Bonjour chers lecteurs ! On avance encore un peu plus dans cette histoire et nous voilà déjà arrivés à la moitié ! J'aime bien ce chapitre, même si ce n'est pas le plus joyeux … J'espère que vous l'apprécierez aussi !
charlybarbiche : merci pour ton message, je suis heureuse si le chapitre précédent était à ton goût ! Bonne lecture :)
Situation : un peu après le chapitre précédent
Disclaimer : mention de violences physiques. Si c'est un sujet sensible pour vous, je vous conseille de ne pas lire ce chapitre et d'attendre le prochain. Il ne se passe rien d'absolument crucial.
PS : pardon pour les fautes, enjoy ! :)
Toni commençait presque à s'habituer à l'obscurité dans laquelle Thornhill était continuellement plongé. Les couleurs sombres de la demeure ne laissaient pas aux rayons du soleil la possibilité d'entrer et de rester à l'intérieur, pour réchauffer la grande bâtisse froide.
La deuxième semaine de son séjour venait de débuter et elle se sentait de plus en plus à l'aise dans la petite ville et l'immense maison des Blossom. Elle ne se perdait presque plus et appréciait chaque jour davantage les tableaux de famille qui ornaient les murs des différentes pièces.
Toni arpenta le couloir qui menait jusqu'à la salle de bains. Elle venait de passer plusieurs heures à la piscine avec Jason, puis ils s'étaient endormis sur les chaises longues, lézardant au soleil et se tenant la main dans leur sommeil. Toni s'était réveillée avant Jason et n'avait pas voulu le forcer à se lever. Elle avait doucement lâché sa main puis s'était rendue dans le manoir pour pouvoir aller aux toilettes.
Toni laissa ses doigts glisser le long de la tapisserie épaisse et sombre du couloir, l'esprit ailleurs. Elle se demandait parfois – et ses pensées semblaient sortir de nulle part – comment leur relation allait évoluer lorsqu'elle devrait repartir pour New York. Ils savaient bien tous les deux que Jason ne reviendrait pas dans le lycée de Toni et qu'ils n'auraient plus l'occasion de se voir. Elle ne savait pas vraiment ce dont elle avait envie, mais elle était certaine d'une chose : ce n'était clairement pas le moment de penser à cela.
Elle secoua la tête pour se changer les idées et se rapprocha de la chambre de Cheryl, qui se trouvait juste avant la salle de bains.
Elle ne l'avait pas beaucoup vue depuis la soirée chez Reggie. D'ailleurs, elles n'en avaient jamais reparlé et Cheryl se comportait comme s'il ne s'était absolument rien passé. Son comportement était si neutre que Toni se demandait parfois si l'alcool ne l'avait pas fait délirer et si elle n'avait pas tout inventé.
Arrivant près de la chambre de la rousse, Toni entendit des éclats de voix. Elle s'arrêta net, le ton de Penelope ne lui donnant pas la moindre envie d'avancer en direction du bout du couloir.
« Tu nous fais honte Cheryl ! Je me demande si on ne ferait pas mieux de t'envoyer dans un pensionnant en Suisse … Au moins, on aurait la paix ! » Cria Penelope et le sang de Toni se glaça dans ses veines.
Elle entendit Cheryl renifler et tenter de retenir ses larmes, mais elle n'avait pas besoin de la voir pour savoir que c'était peine perdue.
« Maman, je n'ai rien fait, c'est lui qui a tenté de – »
Cheryl fut interrompue en pleine phrase et Toni entendit un claquement sourd, puis le silence. Elle retint son souffle. Ce n'était pas possible. Penelope ne venait pas de gifler sa fille. Elle n'était pas si cruelle que cela, si ? Elle n'était pas du genre à frapper ses enfants ? Toni avala péniblement sa salive, sentant sa gorge se serrer. Elle n'en revenait pas et elle ne voulait pas y croire. Cheryl, si menue et innocente, en train de se –
Elle fut coupée dans ses pensées en voyant Cheryl s'échapper de sa chambre en courant. La rousse remarqua Toni qui se tenait contre le mur, dans le couloir. Elle ralentit un instant dans sa course, jetant un regard surpris puis empli de colère et de haine à la jeune fille. Elle disparut si vite que Toni n'eut même pas le temps d'esquisser le moindre mouvement ou de dire le moindre mot. Elle resta immobile et silencieuse, essayant de reprendre ses esprits.
Elle entendit Penelope se déplacer et soupirer dans la chambre de Cheryl et son instinct de survie la fit quitter les lieux en vitesse. Elle n'avait aucune envie de se retrouver nez à nez avec la matriarche. Elle ne saurait comment la regarder, ni quoi lui dire. Elle se demandait même si elle serait capable de se retenir de la gifler à son tour ou, du moins, de lui cracher au visage.
Elle se dirigea vers la chambre de Jason par réflexe, car il n'y avait pas d'autre endroit qu'elle connaissait mieux dans la maison ou qui ne lui offrait un plus grand sentiment de sécurité que cette pièce.
Elle referma la porte derrière elle et s'y appuya en fermant les paupières et en expirant, soulagée d'avoir échappé à Penelope.
Mais le bruit des pleurs étouffés de quelqu'un lui fit rouvrir les yeux tout aussi sec.
Là, recroquevillée sur le lit de Jason, Cheryl pleurait toutes les larmes de son corps. Toni ne devinait que la forme tremblante de son être, parcouru de sanglots.
Elle l'observa un moment, ne sachant comment réagir. Réconforter Cheryl semblait être la seule interaction qu'elle avait avec la rousse, mais cela ne lui déplaisait pas. Elle sentait à quel point elle avait besoin d'affection et d'une épaule sur laquelle se reposer, alors Toni était heureuse de pouvoir lui offrir ce minuscule réconfort. Ce n'était pas beaucoup, mais au vu de la détresse de Cheryl, c'était déjà quelque chose.
Toni s'avança doucement vers le lit, ne voulant pas effrayer Cheryl. Quand elle arriva au bord du matelas, la rousse releva ses yeux humides vers elle.
-Désolée … c'est le seul endroit de la maison où je me sens à peu près bien. Avoua-t-elle, la voix déchirée.
Toni lui offrit un sourire doux, pour essayer d'amener un peu de chaleur dans son âme. Elle s'allongea sur le lit et remonta pour se trouver à la hauteur de Cheryl. Cette dernière avait les genoux ramenés vers la poitrine, se serrant elle-même dans ses bras. Elle formait un tout petit être et Toni s'installa confortablement pour lui faire face.
Elle garda le silence et étudia les traits de Cheryl qui semblaient se détendre petit à petit. Ses pleurs s'étaient calmés à mesure qu'une trace rouge apparaissait sur sa joue. Elle fixa Toni dans les yeux et resta muette. Son regard se balada sur son visage et Toni fit de même avec la rousse.
-C'est moi qui suis désolée Cheryl. Finit-elle par murmurer, de l'émotion plein la voix. Tu … tu ne mérites pas d'être traitée ainsi. Je te connais peu, c'est vrai, mais je peux t'assurer que tu ne le mérites pas.
Cheryl la contempla encore un moment, sans bruit. Elles s'observèrent, les yeux dans les yeux et Toni tenta de faire passer dans son regard autant de bonnes pensées que possible.
La rousse finit par détourner les yeux et s'assit sur le lit. Toni la laissa faire sans rien dire ni sans esquisser le moindre geste vers elle. Elle ne voulait pas la brusquer.
Puis, sans crier gare, Cheryl commença à retirer ses collants. Elle prit son temps et le fit minutieusement, pour ne pas les abîmer.
Toni fronça les sourcils, se demandant où elle voulait en venir, mais elle resta allongée sans rien faire.
Cheryl défit ensuite les boutons de sa jupe et l'enleva à son tour, puis elle retira son haut alors que Toni s'apprêtait à protester.
-Cheryl, qu'est-ce que tu fais ? Lui demanda-t-elle en s'asseyant sur le lit, de plus en plus confuse par son comportement.
La rousse était à présent en sous-vêtements devant elle et elle se sentait quelque peu gênée car elle n'avait aucune idée de ses intentions.
Cheryl reporta son regard vers Toni et la fixa dans les yeux un court instant.
-Regarde. L'intima-t-elle finalement, baissant elle-même ses pupilles vers son corps pâle.
Alors, Toni regarda. Elle ouvrit grand la bouche, de choc, et approcha ses doigts par réflexe de la peau de Cheryl.
Des bleus parsemaient ses cuisses et son ventre. Ils étaient tous plus ou moins colorés et certains commençaient à s'estomper, le temps emportant la preuve de leur existence loin des yeux.
Toni laissa sa main se poser sur une des cuisses de Cheryl. Elle caressa légèrement sa peau, pour ne pas lui faire mal. Elle ne pouvait s'en empêcher. Pour se prouver que ce n'était pas un rêve, elle devait les toucher. Elle n'en revenait pas.
Elle fit remonter ses doigts sur l'estomac de Cheryl, là où les bleus semblaient les plus récents. Elle ne dit rien mais vit la moue de douleur que fit Cheryl et retira alors sa main. Elle ne voulait en aucun cas la blesser davantage.
-Cheryl … Murmura-t-elle finalement, la gorge sèche.
La rousse haussa les épaules, comme si ce n'était rien. Elle n'osait pas croiser le regard empli de chagrin de Toni, elle n'en avait pas la force.
-J'ai l'habitude … Ce que Maman a fait tout à l'heure … En temps normal, c'est elle qui crie et Papa qui –
Sa voix s'étrangla dans sa gorge et elle dut ravaler un sanglot qui menaçait de s'échapper. Elle passa une main furtive sous ses yeux pour empêcher les larmes de dégouliner encore une fois.
Toni ne put se retenir de prendre la main de Cheryl dans l'une des siennes et de la serrer fort. Elle la força ainsi à croiser son regard et la rousse eut un petit sourire contrit, comme si elle voulait lui faire comprendre qu'en s'habituant, elle s'était détachée de tout cela. Mais Toni voyait bien qu'elle essayait de la convaincre de la banalité de la situation autant qu'elle essayait de se convaincre elle-même.
-Jason est au courant ? Demanda Toni, son inquiétude transparaissant dans sa voix.
Elle ne pouvait s'empêcher de vouloir aider Cheryl. Ce n'était pas sa faute si ses parents étaient des monstres et s'ils s'en prenaient à elle.
La rousse secoua la tête.
-Non … Il sait à quel point ils sont … durs envers moi et il me réconforte mais … je – je ne lui ai jamais montré. Avoua-t-elle et Toni comprit alors toute l'importance du moment.
Cheryl venait de lui confier quelque chose qu'elle n'avait jamais avoué à personne, pas même à son propre frère. Elle ne savait pas par quel miracle elle avait accepté de lui montrer ses blessures, mais elle était au moins heureuse de savoir que Cheryl n'était plus seule dans sa douleur à présent.
-Je … je pourrais avoir un câlin s'il te plaît ? Implora-t-elle Toni d'une voix un peu tremblante. Elle n'osait plus la regarder dans les yeux mais elle mourrait d'envie de se faire réconforter par ses bras si rassurants. A la soirée de Reggie, elle avait accueilli la chaleur et la douceur de Toni avec un plaisir fou. Et elle mourrait d'envie de se retrouver à nouveau tout contre elle, pour se sentir soutenue.
Toni lui offrit un sourire solaire et s'approcha d'elle pour la prendre dans ses bras. Cheryl se laissa envelopper dans la tendresse de la jeune femme et ferma les yeux. Elle posa sa tête contre le torse de Toni et écouta son cœur battre. Cela la calma suffisamment pour qu'un sourire prenne naissance sur ses propres lèvres.
