CHAPITRE 9 : La guerre est aussi sombre qu'une fosse

La guerre est aussi sombre qu'une fosse. Ce n'est pas un dieu. Elle ne rit pas, ne pleure pas. Elle ne récompense ni le talent, ni l'audace. Ce n'est ni le jugement de l'âme, ni un combat de volonté. Encore moins un outil, un moyen d'accomplir quelques complots de bonne femme. C'est simplement l'endroit où les os métalliques de la terre rencontrent les os creux des hommes et les brisent.

- R. Scott Bakker's, The darkness that comes before


Sirius ouvrit un œil fatigué, étonné d'être ainsi tiré de son réveil aux aurores sans raison particulière. Il porta son attention sur les bruits de la maison, cherchant la source de ce qui l'avait tiré des bras de Morphée. Il lui semblait avoir entendu quelque chose d'inhabituel. Pourtant, seul le silence lui répondit.

Se tournant dans son lit, il remonta légèrement le drap sur lui et tassa un peu plus son oreiller, paré à se rendormir. Sans doute son esprit lui avait-il simplement joué un tour. C'était toutefois mieux de se réveiller ainsi, avant un énième rêve étrange et cauchemardesque.

Il avait l'impression de les enchaîner ces temps-ci. Sur Azkaban, sur sa famille proche dont il était le dernier représentant encore en vie et sur ses cousines, Andromeda, Bellatrix et Narcissa, avec qui il avait passé son enfance.

Tout ça semblait être une autre vie. Mais la nuit, son inconscient s'amusait à imaginer une histoire différente. Parfois, il n'aurait pas suivi la voie d'Andromeda et aurait certainement fini comme Regulus. Parfois, il devenait comme Bellatrix, même pire qu'elle. Parfois, ils étaient de nouveau enfants, jouant à s'inventer des histoires.

Bellatrix avait toujours préféré les histoires qui faisaient peur. Elle avait toujours joué le rôle de la méchante. Sans doute la fin était-elle déjà écrite à ce moment-là. Sans doute n'aurait-il pas dû être étonné de voir comment elle avait fini. Comment ils avaient tous fini.

Pour autant, malgré tout ce qu'ils avaient partagé étant enfants, malgré tout ce que son esprit ne cessait de lui remémorer, il n'arrivait plus à se laisser atteindre par tout cela. C'était plus comme regarder un film. Le film de la vie de quelqu'un d'autre.

Dans son état semi-comateux, Sirius entendit clairement un bruit sourd en provenance du rez-de-chaussée. Il se redressa immédiatement en saisissant sa baguette, l'oreille aux aguets. Des bruits de pas précipités résonnèrent et Sirius ne perdit pas une seconde de plus avant de se lever.

Ce n'était pas les démarches de ses colocataires. Le soleil n'était même pas levé. Tout ça ne présageait rien de bon. Deux pas plus loin, il s'arrêta pour enfiler un pantalon de jogging sur son caleçon puis reprit sa route vers la porte.

Il sortit de sa chambre le plus silencieusement possible et laissa la porte entrouverte pour limiter le bruit qu'il faisait. En bas, la personne semblait faire des allers-retours entre le salon et la cuisine, d'après ce qu'il percevait. Ami ou ennemi ? Il n'en avait pas la moindre idée. Cela faisait plusieurs jours qu'ils n'avaient pas eu de nouvelles de l'Ordre, qui sait ce qui avait pu se passer depuis ?

L'homme descendit les escaliers marche par marche, évitant celles qui grinçaient, comme il l'avait fait si souvent dans son enfance. Mais ce n'était pas le moment de penser aux fantômes du passé.

Son état de vigilance était maximal lorsqu'il finit par atteindre la porte du salon. Il posa la main sur la poignée et l'ouvrit en grand brusquement, jouant sur l'effet de surprise, baguette pointée en avant, un sort déjà au bord des lèvres.

Il resta toutefois un instant interdit devant le spectacle qui s'offrit à lui.

Tonks avait sursauté en l'entendant entrer. Elle tourna vers lui des yeux implorant d'aide. A ses côtés, Bill Weasley était allongé dans le canapé, l'air particulièrement mal en point.

- Je ne savais pas où aller d'autre à cette heure-là…, commença à expliquer la jeune femme. C'est Fleur qui me l'a amené, elle n'a pas pu rester, elle m'a dit qu'elle avait des choses à faire chez elle. Je me demande bien ce qui peut être plus important que l'état de son époux mais bon… Je me demande ce qu'ils trafiquent chez eux, ces deux-là…

- Tonks ! la rappela à l'ordre Sirius tandis qu'elle s'égarait dans ses explications.

- Oui, désolée… Il y a eu une échauffourée dans le coin où il était de faction hier soir. Quand il est rentré il n'avait qu'une petite égratignure sur le bras d'après ce que m'a dit Fleur. Mais depuis ça a largement empiré. Elle ne savait pas quoi faire. Autant elle peut être très douée pour soigner les gens, autant dès qu'il s'agit de sa famille ou de l'un de ses proches, elle devient complètement incompétente…

- Tonks ! la pressa de nouveau Sirius.

- Désolée… Donc ça a empiré pendant la nuit et il l'a réveillée en gémissant i peu près une heure. Quand elle a vu l'état de son bras, elle a failli tourner de l'œil et elle me l'a amené. Ça empire de minute en minute, on dirait que ça se propage. Je ne savais pas où aller d'autre alors j'ai pensé que Severus pourrait peut-être l'aider…

Sirius encaissa le coup. Il jeta un regard à la blessure qui s'étendait sur une bonne partie du bras du jeune homme et semblait commencer à atteindre son cou. Rien de naturel donc. Il espérait en effet que Snape serait plus calé pour trouver la source du problème.

- Va lui chercher un peu d'eau dans la cuisine et un linge propre pour nettoyer un peu, je vais chercher Snape.

Tonks obéit immédiatement et l'homme se précipita dans les escaliers pour atteindre la chambre du maître des potions. L'heure n'était plus à la discrétion.

- Sna…, commença-t-il en ouvrant la porte de la chambre de sa Némésis.

Il marqua un temps d'arrêt, coupé dans son élan, devant la vision qu'il eut, ne s'attendant clairement pas à ça. La lumière du couloir éclairait le lit de l'homme dans lequel Sirius vit distinctement le corps d'Hermione, collé contre celui de Snape qui lui lança un regard noir. Sans pouvoir le contenir, Sirius sentit un puissant élan de possessivité gonfler en lui.

Snape lui fit signe de l'attendre dehors et le maraudeur sortit avec un regard dur. Depuis quand ces deux-là partageaient-ils leurs nuits ? Il s'étonna de n'en avoir rien perçu avant mais la pensée s'effaça bien vite sous la colère qu'il ressentait. Le problème ne venait pas tant du fait qu'ils dorment ensemble. Ça, il pouvait l'accepter sans difficulté, aussi surprenant que cela puisse paraître.

Mais c'était complètement inconscient et dangereux ! N'importe qui pouvait entrer comme il venait de le faire. C'était mettre inutilement leur relation en danger. Il n'osait même pas imaginer les conséquences de toute cette histoire si elle venait à s'ébruiter, tant pour eux deux que pour la jeune femme. Surtout pour Hermione. Comment Snape n'y avait-il pas pensé ?

Le maître des potions le rejoignit dans le couloir d'un air las et Sirius se retint difficilement pour ne pas laisser sortir sa rancœur.

- Plus tard, Black. Que se passe-t-il ?

La voix de Snape était aussi froide que les ressentiments qui envahissaient Sirius. Pour autant, la question de l'homme ramena brusquement le maraudeur à la réalité de l'instant. Il aurait tout le temps de s'expliquer plus tard avec le maître des potions. L'heure était suffisamment grave sans compliquer les choses tout de suite.

Il entraîna donc Snape à sa suite dans le salon, évitant de parler dans le couloir pour ne pas réveiller Hermione, dont il ne doutait pas que le professeur ait essayé de préserver le sommeil en se levant. Sirius exposa la situation dès qu'ils pénétrèrent dans la pièce, secondé par Tonks pour les détails.

Il ne fallut qu'une seconde à Snape pour réagir et prendre les choses en main. Il se précipita au chevet du blessé avant même que les deux autres n'aient terminé leur rapport. Sort de diagnostic après sort de diagnostic, le visage de l'homme s'assombrissait, sous les regards inquiets de Sirius et Tonks.

Il enjoignit cette dernière à continuer de nettoyer la plaie à l'eau tandis qu'il s'éclipsait dans la pièce qui avait été aménagée pour lui comme laboratoire de potions. Il en revint plusieurs minutes plus tard, les bras chargés de fioles et pots en tous genres. Il poussa Tonks sans ménagement pour reprendre sa place au chevet du jeune homme.

Inclinant la tête du roux en arrière, il lui fit boire une première potion violacée, puis une autre, tirant vers le bleu. Sirius n'avait aucune idée de ce dont il pouvait bien s'agir et il se contentait d'observer l'homme dont les gestes semblaient si naturels et posés. Loin de la panique et l'inquiétude que lui-même et Tonks ressentaient.

Une fois n'est pas coutume, les cheveux de la jeune femme étaient ternes, un mélange de gris, noir et marron, comme une vielle couverture délavée. Il n'y avait qu'à la regarder un instant pour saisir l'ampleur de l'inquiétude qui la saisissait.

Snape déboucha un pot d'onguent et le positionna près du bras de Bill. Il eut un temps d'hésitation en regardant le jeune homme avant de se reprendre.

- Il faut quelque chose pour le faire taire, un torchon ou un vêtement. Ça ne va pas être une partie de plaisir.

Tonks partit en courant dans la cuisine chercher un nouveau torchon qu'elle positionna dans la bouche du jeune homme à peine conscient. Les yeux de Bill étaient vitreux et son teint pâle, presque translucide. Même ses cheveux paraissaient avoir perdu de leur éclat si distinctif.

Soupirant, Sirius lança rapidement un sort d'insonorisation vers l'étage. Il ne voulait pas que les éventuels gémissements ou hurlements de Bill réveillent Hermione.

- Positionnez-vous de chaque côté, il va falloir le maintenir pour l'empêcher de bouger.

La voix de Snape était froide, médicale. Il prenait de la distance avec les événements, sans doute pour garder son esprit clair, pensa Sirius. Il se positionna près de la tête de Bill et posa ses mains sur ses épaules pour le maintenir, évitant au passage les zones où la blessure se répandait. Tonks attrapa les pieds de Bill, le regard déterminé malgré la peur qu'elle ressentait pour son ami.

Severus compta jusqu'à trois avant de commencer à étaler l'onguent sur les plaies. Tout en crémant le bras du roux, il commença à murmurer une longue litanie en latin. Le tout était indispensable pour permettre au roux de guérir mais terriblement douloureux pour le jeune homme.

Severus n'avait pas besoin d'entendre ses cris étouffés par le linge pour le savoir. Il n'avait pas besoin de voir son corps se convulser en tous sens. Il n'avait pas besoin de discerner les larmes qui coulaient le long de son visage. Il n'avait pas besoin de tout cela pour savoir à quel point la douleur était atroce. Il l'avait vécu lui-même lorsqu'il était revenu du Manoir Malfoy pour la dernière fois.

Le maître des potions s'appliquait à faire pénétrer l'onguent, se concentrant sur le chant latin pour ne pas laisser ses pensées s'évader. Il fut soulagé d'apercevoir les plaies arrêter de se répandre et même commencer à se rétracter légèrement.

Il s'interrompit quelques instants pour faire boire une nouvelle potion à Bill. Il savait que ça ne l'aiderait pas à calmer la douleur mais il n'avait rien d'autre. Et il doutait de toute manière qu'il existât quelque part dans le monde une potion assez forte pour soulager la souffrance que subissait le jeune homme.

- Pitié…

La supplique était faible mais passa les lèvres du roux dès que le maître des potions eut retiré le torchon. Il aurait mieux valu qu'il s'évanouisse, pensa Severus avec un regard désolé vers le jeune homme. Il replaça le linge dans sa bouche dès que la potion fut avalée, ignorant le regard empli de désespoir que le roux posa sur lui.

Il ne pouvait pas arrêter. Pas avant que toutes les plaies se soient refermées. Sinon, il lui faudrait tout recommencer dans quelques heures. Le sortilège qui l'avait touché était terrible.

Lors de la pause suivante, il entendit vaguement les pleurs de Tonks qui semblait avoir de plus en plus de mal à se contenir devant la souffrance de son ami.

- Miss Tonks, est-ce que Lupin est chez vous ?

Incapable de parler, la jeune femme acquiesça simplement de la tête et Severus lui ordonna d'aller le chercher le plus rapidement possible. Il lui conseilla de rester chez elle par la suite, pour ne plus avoir à subir tout ça. Elle refusa néanmoins avant de disparaître dans la cheminée à la recherche de son époux.

Severus ne manqua pas l'éclair de soulagement qui traversa le regard de Bill tandis qu'il comprenait avoir gagné quelques minutes de pause avant que le traitement ne reprenne.

Lupin les rejoignit toutefois rapidement. Un délai bien trop long aux yeux de Severus mais toujours terriblement trop court selon Bill. Le loup-garou fut rapidement suivi de Tonks qui avait toutefois fait un détour par chez ses parents pour y déposer Teddy. Pendant ce temps, Severus avait expliqué la situation à Remus.

- Nymphadora, allez dans la cuisine et restez-y jusqu'à ce qu'on vienne vous chercher.

La jeune femme ne tiqua même pas sur l'utilisation de son prénom. Elle n'insista pas plus pour rester auprès de Bill. Elle savait que, vu l'étendue des plaies, le traitement allait durer encore longtemps. Elle savait qu'elle n'était pas capable de le supporter, même si elle avait insisté pour rester dans les parages.

Peut-être était-ce simplement pour cela que Fleur n'avait pas voulu venir, pensa-t-elle. Elle se rua dans la cuisine tandis que les trois hommes avaient repris le douloureux traitement. Au premier cri de Bill, elle vomit dans l'évier avant de lancer un sort d'impassibilité sur la porte du salon. Elle s'affala ensuite sur une chaise et laissa enfin librement couler les larmes qu'elle tentait de retenir depuis bien trop longtemps.

Dans le salon, Sirius croisa le regard de Remus et s'y accrocha quelques minutes, essayant d'oublier les hurlements de Bill. Ils discutèrent silencieusement, à travers leur regard, comme ils l'avaient tant fait à Poudlard.

Tout à coup, dans ces conditions, avec le corps de Bill se contorsionnant entre eux, leur dispute et les ressentiments que Sirius et Remus se portaient n'avaient plus autant d'intérêt. Tandis que le roux hurlait, Sirius comprenait enfin, à travers le regard doré de Remus, à quel point tout ceci était ridicule. À quoi bon s'accrocher ainsi à un passé depuis longtemps révolu alors qu'un rien pourrait mettre fin à tout espoir de réconciliation ?

Pour la première fois, Sirius parvenait à réaliser ce qui avait pu pousser Remus à agir tel qu'il l'avait fait. Bien sûr que ce n'était pas contre lui. Ça ne l'avait jamais été. Le loup avait simplement été dépassé par les évènements. Sirius pouvait lui en vouloir mais cela valait-il vraiment le coup ?

A travers ce regard, il se remémora tous les bons moments qu'ils avaient échangés dans leur jeunesse. Les deux hommes s'étaient liés d'amitié à Poudlard, via James. Et ils l'étaient restés grâce à James.

Sirius et Remus, au départ, n'avaient pas été particulièrement proches. Remus était trop sage, trop renfermé, pour Sirius qui cherchait quant à lui à se faire remarquer le plus possible. Le secret de Remus avait également compliqué les choses.

Sirius avait tout de suite senti que Remus leur cachait quelque chose d'important. C'était d'ailleurs lui qui avait découvert le pot aux roses. Ça ne l'avait pas rebuté. Loin de là. Ça les avait même rapprochés.

C'était Sirius qui avait convaincu James de devenir des animagi pour accompagner Remus lors de ses transformations. Peter avait suivi. Il se souvenait encore comment Remus avait été surpris et touché quand ils lui avaient montré ce qu'ils avaient réussi à devenir.

Après ça, Remus et Sirius s'étaient énormément rapprochés pendant un temps. Sirius l'avait pris sous son aile, l'entraînant dans ses déboires pour casser cette coquille derrière laquelle se cachait le loup garou. Il avait découvert un ami en or auprès de l'homme, à qui il pouvait si aisément confier tout ce qu'il n'osait dire à James.

Et puis il y avait eu ce fameux jour où il avait reçu une lettre de Narcissa, sa cousine. Elle lui annonçait son mariage prochain avec Malfoy et lui reprochait, en sous-entendus bien évidemment, de l'avoir abandonnée alors qu'il avait décidé de suivre une autre voie que celle de sa famille, comme Andromeda avant lui.

La lecture du mot l'avait véritablement bouleversé et il aurait souhaité en parler avec Remus mais... La pleine lune était le soir même et son ami était vraiment mal en point. Alors il s'était tu, accumulant en lui les regrets et la colère.

Sentiments désagréables qui l'avaient poussé à se déchaîner sur Snape. Parce que c'était tellement simple. L'homme avait toujours été prêt à répliquer. Sans doute se défoulaient-ils tous les deux ainsi, déjà à l'époque.

Mais il avait été trop loin cette nuit-là, envoyant Snape dans la tanière du loup-garou. Ça avait signé la fin de sa grande amitié avec Remus, en quelque sorte. Parce qu'ils étaient restés amis mais uniquement pour James après ça. Ils n'avaient jamais réussi à s'expliquer et à se pardonner. Et la suite avait creusé encore plus ce fossé entre eux, suite à la prophétie et à la mort de James.

Mais à présent, cela valait-il vraiment la peine de continuer ainsi ? L'état de Bill était déplorable. Et Sirius ne pouvait s'empêcher de penser que ça aurait aussi bien pu être Remus. Et malgré tous les ressentiments qu'il avait, il se souvenait encore de tous ces bons moments qu'ils avaient partagés, à Poudlard surtout, et même après, quand Harry était né.

Alors pour une fois, il se mit réellement à la place de Remus. Et peut-être pouvait-il vraiment comprendre ce qui avait poussé son ami à agir comme il l'avait fait. Oui, s'il mettait de côté ses propres sentiments, il pouvait concevoir ce par quoi Remus était passé, pendant toutes ces années.

Leurs regards finirent par se décrocher tandis que Bill remua de façon spasmodique. Les deux amis reportèrent leur attention sur le roux, refoulant au fond de leur esprit leurs propres problèmes, qui semblaient si insignifiants à côté de ce que traversait Bill.

Severus s'arrêta dans le traitement tous les quarts d'heure de la première heure pour faire boire une potion à Bill. Puis il espaça aux demi-heures. Arrivé au milieu de la troisième heure du traitement, il fut obligé de continuer sans s'arrêter, pour ne pas intoxiquer Bill. Il lui fallut au final près de quatre heures pour venir à bout des plaies. Bill n'avait pas perdu connaissance de toute la durée du traitement.

Severus finit par lui faire boire une potion de sommeil-sans-rêve et il fit signe à Lupin et Black de le transporter dans la chambre d'ami se trouvant au rez-de-chaussée. Il resta une seconde sur place avant de soupirer et de prendre appui sur le canapé pour se relever. Il était littéralement épuisé.

Il se rendit dans la cuisine où Tonks s'était finalement assoupie contre la table. Severus la réveilla d'une pression sur l'épaule. Les yeux rougis et gonflés de la jeune femme ne mirent qu'une seconde à se poser sur lui. Ses joues étaient encore marbrées des larmes qu'elle avait versées.

- C'est fini, il dort. Il faut le surveiller mais normalement il est tiré d'affaire.

De nouvelles larmes s'échappèrent des yeux de la jeune femme, de soulagement cette fois. Elle ne perdit pas une seconde de plus avant de filer dans la chambre que Remus et Sirius lui désignèrent pour vérifier par elle-même les paroles de Severus.

Ce dernier s'assit sur la chaise qu'elle venait de quitter et fit venir à lui un verre et une bouteille de whisky-pur-feu d'un coup de baguette. Il se servit généreusement et but son verre quasiment d'une traite avant de s'en servir un second.

Il était bien trop tôt pour ça mais il en avait plus que besoin après ce qu'il venait de faire. Il se sentait vidé comme il ne l'avait pas été depuis bien longtemps. Il avait presqu'oublié l'effet que produisait le fait de se retrouver au milieu des blessés de guerre alors qu'il était, depuis plusieurs mois maintenant, dans cette maison, en sécurité.

Black et Lupin le rejoignirent quelques secondes plus tard et se servirent de même un verre chacun. Severus les regarda à peine, sa tête appuyée contre ses mains, luttant contre un mal de crâne qui semblait vouloir prendre place.

- Je crois que j'aurais bien besoin d'un verre moi aussi…, déclara Tonks en revenant dans la cuisine. Merci Severus.

Le maître des potions hocha simplement la tête et fit apparaître un nouveau verre avant de pousser la bouteille de whisky dans sa direction. Même sa magie semblait fatiguée, pensa-t-il alors que le verre arrivait en tremblotant depuis le placard.

Il soupira en finissant son propre verre, hésita à s'en resservir un et abandonna finalement l'idée. Ça ne ferait qu'empirer son mal de crâne. Il avait surtout besoin de sommeil. Et d'une bonne douche.

- Surveillez bien les plaies, au moins tous les quarts d'heure. Et appelez-moi à la moindre impression que l'une d'elle s'étend de nouveau. Il vaut mieux traiter cela dès le départ.

Les trois autres acquiescèrent en silence et le suivirent du regard tandis qu'il sortait de la pièce. Severus se rendit directement dans la salle de bain et soupira en entrant sous la douche. La scène du corps de Bill se contorsionnant sur le canapé avait fait remonter de douloureux souvenirs à l'esprit du maître des potions.

Il ferma les yeux quelques instants, laissant couler l'eau sur son corps tandis qu'il tentait de consolider ses barrières mentales. Il ne rouvrit les yeux que lorsque tous les mauvais souvenirs furent enfermés derrière de puissants murs.

L'homme sortit de la douche de longues minutes plus tard et retourna enfin dans sa chambre, une simple serviette enroulée autour de sa taille. Il ne put s'empêcher de ressentir un léger pincement au cœur en voyant qu'Hermione n'était plus là et s'en voulu pour cela. Vraiment, il n'arrivait pas à comprendre comment il avait pu tant s'attacher à cette jeune femme en si peu de temps.

Délaissant sa serviette à même le sol, il s'allongea là où elle s'était tenue quelques heures plus tôt et plongea son visage dans l'oreiller sur lequel elle avait dormi. Il huma son odeur qui l'imprégnait déjà.

Cela faisait quelques jours que la jeune femme le retrouvait toutes les nuits pour partager son lit. Il n'avait pas su résister lorsqu'elle était revenue le deuxième soir et il avait su à ce moment précis à quel point il était définitivement perdu. Par la suite, il n'avait même plus eu de remords à accepter sa présence dans son lit toutes les nuits.

Alors bien sûr, il savait qu'il aurait dû la forcer à parler de ses cauchemars plutôt que lui fournir cette échappatoire temporaire. Mais il n'en avait pas eu l'occasion. Et il devait bien avouer qu'il ne l'avait pas non plus cherchée avec acharnement, cette occasion. Il ne comprenait que trop bien qu'elle n'ait pas envie d'en parler. Et elle avait l'air tellement fragile lorsqu'elle se présentait à sa porte, tremblante.

Pour être tout à fait honnête, passer ses nuits avec la jeune fille à ses côtés était aussi plus qu'agréable. Et rien que cette pensée lui faisait réaliser à quel point il était perdu. A quel point il s'était attaché. A quel point tout ceci devenait tellement plus qu'un simple jeu pour lui. A quel point tout ceci était ridicule. Il s'était largement suffit à lui-même pendant tant d'années. Pourquoi cette soudaine envie de plus ? Peut-être parce que tout paraissait tellement simple avec Hermione…

Il soupira en repensant au regard que Black avait posé sur eux le matin même. Il se doutait qu'une discussion n'allait plus tarder, dès que tous seraient rassurés sur l'état de Bill. Il savait déjà quels reproches allait lui faire l'animagus. Il s'était déjà fait les mêmes mille fois au moins.

Soupirant, Severus repoussa l'oreiller, se glissa sous les draps et s'allongea sur le dos en fermant les yeux. Il sentit à peine qu'il s'endormait alors que l'épuisement de la matinée s'abattait sur lui.

Hermione s'était réveillée apaisée. Elle avait encore une fois réussi à passer la nuit sans cauchemars. Elle fut toutefois surprise lorsqu'elle se tourna et remarqua la place vide de Severus. Elle s'inquiéta une seconde avant de se raisonner. Il avait simplement dû se lever plus tôt.

Elle se leva à son tour, écoutant les bruits de la maison pour analyser si elle pouvait sortir de la chambre sans que quiconque ne la voie. Sans que Sirius la voie, pour être plus exacte.

L'homme n'était pas au courant qu'elle passait ses nuits auprès de Severus depuis quelques jours. Elle ne savait pas ce qu'il en penserait mais elle ne voulait surtout pas avoir à expliquer ses raisons.

Elle était déjà soulagée que Severus n'insiste pas pour la faire parler. Le deuxième soir, il l'avait réveillée au beau milieu de la nuit alors qu'elle était en prise avec un cauchemar. Elle l'avait évité toute la journée qui avait suivi afin de ne pas l'inciter à discuter de tout cela.

Le soir suivant, elle avait longuement hésité à retourner dormir avec lui mais elle s'était finalement décidée. Mieux valait prendre le risque d'une discussion, qu'elle pouvait toujours essayer d'esquiver, plutôt que de revivre encore et encore ses cauchemars et les réveils difficiles qu'ils engendraient. Mais finalement, il n'avait rien dit et elle y était retournée chaque nuit depuis. Elle n'était pas bien sûre de pouvoir s'en passer de nouveau. Il lui apportait un véritable réconfort.

C'était aussi pour cela qu'elle ne voulait pas que Sirius découvre cette histoire. Parce qu'elle avait peur qu'il réagisse mal et qu'elle se retrouve de nouveau seule.

N'entendant pas le moindre bruit, elle se glissa dans le couloir pour rejoindre sa chambre qu'elle atteignit sans encombre. La jeune fille attrapa des vêtements propres et ressortit dans la foulée pour aller prendre une douche rapide. De retour dans sa chambre elle posa son pyjama et se prépara à descendre prendre un petit déjeuner léger. La matinée était déjà bien avancée.

Elle s'attarda un instant alors que son regard se posa sur la lettre qu'elle voulait transmettre à ses amis par l'intermédiaire de Bill. Cela faisait plusieurs jours maintenant qu'elle l'avait rédigée mais le jeune homme n'avait apparemment pas réussi à trouver le temps de passer. Elle espérait de tout cœur que ses amis ne s'impatientent pas trop de repartir à l'aventure.

Elle était à deux doigts de redemander un hibou à la prochaine personne de l'Ordre qui passerait dans la maison. Cela faisait tout aussi longtemps qu'ils n'avaient pas eu de contact avec l'Ordre et elle commençait sérieusement à s'inquiéter quant à ce qui pouvait bien se passer à l'extérieur des murs de cette maison.

Soupirant, elle détourna les yeux et se décida à descendre. En passant près de la salle de bain, elle entendit le bruit de l'eau couler. Quelqu'un était sous la douche. Elle dévala les marches et s'approcha de la porte de la cuisine.

Elle marqua un temps d'arrêt en ouvrant la porte. D'un rapide regard, elle distingua Remus, Sirius et Tonks, avachis sur des chaises de la cuisine, un verre de whisky pur feu disposé devant chacun d'eux. La panique saisit immédiatement Hermione.

- Qu'est-ce qu'il se passe ?

Elle s'étonna vaguement que sa voix sorte calme et posée, contrastant avec l'inquiétude qui l'étreignait. Les trois têtes se tournèrent vers elle de concert, semblant tout juste prendre conscience de sa présence. Un moment, qui parut une éternité à Hermione, impatiente de savoir quel était le souci, passa avant que Lupin ne lui réponde finalement.

- Bill a été blessé cette nuit…, commença-t-il. Mais il va bien, ajouta-t-il rapidement devant l'air horrifié de la jeune femme.

- Snape l'a soigné depuis l'aurore ce matin. Il dort maintenant.

La voix de Sirius était froide et distante, surprenant Hermione. Elle ne comprenait pas pourquoi il s'adressait à elle sur ce ton mais mit cela sur le compte de la fatigue. S'ils étaient levés depuis l'aube, la matinée devait leur paraître bien longue. Pas un seul instant elle ne pensa qu'il avait pu la surprendre au lit avec Severus.

- Est-ce que je peux le voir ?

Hermione n'était pas particulièrement proche de Bill mais elle le considérait presque comme un grand frère. Il avait toujours veillé sur elle et sur ses amis, plus particulièrement ces derniers temps et elle s'inquiétait réellement de son état. Elle ressentait un besoin viscéral de vérifier par elle-même qu'il n'était pas en danger.

- Viens avec moi, proposa Tonks. Il faut aller vérifier ses plaies de toute façon.

Hermione suivit la jeune femme qui semblait complètement éteinte. Bill avait été installé dans la chambre d'amis. Hermione fut soulagée de le voir. Les plaies sur son bras semblaient propres et elles ne s'étaient pas étendues de nouveau, comme le lui expliqua Tonks. Elles restèrent quelques minutes dans la pièce, leurs regards fixés sur le corps et le visage du roux, comme si elles avaient peur qu'il ne lui arrive quelque chose si elles sortaient de la pièce.

Ce fut finalement Tonks qui se décida à embarquer Hermione pour sortir. Ses yeux rougis révélaient l'affection qu'elle avait encore pour le jeune homme. Les deux jeunes femmes passèrent au salon, laissant la cuisine aux deux hommes qui n'avaient pas bougés depuis leur départ. Hermione ne doutait pas que les soins avaient dû être pénibles pour tout le monde, à voir leurs mines sombres.

- Est-ce que ça va ? demanda-t-elle à Tonks une fois qu'elles furent installées près de la cheminée.

La jeune femme grimaça.

- Ça ira mieux quand je serai sûre qu'il sera sorti d'affaire. Je crois qu'il va rester ici quelque temps pour que Severus puisse surveiller ses plaies. Une vraie horreur ce sortilège qui l'a frappé !

Hermione ne put qu'acquiescer. Tonks lui avait vaguement raconté ce qu'il s'était passé et Hermione n'avait pas de mal à imaginer la douleur qu'avait dû ressentir le roux.

- Est-ce que Fleur est au courant ?

- Oui, je l'ai prévenue par cheminette. Elle semblait vraiment soulagée mais il semble qu'elle ne puisse pas venir… Quelque chose la retient chez elle mais j'ignore quoi…

Hermione haussa les épaules, ne voulant pas trahir le fait qu'elle savait pertinemment quoi, ou plutôt qui, retenait Fleur à son domicile. Elle était grandement impressionnée que la blonde réussisse à rester chez elle s'occuper de ses visiteurs alors que son époux était aussi mal en point. La jeune femme, qu'Hermione avait longuement sous-estimée par le passé, remontait grandement dans son estime sur ce coup-ci.

La brune se sentait légèrement coupable d'avoir pensé que Fleur n'était pas bonne à grand-chose. Mais s'il y avait bien une chose qu'elle avait appris depuis qu'elle était dans cette maison, c'est qu'il était très facile de se faire une mauvaise impression sur les gens. Tant qu'on ne vivait pas enfermé avec eux tout du moins.

Les deux jeunes femmes restèrent un moment silencieuses, plongées dans leurs pensées jusqu'à ce que l'horloge du salon n'émette un léger bruit pour indiquer qu'il était 10h30. Tonks se releva et retourna dans la chambre d'ami vérifier les plaies du roux. Hermione la suivit pour scruter chacun de ses faits et gestes afin d'être en mesure de prendre le relai de la surveillance par la suite.

Elles se rendirent ensuite dans la cuisine où Tonks déclara qu'elle devait partir. Elle avait du boulot qui l'attendait et elle était déjà plus qu'en retard. Lupin suivit le coche et le jeune couple s'éclipsa via la cheminée. Hermione ne put s'empêcher de prendre Tonks dans ses bras, juste avant qu'elle ne parte, dans un geste de réconfort.

- Je vais veiller sur lui, ne t'inquiète pas, murmura-t-elle à son oreille.

Tonks lui répondit d'un petit sourire et la remercia avant de filer. Hermione laissa son regard fixer quelques minutes les flammes dans lesquelles la jeune femme avait disparu. Elle se rendit ensuite de nouveau dans la cuisine afin de grignoter quelque chose, alors que son estomac lui rappelait la raison première de sa venue dans la cuisine, une bonne demi-heure plus tôt.

Sirius n'avait pas bougé, son verre vide traînant devant lui. D'un coup de baguette, Hermione nettoya l'ensemble des verres et les rangea, ainsi que la bouteille de whisky. Elle fit couler de l'eau dans la théière et la mit à chauffer, tout en préparant quelques tartines pour tout le monde. Elle plaça ensuite deux tartines et une tasse de thé chaud devant Sirius. Ce dernier ne releva pas la tête.

- Est-ce que ça va Sirius ?

Hermione s'inquiétait de son attitude fermée. Un grondement sourd lui répondit. Il se leva finalement et déclara simplement qu'il allait dormir un peu.

- Seul, ajouta-t-il en sortant de la pièce.

Il avait parlé tellement bas que Hermione avait failli ne pas l'entendre. Mais elle avait senti le reproche latent dans ce mot. Un curieux doute l'avait soudainement saisie. Se pouvait-il qu'il l'ait découverte dans le lit de Severus ? Était-il jaloux qu'elle ait partagé le lit du maître des potions et non le sien ?

Elle se partageait entre les deux et il était vrai qu'elle vivait certaines choses avec uniquement l'un d'eux mais ça n'avait pas semblé les déranger jusqu'à présent. Les choses allaient se compliquer si la jalousie venait s'immiscer dans leur relation. Elle ne savait pas comment elle pourrait le gérer. Elle n'avait jamais imaginé que leur relation puisse s'arrêter ainsi. Mais elle se sentait bien incapable de choisir entre eux deux.

Elle retourna veiller Bill dès qu'elle eut fini son petit déjeuner. Les plaies ne semblaient pas bouger et c'était vraiment bon signe. Elle n'osait imaginer l'état dans lequel le jeune homme devait être lorsqu'il était arrivé tant les marques étaient nombreuses sur son bras et son cou. Elle referma calmement la porte derrière elle avant de rejoindre le salon où elle s'installa sur le rebord de la fenêtre, le regard perdu sur la rue.

Elle répéta l'opération plusieurs fois jusqu'à ce que Severus ne la rejoigne finalement dans la pièce en début d'après-midi.

- Comment va-t-il ?

- Tout semble stable pour le moment.

Severus hocha la tête en soupirant.

- Ils ont vraiment des sortilèges tordus, ajouta Hermione sans pouvoir s'en empêcher, d'une voix inhabituellement froide. Quand je pense que certains de nous vantent sans cesse le fait d'utiliser des sortilèges non létaux, simplement pour capturer les mangemorts, car nous ne sommes pas comme eux, disent-ils. Qu'ils viennent voir les dégâts que causent les mangemorts, ils changeraient vite d'avis…

Severus s'était approché et se tenait debout à côté de la brune. Leurs regards respectifs étaient perdus sur la rue.

- Je sais.

Sa voix était aussi glaciale que celle d'Hermione. La jeune fille releva son regard sur l'ancien mangemort.

Avait-il lui aussi infligé de telles souffrances à quelqu'un pour protéger sa condition d'espion ? pensa-t-elle sombrement.

Elle avait été à la place de la victime. Elle savait à quel point les mangemorts frappaient pour faire souffrir. Ils ne cherchaient pas forcément à tuer. Quel serait le plaisir si la victime mourait immédiatement ?

Après sa convalescence, elle avait eu envie de se venger de Bellatrix. Elle avait souhaité de toutes ses forces pouvoir se retrouver de nouveau face à elle, sur un pied d'égalité cette fois. Elle se serait même contentée de l'avoir à sa merci. Elle savait qu'elle n'hésiterait pas si un tel cas se présentait. Et elle savait aussi qu'elle serait incapable de lui donner une douce et rapide mort. Pas après la souffrance qu'elle avait vécue et qu'elle revivait si souvent. Est-ce que cela faisait d'elle un monstre, au même titre qu'eux ?

Severus la dévisageait. Il semblait venir de se souvenir qu'elle avait elle aussi été une victime. Pensait-il lui aussi la même chose ? Imaginait-il également, aux heures les plus sombres de la nuit, la vengeance qu'il pourrait avoir sur la femme mangemort, ou n'importe qui d'autre ?

- Est-ce que ça va ?

Hermione hocha la tête avec un sourire las. Elle ne savait que répondre d'autre. Elle se sentait bien incapable de mettre des mots sur les émotions qui tournoyaient sans cesse en elle. Elle se laissa faire quand Severus l'attira dans ses bras, dans un geste qui lui devenait de plus en plus naturel. Elle se blottit contre lui, se concentrant sur l'étreinte pour évacuer ses sombres pensées.

L'horloge sonna et elle se sépara de l'homme pour aller une fois de plus surveiller les plaies de Bill. Elle se sentait utile ainsi, en revenant tous les quarts d'heure veiller le roux. Ça lui permettait d'occuper ses pensées et ses mains. Ça lui permettait de ne pas laisser la colère l'envahir face à l'injustice de ce monde. Ça lui permettait de ne pas laisser un stupide sentiment de culpabilité l'étreindre alors que le matin même elle reprochait à Bill en pensées de pas être encore repassé dans la maison pour qu'elle lui donne sa fichue lettre.

Severus la suivit et elle perçut clairement le soupir de soulagement qui lui échappa lorsqu'il put constater de ses propres yeux l'état de Bill. Si les plaies restaient ainsi jusqu'au soir, ils n'auraient rien à craindre pour la nuit.

De bonne volonté, Hermione proposa de rester avec Bill cette nuit pour continuer de surveiller ses plaies. L'homme s'y opposa sans un instant d'hésitation. Severus argua qu'il était le plus à même de réagir si le moindre problème venait à subvenir. Hermione insista sur le fait qu'elle ne serait de toute façon pas capable de dormir tant qu'elle s'inquièterait pour le roux.

Sirius les avait rejoints à ce moment-là.

- Il faut qu'on parle, avait-il déclaré en s'installant dans un fauteuil qui leur faisait face, coupant court à leur début de dispute.

Son regard avait glissé sur eux deux, s'attardant quelques secondes supplémentaires sur Hermione. La jeune femme avait dégluti péniblement, sentant finalement poindre la discussion qu'elle aurait préféré éviter ad vitam aeternam. Quant à Severus, son masque impassible avait repris sa place sur son visage.

Le maître des potions s'éclipsa quelques instants pour vérifier les plaies de Bill avant de revenir s'installer avec eux. Les deux autres n'avaient pas bronché en attendant son retour. Hermione se faisait toute petite dans le canapé, appréhendant la suite. Elle aurait préféré être ailleurs. Elle avait peur de la tournure qu'allait prendre la conversation.

Ce fut Sirius qui commença.

- Depuis combien de temps Hermione dort-elle dans ton lit la nuit, Snape ?

La jeune femme fut égoïstement soulagée qu'il ne s'adresse pas directement à elle.

- Quelques nuits.

La réponse de Severus était froide. Il ne semblait pas apprécier qu'on lui reproche ainsi son comportement.

- Est-ce que vous avez pensé aux conséquences que ça pourrait avoir ?

Hermione ne put s'empêcher de poser un regard surpris sur l'homme. Elle ne s'était clairement pas attendue à ça. Elle avait pensé qu'il était jaloux pour une quelconque raison, que leur situation ne lui convenait plus et qu'il allait leur faire comprendre à quel point tout ceci était insensé, immoral. Elle avait pensé qu'il leur dirait qu'il valait mieux mettre un terme à tout cela tout de suite, avant que qui que ce soit ne s'attache.

Elle n'avait pas imaginé une seconde qu'il pouvait simplement être inquiet que leur comportement n'oblige justement l'arrêt de leur étrange relation. Elle en fut tellement soulagée qu'elle manqua presque de laisser échapper un petit rire. Elle se concentra de toutes ses forces pour ne pas sourire et écouta distraitement la réponse de Severus, heureuse de ne pas avoir à prendre la parole.

- Il n'y a que toi pour entrer dans ma chambre sans frapper, Black.

- Mais imagine que Tonks soit entrée ! Et si ça n'avait pas été elle mais Molly ? As-tu seulement pensé à ce que les autres diraient s'ils étaient au courant ?

Hermione ne put cette fois s'empêcher d'éclater de rire à l'évocation de Tonks. C'était un rire nerveux plus qu'autre chose, une bonne manière de relâcher la pression qui s'accumulait en elle depuis son réveil. Et surtout, elle imaginait très bien la réaction qu'aurait eu Tonks si elle l'avait trouvée en train de dormir dans le lit de Severus, de surcroît avec lui.

Elle remarqua vaguement le regard noir que lui lança Sirius ainsi que celui, circonspect, de Severus.

- Désolée…, essaya-t-elle vaguement de prononcer sans qu'elle ne sache bien s'ils avaient pu comprendre alors qu'elle n'arrivait pas à arrêter de rire.

Quelques larmes s'échappaient de ses yeux, roulant sur ses joues. Et elle riait. Encore et encore. Comme elle ne l'avait pas fait depuis tellement longtemps. Elle se tenait les côtes qui la tiraillaient et essayait vaguement d'essuyer ses joues humides mais rien ne voulait y faire.

Ses deux hommes restèrent interdits à ses côtés. Ils semblaient ne pas savoir comment réagir devant l'hystérie de la jeune femme. Elle ne savait plus très bien pourquoi elle riait. Elle ne savait pas très bien pourquoi elle pleurait. Elle n'était pas particulièrement heureuse, ce n'était pas particulièrement drôle. Elle n'était pas particulièrement triste non plus. Elle supposait qu'elle avait simplement besoin de laisser s'évader les émotions qui la tiraillaient de toute part. Elle était constamment à fleur de peau depuis quelques temps.

- Est-ce qu'elle a bu ? entendit-elle demander Sirius.

Cela eut pour effet de faire repartir son rire de plus belle. Ça lui faisait tellement de bien. Elle avait eu tellement peur. Peur pour Bill déjà. Ce qui avait réveillé sa peur pour ses amis et pour ses parents.

Peur pour sa relation avec ses deux garçons perdus aussi. Peur que l'un d'eux ne veuille plus d'elle et que tout s'effondre. Peur que d'autres s'immiscent dans leur relation et qu'ils doivent y mettre fin.

Peur qu'elle ne doive de nouveau dormir seule dans sa chambre, abandonnée à ses cauchemars. Peur qu'ils ne la laissent tomber alors qu'elle avait encore tant besoin d'eux pour se reconstruire. Peur de devenir folle. Peur de mourir.

Son rire se transforma en sanglots et elle sentit les deux hommes l'étreindre. Elle se laissa bercer par leurs paroles douces et leurs caresses apaisantes. Elle doutait être encore capable de vivre sans eux deux. Elle espérait de tout son cœur ne pas être amenée à devoir le faire un jour. Elle n'était pas sûre de pouvoir le supporter. Même si elle aurait bien été incapable de dire comment elle en était arrivée là en à peine plus d'un mois, avec ces deux hommes que personne ne prenait la peine de chercher à connaître et comprendre.


Bonjour à tous et à toutes !

J'ai bien failli ne pas réussir à poster ce chapitre aujourd'hui, vous avez de la chance ! J'espère qu'il vous aura plu !

Je tiens en tout cas à vous remercier pour tous vos retours sur le chapitre précédent, ça me fait toujours très très très plaisir :)

Prochain chapitre la semaine prochaine, sans doute plus mercredi car je risque de pas trop avoir le temps après (avec la st valentin vendredi, et puis je vais savoir s'ils me proposent un cdi à mon taff aussi jeudi donc je risque d'avoir la tête à fêter ça le soir ! Mais je m'égare dans les détails de ma vie qui ne vous intéressent sans doute pas ou peu donc je m'arrête là xD).

Très bonne fin de semaine à vous tous !

Et pour finir, réponse aux reviews guest :

Jenny : Je suis contente que "mon" Severus te plaise ! C'est un personnage assez difficile à utiliser car il a quand même un caractère bien tranché xD Pour Sirius, ce sera donc mon défi de parvenir à te le faire apprécier un minimum !

Coralie49 : Encore une fois, merci pour tous tes compliments et pour ta fidélité à cette histoire ! En espérant que la suite continue à te plaire ;)