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Tout appartient à J.K Rowling


Chapitre 3
Amitiés compliquées

"Harry !" souffla Hermione.

Ses yeux étaient écarquillés. Des mèches folles s'échappaient de son chignon. De l'encre gouttait de sa plume sans qu'elle ne semble s'en apercevoir. Bien que sa colère soit évidente, Harry s'efforça de faire comme si de rien était. Ignorant ostensiblement sa meilleure amie, il enfonça sa tête entre ses bras. Une seconde plus tard, un violent coup de coude dans les côtes le fit sursauter.

"Hermione, laisse moi dormir !" protesta-t-il.

"Nous sommes en classe." fit remarquer Hermione, scandalisée. "En classe de Défense Contre les Forces du Mal, et aux dernières nouvelles, c'était ta matière préférée. Et puis, tu en as besoin, si tu veux devenir Auror !"

Harry se tortilla sur sa chaise, soudain mal à l'aise. Il jeta un bref regard en direction de Ron, qui suivait le cours avec une attention feinte. Nulle aide à espérer de ce coté-ci.

"Diggle est nul." répondit Harry, boudeur.

Hermione leva les yeux au ciel. Son air exaspéré était si familier qu'Harry sentit sa colère s'apaiser. Poudlard ne serait pas le même endroit si sa meilleure amie n'était pas là, avec ses cheveux attachés à la va-vite et ses parchemins noircis d'encre, son enthousiasme incompréhensible pour les cours et ses pénibles remontrances.

"Il n'est pas le pire professeur que nous ayons eu." tempéra Hermione.

Ron parut incapable de faire semblant de se désintéresser de la conversation plus longtemps. Il se tourna vers sa petite-amie en haussant exagérément les sourcils.

"Tu penses à qui ?" demanda-t-il, l'air de rien.

Harry lui fit signe de se taire. Cette conversation était en train de lui rappeler Snape, et il ne voulait pas penser à Snape. Sa mort le rendait toujours malheureux, et être malheureux à ce sujet le plongeait dans une très grande confusion. Tout ce qu'il souhaitait vraiment, à cet instant, était de se reposer un peu.

"Dedalus Diggle était un membre très actif de l'Ordre du Phénix." insista Hermione, en ignorant totalement Ron.

"Je sais." admit Harry. "Et honnêtement, je l'aime bien, mais ses cours sont d'un ennui mortel. D'ailleurs, tu écris deux fois plus de choses qu'il n'en dit."

Hermione rougit, signe indiscutable qu'Harry avait raison.

"Eh bien, peut-être que j'améliore un peu ses cours dans mes notes." reconnut-elle. "Mais vous voulez devenir Aurors, tous les deux, et moi je veux un Optimal pour les ASPIC dans toutes les matières, alors j'écris tout ce qui pourrait nous être utile..."

Captant le sourire entendu de son ami, Hermione se mordit la lèvre inférieure, visiblement gênée.

"Les bases viennent tout de même du cours de Mr. Diggle." rappela-t-elle. "Tu te rendrais service en l'écoutant, Harry. Fais donc comme Ron !"

Ce dernier s'empressa de reporter son attention sur leur professeur. Harry s'efforça de ne pas être amusé par son attitude, en vain. Devant le regard acéré d'Hermione, il capitula enfin et prit sur lui pour écouter les discours grandiloquents de Dedalus Diggle. Il gesticulait sous son chapeau haut-de-forme, plein d'enthousiasme et d'énergie. Mais Harry ne pouvait pas s'empêcher de penser aux leçons qu'il avait donné, à l'époque de l'AD, et à la façon dont lui-même ferait le cours s'il était à la place de son professeur. Si Hermione semblait avoir des choses à ajouter sur le fond, Harry aurait également souhaité modifier la forme. À ses yeux, une salle de classe normale ne se prêtait pas aux cours de DCFM. La Salle sur Demande avait été parfaite pour cela…

Mais la Salle sur Demande avait brûlé. Malgré lui, Harry jeta un coup d'oeil vers le fond de la pièce. Au tout dernier rang, Draco Malfoy regardait droit devant lui, sa plume suspendue au-dessus de son parchemin. Des cernes mauves s'étaient formées sous ses yeux gris. Son regard délavé n'exprimait plus que le vide. Il était seul, désormais. Il n'avait plus le moindre ami. Goyle, Parkinson et le reste des Serpentards de Septième Année s'asseyaient tous ensemble pendant les cours qu'ils avaient en commun avec les autres Maisons, mais ils n'attiraient plus l'attention sur eux. Dans les couloirs, ils rasaient les murs. Malgré les discours sur la tolérance que faisait régulièrement McGonagall, devenue Directrice, beaucoup d'élèves en voulaient encore aux Serpentards. La Guerre avait laissé des traces.

Harry sentit son coeur se serrer pour Draco Malfoy et il étouffa aussitôt ce qu'il ressentait. Il avait épargné la prison à sa mère, il avait réglé la dette qu'il avait envers les Malfoy. Mais alors pourquoi continuait-il d'y penser ? Pourquoi s'intéressait-il à ce que devenait Draco ? N'avait-il pas ce qu'il méritait, après tout ? C'était un juste retour des choses, il le savait, mais il n'arrivait pas à s'en convaincre. Parfois, comme lorsque Ron faisait un long détour pour éviter le couloir dans lequel son frère était mort, Harry sentait sa haine se raviver. Une haine profonde, envers tous les Mangemorts, sans distinction. Mais la colère finissait toujours par s'apaiser, et alors il se souvenait qu'ils n'étaient que des enfants.

Des enfants qui avaient grandi trop vite, vu trop de choses auxquelles ils n'auraient pas dû être confrontés. Et c'était valable pour Draco comme pour eux. À cette pensée, Harry soupira et détourna les yeux. Il croisa de nouveau ses bras sur la table et y appuya fermement son menton. Il détestait avoir de la compassion pour Draco Malfoy presque autant qu'il détestait toutes les autres choses qui avaient changé à Poudlard. La Guerre était derrière eux, maintenant, mais les souvenirs ne disparaîtraient pas soudainement.

Non, malheureusement, ils ne disparaîtraient même jamais…

OoO

Mimi Geignarde était assise sur le rebord de ses toilettes préférées, celles de la dernière cabine. La porte était grande ouverte, face à un mur contre lequel Draco était appuyé. Il avait étalé ses manuels sur le sol devant lui et tentait de se concentrer sur son devoir de Métamorphose, mais le regard de Mimi pesait sur lui…

"Qu'est-ce que tu veux ?" demanda-t-il finalement, en relevant le menton d'un air provocateur.

Mimi lui adressa un sourire radieux. C'était une chose exceptionnelle à voir, sur un visage aussi morose que le sien.

"Je veux seulement savoir comment tu vas." répondit-elle presque tendrement. "C'est le rôle d'une amie, après tout, n'est-ce pas ?"

Draco grimaça. Malheureusement, il ne pouvait pas dire le contraire. Il devait être tombé bien bas, mais c'était vrai, il n'avait qu'une seule amie dans cette maudite école et cette amie n'était autre que Mimi Geignarde. Un fantôme. Et, pour ne rien arranger, le fantôme le plus ennuyeux qu'on puisse imaginer. De son vivant comme dans sa mort, Mimi était définitivement tout en bas de l'échelle sociale.

"Je vais bien." s'entendit répondre Draco. Il se détestait d'apprécier autant que quelqu'un s'en soucie, même si c'était Mimi.

"Je sais que tu mens, mon chou."

Le sourire de Mimi s'était fait un brin sadique. Il ne fallait pas la sous-estimer. Après tout, elle était restée dans ce monde pour hanter la jeune fille qui lui avait donné envie de mettre fin à ses jours. Draco admirait secrètement sa dévotion à sa vengeance.

"Qu'est-ce qu'il s'est passé ?" insista Mimi. "Tu sais que tu peux tout me dire."

Draco repoussa ses manuels d'un coup de pied résigné et appuya sa tête contre le mur derrière lui.

"C'était encore pire que d'habitude." admit-il.

"Goyle ?" interrogea Mimi.

Draco hocha la tête. Au souvenir de ce qu'il avait dû affronter le matin même, un frisson d'horreur le traversa.

"Quand je me suis réveillé, il y avait quelqu'un dans le lit de Crabbe." expliqua Draco. Sa voix tremblait mais il ne pouvait pas l'en empêcher. "Je suis allé voir, c'était plus fort que moi. En fait, il y avait un traversin et des oreillers pour mimer le corps. Et, à la place de la tête, il y avait un Souafle. Goyle l'avait ensorcelé pour qu'il y ait écrit Vincent dessus, dans des lettres enflammées."

Mimi secoua la tête d'un air désapprobateur.

"Il ne devrait pas se moquer de la mort." déclara-t-elle avec sagesse.

"Il était proche de Crabbe." répondit Draco, se surprenant à prendre la défense de son tortionnaire. "Sans doute parce qu'ils étaient stupides tous les deux. Tellement stupides ! Je ne crois pas qu'on ait eu une véritable conversation un jour. Mais peut-être qu'ils en avaient entre eux. Ce devait être quelque chose !"

Il prétendait en rire, mais il n'y arrivait pas. Goyle le blâmait pour la mort de Crabbe, et il savait qu'il avait raison. Il aurait pu aller affronter Potter tout seul, mais non. Il n'en avait pas eu le courage. Il avait entraîné Crabbe et Goyle avec lui, pour le protéger, parce que c'était leur seule et unique fonction. Cette année, pour la première fois, il réalisait que les "gardes du corps" qu'il s'était choisi en première année – répliques conformes des laquais de son père, qui étaient eux-mêmes les pères de Crabbe et de Goyle – étaient en fait des êtres humains. Des êtres humains plutôt limités, mais des êtres humains tout de même. Capables de souffrir. Capables de mourir.

"On pourrait lui faire une farce, nous aussi." suggéra Mimi.

Draco refusa catégoriquement, au grand désespoir de son amie, qui avait bien envie de s'amuser un peu aux dépens de quelqu'un.

"Aide-moi plutôt avec ça." ordonna Draco, en reprenant fermement son parchemin. "Tu es bonne en Métamorphose ?"

Mimi prit un air supérieur et flotta dans les airs pour le rejoindre et se pencher par-dessus son devoir. Des bruits de pas résonnèrent au loin, dans le couloir, mais personne ne s'arrêta. Personne ne venait plus depuis qu'il était de notoriété publique que l'entrée de la Chambre des Secrets, d'où était sorti ce monstre horrible qui avait traumatisé tant d'élèves plusieurs années plus tôt, se trouvait dans ces toilettes. Même si, pour être honnête, l'endroit n'était déjà pas très fréquenté avant cela. Et aujourd'hui, c'était devenu le refuge de Draco. Sur le carrelage sale, il s'asseyait, et il racontait ses problèmes à Mimi. Il faisait également ses devoirs ici, pour passer le moins de temps possible dans la salle commune des Serpentards.

Parfois, même, il y écrivait des lettres. Mais seulement lorsque Mimi était occupée ailleurs, comme lorsqu'elle disparaissait dans les canalisations pour aller observer les préfets qui prenaient leur bain. Draco en profitait pour prendre des nouvelles de sa mère, qui restait assez vague dans ses lettres, craignant probablement que son courrier ne soit intercepté pour être lu. Elle racontait qu'elle se plaisait chez Andromeda. Que sa sœur essayait de lui trouver une petite place au Ministère, mais sans succès pour le moment. Qu'elle s'occupait du jeune Ted, l'enfant de Lupin et de la Métamorphomage. Tous deux étaient morts durant la Bataille de Poudlard.

Lire les lettres de sa mère le faisait souvent pleurer. Il préférait être seul dans ces moments-là, même si Mimi l'avait déjà vu dans cet état auparavant. Les lettres, que ce soit celles qu'il recevait de sa mère ou celles qu'il écrivait à son père, étaient son secret. Et il comptait bien le garder.

OoO

"Ça suffit !" s'exclama Harry, en jetant son balais sur le sol boueux du terrain de Quidditch. "Je démissionne !"

Un silence lourd comme du plomb tomba sur l'équipe. Ginny le regardait, les yeux écarquillés, et elle se précipita pour le suivre lorsqu'il s'enfuit en direction des vestiaires.

"Harry ! Mais enfin, qu'est-ce que tu fais ?"

Elle le saisit par l'épaule, le forçant à se retourner. Ses longs cheveux roux étaient attachés pour l'entraînement, et elle tenait encore son balais à la main. C'était la première fois qu'elle lui adressait véritablement la parole depuis leur rupture.

"Je ne veux pas être Capitaine." répondit Harry, toujours agacé. "Vous n'avez qu'à voter, en nommer un autre !"

"Mais enfin pourquoi ? Tu as toujours adoré le Quidditch ! Et tu sais très bien que ça compte pour moi, je te l'ai dit, à toi et à toi seul ! Je t'ai dit que j'avais l'intention d'en faire mon métier, ma carrière ! Alors reprends toi, on ne peut pas se permettre de perdre notre Attrapeur..."

Harry sentit la culpabilité l'envahir. Son regard glissa sur les joueurs qui attendaient plus loin, visiblement blessés par son attitude, et il se sentit plus mal encore lorsque ses yeux rencontrèrent ceux de Ron.

"Je ne ressens plus le même plaisir pour la compétition." tenta-t-il d'expliquer. "Je n'arrive pas à croire que je vais dire ça mais je m'ennuie..."

"Ce n'est pas une raison pour nous laisser tomber."

Ginny avait toujours ce regard flamboyant qui fascinait tant Harry, et il se sentit soudain plein de tendresse à son égard. Pas la tendresse qu'il ressentait pour elle lorsqu'il était encore son petit-ami, plutôt comme ce qu'il ressentait pour Ron et pour les autres Weasley. Pour Hermione aussi, maintenant qu'il y pensait. Une sorte d'amour fraternel…

"Je ne vais pas te laisser tomber." promit-il.

Il réfléchit un instant à ce qu'il allait faire. Une pluie fine se mit à tomber sur le terrain, semant des gouttelettes sur les verres de ses lunettes. Il les retira pour leur jeter le sort que lui avait appris Hermione pour les protéger.

"Je reste comme Attrapeur." décida-t-il. "Mais je ne veux vraiment plus être Capitaine. Tu ferais ça beaucoup mieux que moi. Ça devrait être toi."

Ginny hésita. Elle ne semblait pas vraiment d'accord avec la façon de faire, mais le fait qu'il veuille lui céder ce poste important la flattait visiblement.

"On va voter." répondit-elle. "Je veux gagner à la loyale."

Elle sourit, affichant plus de confiance qu'elle n'en ressentait, et Harry lui retourna naturellement son sourire. Lorsqu'ils rejoignirent l'équipe ensemble, il lui sembla qu'une nouvelle page de leur histoire venait de se tourner. Peut-être pourraient-ils redevenir amis ? songea Harry, tout en récupérant son balais recouvert de boue. Dans l'immédiat, en tout cas, il devait soutenir sa candidature de Capitaine.

OoO

"Aujourd'hui, nous allons travailler sur une nouvelle potion." annonça Slughorn. Son visage de crapaud arborait une expression ravie. "En vous basant sur la liste des ingrédients inscrits sur le tableau dans mon dos, pouvez-vous déduire de quelle potion il s'agit ?"

Sans surprise, la main d'Hermione se leva aussitôt. Draco réprima un grognement de mauvaise humeur. Il aimait toujours autant les Potions, c'était sa matière préférée depuis le début de ses études, même si les cours de Slughorn ne valaient pas ceux de Snape. Et bien sûr il fallait que même pour cela, la Sang-de-Bourbe soit meilleure que lui…

"C'est de l'essence de dictame." déclara fièrement Hermione. Pour une raison quelconque, elle échangea un regard amoureux avec la belette, manquant de faire vomir Draco dans son chaudron.

"Exactement, Miss Granger !" s'enthousiasma Slughorn. "Cinq points pour Gryffondor ! Maintenant, mettez-vous deux par deux et préparez vos ingrédients. C'est une potion très complexe à réaliser, mais terriblement utile en cas de problèmes. Je vous demande donc de vous pencher sur le sujet avec sérieux."

La classe ne comprenant pas assez – ou trop – d'élèves pour qu'ils forment un chiffre pair, Draco avait passé tout le premier trimestre à travailler seul, ce qui lui convenait parfaitement. Ce jour-là, pourtant, il vit avec un mélange de surprise et d'horreur que le grand Harry Potter lui-même le rejoignait.

"Ernie est malade." annonça Potter. "Il est à l'Infirmerie. On dirait qu'on va devoir faire cette potion ensemble !"

Son enthousiasme était si forcé que c'en était embarrassant. Draco s'efforça de ne pas rester là, les bras ballants, la bouche ouverte. Il se secoua et partit chercher les ingrédients, histoire de se donner un peu de temps pour digérer la nouvelle. Les deux heures qui allaient suivre promettaient d'être longues. Une fois de retour avec tout ce qui leur serait nécessaire, Draco se laissa lourdement retomber sur sa chaise. Il laissa Potter allumer un feu sous son chaudron et mettre la décoction à bouillir tandis qu'il écrasait consciencieusement les racines de dictame. Ils travaillaient en silence, le livre de potions de Draco ouvert entre eux. Miss-Je-Sais-Tout les observait du coin de l'œil, sans pour autant cesser de préparer sa propre potion.

Draco lui souhaita que sa déconcentration la fasse échouer, pour une fois. Mais, bien sûr, il n'aurait pas cette chance…

"Donc, euh..." commença Harry, alors qu'ils devaient attendre que leur potion change de couleur.

Est-ce qu'il allait tenter de faire la conversation ? Draco était de mauvaise humeur et tout à fait disposé pour une joute verbale. Le silence avait pourtant été agréable. L'espace d'un instant, ça avait été comme s'ils n'étaient plus Draco Malfoy et Harry Potter, ennemis depuis la première année.

"Tu ne joues plus au Quidditch ?" demanda finalement Harry.

Draco sentit la colère parcourir ses veines. Le sujet était sensible. Il en avait souvent parlé à Mimi, même si celle-ci ne comprenait pas son engouement envers ce sport, qu'elle jugeait "stupide et inintéressant".

"Non, je n'y joue plus." répondit Draco. "Je me demande bien pourquoi..."

Il adressa un regard lourd de reproches à Potter, qui sembla comprendre le message et haussa les sourcils.

"Tu penses que c'est de ma faute ?" s'étonna-t-il.

"Ne fais pas l'innocent. Tu as demandé à McGonagall de me retirer de l'équipe, admets-le !"

Potter écarquilla les yeux, mimant le choc avec talent. Mais Draco ne tomba pas dans le panneau pour autant. Il le soupçonnait depuis le début de l'année, et voilà qu'il lui posait cette question "innocente"...

"Et pourquoi est-ce que j'aurais fait une chose pareille ?" rétorqua Harry. "Et surtout pourquoi McGonagall m'aurait obéi ? C'est elle, la Directrice. Ce n'est pas moi qui décide !"

"Mais bien sûr !" s'emporta Draco, en tirant rageusement son manuel de potions de son côté de la table. "Comme si McGonagall n'obéirait pas au doigt et à l'œil au grand Harry Potter, le Sauveur du Monde Sorcier ! Tu l'as dans ta poche, comme tu avais Dumbledore. Dès la première année ils se sont débrouillés pour que tu intègres l'équipe de ta Maison alors que tu étais trop jeune, et maintenant tu te débarrasses de moi !"

"Ça suffit, Malfoy." La voix de Potter était pleine de colère contenue. Il parlait à voix basse et tournait le dos à Granger, comme s'il ne voulait pas qu'elle s'en mêle. "Je n'aurais aucune raison de faire ça."

« Vraiment ? »

L'ironie dans la voix de Draco ne parut pas échapper à Potter.

"Tu ne t'es pas dit que, peut-être, tu ne faisais plus partie de l'équipe parce que ton père n'a pas offert de balais flambants neufs aux joueurs cette année ?"

Les mains de Draco agrippèrent la table et il serra de toutes ses forces pour s'empêcher de réagir. Potter avait décidé de remuer le couteau dans la plaie, très bien… Mais s'il se croyait plus impressionnant que le Seigneur des Ténèbres, eh bien, il se trompait. Draco pouvait encaisser plus qu'il ne le croyait. Les choses avaient changé.

"Je n'ai pas besoin de faire de cadeaux pour avoir ma place dans l'équipe." rétorqua Draco, à voix basse également. "Mon talent suffit."

"Depuis quand ?"

La lueur de provocation dans les yeux de Potter réconforta étrangement Draco. Il réalisa qu'il lui en avait presque voulu de rester loin de lui, de ne plus sembler s'intéresser à leur rivalité. Il avait pourtant eu hâte de lui montrer qui était le nouveau Draco Malfoy...

"Depuis qu'ils ont déniché l'Attrapeur le plus mauvais de tous les temps et qu'ils me regrettent." expliqua-t-il très calmement.

La réponse parut troubler Potter.

"C'est vrai qu'il n'est pas très bon." admit-il du bout des lèvres. "Mais je te ferais remarquer que c'est une raison supplémentaire pour moi de ne pas te vouloir hors de la compétition ! Je commence à croire que mon seul plaisir était de gagner contre toi."

Cette fois, ce fut au tour de Draco d'être troublé.

"Je ne devrais pas être surpris. Saint-Potter aime écraser les méchants Mangemorts..."

Potter leva les yeux au ciel, visiblement hors de lui. Ne pas arriver à faire sortir Draco de ses gonds semblait l'agacer plus encore que le contenu de leur conversation.

"Tu n'es pas plus un Mangemort que je ne suis un Saint." rétorqua-t-il. "Maintenant, écoute moi bien. Je n'ai pas demandé à McGonagall de t'empêcher de jouer au Quidditch. Alors va réclamer ta place dans l'équipe des Serpentards et affronte moi sur le terrain ! Plus de Sauveur du Monde Sorcier et de Mangemort, juste deux Attrapeurs. Et on verra qui est le meilleur."

Draco resta un instant interdit. Potter lui proposait un affrontement dans les règles, et il devait reconnaître que l'idée était tentante. Mais il réalisait soudain qu'il n'était pas le seul à avoir changé, même si Potter paraissait toujours être le même héros coincé depuis le début de l'année. La compétition n'en serait que plus intéressante !

"Tu pourrais être surpris par le résultat." répondit-il, et cela sonnait comme une promesse.

Soudain, une explosion retentit, faisant sursauter Harry et Draco. Ils avaient ignoré leur potion trop longtemps, et celle-ci semblait maintenant s'être transformée en un feu d'artifice miniature. Slughorn la fit disparaître d'un coup de baguette, un air navré se peignant sur son visage disgracieux. Le regard de Draco croisa celui de Granger, qui paraissait très fière d'elle, avec sa potion presque terminée qu'elle faisait tranquillement tourner dans son chaudron.

Draco fut tenté de lui tirer la langue comme un enfant mais s'en empêcha. Reprenant le contrôle de ses émotions, comme il avait appris à le faire durant l'année passée, il jeta un Reparo sur son chaudron et entreprit de recommencer la potion à zéro. Potter parut surpris par son initiative, à seulement une demi-heure de la fin du cours, et il sembla sur le point de protester, avant de finalement se raviser. Alors qu'ils échangeaient leurs places et que Potter partait chercher de nouvelles racines de dictame, Draco sentit le regard de Granger peser de nouveau sur lui.

Quoi que Potter puisse en penser, aux yeux de tous les autres sorciers et sorcières du monde, il ne serait jamais qu'un Mangemort.