Bonsoir à tous ! Le confinement a du bon car j'ai ainsi l'occasion d'ajouter des chapitres à cette histoire quand l'envie m'en prend et non quand j'ai un peu de temps pour le faire ! J'en profite aussi pour avancer de nouvelles histoires que je publierai ici une fois que celle-ci sera totalement postée et quand je les aurai finies.

En attendant, prenez soin de vous et sauvez des vies en restant chez vous !

Charlybarbiche : oui je sais ... désolée, j'aime bien les personnages un peu brisés alors je voulais l'emmener dans une direction désagréable mais intéressante à mettre en lumière. J'espère que ce chapitre te plaira ! :)


Situation : le soir du chapitre précédent

PS : désolée pour les fautes, enjoy ! :)


-Tu viens te coucher ? Demanda Jason à Toni, d'une voix déjà un peu endormie.

Il jeta un coup d'œil à sa copine qui semblait perdue dans ses pensées. Elle se tenait debout au milieu de la chambre et se frottait le bras d'une main distraite, le regard dans le vague. Une pointe d'inquiétude et de tourment habillait son visage mais Jason était un peu trop fatigué pour s'en rendre compte.

En entendant son appel, Toni sortit de sa rêverie et rejoignit le roux au lit, un sourire doux sur ses lèvres. Elle le trouvait beau. Sa vue lui faisait toujours un plaisir fou et une chaleur agréable prenait naissance dans le creux de son ventre. Elle se sentait tellement à l'aise avec lui, tout était simple et évident, elle n'avait pas besoin de se prendre la tête.

Elle se glissa sous les draps, faisant face à Jason qui lui souriait, ses yeux déjà pleins de sommeil.

-Je … J'avais envie de te parler de quelque chose. Annonça Toni après s'être éclairci la gorge.

Jason fronça les sourcils, étonné, et sembla secouer la fatigue de ses prunelles pour fixer sa copine dans les yeux.

-C'est à propos de ta sœur. Je … Ce n'est pas vraiment mes affaires mais je trouve que tes parents sont … durs avec elle. Constata-t-elle simplement.

Elle n'allait pas avouer à Jason tout ce que Cheryl lui avait confié, mais elle était inquiète pour le bien-être de la jeune femme – et curieuse aussi, il fallait bien le dire. Elle voulait en savoir plus, tenter de comprendre pourquoi.

Jason soupira en s'allongeant sur le dos, le regard porté au plafond. Mais Toni remarqua la lueur triste et pleine de culpabilité qui brillait dans ses yeux.

-Oui, c'est vrai. Ils le sont. Disons que Cheryl n'est pas … ce à quoi ils s'attendaient et ils lui en veulent. L'informa-t-il, restant assez laconique.

Toni fronça les sourcils. Elle ne voyait pas vraiment ce que les Blossom pouvaient reprocher à leur fille. D'accord, elle ne semblait pas particulièrement aimable envers les élèves de son lycée mais, au sein du manoir, elle était la plus sage et docile des créatures.

-Pourquoi tu dis ça ? Le questionna-t-elle, sa réponse ayant seulement aiguisé davantage sa curiosité.

-Cheryl préfère les filles et nos parents ne supportent pas cette idée. Ils pensent … ils pensent qu'elle le fait exprès pour ternir notre réputation parce qu'elle sait à quel point notre image est la chose la plus précieuse à leurs yeux. Expliqua-t-il.

Il reporta son regard vers sa copine et elle vit des larmes briller dans ses yeux. Elle sentit toute son impuissance à protéger et à défendre sa sœur contre leurs abominables géniteurs.

Elle ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais n'y parvint pas. Les mots restèrent bloqués dans sa gorge.

Comment pouvaient-ils croire qu'elle faisait exprès ? Toni n'en revenait pas de savoir que Cheryl se faisait dévaloriser par sa famille pour quelque chose qui ne relevait certainement pas d'un choix.

-Mais … ça ne fonctionne pas du tout comme ça. Riposta Toni.

La rage qu'elle ressentait pour les parents des jumeaux ne fit que croître davantage et elle sentit une boule de haine prendre naissance dans son ventre.

Jason soupira et une moue tordue par la tristesse qu'il éprouvait apparut sur ses lèvres fines.

-Je le sais bien mais ils ne veulent rien savoir. Ils n'étaient pas censés le découvrir, il y a eu un malentendu et … depuis c'est l'horreur pour Cheryl. Raconta-t-il et Toni sentit qu'il ne lui disait pas tout.

Il se retourna vers elle dans le lit et la fixa dans les yeux. Il lui offrit un regard démuni et Toni comprit qu'il était difficile pour lui d'évoquer le sujet. Elle ne comprenait pas bien pourquoi, parce qu'il n'était pas directement affecté par la situation, mais elle savait que le lien qui unit les jumeaux est incroyablement fort et intense, et elle comprit alors qu'il portait en lui une partie de la peine et de la souffrance de la rousse.

-Raconte-moi. Lui proposa-t-elle, espérant ainsi qu'il se défausse d'un poids qui semblait lui peser.

Il hocha la tête et avala avec difficulté sa salive.

-Cheryl m'en a parlé un jour. Elle m'a dit qu'elle était amoureuse de sa meilleure amie, Heather, et qu'elle aussi l'aimait. Heather et Cheryl étaient dans la même classe, elles passaient leur temps ensemble et Heather venait presque tous les weekends à la maison. J'ai vite senti que leur relation était plus profonde et intense qu'une simple amitié, mais je n'ai rien dit. J'ai attendu que Cheryl vienne se confier, ce qu'elle a fait et j'étais fou de joie pour elle. Elle était tellement heureuse avec Heather que j'étais presque jaloux de leur relation. Mais je n'ai jamais vu ma sœur aussi épanouie et radieuse qu'à cette époque-là. Elle se sentait acceptée et aimée, alors que j'étais le seul de la famille à tenir à elle et qu'elle était la seule à tenir à moi. Nous étions le roc l'un de l'autre, mais il est normal au bout d'un moment de se détacher un peu, de laisser entrer les autres, et c'était le moment pour elle.

Il eut un sourire si doux et empli de tendresse que Toni sentit son cœur se serrer de bonheur.

-Mais, j'ai fait une bêtise. Nos parents devaient partir pour le weekend et Cheryl m'avait demandé si elle pouvait rester seule avec Heather à la maison et j'ai accepté. J'ai décidé d'aller passer le weekend chez Reggie pour les laisser tranquilles. Le vendredi soir, on a choisi d'organiser une petite fête et on a bien bu tous les deux. Nos parents m'ont appelé dans la soirée mais j'étais saoul et … et ils m'ont dit que les amis qui devaient les recevoir avaient un empêchement et qu'ils rentraient donc à la maison. J'ai écouté d'une oreille distraite ce qu'ils me racontaient puis j'ai raccroché. J'étais tellement à l'ouest que je n'ai pas vraiment réagi. Je n'ai pas appelé Cheryl pour la prévenir – parce qu'ils ne la préviennent jamais de rien et ça a toujours été comme ça. Alors, ils sont rentrés et Cheryl était avec Heather et …

Il ferma ses paupières si fort que son visage se mit à trembler. Toni le sentit frissonner tout contre elle et caressa son bras pour le réconforter.

-Ils les ont trouvées dans la chambre de Cheryl et … disons qu'ils n'ont pas eu besoin de trop faire fonctionner leur imagination pour comprendre ce qu'elles faisaient. Je … je n'étais pas là mais d'après ce que Heather m'a raconté par la suite, ils leur ont hurlé dessus. Papa a trainé Heather en sous-vêtements hors de la maison en la tenant fermement par le bras et elle entendait Maman insulter Cheryl alors qu'elle était en pleurs. Heather avait à peine eu le temps de récupérer ses affaires avant de se faire virer. Elle s'est rhabillée sur le porche et m'a appelé en fuyant de Thornhill. Elle m'a dit ce qui s'était passé et … j'étais encore saoul mais ça m'a fait décuver en deux secondes. J'ai demandé à un ami de me ramener à la maison et en arrivant, mes parents étaient furieux. Ils m'ont demandé si j'étais au courant et, pour la protéger, j'ai répondu que non car je savais que ça n'allait qu'attiser leur folie s'ils apprenaient la vérité. Je leur ai dit que ce n'était rien, que Cheryl pouvait bien faire ce qu'elle voulait et ils m'ont jeté un regard qui m'a glacé le sang. C'est là qu'ils m'ont dit qu'elle le faisait exprès et j'ai eu beau tenter de la défendre et de leur dire qu'elle n'avait aucun intérêt à faire une chose pareille, ils n'ont jamais rien voulu savoir.

Il soupira, son souffle tremblant face au souvenir qu'il revivait.

-Je suis allé voir Cheryl et la trouver si brisée, le regard vide et des larmes silencieuses sur ses joues rougies, ça m'a fait perdre la raison. J'ai explosé en sanglots et je l'ai câlinée pendant plus d'une heure sans jamais cesser de m'excuser. C'était ma faute après tout.

Toni lui serra doucement le bras pour tenter de le consoler mais elle sentit que rien ne pourrait apaiser son chagrin. Il vivait avec cette culpabilité et quoi qu'elle dise pour tenter de le rassurer, aucun mot ne serait assez puissant pour effacer sa tristesse.

-Après ça, Heather a disparu. Littéralement. Cheryl n'a jamais eu de ses nouvelles, elle n'est pas venue à l'école le lundi et elle était introuvable à Riverdale. Elle a fini par me recontacter des mois après ça pour me dire que mes parents avaient appelé les siens pour lui parler de la situation et qu'ils avaient décidé de l'envoyer dans un centre de … correction au Texas. Elle n'avait plus le droit de contacter Cheryl ni qui que ce soit à l'extérieur du centre. Quand elle a enfin reçu l'autorisation de passer un coup de téléphone – sous la surveillance d'un adulte pour s'assurer qu'elle n'appelait pas Cheryl – elle m'a appelé et elle m'a expliqué où elle était. Elle ne pouvait pas trop en dire puisqu'on écoutait sa conversation avec moi mais ça a suffi pour me briser le cœur encore davantage.

Il déglutit bruyamment et Toni essuya de ses pouces les larmes qui perlaient de ses yeux.

-Nos parents étaient encore plus froids et distants avec ma sœur qu'à l'accoutumée. Ils ne lui adressaient plus la parole. Elle était l'ombre d'elle-même à la maison et elle a commencé à changer d'attitude à l'école. Je sentais que les choses bougeaient, mais pas dans le bon sens. J'ai longtemps hésité à lui parler du coup de fil d'Heather puis je me suis dit qu'elle méritait de savoir ce qui lui était arrivé et surtout qu'elle ne l'avait pas quittée de son plein gré. Cheryl n'a pas arrêté de pleurer pendant les trois jours qui ont suivi. Et petit à petit, elle s'est transformée. Elle ne parlait plus à nos parents, elle ne semblait plus heureuse de rien. Quand on est entrés au lycée, elle est devenue absolument tyrannique. Au début, je détestais ça chez elle, puis j'ai compris que c'était son seul moyen d'avoir un peu de contrôle. De se sentir vivante. Et, avec le temps, je pense qu'elle a fini par me pardonner. Je n'ai jamais cessé de m'excuser tout en me comportant avec elle comme nous l'avions toujours fait. C'était nous deux contre le reste du monde – et surtout contre nos parents. Et maintenant, je pense qu'elle me fait à nouveau confiance et elle me sourit. C'est une bonne nouvelle pour moi, je sais qu'il n'y a pas que du venin qui peut s'échapper de sa bouche, mais de la tendresse aussi.

Il eut lui-même un petit sourire en contemplant Toni.

Ce fut silencieux pendant un moment, le temps que Toni intègre tout ce que Jason venait de lui confier. Elle ne savait pas vraiment quoi dire, ni comment réagir.

Elle s'approcha de lui et déposa un baiser léger sur ses lèvres.

-Je ne pense pas que Cheryl t'en veuille ou t'en aie voulu. Ce n'est pas ta faute, tu sais. Si vos parents n'avaient pas changé leurs plans, tout se serait déroulé différemment. Tu ne dois pas t'en vouloir, Jason. Tenta-t-elle de le rassurer, mais elle vit dans son regard empli de larmes contenues que, quoi qu'elle dise, c'était peine perdue.

-Merci de m'avoir confié cette histoire en tout cas. Je comprends mieux pourquoi elle est comme elle est et … je saisis de moins en moins tes parents. Plaisanta-t-elle pour tenter d'insuffler un peu de légèreté à la lourdeur de l'atmosphère.

Jason eut un petit rire et leva les yeux au ciel.

-Tu n'est pas la seule, tu sais. Avoua-t-il avant de l'embrasser à son tour.