Dernier chapitre d'avance, je vais devoir me remettre sérieusement à l'écriture ! Les choses se mettent en place lentement, vous êtes prévenu(e)s.

Rating : T
Tout appartient à J.K Rowling


Chapitre 4
Le grand et beau Harry Potter

"Vous avez été étrangement calmes, Malfoy et toi." fit remarquer Hermione.

Elle remontait vers la tour de Gryffondor après le cours de Potions, une main glissée dans celle de Ron et un bras enroulé autour de celui d'Harry. Blottie ainsi entre eux, elle semblait au comble du bonheur.

"Nous n'avons plus autant de raisons de nous détester, je suppose." répondit Harry, désireux de rester vague.

"Tu as la mémoire courte." rétorqua durement Ron.

La réflexion fit s'arrêter Harry, qui se défit de l'étreinte serrée d'Hermione. La colère dans la voix de son meilleur ami n'était pas à prendre à la légère. Il savait que la mort de Fred l'avait beaucoup affecté, et que la rancune l'habitait sans cesse depuis. Il sentait parfois bouillir en lui une haine si forte qu'elle lui faisait presque peur. C'est donc en faisant très attention à ses mots qu'Harry lui répondit.

"Je n'ai rien oublié." affirma-t-il. "Mais la guerre est derrière nous maintenant, et notre rivalité aussi. Ça n'aurait plus beaucoup de sens d'accuser Malfoy d'être un fils-à-papa arrogant et prétentieux alors qu'il a tout perdu."

"Tout perdu ?" répéta Ron, comme si c'était tout ce qu'il avait entendu. Il avait lâché la main d'Hermione, qui paraissait bouleversée de le voir ainsi. Elle tenta de se rapprocher de lui, mais il la repoussa fermement. "Non, ne t'interpose pas." lui dit-il. "Harry fait n'importe quoi depuis la fin de la Guerre, je sais que tu es d'accord avec moi, alors laisse moi le lui dire !"

Harry sentit la colère le gagner à son tour. Mais il prit une profonde inspiration et posa ses mains sur ses hanches, prêt à écouter ce que son meilleur ami avait à lui dire. C'était inévitable, de toute façon.

"Vas-y." ordonna-t-il. "Dis moi en quoi je fais n'importe quoi, parce que je serais très curieux de le savoir."

"Pour commencer, tu as rompu avec Ginny." attaqua Ron.

"Nous ne devons pas nous en mêler !" protesta Hermione. "Harry a rompu avec Ginny parce qu'il n'avait plus de sentiments pour elle. Les sentiments, ça ne se contrôle pas !"

Une fois encore, Ron écarta Hermione de son chemin, avec plus de douceur néanmoins.

"Moi je pense qu'il l'a fait parce qu'il est complètement perdu." insista Ron.

"Perdu ?" le relança Harry.

Il savait qu'une confrontation aurait lieu à un moment ou un autre, et il était prêt à y faire face. Il encouragea donc Hermione à rester en dehors de leur dispute d'un rapide signe de la tête.

"Oui, perdu !" s'énerva Ron. "D'abord, tu quittes Ginny, alors que tu peux enfin être avec elle maintenant que la Guerre est finie. En fait, non, ça n'a même pas commencé avec ça. Ça a commencé avec cet idiot de Malfoy !"

"Tu dis ça à cause du procès." déduisit Harry, agacé d'avance par cette conversation.

"Oui, bien sûr que je dis ça à cause du procès !" s'exclama Ron. "C'est le seul procès auquel tu sois allé, et tu y es allé sans nous le dire. Tu as défendu la mère de Malfoy et tu leur as épargné la prison à tous les deux. Et maintenant tu me dis qu'il a tout perdu, alors qu'il a toujours toute sa famille ! Son père est en prison, et alors ? Il l'a bien mérité ! Tu en as déjà fait plus pour les Malfoy que tu n'aurais dû, alors peut-être que tu pourrais au moins garder tes distances maintenant. Je ne sais pas comment tu peux être amical avec lui, après tout ce qu'il s'est passé !"

Ron paraissait soulagé d'avoir laissé sortir tout ça. Ses épaules se relâchèrent et ses joues rougies par la colère retrouvèrent presque leur teinte normale. Il laissa même Hermione s'approcher de nouveau, et serra sa main dans la sienne de son plein gré.

"Tu es d'accord avec tout ce qu'il a dit ?" demanda Harry à Hermione, histoire d'en être sûr.

"Je trouve que ton comportement est étrange." admit Hermione. "Mais je pense aussi que la Guerre est terminée et qu'on s'est suffisamment battus. Seulement j'ai vu la façon dont Malfoy te regardait en Potions, et tu es toujours l'ennemi à ses yeux. Tu ne devrais pas te soucier de lui. Ron a raison, tu en as déjà fait assez."

Harry poussa un profond soupir de lassitude. Les arguments d'Hermione avaient toujours plus de poids à ses yeux que ceux de Ron, même si ce que lui disait son meilleur ami comptait aussi. Hermione était la voix de la raison, et Ron… Eh bien, il ne voulait pas se disputer avec Ron.

"Ce n'est pas parce que j'ai préparé une potion avec lui que je veux devenir ami avec Malfoy." répondit-il, en regardant Ron avec insistance. "Mais ça n'aurait plus beaucoup de sens de me disputer avec lui maintenant. Par contre, je suis tout à fait disposé à le faire tomber de son balais s'il réintègre l'équipe de Serpentard ! Je suis peut-être l'ennemi à ses yeux, et il l'est peut-être encore aux miens, d'une certaine façon… Mais plus comme avant. Je ne saurais pas vraiment l'expliquer."

"Il va réintégrer l'équipe de Serpentard ?" s'étonna Ron.

Hermione leva les yeux au ciel. De toute évidence, ce n'était pas ce qui lui semblait le plus important dans ce qu'Harry venait de dire.

"Peut-être." répondit Harry. "C'est de ça dont je parlais avec lui, en fait. Je pense que je retrouverais plus de plaisir à la compétition si c'était Malfoy qui était en face de moi."

"Je croyais que tu ne voulais plus te battre !" réagit Hermione.

Elle paraissait contrariée, mais Ron était quant à lui absolument ravi.

"Écraser cette petite fouine au Quidditch n'est pas comme la Guerre." assura-t-il. "Et ce n'est pas parce que la Guerre est finie qu'on est subitement devenus amis avec les Serpentards !"

Histoire de ne pas relancer le débat sur ce sujet délicat, Harry décida de répondre au reste des accusations qui lui avaient été faites.

"En ce qui concerne le procès des Malfoy." commença-t-il, s'attirant aussitôt l'attention de ses deux meilleurs amis. "J'y suis allé parce que j'avais une dette envers Narcissa Malfoy. Elle a menti pour moi quand on était dans la Forêt Interdite, elle a fait croire à Voldemort qu'il avait réussi à me tuer. Elle l'a fait pour retrouver son fils, mais peu importe. Elle l'a fait et je ne voulais pas la laisser aller en prison après ça. Quant à Draco..."

Ron grimaça. Il n'était pas très naturel d'entendre le prénom "Draco" dans la bouche d'Harry. Celui-ci haussa les épaules devant sa réaction.

"Quant à Draco..." reprit-il avec détermination. "Je n'ai pas eu à faire quoi que ce soit, il a présenté sa propre défense et il a été jugé en conséquence."

"Ce que je ne comprends pas, Harry, c'est pourquoi tu ne nous a pas raconté plus tôt ce qu'il s'est passé dans la Forêt Interdite." intervint Hermione.

"Je n'avais simplement plus envie d'y penser."

La réponse sembla convenir. Harry n'avait de toute façon pas l'intention d'ajouter quoi que ce soit à ce sujet. Il lui restait encore à s'attaquer au problème le plus épineux.

"Maintenant, parlons de Ginny." décida-t-il.

Ron se renfrogna aussitôt, et Hermione lui fit les gros yeux.

"Je sais que je lui ai fait du mal et je le regrette." affirma Harry. "Et tu as raison, je suis perdu. Je ne sais pas ce que je veux maintenant que la guerre est derrière nous. Mais j'ai senti que je n'étais plus à ma place auprès de Ginny et j'aimerais que tu respectes ça."

Jamais il n'aurait osé parler ainsi de sa sœur à Ron auparavant, mais ils étaient des adultes désormais. Ils devaient donc agir en adultes.

"Très bien." grommela Ron.

Hermione laissa son regard aller de l'un à l'autre, puis elle reprit la main de son petit-ami et le bras de son meilleur ami, visiblement déterminée à reprendre là où ils s'étaient arrêtés.

"Parfait." dit-elle. "Maintenant que tout ceci est réglé, j'aimerais beaucoup avoir le temps de faire mes devoirs avant le repas."

Et elle entraîna Ron et Harry en direction de la salle commune des Gryffondors.

OoO

Lorsque Draco se présenta sur le terrain de Quidditch, cet après-midi là, il avait remis en place son masque de jeune aristocrate débordant de confiance en lui. Il sentait qu'il allait en avoir besoin s'il voulait convaincre ce gros tas d'imbéciles de le laisser les rejoindre. Il n'arrivait pas à croire qu'il suivait les conseils – et même les ordres ! – de Potter, mais il ne pouvait pas s'en empêcher. Ce qu'il lui avait dit tournait dans sa tête jusqu'à le rendre fou.

"Qu'est-ce que tu fiches ici ?" s'étonna Goyle, aussitôt sur la défensive. Il avait carré les épaules et le regardait de haut. Draco s'efforça de ne pas prêter attention à la batte qu'il tenait à la main. Leurs relations n'étaient plus si mauvaises, dernièrement. Depuis l'affreuse "farce" avec le Souafle, il ne s'était plus rien produit. Peut-être qu'avec un peu de chance, les choses s'apaiseraient enfin… Mais il ne fallait pas trop compter là-dessus.

"Je suis venu retrouver ma place dans l'équipe." déclara Draco haut et fort, pour que chacun l'entende.

Le batteur qui avait remplacé Crabbe, un élève massif de troisième année que Draco ne connaissait pas, fronça les sourcils. Puis Goyle se mit à protester à grands cris, bientôt imité par les autres joueurs, jusqu'à ce que Blaise Zabini ne s'interpose pour les calmer.

"Arrêtez !" cria-t-il, jusqu'à ce que le silence se fasse à nouveau. "On peut au moins l'écouter, non ?"

"Vous allez même faire plus que ça." affirma Draco. "Ça fait quelques temps que j'espionne vos entraînements, et j'ai remarqué que votre nouvel Attrapeur ne se montre presque jamais."

Blaise se mit à tapoter le manche de son balais d'un air embarrassé.

"C'est l'année des BUSE pour lui." répondit-il. "Il est plutôt occupé..."

"C'est l'année des ASPIC pour la plupart d'entre vous." fit remarquer Draco. "Et pourtant vous êtes là. S'il ne peut pas gérer les deux à la fois, peut-être qu'il devrait abandonner le Quidditch. Ce n'est pas comme s'il était bon pour ça de toute façon."

Un tonnerre de protestations s'élevant à nouveau de l'équipe dont il était, cette année-là, le Capitaine, Blaise demanda à ses joueurs de se réunir pour en parler entre eux. Draco attendit à l'écart, sans laisser retomber son masque. Il n'avait pas l'intention d'abandonner si facilement le Quidditch, et l'équipe avait besoin de lui. Il le savait, et il se raccrochait à ça de toutes ses forces.

"On va en discuter avec notre Attrapeur actuel." annonça finalement Blaise. "Je te tiens au courant."

Draco se contenta d'acquiescer vaguement, puis il quitta le terrain, la tête haute.

OoO

Depuis qu'il était mort dans la Forêt Interdite, Harry dormait très mal. Des cauchemars le hantaient constamment et il se réveillait, haletant et en sueur, le coeur battant à cent à l'heure. Résigné, il finissait par se lever. Il enfilait sa cape d'invisibilité et partait errer dans les couloirs du château. Tant qu'il évitait Peeves et Rusard, il était tranquille. Après toutes ces années, Poudlard n'avait plus beaucoup de secrets pour lui. Hélas, les souvenirs étaient également très présents. De bons souvenirs, bien sûr, mais pas seulement…

Le château avait été restauré avec talent, Harry devait bien l'admettre. La plupart du temps, il aurait vraiment pu croire, en regardant autour de lui, que la Bataille de Poudlard n'avait jamais eu lieu. Parfois, il s'autorisait d'ailleurs à faire semblant. Plutôt que de penser à tout ce qu'il avait perdu, il se promenait entre les armures et les tableaux, et s'émerveillait de nouveau devant la magie qu'il avait presque fini par banaliser. Et puis son regard captait quelque chose de familier, un souvenir remontait à la surface et le bouleversait…

Mais n'étais-ce pas cela, une véritable maison, après tout ? Un endroit où on a vécu ? Un endroit où, peu importe où nos yeux se posent, des souvenirs tristes ou joyeux reprennent vie, l'espace d'un instant ? Il se sentait de plus en plus lié à Poudlard, comme si le fait que le château ait survécu à la guerre signifiait que lui aussi pourrait se reconstruire.

Soudain, un grognement se fit entendre, suivi du bruit caractéristique d'une porte qui claque. Tiré de ses pensées mélancoliques, Harry se glissa dans le couloir du deuxième étage. Là, il fut surpris de découvrir Draco Malfoy, ses cheveux blonds tombant sur ses yeux, les bras chargés de plusieurs manuels scolaires débordants de notes manuscrites. Il paraissait contrarié, comme s'il s'était fait surprendre par l'heure tardive alors qu'il travaillait. Tout en le suivant machinalement le long du couloir, Harry se demanda ce qu'il faisait ici. La salle commune des Serpentards et la bibliothèque n'étaient-elles pas de meilleurs choix que ce couloir humide pour réviser ?

Harry se figea. Il venait de marcher par inadvertance dans une flaque d'eau, et Draco se tournait maintenant dans sa direction, tous les sens aux aguets.

"Qui est là ?" demanda-t-il.

Son regard se posa sur la flaque d'eau et Harry recula, ce qui le trahit immédiatement.

"Potter." grogna Draco.

Harry soupira et retira sa cape. Lui qui réussissait à échapper à Rusard sans problèmes se faisait repérer par Malfoy. Il pouvait avoir honte.

"Qu'est-ce que tu fais ici ?" demanda Harry, estimant que la meilleure défense était l'attaque.

"Je me promène au clair de lune et prépare un plan maléfique pour devenir le prochain Mage Noir le plus terrifiant de tous les temps. À ton avis ?"

Harry soupira. Pourquoi s'était-il attendu à pouvoir tirer quoi que ce soit de Malfoy ? Soudain, une explication toute simple lui vint à l'esprit.

"Tu ne serais pas préfet-en-chef, cette année ?" demanda-t-il.

Draco le regarda comme s'il était devenu fou.

"Tu crois vraiment que McGonagall aurait permis ça ? Je suis un ancien Mangemort, je te rappelle !"

"Alors qu'est-ce que tu fais ici ?"

"Occupe toi de tes affaires, Potter !" s'énerva Draco. "Et puis je pourrais te poser la même question, mais je suppose que tu es simplement au milieu d'une quête épique et mystérieuse pour sauver le monde. Le grand et beau Harry Potter, toujours prêt à secourir la veuve et l'orphelin !"

Paraissant réaliser les termes qu'il venait d'utiliser pour le décrire, Draco rougit violemment. Harry resta debout là, sous le choc, et s'entendit répéter :

"Beau ?"

"C'est ce que tout le monde pense, je suppose !" se défendit Draco.

Le silence se réinstalla, chargé de tant d'embarras qu'il était presque palpable. Draco paraissait mortifié.

"Je m'en vais." déclara-t-il brusquement.

Il tourna les talons et se précipita en direction des cachots comme si le Basilic lui-même le poursuivait. Harry se secoua pour se remettre les idées en place et fit lentement demi-tour, tout en se cachant de nouveau sous sa cape d'invisibilité. Cette conversation n'avait-elle pas été incroyablement bizarre ? Il se demanda ce que Ron en dirait, puis fit la grimace. Si Ron le trouvait trop amical avec Malfoy, alors que dirait-il de ça ? Draco lui avait dit qu'il était beau. Harry se prit la tête entre les mains et émit une sorte de rire nerveux, qui résonna étrangement dans le couloir vide. Il ferait mieux d'oublier tout ça et de retourner se coucher.

OoO

"Beau." murmura Draco. "J'ai dit qu'il était beau."

Il était de retour dans les toilettes de Mimi Geignarde, le lendemain de sa honteuse confrontation avec Potter, et tout ce à quoi il pouvait penser était à quel point il avait dû paraître stupide.

"Je l'ai toujours trouvé très beau." commenta Mimi, un air rêveur sur le visage. "Il avait promis de revenir me voir, tu sais. Mais il n'est jamais revenu. Au moins, toi, tu as tenu ta promesse !"

Le regard affectueux que Mimi posa sur lui terrifia Draco. En effet, lui était revenu la voir. Quel idiot il était ! Mais il n'avait qu'elle à qui parler, il devait bien l'admettre, aussi triste que ce soit pour lui de le constater.

"Qu'est-ce que je vais faire, maintenant ?" demanda Draco d'un ton plaintif. "Je vais mourir de honte."

Mimi haussa les sourcils d'un air sévère.

"Je sais !" l'arrêta Draco. "On ne plaisante pas avec la mort. C'était une façon de parler !"

"Eh bien, tu vas faire comme tout le monde, je suppose." rétorqua Mimi avec humeur. "Ou bien tu t'arranges pour découvrir s'il te trouve à son goût lui aussi, ou bien tu passes à autre chose."

Draco se demanda brièvement si Mimi parlait à quelqu'un d'autre. Son regard fit vainement le tour de la pièce, et il fut obligé d'accepter qu'elle ne pouvait s'adresser qu'à lui.

"Je vais clarifier quelque chose." dit-il, en se pinçant l'arête du nez. "Potter est un homme et mon ennemi. Je ne le trouve pas à mon goût. Je pensais que c'était évident !"

"Pas forcément." répondit Mimi, en haussant les épaules. "Les garçons qui se retrouvent la nuit dans la château le font souvent pour vivre leur amour en cachette."

"Ne parle plus jamais d'amour et de Potter dans la même phrase devant moi." exigea Draco, en mimant un haut-le-cœur.

L'idée était plus que perturbante. Par le caleçon de Merlin, Potter allait-il penser la même chose que Mimi ? La réponse la plus logique était : non, bien sûr que non. Potter était peut-être un imbécile parfois, mais pas au point d'imaginer quelque chose d'aussi improbable. Et pourtant, lorsqu'il repensait à son comportement de la veille, Draco doutait. Avait-il été aussi ridicule qu'il en avait eu l'impression ?

"C'est peut-être pour ça qu'il n'est jamais revenu me voir." commenta Mimi, comme si elle réfléchissait à voix haute.

"Tu penses que Potter est gay ?" s'étonna Draco. Un fou rire incontrôlable lui coupa le souffle. Une histoire d'amour secrète avec Neville Londubat ? Une liaison torride avec Ron Weasley ? Par Merlin, il allait se rendre malade avec des idées pareilles.

"Aux dernières nouvelles, il était avec Ginny Weasley." déclara Draco, en s'efforçant de se calmer. Il voyait bien qu'il avait vexé Mimi. "Pour une raison qui m'échappe, ce genre de ragot intéresse beaucoup Pansy."

Il devait être tombé bien bas pour qu'entendre Pansy Parkinson lui raconter ce type d'histoires lui manque, ne serait-ce qu'un peu.

"Alors tu penses que je ne suis pas son genre ?" s'inquiéta Mimi.

"Tu es un fantôme, je te rappelle."

Draco se souvint qu'il avait l'interdiction formelle de dire cela lorsque Mimi s'éleva dans les airs en émettant un long hurlement de détresse. Elle plongea dans la cuvette des toilettes, répandant de l'eau partout, et Draco l'entendit pleurer quelque part dans les canalisations. Il se leva discrètement et décida qu'il repasserait lorsqu'elle se serait calmée, pour s'excuser de son comportement. Il ne pouvait tout de même pas se permettre de perdre sa seule amie, non ?

OoO

Harry regardait distraitement le feu qui crépitait dans la cheminée de la salle commune des Gryffondors. Hermione était assise sur un fauteuil près de lui, un énorme livre ouvert sur ses genoux. Elle lisait avec attention, le front plissé par la concentration. Ron, lui, s'était installé sur le sol. Il s'amusait à jeter un bout de parchemin froissé à Pattenrond, qui le lui renvoyait systématiquement d'un coup de griffe agacé. Soudain, un bruit tira Harry de ses réflexions. Quelque chose tapait contre la fenêtre.

Il se leva pour ouvrir, laissant entrer Coquecigrue, qui relâcha la lettre qu'il portait directement sur la tête de Ron. Celui-ci cessa son jeu avec Pattenrond, qui feula dans sa direction avant de disparaître dans les escaliers du dortoir des filles. Ron était déjà en train de déchirer l'enveloppe.

"C'est Maman." annonça-t-il. "Elle dit que George a enfin rouvert la boutique sur le Chemin de Traverse ! Apparemment, c'est Lee Jordan qui l'a convaincu de le faire. Il est venu le voir chez nous !"

Harry sourit à la nouvelle. Lee Jordan avait toujours été le plus proche ami des jumeaux. Il était content de savoir qu'il était présent pour George, dans ces moments où il avait plus que jamais besoin de quelqu'un à ses côtés.

"Maman dit que Lee va travailler à la boutique avec George quelques temps." continua Ron, les informant au fur et à mesure de sa lecture. "Maman dit aussi qu'elle ne sait pas si George voudra fêter Noël cette année mais qu'elle va faire de son mieux pour que ce soit réussi."

"Mes parents sont invités." précisa Hermione. "Je ne voulais pas passer Noël sans eux, mais je ne voulais pas non plus, eh bien… Être séparée de Ron."

Harry sourit de nouveau, cette fois pour embarrasser son amie.

"Vraiment ?" s'étonna-t-il. "Ça me surprend, c'est vrai, ce n'est pas comme si vous ne vous étiez plus quittés depuis des mois..."

"C'est très bien comme ça." affirma Ron, même si ses oreilles rougissaient.

Harry sentit comme un poids lui tomber sur la poitrine. Il ne l'avait pas complètement réalisé jusqu'à présent, mais sans Ginny dans sa vie, il était seul. Et si ça n'avait pas été un problème pour lui pour le moment, ça le devenait lorsqu'il se rendait compte qu'il était jaloux de ses meilleurs amis. Ils étaient deux pour se reconstruire, faire des projets d'avenir... Ils se soutenaient mutuellement. Harry n'avait pas à se plaindre, c'était lui qui avait rompu avec Ginny, et il savait qu'il aurait eu tout cela avec elle. Mais cette idée ne l'attirait pas, ou plutôt… L'idée de faire tout cela avec Ginny ne l'attirait pas.

Et pourtant, il adorait Ginny. C'était une jeune femme magnifique, avec un sens de l'humour tordant, une force mentale incroyable et un coeur immense. Mais, comme il l'avait compris le jour où ils s'étaient parlés sur le terrain de Quidditch, ce qu'il ressentait pour elle s'apparentait davantage à de l'amour fraternel qu'à quoi que ce soit d'autre.

"Je dois vous parler de quelque chose." soupira Harry. Il sentait que c'était le moment, puisque Ron avait amené le sujet, mais il n'était pas pressé de se confronter de nouveau à lui.

"Qu'est-ce qu'il y a ?" s'inquiéta aussitôt Hermione, alarmée par son expression sérieuse.

Ron replia la lettre de sa mère et leva la tête, posant un regard interrogateur sur Harry. Celui-ci s'éclaircit la gorge et se lança.

"Je ne viendrais pas au Terrier pour Noël."

"Quoi ?" s'étonna Ron, paraissant à la fois vexé et choqué. "Mais pourquoi ?"

"Parce que je n'y ai pas ma place. Hermione est ta petite-amie, elle sera présente et c'est normal. Mais j'ai quitté Ginny et elle mérite mieux que d'avoir un ex trop envahissant sous son toit le jour de Noël."

"Tu n'es pas seulement l'ex de Ginny." protesta Hermione. "Tu es le meilleur ami de Ron, et les Weasley te considèrent comme..."

"Je sais." la coupa Harry. "Et j'en suis reconnaissant, mais ce n'est pas juste envers Ginny. Les Weasley ont été comme des parents pour moi, mais ils ne sont pas mes parents. Ce sont les parents de Ginny. Les parents de Ron. Je ne peux pas dire que j'ai bien vécu le fait d'être orphelin, mais aujourd'hui je voudrais… Je ne sais pas, avoir ma propre maison, et ma propre famille aussi un jour. Je ne pense pas forcément à des enfants, mais au moins juste, vous savez, quelqu'un dans ma vie."

"Maman sera très triste." affirma Ron, une lueur accusatrice dans le regard. "Et Ginny pensera que tu agis comme un imbécile."

Hermione se leva et posa la main sur son épaule pour l'encourager à se détendre.

"Harry a le droit de vouloir prendre son envol." concéda-t-elle. "Mais pourquoi si soudainement ? Est-ce qu'il y a une personne dont tu ne nous as pas parlé ?"

Ron se redressa brusquement. Avant qu'il ne saute aux conclusions, Harry secoua vigoureusement la tête.

"Non, il n'y a personne." assura-t-il. "Mais j'ai beaucoup réfléchi, et il ne me reste que quelques mois à passer ici. Poudlard est ma maison, mais je ne peux pas y rester pour toujours. Alors j'ai repensé au Square Grimmaurd."

"Vraiment ?" s'étonna Hermione, se souvenant probablement d'à quel point le lieu était en mauvais état.

"Je pourrais le rénover." expliqua Harry. "Je compte y aller pendant les vacances et essayer de rendre l'endroit plus habitable, pour quand j'en aurais besoin."

"Mais enfin Harry..." soupira Ron. "Tu pourrais simplement rester au Terrier avec nous. Pourquoi aller vivre tout seul dans cette maison déprimante, quand tu pourrais juste être avec nous ?"

Hermione s'assit auprès de Ron. Sa main glissa de son épaule et alla rejoindre celle de son petit-ami. Elle entremêla leurs doigts et attendit qu'il ait posé son regard sur elle pour donner son avis.

"Harry a besoin d'indépendance." dit-elle. "Nous devons respecter ça."

Ils se dévisagèrent en silence encore un long moment, et Harry assista à leur échange muet en sentant de nouveau son coeur se serrer de jalousie.

"Bon." capitula Ron. "Mais Maman ne va pas être contente !"