Me revoilà, une éternité plus tard ! Ma vie amoureuse est devenue très chaotique, puis le confinement s'en est mêlé et j'ai eu beaucoup de mal à écrire. Sans parler du fait que l'absence de review sur mon dernier chapitre m'avait un peu refroidie. Mais je m'y suis remise, et je suis contente de pouvoir vous poster un nouveau chapitre.

Rating : T
Tout appartient à J.K Rowling


Chapitre 7
Un amour naissant

"Je n'y arriverais jamais." se plaignit Ron, dépité.

Il sortait de la classe de Métamorphose, son manuel sous le bras, et marchait en traînant des pieds. A ses côtés, Hermione tentait de le convaincre qu'il parviendrait bientôt à maîtriser le Sortilège de Transfert en Informulé.

"Il suffit de t'entraîner davantage, voilà tout." conclut-elle, après un long discours encourageant.

Harry ne tenta pas de se mêler à la conversation. Il ne lui avait pas fallu beaucoup de temps pour maîtriser le sortilège en question, mais il n'en retirait aucune joie particulière. Ses amis faisaient en sorte de mettre toutes les chances de leur côté pour s'assurer une belle vie après Poudlard, une vie dans laquelle tous leurs projets se réaliseraient. Harry, lui, n'était plus vraiment certain de ce qu'il voulait. Quels étaient ses projets, en dehors de la décision qu'il avait prise d'aller vivre au Square Grimmaurd ?

"Oh non, regarde ça…" soupira Ron.

Un groupe de Serpentards se dirigeait vers eux, avec à leur tête Draco Malfoy en personne. Tous marchaient du même pas conquérant, en occupant toute la place disponible dans le couloir, et leurs regards ne se baissaient plus dès que d'autres élèves s'approchaient d'eux. Ils avaient repris confiance en eux depuis leur victoire lors du dernier match de Quidditch, ce qui ne manquait jamais d'agacer Ron. Harry, lui, avait décidé de les ignorer. Mais hélas, l'inverse n'était pas vrai…

"Jolie chute, l'autre jour, Potter !" lança Pansy Parkinson lorsqu'elle l'aperçut. Le petit gloussement qu'elle laissa échapper ensuite exaspéra Harry.

"On espère que tu ne seras pas aussi minable face aux Poufsouffles." renchérit Blaise Zabini. "On adorerait prendre la Coupe juste sous ton nez à la fin de l'année !"

Il arborait un grand sourire qui augmenta encore la fureur qu'éprouvait Ron. Constatant que son ami carrait les épaules et s'apprêtait à se jeter sur Zabini, Harry décida d'intervenir.

"On l'espère aussi." assura-t-il calmement. Ron se tourna aussitôt vers lui avec un air indigné, mais Harry l'ignora. "Dites à votre Attrapeur de trouver quelque chose de plus original que de me tomber dessus quand on en sera à se disputer la Coupe."

Malfoy, qui n'osait tout d'abord pas lever les yeux vers lui, redressa aussitôt la tête pour le foudroyer du regard. Harry se sentit sourire malgré lui.

"Oui, on en sera bientôt là !" approuva Ron. "Mais pas vous, si les Serdaigles vous font mordre la poussière !"

"Notre équipe a déjà prouvé sa supériorité." se défendit Zabini, toujours aussi confiant.

Ron changea de cible.

"Tu te sens de taille, Malfoy ?" lança-t-il moqueusement.

Malfoy détacha son regard d'Harry, avec une lenteur presque insupportable, et le posa finalement sur Ron.

"L'Attrapeur des Serdaigles pourrait difficilement être plus mauvais que Potter." assena-t-il.

Harry se plaça devant Ron pour l'empêcher de prendre sa défense. Il continua son chemin, marchant droit vers Malfoy. Les Serpentards s'écartèrent pour le laisser passer, dans l'expectative. Hermione se pinça les lèvres, soucieuse, tandis que Ron se tenait prêt à venir en aide à son meilleur ami à tout moment. Mais Harry ne leur accorda pas davantage d'attention. Une fois près de Malfoy, un peu trop près pour que ce soit confortable, il leva les yeux sur son adversaire. Puis, il esquissa un sourire en coin, frôla Malfoy en le dépassant et lança sans regarder derrière lui :

"A la prochaine fois sur le terrain, Malfoy."

Ron se remit rapidement de sa surprise et entraîna Hermione à sa suite, calquant son attitude sur celle d'Harry. Parkinson et Zabini, quant à eux, se postèrent de chaque côté de Malfoy alors que celui-ci faisait volte-face.

"A la prochaine fois, Potter." répondit-il. "Attends toi à être surpris."

Harry hocha la tête sans s'en apercevoir. Il ne se retourna pas, mais il pouvait imaginer la colère et la détermination de Malfoy. Pour une raison qu'il ne s'expliquait pas vraiment, ce petit tête-à-tête avait suffit à faire bouillir le sang dans ses veines. Il tremblait légèrement, son coeur battait plus vite que d'ordinaire, et des émotions contradictoires s'agitaient en lui. Tenir tête à Malfoy lui faisait du bien, presque autant qu'un match de Quidditch, mais cela le troublait également. Comme s'il se frottait à un danger qui dépassait tout ce qu'il avait déjà dû affronter, ce qui n'avait pas de sens. Il n'avait pas peur de Malfoy…

"Ça va, Harry ?" s'inquiéta Ron.

Voyant ses amis échanger un regard circonspect, Harry décida de se reprendre.

"Rien de mieux pour se remettre en forme qu'une bonne dispute avec Malfoy !" répondit-il joyeusement.

Ron éclata de rire et approuva.

"Vous êtes vraiment des enfants." soupira Hermione. "Mais il est préférable que vous vous battiez dans le cadre d'un sport que dans celui d'une guerre, je suppose."

"Ne fais pas comme si tu comprenais quoi que ce soit au Quidditch." rétorqua Ron, par habitude.

Harry prit un peu de distance pour ne pas être mêlé à la dispute qui, il en était certain, allait inévitablement suivre.

OoO

"Je l'ai écrasé !"

Draco racontait pour la millième fois au moins ce qu'il s'était passé avec Potter pendant le match de Quidditch. Son interlocutrice, cette fois-ci, n'était autre que Mimi Geignarde. Ignorant son désintérêt évident, Draco poursuivit son histoire comme si de rien était.

"Et quand je dis que je l'ai écrasé, je ne plaisante pas ! C'est ce qu'il s'est passé, presque littéralement, en fait. D'un seul coup, on est tombés l'un sur l'autre, et l'instant d'après je réalisais que j'avais le Vif d'Or dans la main ! Je le lui ai pris, juste… Juste comme ça !"

"Je ne comprends pas pourquoi tout ça est aussi important pour toi." avoua Mimi. Elle essayait de percer un bouton sur son menton, et l'attention qu'elle accordait à la conversation était de ce fait très limitée.

"Non, tu ne comprends pas." convint Draco. "C'est la première fois que je gagne contre Potter ! Et maintenant Pansy me reparle, et Goyle se contente de m'ignorer, ce qui est très bien. J'ai l'impression que les choses vont redevenir comme avant. Enfin, pas totalement, bien sûr, mais cette année devait être un enfer, et finalement… Finalement, je pourrais peut-être quitter Poudlard avec quelques bons souvenirs."

Il s'appuya contre le mur, ses cheveux blonds posés contre le carrelage d'une propreté douteuse, et s'enfonça dans ses pensées.

"Je ne sais pas ce qui m'attend après." dit-il. "Mais Potter sera toujours le héros, et moi un Mangemort, un moins que rien. Mais sur le terrain, pendant un instant, ça ne comptait pas. Parce qu'il était le perdant, et moi le vainqueur !"

"Tu fais une véritable fixation sur ce garçon." fit remarquer Mimi, qui commençait à être franchement agacée par cette conversation. "Tu n'as pas recommencé à lui dire qu'il était beau, au moins ?"

Draco grimaça, ramené à la réalité un peu trop brutalement à son goût. Il aurait souhaité effacer ce souvenir humiliant de sa mémoire pour toujours.

"C'est le monde sorcier qui fait une fixation sur lui, pas moi !" se défendit-il.

Les souvenirs de leur confrontation, le matin même, lui revinrent aussitôt. Il ne comprenait toujours pas pourquoi Potter réagissait de cette façon, mais quelque chose avait changé à propos de lui, il en était certain. Réalisant qu'il faisait exactement ce dont Mimi l'accusait, mais ayant trop de fierté pour l'admettre, Draco écourta la conversation en annonçant qu'il devait aller en cours immédiatement. Mimi n'était clairement pas la meilleure des compagnies pour lui aujourd'hui.

OoO

Harry regardait par la fenêtre de la bibliothèque, observant sans vraiment les voir les flocons de neige qui tourbillonnaient dans l'air. La nuit venait de tomber et les cours étaient terminés depuis peu. Habituellement, il aurait été confortablement assis dans un fauteuil près du feu à cette heure-ci, mais Hermione en avait décidé autrement. Elle avait passé une bonne partie de la journée à sermonner tous les élèves de dernière année qui croisaient son chemin, en leur répétant à tort et à travers qu'il était nécessaire de réviser pour les ASPIC dès à présent. Ron, au grand étonnement d'Harry, n'avait pas objecté. En dehors de son désir évident de rester auprès d'Hermione, Ron semblait également réellement motivé par ses études cette année-là.

Il révisait d'ailleurs très sérieusement, penché sur ses notes au coin de la table, tandis qu'Hermione faisait le tour des rayonnages pour ramener toujours plus de livres à ses amis. À la droite d'Harry, Neville et Luna travaillaient ensemble. Ils formaient un couple bien assorti, et ils riaient constamment de tout. Cela paraissait déranger quelque peu Ginny, qui était assise devant eux. Elle semblait regretter d'être venue, pour se retrouver au final à tenir la chandelle, et Harry pouvait comprendre pourquoi. Il se pencha donc légèrement au-dessus de la table et décida de l'aborder, histoire de briser la glace. Leur dernière conversation remontait à une bonne semaine maintenant, et il espérait pouvoir faire la paix.

"Tu as eu des nouvelles de George ?" s'enquit Harry, en se disant que le sujet devait être suffisamment neutre pour pouvoir être abordé.

Ginny croisa les bras sur la table, par-dessus son livre de sortilèges.

"Je lui ai écrit, mais il n'a toujours pas répondu." avoua-t-elle dans un soupir.

"Je suis désolé." compatit Harry. "Il ne me semblait pas en très grande forme à Noël, mais je crois que tu as réussi à lui remonter un peu le moral. À ce propos, merci encore de m'avoir invité ce jour-là. Je sais que tu avais suffisamment à faire avec ta famille, tu… Tu veilles sur tout le monde, c'est admirable, tu sais."

Harry se sentait très maladroit dans ses propos, mais Ginny le rassura d'un sourire un peu tremblant.

"Je n'ai peut-être plus de sentiments amoureux pour toi, mais je ne te déteste pas." s'entendit dire Harry. Il poursuivit rapidement, de peur que son courage ne l'abandonne. "Au contraire, je t'apprécie beaucoup, et je ne veux pas que toi tu me détestes."

Le sourire de Ginny se stabilisa. Elle tendit la main et la posa sur celle d'Harry, préférant visiblement les gestes aux mots. Ils restèrent ainsi un moment, jusqu'à ce qu'une exclamation de surprise ne les fassent se retourner.

"Oooooh !" lâcha Pansy Parkinson, en apparaissant entre deux rangées de livres. "Le célèbre petit couple aurait-il donc retenté sa chance ?"

Ginny retira aussitôt sa main et fusilla Pansy du regard.

"Mêle toi de tes affaires, Parkinson." rétorqua-t-elle durement.

Mais, loin de se laisser démonter par le ton hargneux de Ginny, Pansy vint s'asseoir à ses côtés, une expression faussement bienveillante sur le visage.

"C'est ce que je fais, très chère." assura-t-elle, en tapotant le bras de Ginny. "Blaise est un très proche ami, et le pauvre aurait le coeur brisé s'il te savait de nouveau dans les bras de Potter…"

Ginny détourna les yeux avec une évidente lassitude. Au même instant, Ron leva le nez de ses notes et demanda suspicieusement :

"Qu'est-ce qu'il se passe, encore ?"

"Rien du tout." lâcha Ginny avec colère. Elle commença à empiler ses livres pour les fourrer rageusement dans son sac.

Pansy était toujours assise au même endroit, un sourire flottant sur les lèvres.

"Blaise voit clair dans ton jeu." affirma-t-elle. "Tous ces regards langoureux que tu lui as jeté pendant le match…"

"Je tentais de gagner ce match !" s'agaça Ginny. "Si Zabini se laisse distraire, il perdra la Coupe, et ce sera bien fait pour lui." Elle finit de rassembler ses affaires puis jeta son sac sur son dos. "Maintenant, si vous voulez bien m'excuser, j'ai d'autres choses à faire."

Dès qu'elle eut quitté la pièce, sous le regard pensif d'Harry, Pansy ricana et lança :

"Je parie qu'elle va rejoindre Blaise pour se faire peloter dans un couloir…"

Ron prit une grande inspiration, comme s'il s'empêchait de se jeter sur elle pour l'étrangler, puis il sortit sa baguette et la braqua sur Pansy.

"Et si tu allais insulter quelqu'un d'autre ?" suggéra-t-il, l'air soudain très sérieux. Il faisait preuve d'un calme tout à fait nouveau, lui qui avait davantage tendance à s'emporter et à se laisser entraîner dans la bagarre dès la première provocation.

Pansy le jaugea du regard un instant, hautaine. Puis, voyant que Ron agitait impatiemment sa baguette, le masque de confiance qu'elle arborait s'effaça. Elle se leva lentement et fit mine de partir, mais s'arrêta pour déclarer par-dessus son épaule :

"Ginny se sent flattée, pas insultée. Et ça te fera très mal, quand tu t'en rendras compte."

Pansy partit rejoindre un petit groupe de Serpentards près de l'entrée de la bibliothèque, laissant tomber derrière elle un silence lourd comme du plomb. Hermione observait Ron avec une curiosité mêlée d'admiration, et elle fut la première à reprendre la parole.

"C'était une réaction très mature." fit-elle remarquer.

Ron perdit aussitôt son expression de complète maîtrise de lui-même et rangea sa baguette tout en grommelant.

"Tu n'es pas obligée d'être aussi surprise." reprocha-t-il. "J'ai seulement compris qu'Harry avait raison. L'autre jour, quand on a croisés les Serpentards dans le couloir, il a gardé son calme. Et c'est mieux comme ça. C'est ce qu'on devra faire quand on sera enfin Aurors."

Harry sourit à son ami, sincèrement fier de ses progrès. Mais, en même temps, un certain malaise l'envahit. Ron méritait de devenir Auror. Mais lui, le méritait-il, alors qu'il ne faisait aucun effort en ce sens ? En vérité, cette carrière ne l'intéressait plus. Il avait connu suffisamment de batailles et ne désirait pas en connaître d'autres. Lui aussi, autrefois, avait été du genre à se jeter dans la mêlée sans réfléchir. Il n'avait pas fait preuve de beaucoup plus de discernement que Ron, mais la tendance s'inversait. S'il était honnête avec lui-même, Harry devait reconnaître qu'il lui arrivait de prendre un certain plaisir à ses joutes verbales avec les Serpentards. Et pourtant, bien que Pansy l'ait agacé, il n'avait pas eu la moindre envie de participer à la dispute.

Sous prétexte de devoir trouver un livre qui traitait de Botanique avancée pour les révisions de Neville, Harry se leva et parcourut distraitement les rayonnages. Il était profondément perdu dans ses pensées, si bien qu'il ne remarqua qu'au moment où il allait le heurter que Malfoy lui barrait le passage. Aussitôt, une émotion inattendue se fraya un chemin dans son coeur. Il n'était pas vraiment content de le voir, mais il l'était en quelque sorte. Il réalisa à cet instant que les joutes verbales auxquelles il participait avec plaisir ne concernaient qu'un seul Serpentard.

"Comme c'est surprenant de te trouver à la bibliothèque, Potter." attaqua tranquillement Malfoy. Il était appuyé contre les étagères, dans une position nonchalante. La confiance qu'il dégageait était assez intimidante. "Est-ce que c'est Granger qui t'a traîné ici ?"

Harry chercha une bonne répartie, mais il était bel et bien là parce qu'Hermione l'y avait forcé. Le silence s'attardant, il lâcha un soupir qui ressemblait presque à un rire.

"C'est perturbant de constater que tu me connais si bien, Malfoy." avoua-t-il.

Malfoy sembla un peu confus. Son air fier s'estompa alors qu'il fronçait légèrement les sourcils.

"Tu es seulement terriblement prévisible." rétorqua-t-il, sans réelle méchanceté dans la voix.

Harry haussa les épaules. Puis il s'appuya à son tour contre les étagères, face à face avec Malfoy, et l'observa très franchement. Le silence s'attarda, amenant une tension qu'aucun des deux n'était prêt à briser. Finalement, Malfoy ne parut plus le supporter.

"Alors, tu regrettes de m'avoir encouragé à réintégrer l'équipe, pas vrai ?" lança-t-il.

Harry esquissa un sourire. Ses jambes le portèrent en avant, sans qu'il ne l'ait vraiment décidé, et il combla la distance qui le séparait de Malfoy. Comme lors de leur dernière confrontation, il se tenait trop près de lui pour que ce soit confortable. Mais quelque chose, quelque part en lui, réclamait cela.

"Je ne regrette pas le moins du monde." dit-il. "J'ai retrouvé goût à la compétition."

"Même si tu as perdu ?" s'étonna Malfoy.

"Bien sûr." assura Harry. "Parce que j'ai perdu contre toi."

Ils étaient si proches désormais qu'ils respiraient le même air. Prenant soudain peur - de quoi, il n'en avait aucune idée - Harry recula en revenant à la réalité.

"Je te battrais, la prochaine fois." promit-il.

Puis il fit demi-tour pour aller rejoindre ses amis, tout en se demandant ce qui avait bien pu lui passer par la tête. Provoquer Malfoy avait toujours quelque chose d'agréable, bien sûr, parce que ça lui permettait de faire sortir toute la colère qu'il avait au fond de lui. Mais aujourd'hui, c'était différent. Malfoy n'était pas son ennemi comme Voldemort avait pu l'être, bien qu'il ait été dans le camp adverse pendant la Guerre. Harry ne l'imaginait pas tuer des gens, même des Moldus, séparer son âme pour en faire des Horcruxes, et torturer par simple plaisir. Dans une de ses visions, il se souvenait avoir vu Voldemort forcer Draco à jeter le Doloris sur un homme, et il savait que Draco avait été écœuré par cet acte. Il l'avait vu dans ses yeux, et était certain qu'il y avait fait référence durant sa défense au moment du procès de sa famille. C'était la première fois qu'il avait éprouvé de la compassion à son égard.

Et aujourd'hui, après tout ce qu'il s'était passé, il ne pouvait pas simplement reprendre ses vieilles habitudes avec Malfoy. Ils pouvaient tenter de vaincre l'autre au Quidditch et se lancer des piques. Ils pouvaient prétendre que leur rivalité était toujours la même. Mais quelque chose avait changé, Harry le sentait au plus profond de lui. Étais-ce à cause de la Guerre ? Étais-ce parce que, d'une certaine façon, tout était désormais résolu, avec Voldemort réduit en poussière et Lucius Malfoy à Azkaban ? Harry ne le savait pas, mais une chose était certaine : ce qu'il ressentait pour Draco n'était plus de la haine.

OoO

Ce samedi matin là, Draco s'était éveillé avec l'envie de voir autre chose que les murs du château. Il avait pris son petit-déjeuner en compagnie de Pansy, déplorant l'absence de Blaise qui s'était levé plus tôt, mais il avait rapidement trouvé une excuse pour quitter la table des Serpentards. Un morceau de toast enfoncé dans la poche de sa robe de sorcier, il était monté jusqu'à la volière saluer Orion, son hibou grand duc. Orion était un cadeau que lui avait fait son père avant sa rentrée à Poudlard, et il était très attaché à lui. Et l'inverse était d'ailleurs vrai ! Lorsqu'il le remarqua, le hibou quitta sa cachette pour voler jusqu'à son maître.

Draco lui donna un petit morceau de toast, puis se dirigea sur un coup de tête en direction du parc. Il prit un raccourci qui avait le double avantage de lui faire éviter un maximum d'élèves et de le faire arriver à destination au plus vite. Lorsqu'il posa les pieds sur l'herbe, Draco respira une grande goulée d'air glacé. La neige avait disparu, mais les températures étaient toujours très basses. Ce n'était pas désagréable.

" Mais enfin, calme toi ! " marmonna Draco en direction d'Orion, qui lui donnait de petits coups de bec pour réclamer davantage de nourriture.

Alors qu'il donnait un autre morceau de toast à son hibou, Draco entendit le rire très reconnaissable de Blaise s'élever non loin de lui. Il fronça les sourcils et se dirigea en direction du bruit, piqué par la curiosité. Son ami avait quitté le dortoir aux aurores, et Draco s'était senti bien trop fatigué pour lui poser la moindre question. Mais il se doutait que Blaise trafiquait quelque chose, et il en eut la confirmation lorsqu'il dépassa un chêne centenaire qui dissimulait un pique-nique improvisé. Une large nappe décorée de dessins magnifiques représentants les animaux des quatre Maisons de Poudlard avait été installée au sol. Elle était entourée de bocaux à l'intérieur desquels brûlaient de petits feus qui réchauffaient agréablement l'atmosphère. Sur la nappe, un petit-déjeuner digne des plus beaux banquets du château n'attendait que les convives. Et les convives n'étaient autres que Blaise et Ginny Weasley.

Cette dernière semblait un peu nerveuse. Elle était assise dans un coin, son visage à demi dissimulé dans son écharpe aux couleurs des Gryffondors, et observait ce qui l'entourait en se tortillant les mains.

"Sers-toi !" l'invita Blaise, en désignant les plats. "Tu aimes le jus de citrouille ?" Sans attendre de réponse, il lui en prépara aussitôt un verre, qu'il lui tendit avec son sourire le plus charmeur.

Ginny soupira, ce qui fit descendre son écharpe de quelques centimètres. Puis elle saisit le verre et en but une gorgée, comme pour reprendre contenance.

"J'étais d'accord pour qu'on discute, pas pour ce…" Elle s'interrompit, hésitant sur les mots. "Ce rencard, je suppose ?"

"Eh bien, on peut discuter pendant un rencard." fit remarquer Blaise. "Je dirais même que c'est fortement conseillé, quand on cherche à connaître l'autre."

Ginny saisit un petit pain et mordit dedans avec appétit, son assurance retrouvée.

"Je n'ai jamais dit que je voulais te connaître." rétorqua-t-elle.

"Et pourtant, tu es là."

Draco se fit la réflexion que Blaise, en plus de son physique avantageux, était définitivement doué au jeu de la séduction. La vie n'était-elle pas terriblement injuste, parfois ? Lui n'avait jamais eu à faire quoi que ce soit de spécial pour obtenir l'attention d'une fille, mais c'était parce que Pansy ne l'avait pas lâché d'une semelle pendant des années. Cependant, il s'était toujours demandé quel succès il aurait, s'il ne s'était pas juste contenté de son amourette avec Pansy. Il y réfléchissait sérieusement lorsqu'un rire le ramena à la réalité. Il reporta son attention sur le pique-nique.

"L'équipe d'Angleterre ?" se moquait Ginny. "Ou tu es très patriote ou tu ne t'intéresses que très vaguement au Quidditch…"

"Ne va pas croire une idiotie pareille !" la contredit Blaise. "Je suis d'accord, beaucoup d'équipes sont meilleures en terme de joueurs et de cohésion mais l'équipe d'Angleterre a eu ses belles années. Ludo Verpey était un excellent batteur ! Et un très bel homme, selon ma mère. Elle ne me parlait que de lui quand j'étais enfant, c'était son idole."

Qu'elle l'ait voulu ou non, Ginny semblait bel et bien entraînée dans une de ces conversations où l'on apprend à connaître l'autre. Draco décida qu'il était temps pour lui de s'éclipser. Il n'avait pas envie que Blaise le remarque, et ce n'était pas pour observer les prémices d'un peut-être amour naissant qu'il était sorti ce matin-là. Il reprit donc son chemin à travers le parc, sans cesser de nourrir Orion, qui semblait ravi de passer du temps avec lui. Sans pouvoir s'en empêcher, Draco réfléchissait aux conséquences qu'il y aurait inévitablement, si un Serpentard et une Gryffondor se mettaient à se fréquenter. Bien sur, cela s'était déjà produit dans l'histoire de Poudlard, mais avec l'arrivée du Seigneur des Ténèbres au château une tension s'était installée et n'avait fait que grandir avec les générations suivantes.

La Guerre était terminée depuis peu, et Draco n'était pas certain que tout le monde voie cela d'un très bon œil. Lui-même n'était pas emballé par l'idée, et plutôt inquiet pour Blaise. Son ami aimait transgresser les règles, c'était évident, mais il allait peut-être trop loin cette fois-ci. La Weaslette avait tout un troupeau de grands frères qui n'apprécieraient très certainement pas de la voir en compagnie des Serpentards, sans parler de son histoire d'amour encore récente avec Harry Potter. Non, vraiment, de l'avis de Draco, Blaise aurait pu trouver mieux - et bien plus facile à gérer - que Ginny Weasley.

OoO

Harry marchait en direction du château, tout en mâchant difficilement un biscuit dur comme du bois. Il profitait de l'air frais et de sa solitude lorsqu'il aperçut une silhouette familière. Draco Malfoy se promenait visiblement dans le parc, et partageait avec son hibou les restes de son déjeuner. Il ne tarda pas à le remarquer à son tour. Tous deux se figèrent, s'observant avec une certaine hostilité. Harry ne haïssait plus Malfoy comme avant, mais il ne lui faisait pas confiance pour autant. Que mijotait-il encore ? Que faisait-il ici, sans ses précieux amis autour de lui ?

"Alors, Potter !" lança Malfoy en s'approchant vivement de lui, un air ravi sur le visage. "Ton ami le demi-géant a encore provoqué une catastrophe et s'est tourné vers notre héros national pour résoudre le problème ?"

Il semblait d'humeur à chercher les ennuis. Harry se rembrunit.

"Lâche moi, Malfoy." marmonna-t-il.

Il tenta de le contourner, n'ayant pas envie de se disputer cette fois-ci. Il était déjà suffisamment fâché que Ron et Hermione l'aient laissé rendre visite à Hagrid tout seul sous prétexte qu'ils " devaient réviser ". Il ne doutait pas de les trouver enlacés dans un fauteuil lorsqu'il serait de retour dans la salle commune. Harry avait d'ailleurs la ferme intention de s'y rendre sur le champ, mais Malfoy le retint par un bras. Son hibou s'agita, n'ayant visiblement pas apprécié ce mouvement soudain.

"Ne me dis pas que j'ai raison !" s'exclama Malfoy, faisant mine d'être effrayé. "Allons, de quoi pourrait-il s'agir… Il n'a tout de même pas adopté un autre dragon ?"

"Hagrid n'a rien fait." le défendit Harry. "Tu ne crois pas que tu as déjà suffisamment aggravé sa situation, au cours de ces dernières années ? Si j'étais toi, j'essaierais de me racheter une conduite, Malfoy. Tu ne seras pas éternellement protégé ici à Poudlard. La vraie vie nous attend là-dehors, et sans l'argent et le prestige de ta famille, tu risques bien de découvrir qu'on obtient rien avec cette attitude !"

Harry regretta aussitôt de s'être emporté. Il n'aspirait qu'à une journée calme pour commencer son week-end en douceur, mais Malfoy avait le don de lui casser les pieds comme personne. Pourquoi s'en prenait-il à Hagrid, gratuitement, comme ça ? Sa petite victoire au Quidditch lui avait-elle vraiment fait croire que tout pourrait redevenir comme avant ?

"Oh, je devrais peut-être prendre exemple sur toi, alors ?" s'énerva Malfoy. "Me lier d'amitié avec toutes les créatures les plus pitoyables qui peuplent cette terre, sans oublier les Sang-de-Bourbe et les traîtres à leur sang ?"

"Tu vas trop loin, Malfoy !"

Harry s'approcha avec la nette intention de lui casser le nez. Le hibou grand duc s'envola brusquement, comme s'il en avait assez de leurs enfantillages. Soudain, un gloussement lointain se fit entendre. Harry fronça les sourcils et tourna rapidement la tête, mais un chêne centenaire lui bloquait la vue.

"Tu te dégonfles, Potter ?" lança Malfoy, en se plaçant entre lui et l'arbre qu'il observait.

Harry le regarda d'un air suspicieux. Malfoy n'était pas du genre à provoquer un combat, plutôt à le fuir. Il n'aurait normalement pas laissé passer cette occasion de mettre fin au conflit sans avoir à se battre. Et puis, pourquoi tenait-il tant à ce qu'il reporte son attention sur lui ? Harry tenta de se dégager.

"Potter." soupira Malfoy, et son expression avait changée. "Tu ne gagneras rien à aller là-bas."

Harry se sentit à la fois perdu et vexé. Devenait-il fou ou est-ce que Malfoy l'observait avec pitié ? Il repoussa sa main, qui lui tenait toujours le bras, et avança résolument en direction du chêne. Là, il découvrit la nappe étendue par terre, les mets divers et variés sans doute " empruntés " dans les cuisines du château, le pique-nique improvisé… Tout ça n'aurait nullement intéressé Harry si ce rendez-vous romantique n'incluait pas son ex petite-amie. Bien qu'elle lui ait assuré ne pas être intéressée par Zabini, elle se trouvait pourtant là en sa présence, un verre de jus de citrouille dans la main et le sourire aux lèvres. Blaise la faisait rire, grâce à une imitation plutôt réussie de Viktor Krum essayant de prononcer le prénom d'Hermione. Ils semblaient proches, heureux, complices.

Sans s'en apercevoir, Harry fit un pas en avant. Mais il fut aussitôt ramené fermement en arrière, et fit volte-face pour fusiller Malfoy du regard.

"De quoi tu te mêles en m'empêchant d'y aller ?" s'énerva-t-il. "Je sais très bien de quoi il s'agit, Zabini essaye de séduire Ginny pour gagner la Coupe de Quidditch ! C'est révoltant, et dégoûtant, de se servir d'une personne de cette façon, et…"

"Arrête !"

Le mot avait été prononcé avec une telle autorité qu'Harry se surprit à obéir. Malfoy l'entraîna plus loin tout en se passant une main dans les cheveux, visiblement mal à l'aise.

"Blaise l'aime vraiment bien, d'accord ?" reprit-il. "Je pense que ça fait un moment, d'ailleurs, mais avant il était hors de question qu'un Serpentard s'intéresse à une Gryffondor. Pas avec la Guerre, et pas avec moi qui menait mon petit monde et qui déteste les Weasley. Maintenant, Blaise tente sa chance, et ce n'est pas pour le Quidditch !"

Harry resta un moment silencieux, son regard allant du pique-nique à Malfoy.

"Pourquoi tu as voulu m'empêcher d'y aller ?" interrogea-t-il. "Si ce n'est pas encore un de ces plans tordus de Serpentard ?"

Malfoy paraissait de plus en plus gêné.

"Je ne sais pas !" s'écria-t-il. "Je ne sais pas, d'accord ?"

Il regarda à son tour en direction du pique-nique, comme s'il était en proie à un conflit intérieur.

"Pansy dit que tu as rompu avec Ginny." lâcha-t-il. "Et Blaise… Blaise est un type bien, d'accord ? Il a de mauvais goûts pour les filles, de toute évidence, mais c'est un type bien. Et il sait ce qu'il veut. Alors tu devrais sûrement faire en sorte de savoir aussi ce que toi tu veux. Parce que si c'est t'incruster à leur rendez-vous pour faire une crise de jalousie, alors vas-y, je ne te retiens pas. Par Merlin, je ne sais même pas pourquoi je m'en mêle !"

Malfoy secoua la tête et s'éloigna, comme s'il reprenait ses esprits. Harry resta là un moment, à écouter le rire de Ginny, et imagina ce qu'il se produirait s'il interrompait leur pique-nique. Et si Malfoy disait la vérité ? Il avait l'air sincère, au sujet des sentiments de Zabini, et Ginny avait été très claire avec Harry lorsqu'elle lui avait dit qu'il n'avait pas le droit de lui dicter ce qu'elle devait faire. Elle fréquentait qui elle voulait maintenant, elle n'avait pas de comptes à lui rendre. Tout ce qu'Harry pouvait espérer, c'était que Malfoy ait dit la vérité et que Blaise soit un type bien.

Troublé, Harry reprit sa route en direction du château.


On case souvent Ginny avec Blaise dans les fanfics, et je n'ai rien contre l'idée, même si j'ai toujours trouvé que ça sortait un peu de nulle part. J'ai eu envie de leur donner un vrai début d'histoire. Enfin bref, c'est maintenant le moment de laisser une review, même trois fois rien, ça fait toujours du bien ! Bon courage à vous pour le reste du confinement, peut-être que je retrouverais un peu de courage et que je pourrais vous distraire avec cette histoire !