Chapitre 7 : Dragon
Il n'est pas prudent d'écarter de ses calculs un dragon vivant, quand on est près de lui.
- J.R.R. Tolkien
Hermione rit légèrement en disparaissant dans la cuisine. Elle espérait que sa petite révélation permettrait à la relation qu'elle partageait avec ses deux garçons perdus de perdurer. Elle craignait plus que tout qu'ils réalisent l'inconvenance de tout cela et qu'ils veuillent y mettre un terme. Mais pour le moment, tout semblait partir sur de bonnes bases. Sans doute parce qu'au final, ils avaient tous les trois besoin de quelque chose comme ça.
Leur passé les avait chacun marqué de façon profonde. Sans doute la voyaient-ils comme leur exutoire, leur moyen de racheter leur peine. Son rôle était de penser leurs plaies, de les sauver, avant qu'ils ne soient libérés de cette maison. Et le leur était de la sauver, elle.
S'asseyant à la table de la cuisine, Hermione rédigea rapidement un mot pour Charlie, lui expliquant qu'elle aimerait en savoir plus sur les dragons se trouvant à Gringotts. Elle mit cela sur le fait qu'elle s'ennuyait terriblement, ici enfermée dans cette maison avec deux hommes adultes avec qui il lui était difficile de discuter du fait de leur grande différence d'âge.
Bien sûr, elle n'en pensait pas un mot. Oh ! Comme elle aurait aimé rester seule à tout jamais avec ses deux garçons perdus ! Comme elle souhaitait pouvoir oublier tout le reste !
Mais elle ne pouvait oublier ses amis et elle ne voulait pas éveiller les soupçons de Charlie. Elle espérait de tout cœur qu'il répondrait favorablement à sa requête. Et que ses deux colocataires se comporteraient bien lors de la visite du jeune homme.
Elle donna le mot à Jelly, la chouette que lui avait apportée Elphias le midi même et la regarda s'envoler par la fenêtre d'un air mélancolique. Une part d'elle aurait souhaité pouvoir faire comme ce hibou et simplement battre des ailes pour s'échapper de cet endroit. Soupirant, elle attrapa la cape qui traînait près de la porte fenêtre de la cuisine et sortit dans le minuscule jardin qui s'étendait derrière la maison.
La fraîcheur de l'air lui fit l'effet d'une claque, lui rappelant que le temps n'avait pas arrêté son cours à l'extérieur des murs de la maison. Elle frissonna et resserra les pans de la cape autour de son corps peu couvert, et certainement pas assez pour une telle température. Cela ne l'empêcha pas de rester ainsi de longues minutes, profitant de l'air sur son visage. Il y avait bien longtemps qu'elle n'était pas sortie, cela lui avait manqué.
Elle ne put empêcher une larme de couler le long de sa joue. Elle ne savait pas vraiment pourquoi elle pleurait. Mais cela lui faisait du bien, chassant pour un temps la mélancolie qu'elle ressentait et la peur qu'elle éprouvait pour Harry et Ron. Allaient-ils s'en sortir ? Une part d'elle aurait souhaité être encore à leurs côtés.
Une autre part ne cessait de lui remémorer les événements du Manoir Malfoy, comme un souvenir de la dangerosité de l'aventure. Un rappel d'à quel point le monde peut être cruel et que la mort n'est jamais bien loin, cachée dans les recoins sombres.
Enfin, une dernière part d'elle-même n'avait de cesse de lui souffler qu'elle n'aurait pas connu les récents évènements si elle n'avait pas été enfermée ici. Et elle ne pouvait empêcher son cœur de se serrer en pensant à ça.
Essuyant les quelques larmes ayant débordé de ses yeux, la jeune femme était bien incapable de dire laquelle de ces parts d'elle-même était la plus forte et lui dictait le plus son comportement. Elle avait parfois l'impression de ne plus se reconnaître depuis quelque temps. D'abord brisée, puis sous-estimée, puis appréciée à nouveau mais par des personnes dont elle n'aurait jamais imaginé être proche un jour. A quel point toute cette histoire l'avait-elle fait changer ?
Elle sursauta en sentant des bras entourer sa taille. Elle baissa son regard sur les manches de la chemise blanche que Sirius portait plus tôt, reconnaissant sans mal les mains de l'homme qui la serrait contre lui.
- Ne pleure pas Hermione…
C'était à peine un murmure, une supplique silencieuse. Sirius ne savait comment réagir. Il s'était simplement rendu dans la cuisine pour prendre un peu de thé, légèrement anxieux de se retrouver seul avec Hermione après la scène qu'elle venait de leur jouer.
Il ne savait pas vraiment comment gérer les récents évènements. Il ne regrettait rien, loin de là. Mais il se surprenait lui-même en agissant comme il le faisait avec cette jeune femme qu'il avait quelque peu vu grandir. Cette fille qui n'avait encore que dix-huit ans mais aurait aussi bien pu être aussi âgé que lui tant elle pouvait parfois se montrer mature. Ou lui-même immature, tout restait relatif…
Après tout, il avait à peu près arrêté de vivre au même âge qu'elle avait à présent, à deux ans près, quand il avait été enfermé à Azkaban. C'était de même pour Snape qui s'était caché derrière un masque depuis tout ce temps. Aucun d'eux n'avait pu vivre réellement depuis la fin de leur adolescence. Alors quoi de plus normal, à présent qu'aucune menace imminente ne pendait au-dessus d'eux, qu'ils ne reprennent leur vie là où ils l'avaient laissée ?
Il lui semblait qu'Hermione ne réalisait pas l'emprise qu'elle pouvait avoir sur lui, et même sur Snape, aussi étrange soit-elle. Elle les avait menés à la baguette depuis le début, d'abord en interrompant sans cesse leurs disputes, en les rabaissant au rang d'enfants malgré leur différence d'âge. Elle avait complètement inversé les rôles. Jamais il n'aurait pensé qu'une adolescente de dix-huit ans puisse être à ce point une femme. Son passé avait effacé toute l'innocence qu'elle aurait dû avoir, la faisant grandir trop vite.
Et puis les choses avaient dérapé la veille. Pour tout dire, ça avait commencé déjà un peu avant alors qu'un jeu de séduction s'était rapidement mis en place entre les deux hommes et la jeune femme. Il fallait dire qu'elle était particulièrement séduisante. Et ça leur permettait à tous de se changer les idées. Elle avait égayé la maison par sa présence féminine. Et ça avait fait un bien fou à Sirius alors il avait participé sans se poser de questions.
Il n'aurait cependant jamais imaginé que les choses iraient aussi loin, surtout pas comme ça, avec Snape. Mais la jeune fille les avait encore une fois entraînés dans ses propres désirs et ils l'avaient laissée faire, ne sachant comment dire non à cette sorcière. Tout avait été très vite.
La gêne n'avait pas eu sa place dans la cuisine la veille au soir. Tous avaient trouvé leur place, tout s'était fait le plus naturellement du monde, aussi étonnant cela soit-il. Mais les soupirs et gémissements de la femme les avaient portés dans un autre monde où leur raison et leur morale n'avaient pas leur place.
Au final, il avait apprécié cette aventure. Il n'aurait pas pensé qu'une partie de jambes en l'air puisse être si érotique et si puissante, et pourtant, il devait être celui ayant le plus d'expérience des trois. Contrairement à ce qu'il aurait pu penser en appréhendant une telle situation, il n'avait pas eu l'impression de perdre quelque chose dans ce partage de la jeune femme. C'était même tout l'opposé. La présence de l'autre homme avait galvanisé Sirius et il imaginait facilement que l'inverse était vrai également.
Quant au fait que l'autre soit Snape… Il ne savait pas encore qu'en penser. En prenant du recul, il s'était rendu compte que son ancien ennemi devait être celui le connaissant le mieux depuis qu'ils cohabitaient. Lui-même avait pu découvrir des côtés de Snape qu'il n'aurait jamais imaginé. Au final, ils se ressemblaient beaucoup, essayant de survivre dans un monde qui ne voulait pas d'eux. Et de toute façon, il doutait qu'Hermione leur ait réellement laissé un choix quelconque.
Ça avait été plus dur le lendemain matin, ce matin même, quand toute la pression était redescendue, que la magie de l'instant et l'alcool s'était dissipée. Il avait beaucoup appréhendé le moment où il croiserait Hermione et Snape. Il ne regrettait pas, mais qu'en était-il des autres ? Anxieux, il était parti prendre sa douche très tôt et était resté longtemps sous l'eau chaude à essayer de trouver la meilleure manière d'agir.
Et encore une fois, Hermione avait pris les choses en main, sans même le faire exprès, tout à fait naturellement. Elle était apparue dans la salle de bain alors qu'il venait à peine de couper l'eau. Il n'avait pu s'empêcher de se moquer gentiment d'elle et de flirter un peu, de manière à cacher ses doutes quant à ce que pouvait bien ressentir la jeune femme. Mais il avait vu son regard glisser sur son corps. Une lueur de luxure brillait au fond de ses yeux quand elle avait finalement croisé les siens. Et tous les doutes de Sirius s'étaient envolés.
Bien sûr, il avait conscience qu'il faudrait peut-être qu'ils parlent un jour de tout ça mais ils n'en étaient qu'au tout début alors autant laisser les choses se faire un peu toutes seules en attendant de voir où tout ceci les mènerait. Ça ne représentait sans doute pas grand-chose pour aucun d'eux, un simple moyen d'échapper à leurs démons respectifs. Une simple attirance sexuelle à laquelle ils n'avaient pas vraiment de raison de résister.
Plus tard dans la journée, il avait constaté aisément que Snape en était venu à une conclusion similaire. Il avait d'abord été un brin jaloux lorsque Severus s'était enfermé dans le salon avec Hermione et que les gémissements de cette dernière avaient retenti. Il avait pensé qu'ils auraient au moins pu jeter un sort d'impassibilité afin de garder leurs ébats pour eux. Il n'avait pas su comment réagir.
Il n'avait pu empêcher une pointe de colère et de jalousie de monter en lui. Il s'était senti blessé que la jeune fille choisisse sa Némésis plutôt que lui. Il avait été déçu qu'elle ait vraisemblablement fait un choix. Aussi étrange que cela soit-il, il aurait aimé que leur aventure à trois continue encore un peu, voire même longtemps. Et puis il avait trouvé la fiole de contraception dans un placard et un grondement s'était échappé de sa gorge.
Il s'était rué sur le salon avant qu'Hermione ne fasse une erreur qui pourrait leur coûter cher à tous. L'excitation était remontée d'un coup en Sirius quand il avait vu Hermione chevauchant Severus. Il n'aurait jamais pensé que sa Némésis soit du genre à laisser les autres contrôler. Mais là encore, la jeune femme ne lui avait sans doute pas laissé le choix. Elle avait bien trop d'emprise sur eux deux.
Elle avait bu la potion qu'il lui avait tendue et elle lui avait lancé un regard lancinant, comme si elle le questionnait sur la raison pour laquelle il avait mis tant de temps à les rejoindre.
Et encore une fois, elle les avait pris par la main, les guidant dans un monde de plaisir qu'ils lui faisaient découvrir. Elle était au centre de toutes les attentions des deux hommes. Elle ressemblait à une reine, leur reine, s'abandonnant à ses sujets. Sirius s'était demandé comment ils en étaient arrivés là. Et surtout, jusqu'où tout cela les mènerait.
Mais il s'était gaiement prêté au jeu et en était ressorti plus que satisfait. Leur trio était un tout. Il doutait pouvoir retrouver pareilles sensations sans ses deux partenaires.
Leur trio était un tout et il avait réagi par réflexe lorsque la jeune femme avait parlé d'inviter Charlie Wesley, voyant dans sa phrase maints sous-entendus qu'il ne voulait entendre. Il avait mis du temps à réaliser que la jeune fille se jouait d'eux, les testant. Ils avaient apparemment réussi le test alors qu'elle leur avait déposé un baiser au coin des lèvres, comme une récompense face à leur réaction possessive.
Elle les avait complètement conditionnés, sans même qu'ils ne le remarque, à une vitesse hallucinante. Ils avaient tout oublié de leurs querelles passées pour ne faire qu'un pour la jeune fille. Deux corps, une seule tête, entièrement au service d'Hermione.
Aussi, il avait souri en entrant dans la cuisine quelques minutes après ces évènements. Il avait aperçu la jeune femme debout dehors, le corps emmitouflé dans une cape de Severus qu'elle serrait contre elle afin de se protéger du froid. Il doutait qu'elle ait même réalisé qui était le propriétaire de la cape, bien trop grande pour elle, qu'elle avait passé sur ses épaules. Il la trouvait belle ainsi, tandis que les dernières feuilles mortes des deux seuls arbres présents s'envolaient tranquillement autour d'elle, soulevées par le vent.
Son sourire s'était cependant rapidement effacé lorsqu'il avait vu ses tremblements et la main qui passait sur ses joues. Son cœur s'était serré quand il avait compris qu'elle essuyait des larmes. Il avait encore une fois réagit par instinct, sans réfléchir, sans même prendre le temps de se couvrir avant de sortir dans l'air frais de cette fin d'après-midi. Il l'avait rejointe en quelques enjambées et l'avait prise dans ses bras, essayant de la protéger de ses doutes, de ses peurs et de ses pleurs.
La jeune fille s'était d'abord tendue avant de se laisser aller dans ses bras en entendant les quelques mots qu'il lui avait susurré à l'oreille. Elle s'était appuyé le dos contre son torse, le laissant la serrer contre lui tandis que les dernières larmes coulaient le long de ses joues.
Il détesta l'image de la jeune fille en pleurs et continua de lui murmurer des paroles qu'il espérait réconfortantes à son oreille. Il ne savait que faire d'autre. Il n'avait jamais été doué pour ce genre de choses et il était resté seul trop longtemps. Ces actions eurent l'air de faire leur effet tandis qu'il pouvait voir les larmes d'Hermione se tarir.
La jeune femme se retourna finalement dans ses bras pour poser la tête dans le creux entre son cou et son épaule. Sirius glissa l'une de ses mains dans les cheveux d'Hermione, laissant l'autre voguer le long de son dos, lui procurant des caresses apaisantes à travers l'épaisseur de la cape.
Après ce qui lui sembla être une éternité, elle s'écarta finalement légèrement de lui, cherchant son regard. Ses petits yeux légèrement rougis rencontrèrent l'orage grondant dans ceux de Sirius.
- Désolée…
Ce ne fut qu'un murmure prononcé par la jeune fille. Une excuse pour avoir montré ses faiblesses. Sirius se surprit à se souvenir qu'elle n'avait que dix-huit ans et rien que cela l'excusait entièrement. Il passa une main le long de la joue de la jeune femme. Même ainsi, les yeux rougis et gonflés par les quelques larmes qu'elle avait versées, elle était magnifique.
- Tu n'as pas à t'excuser Hermione… Est-ce que tu pleures à cause de nous ?
Il avait pris son courage à deux mains pour oser poser cette question. Il avait peur de la réponse. Peur qu'elle lui dise qu'elle regrettait tout. Peur que cela signe déjà la fin de leur aventure. Peur qu'elle n'ait réalisé que tout cela était ridicule et complètement immoral. Peur de se retrouver à nouveau seul.
- Bien sûr que non.
Hermione avait répondu comme si c'était une évidence, comme si elle ne comprenait même pas la question. Et Sirius put respirer de nouveau. Sortant un bras de sous la cape noire qui reposait sur ses épaules, elle passa sa main sur la joue de Sirius, imitant son propre geste, avec une douceur infinie.
- Vous êtes la seule chose qui me permette de tenir, ici, enfermée dans cette maison. Vous êtes l'une des plus belles choses qui me soit arrivée.
Elle avait parlé d'une voix douce, ne laissant pas de place au doute. Et elle s'était penchée pour poser ses lèvres au goût de sel sur celles de l'homme. Leur baiser fut lent, dosé, empli de tendresse. Il réveilla en Sirius toute une foule d'émotions qu'il n'arrivait pas à comprendre, qu'il n'avait pas envie de chercher à analyser. Il voulait juste profiter de cet instant, le faire durer. Aussi serra-t-il la jeune femme plus proche de son propre corps.
Ils ne se séparèrent que lorsqu'ils eurent réellement besoin de respirer. Un petit sourire était revenu sur les lèvres d'Hermione tandis qu'elle s'écartait délicatement des bras de Sirius. Il disparut néanmoins quasiment aussi vite, remplacé par un air inquiet.
- Mais tu n'as pas de cape ! Tu dois être frigorifié Sirius ! Combien de fois faudra-t-il te dire de te couvrir avant de sortir ?!
Hermione la maman était de retour. Sirius aboya de rire avant de repartir en courant vers la maison. Il avait vraiment froid, mais il n'aurait manqué ce moment pour rien au monde. Il entendit la jeune femme rire à son tour dans son dos, tout en le suivant à l'intérieur. Sirius était heureux d'avoir réussi à lui remonter le moral. Il la regarda avec un grand sourire reposer la cape de Severus là où elle avait dû la prendre.
Décidant de l'embêter un peu pour finir de lui changer les idées, il s'adressa à elle avec un grand sourire charmeur accroché aux lèvres.
- Tu sais que c'est la cape de Snape dans laquelle tu t'es emmitouflée ?
La réaction d'Hermione ne tarda pas tandis qu'elle rougit en réalisant ce fait avant de lui jeter un regard noir et de rétorquer à son tour, un air mutin sur le visage.
- Jaloux Sirius ?
- Pas le moins du monde !
Il se surprit lui-même de la justesse de ses propos et quitta la cuisine avec un petit rire alors qu'Hermione lui tirait la langue dans son dos. Elle était vraiment une jeune femme exceptionnelle, ne put-il s'empêcher de penser en lui jetant un petit coup d'œil en refermant la porte de la cuisine. Elle était leur femme exceptionnelle, ajouta-t-il en pensées dans un réflexe possessif qu'il s'étonnait presque d'avoir.
Hermione de son côté souriait en préparant un peu de thé afin de se réchauffer. Elle posa la théière sur un plateau avec plusieurs tasses et rejoignit à son tour le salon. Ses deux hommes étaient installés dans les fauteuils. Ils lui lancèrent un regard et un petit sourire à son arrivée. Severus ne dit rien à propos de ses yeux encore rougis et elle ignora son regard inquiet.
La jeune femme se posa dans un fauteuil près du feu qui flambait dans la cheminée et s'enroula sous un plaid, sa tasse de thé entre les mains. Avec un sourire, elle laissa son regard flotter sur ses deux garçons perdus. Sirius et Severus se chamaillaient mais leur dispute avait perdu l'éclat qu'ils y mettaient habituellement. Ils semblaient plus en faire un passe-temps que réellement chercher à blesser l'autre.
Elle se sentait bien ainsi entourée, paisible. Pour la première fois depuis longtemps, elle avait presque l'impression d'être en famille. Tout lui semblait tellement familier dans cette scène. Elle s'y sentait totalement à sa place et cela lui laisser présager de beaux moments à venir.
Hermione émergea en sentant une main se poser sur son épaule. Elle réalisa qu'elle s'était assoupie dans le fauteuil près de la cheminée. Les ébats qu'elle avait partagé la veille au soir et l'après-midi même l'avaient fatiguée plus qu'elle ne l'avait pensé. La nuit semblait tout juste venir de tomber dehors, signe qu'elle n'avait pas dû dormir très longtemps.
Son regard dériva sur la main qui l'avait réveillée et elle la scruta un temps, étonnée de ne pas la reconnaître. Elle laissa son regard remonter jusqu'au visage de son propriétaire et sourit en découvrant le visage amical de Charlie.
- Bien dormi la belle au bois dormant ?
Hermione se leva et le serra dans ses bras pour le saluer en riant légèrement. Son rire se bloqua dans sa gorge quelques secondes plus tard lorsqu'elle l'entendit chuchoter à son oreille.
- J'aurais pu t'embrasser pour te réveiller comme dans le conte mais il y avait un peu trop de public à mon goût.
Hermione s'écarta en rougissant. Elle évita les regards de ses deux hommes, peu désireuse de leur révéler son embarras. Une petite alarme s'alluma dans son esprit tandis qu'elle se dit qu'elle devrait faire attention en présence de Charlie. Elle ne manqua d'ailleurs pas son regard qui glissa le long de son corps, s'arrêtant sur son débardeur et son petit short.
Se maugréant de ne pas avoir choisi une autre tenue, elle détourna son attention en toussotant, gênée. Elle savait qu'il était loin d'être prude, d'après ce que Tonks lui avait raconté de leurs exploits mais elle ne souhaitait pas en découvrir plus par elle-même, surtout pas alors que ses deux garçons perdus les fixaient.
Elle l'entraîna à sa suite dans la cuisine en emportant la théière, tandis qu'elle entendit un grondement un peu plus loin, sans qu'elle ne sache bien lequel de ses hommes avait réagi. Évitant toujours leurs regards pour ne pas envenimer la situation, elle referma la porte derrière eux dès que Charlie fut entré dans la pièce. Elle ne souhaitait pas laisser les deux hommes apercevoir son trouble tandis qu'elle savait pouvoir gérer la situation elle-même, ou du moins l'espérait-elle fortement.
Elle fut un instant gênée de se retrouver à présent seule avec le roux mais se reprit rapidement et commença à réchauffer la théière. Se retournant, elle vit que Charlie s'était installé sur une chaise et avait posé quelques livres sur la table. Il avait repris son sérieux et avait tout préparé pour répondre aux questions de la jeune fille. Ce fut donc soulagée qu'Hermione prit place face à lui. Elle déchanta bien vite aux premières questions que lui posa le jeune homme tandis qu'elle servait deux tasses de thé.
- Alors, comment se passe la cohabitation avec ces deux-là ?
Il fit un geste de la main vers la porte séparant la cuisine et le salon où étaient restés les deux hommes.
- Ça ne se passe pas trop mal, éluda Hermione.
- En tout cas, tu es très jolie habillée comme ça. Qu'est-ce que tu as changé depuis qu'on s'est rencontrés la première fois ! En bien je veux dire, tu as bien mûri.
Il lui souriait. Hermione ne dit rien, sentant qu'il avait encore quelque chose à rajouter. Le redoutant aussi un peu.
- Mais tu n'as pas peur de te promener vêtue aussi légèrement dans une maison avec deux hommes ?
Et voilà la fameuse question qu'elle attendait. Elle ne put s'empêcher de sourire.
- Ils ne me font pas peur, répondit-elle avec un petit rire.
C'était même tout le contraire. Si seulement il savait ce qu'il se passait dans cette maison, ce qu'il s'était passé sur la table même sur laquelle il reposait ses bras…
- En même temps, c'est vrai que tu as raison. Je ne pense pas que ces deux-là soient vraiment une menace, sourit Charlie.
- Pourquoi tu dis ça ? demanda Hermione, légèrement intriguée par le sous-entendu qu'elle ne comprenait pas.
- Eh bien je ne suis pas sûr qu'ils soient capables de s'occuper d'une femme. Réfléchis un peu, Sirius a passé douze ans à Azkaban puis près de quatre ans ici, il ne doit plus savoir s'y prendre. Quant à Snape, eh bien même s'il pouvait, qui voudrait de lui ?
Charlie riait de ses déductions. Sans le vouloir, Hermione fut légèrement blessée par ses propos même si elle n'en montra rien. Elle faisait mine de réfléchir à son petit discours. Elle savait qu'elle aurait pu être d'accord avec lui quelques mois plus tôt. Elle aurait peut-être même prononcé ces mots elle-même.
Mais maintenant qu'elle s'était rapproché des deux hommes, entendre ces mots prononcés par quelqu'un d'autre, après tout ce qu'elle avait vécu avec eux… Elle avait envie de les défendre. Elle voulait faire taire Charlie, lui montrer à quel point il se trompait. Mais elle savait qu'elle ne devait pas dévoiler leur secret. Sinon, tout risquerait de s'arrêter. Et elle ne le voulait pas. C'était prendre le risque d'être envoyée ailleurs, seule. Elle ne le supporterait pas. Elle avait besoin d'eux pour se reconstruire.
- Je ne sais pas si tu as tout à fait raison…, commença Hermione. Tu sais Tonks m'a dit qu'elle les trouvait particulièrement sexy.
Charlie rit de sa réponse.
- Du Dora tout craché !
Hermione sourit légèrement avant que Charlie ne continuât.
- Et toi qu'en penses-tu ?
Il avait posé un regard calculateur sur elle, comme s'il essayait de la cerner la plus secrète de ses pensées. Hermione rougit légèrement mais essaya de le cacher en buvant une gorgée de thé.
- Je n'y ai pas vraiment réfléchi… Ils sont un peu vieux même s'ils se comportent souvent comme des adolescents ! répondit-elle finalement en essayant de faire dévier le sujet de la conversation.
Charlie la scruta quelques instants supplémentaires. Finalement, elle n'aurait peut-être pas dû dire qu'elle était en manque de compagnie dans sa lettre.
- D'où ton envie de voir des jeunes ! lança-t-il finalement en accompagnant ses paroles d'un clin d'œil.
Il se pencha sur la table pour attraper l'un des livres qu'il avait apportés avec lui. Il se leva et fit le tour de la table pour s'installer aux côtés de la jeune fille.
- Comme ça on sera mieux pour que je te montre ce que j'ai apporté.
Hermione acquiesça d'un hochement de tête. Elle se méfiait de l'ambiance pesante qui s'installait dans la pièce. Elle ne voulait pas que les choses dérapent avec Charlie. Elle avait peur de la réaction qu'auraient ses deux hommes. Elle décala un peu sa chaise, prenant un peu de distances en faisant mine de se tourner vers le jeune homme pour mieux voir le livre en question. Il commença à feuilleter les pages pour finir par s'arrêter sur une espèce de dragon : le Pansedefer Ukrainien.
- C'est un spécimen de cette espèce qui est à Gringotts. Le plus grand des dragons ! Il est particulièrement dangereux. C'est sans doute pour cela qu'ils l'ont choisi. Le plus dangereux reste ses griffes. Il pourrait t'écorcher vive d'un simple coup de patte.
Hermione frissonna en réaction aux paroles du jeune homme. Charlie était métamorphosé lorsqu'il parlait des dragons. L'ambiance s'était apaisée d'un coup tandis qu'il lui expliquait en long, en large et en travers toutes les caractéristiques de l'espèce en question. Il était réellement passionné.
Elle l'observa quelques secondes, ayant du mal à reconnaître le garçon qui l'embêtait quelques minutes plus tôt avec ses questions douteuses et ses théories fumantes. Elle reporta rapidement son attention sur ses paroles et sur le livre, avide d'en savoir plus. Son comportement de miss je sais tout était de retour et elle buvait littéralement ses paroles, essayant d'en retenir le plus possible.
- Pourquoi ont-ils besoin d'un dragon dans Gringotts ? Surtout d'un aussi dangereux !
- C'est en partie grâce à lui que la banque est réputée comme le lieu le plus protégé après Poudlard ! Ça permet de dissuader n'importe qui !
Hermione se demanda un instant s'il était possible qu'un dragon soit endormi dans les profondeurs de Poudlard. Elle réfuta cette option rapidement. Il n'en était pas fait la moindre notion dans l'Histoire de Poudlard.
- Mais je suis d'accord avec toi, ils pourraient trouver d'autres protections. Le pauvre dragon est vraiment maltraité chez Gringotts. Ils l'ont élevé en le torturant pour qu'il obéisse. Il est constamment attaché. Tu sais que s'il dépasse une certaine limite un sort se déclenche et le brûle pour le faire revenir à sa place ! C'est vraiment n'importe quoi… Ça ne m'étonnerait pas qu'il soit aveugle en plus de ça.
Hermione resta interdite. Elle n'arrivait pas à concevoir qu'on inflige un tel traitement à un animal, aussi féroce soit-il. Elle voyait la tristesse se dessiner sur le visage de Charlie tandis qu'il lui racontait ce que subissait quotidiennement l'animal.
- Ce n'est pas trop dur de travailler là-bas ?
Elle n'avait pas parlé bien fort mais ça n'empêcha pas Charlie de l'entendre. Un sourire mélancolique étira ses lèvres.
- Tu n'imagines même pas à quel point… Je n'ai qu'une hâte, c'est que cette guerre se termine pour que je puisse retourner en Roumanie auprès de mes dragons. À la réserve tout est différent ! Les dragons sont en semi-liberté. Ils ne peuvent pas aller où ils veulent mais ont suffisamment d'espace pour vivre, grandir et voler à leur guise. C'est vraiment autre chose !
Hermione sourit doucement. Elle ne comprenait que trop bien la tristesse qui étreignait Charlie alors qu'il souhaitait plus que tout être ailleurs. Il n'était revenu que pour servir l'Ordre. Plus le temps passait, plus elle réalisait que la guerre faisait bien plus de victimes que les blessés et les morts. Elle en faisait à présent partie, Charlie et ses deux hommes aussi.
- Peut-être qu'un jour tu pourras venir en Roumanie et je pourrai te montrer la réserve ! Tu hallucinerais ! La première fois que j'y suis allé, j'avais l'impression que mon rêve d'enfant se réalisait. Je crois que je ressens toujours un peu ça malgré le temps que j'ai pu y passer !
Ils rirent légèrement. Charlie attrapa ensuite un second livre pour lui montrer quelques images et lui donner quelques autres informations qui lui venaient à l'esprit. Hermione posait de temps à autre des questions. Elle avait presque l'impression d'être de retour à Poudlard, en cours de soins aux créatures magiques. Charlie avait le mérite d'être un très bon pédagogue. Elle se doutait que ce ne devait pas être particulièrement difficile pour lui qui semblait vraiment très calé sur le sujet.
La soirée était déjà bien entamée quand il referma le dernier livre. Les informations tournaient dans la tête d'Hermione qui se concentrait dessus dans l'espoir de ne rien oublier. Il faudrait qu'elle rédige le message pour ses amis au plus vite.
Elle proposa à Charlie de rester manger avec eux pour le remercier d'être passé. Le jeune homme accepta avec un grand sourire et Hermione commença la préparation du dîner en lui proposant d'aller rejoindre les deux hommes dans le salon. Il déclina son offre, au grand dam d'Hermione qui sentait déjà l'atmosphère s'alourdir à nouveau et les questions dérangeantes revenir.
Il lui proposa son aide et elle lui confia la cuisson du plat pendant qu'elle s'occupait de ranger un peu la cuisine.
- Au fait, vous avez parlé de quoi d'autre avec Dora l'autre jour ? demanda Charlie après un moment de silence.
- Rien de particulier… Des trucs de filles quoi…
Hermione n'était pas sûre de savoir où il voulait en venir. Il la regarda quelques secondes dans les yeux avant de se détourner en souriant.
- Elle t'a parlé de nous, n'est-ce pas ?
Hermione ne put qu'acquiescer. Elle préférait largement qu'ils partent sur ce terrain-là qui était beaucoup moins personnel pour elle-même. Charlie émit un petit rire.
- Elle est vraiment incapable de tenir sa langue !
Hermione sourit, dissimulant son inquiétude. Elle espérait vraiment qu'il ait tord sur ce dernier point. Elle ne souhaitait vraiment pas que la jeune métamorphomage dévoile à tout un chacun les doutes qu'elle avait sur les relations entre les trois habitants de la maison.
- Qu'est-ce qu'elle t'a dit exactement ?
- Oh euh… pas grand-chose… simplement que vous aviez eu une relation. Elle, toi… et Bill.
- Et tu ne trouves pas ça bizarre ? Ça ne te fait pas peur ?
- Oh tu sais, il en faut plus pour me faire peur. Je ne suis peut-être pas aussi innocente que tu le penses Charlie…, plaisanta Hermione.
Le jeune homme partit d'un fou rire bruyant. Hermione grimaça, se doutant qu'il allait rameuter les deux hommes.
- Ça, je veux bien le croire ! réussit-il à prononcer entre deux hurlements de rire.
Hermione ne savait pas trop comment le prendre. Elle ne fut heureusement pas obligée de réagir tandis que, tel qu'elle l'avait estimé, les deux hommes ouvraient la porte de la cuisine pour les rejoindre.
- Qu'est-ce qu'il y a de si drôle ? questionna Sirius en s'asseyant à table.
Hermione haussa les épaules en secouant légèrement la tête. Charlie réussit finalement à se calmer.
- Rien de particulier, juste une petite conversation entre jeunes !
Il accompagna ses paroles d'un clin d'œil à Hermione et celle-ci n'eut qu'une envie : disparaître sous terre. Severus s'installa après avoir dressé la table et questionné Charlie sur le fait qu'il restât manger avec eux. Les deux hommes semblaient légèrement tendus par la présence du rouquin bien que n'importe qui d'autre qu'Hermione aurait pris leur attitude actuelle pour la normalité. Heureusement, le repas fut rapidement prêt et l'atmosphère se détendit légèrement alors que tous commencèrent à manger.
- De quoi avez-vous discuté alors depuis tout à l'heure ? demanda Sirius, feignant de chercher un sujet de conversation neutre mais semblant particulièrement intéressé par la réponse.
- De dragons ! répondit Charlie avec un sourire. Quoi d'autre ?
Sa dernière réplique était emplie d'ironie. Il fit un petit sourire à Hermione, passant sous silence le reste de leur conversation. Sa réponse sembla tout de même soulager Sirius qui discuta un peu avec Charlie de la réserve en Roumanie.
Le repas se termina finalement dans une bien meilleure ambiance qu'il n'avait commencé et les deux hommes finirent même par proposer à Charlie de boire un verre avant qu'il ne reparte. Celui-ci accepta et ils passèrent tous dans le salon pour s'installer confortablement. Hermione refusa le verre, préférant garder ses idées claires pour ne rien oublier des informations qu'elle souhaitait transmettre à ses deux amis. Cela sembla soulager ses deux hommes. L'alcool ne lui réussissait vraiment pas.
Charlie ne s'attarda pas longtemps. Il avait promis à son père de passer voir sa mère ce soir-là. Elle s'inquiétait beaucoup ses temps-ci et elle avait grand besoin de la compagnie de ses enfants. Hermione baissa un regard coupable, même si elle savait qu'elle ne devait pas prendre ses paroles pour elle.
Elle serra rapidement Charlie dans ses bras avant qu'il ne reparte et en profita pour lui glisser un mot à l'oreille.
- Tu pourras demander à Bill de passer ici sous peu ?
- Tu ne peux pas te contenter d'un seul homme, n'est-ce pas Hermione ! plaisanta-t-il en réponse.
Si seulement il savait à quel point il avait raison…, pensa la jeune fille en souriant.
Elle l'observa disparaître dans les flammes de la cheminée avant de s'excuser auprès des deux hommes et de s'éclipser dans la bibliothèque. Elle sentit leurs regards inquisiteurs la suivre tandis qu'elle quittait la pièce.
Elle s'installa à une table et rédigea une longue lettre pour conseiller les garçons sur leur prochaine épreuve, en fonction des informations qu'elle avait pu récupérer de Charlie. Elle espérait de tout cœur que tout cela les aiderait. Elle savait leur mission bientôt terminée.
Il ne restait plus que trois horcruxes normalement : la coupe qui avait de très fortes chances de se trouver dans le coffre de Bellatrix, le serpent dont ils ne pourraient s'occuper qu'au tout dernier moment et un dernier, dont ils ignoraient encore la forme, même si, au regard des autres horcruxes, il y avait de forte chance qu'il s'agisse encore une fois d'un élément ayant appartenu à l'un des fondateurs de Poudlard, sans doute Serdaigle. La moitié était déjà détruite.
Hermione cacheta la lettre et alla la ranger dans sa chambre. Un regard sur son réveil lui apprit que la nuit était déjà bien avancée et elle décida d'aller directement se coucher. Malgré sa sieste et son assoupissement en fin d'après-midi, elle se sentait littéralement épuisée. Elle hésita quelques secondes à descendre souhaiter une bonne nuit à ses colocataires avant de se retenir.
Elle aurait l'air ridicule, se persuada-t-elle. Aussi se déshabilla-t-elle rapidement avant d'enfiler sa nuisette et de se coucher. Ses yeux se fermèrent d'eux-mêmes, symbole de la grande fatigue qu'elle ressentait.
Bonjour à tous et à toutes !
J'espère que ce chapitre vous aura plu ! Il est un petit peu plus court que les autres mais ça dépend de mon inspiration et des sujets abordés à chaque fois xD
Merci à tous ceux qui lisent, suivent, review, ajoutent cette histoire en favoris, bon à vous tous en fait !
Le prochain chapitre arrivera la semaine prochaine !
Et pour finir, petites réponses aux reviews guest :
Jenny : Merci beaucoup pour ta review ! Oui la suite des événements n'était pas très dure à deviner au chapitre dernier xD Je pense que le suivant te plaira bien, il y aura une partie sur Snape, comme sur Sirius dans celui-là, mais je ne t'en dis pas plus, je te laisse patienter :P
Coralie49 : Merci pour ta review et ravie que ça te plaise toujours ! Pour le nombre de chapitre c'est sur que c'est toujours dur quand une histoire qu'on aime s'arrête... Je pense que je mettrai tout à la suite, ça sera plus simple pour moi !
