CHAPITRE 1 : Des réveils qui sont plus durs
Il y a des réveils qui sont plus durs que d'autres.
- Paul Carvel, Mots de tête
Progressivement, l'obscurité dans laquelle elle était plongée s'éclaircit jusqu'à ce qu'elle parvienne à ouvrir difficilement les yeux. Sa vision fut floue pendant quelques secondes et elle dû cligner plusieurs fois des yeux pour parvenir à faire la mise au point. Elle laissa son regard parcourir la pièce dans laquelle elle se trouvait.
Hermione était allongée sur un lit aux draps blancs en coton. Elle était habillée d'une chemise d'hôpital informe, comme celles que leur donnait Mrs Pomfresh à l'infirmerie de Poudlard. Autour d'elle, il n'y avait qu'une commode, sur laquelle étaient posés une bassine et quelques fioles. Elle ne parvenait en tout cas à distinguer rien d'autre dans l'obscurité ambiante de la pièce.
Un coup d'œil à la fenêtre qui occupait une partie du mur adjacent lui apprit que la nuit était tombée. Pas un rayon de lune ne filtrait pour autant à travers la petite ouverture entre les épais rideaux. Hermione n'aurait pu dire s'il s'agissait d'une nuit sans lune ou s'il y avait juste trop de nuages pour que l'astre puisse briller.
A mesure que son esprit refaisait surface, les souvenirs affluaient également. Hermione aurait préféré que ce ne soit pas le cas. Elle n'avait aucune idée de l'endroit où elle se trouvait présentement. Elle ne savait pas plus comment elle était arrivée là. Elle ne se souvenait que trop bien en revanche des cachots du Manoir Malfoy et de Bellatrix.
Était-ce une nouvelle lubie des mangemorts ? Lui faire croire qu'elle allait s'en sortir pour mieux la briser ensuite ? La soigner de temps à autre pour pouvoir prolonger les festivités ? La préparer pour une rencontre avec le Lord Noir ? Il était à moitié serpent mais il restait un homme. Merlin seul savait ce qu'il pouvait bien être capable de ressentir ou de désirer. Hermione étouffa un haut-le-cœur à la pensée de ce qu'il serait capable de lui faire si elle venait à tomber entre ses mains.
Luttant contre l'angoisse qui cherchait à se répandre dans la moindre parcelle de son être, Hermione se débarrassa des draps et passa son corps en revue, à la recherche d'éventuelles blessures ou marques. Qui que soit la personne qui l'avait soignée, il avait fait les choses bien.
Seules ses jambes étaient légèrement gonflées, sans doute car elle avait passé trop de temps, allongée dans ce lit. Une marque informe recouvrait également son avant-bras gauche. Au moins les mots n'étaient plus lisibles, pensa Hermione avec une sorte de soulagement. Pour un peu, elle aurait presque pu croire que tout ceci n'avait été qu'un très mauvais rêve. Si seulement…
Elle ignorait combien de temps s'était écoulé depuis son dernier souvenir. Elle n'avait pas plus d'idée du temps qui s'était écoulé durant ses séances de torture. Depuis combien de jours, voire de semaines, avait-elle été séparée de Ron et Harry ? S'en sortaient-ils ?
Prenant une profonde inspiration, Hermione s'assit délicatement sur le bord du lit, posa ses pieds nus contre le sol froid de la pièce et se leva. Ou du moins essaya-t-elle. Une vive douleur traversa ses membres inférieurs dès qu'elle prit appui dessus tandis que son sang les parcourait de nouveau après une période prolongée en position allongée, brûlant tout sur son passage. Elle avait la sensation qu'on lui plantait des centaines d'aiguilles dans les mollets et les pieds.
Elle s'appuya sur le lit et essaya de maîtriser sa respiration, fourrant un poing dans sa bouche pour ne pas gémir ou hurler. La dernière chose dont elle avait besoin était d'attirer l'attention sur son réveil. Elle resta ainsi de longues minutes, qui lui parurent des heures, avant que la douleur ne finisse par s'estomper lentement.
Elle avança alors avec précaution, testant ses appuis à chaque pas. Elle s'approcha de la commode, espérant y trouver des indices sur sa localisation. Elle ne dénicha que quelques draps dans les tiroirs du meuble et soupira de découragement.
Alors, elle s'avança vers la porte. S'il y avait la moindre chance qu'elle puisse s'en sortir et fuir l'endroit et les tortures, il fallait qu'elle la saisisse. Pour Harry et Ron. Et pour ses parents.
Délicatement, Hermione colla son oreille contre le battant en bois et retint sa respiration, essayant de percevoir les sons extérieurs. Seul le silence lui répondit. Le cœur battant, elle posa alors sa main sur la clenche et appuya dessus jusqu'à ce qu'un cliquetis retentisse. Elle la laissa basculer doucement et passa sa tête dans l'embrasure. L'espace d'un instant, elle eut la sensation de reconnaître l'endroit mais l'impression passa aussi rapidement qu'elle était apparue.
Prenant son courage à deux mains, elle n'était pas une lionne pour rien après tout, Hermione s'avança dans le couloir après avoir refermé la porte de la chambre sur elle. Elle ne parvenait à distinguer qu'une dizaine de centimètres devant elle, dans l'obscurité qui régnait. Ça ne l'aidait vraiment pas à se repérer.
Hermione perçut une lueur sortant de sous le pas d'une porte, tout au bout du couloir. Elle s'en approcha à pas de loup, ayant l'impression d'avancer au ralenti. Elle cherchait à maîtriser la terreur qui l'envahissait un peu plus à chaque pas.
Elle atteignit la pièce éclairée bien plus rapidement qu'elle ne l'aurait pensé. Elle rasait les murs, essayant de se fondre dans le décor, pour passer inaperçue. Elle était entièrement focalisée sur ce qu'elle percevait et sur son besoin de fuir.
Dans le silence pesant, elle pouvait entendre les murmures d'une conversation s'échapper de la pièce. Ils étaient au moins deux. C'était toujours plus que ce qu'Hermione se sentait capable d'affronter.
Elle ne s'attarda pas près de la pièce et continua son chemin, soupirant de soulagement quand elle atteignit finalement un nouveau couloir. Elle accéléra quelque peu le pas, ayant l'impression que les choses pouvaient basculer à tout moment.
Les mangemorts auraient-ils laissé la porte de la chambre ainsi ouverte sans surveillance ? Pouvait-elle fuir avant qu'ils ne remarquent son réveil ? Combien de temps avait-elle vraiment avant que la fenêtre de sortie ne se referme sur elle ?
Deux marches plus loin, elle arriva dans un couloir un peu plus large mais tout aussi sombre. Elle distingua vaguement un escalier sur le côté. Aucune lueur ne filtrait de l'étage, ce qui était déjà un bon signe.
Il ne lui fallut que quelques pas supplémentaires pour parvenir à percevoir le Saint Graal : la porte d'entrée, ou plutôt de sortie, dans son cas. Un doute l'étreignit lorsqu'elle l'aperçue mais elle ne parvint pas à s'y accrocher tandis qu'il fut immédiatement balayé par une vague d'espoir brut. Tout son esprit était focalisé sur son but, obnubilé par l'urgence de sortir de cette maison et de fuir, pour ne plus souffrir.
Alors elle accéléra encore un peu le pas, pour parcourir en vitesse le dernier mètre qui la séparait de la liberté et de la fin de la torture. Ce faisant, elle se prit les pieds dans l'épais tapis disposé au sol et qu'elle n'avait pas remarqué. Battant des bras, elle parvint à se rattraper à un petit meuble disposé sur le côté.
Le mouvement causé par le poids de son corps contre le meuble fit cependant vaciller un vase disposé dessus. Comme au ralenti, Hermione eut tout le loisir de voir avec horreur le vase basculer pour aller se fracasser au sol dans un bruit d'éclat, sans qu'elle ne puisse esquisser le moindre geste pour l'en empêcher.
Une voix forte et puissante, méchante, résonna dans le hall, suivie de bruits de pas en provenance de la pièce éclairée qu'avait dépassée Hermione.
- Sale sang-de-bourbe ! Une sang-de-bourbe dans ma maison !
Hermione se figea une seconde, tétanisée. Les mots faisaient écho à ceux que Bellatrix avait gravé dans sa chair et elle s'attendait presqu'à la voir débarquer d'un coup devant elle. La voix provenait de quelques centimètres dans son dos mais ne semblait pas se déplacer, comme si son propriétaire s'égosillait simplement sur place, sans chercher à l'atteindre. La jeune fille pouvait en revanche percevoir les bruits de pas précipités qui venaient dans sa direction.
Son instinct de survie prit le dessus en moins de trois secondes. Elle ne voulait plus souffrir. Elle ne pouvait pas voir disparaître sa chance de salut ainsi, à cause d'un stupide vase et d'un stupide tapi. Alors Hermione s'élança et atteignit finalement la porte d'entrée quand de nouvelles voix s'élevèrent dans son dos, se mêlant à la voix de femme qui n'arrêtait pas de crier.
- Où pensez-vous donc aller comme cela, miss Granger ?
- Tu ne devrais pas faire ça, Hermione.
- Sang-de-bourbe ! Traîtres à votre sang ! Sortez tous de chez moi ! Vous n'avez rien à faire ici ! Vermines !
Dans le brouhaha ambiant, Hermione était bien incapable de saisir le sens des paroles prononcées. Elle ne cherchait pas particulièrement à faire un effort non plus. L'adrénaline et la peur courrait dans ses veines. Son esprit ne fonctionnait plus correctement. Elle voulait juste fuir. Et ne plus souffrir.
Elle avait conscience que ses chances étaient presque nulles mais elle n'était plus en mesure de renoncer, concentrée sur son but. Elle n'était plus capable d'entendre, et encore moins de comprendre, le petit signal qui s'était allumé quelque part au fond de son esprit.
Sans plus réfléchir, elle attrapa la poignée, l'ouvrit et se précipita dehors, déjà prête à courir pour échapper à ses ravisseurs. Ou plutôt essaya-t-elle.
Elle ne réussit finalement qu'à sentir son corps s'envoler en arrière lorsqu'elle tenta de sortir. Un cri lui échappa lorsque ses pieds ne touchèrent plus le sol. Elle pouvait sentir ses cheveux voler autour de son visage tandis qu'elle était projetée à travers le couloir. Elle avait la sensation d'avoir pris un cognard en plein torse.
Son envolée s'arrêta brutalement lorsqu'elle cogna un corps dans son dos. Il ne s'en fallut que de peu pour qu'ils ne s'effondrent au sol tous les deux à cause de la force de l'impact. Hermione sentit son souffle lui manquer une seconde avant que les choses ne reviennent à la normale. Elle ne réagit cependant pas suffisamment rapidement et elle ne put que sentir des bras s'enrouler autour de son corps, l'emprisonnant.
La brune battit des bras et des jambes en tous sens, hurlant tout en se débattant, dans l'espoir de se libérer de l'étau ainsi formé autour d'elle. Il lui sembla un instant que la personne dans son dos était surprise de la résistance qu'elle opposait mais rapidement, l'étau se resserra plus encore.
Elle pouvait entendre d'autres voix que la sienne s'élever autour d'elle, sans qu'elle ne puisse dire combien ou même comprendre ce qui se disait. Elle avait l'impression que son cerveau brûlait tant elle était effrayée. Elle ressentait juste ce besoin primitif et irrépressible de fuir. Et aussi un peu de dégoût envers elle-même pour avoir tout fait capoter à la dernière minute.
Sans doute était-elle en pleine crise de panique. Elle en avait bien l'impression mais le savoir ne l'aidait pas à se reprendre, ni à réfléchir suffisamment pour trouver un moyen de s'en sortir.
Soudainement, un visage apparut dans son champ de vision, cherchant visiblement à attirer son attention. Il ne fallut qu'une seconde à Hermione pour le reconnaître, malgré les larmes qui s'échappaient de ses yeux. Elle n'arrivait pas cependant à savoir si elle devait être rassurée ou terrifiée par la présence de l'espion, n'ayant jamais réussi à déterminer avec certitude ses véritables allégeances.
L'inquiétude qu'elle lisait sur le visage de l'homme, remplaçant l'air impassible qui s'y inscrivait habituellement, la fit néanmoins douter. Elle cessa de crier quelques secondes, surprise. Cela permit aux paroles de l'homme de l'atteindre.
- Miss Granger ! Calmez-vous ! Vous êtes en sécurité. Vous n'êtes plus au Manoir Malfoy. L'Ordre vous a sauvé. Vous êtes au quartier général. C'est fini. Vous êtes en sécurité.
L'homme répéta ces paroles en boucle, encore et encore, jusqu'à ce qu'Hermione finisse par en saisir complètement le sens, et ce que cela impliquait. Elle eut soudainement l'impression que toute la panique qui l'avait envahie fondit comme neige au soleil. Les rouages de son esprit se remirent en marche et tout prit sens. Le fait qu'elle ait été soignée, la porte qui n'était pas fermée, les couloirs qu'elle avait eu l'impression de reconnaître…
A mesure qu'elle prenait pleinement conscience de la situation, elle sentit l'étau des bras qui l'encerclait se détendre peu à peu, lui permettant de respirer plus profondément. Le couloir s'éclaira sur un coup de baguette de l'homme. Hermione reconnut immédiatement le 12 Grimmauld Place et elle ne dû qu'aux bras qui la maintenaient toujours de ne pas s'effondrer au sol tandis que ses jambes se faisaient faibles.
Toute trace de peur s'envola d'un coup et Hermione ne put s'empêcher de fondre en larmes. Parce qu'elle était soulagée. Parce qu'elle n'allait plus souffrir. Parce que le contraste avec les émotions fortes qu'elle venait de ressentir était saisissant.
Un nouveau coup de baguette de Snape referma le rideau devant le portrait de la défunte matriarche de la famille Black, la faisant taire par la même occasion. Le silence s'abattît sur le hall, uniquement troublé par les pleurs de la jeune fille. Elle sentit ses jambes céder sous elle et elle se laissa tomber au sol. Les mains qui la retenaient accompagnèrent le mouvement avant de la libérer.
Quelques secondes plus tard, le visage de son ancien professeur de potion apparut de nouveau devant elle.
- Miss Granger, calmez-vous, c'est fini.
La voix de l'homme était douce. Ce timbre, si différent de celui qu'utilisait habituellement Snape, tira Hermione de sa torpeur. Elle s'essuya vaguement les yeux, essayant de calmer ses sanglots et de reprendre une respiration normale et régulière.
Hermione croisa le regard de Snape et s'y accrocha, y trouvant un point de repère pour reprendre pied avec la réalité. L'homme ne chercha pas à se détourner ou à couper le contact tant qu'elle ne fut pas calmée.
A mesure qu'elle reprenait le contrôle sur son corps et sur ses émotions, Hermione réalisa la situation dans son ensemble. Elle était à moitié affalée au sol, en pleine crise de panique puis de pleurs, s'accrochant au regard de son ancien professeur de potion comme à une bouée de sauvetage. Elle eut la décence de rougir, embarrassée, ce qui sembla être un signal pour l'homme qui en profita pour s'écarter.
- Je vois que vous allez mieux. Savez-vous qui je suis ?
- Oui… Professeur.
Elle ajouta le titre par réflexe, deux secondes après sa réponse. Elle ne manqua pas cependant le pincement de lèvres de Snape, sans pour autant être en capacité de dire si le signe de mécontentement était dû au délai ou au titre. Snape enchaîna sans s'y appesantir.
- Savez-vous qui vous êtes ?
- Oui…
- Savez-vous où vous êtes ?
- Oui…
- Avez-vous mal quelque part ?
- Non…
- Relevez-vous et suivez-moi, je préfère vérifier ça tout de suite.
Hermione s'exécuta. Se retournant, elle fut quelque peu surprise de trouver le couloir vide. Combien de temps au juste avait-elle passé à pleurer ?
- Qui… ?
Elle n'eut pas à poser réellement sa question. Snape y répondit immédiatement, d'une voix froide laissant percevoir l'animosité qu'il ressentait envers l'autre personne.
- Sirius Black.
Hermione hocha la tête plus pour elle-même qu'autre chose, Snape étant devant elle. Il ne s'était même pas retourné pour lui répondre. Elle le suivit donc en silence jusqu'à la chambre qu'elle avait quitté quelques minutes plus tôt.
Obéissante, elle s'assit sur le lit lorsqu'il le lui désigna et elle le laissa lancer différents sorts de diagnostic pendant près d'une dizaine de minutes. Elle reconnut dans le lot quelques sortilèges de soin et un sort d'apaisement qu'elle apprécia même si sa petite crise de nerf lui avait fait le plus grand bien.
Elle se sentait tout de même particulièrement gênée par la scène qu'elle avait offerte aux deux hommes. Si seulement elle avait écouté les signaux que lui avait envoyé son esprit au lieu de foncer tête baissée sans réfléchir ! Et dire qu'elle était considérée comme le cerveau de leur trio avec Ron et Harry ! Ils se seraient bien moqués d'elle et des remontrances qu'elle leur faisait continuellement vis-à-vis de leur impulsivité s'ils l'avaient vu ce soir.
- Vous souvenez-vous de ce qu'il vous est arrivé ?
La question de l'homme tira Hermione de ses pensées. Elle ne répondit cependant pas tout de suite, ne sachant pas réellement quoi dire. Elle se souvenait de la majorité, quand elle n'était pas évanouie ou autre. Elle ne doutait pas que certains de ses souvenirs ne devaient pas être tout à fait représentatifs de la réalité, altérés par la douleur à laquelle elle avait été soumise.
Elle était aussi complètement incapable de dire combien de temps avait passé. Des jours ? Des semaines ? Alors oui, en soi, elle se souvenait. Mais elle n'avait pas non plus envie de se remémorer. Et elle savait qu'il lui demanderait des explications.
- Je vais prendre cette absence de réponse, combinée à votre réaction de tout à l'heure, pour un oui.
La brune releva un regard surpris sur l'homme qui lui faisait face. Encore une fois, il s'était adressé à elle avec une douceur inhabituelle. Il l'avait plus habituée à des reproches ou des moqueries, voire des cris. Était-ce là de la pitié par rapport à ce qu'elle avait traversé ?
Elle croisa son regard sans difficulté et maintint la connexion quelques secondes avant de détourner les yeux. La lueur qui brillait dans ceux de l'homme ressemblait plus à de la compréhension qu'à de la pitié. Elle n'était pas bien sûre de préférer l'un ou l'autre finalement. Rien que le fait qu'elle parvienne à déchiffrer son regard était plus que perturbant. Il lui avait toujours semblé si mystérieux et inaccessible avant.
Elle aurait préféré que les choses redeviennent comme avant. Parce qu'alors, peut-être aurait-elle pu faire semblant que rien de tout cela n'était réellement arrivé.
Snape ne s'attarda pas plus. Il détourna le regard et l'invita à aller prendre une douche et se changer avant d'aller manger un morceau dans la cuisine. Hermione acquiesça en silence et s'exécuta. Elle s'enferma dans la salle de bain du premier étage quelques minutes plus tard et s'appuya contre le battant en soupirant.
Une larme glissa de nouveau le long de sa joue. Elle n'arrivait pas pleinement à réaliser que tout était fini. Elle avait un peu peur de se réveiller brusquement dans les cachots du Manoir Malfoy et de réaliser que tout ceci n'avait été qu'un rêve. Elle avait peur de devoir de nouveau subir une énième séance de torture.
Prenant une profonde inspiration, elle se força à bouger et se déshabilla avant de se glisser sous l'eau chaude de la douche. Elle avait l'impression de ne pas avoir fait ce simple geste du quotidien depuis des années. Laissant l'eau chasser les souvenirs qui revenaient sans cesse à la surface de son esprit, Hermione essayait de faire le vide, pour ne plus penser, pour ne pas replonger dans l'horreur de ce qu'elle avait vécu.
Elle ressortit de la douche plusieurs minutes après. Elle se sécha et s'enroula dans une serviette avant d'ouvrir la porte de la salle de bain. Elle trouva sur le pas un short et un tee-shirt, ainsi qu'un caleçon, que Black ou Snape avait vraisemblablement déposé pendant sa douche. Le tout était trop grand pour elle, appartenant vraisemblablement à l'un des deux hommes.
Hermione fut quelque peu perturbée en enfilant le sous-vêtement, se demandant si c'était celui de son ancien professeur ou du parrain de son meilleur ami. Dans les deux cas, le fait de le porter lui faisait une drôle de sensation. Elle n'était pas sûre de vouloir entrer ainsi dans l'intimité des deux hommes.
Elle évita le miroir avant de descendre dans la cuisine. Elle n'était pas prête à affronter son reflet. Elle s'installa à table, où une assiette pleine semblait l'attendre, tout en évitant le regard des deux hommes attablés. Hermione se jeta sur la nourriture aussi gracieusement qu'elle en était capable étant donné la faim qui tiraillait son estomac.
- Est-ce que ça va Hermione ? demanda Sirius quand la jeune fille eut fini son assiette.
La brune releva son regard sur le visage de l'homme et essaya de sourire. Elle vit à son expression qu'elle n'avait rien dû faire de mieux qu'une grimace et elle abandonna toute tentative.
- Oui ça va… Je suis désolée pour tout à l'heure, je… j'ai paniqué, je…
- Inutile de vous justifier là-dessus, la coupa Snape d'une voix froide.
Hermione lui en fut reconnaissante et elle but une gorgée d'eau pour occuper ses mains. Elle était quelque peu gênée de se retrouver ici, en présence des deux hommes.
- Une réunion de l'Ordre va se tenir ici dans un peu moins de deux heures, pour que tu puisses expliquer à tout le monde ce qu'il s'est passé, expliqua Sirius d'une voix douce.
Hermione hocha la tête sans rien dire. Elle se doutait qu'elle ne pourrait pas y échapper, même si elle aurait préféré bénéficier de plus de temps pour remettre ses émotions en ordre. Mais d'un autre côté, elle ne pouvait s'empêcher de penser que plus vite la confrontation aurait eu lieu, plus vite elle pourrait rejoindre Ron et Harry. Même si repartir aussi vite à l'aventure lui faisait un peu peur, elle s'imaginait que cela aurait au moins le bénéfice d'occuper son esprit pour l'empêcher de repenser au reste.
- Combien de temps est passé ?
- Quatre jours entre le moment où Bill Weasley a prévenu l'Ordre de ta… situation et le moment où ils sont venus te chercher. Et quatre jours supplémentaires pour que tu rouvres les yeux.
Hermione hocha la tête aux paroles de Black. Une semaine seulement s'était écoulée. Et vu que c'était Bill qui avait prévenu l'Ordre, ça voulait dire que Ron et Harry avaient suivi le plan initial et s'étaient rendus chez le roux. Sans doute y étaient-ils encore. Sinon, avec un peu de chance, Bill pourrait peut-être lui dire vers où ils étaient partis. Elle doutait que ses deux amis aient repris la route sans lui laisser un moyen de les rejoindre.
- Inutile d'imaginer quitter cette maison, miss Granger, lança Snape d'une voix morgue, faisant écho aux pensées de la jeune fille. Dumbledore a jeté un sort pour garder Black ici jusqu'à la fin de la guerre. J'y ai été ajouté et vous aussi à présent. Vous ne pourrez pas aller plus loin que le jardin.
Hermione ne mit qu'une seconde à réagir, choquée par ses paroles, n'osant croire qu'il disait la vérité.
- Ils n'ont pas le droit ! Je suis majeure ! Ce n'est pas à eux de choisir où je veux me rendre ou ce que je veux faire de ma vie !
- Inutile de t'époumoner maintenant, Hermione, tu prêche des convaincus là.
Hermione jeta des regards noirs aux deux hommes avant de se murer de nouveau dans le silence. Il fallait qu'elle trouve une solution. Parce qu'elle ne pouvait pas abandonner Ron et Harry. Parce qu'elle ne pouvait pas rester enfermée ainsi avec ses pensées pour seule autre compagnie que son ancien professeur et le parrain de son meilleur ami. Parce qu'elle avait peur de devenir folle.
Repoussant son assiette, Hermione se leva de table pour rejoindre la bibliothèque où elle avait passé beaucoup de temps les étés précédents, à tout nettoyer sous la surveillance de Molly Weasley. Ni Black, ni Snape ne firent le moindre geste, semblant perdus dans leurs pensées respectives.
Hermione parcourut les rayonnages et attrapa plusieurs livres, espérant trouver un moyen de fuir cet endroit. Elle doutait y parvenir alors que Black et Snape étaient coincés ici depuis plusieurs mois, voire années. Elle ne doutait pas qu'ils avaient déjà tenté bien des choses.
La seule autre solution qu'elle voyait serait de convaincre les membres de l'Ordre de la laisser partir. Elle ne pouvait toutefois pas tout miser dessus, vraiment incertaine d'y parvenir, et donc entreprit de feuilleter les bouquins. Une dizaine de minutes plus tard, elle renonça en soupirant.
Elle avait l'impression qu'elle ne trouverait jamais rien et elle était bien incapable de se concentrer assez de toute façon. Son esprit n'avait de cesse de s'échapper sur des sujets qu'elle préférait éviter. Après les mois passés à l'extérieur, en proie au danger permanant, elle ne trouvait plus aussi attrayant de se perdre dans les pages des livres.
Laissant son regard voguer par la fenêtre située à côté de la table sur laquelle elle s'était installée, Hermione se perdit quelques secondes dans la contemplation de la rue déserte. Il faisait nuit noire dehors. Tout juste distingua-t-elle un chat se faufiler entre deux buissons du parc situé en face. N'y trouvant rien qui puisse retenir son attention, Hermione finit par reporter son regard sur les livres posés devant elle.
Attrapant un bout de parchemin et une plume qui traînaient dans un coin, elle entreprit de rédiger une note à l'attention de ses deux meilleurs amis. C'était le plan C, au cas où elle ne convaincrait pas l'Ordre ou qu'elle n'arriverait pas à trouver un moyen de sortir.
Elle trempa la plume dans l'encrier et commença la rédaction de sa lettre, fournissant conseils sur recommandations, espérant qu'ils pourraient être utiles à ses amis, si elle ne pouvait les rejoindre. De toute façon, ils avaient presque fini la chasse aux horcruxes. La guerre elle-même devrait se terminer sous peu, dès qu'ils auraient mis la main sur les derniers horcruxes.
D'après les événements récents, il y avait fort à parier que l'un d'eux devait se trouver dans le coffre de Bellatrix à Gringotts, l'épée de Gryffondor. Ensuite, Hermione imaginait que le dernier, dont ils ignoraient encore l'apparence, devait se trouver quelque part à Poudlard, surtout vue l'attrait que le mage noir portait à l'école. Et puis il resterait Nagini. Et normalement, ce serait tout. Hermione l'espérait en tout cas de tout cœur. Parce que cette guerre faisait de plus en plus de victimes. Elle en faisait partie à présent…
Secouant la tête pour focaliser ses pensées, elle relut deux fois la lettre, réfléchissant à ce qu'elle pouvait rajouter. Elle finit par la plier et la fourrer dans sa poche afin de l'avoir à disposition au cas où elle devrait lancer le plan C.
Elle n'eut pas le temps de se replonger dans les livres que des petits coups résonnèrent sur la porte. La tête de Sirius passa par l'entrebâillement.
- La réunion ne va pas tarder, Hermione. Est-ce que ça va aller ?
La jeune fille acquiesça sans rien dire. Elle se leva et suivit l'homme jusque dans la cuisine, vérifiant que la lettre était bien positionnée dans sa poche. Le silence se fit à son entrée.
Seuls quelques membres de l'Ordre du Phoenix étaient présents, beaucoup n'ayant pu se libérer à cette heure avancée de la nuit. Le quartier général n'était de toute façon que connu des membres du cercle principal de l'Ordre. Hermione laissa son regard parcourir les différents visages avant d'aller saluer tout le monde : Minerva McGonagall, Charlie, Molly et Arthur Weasley, Nymphadora Tonks, Remus Lupin et Kingsley Shacklebolt.
Tout le monde lui retourna un petit mot de soulagement en constatant qu'elle semblait en pleine forme, physiquement parlant tout du moins. Hermione n'avait aucune idée de l'état dans lequel ils l'avaient retrouvée mais elle imaginait très bien à quel point ça avait dû être moche.
Ils finirent par se réinstaller à table où Sirius et Severus étaient restés assis tout du long, chacun à un bout opposé. Hermione s'installa à son tour sur un siège vacant à côté de Sirius. Elle serra ses poings sous la table espérant masquer ainsi les tremblements qui les saisissaient. Elle sentait le stress et l'angoisse prendre de nouveau possession de son corps tandis que les regards s'attardaient sur elle.
Ce fut McGonagall qui prit en charge le déroulé de la réunion. Elle questionna Hermione sur ce qu'il lui était arrivé et les circonstances qui l'avaient amenée à se retrouver prisonnière au Manoir Malfoy.
- Je suppose que Ron vous a déjà raconté quelques détails lorsqu'il est rentré mais pour revenir sur les circonstances de tout ça, Dumbledore a commencé… une quête, avec Harry, pendant notre sixième année. A sa mort, il a légué la fin de cette mission à Harry. Ron et moi l'avons suivi.
Tout en parlant, Hermione dévisageait chacun des membres présents à la réunion. Elle espérait trouver ceux qui seraient les plus simples à convaincre. Elle ne manqua donc pas l'air réprobateur de Snape, ainsi que les visages fermés de Molly et McGonagall. Ils semblaient tous désapprouver les choix de Dumbledore d'impliquer des adolescents dans cette guerre.
- On a pas mal bougé donc, à la recherche de choses qui permettront de mettre un terme définitif à la guerre. Et puis il y a eu une altercation, la semaine dernière. Des rafleurs nous ont capturés et amenés au Manoir Malfoy. Harry et Ron ont réussi à s'échapper mais pas moi. La suite, je pense que vous l'imaginez tous très bien.
- Désolée si ma question te heurte mais je me demande pourquoi les mangemorts ne t'ont pas simplement tuée. Qu'attendaient-ils de toi ?
Hermione regarda Tonks, interdite. Les paroles brutales de la jeune femme détonaient avec son air gentil, ses cheveux roses et son ventre arrondi, enceinte jusqu'aux oreilles comme elle l'était. Hermione ne mit cependant qu'une seconde à répondre, déformant la réalité pour ne pas trahir les secrets qu'elle gardait.
- Tout le monde sait que je suis la meilleure amie d'Harry. Sans doute espéraient-ils qu'il revienne pour me sauver. Ou quelque chose du genre.
Snape ne semblait pas convaincu par sa réponse mais il fut le seul. Peut-être parce qu'il était aussi celui qui connaissait le mieux les mangemorts et leurs façons de faire. Evitant de regarder l'homme pour ne pas trahir son mensonge improvisé, Hermione croisa le regard de Tonks. La jeune femme lui fit un petit sourire contrit, comme pour s'excuser de sa question.
La question suivante, posée par Snape, évita à Hermione de tenter de sourire à Tonks pour la rassurer. Elle n'était pas bien sûre d'être encore réellement capable de sourire.
- Qui s'en est pris à vous ?
- Bellatrix uniquement, répondit Hermione en essayant de ne pas flancher et garder une voix assurée. Il n'y avait que peu de mangemorts présents. Vol… Vous-savez-qui était absent.
Elle s'était reprise de justesse sur le nom du mage noir. Mais le souvenir de l'arrivée des rafleurs, la dernière fois que quelqu'un avait prononcé ce nom en sa présence, et ce qui en avait résulté, la dissuada de retenter l'expérience.
- Où sont Ron et Harry ?
La question fusa hors de la bouche de Molly comme si elle se retenait de la poser depuis le début de la réunion, ce qui était surement le cas.
- Je ne sais pas.
- C'est complètement ridicule ! Pourquoi ne pas laisser des adultes s'occuper de tout ça ? Ce serait bien plus simple, rapide et sûr !
- Je suis d'accord…
Sa réponse sembla surprendre l'ensemble des personnes attablées. Hermione remarqua immédiatement le regard calculateur que Snape posa sur elle, tout en l'ignorant.
- Alors dis-moi où ils sont, nous pourrons les aider.
- Je ne sais vraiment pas… On n'avait pas prévu d'être séparés… Mais peut-être que je peux retrouver leur trace et leur dire de rentrer. Je ne veux pas qu'ils prennent des risques comme ça… Je ne veux pas qu'ils vivent ce que j'ai vécu…
Elle marqua une petite pause, baissant le volume de sa voix au cours de sa tirade. Elle jouait sur leur corde sensible en espérant les convaincre. Tous les coups étaient permis et elle ne parvenait même pas à se sentir coupable de leur mentir. Elle essuya une petite larme qui s'était échappée de ses yeux, sans pour autant parvenir à savoir s'il s'agissait d'une vraie ou non. Elle était toujours à fleur de peau.
- Ma pauvre chérie… Personne ne devrait vivre une telle expérience.
- Je pense vraiment pouvoir les retrouver si vous me laissez sortir et je pourrai les ramener. Tout ça ne vaut pas la peine de prendre autant de risques au final. J'ai tellement peur pour eux.
Hermione imagina-t-elle le rictus amusé qui apparut brièvement sur les lèvres de Snape ? Certainement. Parce que Snape n'était jamais amusé. Encore moins par quelque chose qu'aurait dit une élève. Ou ancienne élève, peu importe.
- Et si tu nous donnais des indices pour qu'on les cherche par nous même plutôt ? Je ne pense pas que tu sois en état de repartir ainsi tout de suite, après ce que tu as vécu, et encore moins seule.
- J'ai conscience des dangers mais s'ils m'ont laissé un message ou quelque chose, je ne pense pas que qui que ce soit d'autre soit capable de le trouver, ni même de le comprendre.
- Hermione, on ne peut vraiment pas te laisser repartir ainsi, je suis désolée mais maintenant que tu es sauve, on ne peut prendre le risque. N'oublie pas ce qui t'a conduite ici.
Comme si elle en était capable ! Comme si tous les souvenirs n'étaient pas tapis juste sous la surface de son esprit, prêts à surgir au moindre signe de faiblesse.
- Je n'oublie pas. Bien au contraire, répondit Hermione d'une voix froide.
Le charme qu'elle avait essayé de jouer sembla se rompre à cet instant précis tandis que les membres de l'Ordre finissaient par voir clair dans son jeu.
- Bien essayé Hermione, c'était pas loin, commenta Sirius suffisamment bas pour qu'Hermione soit la seule à l'entendre.
La jeune fille ne put retenir un soupir d'exaspération. Autant pour le plan A. Les visages des différents membres de l'Ordre s'étaient refermés tandis que l'emprise qu'elle avait eu un temps sur eux s'effritait. La jeune fille ne put s'empêcher de frapper la table du plat de sa main.
- Vous n'avez aucun droit de me retenir ainsi. Harry et Ron ne reviendront pas avant que tout ceci ne soit fini. Vous ne les aidez pas en me retenant ici. Arrêtez un peu de nous voir comme des enfants que nous ne sommes plus depuis plusieurs années. Je suis majeure et vous n'êtes pas mes parents. Merci de m'avoir sauvée mais vous n'avez aucun droit…
- En parlant de vos parents, miss Granger, la coupa McGonagall. J'ai le regret de vous annoncer que nous n'arrivons pas à retrouver la moindre trace d'eux. Vous savez ce que ce genre de disparition laisse présager par les temps qui courent.
A moitié cachée derrière ses cheveux, Hermione ne put s'empêcher de sourire légèrement. Au moins, c'était le signe qu'elle avait réussi à protéger ses parents. Son geste n'échappa cependant pas à Snape.
- Qu'avez-vous encore fait, miss Granger ?
La voix froide de l'homme sembla surprendre les autres membres de l'Ordre qui devaient penser que la jeune fille cachait sa peine et le choc de la nouvelle derrière ses cheveux. Hermione releva la tête vers son ancien professeur de potion. Elle n'était pas étonnée qu'il ait compris aussi vite qu'il y avait quelque chose de plus. Rien n'échappait jamais à Snape.
- J'ai fait ce qu'il fallait pour assurer leur protection, répondit-elle d'une voix affirmée, décidant de jouer cartes sur table.
- Développez miss Granger. La nuit est déjà bien avancée et nous n'avons pas tous dormi pendant les quatre derniers jours.
Un rictus amer déforma les lèvres d'Hermione.
- Mes parents sont en sécurité là où personne n'ira les chercher. Je me suis simplement assurée qu'on ne puisse pas faire le lien entre eux et moi, quand bien même les retrouverait-on.
Snape mit quelques secondes avant de répondre, semblant analyser ses propos, détaillant son visage d'un œil perçant. Hermione reporta son regard sur la table devant elle, ne voulant lui permettre de déchiffrer son regard. Elle avait toujours eu l'impression qu'il pouvait lire dans les gens comme dans un livre, ce qu'elle savait être plus ou moins vrai vu sa connaissance de la Legilimancie.
- Avez-vous seulement conscience des risques que de tels sorts ou potions présentent pour vos parents, miss Granger ? s'énerva Snape.
Hermione ne fut pas surprise que l'homme ait compris ce qu'elle avait fait. Elle ne cherchait pas à cacher la vérité de toute façon, certaine d'avoir fait le bon choix. Mais peut-être les choses auraient-elles été plus simples si elle avait pu garder ce secret pour elle. Elle n'avait pas envie de se justifier auprès des membres de l'Ordre qui la gardaient prisonnière contre son gré.
- De quoi parle-t-on au juste ? questionna Lupin.
- Si je ne me trompe pas, et je ne me trompe que très rarement, miss Granger a utilisé un sort ou une potion d'oubli sur ses parents avant de les envoyer à l'autre bout du monde.
Pendant quelques secondes, un profond silence plana sur la salle. Puis, Hermione sut qu'elle avait perdu toutes ses chances de les convaincre de la laisser partir. Les exclamations fusèrent en tous sens, chacun commentant la folie dont avait fait preuve la jeune fille par son geste.
De son côté, Hermione ne pouvait s'empêcher de ruminer que faire oublier son existence à ses parents n'était pas pire que l'enfermer ainsi. Quitte à choisir, elle préférait grandement l'oubli. Surtout après ce qu'elle avait vécu.
La réunion prit fin de longues minutes plus tard. Hermione en profita pour interpeller Charlie et lui glisser sa lettre en lui demandant de la remettre à Bill, pour le remercier d'avoir lancé l'alerte ayant permis son sauvetage. Le roux ne posa pas plus de question et Hermione fut soulagée de pouvoir ainsi aider tout de même ses amis. Au moins, le plan C n'était pas un échec.
L'ambiance devint plus étrange quand tout le monde fut reparti et qu'Hermione se retrouva seule avec Snape et Black. Pour la première fois, elle réalisait pleinement qu'elle allait rester ici avec les deux hommes pour un temps indéterminé.
Hermione entreprit de débarrasser les tasses et la théière qui avaient été utilisés pendant la réunion avant que Snape ne l'interrompe.
- Allez-vous coucher, miss Granger.
Un coup de baguette plus tard, la vaisselle entreprit de se laver et ranger toute seule. Hermione tourna alors les talons pour suivre le conseil, ou l'ordre, de son ancien professeur. Sirius lui avait indiqué un peu plus tôt qu'une chambre avait été aménagée pour elle au premier étage. Elle s'y rendit donc et expira profondément lorsqu'elle eut refermé la porte sur elle. Elle sentait déjà à quel point les choses allaient être compliquées.
Du regard, elle parcourut rapidement la petite chambre. L'ameublement était sommaire, tout comme la décoration. Les murs étaient de couleur clair, du parquet était posé au sol. D'épais rideaux vert foncé encadraient une petite fenêtre. Une ampoule pendait du plafond, recouverte d'un luminaire arrondi vert. Dans un coin, un miroir sur pied était posé à côté d'une armoire qui avait été remplie de vêtements que Molly et Tonks avaient apportés. Un grand lit double occupait la majorité de l'espace et un petit bureau d'angle complétait le tout. Tout le mobilier était en bois.
Hermione s'approcha de l'armoire pour récupérer un change. Elle opta pour une chemise de nuit en soie ainsi qu'une culotte en dentelle, heureuse de pouvoir se débarrasser du caleçon que l'un des deux hommes lui avait fourni. Tout en se déshabillant, elle croisa son reflet dans le miroir et se détailla un instant.
La chasse aux horcruxes avait bien changé sa silhouette. Tout juste parvenait-elle à se reconnaître. Elle était plus musclée, plus fine aussi, plus élancée. Ses formes d'enfants avaient disparu pour laisser place à la jeune femme qu'elle était devenue. Evitant de regarder la marque sur son avant-bras, Hermione fixa ses yeux sur son visage.
Ses cheveux s'étaient quelque peu assagis, même s'ils étaient secs, abîmés par le temps qu'elle avait passé au grand air. Ils avaient bien poussé, atteignant le milieu de son dos où ils retombaient en boucles éparses. Le reste n'avait pas particulièrement changé. Peut-être ses joues s'étaient-elles creusées légèrement.
Pour autant, elle avait l'impression de paraître bien plus mûre, plus adulte, qu'elle ne l'avait jamais été. Il lui fallut plusieurs secondes pour comprendre que cette sensation n'était pas tant due aux modifications physiques de son corps.
Elle le réalisa lorsqu'elle croisa son propre regard. Parce que rien ne semblait se refléter dedans. Il lui semblait vide, meurtri par ce qu'elle avait vécu. La petite flamme d'innocence qui l'habitait encore quelques mois plus tôt avait complètement disparue, soufflée par la réalité et l'injustice de la vie.
La jeune fille détourna les yeux et se rhabilla. Elle alla ensuite s'installer sur le lit où elle s'adossa aux oreillers. Son regard glissa sur les murs, le plafond, les rideaux, les draps. Elle cherchait quelque chose à quoi se raccrocher, pour y focaliser toute son attention.
Elle essayait de ne pas penser au reste : son statut de prisonnière de cette maison, pour une durée indéterminée, les risques que courraient encore Harry et Ron, sans elle, et surtout son statut d'ex-prisonnière du Manoir Malfoy, et tout ce qu'il s'y était passé.
Elle resserra ses jambes contre son torse, pour se protéger. Elle ferma ensuite les yeux, avant de les rouvrir aussitôt. Elle avait l'impression que Bellatrix n'attendait qu'un moment de vulnérabilité pour attaquer de nouveau. Elle entendait presque son rire résonner dans la pièce. Elle voyait presque sa silhouette dans chaque recoin plus sombre, tapie dans l'obscurité, attendant son heure.
Transie de fatigue, Hermione finit par s'endormir aux premières lueurs de l'aube, lorsque les larmes qu'elle ne parvenait plus à retenir s'étaient finalement taries.
Bonjour à tous et à toutes !
Me voici ravie de vous proposer la suite de Wendy et ses garçons perdus. J'espère que ça vous a plu !
Merci à tous mes lecteurs, n'hésitez surtout pas à me dire ce que vous en pensez :)
Pour le rythme de publication, je vais essayer de poster un chapitre par semaine !
Bonne journée ! :)
