CHAPITRE 2 : Les ténèbres d'où nous venons
Il faudrait parvenir à cette sagesse élémentaire de considérer les ténèbres où nous allons sans plus d'angoisse que les ténèbres d'où nous venons. Ainsi, la vie prend son vrai sens : un moment de lumière.
- Paul Guimard, Le mauvais temps
- Où l'as-tu trouvée ? Où l'as-tu trouvée, sale sang-de-bourbe ?
Hermione n'entendait même plus les mots de la femme. Elle n'en comprenait plus le sens. Mais elle s'obstinait à répéter les mêmes paroles en boucle. Ou plutôt entre chaque hurlement qui lui déchirait la gorge.
- C'est une copie… Ce n'est pas la vraie… Nous l'avons trouvée… Une copie… Pas la vraie… Trouvée…
Elle ne savait pas pourquoi elle continuait. La femme ne la croyait de toute évidence pas. Peut-être était-ce simplement une façon de se raccrocher à quelque chose, de se créer une routine dans la souffrance, pour mieux la supporter, pour ne pas sombrer dans la folie.
- Sale sang-de-bourbe ! Avec ça, tu te souviendras de ton rang et de ta place, avant d'oser toucher aux objets des autres !
La jeune fille sentit son bras la brûler. Elle avait l'impression que la femme y plantait un couteau sans cesse, dans tous les sens. Elle n'osait pas regarder, de peur de ce qu'elle y trouverait. Ce fut l'homme qui lui lut les mots nouvellement inscrits dans sa chair.
- « Sang-de-bourbe ». Très réussi, Bellatrix !
On aurait pu croire qu'il commentait une œuvre d'art. Peut-être était-ce ainsi qu'ils la voyaient. Ça ne les avait pas empêchés de l'abîmer plus encore après.
- Ils t'ont abandonné à ton sort ! Pauvre petite sang-de-bourbe ! Tu verras quand le maître arrivera ! Nous allons nous régaler de ta souffrance ! Endoloris !
La douleur la cueillit d'abord au nombril. Avant de se répandre dans tout son corps. Elle avait l'impression que ses veines allaient exploser. Que son sang était remplacé par de l'azote liquide. Que ses muscles étaient devenus aussi solides et aiguisés qu'un diamant brut. Et toujours, le rire de Bellatrix résonnait jusqu'à ses oreilles, quasiment sans discontinuer, tant la femme s'amusait.
Elle avait perdu sa routine depuis longtemps, incapable de prononcer le moindre mot. Sa bouche était sèche. De temps à autre, de la bile remontait le long de sa gorge mais elle n'avait plus la force de vomir. Elle n'était même plus capable de hurler, pensait-elle régulièrement, avant qu'un nouveau sortilège de la femme ne la contredise.
Il fallait dire que la femme était plus qu'inventive et elle enchaînait les sortilèges en tous genres, causant toujours plus de douleur. La jeune fille aurait peut-être préféré qu'elle n'en change pas. Elle était persuadée qu'il était plus simple de s'habituer à une même souffrance qu'à plusieurs de sources différentes.
Elle était prostrée au sol. La femme n'était plus là. Mais son corps n'en avait pas conscience. Elle tremblait de toutes parts. Elle mit un long moment à réussir à entrouvrir les yeux. Tout ce qu'elle réussit à apercevoir furent les quelques mots gravés dans la chair de son bras. La femme avait placé un sortilège lui donnant l'impression que les mots se réécrivaient encore et encore, sans cesse, sans lui laisser le moindre repos.
- Endoloris ! Qui t'a donné la permission de dormir, vermine ?
Son corps se cambra dans un hurlement rauque. Combien de temps tiendrait-elle ainsi ? Combien de temps était déjà passé ?
- Miss Granger ! tonna une voix d'homme.
Hermione n'eut pas le temps de s'y accrocher tandis que Bellatrix continuait sa torture. Un cri éraillé lui échappa.
- Plus fort ! riait la femme. Endoloris ! Je veux t'entendre crier ! Endoloris !
Hermione se réveilla en sursaut. Un hurlement lui échappa. Des mains agrippaient fermement ses épaules et elle essaya de les repousser en vain.
- Non ! Lâchez-moi ! Non !
Elle se débattit violemment, essayant d'échapper à son bourreau. Elle savait que la douleur n'allait plus tarder. D'une minute à l'autre, son corps allait s'embraser. D'une minute à l'autre, son monde allait basculer dans la souffrance. Encore.
- Miss Granger ! Tout va bien. Vous êtes en sécurité. Vous n'y êtes plus. C'est fini.
Elle mit de longues secondes à comprendre les paroles de l'homme, qu'il répétait en boucle. Elle finit par se détendre légèrement. Au moins ne donnait-elle plus des coups dans tous les sens tandis que les mains de l'homme l'emprisonnaient toujours.
Ses larmes finirent par se tarir et son corps cessa progressivement de trembler. Sa vue se fit moins floue et elle réussit à reconnaître le visage qui se trouvait à quelques centimètres du sien, semblant chercher à croiser son regard.
En d'autres circonstances, elle aurait été particulièrement gênée que son ancien professeur la trouve dans cet état. Mais elle n'en avait plus la force. Aussi laissa-t-elle son corps s'effondrer dans les bras de Snape. Parce qu'elle avait besoin de réconfort mais ne savait comment le demander. Parce qu'elle espérait que la surprise de l'homme face à son geste lui offre quelques secondes d'apaisement dans ses bras.
Elle sentit Snape se raidir. Il ne s'écarta pas immédiatement pour autant. Et Hermione profita des quelques secondes qu'il voulut bien lui offrir. Se furent des toussotements sur le pas de la porte qui les ramena tous deux à la réalité de l'instant.
Leur étreinte se défit et Hermione ne put empêcher son cœur de se serrer. Elle n'aimait pas Snape. Elle ne l'appréciait même pas. Elle n'avait jamais réussi à déterminer dans quel camp se trouvait véritablement l'homme. Elle n'avait jamais compris les motivations qu'il pouvait avoir dans cette guerre, ce qui pouvait bien le pousser à agir. Et pourtant, elle s'était sentie en sécurité dans cette étreinte. Plus qu'elle ne s'était ainsi sentie depuis de longs mois, voire même de longues années.
Elle laissa ses yeux glisser vers la porte où Sirius les regardait. Elle ne croisa que brièvement son regard avant de détourner le sien. Elle ne voulait pas que les deux hommes la voient ainsi, comme si elle n'était qu'une petite chose fragile.
- Je vais aller prendre une douche, déclara Hermione pour inciter les deux hommes à partir.
Ils n'insistèrent pas, à son plus grand soulagement, et sortirent de la chambre quelques secondes plus tard. Hermione se leva dans la foulée et se rendit dans la salle de bain. Elle referma la porte derrière elle avant de se déshabiller et de se glisser sous la douche.
Le premier jet d'eau froide lui fit l'effet d'une claque. La température se réchauffa ensuite, jusqu'à devenir quasiment brûlante. Hermione ne bougea pas tout du long, espérant que l'eau emporterait avec elle les dernières bribes de son cauchemar.
Le rêve lui avait semblé tellement réel… Elle avait la sensation de véritablement sortir tout juste de la séance de torture. Ses muscles étaient endoloris, son cœur battait la chamade. Et elle pouvait encore entendre l'écho du rire de Bellatrix.
Elle sortit de la douche de longues minutes plus tard. Sa peau était rouge vif à cause de la chaleur de l'eau. Elle grimaça légèrement en s'essuyant mais n'y prêta pas plus attention. C'était presqu'agréable de pouvoir choisir de souffrir un peu en appuyant sur la peau sensible ou au contraire en évitant d'y toucher. Ça lui donnait en quelque sorte l'impression de se réapproprier son corps.
Elle finit par enrouler la serviette autour d'elle, attacha ses cheveux en un chignon lâche pour éviter qu'ils ne dégoulinent partout, et elle sortit pour rejoindre sa chambre. Elle resta un long moment devant l'armoire pour choisir sa tenue. Les vêtements déposés par Molly semblaient dater du siècle dernier tandis que nombre de ceux amenés par Tonks étaient bien trop sexy, étant donné les circonstances.
Elle finit par opter pour un simple short en jean, ainsi qu'un tee-shirt des Bizarr'Sisters qui lui dénudait une épaule tandis que la manche courte retombait sur son bras. L'air était magiquement réchauffé dans toute la maison si bien qu'Hermione ne ressentait pas réellement le besoin de se couvrir plus. Elle ajouta tout de même un gilet en laine à sa tenue, plus pour se cacher derrière qu'autre chose.
Elle se sentait moins vulnérable ainsi, moins à la portée de tous les regards. Elle était quelque peu mitigée entre une envie de montrer aux deux hommes qu'elle n'était pas brisée et en même temps une envie de disparaître à leur vue. Peut-être était-ce à cause de qui ils étaient et de leur passé commun.
Détachant ses cheveux pour qu'ils sèchent, Hermione se rendit dans la cuisine pour prendre son petit déjeuner, quasi certaine qu'elle y retrouverait les deux hommes. Ils étaient en effet attablés à son arrivée. Hermione ignora les regards qu'ils posèrent sur elle et se servit une tasse de chocolat chaud avant de s'installer à une place vide.
Elle aurait aimé faire comme si rien ne s'était passé. Ils ne lui en laissèrent pas l'occasion.
- Est-ce que ça va Hermione ?
- Oui, ça va mieux. Désolée de vous avoir réveillés.
- C'est normal de faire des cauchemars après ce que vous avez vécu. Mais il faut que vous surmontiez ça.
Pendant un instant, Hermione se demanda si Snape avait également été hanté par des images de la sorte. Elle savait qu'il avait vécu une expérience similaire, même pire. Sans doute pourrait-elle surmonter tout cela si lui-même avait réussi. Si tant est que le visage impassible qu'il affichait à présent ne cachait pas les démons qui le hantaient lui-même.
- Ça va aller… Merci, Professeur…
Une nouvelle fois, l'étrange grimace que faisait le maître des potions face au titre l'intrigua.
- Je ne suis plus votre professeur, miss Granger.
Elle ne sut que faire de cette remarque. Sans doute était-ce une invitation à ne plus utiliser le sobriquet. Ça ne l'aidait en tout cas pas à savoir comment elle était censée se référer à l'homme à présent. Sirius dû percevoir son trouble car il vint à sa rescousse.
- Je pense qu'on peut oublier les petits noms respectueux et tous se tutoyer, puisqu'on est amenés à vivre ensemble dans cette maison.
- Personne ne t'a demandé ton avis Black, rétorqua Snape plus par esprit de contradiction que par réelle conviction.
Hermione hocha simplement la tête en silence pour signifier son accord, même si elle n'était pas certaine de pouvoir l'appliquer avec Snape. Elle croisa brièvement son regard avant de détourner le sien. La façon qu'il avait de regarder les autres, comme s'il lisait le moindre secret en un regard, avait toujours perturbé Hermione.
Le reste du petit déjeuner se passa en silence. Hermione avait vaguement connaissance du passé qui unissait les deux hommes et elle se doutait que la cohabitation ne devait pas être facile entre eux.
La jeune fille se leva dès que tous eurent terminé de manger et elle entreprit de débarrasser la table. Elle déposa la vaisselle dans l'évier et commença à faire couler l'eau quand une remarque de Snape la fit sursauter malgré elle.
- Vous savez qu'il y a des sorts pour tout ça, miss Granger ?
Lui non plus ne semblait pas prêt pour le tutoiement. Rougissant, Hermione se retourna vers l'homme en croisant les bras sur sa poitrine, bien décidée à ne pas se laisser démonter.
- Au cas où cela vous aurait échappé, je n'ai plus ma baguette. Et puis de toute façon, je n'ai que ça à faire…
Un rictus déforma brièvement les lèvres de l'ancien professeur. Elle crut l'avoir rêvé tant il fut passager.
- L'Ordre a quelques baguettes de secours, nous leur dirons d'en déposer une.
Snape se détourna sur ses mots et sortit de la cuisine. Il marqua toutefois un temps d'arrêt au niveau de la porte et, un vague geste de la main plus tard, la vaisselle se faisait magiquement dans l'évier.
- Certains n'en ont cependant pas besoin, lança-t-il d'un ton moqueur tandis que la porte se refermait sur lui.
- Crâneur ! cracha Sirius à mi-voix.
Hermione ne releva pas mais ne pouvait contredire le parrain de son meilleur ami. La petite démonstration de Snape n'était que pure vantardise sur ce coup-ci.
Ça lui donna toutefois l'idée d'aller à la bibliothèque afin de s'entraîner à lancer un sort d'impassibilité sans baguette. Elle n'était pas bien sûre d'y parvenir mais elle ne voulait pas réveiller ses deux colocataires en hurlant toutes les nuits. Ne sachant pas quand elle pourrait récupérer une baguette, et n'ayant de toute façon rien d'autre à faire, ça lui semblait être l'occupation parfaite.
Il lui fallut la journée entière pour réussir à jeter le sort. Sa magie lui avait d'abord semblait particulièrement récalcitrante et elle avait mis cela sur le compte de ce qu'elle avait vécu. On ne ressortait pas indemne de plusieurs jours de torture, encore moins quand elle était infligée par Bellatrix Lestrange.
En début d'après-midi, après une pause pour grignoter un morceau, elle était parvenue à contrôler à peu près sa magie. Elle avait pu lancer quelques sorts basiques qu'elle s'était entraînée l'année passée à lancer sans baguette. Elle s'était ensuite attelée à jeter le sortilège d'impassibilité. Elle n'était parvenue à un résultat à peu près satisfaisant qu'à la nuit tombée.
Tout du long, elle n'avait pas revu les deux hommes de la maison. Chacun semblait occupé à ses propres activités. Sans doute évitaient-ils de passer trop de temps ensemble, pour ne pas s'entretuer. Elle les retrouva néanmoins lorsqu'elle descendit à la cuisine après avoir pris une rapide douche.
Elle était épuisée par la journée passée mais soulagée d'avoir trouvé une solution. Elle aurait bien sûr préféré ne pas avoir de cauchemar mais ça… Elle se doutait qu'ils la hanteraient jusqu'à la fin de ses jours. Au moins, le fait de se concentrer toute la journée sur sa magie avait eu le bénéfice d'éloigner les souvenirs qui la hantaient en continu.
Plus Hermione se rapprochait de la cuisine, plus elle entendait les voix des deux hommes s'élever tour à tour. Ils semblaient en pleine dispute, sans qu'elle ne parvienne, à partir de ce qu'elle percevait, à en déterminer la cause. Elle n'était pas bien sûre de toute façon qu'ils aient réellement eu besoin d'une raison pour commencer.
Elle hésita un instant sur la conduite à tenir. Valait-il mieux qu'elle retourne dans sa chambre et les évite ? C'était sans doute la conduite la plus sûre à tenir, compte tenu des éclats de voix qu'elle percevait. Elle n'en avait pourtant pas du tout envie. Elle ne voulait pas se retrouver seule.
Alors, prenant une profonde inspiration, elle ouvrit la porte de la cuisine et rejoignit les deux hommes. Ceux-ci s'interrompirent dès qu'ils l'aperçurent. Hermione eut un instant l'impression d'être une maman venant de prendre ses enfants la main dans le sac, ce qui était plus qu'étrange étant donné qu'ils avaient vingt ans de plus qu'elle.
Lançant un regard de dédain sur la bouteille d'alcool bien entamée et les verres vides qui étaient posés à côté, Hermione s'approcha simplement du frigidaire et l'ouvrit à la recherche d'un repas. Elle doutait que les deux hommes aient avalé quoi que ce soit de solide, aussi se lança-t-elle dans la concoction d'un repas pour trois.
Se faisant, elle lançait des regards, qu'elle voulait discrets, vers les deux hommes. Snape et Black n'avaient pas bronchés, coupés net dans leur dispute, sans doute n'osaient-ils pas continuer pour ne pas donner de mauvais exemple à la jeune fille. Ils étaient assis chacun à bout de la table, la bouteille de whisky trônant au milieu d'eux.
Hermione pouvait sentir leurs regards peser sur elle pendant qu'elle s'attelait à la préparation du repas. Elle avait un peu l'impression qu'ils attendaient, figés, qu'elle réagisse d'une quelconque façon. Comme des enfants ayant fait une bêtise, attendant la punition de leur mère. L'analogie était vraiment perturbante, considérant la réputation des deux hommes.
Sirius sembla se lasser le premier d'attendre. Hermione le vit du coin de l'œil attraper la bouteille et se resservir un verre. Aussi étonnant que cela lui parut, elle le vit ensuite repousser la bouteille en direction de Snape. Tournée telle qu'elle l'était, elle n'avait pas la possibilité de voir son ancien professeur de potion. Pour autant, elle entendit clairement le liquide se mettre à couler, signe qu'il se servait à son tour. Leur attrait pour l'alcool semblait surpasser la haine qu'ils se vouaient.
Quelques minutes plus tard, le repas était prêt. Hermione servit deux assiettes qu'elle attrapa et déposa tour à tour devant chacun des deux hommes avec autorité. Elle ne manqua pas les regards surpris qu'ils lui retournèrent mais décida de les ignorer. Elle alla se servir elle-même une assiette et s'installa, tout en déposant une bouteille d'eau au centre de la table.
- Bon appétit.
Elle n'attendit pas de réponse avant de commencer à manger. C'était plus difficile qu'elle ne l'aurait cru, tandis que les deux hommes n'avaient pas bougés, les yeux rivés sur elle. Il fallut de longues minutes avant que Snape ne se décide à réagir.
- Inutile de chercher à nous materner, miss Granger. Inutile aussi de vous sentir supérieure à nous, je tiens le pari que dans moins d'une semaine nous vous retrouverons complètement ivre en train de vomir vos tripes.
- Fous-lui la paix, Servilus.
- Je ne t'ai pas adressé la parole, sale cabot pouilleux.
- Oh si ça seigneurie ne s'adresse pas à moi, je…
- Je ne cherche pas à vous materner, le coupa Hermione. Mangez si vous voulez, ou pas. Bourrez-vous la gueule, ou pas. Je m'en fiche complètement. Mais si vous pouviez arrêter de vous disputer au moins le temps que je mange, ce serait vraiment gentil de votre part.
Son ton s'était fait de plus en plus froid au fur et à mesure et Hermione s'étonna elle-même de ne pas se sentir gênée à l'idée de la façon dont elle s'adressait à eux. Ils lui rappelaient un peu Harry et Ron, lors de leur quatrième année, quand les deux garçons s'étaient disputés quasiment toute l'année. Encore une fois, ça la perturbait de comparer les deux hommes à ses amis. Elle avait l'impression de découvrir une toute nouvelle facette des deux hommes, qu'elle n'aurait jamais ne serait-ce qu'imaginé avant.
Elle reprit une bouchée sans regarder ni l'un, ni l'autre. Il ne fallut qu'une minute pour qu'elle les entende se mettre à manger. Elle dut faire un gros effort sur elle-même pour ne pas se mettre à sourire face à cette petite victoire. Elle savait que Snape ne manquerait pas ce geste et qu'il le prendrait mal. Elle n'avait pas envie d'envenimer la situation qu'elle venait juste de parvenir à calmer.
La fin du repas se passa en silence. Hermione n'aurait su de toute façon quoi raconter aux deux hommes. Elle commençait à les voir sous un autre jour mais elle était loin d'être à l'aise. Parfois, ils lui faisaient penser à ses deux meilleurs amis, mais elle mettait ça sur le fait qu'ils lui manquaient terriblement. En tout cas, elle n'était pas bien sûre de comment s'intégrer à cette colocation. Elle avait pourtant l'impression que ça pourrait l'aider à se remettre de ce qu'elle avait vécu.
Elle savait que tout ça l'avait changée. Peut-être parviendrait-elle à se redéfinir auprès des deux hommes. Peut-être qu'en prenant exemple sur eux, en comprenant comment ils avaient eux-mêmes surmonté leurs démons, si tel était bien le cas, elle pourrait faire de même.
Lorsque le repas fut fini, Sirius rangea tout d'un coup de baguette et Hermione ne s'attarda pas dans la pièce. Ne voulant pas pour autant rejoindre sa chambre, elle se posa dans un fauteuil dans le salon et passa un plaid sur ses jambes. De là où elle était, elle pouvait voir l'extérieur de la maison et elle se perdit dans la contemplation de la rue où régnait l'obscurité de la nuit. Elle aurait préféré être près d'une rue plus animée car encore une fois, rien ne parvenait à retenir son attention.
Elle attrapa alors la télécommande du petit poste de télévision qu'Arthur Weasley avait installé et commença à zapper sur les différentes chaînes à la recherche d'un programme intéressant. Elle finit par se laisser tenter par une série policière et passa sa soirée devant. Elle n'entendit pas les deux hommes monter mais, lorsqu'elle finit par se décider à aller se coucher, la cuisine était vide.
Encore une fois, elle eut le plus grand mal à s'endormir, hantée par ses souvenirs et la peur qu'ils lui infligeaient. Elle se réveilla quelques heures après seulement, tremblante et moite, et fut soulagée d'avoir réussi à placer le sortilège d'insonorisation. Elle se précipita aux toilettes pour vomir les restes de son cauchemar avant d'aller prendre une longue douche.
Lorsqu'elle en ressorti, une simple serviette enroulée autour de son corps nu, ses cheveux humides retombant sur ses épaules, elle ne s'attendait pas à croiser Snape dans le couloir, en retournant dans sa chambre. Hermione s'arrêta une seconde au milieu du couloir, surprise, lorsque Snape sortit de sa propre chambre. Leurs regards s'accrochèrent avant qu'ils ne se détaillent l'un l'autre, tour à tour.
L'homme était déjà habillé, prêt à entamer sa journée. Il portait une chemise bleu nuit ainsi qu'un pantalon noir. Ses cheveux noirs retombaient de chaque côté de son visage, effleurant ses épaules. Hermione avait presque du mal à reconnaître en lui son ancien professeur tant il semblait différent de l'homme qu'elle avait côtoyé à Poudlard.
Hermione perçut clairement le regard de l'homme qui s'attarda sur ses jambes nues et le haut de son torse, ainsi que sur la serviette, qu'elle trouvait soudain ridiculement petite. Gênée, elle tira légèrement sur la serviette avant de foncer dans sa chambre, dont elle n'était plus qu'à quelques pas, sans dire un mot. La jeune fille s'appuya contre le battant lorsqu'elle le referma sur elle.
Pourquoi diable son cœur battait-il si fort ? Ce n'était rien de bien grave, elle était bien plus dévêtue lorsqu'elle passait des étés à la plage avec ses parents. Elle sentait pourtant son ventre se tordre, sans bien savoir si c'était réellement dû à la gêne qu'elle avait ressentie vis-à-vis de la situation. Parce qu'il ne s'agissait pas de ses parents. Et parce que c'était la première fois que quelqu'un la regardait avec un tel regard.
Et surtout, parce qu'il était plus que perturbant de penser que Severus Snape, la terreur des cachots, son ancien professeur de potion, l'avait regardé, elle, ainsi. Elle n'était pas bien sûre de vouloir analyser tout ça et réfléchir à ce que ça pouvait bien signifier. Elle n'était pas bien sûre non plus de ce qu'elle-même ressentait par rapport à tout ça. Parce que malgré tout, elle aurait menti si elle avait dit ne pas apprécier ce regard.
Il était plaisant pour une jeune femme de savoir que son corps plaisait à la gente masculine, qui qu'en soit le représentant. Mais surtout, pour la première fois depuis quelques jours, elle s'était sentie différente, loin de la fille brisée que Bellatrix l'avait faite devenir. Elle s'était vue plus femme sous le regard de l'homme. Plus forte aussi. Et peut-être que la version d'elle qu'il avait vue était capable de s'en sortir et de surmonter tous ses démons.
Hermione ne recroisa l'homme qu'au moment du repas du midi. Elle s'était vêtue d'une robe lui arrivant aux genoux et disposant de manches longues. Celle-ci pouvait paraître sage - Hermione ne souhaitait pas vraiment rappeler à l'homme leur rencontre matinale - mais elle mettait en valeur ses formes - Hermione n'était pas non plus contre le fait qu'il la regarde de nouveau tel qu'il l'avait fait.
Il y eut un moment de flottement lorsqu'elle pénétra dans la cuisine. Elle sentit ses joues rougir légèrement tandis qu'il l'avait de nouveau détaillée de haut en bas. Elle n'avait toutefois pas retrouvé la même intensité dans son regard que le matin, ce qui n'était pas plus mal étant donné la présence de Black dans la pièce. Snape avait rapidement détourné le regard. Il avait toutefois pris le temps de croiser celui de la jeune fille avec un rictus amusé aux lèvres. C'était une expression que jamais Hermione n'aurait cru voir sur le visage de Snape, encore moins dirigée à son encontre.
Ne sachant comment réagir, pas bien sûre qu'il n'était pas en train de se moquer d'elle, elle était passée outre avec autant de nonchalance qu'elle était capable de simuler. Elle s'était attelée à la préparation du repas avant qu'une remarque de Black, faite sur un ton moqueur, ne la fasse s'interrompre.
- Tu sais que la politesse veut qu'on dise bonjour lorsqu'on croise quelqu'un pour la première fois de la journée, Hermione ?
- Miss Granger ne semble pas très portée sur cette règle. C'est tout juste si elle ne fuit pas quand on la croise.
- Bonjour à vous deux, répondit simplement Hermione.
Elle espérait que sa voix ne flanchait pas. Snape venait-il réellement de faire allusion à leur rencontre du matin même ? Elle avait presque l'impression qu'il appréciait de l'embarrasser, ce qui était certainement le cas. Mais elle n'était pourtant pas sûre de ce qu'il cherchait. Flirtait-il avec elle ? Elle repoussa l'idée avant même qu'elle ne s'inscrive totalement dans son esprit. C'était beaucoup trop perturbant.
Elle reprit là-dessus la préparation du repas, concentrant son esprit sur les aliments plutôt que sur les pensées parasites qui semblaient ne pas vouloir la quitter. Ils mangèrent tous ensemble une vingtaine de minutes plus tard. Arthur leur avait apporté un poste de radio quelques semaines plus tôt. Une émission passait en bruit de fond pendant le repas, comblant le silence installé entre les habitants de la maison.
Le reste de la journée passa sans anicroches. Snape s'était enfermé tout l'après-midi dans le laboratoire de potions qui avait été aménagé afin de refaire les stocks de l'Ordre. Black quant à lui s'était installé dans le salon, les yeux rivés sur l'extérieur. Hermione enfin avait passé son après-midi dans la bibliothèque, penchée sur ses recherches pour quitter la maison.
Recherches qui n'avaient pas été très concluantes et Hermione ne pouvait s'empêcher de culpabiliser vis-à-vis de ses amis. Elle espérait de tout son cœur que Ron et Harry aient reçu sa lettre et pris en compte ses conseils. Elle s'en voulait de rester dans cette maison, à l'abri, alors qu'ils prenaient encore tant de risques. Elle savait au fond qu'elle n'avait pas le choix. Mais peut-être que le vrai cœur du problème était ce léger soulagement qu'elle ressentait. Parce qu'elle ne pouvait nier qu'elle n'avait pas vraiment envie de retourner à l'aventure après ce qu'elle avait traversé.
La jeune fille descendit dans la cuisine en début de soirée. Comme à son habitude depuis deux jours, elle prépara un repas pour trois en allumant le petit poste de radio. La musique et la préparation du repas l'aidait à focaliser ses pensées. Elle entendit Black et Snape la rejoindre quelques minutes avant que le tout soit prêt. Ils s'installèrent à table et elle vit les assiettes s'envoler des placards tandis que la table se mettait magiquement. Sans rien dire, elle apporta le plat à table et en servit trois parts.
Ils commencèrent ensuite tous à manger en silence, comme à leur habitude. La présence des deux hommes réconfortait Hermione, même s'ils ne disaient rien, car elle avait tendance à se sentir bien seule. Une remarque de Snape la sortit de ses pensées, la surprenant alors que le silence régnait habituellement pendant leurs repas.
- Vous devriez vous entraîner à la magie sans baguette et aux informulés tant que vous êtes ici, miss Granger. Black et moi-même pourrions vous aider.
- Ravi que tu reconnaisses enfin mes talents !
- Je pourrai vous montrer la marche à suivre et Black vous montera tout ce qu'il ne faut pas faire.
Sirius eut un petit reniflement méprisant.
- Ne l'écoute pas Hermione. Mais je trouve que c'est une bonne idée ! Je me verrai bien professeur !
- Merlin, quelle catastrophe ce serait !
- Tu peux parler, est-ce que tu sais au moins comment les élèves te surnomment ?
Hermione arrêta d'écouter les deux hommes tandis que la discussion s'envenimait. Elle était surprise par la remarque initiale de Snape. Surprise qu'il lui propose son aide et surprise qu'il la pense capable de maîtriser cette branche de la magie. Elle savait qu'il ne proposerait pas son aide si ce n'était pas le cas. L'homme ne faisait jamais rien qui représentait une perte de temps.
Elle reporta son attention sur les hommes lorsqu'elle remarqua qu'ils la regardaient tous deux fixement. Un peu comme quand Harry et Ron se disputaient et qu'ils attendaient tous deux qu'elle prenne leur parti.
- Quoi ?
- La concentration d'un poisson rouge ! N'êtes-vous pas capable de suivre une conversation de plus de deux minutes ?
- On te demandait avec qui tu voulais commencer ?
- Commencer ? questionna Hermione, déstabilisée.
Elle avait complètement perdu le fil de la conversation, perturbée par les rapprochements qu'elle faisait entre ses meilleurs amis et ses colocataires.
- Pour apprendre la magie sans baguette ! s'exaspéra Snape. Mais je ne suis plus très sûr que ce soit une bonne idée.
- Oh ! Euh… je pense que je vais commencer par moi-même et je viendrai vers vous si j'ai des questions.
- N'hésite pas…
- Ce n'est pas en lisant des livres que vous y parviendrez, ça demande beaucoup de pratique et de concentration.
- Et comment as-tu appris toi ? Si je me souviens bien, tu étais tout le temps le nez plongé dans les livres à son âge !
- Inutile de se souvenir où était plongé le tien.
Hermione ne put s'empêcher de rougir face au sous-entendu de Snape. Elle camoufla sa gêne en portant son verre d'eau à sa bouche. Les deux hommes ne lui prêtèrent de toute façon pas la moindre attention, s'étant déjà relancés dans l'une de leurs disputes quotidiennes.
La jeune fille attrapa une orange dans la corbeille à fruits disposée au centre de la table et commença à l'éplucher laborieusement pour la déguster en guise de dessert. Se faisant, elle écoutait la musique qui sortait de la radio, n'ayant pas envie d'accorder de l'attention aux propos que tenaient les deux hommes. Elle était de toute façon particulièrement concentrée sur son fruit, qu'elle essayait de ne pas massacrer.
A l'aide de son couteau, elle s'efforçait d'éplucher l'orange sans enlever trop de pulpe et surtout, sans faire gicler du jus de tous les côtés. Elle ne put retenir un petit cri lorsque l'orange lui fut soudainement enlevée des mains. Snape la posa brusquement sur la table devant elle.
- Diffindo, lança-t-il avec un petit mouvement de poignet.
Une entaille parcourut alors le fruit sur toute sa hauteur, assez profond pour que l'ensemble de la peau soit touché mais pas la pulpe.
- A votre tour.
Avec toute la bonne volonté dont elle était capable, Hermione s'y essaya une bonne dizaine de fois, en vain.
- Sois plus souple sur ton poignet.
- Il faut que vous sentiez la magie parcourir votre corps et la plier à votre volonté.
- Mets un peu plus de force dans tes paroles.
- Le sort ne fonctionnera que si vous le souhaitez vraiment. Trouvez une motivation.
- Essaye peut-être en fermant les yeux pour visualiser l'effet.
- Inutile de tourner autant votre poignet.
- Assez ! s'écria finalement Hermione en reprenant son orange et son couteau. Je n'arriverai à rien en vous ayant tous les deux sur mon dos à commenter le moindre geste. Je m'entraînerai et je reviendrai vers vous si j'ai une question.
- Gryffondors insolents… Incapable d'apprécier l'aide qu'on peut leur apporter.
- Ce n'est pas de l'aide, vous ne faites que critiquer.
- Ce ne sont que des conseils Hermione.
- Vous êtes aussi mauvais professeurs l'un que l'autre. Et c'est encore pire quand vous êtes ensemble ! Tourne ton poignet, ne le tourne pas ! Comme ça ! Parle plus fort, avec plus de conviction ! Diffindo ! Pense plus fort ! Diffindo ! Crois-y plus !
Aussi étonnant cela soit-il, Snape laissa échapper un petit rire. Hermione ne put s'empêcher de le dévisager, les yeux grands ouverts comme des soucoupes.
- Peut-être que nous sommes de mauvais professeurs mais votre orange est épluchée.
Il fallut quelques secondes à Hermione pour comprendre le sens de ses paroles. Elle baissa les yeux sur son fruit et ne put que réaliser qu'il avait raison. Quelque part dans son énervement, le sort avait dû fonctionner.
Elle ne put s'empêcher de retourner un grand sourire aux deux hommes.
- J'ai réussi !
Bien sûr, elle savait qu'elle était capable de magie sans baguette, pour avoir lancé le sort d'insonorisation ainsi. Mais elle avait pensé n'y parvenir qu'à cause de ce qu'elle avait vécu et de la peur qu'elle ressentait. A présent, elle commençait à comprendre qu'elle pouvait davantage croire en ses capacités.
Black lui retourna un grand sourire. Snape lui fit l'un de ses haussements de sourcil si particulier, la regardant d'un air supérieur, comme pour lui faire admettre qu'encore une fois, il avait raison depuis le début. Reportant son attention sur son fruit, Hermione l'ouvrit, attrapa un quartier et le dégusta, fière de sa réussite.
Les deux jours suivant passèrent relativement rapidement. Hermione s'entraînait le matin avec Snape, l'après-midi avec Black. Elle commençait par les sorts les plus élémentaires, plus simples et complexifiait les choses peu à peu. Ça lui permettait aussi de se sentir moins seule et c'était une bonne façon d'occuper son esprit. Peut-être avait-ce été là l'idée de base de Snape. Elle ne pouvait que le supposer.
Elle apprenait en tout cas à mieux connaître les deux hommes, en les côtoyant pendant les entraînements et pendant les repas. Elle se rendait compte à quel point l'image qu'elle avait pu avoir d'eux avant été éloignée de la réalité. Elle avait de plus en plus de mal à se souvenir qu'ils étaient les mêmes personnes que celles qu'elle avait connues avant, surtout concernant Snape.
Le matin du troisième jour, Hermione crut qu'elle allait mourir de honte au milieu du couloir. Elle s'était levée un peu plus tôt que l'habitude qu'elle avait prise, réveillée par un violent cauchemar. Elle avait alors décidé d'aller prendre sa douche et était sortie en nuisette, sa serviette serrée contre elle, pour rejoindre la salle de bain.
Elle avait la main sur la poignée de la porte quand Black sortit de la pièce, une serviette enroulée autour de ses hanches, ses cheveux humides retombant sur ses épaules. Il marqua un temps d'arrêt en la découvrant. Hermione ne put empêcher son regard de glisser sur le torse et les bras tatoués de l'homme, descendant même sur ses jambes, en passant par la partie de son anatomie cachée par la serviette. Elle était rouge tomate lorsqu'elle reporta finalement son regard sur le visage de l'homme.
- La vue te plaît, Hermione ? se moqua Black d'une voix grave.
Hermione ne put faire autre chose que nier d'un geste de tête, n'ayant pas assez confiance en sa voix pour essayer de parler. L'homme s'écarta légèrement du battant de porte en souriant pour lui laisser la possibilité d'entrer dans la pièce. Il en resta toutefois suffisamment près pour qu'elle soit obligée de le frôler pour passer.
Elle était forcée de reconnaître qu'il flirtait avec elle. Parce qu'elle voyait son regard parcourir son propre corps. Et qu'elle percevait l'éclat fiévreux dans l'orage des yeux de Black. Cela devait faire de longues années qu'il n'avait pas eu l'occasion de se retrouver ainsi avec une femme, même si Hermione n'en était pas encore tout à fait une. Elle ne doutait pas qu'il ait joué plus d'une fois le même jeu de séduction lorsqu'il était plus jeune à Poudlard.
C'est en tout cas ce qu'avait sous-entendu Snape, se souvint Hermione.
Elle ne put s'empêcher de frissonner en passant entre le corps de Black et le montant de la porte. Elle entendit clairement le murmure de l'homme tandis qu'elle refermait la porte sur elle.
- Pour moi en tout cas, c'est le cas.
Comment était-elle censée réagir à ça ? Elle se prit à penser que l'Ordre n'avait certainement pas envisagé toutes les possibilités en l'enfermant ainsi dans une maison avec les deux hommes. Parce que même si elle n'était pas tout à fait une femme, elle n'en était vraiment plus très loin. Son corps était déjà celui d'une femme et elle était bien plus mature que les autres gens de son âge. Devait-elle s'inquiéter ? Devait-elle en parler à quelqu'un ?
Hermione n'était pas novice en la matière, elle avait déjà eu plusieurs baisers et surtout une relation, avec Victor Krum, lors de sa cinquième année. Elle n'avait jamais dévoilé à ses amis jusqu'où ils avaient été ensemble. Harry et Ron pouvaient être tellement prudes parfois !
Mais ces quelques bribes de relation lui faisaient d'autant plus apprécier le corps des hommes avec qui elle partageait la maison. Elle avait parfaitement conscience que la situation était étrange. Elle n'oubliait pas qu'ils étaient son professeur et le parrain de son meilleur ami, du moins la plupart du temps.
Hermione prit une longue douche, décidant de laisser ces questionnements de côté pour le moment. Tant que ce n'était que du flirt, ça ne pouvait faire de mal à personne. Il fallait avouer que c'était très efficace pour lui changer les idées, aussi étrange que ça puisse être.
Elle passa la matinée à s'entraîner plus ou moins efficacement. Snape préparait une potion dans le laboratoire et il ne vint voir son avancée que trois fois pendant la matinée. Sans doute avait-il compris également qu'elle n'avait pas vraiment la tête à ses entraînements vu le peu de réussite qu'elle en ressortait. A midi, elle abandonna tout simplement et se rendit dans la cuisine pour préparer le repas.
Un éclat de rire en provenance du salon la fit s'interrompre. Déjà parce que les deux hommes ne riaient pas, encore moins ensemble. Et surtout parce que la tonalité féminine du rire indiquait la présence d'un autre membre de l'Ordre. Hermione abandonna le repas et s'approcha du salon.
Black et Snape étaient assis dans les fauteuils et canapés. Tonks et Lupin leur faisaient face. Hermione aurait reconnu la chevelure rose de la jeune femme partout. Elle pénétra dans la pièce pour aller la saluer ainsi que son ancien professeur.
Tonks la serra dans ses bras et Hermione prit de ses nouvelles. L'accouchement était prévu d'ici quelques jours et la jeune femme semblait particulièrement fatiguée. La brune s'installa ensuite dans un fauteuil, évitant volontairement la place à côté de Black sur le canapé. Elle se sentit rougir légèrement en repensant à la scène du matin même et détourna les yeux pour le cacher.
Se faisant, elle croisa malgré elle le regard amusé de Black. Son air lubrique, faisant écho à ses propres pensées, la fit rougir encore plus et elle regretta de ne pas être restée plus longtemps dans la cuisine. Nul doute que Black était en train de repenser à la même chose.
- Alors qu'est-ce qui vous amène ? demanda Hermione pour ne pas s'appesantir sur le cours de ses pensées.
- On t'a ramené des baguettes qu'on a réquisitionnées au ministère. On va voir si l'une d'elles peut te convenir !
Un grand sourire étira les lèvres de la jeune fille à la nouvelle. Elle avait l'impression qu'elle allait retrouver un morceau d'elle-même. Même si elle progressait en magie sans baguette, c'était épuisant et difficile à utiliser au quotidien. Elle attrapa avec joie les boîtes que Tonks lui tendit et elle n'hésita pas un instant avant de commencer à essayer les baguettes. Elle savait qu'elle ne retrouverait jamais une baguette aussi adaptée que sa précédente mais elle espérait en trouver une suffisamment satisfaisante.
Elle ignora le regard exaspéré et réprobateur de Snape vis-à-vis de ce qu'il semblait trouver être une trop grande expansion de joie de la part de la brune. Elle passa de même outre les regards amusés que Sirius, Remus et Tonks posèrent sur elle.
La première baguette qu'elle tint en main fit exploser un vase posé dans un coin du salon. La seconde alluma un puissant feu dans la cheminée que la troisième éteignit par des trombes d'eau qui envahirent l'âtre. Un rapide sort de Snape permit de limiter les dégâts pour le reste de la pièce.
Hermione soupira mais continua les essais. Au bout de neuf baguettes essayées sur les dix qu'avait ramenées Tonks, Hermione était à deux doigts de désespérer. Aucune n'avait donné de bon résultat et elle craignait que la dernière n'en fasse de même.
Tonks lui tendit délicatement la dernière boîte avec un petit sourire pincé. Elle devait certainement être en train de penser de même. Hermione ouvrit la boîte et attrapa la baguette, déjà presque résignée. Elle balança son bras et fit un geste du poignet sans grande conviction.
Un vent puissant envahi la pièce, faisant trembler la baguette dans sa main. Hermione s'y agrippa, refusant de dire adieu à son dernier espoir de retrouver un peu de liberté. Le vent finit par se calmer légèrement. Il fallut plusieurs secondes, pendant lesquelles les quatre adultes semblaient hésiter à intervenir, pour que le vent s'estompe totalement. Hermione garda la baguette en main, prudente.
Elle laissa son regard passer sur les visages des trois hommes avant de regarder à son tour Tonks. Ils semblaient tous attendre que quelque chose d'autre se produise. Et pourtant, Hermione avait l'impression que la baguette s'était rangée à sa volonté et la reconnaissait finalement comme son maître.
Elle leva un peu plus le bras et tendit la baguette en direction du vase brisé.
- Reparo !
Un rayon lumineux sortit de la baguette et alla frapper les morceaux de céramiques. Ils se mirent à trembler avant de finalement s'envoler pour venir reconstituer le vase. Un grand sourire étira les lèvres d'Hermione quand celui-ci se reposa au sol, intact.
Tonks répondit à son sourire et attrapa la boîte à présent vide pour la ranger dans son sac.
- Il semblerait que tu ais trouvé ta nouvelle baguette !
Le sourire d'Hermione s'effaça tandis que son regard se posait sur la boîte. Le nom de l'ancien propriétaire était indiqué dessous, devenu visible lorsque Tonks avait retourné la boîte pour la ranger. Son changement d'humeur interpella Tonks qui lui lança un regard intrigué.
- Est-ce que ça va, Hermione ?
La main de la jeune fille tremblait et la baguette tomba à ses pieds dans un bruit sourd. Les souvenirs revinrent en force dans son esprit sans qu'elle ne puisse les en empêcher. La vision du nom, et tout ce que cela impliquait, avait fait flancher toute sa concentration pour les maintenir enfermés.
- Miss Granger !
Le ton brusque de Snape attira son attention et Hermione se tourna vers lui, le regard flou et incertain.
- Inutile de vous mettre dans cet état. La baguette est la vôtre à présent. Ça ne signifie rien d'autre.
Sirius, Remus et Tonks leur jetèrent des regards incrédules, ne comprenant pas la conversation qu'ils tenaient. Hermione n'arriva même pas à s'étonner que l'homme ait compris ce qui la tourmentait directement.
Sans doute avait-il perçu le nom de Bellatrix Lestrange sur la boite en même temps qu'elle. Ou peut-être avait-il simplement reconnût la baguette de la femme. Revivait-il lui aussi dans son esprit ce qu'il avait dû vivre sous cette baguette. Hermione ne pouvait l'oublier en tout cas, malgré les quelques jours qui étaient passés depuis. Elle doutait le pouvoir un jour.
Elle se doutait bien que tout cela n'avait aucune signification. Mais pourquoi donc était-ce l'ancienne baguette de la mangemort qui lui avait convenu après tout ce qu'elle lui avait infligé ? Trouvait-elle en elle des traces de la magie de Bellatrix ? Ou bien y avait-il d'autres raisons plus profondes derrière tout cela ?
- Miss Granger, regardez-moi !
Hermione releva les yeux sur l'homme. Elle mit de longues secondes à comprendre que sa vision était altérée par les larmes qui débordaient de ses yeux. Elle les essuya d'un geste mou sans parvenir à les retenir pour autant.
- Ça ne signifie rien du tout, vous comprenez ? Lorsqu'une baguette est arrachée à son propriétaire, elle l'oublie instantanément pour faire de son saisisseur son nouveau maître. Elle vous a résisté un peu au début car vous n'êtes pas celle qui l'a récupérée. Mais votre magie lui convient, et votre volonté, donc elle a choisi de vous obéir. Point.
- Est-ce que je lui ressemble ?
- Non… Loin de là…
Un silence s'installa dans le salon. Les trois autres n'osaient bouger, ayant fini par comprendre où était le problème et ne sachant comment réagir. Snape finit par se lever et sortit de la pièce quelques instants avant d'y revenir, une fiole de potion dans la main.
- Prenez ça.
Hermione l'attrapa d'une main tremblante et la débouchonna. Un rapide coup d'œil, associé à l'odeur qu'elle percevait, lui suffit pour reconnaître le liquide. Elle avala le contenu de la fiole d'un trait, sans marquer la moindre hésitation.
Il ne fallut que deux secondes supplémentaires avant que son esprit ne s'embrume et que les contours de la pièce deviennent flous. Tout juste perçut-elle la remarque que Snape lui adressa de son ton professoral.
- J'ose espérer que vous avez reconnu cette potion avant de l'avaler aveuglément, miss Granger.
Ensuite, il n'y eut rien d'autre que le néant. La potion de sommeil-sans-rêve avait déjà fait effet.
Bonjour à tous et à toutes !
Je profite d'avoir un peu de temps pour vous poster ce nouveau chapitre avant que ne commence la course des fêtes de fin d'année ! J'espère que la lecture vous aura plu !
Pour le suivant, je vais essayer de la mettre en ligne en fin de semaine prochaine, en espérant trouver un peu de temps mais il est déjà écrit donc j'ai juste besoin d'une bonne relecture, ce qui devrait être réalisable !
En attendant, je vous souhaite à tous un joyeux noël ! Et encore une fois, je tiens à vous remercier pour vos review qui me font chaud au cœur et me motivent à continuer !
Et pour finir, petite réponse à Rox : Merci beaucoup pour ta chaleureuse review ! Snape est un peu OOC oui, mais avec ce que je lui ai fait vivre, j'estime qu'il a le droit d'être un peu plus... humain, ou un peu moins renfermé en tout cas ! xD Quant à Sirius et Remus, j'estime aussi qu'ils ont quand même beaucoup trop de non-dits pour reprendre leur relation d'amitié comme si de rien n'était. En espérant que la suite te plaise !
