qui en savent trop »
« C'est un message subliminal ? »
« Oui, vous devriez vous méfier. Je ne résisterai peut être pas à la tentation, surtout si l'envie de chanter sous la douche vous reprend »
Elle leva les yeux au ciel avec exaspération. Pourquoi aimait-il tant la contrarier ? Elle chantait si la douche si elle voulait. Elle le suivit en silence et lui lança un regard noir quand il lui sourit narquoisement, l'air satisfait de lui avoir rabattu le caquet. Il commençait presque à considérer cela comme des victoires personnelles.
Pourquoi ne voulait-il pas qu'elle ait affaire aux membres du Consortium ? Pourquoi avait-il si peu de considération à son égard ? S'inquiétait-il pour sa vie ou craignait-il qu'elle ne découvre quelque chose de fâcheux durant son enquête ?
Vous vous dîtes mon allié mais êtes celui qui cherchez le plus à restreindre mes mouvements
A suivre
J'espère que ce chapitre vous a plût ! Je compte sur vous pour me prouver que je ne suis pas seule au monde et que cela vaille le coup de continuer cette histoire
PS: je répondrais en MP à partir de maintenant, non plus à la fin des chapitres dans un simple soucis de pragmatisme et pour les timides,
Sur ce, bonne soirée et merci d'avoir lu jusqu'ici ~ :)
