Plusieurs jours étaient passés depuis que Charles avait expressément fait sortir Erik de sa chambre. Depuis, il avait fait de son mieux pour l'éviter. Non pas qu'il avait honte mais… si, il avait honte. Il avait oublié l'idée de lui avouer ses sentiments depuis le temps. Mais là c'était encore pire. Il se sentait vulnérable, parce que Erik avait lu tous les moments importants de sa vie. Alors certes lui aussi connaissaient les moments importants de sa vie. Mais il était télépathe, et en connaissait beaucoup sur beaucoup de monde. Jamais il ne trouverai Erik ridicule. S'il n'était pas d'accord pour les idées qu'il avait, ce n'était pas pour autant qu'il s'amusait à l'embêter avec son passé, avec ce qu'il savait de lui. Mais est-ce que l'Allemand le ferai lui ? Ou peut-être qu'il avait baissé dans son estime. Peut-être qu'il lui paraissait ridicule. Il avait raconté ses moments de faiblesse dans ce journal. Et Erik avait tout lu. Il évitait habillement de le croiser. De toute manière, le magnétique ne cherchait pas à lui parler. Tant mieux.
Il avait certes très honte qu'Erik sache tout. Mais il était aussi très en colère contre lui. Il avait déjà pénétré dans sa chambre sans autorisation. Qui lui disait qu'il n'avait pas fouillé avant le prendre le carnet ? Il avait du mal à concevoir qu'il ai ouvert son journal. Mais dès qu'il avait compris ce que c'était, il aurait dû s'arrêter et le reposer. Par respect, par politesse, tout ce qu'il voulait mais le reposer.
Si jamais Erik voulait s'en servir contre lui, et bien soit. Il n'utiliserai pas la télépathie pour lui effacer la mémoire, jamais. Il assumerait tout, et l'allemand ne se jouerai pas de lui. Il refusait de le laisser faire. Mais il n'était pas venu lui en parler. En parlerait-il à Raven ? Ou quelqu'un d'autre ? Sa sœur ne savait pas, puisqu'elle lui avait posé des questions pour savoir ce qu'il s'était passé. Il lui avait simplement répondu que Erik avait fouillé son intimité. Charles avait du répit, qu'il espérait ne jamais voir se finir. Le télépathe faisait comme si de rien n'était, comme si rien n'était arrivé.
De son côté, Erik ne savait pas quoi faire de toutes ces informations. Il n'évitait pas le professeur, ce n'était pas son genre. Pourtant ce dernier le faisait. Mais ce n'est pas pour autant qu'il le poursuivrait dans le manoir pour en parler.
Après avoir été chassé par Charles, il était allé piquer des bières dans la cuisine, un des rares alcools autorisés dans l'école. Et il s'était enfermé dans sa chambre. Il avait bu, pas assez pour être ivre mais assez pour en ressentir les premiers effets apaisants, rassurants. Avant, il serait allé dans un bar. Mais il était recherché aujourd'hui, alors il ne tentait pas le diable en allant s'exposer. Il avait pensé, beaucoup, quitte à s'endormir seulement aux premières lueurs de l'aurore. Tant de choses se bousculaient dans sa tête. Il avait eu une totale remise en question vis-à-vis de Charles, mais pas en mal. Bien au contraire. Il s'était rendu compte à quel point il avait été stupide, et que s'ils avaient parlés à l'époque, enfin surtout si Erik n'avait pas fait la sourde oreille, bien des choses auraient été différentes. Peut-être que le sort des mutants aurait été autre aujourd'hui. Même si suite à Apocalypse cela semblait s'arranger pour eux. Enfin pas pour Erik. Il était toujours en cavale, toujours un fugitif. Il avait pensé partir bientôt, afin de ne pas être un poids pour l'école. Mais il ne voulait plus. Charles était son ami, et il l'aiderai, le cacherai, le protègerai, comme il a toujours voulu faire.
D'un côté, il se sentait coupable de penser comme ça, surtout après les « aveux » forcés du télépathe. Mais en un sens, il comprenait enfin cette volonté de Charles de vouloir toujours le protéger, d'avoir été si opposé à lui par ses idées sans jamais ne serait-ce que penser à le forcer par son don à rester près de lui.
Il n'était pas dégoûté par les sentiments de son ami pour lui. Il était même un peu fier, de se sentir toujours aimé malgré tout ce qu'il avait fait, tout ce qu'il lui avait fait. Magda l'avait aimé, mais même si elle savait qui il était, et ce qu'il avait fait, elle n'aurait jamais pu comprendre complètement, parce qu'elle n'avait pas été au cœur du conflit.
Jamais Erik n'avait envisagé la possibilité qu'un homme lui plaise. Mais il n'avait pas vraiment eu l'adolescence nécessaire, le moment où la plupart des gens découvrent leur homosexualité, bisexualité, ou qui ils sont réellement, pour y réfléchir. Dès la Libération, et même avant, seul le désir de vengeance brûlait à l'intérieur de lui. Il avait été plus absorbé par la recherche de Shaw que par essayer d'avoir une vie d'adolescent normal. Mais il n'était plus un adolescent à l'époque, ni même tous les autres, quoi qu'ils aient essayé de renvoyer comme visions. Ils avaient tous été brisés. Leurs cassures n'étaient pas comparables à celles d'Erik. Pas moins violentes, pas plus. Juste, différentes. Quand on brise un verre, il ne se brise jamais de la même manière. Tout dépend de son épaisseur, de sa solidité, de s'il est usé, etc… Qu'on le laisse tomber par terre ou qu'on le jette contre un mur, les résultats sont les mêmes, malgré les moyens employés différents. Erik avait vu tous ces adolescents se remettre comme ils pouvaient. Se rapprocher les uns les autres, rechercher l'amour qui leur avait été enlevé, que ce soit par l'amitié ou des attirances. Le jeune homme était content pour eux, mais il n'arrêtait pas de penser que cela n'aurait pas dû arriver. Beaucoup au sein de la confrérie, et même Charles s'y était trompé, pensaient qu'il ne s'agissait que d'une vendetta personnelle. La poursuite de Shaw peut-être. L'assassinat de tous ces nazis, certainement pas. Non Erik n'avait pas pensé qu'à lui mais aussi à tous ces humains brisés, fracassés. Donc face à leurs tentatives de recommencer à vivre, lui s'était juré de les venger. Il pouvait, il en avait les capacités, les pouvoirs. Et il refusait d'y mêler qui que ce soit d'autre, de risquer leur vie. Alors il restait seul, malgré les adultes essayant de lui faire trouver des amis. Mais il ne voulait pas, il n'en avait pas besoin. Enfin il avait cru à ça jusqu'à ce qu'il rencontre Charles.
Même s'il ne se mêlait pas aux autres, ils les entendaient parler. Surtout les garçons de son dortoir. Ils étaient un peu plus grand que lui, entre un à quatre ans de plus. Parfois alors qu'il essayait de dormir, même s'il savait très bien qu'il ne s'endormirai qu'à l'aube, il les écoutait discuter. Cela l'empêchait de penser à là-bas. Ils parlaient un peu de tout et n'importe quoi, même de sujets qu'Erik trouvaient stupides, mais les entendre parler le rassurait. Et puis parfois ils parlaient de sexe, ou d'amour. Quand on parlait d'amour, Erik pensait tout de suite à ses parents à l'époque. Quand ces garçons parlaient de sexe, il écoutait, un peu intéressé. Il cachait en son for intérieur le désir de vouloir lui aussi redevenir un garçon comme les autres. Alors ce que faisaient les autres garçons l'intéressait. Il apprit ainsi comment les autres se faisaient plaisir parfois, et que ça leur faisait du bien. Un du groupe avait une relation amoureuse, et disait qu'un jour il partagerait son plaisir avec cette fille. Bien sûr qu'il savait comment on faisait les bébés, mais il ne comprenait pas vraiment pourquoi tous disaient que « faire des bébés », ou autrement dit faire l'amour, c'était super. Erik s'informa de pleins de choses ainsi, en écoutant silencieusement, en faisant semblant de dormir, en espionnant.
Un jour, alors qu'il était seul dans le dortoir – les autres étant tous aller jouer dehors, profiter du retour des beaux jours et du printemps – il voulut essayer. Il défit les boutons de son pantalon, et en sorti son sexe encore mou, après bien sûr avoir verrouillé la porte à clef grâce à ses pouvoirs. Il repensa à ce que ses compagnons de dortoir avaient dit. Il ferma les yeux et commença à caresser son pénis. Ce n'était pas désagréable, mais c'était bien loin du plaisir que disaient ressentir les autres. Il se concentra et tenta d'imaginer ce qui pourrait l'exciter. Des jolies filles, des choses qu'il pourrait faire avec elles, des choses qu'elles pourraient lui faire. Mais cela ne fonctionnait pas vraiment. Son sexe durcissait contre la paume de sa main, mais c'était purement mécanique. Alors il oublia quelconque fantasme et se concentra sur les sensations. Au bout d'une dizaine de minutes, alors qu'il avait mal au bras, il jouit enfin. Il en ressenti une grande vague de plaisir, surtout pour cette première expérience, mais tout n'était que plaisir physique, sans aucune vraie émotion dessous. Il rouvrit les yeux une fois sa respiration revenue à la normale et regarda son sperme, sur ses doigts et son bas-ventre. Il en examina la texture. Alors c'était avec ça qu'on faisait des bébés ? N'ayant jamais eu de cours sur la reproduction, la fusion des gamètes, ou même le développement d'un bébé, il ne voyait pas comment ce liquide visqueux pouvait créer des humains. Il prit un mouchoir, nettoya la moindre preuve de son activité précédente et jeta le mouchoir dans la poubelle. Il alla ouvrir la fenêtre, pour faire partir les odeurs, et profita ainsi lui aussi du retour du printemps.
Il regarda les autres jouer. Il les enviait. Il voulait les rejoindre. Mais il n'osait pas. S'il s'écartait de ses objectifs, il risquait de les perdre de vue, et de renoncer. Non, il devait rester concentré. Il n'avait pas le temps pour se faire des amis, pour se rapprocher de jolies filles, pour se questionner sur qui il était. Il était le monstre de Frankenstein, et voulait retrouver son créateur. C'était tout.
