Et c'est parti pour un second chapitre !
Rating : T
Tout appartient à J.K Rowling
Chapitre 2
Retour à Poudlard
Ils avaient emménagés dans un minuscule appartement sur le Chemin de Traverse, au-dessus d'un magasin abandonné pendant la Guerre. Draco détestait cet endroit de tout son cœur. Lui qui n'avait connu que le luxe de son manoir, puis celui de Poudlard, n'avait pas été préparé à vivre entre les murs humides et le plancher grinçant de son nouveau logement. L'odeur de moisi qui y régnait constamment le dégoûtait. Mais ça, ce n'était rien face à ce qu'il ressentait devant les sacrifices auxquels sa mère devait consentir.
À la mi-août, un mois après le procès, Narcissa avait déjà vendu la plupart de ses bijoux et de ses tableaux pour payer les deux premiers loyers et acheter quelques meubles. Elle n'avait rien pu récupérer au Manoir Malfoy ; elle n'avait eu accès qu'au coffre-fort de sa famille à Gringotts. Et ce coffre-fort ne contenait plus grand-chose. Lucius s'était servi largement, s'étant endetté auprès de tous les autres Mangemorts dans ses vaines tentatives pour regagner sa place auprès du Seigneur des Ténèbres. Voilà donc où ils en étaient : ruinés, forcés de vivre comme des miséreux.
Narcissa essayait désespérément de repartir du bon pied, mais le seul travail qu'on avait accepté de lui donner était celui d'assistante, dans une échoppe crasseuse de l'Allée des Embrumes, où un apothicaire édenté vendait des ingrédients tous plus immondes les uns que les autres. Draco était révolté par la situation de sa mère, dont il n'avait jamais imaginé qu'elle travaillerait un jour. Il détestait être pauvre, et, si c'était possible, il détestait encore plus l'idée de devoir retourner à Poudlard à la rentrée.
À la fin de l'été, Narcissa vendit ses derniers bijoux – y compris son alliance, dont elle se sépara bien à regret – pour acheter à son fils des robes neuves et du matériel scolaire en bon état, même si elle fut malgré tout obligée de prendre certaines choses d'occasion. Draco n'avait jamais eu aussi peu envie de retourner dans l'école qui avait pourtant été un second foyer pour lui pendant de nombreuses années. Il n'était plus personne maintenant, et ce sentiment le rongeait.
Alors, lorsque sa mère lui annonça que le magasin en-dessous de leur appartement était sur le point d'être vendu et que la nouvelle propriétaire ne voulait pas que des Mangemorts vivent au-dessus, il sentit qu'il n'allait pas pouvoir supporter cette humiliation supplémentaire.
"Alors quoi ?" s'emporta-t-il. "Nous devrions aller vivre dans un endroit encore plus minable ?"
Narcissa prit une grande inspiration.
"Je crois que nous devrions aller chez Andromeda."
Draco fronça les sourcils. Il savait qui était Andromeda, bien sûr. Il connaissait les noms de tous les membres de sa famille, sur plusieurs générations. Mais Andromeda n'avait plus été digne de figurer sur leur arbre généalogique depuis déjà bien longtemps.
"Andromeda ?" répéta-t-il, scandalisé. "Mais elle a épousé un Moldu ! Donné naissance à une Auror à moitié folle, qui a épousé cet idiot de loup-garou ! Tu penses vraiment qu'on est tombés aussi bas ?"
Narcissa leva le menton d'un air provocateur.
"Considérant le fait que ma sœur est aujourd'hui davantage respectée que nous, je crois que oui, nous sommes tombés aussi bas. Et puis, tu sais, même si je n'ai pas toujours approuvé ses choix... Elle reste ma sœur."
"Bellatrix aussi était ta sœur." marmonna Draco.
Il se souvenait très bien de sa tante Bellatrix. Il avait été presque aussi soulagé par sa mort que par celle du Seigneur des Ténèbres.
"Andromeda n'a rien à voir avec elle." assura Narcissa. Tout en parlant, elle recousait tant bien que mal un chemisier. Elle évitait ainsi le regard de son fils. "Je lui ai envoyé une lettre, pour lui demander si elle pouvait nous héberger toi et moi."
"Tu n'as pas fait ça ?"
"Si, je l'ai fait." répondit Narcissa, sur le ton du défi. "J'y pense depuis quelques temps, déjà. Je me doutais bien qu'on ne nous laisserait pas vivre éternellement sur le Chemin de Traverse, et on ne peut pas dire que mon travail ne sente pas la magie noire à plein nez, alors je suis encore loin de nous avoir réhabilités. Andromeda peut nous aider, Draco. Et elle est d'accord pour le faire."
Draco se laissa tomber sur son lit, qui lui faisait l'effet d'être un gros bloc de pierre. "Vraiment ?" s'étonna-t-il à voix haute. Il n'imaginait pas que quelqu'un puisse souhaiter les aider désormais. Il voyait bien la façon dont on les regardait, dans la rue. Les mendiants étaient plus appréciés qu'eux.
"Vraiment." confirma Narcissa. Elle souriait maintenant, tout en pliant soigneusement son chemisier grossièrement recousu. Son ton se voulait réconfortant, cette fois-ci, mais Draco n'arrivait pas à se sentir mieux. Il n'avait pas la moindre envie d'abandonner le peu qu'il leur restait, même si c'était un appartement minable qu'il détestait profondément. Il trouvait horrible qu'on les chasse purement et simplement alors que sa mère avait vendu tout ce qu'elle possédait pour payer le loyer exorbitant de ce taudis.
"Andromeda m'a répondu ce matin." ajouta Narcissa. "Elle s'est montrée très aimable, je dois dire, considérant le fait que nous n'avions plus eu de contacts depuis son mariage."
"Je ne veux pas y aller." s'entendit dire Draco. Il ne pouvait pas s'empêcher de protester. Il n'arrivait pas à être reconnaissant, pas quand sa vie avait pris une tournure aussi dramatique.
"Tu n'auras pas à aller là-bas si tu n'en as pas envie. Du moins, pas avant les prochaines vacances. J'emménagerais après ton départ pour Poudlard, j'ai réussi à négocier avec la propriétaire."
"Tu veux dire que tu l'as payée." traduisit Draco inutilement.
Narcissa ne prit pas la peine de répondre. Elle se leva et s'enroula dans un long manteau noir, sous lequel elle glissa sa baguette, la dissimulant habilement dans une poche intérieure. Le regard de Draco s'attarda sur sa mère, sa longue silhouette fine et son maintien toujours parfait. Elle aussi avait tout perdu dans cette Guerre. Il n'arrivait pas à croire qu'elle travaillait dans une boutique en tant qu'assistante, que les passants l'insultaient dans la rue, qu'elle devait faire contrôler sa baguette au Ministère tous les mois pour prouver qu'elle n'utilisait aucun sort dangereux.
En vérité, elle n'utilisait plus du tout sa baguette. Elle semblait en avoir peur. Draco se souvenait de quand la peur s'était installée dans leurs vies. Il se souvenait de ce qu'ils avaient traversé ensemble, dans le Manoir Malfoy, à l'époque où le Seigneur des Ténèbres s'était approprié leur maison. Si sa mère trouvait la force d'affronter le monde plein de haine qui l'attendait à l'extérieur, après tout ce qui lui était arrivé, alors Draco le devait aussi. Résigné, il saisit son manuel de potions et s'appuya contre le mur. Il allait être un citoyen modèle, non pas parce que le Ministère l'avait ordonné, mais parce que c'était le seul moyen de survivre.
Il était un Malfoy. Il survivrait quoi qu'il arrive.
OoO
Ginny le bouscula en passant. Harry la suivit du regard avec un pincement au cœur. Ses cheveux roux formaient comme une bannière de feu, qui disparaissait peu à peu au milieu des élèves qui se rassemblaient sur le quai. Elle aurait mérité mieux que ce qu'il lui avait fait. Rompre avec elle juste avant la rentrée n'était pas de très bon goût, mais il n'avait pas su comment faire autrement. Il ne pouvait plus continuer à se mentir. Il n'était plus à l'aise dans leur relation, il ne ressentait plus rien.
Peut-être que ça n'avait rien à voir avec Ginny, sûrement même, car il ne ressentait plus grand-chose de manière générale. Hermione s'en inquiétait beaucoup, d'ailleurs. Elle l'observait à cet instant même avec grand intérêt, tout en caressant distraitement Pattenrond qu'elle tenait dans ses bras. Le regard de Ron passa de l'un à l'autre, suspicieusement.
"Encore à sermon à propos de Ginny ?" demanda-t-il à Hermione sur un ton de reproche. "Parce que si j'ai été forcé de promettre de ne pas m'en mêler, alors je ne vois pas pourquoi toi tu en aurais le droit !"
Hermione leva les yeux au ciel. "Je n'avais pas l'intention d'en parler !" démentit-elle. "Même si mon point de vue en tant que femme pourrait être utile à Harry."
"Mon point de vue en tant que meilleur ami pourrait être utile aussi !" fit valoir Ron.
"N'en parlons plus." trancha Harry. Il s'éloigna en direction du Poudlard Express, tirant sa valise derrière lui. La présence rassurante d'Hedwige lui manquait. C'était la première rentrée qu'il faisait sans elle.
"N'oublie pas de nous écrire, Harry !" lança Mrs. Weasley, le poussant à se retourner. Il acquiesça vivement, et rendit à cette femme qui était presque comme une mère pour lui le petit sourire contrit qu'elle lui avait adressé. Elle avait passé les derniers jours à tenter de réconforter Ginny, mais son regard lui disait maintenant qu'elle ne lui en voulait pas, même s'il avait brisé le coeur de sa fille. Il était toujours dans son coeur à elle, son coeur de mère.
Harry se détourna. Il n'avait que trop profité de tout cela. La famille Weasley n'était pas la sienne, peu importe à quel point il avait pu le souhaiter. Ginny était celle qui avait besoin de la présence et du soutien de ses proches, surtout après qu'elle ait tenté de leur remonter le moral tout au long de l'été. Harry devait se mettre de côté, il le savait. Il n'avait pas l'intention de retourner chez les Weasley. Mais il n'oublierait pas de leur écrire, et de leur témoigner sa gratitude, aussi longtemps qu'il vivrait.
Un contrôleur siffla pour annoncer que le train n'allait pas tarder à s'élancer le long des rails. Harry aperçut Ron et Hermione, qui partaient s'installer dans le premier wagon pour honorer leurs devoirs de préfets-en-chef. Il se résolut donc à trouver un compartiment juste pour lui. Mais, comme toujours, Harry était arrivé en retard. La plupart des élèves étaient déjà installés, ce qui le força à marcher le long du couloir étroit en traînant toujours péniblement sa valise.
Soudain, son regard s'arrêta sur le compartiment à sa gauche, à l'intérieur duquel se trouvaient Neville et Luna. Il entra en esquissant un sourire, qui mourut sur ses lèvres lorsque ses yeux tombèrent sur Ginny. Ils se regardèrent d'un air gêné pendant un moment qui parut interminable, puis Harry s'éclaircit la gorge.
"Salut, Neville !" lança-t-il, avec un enthousiasme feint. "Salut, Luna ! Je passais seulement vous dire bonjour, j'ai repéré une place un peu plus loin. On se voit plus tard !"
Et il se précipita hors du compartiment, ignorant l'expression étonnée de ses amis. Il reprit son chemin le long du couloir, s'éloignant de plus en plus de l'avant du train. Lorsqu'il pénétra dans le dernier wagon, il fut obligé de s'arrêter. Deux élèves se tenaient l'un en face de l'autre et prenaient toute la place. Ils se disputaient bruyamment. Harry reconnut avec surprise Draco Malfoy et Gregory Goyle.
"Je te l'ai dit !" s'écria Draco. "Laisse moi tranquille !"
"Qu'est-ce que tu vas faire sinon ?" rétorqua Goyle. "Je dois m'inquiéter ? Je vais finir comme Crabbe, peut-être ?"
Le visage de Draco se tordit de colère.
"Ce n'était pas de ma faute !" protesta-t-il.
"C'est toi qui a voulu attraper Potter ! C'est à cause de toi que Vincent est mort !"
Harry se figea. Le dernier souvenir qu'il avait de la Salle sur Demande revenait souvent dans ses cauchemars. Il ne pleurait pas la mort de ses ennemis, mais Crabbe n'était qu'un adolescent. Sa fin avait été atroce, même s'il l'avait provoquée lui-même. Personne ne méritait de mourir de cette façon.
"Crabbe est mort par sa propre faute." répondit Draco plus calmement. "Il est mort parce qu'il était bête. Et toi aussi, tu es bête. Hors de mon chemin, maintenant !"
Draco poussa Goyle d'un coup d'épaule, ce qui n'était pas très effrayant étant donné la taille imposante de ce dernier. Mais celui-ci sembla hésiter à se défendre, malgré son évidente colère. Il avait obéi si longtemps à Draco que cela devait lui paraître étrange d'envisager de se retourner contre lui.
"Qu'est-ce que tu regardes, Potter ?"
Harry réalisa que Draco était arrivé à son niveau. Lui aussi traînait sa valise derrière lui. Harry remarqua avec une certaine surprise que la valise en question semblait avoir connu des jours meilleurs. Suivant son regard, Draco se renfrogna encore plus.
"Alors, le Balafré ?" attaqua-t-il. "Tu reviens terminer tes études à Poudlard ? Tu ne veux pas devenir Ministre de la Magie tout de suite ?"
Harry cligna des yeux, surpris par la question.
"Ministre de la Magie ?" répéta-t-il. "Pourquoi est-ce que je voudrais devenir Ministre de la Magie ?"
Draco éclata d'un rire qui semblait un peu dément.
"Mais parce que tu es Saint Potter, le Survivant, le Sauveur du Monde Sorcier ! Je parie qu'ils seraient tous ravis, ces idiots, si tu remplaçais Shacklebolt."
"Moi, je n'en serais pas ravi." répondit simplement Harry.
Draco leva les yeux au ciel et repartit en arrière, s'engouffrant dans un compartiment après un dernier regard noir. Peu de temps après, Goyle secoua la tête avec exaspération et partit dans la direction opposée. Harry, lui, laissa tomber sa valise par terre et s'assit dessus. Il se perdit dans ses pensées, tout en se laissant balancer au rythme des cahots du train. Une autre année à Poudlard commençait. Jusqu'à présent, Harry n'avait pas été certain de vouloir y retourner, après tout ce qu'il s'était passé. Mais, dans ce couloir vide, il comprenait soudain qu'il rentrait à la maison.
Dumbledore était mort. La Salle sur Demande n'existait plus. Draco Malfoy n'allait plus parader comme s'il était le maître du monde, avec Crabbe et Goyle à ses côtés. Ginny détournerait probablement le regard lorsqu'il la croiserait dans les couloirs. Ron et Hermione allaient être plus proches qu'ils ne l'étaient auparavant. Mais Poudlard… Poudlard restait Poudlard, le premier endroit où Harry s'était senti chez lui. C'était l'endroit dans lequel il avait grandi. L'endroit dans lequel il allait se reconstruire.
Et, alors qu'il fermait les yeux et imaginait sa destination, pour la première fois depuis la fin de la Guerre, Harry se sentit vraiment heureux.
OoO
C'était encore plus difficile qu'il ne l'avait imaginé.
Chaque jour, Draco se levait pour découvrir que Goyle avait préparé une « farce » à son intention. C'était ainsi qu'il les appelait. La première fois, le jour de la rentrée, il avait traîné sa valise d'occasion sous les douches et avait fait couler de l'eau dessus jusqu'à ce que toutes ses affaires soient trempées. Au prix d'un effort surhumain, Draco ne s'était pas énervé. Il avait laissé Goyle le regarder en ricanant, profiter de son petit triomphe. De son humiliation. Le souvenir de Crabbe brûlant vif dans la Salle sur Demande était la seule chose qui avait véritablement empêché Draco de s'en prendre à Goyle.
Il avait donc supporté ses "farces" jour après jour. Il n'y avait plus beaucoup de Serpentards à Poudlard cette année, mais même parmi eux, aucun n'avait pris son parti. Pansy Parkinson ne lui adressait plus la parole, quittait la pièce dès qu'il y entrait, et agissait de manière générale comme s'ils ne se connaissaient pas. Blaise Zabini, quant à lui, le regardait d'une façon un peu trop proche de la pitié. Il n'avait pas aidé Goyle dans ses farces mais ne s'était pas mis en travers de son chemin non plus. Il restait neutre, comme il l'avait été dans la Guerre. C'était ce que pensait Draco, en tout cas. Et il y avait beaucoup de ressentiment dans cette pensée.
Tout le monde n'avait pas eu ce choix. Lui n'aurait jamais pu rester neutre, pas avec le Seigneur des Ténèbres qui vivait sous son toit. Pas avec la Marque des Ténèbres sur les bras de ses parents, et puis sur le sien. Il méprisait donc Blaise, et avait repoussé ses faibles tentatives de l'aborder. Il valait mieux qu'il soit seul, surtout maintenant que les règles du jeu avaient changées. Avant, il avait eu du pouvoir sur les Serpentards, avait su où chacun d'entre eux se situait sur l'échelle sociale. Aujourd'hui, il savait où lui-même se plaçait et cela lui suffisait. Il devait seulement survivre à cette année, cette ultime année. Être un bon élève, pour sa mère. Pour sa famille.
Il avait écrit plusieurs fois à son père. Les lettres lui étaient renvoyées. Azkaban était coupé du reste du monde, personne ne pouvait communiquer avec les prisonniers. Draco écrivait tout de même. Il avait tellement de choses à dire à son père, tellement de choses qu'il ne pourrait plus jamais lui dire. Des choses qui, souvent, n'avaient aucun sens. Maman est allée vivre chez Andromeda, mais je suis sûre qu'elle a un plan pour te libérer. Elle va nous réhabiliter, et quand ce sera fait, tu pourras nous rejoindre.Il savait que c'était faux. Il savait que rien ne pourrait réhabiliter Lucius Malfoy.
Le Seigneur des Ténèbres avait dépouillé leur nom de toute honorabilité, mais Draco ne perdait pas espoir. Il avait foi en sa mère, en sa détermination farouche. Et puis, il devait bien désirer quelque chose, et aujourd'hui, il ne pouvait plus espérer avoir un poste au Ministère à sa sortie de l'école. Son père ne pourrait plus faire jouer ses relations. Eux, les Malfoy, n'étaient plus personne. Ignorés par beaucoup et détestés par plus encore. Mais ils restaient des Malfoy, et Draco se raccrochait à son nom, à son identité. Il se souvenait de la fierté avec laquelle son père le prononçait, et cela l'aidait à affronter sa vie quotidienne.
Ce matin-là, encore, il écrivit à son père. Assis sur le rebord de son lit, tournant le dos à celui – resté vide – qui avait appartenu à Crabbe, il avait posé son parchemin sur son manuel de sortilèges. Son encrier oscillait sur son genou, dans un équilibre provisoire. J'ai lu dans le journal que nos affaires avaient été vendues pour une bouchée de pain. Le Manoir Malfoy doit être vide maintenant. Mais Maman dit qu'on y aurait plus jamais été heureux, de toute façon, et elle a certainement raison. Quand tu reviendras, on aura trouvé un endroit meilleur. Un endroit plus beau, et beaucoup plus grand. Tu verras. Il s'interrompit, sa plume tremblant entre ses doigts. Il mentait à son père, mais quelle importance, puisque celui-ci ne lirait jamais ses mots ?
Mais il ne pouvait pas se résoudre à l'abandonner. Il lui en voulait terriblement, pourtant, de ne pas avoir été à la hauteur. De s'être laissé dépouiller de tout. De ne pas avoir défendu sa femme, lorsque le Seigneur des Ténèbres avait commencé à la traiter comme une domestique. D'avoir attendu de lui, son fils adolescent, qu'il rachète le nom de sa famille auprès du Mage Noir le plus puissant de tous les temps. Mais, malgré tout cela, il restait son père. Un père qui avait été dur avec lui, souvent insatisfait, mais avec toujours une lueur de fierté dans le regard, comme s'il ne pouvait pas l'effacer. Et cette lueur, Draco l'avait vu, alors que son père lui disait adieu. Juste avant qu'il ne soit emporté par les gardiens d'Azkaban, Lucius l'avait regardé avec fierté.
Draco avait pourtant dit des choses qu'il n'aurait normalement jamais osé dire devant son père lors de son procès. À ce moment-là, il avait décidé de ne se soucier que de lui-même et de sa mère. Sa haine l'avait rattrapé. Tout l'été, ils avaient été détenus provisoirement dans les cachots du Ministère. On les avait laissés là, seuls face à eux-même, dans l'attente de leur procès. Durant ces heures interminables, ces journées qui semblaient durer des années, Draco avait tout tourné et retourné dans sa tête. Il en était arrivé à une conclusion très simple : son père était responsable de tout. Il n'aurait jamais dû s'allier à Voldemort. Il aurait pu se contenter de haïr les Sang-de-Bourbe et les Moldus tout en profitant de sa position au Ministère. Il n'était pas obligé de rejoindre le Seigneur des Ténèbres. Il aurait pu rester neutre.
Et aujourd'hui, ce serait peut-être Draco qui regarderait quelqu'un d'autre avec pitié. Comme Théodore Nott, dont le père était également en prison, mais Théodore n'était pas revenu à Poudlard cette année. Pourquoi l'aurait-il fait ? Sans Marque des Ténèbres sur son bras, il était libre. Lui et sa mère étaient partis, ils avaient pris un nouveau départ aux États-Unis. Il avait entendu Pansy en parler dans la salle commune. Bien sûr, sa rancœur n'avait été que plus forte. Mais après ce regard que lui avait adressé son père, ce dernier regard… Draco savait qu'il n'aurait jamais pu partir, le laisser derrière. À chaque souffrance, chaque humiliation, il se disait qu'au moins, il souffrait avec lui. Il souffrait même pour lui.
Et il se faisait la promesse, désespérément, que leur nom retrouverait sa gloire d'antan.
Et voilà, c'est fini pour aujourd'hui ! Laissez un commentaire si le coeur vous en dit.
