Et on poursuit tranquillement cette histoire...

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Tout appartient à J.K Rowling


Chapitre 5
Les vacances de Noël

Draco était assis à l'extrémité de la table des Serpentards, dans la Grande Salle, et tournait le dos aux Premières Années qui se chamaillaient non loin de lui. Son petit-déjeuner avait été perturbé par l'arrivée du courrier matinal. Il tentait maintenant de lire aussi discrètement que possible la lettre de sa mère, n'ayant pas la patience d'attendre d'être plus tranquille. Il espérait qu'elle allait bien, qu'elle avait trouvé un travail… Son inquiétude pour elle était constante. Les mains tremblantes, il ouvrit l'enveloppe et déplia le parchemin.

Draco,

Je t'écris pour t'inviter à me rejoindre chez ta tante Andromeda pour Noël. Je me doute que tu n'as pas vraiment l'esprit à la fête, et savoir ton père seul à Azkaban me brise le cœur à moi aussi, mais je voudrais être au moins auprès de toi en cette journée spéciale. Je viendrais te chercher à la gare, si tu le souhaites. En restant du côté Moldus, je ne devrais pas subir trop d'attentions indésirables. Réponds moi dès que possible. J'attends ton hibou.

Avec toute mon affection,

Maman.

Draco sentit son souffle se couper lorsqu'il lut le dernier mot. Son père ne l'avait jamais autorisé à appeler sa mère de cette façon. Ils étaient des aristocrates, ils ne se comportaient pas comme le commun des mortels. Eux avaient des manières. Mais Narcissa avait toujours autorisé son fils à l'appeler "Maman" lorsqu'ils étaient seuls tous les deux, et Lucius ne l'avait jamais su.

"Draco ?"

Draco sursauta. Il replia rapidement la lettre de sa mère et se tourna vers Blaise, qui se tenait debout dans son dos, le sourire aux lèvres.

"Devine quoi ? Tu es notre nouvel Attrapeur !"

Draco se leva du banc sans même s'en apercevoir. Il se surprit à rendre son sourire à Blaise, un poids s'étant soudain enlevé de ses épaules. Il n'avait pas réalisé avant cet instant à quel point il s'était inquiété de ne pas être repris dans l'équipe.

"Goyle était contre." précisa Blaise. "Mais notre ancien Attrapeur était tellement soulagé que les autres ont dû se rendre à l'évidence. Et puis, j'ai peut-être glissé un mot en ta faveur..."

"Pourquoi ?" Draco savait que Blaise ne lui devait rien. Aujourd'hui, il n'était plus personne. Pire que ça, même. Il était comme une maladie contagieuse, un microbe de taille humaine, dont tout le monde évitait de s'approcher.

"Parce que je pense que tu mérites une seconde chance."

Blaise posa une main amicale sur son épaule. Il semblait sincère, et Draco décida de le croire. Il laissa partir la rancune qu'il gardait en lui, sachant au fond de son cœur que son ami n'était pas responsable. Si Blaise était disposé à l'accepter alors que les choses avaient autant changées, alors il se révélait être son meilleur allié parmi les Serpentards.

"Merci." s'entendit dire Draco.

Il ne remerciait pas grand-monde, mais cette fois-ci, c'était mérité. Blaise hocha la tête et s'éloigna, toujours souriant. Il n'y aurait pas de match de Quidditch avant les vacances de Noël, qui arrivaient à grands pas. Repensant à la proposition de sa mère, Draco caressa distraitement le parchemin qu'il tenait toujours à la main. Lui non plus ne voulait pas être séparé de sa mère pour Noël. Rester seul à Poudlard serait horrible, et même s'il n'avait aucune envie de rencontrer sa tante et l'enfant dont elle s'occupait… Il ferait cet effort. Il le ferait, pour sa mère.

À la pensée de son premier Noël sans son père, en sachant celui-ci en prison, Draco sentit son cœur se serrer douloureusement dans sa poitrine. Dix minutes plus tard, il poussait la porte des toilettes du deuxième étage, un morceau de toast dans la bouche et son sac à demi ouvert suspendu dans son dos. Il vérifia que Mimi n'était pas là, exceptionnellement ravi que ce soit le cas, et s'installa à sa place habituelle, directement sur le sol. Là, il sortit de l'encre et du parchemin. Il répondit tout d'abord à sa mère, lui promettant de la retrouver à la gare de King's Cross le vendredi suivant.

Puis il écrivit à son père, tout en sachant, comme toujours, que la lettre ne se retrouverait jamais entre ses mains. Cela lui donnait une liberté qu'il n'avait pas eu avant. Au début, il n'avait pas osé dire tout ce qu'il pensait. Et puis il y avait eu le "Papa" interdit, qu'il s'était permis d'écrire. Ensuite, il y avait eu une longue lettre d'insultes, un soir où il était dans une colère noire alors qu'il repensait à la façon dont ils avaient vécu au Manoir, lorsque le Seigneur des Ténèbres était encore là. Et, pour finir, il y aurait la lettre d'aujourd'hui…

Papa,

Je suis repris dans l'équipe de Quidditch de Serpentard ! Blaise vient de me le dire. Blaise Zabini, tu te souviens ? Il était neutre dans la Guerre.

J'essaye de reprendre ma place, tu vois. La place qui me revient parmi les Serpentards. Même si les choses ne seront plus jamais comme avant, je ne me fais pas d'illusions...

Je vais aller chez ma tante Andromeda pour Noël. C'est important pour Maman, et je suis le seul à pouvoir être à ses côtés cette année. Nous allons beaucoup penser à toi. Je ne serais pas surpris que Maman pleure toute la journée.

À chaque fois que je pense à Azkaban, je t'imagine entouré de Détraqueurs. Je sais qu'ils sont partis, pourtant. Mais je me souviens de quand ils étaient partout, jusque dans le jardin du Manoir.

Oh, tu aurais honte de moi si tu me voyais ! Je suis ami avec un fantôme. Je suis les conseils d'Harry Potter (l'idée du Quidditch, c'était lui). Je suis toujours moins bon en Potions (et dans toutes les autres matières) qu'Hermione Granger. Je me fais martyriser par Gregory Goyle.

Ce n'est pas vraiment ce que j'étais supposé devenir, n'est-ce pas ? Mais maintenant je dois m'en sortir sans toi.

Draco.

Écrire était devenu trop difficile. La plume tremblait entre ses doigts et sa gorge était si serrée qu'elle lui faisait mal. Draco s'efforça de respirer profondément, puis il replia soigneusement le parchemin et le glissa dans son sac. Il n'envoyait plus ses lettres. Elles étaient devenues trop personnelles, et il devinait aisément que son courrier passait entre les mains du Ministère, tout comme celui de sa mère.

"Qu'est-ce que tu fais là ?"

La voix haut perchée de Mimi tira Draco de ses pensées. Il se leva aussitôt pour faire face au fantôme, qui siégeait à sa place habituelle, sur ses toilettes préférées.

"Je suis venu pour te présenter mes excuses." dit humblement Draco. "Je n'ai pas voulu te blesser, la dernière fois. J'ai été stupide. S'il te plaît, pardonne moi."

Il ne fallait jamais craindre d'en faire trop, avec Mimi. Elle avait un sens du drame encore plus affirmé que celui de Draco. Secrètement, il appréciait cela.

"Très bien, je te pardonne." répondit Mimi, en relevant la tête d'un air supérieur. Elle avait la voix de quelqu'un qui s'apprête à fondre en larmes, comme c'était toujours plus ou moins le cas. "Je dois avouer que tu m'as manqué."

Un peu mal à l'aise devant cette phrase pleine d'affection, Draco hocha nerveusement la tête.

"J'ai plein de choses à te raconter !" lança-t-il avec enthousiasme, histoire de faire passer la gêne du moment. Et il se mit à parler de l'invitation de sa mère, de l'aide que Blaise lui avait apporté pour qu'il refasse partie de l'équipe, et de tout ce qui lui passait par la tête…

OoO

Lorsque Harry descendit du Poudlard Express, aux côtés d'un Neville qui cajolait une nouvelle plante à l'allure monstrueuse, il regretta soudain ce qu'il laissait derrière lui. C'était sa dernière opportunité de passer Noël au château, entouré de décorations magnifiques et d'armures qui chantaient des cantiques. Il se serait sans doute senti un peu seul, mais Hagrid lui aurait tenu compagnie. Il l'aurait invité pour le thé et lui aurait offert des gâteaux durs comme de la pierre qu'il aurait fait sembler d'apprécier. Il n'y aurait eu ni Dumbledore, ni Ron et Hermione… Mais au fond, cela n'aurait rien changé. Poudlard était sa maison, même sans eux.

Mais cela ferait bientôt partie du passé, alors Harry s'efforça de penser à ce qui l'attendait, plutôt que de s'appesantir sur ce qu'il allait perdre. Il souhaita de bonnes vacances à Neville, qui rejoignit ensuite sa grand-mère, puis il chercha les Weasley du regard.

"Par ici, Harry !" lança Hermione, quelque part derrière lui. Il se retourna et s'approcha de sa meilleure amie, qui se jeta aussitôt dans ses bras.

"Tu vas nous manquer pour Noël." dit-elle.

Mrs. Weasley hocha la la tête, approuvant vivement cette déclaration. Ses yeux brillaient de larmes contenues.

"Pourquoi passer Noël dans cette vieille maison vide plutôt qu'avec nous ?" demanda-t-elle.

"C'est la question que je n'arrête pas de lui poser..." soupira Ron.

Il donna un petit coup de coude à Ginny et lui fit les gros yeux.

"Aller." insista-t-il. "Dis lui que tu t'en fiches s'il est avec nous pour Noël."

Harry s'empressa de voler au secours de Ginny, qui avait froncé les sourcils et paraissait à la fois gênée et surprise par la requête de son frère.

"Il est temps de grandir, pour dire les choses simplement." répondit Harry, en regardant Mrs. Weasley droit dans les yeux. "Cette maison, c'est chez moi maintenant. Ou en tout cas ce sera chez moi lorsque j'aurais quitté Poudlard."

Hermione essuya ses joues trempées de larmes du revers de la main. Ses gants colorés semblaient bien trop festifs pour son humeur.

"On comprend, Harry." assura-t-elle.

Il passa entre les bras de tout le monde, en finissant par Ginny. Celle-ci ne s'attarda néanmoins pas. Lorsqu'elle fit volte-face pour s'éloigner, Harry remarqua comme une ombre sur son visage. Cela ne fit que le conforter dans l'idée qu'il avait pris la bonne décision. Il attendit que les Weasley aient franchi la barrière, puis il prit une grande inspiration et transplana devant la porte du 12, Square Grimmaurd.

OoO

Le soulagement que ressentit Draco en apercevant sa mère sur le quai de la gare de King's Cross était tel qu'une sorte de vertige l'envahit. Il se précipita vers elle et la serra dans ses bras, ignorant les regards curieux ou hostiles qui se tournèrent vers eux. Narcissa lui rendit son étreinte, les yeux fermés et le corps tremblant d'émotion. Puis, Draco la sentit s'écarter et il la laissa l'entraîner à sa suite sans poser de question. Il ne fit pas davantage de commentaire lorsqu'ils se dirigèrent vers le métro, même s'il était surpris. Narcissa paraissait maîtriser à la perfection les moyens de transport des Moldus, qu'elle n'avait pourtant jamais utilisé avant. Mais cela avait sans doute changé durant les derniers mois…

Une main sur sa valise et l'autre tenant fermement le bras de sa mère, Draco attendit en silence que le trajet en métro se termine. L'absence de son père pesait sur lui. Avant de quitter Poudlard, il avait caché toutes ses lettres sous son matelas et avait tiré les rideaux du baldaquin. Il était l'homme de la famille, maintenant, et il devait être fort pour sa mère.

"Nous y sommes." murmura Narcissa.

Elle entraîna Draco sur le quai, puis ils s'engagèrent dans les escaliers. Ils ne marchèrent pas très longtemps, une fois à la surface. Ils s'arrêtèrent pour attendre un bus, pas le Magicobus, mais un bus de Moldus.

"Mère..." commença Draco, incapable de s'en empêcher plus longtemps.

"Plus que quelques minutes." le coupa Narcissa.

Elle évitait son regard. Draco devina que sa mère n'utilisait plus la magie, ce qu'elle avait déjà commencé à faire avant qu'il ne soit obligé de repartir à Poudlard. Elle vivait comme une Moldue, et cette constatation rendit Draco fou de rage. Mais il se retint d'exprimer ses sentiments et replongea dans un silence plein de frustration. Sa mère méritait tellement mieux que cette vie-là !

"Et voilà." soupira Narcissa. Elle paraissait soulagée de voir arriver le bus. Draco s'installa près d'elle, toujours en silence, et admiratif malgré lui devant les nouveaux talents de sa mère. Ils étaient tant habitués au monde sorcier que Draco n'était pas certain qu'il arriverait à s'en sortir parmi les Moldus s'il le devait.

"Andromeda a hâte de te rencontrer." déclara soudain Narcissa. Elle souriait, même si cela semblait un peu forcé.

Draco hocha la tête, ne pouvant se résoudre à parler. Il avait peur de ce qui pourrait sortir de sa bouche s'il prenait le risque de l'ouvrir. Alors, toujours silencieux, il descendit du bus aux côtés de sa mère. Ils étaient arrivés dans un quartier résidentiel, et Narcissa s'arrêta devant une petite maison bien tenue. Sur le porche se tenait une femme qui ressemblait tant à Bellatrix que Draco se figea, cessant brusquement de marcher. Sa mère l'encouragea à continuer en le tirant par la main, et il céda bien malgré lui. À mesure qu'il s'approchait d'Andromeda, il remarquait des différences bienvenues entre son apparence physique et celle de sa défunte sœur.

Le plus marquant, c'était ses yeux. Draco n'arrivait pas à oublier le regard fou de Bellatrix et ses paupières tombantes. Mais Andromeda avait un regard aimable et de grands yeux. Elle était vêtue simplement, d'un pantalon noir discret et d'une veste en laine un peu trop ample qui recouvrait ses épaules. Elle accueillit sa sœur et son neveu d'un sourire joyeux qui fit définitivement disparaître sa troublante ressemblance avec Bellatrix.

"Vous avez profité de la promenade ?" demanda-t-elle.

"Oui." affirma Narcissa.

Elle força Draco à se tenir devant elle et posa les mains sur ses épaules, comme s'il était encore un petit garçon. Mais il était grand, désormais, et elle disparaissait presque derrière lui.

"Andromeda, je te présente mon fils, Draco." déclara-t-elle fièrement. "Draco, voici ta tante Andromeda."

Cette dernière sourit plus largement encore, puis elle s'effaça pour laisser entrer ses invités, leur faisant signe de passer. Lorsque son neveu fut à sa hauteur, elle l'observa intensément.

"Tu ressembles beaucoup à ton père, je suppose qu'on te l'a souvent dit." déclara-t-elle. "Mais je vois ta mère en toi presque autant."

Un peu mal à l'aise devant le regard d'Andromeda, Draco se contenta de balbutier un remerciement. Il n'était pas vraiment prêt à parler de son père, surtout avec une inconnue qui avait protégé Harry Potter des Mangemorts pendant la Guerre. Il n'imaginait pas qu'elle puisse avoir la moindre affection pour Lucius.

"Viens, je vais te montrer ta chambre !" lança Narcissa, qui paraissait bien plus sereine maintenant qu'ils étaient arrivés à destination. Elle ne laissa pas le temps à son fils de lui répondre et s'engagea dans les escaliers qui faisaient face à la porte d'entrée, ses talons hauts claquant contre les marches. Draco la suivit, content de s'éloigner un peu d'Andromeda. Sa mère l'attendait dans une pièce bien moins spacieuse que la chambre qu'il avait eu au Manoir, mais qui ressemblait malgré tout beaucoup au souvenir qu'il en avait. Une bannière aux couleurs de Serpentard était suspendue au-dessus du lit, qui était dans un bois sombre commun à tous les meubles de la chambre. Une grande armoire se trouvait près du lit, et un bureau aux dimensions acceptables n'attendait plus que ses manuels scolaires.

"Ma chambre est juste en face." indiqua Narcissa. "Celle d'Andromeda est en bas, et nous avons récemment installé Teddy dans la dernière chambre de l'étage. Il ne te dérangera pas, tu verras."

Draco acquiesça distraitement. Il regardait encore autour de lui avec stupéfaction, se remémorant le peu de choses qu'ils possédaient lorsqu'ils vivaient sur le Chemin de Traverse.

"Où est-ce que tu as trouvé tout ça ?" demanda-t-il.

"Ce sont des cadeaux d'Andromeda." répondit Narcissa, et son regard disait clairement qu'elle ne voulait pas s'expliquer davantage. "Viens, maintenant, tu dois rencontrer Teddy."

Draco soupira et suivit une nouvelle fois sa mère. L'enfant était trop jeune pour représenter un véritable problème pour lui, mais sa seule existence lui rappelait trop de mauvais souvenirs. Il était le fils de deux membres de l'Ordre du Phénix, tandis que lui portait la Marque des Ténèbres sur son bras. Le monde après la Guerre était-il donc différent au point qu'ils puissent faire comme si rien de tout cela ne comptait ? Tant que Ted était aussi jeune, sans doute, oui. Mais pas lorsqu'il grandirait.

"Il vient de se réveiller, on dirait." remarqua Narcissa, lorsqu'elle poussa la porte de la chambre du bébé. Son sourire affectueux fit naître une soudaine jalousie dans le cœur de Draco.

Il s'approcha lentement du lit à barreaux et baissa les yeux sur le bambin, qui lui retourna son regard avec surprise. Du haut de ses huit mois, il n'avait pas dû rencontrer beaucoup d'inconnus.

"Tu peux le prendre dans tes bras, si tu veux." suggéra Narcissa.

Draco hésita. Il n'en avait pas la moindre envie, mais Andromeda avait visiblement été bienveillante envers sa mère, et celle-ci paraissait attachée au bébé. Il ne pouvait pas se permettre de mal se comporter dans ces circonstances. Alors il se pencha et saisit Ted dans ses bras, surpris de le voir aussitôt tendre sa petite main pour la poser sur sa joue.

"Qu'est-ce que..." commença Draco, avant de s'interrompre brusquement. Les cheveux de Ted venaient de prendre la teinte blonde, presque blanche, de ses cheveux à lui. Puis ses yeux virèrent au gris et il sourit, visiblement très fier de lui. Draco se sentit sourire en retour, incapable de s'en empêcher. L'enfant avait apparemment hérité des talents de Métamorphomage de sa mère.

"Je savais que vous vous entendriez bien." affirma Narcissa.

Draco secoua la tête en signe de dénégation avec une mauvaise foi évidente, tout en s'efforçant d'échapper au bambin qui voulait maintenant jouer avec le col de sa chemise. Les vacances de Noël promettaient d'être très différentes de toutes celles qu'il avait connues auparavant.

OoO

Au 12, Square Grimmaurd, Harry se faisait la même réflexion. La seule pensée qui le réconfortait était qu'il n'aurait pas à supporter les Dursley comme lorsqu'il était enfant. Mais son Noël n'allait pas être très festif s'il n'améliorait pas au moins une pièce de la maison. Heureusement, le grand nettoyage organisé par Mrs Weasley à l'époque où la demeure accueillait l'Ordre du Phénix lui permettait de partir sur une meilleure base. Mais il restait beaucoup à faire, et Harry s'attela à la tâche avec calme et détermination. La première semaine, il fut tant absorbé par le ménage et le rangement qu'il ne vit pas le temps passer.

Il vivait principalement dans deux pièces, la cuisine au sous-sol et le salon au premier étage. Mais il s'était également aventuré au deuxième étage, dans la chambre qu'il avait autrefois partagée avec Ron. Il avait expérimenté plusieurs sorts de nettoyage, dont un qui avait mis le feu à une couverture, jusqu'à ce qu'il maîtrise plus ou moins bien les principaux. Une fois la pièce propre, il l'avait quittée et n'y était plus retourné. De temps à autre, il allait également jusqu'au troisième étage, où se trouvait la chambre de Sirius. Il s'asseyait sur le sol et pensait à son parrain, ce qui lui faisait éprouver un étrange mélange de tristesse et de réconfort.

Mais il finissait toujours par se retrouver dans la cuisine, où il s'efforçait de se préparer à manger. Il n'avait pas le talent de Mrs. Weasley, et malgré les livres de recettes trouvés dans le salon, il devait jeter une fois sur deux ce qu'il préparait. En désespoir de cause, il avait fait venir Kreattur, lui demandant conseil avant de le laisser repartir à Poudlard. L'elfe de maison s'était révélé très utile. Après son départ, Harry avait enfin eu la sensation qu'il allait pouvoir s'occuper de lui-même. Jusqu'ici, il avait surtout mis en pratique ce qu'il avait appris du temps où il vivait chez les Dursley, mais il ne pouvait pas survivre éternellement de cette façon.

Un matin, ce fut l'envie de voir l'extérieur à nouveau qui réveilla Harry. Il repoussa les couvertures et se leva du canapé sur lequel il dormait, tout en calculant mentalement le temps passé depuis son emménagement au Square Grimmaurd. Lorsqu'il réalisa qu'il n'avait parlé qu'à Kreattur depuis une semaine entière, Harry comprit mieux pourquoi il désirait si ardemment quitter la maison. Il se prépara donc un petit-déjeuner rapide, fait d'œufs brouillés et de bacon, puis il s'habilla chaudement. Avant de transplaner sur le Chemin de Traverse, il rabattit le capuchon de sa cape sur son visage. Il n'avait pas envie d'être reconnu.

À peine dix minutes après avoir quitté sa maison, Harry déambulait joyeusement dans les rues pavées, ignorant le froid glacial et profitant pleinement de son bain de foule. Les sorciers et les sorcières autour de lui vaquaient à leurs occupations sans le remarquer, et il se réjouissait d'entendre leurs voix, sa solitude inhabituelle l'ayant déprimé bien plus qu'il ne l'avait imaginé. Il s'en rendait compte désormais, et c'est pourquoi il se dirigea vers Farces pour sorciers facétieux, souhaitant plus que tout voir un visage amical. Bien sûr, affronter l'absence de Fred n'aurait rien de facile. Mais il devrait bien le faire un jour ou l'autre, alors pourquoi pas maintenant ?

Le magasin était bondé. La plupart des clients étaient des élèves de Poudlard, qui profitaient de leurs vacances pour reconstituer leur stock de farces et attrapes. Harry aperçut plusieurs connaissances, dont Dean Thomas, avec qui il discuta pendant un bon moment. Puis son regard fut attiré par la chevelure rousse de George, et il s'excusa rapidement auprès de son compagnon de dortoir pour aller rejoindre celui qu'il était venu voir. Mais, alors qu'il traversait difficilement un groupe de filles de Première Année, il vit George se faire aborder par Lee Jordan, qui portait la tenue réglementaire du magasin. Tous deux disparurent derrière un rayonnage couvert de livres aux couleurs éclatantes.

Harry leur emboîta le pas, voulant saisir l'occasion de discuter avec George en présence de son meilleur ami. Ce serait sans doute plus facile ainsi, puisqu'il y aurait quelqu'un pour les distraire du souvenir de la mort de Fred. Ils ne s'étaient plus vraiment reparlés depuis ce moment-là, après tout. Rassemblant son courage, Harry tourna au coin du rayonnage puis s'immobilisa. George était appuyé contre une bibliothèque, la tête baissée, et ses épaules tremblaient comme s'il était en train de pleurer. Lee tenait sa main dans la sienne et s'était penché vers lui, son visage à quelques centimètres du sien.

Soudain mal à l'aise, Harry recula et se cacha derrière une grande pile de livres, qui ne tenaient que par magie. Tous ressemblaient à des manuels scolaires mais renfermaient en fait des trésors créés par les jumeaux. Harry voulait se détourner et partir, mais il hésitait malgré lui. Son regard n'arrivait pas à se détacher de George et de Lee, son instinct lui soufflant que leur comportement ne convenait pas à de simples amis. Il se souvenait d'une brève relation entre Fred et Angelina lors de sa quatrième année, et il était plus ou moins certain que George avait également invité une fille au bal, mais il ne se rappelait pas l'avoir vu fréquenter véritablement qui que ce soit. Alors, et si...

"Arrête."

La voix de George interrompit Harry dans ses pensées. Il jeta un coup d'oeil par-dessus la pile de livres, découvrant que les deux garçons s'étaient éloignés.

"Tu crois que Fred n'approuverait pas ?" demanda Lee.

George croisa les bras sur son ventre. Il tenta de reculer encore, mais il était déjà collé contre la bibliothèque. Il ressemblait à un animal blessé, pris au piège.

"Il est trop tard pour le lui demander, hein ?" rétorqua-t-il brusquement.

Comprenant visiblement que sa colère n'était en fait qu'une façade pour sa tristesse, Lee combla de nouveau la distance qui le séparait de George. Il posa une main sous son menton, le forçant à lever la tête pour le regarder.

"Fred voudrait que tu sois heureux." affirma-t-il.

"Je sais" soupira George. "Mais je n'arrive pas à… Sans lui, je n'y arrive plus."

Il repoussa une nouvelle fois Lee, doucement mais fermement, et disparut dans une autre allée. Harry resta immobile, regardant sans voir, perdu dans ses pensées. Il sursauta violemment lorsqu'une main saisit son bras et le tira en arrière.

"Lee vient par ici." avertit Ginny.

Harry écarquilla les yeux en la découvrant devant lui. Hébété, il se laissa entraîner parmi les clients qui erraient dans le magasin. Parvenue à un endroit qu'elle estimait visiblement suffisamment tranquille, Ginny cessa enfin de tirer Harry derrière elle et se tourna pour lui faire face.

"Je ne pensais pas te croiser ici." dit-elle, paraissant soudain mal à l'aise.

"Moi non plus." admit Harry. Et il se sentait plutôt idiot à ce sujet, d'ailleurs. Il aurait dû y penser. "Est-ce que tu étais au courant, à propos de George et Lee ?" demanda-t-il, histoire de passer à autre chose.

"Bien sûr."

Ginny secoua la tête avec découragement.

"Ils se sont beaucoup tournés autour, à Poudlard, mais j'ai mis du temps à comprendre la nature de leur relation." confia-t-elle. "George m'en a parlé, une fois, au mariage de Bill. Il avait un peu abusé sur le Whisky Pur Feu et il m'a demandé si je serais gênée si je savais qu'il préférait les hommes."

"Et alors ?" interrogea Harry. "Est-ce que tu es gênée ?"

"Bien sûr que non ! Et c'est ce que je lui ai dit, d'ailleurs, mais il n'a pas voulu me confier pour qui il avait des sentiments. Alors j'ai dû deviner. J'ai fait le tour de tous les noms de garçons de Poudlard, professeurs et fantômes inclus, avant de parler de Lee. Je me doutais bien que George n'était pas amoureux de Rusard ou de Nick Quasi-Sans-Tête, mais je voulais qu'il comprenne que, peu importe de qui il s'agissait, je le soutiendrais. Ça l'a rassuré, et il voulait en parler à Fred avant que quoi que ce soit ne se concrétise avec Lee…"

"Mais il n'en a jamais eu l'occasion." compléta Harry, en repensant à la conversation qu'il avait surprise.

"Exactement." soupira Ginny.

Harry se perdit dans ses pensées, ressassant ce qu'il venait d'apprendre. Il ne pouvait pas dire que ça ne le mettait pas mal à l'aise. Mais il ne comprenait pas vraiment pourquoi. Bien sûr, il n'avait jamais rien entendu de positif au sujet de l'homosexualité. Les Dursley étaient aussi homophobes qu'on peut l'être, ce qui n'avait rien d'étonnant lorsqu'on savait qu'ils détestaient tout ce qui « sortait de l'ordinaire ». Mais ce n'était pas comme si Harry avait forgé ses opinions à partir de celles des Dursley… Alors pourquoi cette gêne si pesante, qui lui collait à la peau ? Il avait l'impression étrange que tous les regards étaient braqués sur lui.

"Tu sais..." commença Ginny, ramenant Harry à la réalité. "Ron m'a dit pourquoi tu ne voulais pas venir à Noël, et je trouve ça complètement stupide."

"J'essaie seulement d'aller de l'avant, et de t'en laisser la possibilité à toi aussi." se défendit Harry.

"C'est très galant." reconnut Ginny, avec un amusement évident. "Mais c'est aussi complètement inutile. Tu veux vivre dans une maison qui t'appartient ? C'est normal. Mais ne te sens pas obligée d'y passer les fêtes. D'ailleurs, je t'invite moi-même au Terrier pour Noël !"

Harry secoua la tête avec découragement tout en cherchant ses mots. Finalement, le regard appuyé de Ginny eut raison de lui, et il laissa échapper un petit rire contrit.

"Très bien." dit-il. "Mais je ne m'imposerais plus jamais sans ta permission, d'accord ? Je sais que je t'ai fait du mal."

"Oui, eh bien, je vais m'en remettre !" rétorqua Ginny. "Et tu auras l'air fin quand je viendrais accompagnée d'un joueur de Quidditch beau et célèbre, d'ici quelques années."

"C'est ce que je te souhaite de tout mon cœur." assura Harry.

Ginny parut un peu triste, soudain, mais elle se reprit très vite. Peut-être qu'elle avait réalisé qu'il y avait déjà eu un "joueur de Quidditch beau et célèbre" dans sa vie avant. Enfin "beau", de l'avis de Malfoy en tout cas… Harry sentit son malaise augmenter à cette pensée.

"On se voit à Noël, alors." conclut Ginny.

Elle serra brièvement la main d'Harry dans la sienne, comme pour se donner du courage, puis elle se détourna et partit en direction de la sortie. Elle ne jeta pas un seul regard en arrière.