Chapitre 12 : La fin de l'histoire

Voilà, c'est fini. Mais surtout, pensez pas que c'est la fin de l'histoire, au contraire, c'est le début !

- Achille, Celle que j'aime


Plusieurs jours durant, Hermione et Severus s'entrainèrent pour que la jeune femme parvienne à comprendre comment bloquer son esprit et emprisonner ses mauvais souvenirs. Une routine s'était rapidement mise en place tandis qu'ils commençaient dès le petit déjeuner. Ils faisaient une pause au déjeuner qu'ils prenaient en compagnie de Sirius. Puis Hermione s'entraînait seule pendant que Severus vaquait à d'autres occupations telles que la fabrication de potions pour l'Ordre.

Il la rejoignait en fin d'après-midi et ils débriefaient sur les progrès qu'avaient faits la jeune femme ou les problèmes qu'elle avait pu rencontrer. Une fois par jour environ, parfois deux ou trois selon les avancées qu'elle faisait, Severus pénétrait dans son esprit pour analyser ce qu'elle parvenait à réaliser. La jeune femme avançait vite, motivée par la possibilité d'enterrer au plus profond de son esprit les souvenirs douloureux qui la hantaient.

Au bout d'un peu plus d'une semaine de ce traitement, Severus estima que ses progrès étaient suffisants pour qu'elle parvienne de nouveau à dormir seule, si elle le souhaitait. Il le lui annonça avec un léger sourire aux lèvres, espérant lui montrer qu'il était fier d'elle et qu'elle pouvait prendre sa décision librement.

Le soir venu, Hermione hésita longuement, plus par peur de gêner Severus en continuant à dormir avec lui que par envie de quitter sa chambre et son lit. Elle osa finalement le rejoindre après un long débat intérieur, anxieuse de la réaction qu'il aurait. Une puissante vague de soulagement la submergea lorsqu'elle remarqua son léger sourire en réponse à son entrée dans la chambre. Peut-être ne le dérangeait-elle pas tant que ça finalement.

Le petit jeu de séduction qu'elle entretenait avec ses deux hommes, qui était devenu bien plus qu'un jeu si elle était honnête avec elle-même, n'avait pas cessé pour autant pendant ce temps d'entraînement. Il avait repris rapidement, dès la potion de contraception terminée par Severus. Les trois habitants de la maison se retrouvaient généralement tous les soirs dans diverses pièces de la maison et profitaient de la présence les uns des autres pour panser leurs blessures et s'abandonner aux plaisirs de la chair.

Le temps passa rapidement en cette fin de mois d'avril pour Hermione. Entièrement occupée par son apprentissage et les recherches qu'elle avait continuées vis-à-vis des contraceptifs féminins, elle sentait son esprit s'apaiser de plus en plus. Elle avait réellement l'impression de reconstruire peu à peu ses fondations et surtout d'être beaucoup moins à fleur de peau, à moitié folle et constamment inquiète.

Lorsqu'elle avait osé évoquer le sujet avec Severus, il lui avait indiqué que la métaphore des fondations d'une maison était très bien choisie car c'était ainsi qu'elle semblait murer ses souvenirs grâce à l'Occlumancie. La jeune fille réalisa peu à peu les progrès qu'elle réussissait à faire tandis que les cauchemars s'estompaient et qu'elle vivait beaucoup mieux ses réveils suite à un mauvais rêve.

Elle ne pouvait s'empêcher de penser à quel point la présence des deux hommes lui avait été salutaire. Plus elle reprenait le contrôle de son esprit, plus elle réalisait combien elle avait été proche de sombrer dans la folie sans même s'en rendre pleinement compte.

Elle savait qu'elle avait encore beaucoup de travail à faire sur elle-même mais elle était soulagée de se retrouver un minimum. Sa relation avec ses garçons perdus n'en fut que plus puissante, contrairement à ce dont elle avait eu peur au départ. Ils l'accompagnaient, chacun à sa manière, à chaque étape de sa guérison et elle avait parfois l'impression de les entraîner avec elle sur la pente de la rémission.

Bien sûr, tout n'était pas parfait. Beaucoup de non-dits persistaient entre eux mais ils parvenaient de plus en plus à en faire abstraction. La preuve en était la bonne entente qui semblait s'installer de plus en plus entre les deux hommes. Elle les avait surpris quelques fois à discuter tranquillement ensemble, et elle avait été plus qu'étonnée de les voir blaguer ensemble un jour. Ils semblaient surmonter peu à peu leurs rancœurs passées, apprenant à se connaître un peu plus chaque jour. Ils n'étaient pas si différents qu'ils semblaient le croire au final.

Après deux semaines à ce rythme, Hermione oublia presque les événements qui courraient toujours dehors, entièrement focalisée sur la vie dans la maison. Les choses devenaient tellement simples entre ces quatre murs, tellement naturelles. Elle aurait presque pu croire qu'elle avait été ici, avec eux, toute sa vie. Elle parvenait presque à oublier tout le reste, la douleur, la peur, les déceptions. Elle avait presqu'envie de croire que cela ne s'arrêterait jamais.

Les visites de l'Ordre s'étaient également faites rares, à peine une visite éclair par semaine pour remplir les placards. Hermione n'avait même pas croisé la personne rapportant les provisions, toute entière plongée dans son entraînement.

La guerre se rappela pourtant brutalement à eux au premier jour du mois de mai.

En ce début d'après-midi, Hermione était installée comme à son habitude, sur un fauteuil face à la cheminée du salon. Elle avait disposé un plaid sur ses jambes pour ne pas attraper froid à cause de son immobilité. Son tee-shirt à manches courtes, qui dévoilait l'une de ses épaules, et sa jupe lui arrivant au-dessus des genoux n'aidaient pas à la maintenir au chaud par eux-mêmes.

Son regard vague était plongé dans les flammes et elle se concentrait sur les flux de magie qu'elle percevait parcourir son corps, afin de réussir à les modeler pour les changer en prison dans son esprit. Elle avait sélectionné les souvenirs qu'elle souhaitait y enfermer très rapidement, ça n'avait pas été bien difficile.

Elle sursauta et attrapa sa baguette par réflexe lorsque les flammes virèrent au vert, se demandant vaguement si elle réagirait ainsi toute sa vie. Elle baissa sa baguette, la gardant toutefois en main par prudence, lorsqu'elle reconnut Tonks qui surgissait des flammes, rapidement suivie de Charlie.

- Réunion d'urgence de l'Ordre ici dans une heure, déclara la jeune femme aux cheveux rouges sans même prendre le temps de dire bonjour.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Sirius qui se tenait à la porte de la cuisine, alerté de la présence des deux jeunes par l'alarme qu'ils avaient posée sur la cheminée.

Charlie ouvrit la bouche pour lui répondre mais fut interrompu par l'arrivée de Molly et Arthur. Ils furent rapidement suivis de Bill et Fleur puis d'Elphias Doge. L'ensemble des membres les plus importants de l'Ordre arrivèrent ainsi à la suite les uns des autres. Ils semblaient tous préoccupés, certains n'avaient pas l'air de savoir la raison du rassemblement mais une réunion d'urgence n'était jamais bon signe. Kingsley fut l'un des derniers arrivés. Il prévint les autres que Minerva aurait un peu de retard et qu'ils pouvaient commencer la réunion sans elle.

Hermione s'installa en silence aux côtés de ses deux hommes qui se tenaient à un bout de la table. Elle fut soulagée que sa présence ne soit pas encore une fois discutée et en même temps angoissée quant à l'objet de la réunion. Toute la peur qu'elle avait réussi à occulter vis-à-vis de ses amis refaisait surface de façon bien trop brutale. Elle avait beau se concentrer pour ne pas se laisser déborder, l'Occlumancie se révélait bien plus ardue en situation non contrôlée. C'était bien différent de quand elle s'entraînait sur le canapé, en sécurité, loin de toute distraction.

Ce fut Charlie qui prit la parole pour expliquer à tous la raison de la présente réunion.

- Gringotts a été cambriolée.

Les exclamations de surprise ne tardèrent pas à fuser. Chacun questionnait sur les raisons d'un tel cambriolage, les auteurs, les méthodes. Seule Hermione gardait le silence. Elle connaissait déjà la plupart des réponses. Tout ce qu'elle aurait voulu savoir, c'était comment allaient ses amis.

La jeune femme laissa son regard glisser sur les différents membres de l'Ordre. À ses côtés, ses deux hommes semblaient aussi surpris que les autres, même si Severus ne le montrait pas, son éternel masque impassible bien en place. Il semblait analyser la situation, essayant certainement de découvrir tout ce qui se cachait derrière la révélation de Charlie avant qu'il n'en dise plus.

Hermione finit par croiser le regard du rouquin qui se tenait debout, attendant que les exclamations se calment pour pouvoir continuer son explication. Elle se sentit particulièrement mal à l'aise sous le regard dur du jeune homme qui ne la lâchait pas des yeux.

Elle sut immédiatement qu'il avait compris que son invitation, quelques semaines plus tôt, n'avait eu pour objectif que de récupérer des informations pour aider ses amis à cambrioler la banque. Il semblait déçu et légèrement en colère contre la jeune fille qui aurait finalement souhaité ne pas participer à cette réunion.

- Un peu de silence ! Continuez monsieur Weasley.

La voix brute de Severus fit taire tout le monde en quelques secondes. Le rouquin ne détacha pas son regard d'Hermione quand il reprit la parole quelques secondes plus tard.

- Ce sont Harry et Ron qui ont cambriolé la banque.

Il n'eut pas le temps d'en dire plus qu'il fut de nouveau coupé par les exclamations de surprise des personnes présentes autour de la table, peut-être encore plus virulentes encore que précédemment. Charlie continuait de fixer Hermione. La jeune femme n'arrivait pas à détourner les yeux malgré sa gêne.

Elle ne regrettait pas ce qu'elle avait fait et savait qu'elle referait de même si l'occasion se présentait à nouveau. Elle était tout de même contente du peu d'Occlumancie qu'elle réussissait à utiliser et qui lui permettait de ne pas être rouge pivoine. Elle sentit le regard perçant de Severus faire des allers-retours entre Charlie et elle, pour finir par s'arrêter sur elle également. Elle n'osa tourner son regard vers le sien, terrifiée par ce qu'elle y pourrait y trouver. C'était une chose d'affronter Charlie, c'en était une autre lorsqu'il s'agissait du maître des potions.

- Sans doute miss Granger pourrait-elle nous éclairer davantage sur les raisons qui ont poussé ces deux-là à agir de façon aussi stupide et inconsidérée.

La voix rauque et étouffée de Severus avait ramené le silence plus efficacement que s'il avait crié. Hermione sentit tous les regards converger sur elle, comme s'ils venaient tous de se souvenir de sa présence.

Elle bloqua du mieux qu'elle pût ses émotions derrière les quelques briques branlantes qu'elle avait réussi à mettre en place au fond de son esprit au cours des deux dernières semaines. Prenant une inspiration, elle se décida à commencer par poser la question qui lui brûlait les lèvres depuis plusieurs minutes. Le reste pourrait bien attendre quelques secondes de plus.

- Comment vont-ils ? demanda-t-elle en fixant Charlie dans les yeux, l'implorant de répondre à sa requête avant qu'elle n'ait à subir les foudres de tous les membres de l'Ordre pour avoir gardé le silence sur cette affaire.

- Ils se sont échappés sur le dos du dragon, Hermione ! Qu'est-ce que tu as donc été leur raconter ?

La jeune fille ne put retenir un petit sourire, rassurée qu'ils aient réussi à trouver un moyen de s'échapper et amusée par le fait que, malgré tout, Charlie s'inquiète pour son dragon. Elle sentit quelques regards noirs se poser sur elle et elle effaça rapidement son sourire. Elle avait suffisamment de problèmes comme cela sans avoir besoin d'en rajouter.

- Ils avaient besoin de récupérer un objet se trouvant dans le coffre de Bellatrix, c'était le seul moyen d'y parvenir.

La brune buta sur le nom de la femme qui hantait ses cauchemars depuis deux mois. Elle essaya de maintenir les protections de son esprit le plus haut possible. Ce n'était pas le moment pour que ses souvenirs ressurgissent. Et pourtant, elle les sentait s'agitaient sous la surface, prêts à s'immiscer dans la moindre faille qui se créerait.

- Quel objet a tant d'importance pour qu'ils se mettent à ce point en danger ? questionna Kingsley.

- Un objet qui devait être détruit pour qu'on ait un jour une chance de gagner cette fichue guerre. Je ne peux pas vous en dire plus, si ce n'est que je pense qu'il va falloir vous préparer car la fin est proche.

Elle avait conscience d'être très vague. Elle avait presque l'impression de parler comme Trelawney mais elle ne voulait pas prendre le risque de dévoiler quelque chose par mégarde ou simplement en choisissant mal ses mots. Elle croisa le regard calculateur de Severus. Pas pour la première fois, la possibilité que l'homme en sache bien plus sur les horcruxes que ce que Ron, Harry et elle-même avaient pensé lui traversa l'esprit. Elle fut néanmoins rapidement détournée de cette idée par la voix de Molly.

- Pourquoi ne nous as-tu pas prévenus de ce qu'ils voulaient faire ?

- Les auriez-vous laissés faire ?

- Tout ça n'est pas un jeu Hermione, tu aurais dû nous prévenir, nous aurions pu les aider ou agir à leur place ! reprocha Molly.

Agacée, Hermione se leva brusquement de sa chaise en tapant du plat de sa main sur la table. Elle en avait assez de devoir s'expliquer. Elle en avait assez de se voir reprocher tous les choix qu'elle faisait. Elle en avait assez de devoir continuellement prouver sa valeur à cette femme. L'inquiétude que la matriarche ressentait pour sa famille n'excusait pas tout.

- Je sais pertinemment que ce n'est pas un jeu, que croyez-vous ? Pensez-vous que je trouve ça drôle de savoir mes deux meilleurs amis en danger ? Pensez-vous que j'ignore les risques qu'ils encourent ? Pensez-vous que j'ai trouvé ça amusant de me faire torturer pendant trois jours entiers par Bellatrix ? Pensez-vous que je ris en imaginant que ça pourrait également leur arriver, ça ou pire encore ?

Le silence était total dans la pièce alors que la jeune fille marquait une pause pour reprendre sa respiration et se calmer quelque peu, essayant d'apaiser le tourbillon d'émotions qui s'agitait à la frontière de ses défenses mentales. La colère brûlait ses veines sans qu'elle ne parvienne à la contenir.

- Je sais que ce n'est pas un jeu. Je sais aussi que cette mission est essentielle si on veut que cette guerre se termine un jour. Et je sais aussi que je ne vous dévoilerai jamais ce dont il est question. C'est le genre de connaissance dont il vaut mieux que le moins de personnes soit au courant. Surtout si on ne veut pas voir les événements horribles de cette guerre se produire à nouveau dans quelques années. Alors vous pouvez m'en vouloir tant que vous voulez et me souhaiter toutes les pires choses au monde, ça ne me fait plus ni chaud ni froid.

N'attendant pas de réaction de leur part, Hermione quitta la pièce sur ces paroles, sans un regard en arrière. Elle ne pensait pas apprendre quelque chose de nouveau puisqu'elle semblait en savoir plus que les autres sur ce coup-là. Elle ne voulait surtout pas avoir à soutenir plus longtemps les regards froids qui la fixaient. Elle avait grand besoin de s'isoler pour reprendre le contrôle de ses émotions et reconstruire les ruines des murs qu'elle avait à peine réussi à ériger en deux semaines et qui venaient de s'effondrer en quelques minutes.

Elle se dirigea vers les escaliers qu'elle monta lentement, lasse, et se rendit dans la salle de bain après avoir fait un crochet par sa chambre pour récupérer des habits propres. Elle fit couler un bain chaud en essayant de ne pas replonger dans ses souvenirs douloureux.

Elle réalisait tout juste la quantité très importante de travail qu'elle aurait encore à effectuer pour espérer guérir un minimum. Elle n'était pas sûre de pouvoir entièrement guérir un jour. Les maigres chances qu'elle aurait pu avoir avaient été anéanties lorsque l'Ordre avait décidé de l'enfermer dans cette maison.

Elle gardait en elle une amère rancune contre ces gens qui avaient décidé de contrôler sa vie sans qu'elle n'ait le moindre mot à dire. Elles étaient bien loin les idées qu'elle s'était faites au départ de ces gentils qui enfermaient les membres de leur camp pour ne pas qu'ils leur échappent, soi-disant pour leur sécurité.

La brune resta plus de deux heures dans son bain, espérant que les membres de l'Ordre seraient tous repartis quand elle en sortirait. Elle entendit quelques coups frappés à la porte alors qu'elle allait finalement se décider à sortir de l'eau.

Donnant son autorisation, elle observa Sirius rentrer dans la pièce avant de refermer la porte derrière lui. Il avait le chic pour vouloir discuter avec elle pendant qu'elle prenait un bain, songea Hermione avec amusement. Sirius laissa son regard couler sur la surface de la baignoire avant de remonter vers le visage de la jeune femme, un petit sourire aux lèvres.

- Sacrée scène que tu nous as fait tout à l'heure ! Il a fallu près de cinq minutes après ton départ pour que quelqu'un reprenne finalement la parole, tu les as tous mouchés, rigola Sirius.

Hermione lui sourit, ne sachant que répondre. Elle s'était laissée emporter par ses émotions qui, ses murs brisés par la colère, étaient revenues en force à la surface et elle n'avait su comment les contrôler. Elle observa Sirius quelques secondes, il semblait hésiter à rajouter quelque chose. D'un regard, elle l'encouragea à parler.

- Minerva est arrivée peu après ton départ. Harry et Ron sont à Poudlard, il semble que l'affrontement final soit bien plus proche que tu ne le pensais.

Hermione sursauta et réfléchit quelques secondes avant de finalement hocher la tête. C'était assez logique en soi. Cela n'empêcha pas l'inquiétude de monter en elle.

- Ils sont tous repartis à Poudlard pour préparer l'école et éloigner les élèves, continua Sirius.

Hermione hocha de nouveau la tête. Elle posa son regard sur l'homme qui lui faisait face. Il semblait avoir encore quelque chose à dire.

- Severus a demandé à Minerva de faire venir Harry ici pour quelques minutes. Il a, semble-t-il, quelque chose de très important à lui dire avant que tout ne commence… Minerva a accepté à contre cœur quand il a joué la carte de Dumbledore. Harry discute en ce moment-même avec lui.

Hermione bondit de son bain, oubliant toute pudeur quant à ce que Sirius la voie nue. Pourquoi n'avait-il pas dit ça en premier ? L'homme lui tendit une serviette et Hermione se sécha rapidement avant d'enfiler en vitesse le short et le débardeur qu'elle avait préparés avant de se rendre dans la salle de bain. Elle attacha rapidement ses cheveux en un chignon et se précipita sur la porte.

Sirius l'avait précédée et était redescendu au salon pendant qu'elle se préparait. Il ne fallut que deux minutes à Hermione pour le rejoindre. Elle s'arrêta cependant brusquement en arrivant dans la pièce. La jeune fille avait les yeux rivés sur la cheminée où elle venait de voir le corps de son meilleur ami disparaître dans les flammes vertes.

- Non...

Son murmure ne passa pas inaperçu aux oreilles Sirius qui se tenait près de la cheminée.

- Je suis désolé Hermione, j'ai essayé de le retenir en lui disant que tu allais arriver mais il n'a rien voulu savoir… Je ne sais pas ce que Severus lui a dit mais il semblait réellement perturbé...

- Où est-il ?

Sirius comprit immédiatement qu'elle parlait de Snape et il lui indiqua le laboratoire de potions d'un geste du menton.

- Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée Hermione… J'ai entendu quelques bruits de casse, j'ai l'impression qu'il n'est pas de bonne humeur...

Hermione ne prêta pas la moindre attention à ses paroles. Elle avança d'un pas décidé vers le laboratoire et n'hésita pas avant d'ouvrir la porte, entrer et refermer la porte derrière elle. Elle n'avait pas gardé le secret sur les horcruxes pendant si longtemps pour au final le dévoiler quelques heures avant la fin à Sirius. Elle l'entendit protester derrière la porte mais jeta un sort d'impassibilité d'un coup de poignet distrait. L'avantage de s'être longuement entraînée avec ce sort était qu'elle pensait pouvoir le lancer sans réfléchir pour le restant de sa vie.

Hermione chercha du regard Severus et le trouva assis sur un tabouret près du plan de travail où il concoctait habituellement ses potions. Il avait un verre de whisky devant lui et une bouteille déjà bien entamée qui laissait présager à la brune qu'il ne s'agissait pas du premier verre. Elle s'avança vers lui.

- Qu'est-ce que tu as raconté à Harry ?

Sa voix n'était pas aussi déterminée et dure qu'elle l'aurait voulu. Elle n'était pas non plus aussi douce et chaleureuse que d'habitude, reflétant la sensation de colère qui envahissait de nouveau Hermione. L'homme releva ses yeux vers elle à ses paroles. Son regard était noir, hanté par quelques souvenirs douloureux que l'homme avait en sa possession. Hermione fut un instant tentée de ne pas insister, connaissant très bien ce sentiment. Son inquiétude pour Harry reprit toutefois le dessus et elle accrocha son regard au sien.

L'homme lui avait expliqué le fonctionnement de la Legilimancie lors du premier cours d'Occlumancie qu'ils avaient partagé. Simplement pour qu'elle comprenne comment marchait son esprit et donc comment le protéger. Hermione ne s'y était jamais tentée et là encore elle ne l'avait pas voulu. Mais les barrières de Severus étaient tombées si bas qu'elle se sentit comme aspirée par son esprit.

Elle découvrit un petit garçon aux cheveux noirs d'encre, ignoré par sa mère et repoussé par son père. Pas battu mais délaissé, contrairement à ce que son père faisait subir à sa mère. La différence n'était de toute façon pas très grande pour un enfant de cet âge. Elle sentit la haine que tous les membres de la famille se vouaient les uns aux autres.

Elle vit une jeune fille aux longs cheveux roux flamboyants. La fillette rayonnait plus encore que le peu de soleil qui parvenait à dépasser les briques de la vieille maison dans laquelle vivait le garçon. Ils étaient presque voisins, chacun d'un côté d'une rivière séparant les honnêtes gens des quartiers mal famés. Les deux enfants n'avaient rien en commun. Et pourtant, elle les vit devenir amis. Elle ressentit tout l'amour qu'ils se vouaient l'un à l'autre. Un amour si pur et innocent.

Elle vit Poudlard et la répartition. Lui finissant à Serpentard. Elle finissant à Gryffondor. Elle les vit essayer de rester amis, envers et contre tout. Elle vit les cours, les devoirs, les moments de pause. Elle sentit l'éloignement naître entre les deux amis, sans qu'ils ne puissent rien faire pour l'arrêter.

Elle vit les années passer au sein du château. Elle vit le garçon découvrir la magie noire et se rapprocher de ses adeptes. Elle ressentit l'attrait que cette branche de la magie exerçait sur lui, presque plus fort que son envie d'être avec la rousse, la surpassant même peu à peu. Elle sentit l'impression de puissance et de contrôle qu'il ressentait. Elle sentit l'espoir naître au creux de son ventre. L'espoir d'en finir avec les persécutions.

Elle vit la rousse s'éloigner, se rapprocher des ennemis du garçon. Elle découvrit leur dernier échange, leur dernière dispute. Elle ressentit la colère, le regret, la trahison, la solitude.

Elle découvrit le Mage Noir, celui qui étendait de plus en plus son règne sur le monde magique. Un jeune homme charismatique, qui séduisait le monde comme la lumière attire les moustiques. Elle sentit l'admiration, l'impression d'être enfin accepté, à sa place, et l'envie de pouvoir.

Elle découvrit le cadavre de la mère du garçon, battue à mort par son père. Elle sentit la froideur et la haine. Elle le vit jeter un sort de mort à son père. Elle sentit la vengeance et le soulagement.

Elle vit le garçon se faire marquer. Elle sentit la douleur et le doute. Elle vit les séances de torture, les raids, les meurtres. Elle ressentit l'inquiétude et le regret naissant.

Elle découvrit la prophétie que le garçon rapporta à son maître. Elle vit l'approbation du Mage Noir. Elle sentit la fierté, l'impression de pouvoir, l'arrogance par rapport aux autres.

Elle le vit découvrir l'identité des condamnés à morts par la prophétie. Elle sentit la douleur et l'angoisse.

Elle vit le garçon et la rousse se retrouver, après tant d'années. Elle vit le bébé qu'elle tenait dans ses bras. Elle sentit le regret et la peur. Elle sentit l'amour que le garçon éprouvait toujours.

Elle découvrit le garçon dans une maison en ruines, le regard figé sur le cadavre encore chaud de la rousse. Elle entendit le bébé pleurer dans son berceau. Elle ressentit la douleur, le trou béant qui s'ouvrait dans la poitrine du garçon, les regrets.

Elle vit le garçon supplier et pleurer. Elle le vit espionner. Elle le vit lutter, jour après jour pour survivre, malgré la douleur, malgré les regrets, malgré les regards que les autres posaient sur lui. Elle sentit l'isolement, le détachement puis la prise de recul.

Elle vit les secrets confiés par les deux maîtres du garçon. Elle le vit jongler entre toutes les découvertes, cherchant la meilleure stratégie. Elle le vit découvrir l'existence des horcruxes. Elle ressentit l'inquiétude, l'horreur et le dégoût.

Elle le vit découvrir l'existence du dernier horcruxe et rencontrer de nouveau le bébé de la rousse, devenu déjà si grand mais si loin d'être préparé. Elle sentit la haine, la colère, l'injustice.

Elle vit le meurtre de Dumbledore, de la main du garçon qui le considérait presque comme le père qu'il aurait voulu avoir. Elle ressentit le poids du pouvoir. Elle sentit l'aversion et la tristesse. Elle sentit la haine envers le Mage Noir.

Elle vit le garçon être torturé. Elle sentit la douleur, l'envie d'en finir. Elle sentit le poids du devoir, le besoin de résister pour terminer sa mission.

Elle vit l'enfermement dans la maison avec son ancien ennemi. Elle sentit la colère, le sentiment d'inutilité. Elle vit les disputes et l'alcool. Elle le sentit sombrer peu à peu.

Elle vit sa propre arrivée dans la maison. Elle sentit l'injustice, la curiosité et l'inquiétude. Elle les vit se lier peu à peu. Elle ressentit l'envie, la découverte de bonheurs inconnus.

Elle le vit annoncer à Harry sa destinée. Elle sentit le poids de la mission s'éloigner. Elle ressentit l'écœurement, la détresse, la douleur, l'injustice, les regrets, la haine, l'envie d'en finir.

Le trop plein d'émotions du dernier souvenir de l'homme la frappa avec une telle force qu'elle se sentit vaciller. L'homme en profita pour la repousser brutalement de son esprit. Ça n'avait duré que quelques secondes, les images s'enchaînant sans interruption, à grande vitesse. Hermione réintégra son propre esprit en chancelant, perturbée par ce qu'elle venait de découvrir à propos de l'homme, mais surtout par rapport à son meilleur ami.

- Comment as-tu pu laisser faire ça ?

La voix d'Hermione était glaciale. L'homme ne releva pas la tête vers elle. Il se contenta d'attraper son verre de Whisky et d'en boire une longue gorgée.

- Ne recommencez plus jamais ça, miss Granger.

La voix de Severus n'était pas plus chaleureuse. Hermione sentait la colère, la haine même, s'immiscer en elle, faisant écho aux émotions qu'elle avait senti à travers la liaison avec l'esprit de Severus. Haine envers l'homme qui se tenait face à elle, envers Dumbledore et envers l'injustice du monde.

- Comment as-tu pu laisser faire ça ?!

Elle ne parlait plus, elle criait. Elle s'approcha de lui et s'arrêta à un pas de son tabouret. L'homme ne la regarda pas plus. Il posa sa main sur son verre et le porta de nouveau à ses lèvres. Hermione tendit le bras pour arrêter son geste. Elle attrapa le verre et le lança contre un mur.

- Regarde-moi ! Réponds-moi !

- Ça suffit ! hurla Severus en retour en claquant sa main contre le plan de travail.

Le danger résonnait dans sa voix. N'importe qui d'autre se serait arrêté là mais Hermione ne pouvait pas. Il fallait qu'elle sache. Elle se sentait trahie par cet homme à qui elle avait tout donné, auprès de qui elle s'était plus d'une fois confiée.

- Pourquoi Severus ? Pourquoi as-tu laissé faire ça ?

- Ça ne regarde que monsieur Potter et moi. Il l'a accepté, faites-en de même !

Severus se leva et se dirigea vers la sortie. Il ouvrit la porte brutalement. Sirius était de l'autre côté. Le maître des potions ne lui décrocha pas un regard avant de se rendre dans la cuisine. Hermione le suivit sans plus prêter garde à l'autre homme.

- Pourquoi l'as-tu laissé repartir ? Il ne mérite pas ça !

Severus se pinça l'arête du nez avant de finalement s'arrêter et se retourner pour poser son regard sur la jeune fille.

- Il a choisi de repartir. Il a fait son choix. C'est son destin depuis qu'il est né, il est le seul qui pourra en finir avec cette guerre. Seriez-vous prête à laisser des millions de gens mourir pour le sauver lui uniquement ?

Hermione accusa le coup. Elle entendait toute la raison qui se trouvait derrière les paroles de Severus. Mais elle ne pouvait l'accepter.

- Alors c'est tout ? Sous prétexte qu'une folle-à-lier a fait une prophétie, on va le laisser se sacrifier pour le plus grand nombre ? Comme un bœuf à l'abattoir ?

- Qu'est-ce que ça veut dire ? demanda Sirius d'une voix faible.

Il avait bien trop peur de saisir le sens des paroles de la jeune femme.

- Ce que ça veut dire Sirius ? Ça veut dire qu'on a tout fait pour qu'Harry soit le parfait petit agneau, prêt à se sacrifier à la minute où on le lui demanderait. Ça veut dire qu'Harry va mourir, Sirius !

L'homme se tourna vers Severus. Son regard était noir. Toute la haine qu'il avait un jour ressentie pour cet homme ressurgit soudainement à la surface.

- Est-ce que c'est vrai ?

Severus ne put que hocher la tête. Il crut un instant que Sirius allait se jeter sur lui. Il fut étonné que celui-ci se laisse simplement tomber sur une chaise. Il en fut quelque peu déçu. Il aurait préféré qu'il lui hurle dessus comme Hermione le faisait. Ou même qu'il l'agresse ou lui jette un sort. Ça n'aurait pas apaisé pas sa douleur mais ça l'aurait au moins aidé à se sentir moins coupable, à diminuer la haine qu'il ressentait envers lui-même pour laisser les autres l'exprimer.

- C'est pour ça que tu le haïssais tant ? C'est pour ça que tu n'as jamais voulu apprendre à le connaître ou t'attacher à lui.

Sirius était perspicace, pensa Severus. Heureusement Hermione n'avait pas dit son dernier mot. Elle semblait en vouloir au monde entier face à l'injustice que subissait son meilleur ami. Severus ne pouvait que la comprendre. Il avait lui-même longtemps bataillé avec Dumbledore sur le sujet.

- Pourquoi le lui dire au dernier moment ? Vous aviez peur qu'il ne fuie le combat ? Vous aviez peur de perdre votre symbole ? Qu'importe si Voldemort reste en vie, Harry ne mérite pas ça ! Il a le droit de vivre également !

Severus la regardait, il ne savait que répondre. Il partageait totalement son avis. Si ça n'avait tenu qu'à lui, il aurait fait le jeune homme prisonnier de cette maison comme eux tous. Il vit les larmes s'accumuler dans le regard de la jeune femme. Il s'approcha d'elle et la prit dans ses bras. Elle commença à se débattre, frappant son torse de ses poings serrés. Les coups étaient de moins en moins forts et elle finit par abandonner tout simplement.

- Je n'ai même pas pu lui dire au revoir...

Severus resserra encore son étreinte tandis qu'il sentait les larmes de la jeune fille mouiller sa chemise. Hermione resta de longues secondes dans ses bras avant de se reculer. La détermination avait repris sa place dans son regard.

- Il faut que je le rejoigne. Il ne doit pas être seul. Il faut que je sorte d'ici !

Elle se précipita dans le salon et s'approcha de la cheminée. Les deux hommes la suivirent dans la foulée, intrigués.

Hermione attrapa une poignée de poudre de cheminette qu'elle lança dans l'âtre, les flammes virèrent au vert et la brune s'en approcha pour pénétrer dedans. Les flammes changèrent alors soudainement de couleur et Hermione fut projetée en arrière.

La jeune fille sentit la morsure du feu brûler la chair de son poignet qui avait été le plus avancé dans la cheminée. Son dos heurta la table basse et elle resta quelques secondes au sol, sonnée. Elle perçut le mouvement de ses deux hommes qui se précipitèrent pour estimer son état et elle se releva avant qu'ils ne l'atteignent, pour ne pas qu'ils l'arrêtent.

Elle s'approcha cette fois de la fenêtre qu'elle ouvrit en grand tout en montant sur le rebord. Elle n'avait pas passé une jambe à l'extérieur qu'elle se sentit de nouveau voler vers l'intérieur du salon.

- Hermione, ça suffit tu vas finir par te blesser, prononça Severus d'une voix lasse.

- En plus, crois-moi j'ai déjà tout essayé pour sortir d'ici..., ajouta Sirius d'une voix éteinte, comme si une part de lui était morte avec l'annonce de la mort prochaine de son filleul.

Hermione leur retourna un regard noir. Elle savait qu'ils avaient raison mais elle ne pouvait encore une fois pas s'y résoudre. Alors toute la peur qu'elle ressentait pour son ami se changea en haine à l'égard de ses deux hommes. Elle avait besoin d'un coupable. Elle avait besoin de quelqu'un sur qui défouler toute la rancœur qu'elle ressentait.

- Je me fiche complètement de me blesser ! Tout ça c'est de votre faute à tous les deux ! Vous auriez pu vous opposer à cet enfermement ! Vous faites partie de l'Ordre !

- Croyez-vous vraiment que nous ayons un quelconque poids ? Croyez-vous réellement que nous serions restés ainsi enfermés si c'était le cas ?

- Vous n'avez fait que me distraire, pour me détourner de mon but premier ! enchaîna Hermione sans porter la moindre attention à la réponse de Severus. Vous étiez bien contents d'avoir une femme à votre disposition, aussi jeune soit-elle tant qu'elle vous contentait sexuellement !

Elle reprit un instant sa respiration avant de continuer sur sa lancée, incapable de s'arrêter. Elle ressentait un besoin viscéral de hurler sa détresse, même si elle savait bien que les mots qui sortaient de sa bouche n'étaient pas ceux qu'elle aurait voulu prononcer.

- Nous sommes tous les trois les personnes les plus intelligentes et innovantes du monde sorcier que je connaisse, osez me faire croire que si nous avions cherché un moyen de sortir de là, nous ne l'aurions pas trouvé ! Mais vous ne vouliez pas sortir ! Vous aviez tout ce que vous vouliez ici. Jamais vous n'avez pensé à ce que je pouvais vouloir. A ce dont je pouvais bien avoir besoin !

Tout au long de son discours, elle regarda partout sauf sur ses deux colocataires. Elle se rendait bien compte des horreurs qu'elle hurlait, sans pouvoir s'en empêcher pour autant. Elle imaginait très bien les expressions qui devaient marquer leurs visages, entre le choc et le dégoût. Elle ne voulait pas rajouter cette vision aux cauchemars qui la hantaient déjà.

Peut-être savaient-ils au fond d'eux que les paroles de la jeune fille étaient loin de refléter ses pensées. Certainement se doutaient-ils que c'était simplement le choc qui la faisait parler ainsi. Sans doute savaient-ils aussi que la fin de la guerre n'avait jamais été aussi proche et que leur étrange relation devait se terminer. C'était une fin comme une autre.

Et pourtant... Chaque parole d'Hermione semblait être une lame plantée dans leur corps, leur cœur et leur âme. Chaque plaie béante semblait laisser le passage à leurs propres démons, suppurant et étendant leur emprise sur eux, noircissant de nouveau le peu de lumière qui s'était éclairée en eux.

- Vous vous êtes juste servis de votre jeu ridicule et inconvenant, de séduction. Vous vous êtes juste servis de mon corps tant que j'étais là, à votre portée ! Si vous saviez comme je regrette ! Jamais je n'aurai dû vous laisser m'approcher, me toucher ! Tout ça pour quoi ? Pour finir ainsi, enfermée, alors que mon meilleur ami, qui compte plus que tout pour moi, va se sacrifier ? Tout est de votre faute ! Si vous saviez à quel point je vous hais actuellement ! J'aurai préféré mourir sous la baguette de Bellatrix !

Alors que ces mots sortaient de sa bouche sans qu'elle ne puisse les retenir, Hermione ressentit une immense vague de dégout l'envahir. Envers elle-même et ses paroles. Parce qu'elle n'en pensait pas un mot, mais qu'il était déjà trop tard pour les rattraper.

Sirius et Severus ne purent que rester là, debout, choqués, à la regarder et à l'écouter tandis qu'elle s'égosillait. Elle ne les regardait même pas. Elle criait tout simplement sa détresse, elle les blessait au plus profond d'eux-mêmes et elle ne les regardait même pas.

Parce qu'elle n'en avait pas le courage. Parce qu'elle savait elle, avec certitude, qu'elle ne pensait pas un mot de tout ça. Et aussi que chacune de ses paroles faisait mouche et était comme une torture pour eux deux. Pour eux trois même, car elle se blessait aussi dans le processus, repoussant au loin tout ce qu'elle avait connu ici et qui l'avait tant aidée à se reconstruire. Mais il fallait que tout s'arrête car la parenthèse se refermait. N'était-ce pas le meilleur moyen de mettre un terme à tout ça ?

Au moins, s'ils parvenaient à se persuader qu'ils se détestaient tous, les choses seraient plus simples, non ? Car c'était bien ce qu'elle faisait, en se servant de tous les non-dits qui existaient entre eux, les retournant pour être sûre d'atteindre les deux hommes.

Hermione savait qu'elle était injuste mais elle n'y prêta pas attention. Pas plus qu'aux regards blessés qu'ils posaient sur elle. Elle ne leur jeta pas un regard en sortant dans le couloir. Elle ne se jeta pas même un regard à elle-même en passant devant le petit miroir qui se trouvait là.

Elle s'approcha de la porte d'entrée et tenta à nouveau une évasion avant de se retrouver à l'autre bout du couloir une seconde plus tard. Elle frotta sa tête qui avait durement frappé le placard à balai avant de se relever. Elle ouvrit le placard et fut ravie d'y trouver un balai. Elle l'attrapa et courut dans le petit jardin. Elle ne prit pas le temps d'attraper une cape avant d'enfourcher le balai et de taper du pied pour qu'il s'envole. Elle n'avait jamais aimé voler ainsi, c'était dangereux, instable et complètement fou. Elle mit toutefois sa peur de côté pour monter toujours plus haut vers la liberté.

Elle passa rapidement le toit de la maison. Et elle crut qu'elle avait gagné. Elle sut qu'elle s'était trompée une seconde plus tard lorsqu'elle fût violemment projetée au sol par la protection. Elle glissa du balai et ne put retenir un cri en apercevant le sol se rapprocher de plus en plus et de plus en plus vite. Son cri attira les deux hommes dehors. Ils arrivèrent juste au moment où elle s'effondrait par terre.

Severus se précipita sur elle. D'un coup de baguette il fit léviter son corps vers le canapé du salon sur lequel il la déposa. Hermione se laissa faire, vaincue. Tout son corps lui faisait mal et toute la détermination qu'elle avait pu avoir l'avait quittée. Elle évita les regards des deux hommes. Elle n'avait pas envie de voir la peine et le dégoût dans leurs yeux.

Elle se sentait stupide, égoïste et horrible. Elle ferma les yeux tandis qu'elle entendait Severus lancer plusieurs sorts de diagnostic. Il quitta son chevet pour se rendre à son laboratoire où il récupéra plusieurs potions et onguents. Sirius se tenait en retrait de la pièce. Il semblait ne pas vouloir approcher de la jeune femme, peut-être par peur qu'elle ne le blesse encore. Hermione ne pouvait pas lui en vouloir.

Severus fit disparaître d'un coup de baguette le tee-shirt de la jeune femme. Sans délicatesse, il attrapa son menton pour lui faire tourner la tête et boire trois potions. Hermione se laissa faire, les yeux toujours fermés.

Elle avait eu tellement peur que leur relation ne prenne fin un jour. Elle avait imaginé des centaines de scénarios possibles. Elle n'avait jamais pensé que ce serait entièrement de sa faute. Elle n'avait jamais imaginé qu'elle pourrait se montrer si méchante avec eux. Elle s'en voulait terriblement.

Mais elle savait déjà qu'il était trop tard pour s'excuser, trop tard pour ravaler ses paroles. Alors elle gardait les yeux fermés pour ne pas les voir. Elle ne voulait pas voir la douleur qu'elle avait causée et qui au final, n'avait en rien apaisé celle qu'elle ressentait elle-même. Aussi subit-elle les soins de Severus sans broncher malgré tout le manque de délicatesse dont il faisait preuve. Elle n'avait pas le droit de se plaindre.

Elle sentit qu'il bandait son poignet droit après y avoir appliqué de l'onguent. C'était là où elle s'était brûlée. C'était aussi le poignet sur lequel elle était tombée à l'atterrissage de sa chute du balai. Il devait sans doute être cassé, d'où la bande pour l'immobiliser le temps que les os se ressoudent. Elle sentit aussi qu'il passait un peu d'onguent sur son ventre et qu'il retirait quelques échardes de ses jambes, restes du balai qui avait été brisé lors du choc avec la protection.

D'un coup de baguette, il retourna la jeune fille sur le ventre afin d'étaler un peu d'onguent sur son dos sur lequel plusieurs bleus apparaissaient suite à ses chocs répétitifs. Les potions qu'il avait données à Hermione commençaient à faire effet et elle sentit la douleur physique qu'elle ressentait diminuer.

Ça eut pour effet secondaire de faire augmenter la douleur psychique qui étreignait son âme. Elle sentit qu'il la retournait une nouvelle fois et il la laissa sur le dos. Il s'éloigna quelques secondes avant de revenir avec deux nouvelles potions à lui faire boire. Hermione les avala et elle sentit immédiatement la brume envahir son esprit. Potion de sommeil sans rêve, comprit-elle avant de sombrer.

Lorsqu'elle rouvrit les yeux, Hermione fut surprise d'être allongée sur le canapé. Les souvenirs de la veille revinrent la frapper en quelques secondes et elle eut la nausée face à son comportement.

Elle se redressa doucement. Son corps était courbaturé mais la plupart de ses blessures avaient disparu. Elle n'osait pas enlever la bande à son poignet et préférait attendre de croiser Severus pour avoir son avis. D'un autre côté, elle n'arrivait pas à trouver comment elle pourrait s'excuser pour la veille. L'inquiétude et la tristesse qu'elle avait ressenti pour Harry n'excusaient pas tout et elle le savait parfaitement.

Elle écouta les bruits de la maison et fut surprise du silence qui régnait. Son regard s'égara sur la table basse où elle aperçut une petite note. Elle se débarrassa du plaid que l'un des deux hommes avait posé sur elle et attrapa le papier.

La guerre est finie. Les protections sont tombées. La cheminée est reliée à mes appartements à Poudlard. Nous y sommes tous.

Snape.

P.S. : Couvrez-vous avant de venir.

Hermione se leva d'un bon. Elle ne perdit pas une seconde à se lamenter du ton impersonnel du mot. Elle n'avait pas le droit d'espérer plus après ses paroles de la veille. Elle se dépêcha d'aller dans sa chambre et enfila un jean, un débardeur et un pull en laine. Elle se rendit ensuite dans l'entrée où elle enfila ses bottines avant de rejoindre le salon.

Elle eut un temps d'arrêt devant la cheminée tandis que la crainte qu'elle ne soit encore expulsée à travers la pièce la saisit. Elle secoua la tête pour se reprendre et entra dans l'âtre tout en jetant la poudre de cheminette. Elle était enfin libre.

- Appartements de Severus Snape, Poudlard !

Son cœur se serra malgré elle sur ces quelques mots. Parce que même si elle les avait rêvés pendant si longtemps, symbole de sa liberté retrouvée, à présent, dans ces conditions, ils sonnaient plutôt comme une fin. La fin de sa relation avec Sirius et Severus. La fin de tout ce qu'ils avaient partagé dans la maison qu'elle quittait, la fin de leur rapprochement, par sa faute à elle. La fin de leur histoire.

Elle aurait dû être heureuse. Elle était bouleversée.


The End...

Non, ce n'est pas vrai, ne partez pas et ne me tapez pas ! Je n'oserai pas vous laisser ainsi !

J'ai longtemps hésité à terminer ici, avec un petit épilogue, mais je n'ai pas pu m'y résoudre, j'étais bien trop inspirée xD Mais si certains sont fatigués de cette histoire (j'espère qu'il n'y en a pas vraiment), vous pouvez vus arrêter ici je pense, c'est presqu'une fin... Parce que sinon, vous en avez encore pour très longtemps !

J'espère que ce chapitre vous aura plu, ne vous inquiétez pas, comme le dit la citation de début de chapitre, ce n'est que le début ! Disons juste qu'il s'agit d'un groooos énorme tournant de l'histoire !

Pour la suite, comme je vous l'avais annoncé la semaine dernière, il va falloir attendre un peu, deux ou trois semaines, le temps que je puisse écrire un peu... Oui je sais, je suis horrible de vous laisser sur une telle fin de chapitre... C'est pour ça que je vous l'ai dit la semaine dernière déjà, pour que vous ayez le temps de vous faire à l'idée ;)

Je tiens à vous remercier encore une fois pour vos reviews qui me font toujours énormément plaisir ! Et je vous souhaite à tous une bonne fin de semaine :)

A très vite !

Et comme d'habitude, petites réponses aux reviews guest pour finir :

Jenny : Je suis toujours très contente que ça te plaise, merci beaucoup pour ta review. Le sortilège d'amnésie était le meilleur moyen je pense pour limiter la casse ! J'imagine même pas le bazar que ça aurait été sinon ! J'espère que ce chapitre t'aura plu également. Bon courage pour patienter jusqu'au prochain chapitre ;)

Coralie49 : Tu te demandais comment tout cela allait finir... Bah voilà :p Non ce n'est pas vraiment la fin xD Ravie que cette histoire continue à te plaire, j'espère ne pas t'avoir fait fuir avec cette fin de chapitre ! Merci beaucoup pour ta review !